Bonjour à tous!
Il y aura cinq chapitres sur le journal de Ludivine. Je suis en train d'écrire le dernier. Les deux premiers ne seront que par la voix de Ludivine. Par la suite, des scènes avec Kécile seront intercalés.
Vous remarquerez sans doute ici un style un peu plus simple. Sans doute pas assez pour une enfant de 11 ans, mais j'ai tenté d'être plus légère.
Concernant vos interrogations générales, je tiens à clarifier que Kécile N'EST PAS l'héritière de Serdaigle. L'être de Serpentard suffi amplement, vous ne trouvez pas?!
En plus des cinq chapitres du journal, il y aura un chapitre supplémentaire dédié à Dumbledore avant que nous ne retrouvions le cours du tome 6 et donc la bague des Gaunt puis Harry, dans ce qui sera la sixième partie.
Bonne lecture!
Chapitre 84 : Le journal de Ludivine
Dimanche 26 mai 1971
Gudrun m'a offert à l'occasion de mes 11 ans un journal. Mon premier journal de Deschavelles. Je pensais que Maman me l'offrirait en premier. Mais il paraît qu'elle n'a reçu le sien qu'à 15 ans. Ça ne change rien, si je le commence plus tôt je suppose. Je me sens plus grande !
Remarque, Louise-Gabrielle a déjà débuté le sien l'an dernier, cela prouve que je peux bien en faire autant. Même si je sais que Louise-Gabrielle est en avance sur tout.
J'attends la rentrée à Beauxbâtons avec impatience. Je vais bien m'amuser avec elle !
Mais pour en revenir à mon anniversaire, c'était une belle fête. Comme tous les ans, ma marraine et mon parrain étaient là avec Martine. Louise-Gabrielle n'a pas pu venir. Mais Sylvain était là. Il regarde encore ma famille avec un air mi effrayé mi fasciné qui me fait bien rire ! Je suppose que ça va lui passer lorsqu'il sera à Beauxbâtons...
Antoine et les cousins n'étaient pas là. Mais ils vont venir passer une semaine pendant les grandes vacances. Qu'est-ce que je suis impatiente des mois à venir ! D'abord je vais chez Gudrun à Frankfurt, ensuite à Paris chez Henri, après Antoine et Jess viennent avec Jeremy et Rebecca et après c'est la rentrée !
Ah, papa m'appelle ! Je suppose qu'il veut me dire au revoir... J'aimerais bien qu'il passe moins de temps à Poudlard parfois...
Lundi 27 mai 1971
Aujourd'hui à l'école, Sylvain n'a pas parlé de la journée d'hier. Je sais qu'il a peur de dire un mot de trop. Depuis que je le connais, il a toujours eu peur de ça. Mais je suppose que c'est normal...
Bon, je suis en train de me rendre compte que si un jour quelqu'un me lit, il ne va pas comprendre. Alors je m'explique.
Sylvain a des parents moldus. Il habite à Artigny, ce qui est très pratique puisque le Clos est à quelques kilomètres du village. Aux alentours, c'est la province. La vraie. Enfin, je suppose que celle qui lira ce journal le saura aussi bien que moi. Ce que je veux dire, c'est que les nouvelles vont vite. Et les incidents inhabituelles passent d'un village à l'autre très rapidement. Quand on a entendu parler à l'école primaire d'Artigny d'un garçon qui aurait fait voler un paquet de feuilles devant vingt enfants et une maîtresse ébahis puis paniqués, on a tout de suite compris qu'il y avait là un petit sorcier perdu.
Maman a contacté ses parents. En tant que professeur à l'académie Beauxbâtons, elle a le droit de révéler le secret. Elle a donc expliqué à M. et Mme Meunier que leur petit Sylvain était tout à fait normal,qu'il ne lui arrivait rien de grave, qu'il était juste un sorcier.
Je suis dans une école à Chaumont-sur-Loire. C'est plus facile de passer inaperçu là-bas parmi les 400 élèves que parmi les 60 que compte l'école d'Artigny. Du coup, Sylvain a changé d'école, et on est dans la même classe depuis bientôt deux ans. On est presque voisin, alors on se voit souvent en dehors de l'école.
Tout ça pour dire que Sylvain est déjà un garçon naturellement discret (pas comme Louise-Gabrielle) mais je crois qu'il a tellement peur de refaire une bêtise et de devoir quitter la région pour fuir les rumeurs, qu'il n'ose pas dire un mot au sujet de nos relations en dehors de l'école. Pas comme Louise-Gabrielle...
Elle, je la connais depuis... je ne m'en souviens plus. Nos parents se connaissent bien. Ils habitent à Cheverny mais Louise-Gabrielle vient quand même à Chaumont avec nous même si c'est assez loin parce que sa famille est trop connu à Cheverny. Evidemment, ce n'est pas facile de passer inaperçu quand on s'appelle Hurault de Vibraye... Je lui ai bien fait remarquer qu'on la suivrait moins du regard si elle se faisait appeler Louise Hurault tout simplement, mais même si elle ne l'avouera jamais, elle est fière de sa noblesse. Alors c'est Louise-Gabrielle Hurault de Vibraye quand elle se présente, et ne vous avisez pas de lui donner un diminutif ou même de ne lui donner que la moitié de son prénom ! Je lui ai dit qu'elle ne pouvait donc que s'en prendre à elle-même. Quand on fait partie de la famille des propriétaires du château de Cheverny et qu'on a un nom pareil, et qu'en plus on le présente à tout va, et bien il faut s'attendre à quelques regards. A quoi, très charitable, Louise-Gabrielle a répondu que j'attende de voir d'être à Beauxbâtons... Héritière de Seelwena Des Chavelles et fille de la prof de Sortilèges, je ne vais pas passer inaperçue non plus. Ce qui n'est pas faux...
Vendredi 31 mai 1971
Papa n'est pas rentré de la semaine. Des fois, je me demande si je ne ferais pas mieux d'aller à Poudlard plutôt qu'à Beauxbâtons. Maman, elle, elle rentre tous les soirs. Sauf que si je vais pouvoir rentrer tous les week-end au Clos depuis Beauxbâtons, je suppose que ce ne serait pas pareil à Poudlard. Et puis là-bas, je serais connue comme l'héritière de Rowena Serdaigle et la fille du directeur... Mouais... je vais aller à Beauxbâtons.
Samedi 1er juin 1971
J'aime ma Maman... mais des fois, elle m'énerve. « Ludivine, tu n'as pas travaillé ton piano aujourd'hui ». Oui, je sais. « Ludivine, tu travailles ton piano, et ensuite je t'emmène chez Louise. »
D'abord c'est pas juste, et ensuite c'est Louise-Gabrielle ! Donc... je ne vais pas y échapper, il faut que j'aille travailler mon piano sinon, je vais arriver après dîner chez les Hurault de Vibraye... Oui, je suppose que je pourrais dire juste les Hurault... Mais Louise-Gabrielle m'a bien dressé on dirait.
Papa est venu frapper à ma porte. Il me propose qu'on joue un peu ensemble pour me motiver. C'est une bonne proposition. Mais ça n'empêche... J'aime pas les fugues de Bach. Et il va falloir que je la travaille toute seule celle-là.
Dimanche 2 juin
J'ai passé la fin du samedi et aujourd'hui à Cheverny. On s'est bien amusé ! Marie-Armance est même venue avec nous se promener dans la forêt et on a réussi à approcher un troupeau de chevreuil vraiment proche !
On a beaucoup parlé de Beauxbâtons aussi. Marie-Armance, c'est la sœur aînée de Louise-Gabrielle. Elle connaît l'école comme sa poche. Et si Maman ne m'en parle pas trop parce qu'elle dit qu'elle ne veut pas me gâcher la surprise, elle ne s'est pas privé de tout nous raconter : le parc, les cours, les profs, les fêtes... j'ai vraiment hâte !
On a parlé des maisons aussi. Moi, je serais sans doute envoyée à Lumina, comme Maman... enfin j'espère, parce que sinon, ça pourrait dire que je ne suis pas l'héritière de Serdaigle... plutôt inquiétant ! Marie-Armance est à Dorsword. Je pense que Louise-Gabrielle pourrait y être aussi. Sa sœur ne trouve pas. C'est marrant de les voir se disputer toutes les deux... Je ne connais pas ça, moi.
La joie d'être fille unique !
Le dîner chez les Hurault de Vibraye, c'est tout un cérémonial. D'abord, il y a toujours trois couverts, comme chez nous les jours de réception. Je pense être plutôt bien éduquée. Mais quand je dois manger avec eux, j'ai toujours peur de faire des erreurs. J'imagine Sylvain à ma place !
A la maison, même si je ne m'assieds jamais quand personne n'est encore autour de la table, j'avoue que je n'attends pas que Grand-mère Erlésie, mami, papi, papa et maman soient assis avant d'en faire autant. Chez eux, ça n'est pas possible. Du coup, les trois sœurs et moi attendons bien sagement derrière notre chaise que tout le monde soit installé avant d'en faire autant. Marie-Armance a le droit de prendre la parole à table, bien que modérément, puisqu'elle a déjà commencé ses études. Moi-aussi, en tant qu'invitée. Mais Louise-Gabrielle et Anne-Valérie n'ont pas le droit de dire un mot à moins qu'on ne leur adresse directement la parole. Du coup, je préfère me taire moi aussi.
La famille est gentille. C'est juste qu'ils sont... traditionalistes. A l'inverse, la moindre manifestation magique est très strictement encadrée. Le château est ouvert à la visite moldue, les parents sont donc très prudents. Et je n'ai jamais vu des elfes aussi discrets... C'est justement le problème ! Louise-Gabrielle m'a dit qu'il y en avait cinq. Je ne les ai jamais vu...
Mercredi 5 juin
Je n'en reviens pas ! J'ai vu un pégase ! Un vrai pégase sauvage aujourd'hui! Maman m'a demandé si je n'ai pas confondu avec un hippogriffe. Euh... depuis quand, il y a des hippogriffes dans le bois ! C'est inquiétant là ! Mais je suis sure et certaine que c'était un pégase. Il était de la taille d'un grand cheval, avec un pelage bleu ciel... Incroyable ! Et le plus étonnant, c'est que j'ai pu l'approche de vraiment près ! Il m'a simplement regardé avec ses grands yeux noirs, et après, il s'est envolé. Ses ailes étaient immenses !
Vendredi 7 juin 1971
Je suis retournée dans le bois hier et aujourd'hui, mais je suppose que je ne devrais pas être déçue de ne pas avoir revu le pégase...
Samedi 8 juin 1971
J'ai raconté mon aventure à Papa. Il a l'air de davantage me croire que Maman... Il m'a suggéré d'amener de l'aubépine là où je l'ai vu. Il paraît qu'ils adorent ça. J'ai essayé, mais en tout cas, aujourd'hui, il n'est pas revenu.
Du coup, je suis allée sur mon île. J'ai l'impression que le niveau de l'eau est déjà bas par rapport à d'habitude... Maman dit qu'il n'a pas beaucoup plu cette année. C'est peut-être pour ça. Enfin, moi, ça m'est égal, c'est le meilleur moment pour trouver facilement des pierres. J'aime bien cette forme étrange qu'elles ont. Toutes trouées et avec des formes tellement différentes.
Il fait encore beau et je n'ai pas envie de rester enfermée à l'intérieur. Je vais aller voir si je peux aider Papi dans la roseraie.
Dimanche 9 juin 1971
Papa a pu rester toute la journée aujourd'hui. J'ai entendu la porte du hall se refermer, alors que je devrais être au lit. Mais je voulais écrire pour garder un souvenir de cette soirée. Il y en a eu pleins d'autres. J'espère qu'il y en aura encore beaucoup. Mais j'adore toujours. Grand-mère Erlésie a disparu depuis vendredi soir. Je suppose qu'elle va rentrer dans la semaine... Et Papi et Mami ont laissé Papa et Maman tous seuls aujourd'hui. Ce n'est pas souvent que ça arrive.
On s'est installé dans le petit salon. Maman a joué de la harpe. Je me suis installée sur le canapé avec Papa. J'attends qu'on me dise que j'ai passé l'âge des câlins... Mais je m'en fiche. Et puis, les parents, ils aiment bien. Alors je ne fais de mal à personne.
On a écouté Maman un bon moment. Elle a joué rien que pour nous. Juste nos morceaux favoris. Après Papa et Maman ont joué ensemble. J'aime les écouter J'aime aussi les regarder. J'espère que je serais comme eux avec mon mari plus tard. Aussi amoureux malgré les années. J'ai parfois l'impression qu'ils m'oublient quand ils sont comme ça. Mais ça ne me dérange pas. Je trouve ça beau.
J'ai joué moi aussi. Pas ma fugue de Bach, non ! Je préfère Chopin et Mendelssohn. On a fait du quatre mains avec Maman. Un duo avec Papa. On s'est bien amusé en déchiffrant de nouveaux morceaux et j'ai massacré joyeusement Mozart... Bah, il a dû en voir d'autres.
On a fini par arrêter quand Tino nous a amené des chocolats chauds. Avec de la chantilly dessus, mmh... J'aime bien attendre un peu que la chantilly fonde. Juste un peu, ça mousse avec le chocolat chaud sur le pourtour de la tasse. C'est délicieux !
J'ai laissé ma place à Maman. Elle aussi, elle fait des câlins avec Papa.
J'ai dessiné un peu en écoutant Maman. C'est une tradition depuis aussi loin que je me rappelle. On se lit des poèmes. Enfin, moi je n'en lis pas souvent. J'aime bien apprendre ceux que j'aime. Mais je ne serais jamais comme Maman qui est capable de réciter des recueils entiers sans ouvrir les yeux... C'est même un jeu des fois, avec Papa. On ouvre une anthologie de poèmes ( et on en a quelques unes sans parler des intégrales des grands classiques) et on lui sort un vers au hasard. Elle doit ensuite nous réciter la suite. On est très content quand on arrive à la piéger...
Je ne comprends pas toujours tout... pas souvent, en fait. Mais c'est beau quand même.
Enfin, ce soir, alors que Maman feuilletait un livre, Papa lui en a dit un. Et celui-là, j'ai compris. Je l'ai trouvé avant de monter dans ma chambre.
Vous avez un regard singulier et charmant ;
Comme la lune au fond du lac qui la reflète,
Votre prunelle, où brille une humide paillette,
Au coin de vos doux yeux roule languissamment ;
Ils semblent avoir pris ses feux au diamant ;
Ils sont de plus belle eau qu'une perle parfaite,
Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète,
Ne voilent qu'à demi leur vif rayonnement.
Mille petits amours, à leur miroir de flamme,
Se viennent regarder et s'y trouvent plus beaux,
Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux.
Ils sont si transparents, qu'ils laissent voir votre âme,
Comme une fleur céleste au calice idéal
Que l'on apercevrait à travers un cristal.
Quand je raconte ça à Louise-Gabrielle, elle trouve ça gênant. Elle dit qu'elle n'aimerait pas voir ses parents comme ça. Je ne comprends pas. Moi je trouve ça mignon.
Papa a embrassé Maman sur la tempe comme il fait souvent. Et ils ont échangé ce genre de sourire qui n'appartient qu'à eux.
Jeudi 13 juin
Je l'ai revu! J'ai revu le pégase ! Je l'ai surpris alors qu'il était entrain de manger l'Aubépine ! Papa avait raison. (En même temps, quand ais-je vu Papa avoir tort...) Je me suis approchée jusque quelques mètres en face de lui et puis je n'ai plus bougé. Il a fini par reculer prudemment après m'avoir observé pendant un bon moment, mais il ne s'est pas envolé. Il est simplement parti au petit trot dans les bois. Mais je crois vraiment qu'il va revenir !
Samedi 15 juin
Papa est rentré plus tôt que d'habitude de Poudlard, mais il a dit qu'il ne passerait pas la nuit ici. Il est juste venu pour le dîner chez les Hurault de Vibraye. On y va tous ensemble.
Dimanche 16 juin
La soirée d'hier était un peu longue. On est resté très longtemps à table, et c'était un peu guindé, je trouve. Ce n'est pas de sa faute, mais à chaque fois que Grand-mère Erlésie va quelque part, les gens se croient obligés de faire des salamalecs interminables. C'est mal la connaître, parce que Grand-mère Erlésie n'aime justement pas les gens qui font des chichis. On a fini par s'éclipser au moment du dessert avec les trois sœurs et on a organisé une gigantesque partie de cache-cache à la demande d'Anne-Valérie. C'est vrai que ce château est parfait pour ça... Mais ce n'est pas drôle, Marie-Armance a profité qu'elle a une baguette pour mieux se cacher avec des sortilèges. A un moment je l'ai vu alors que j'étais dans un coffre (pas sûr que M. Hurault de Vibraye aurait été très content de me voir accroupie dans cette pièce de collection renaissance... hum), Marie Armance était derrière un cerf empaillé, et elle a pris sa baguette et a chuchoté un sort pour qu'une tenture s'agite sur le mur d'en face. Du coup, Louise-Gabrielle a cru que quelqu'un s'était caché derrière et n'a pas regardé dans cette pièce. Ce n'est pas très honnête, non ?
Lundi 17 juin
Avant dernière semaine d'école ! On commence à sentir les vacances dans l'air. Franchement, on ne travaille plus vraiment. Et pour Sylvain, Louise-Gabrielle et moi, il y a une sorte de nostalgie à l'idée qu'on ne reverra sans doute plus nos anciens camarades, et une excitation pas possible à l'idée d'étudier enfin la magie !
Mercredi 19 juin
J'ai l'impression que le pégaze vient quand il commence à faire à peine plus sombre dans la forêt. Je l'ai encore vu ce soir alors que je rentrais à la maison. Il était bien 20h passé. Je n'ai pas pu rester, j'étais déjà très en retard pour dîner. Mais je vais revenir à la même heure demain.
Ce qu'il y a de bien, chez moi, c'est qu'on ne fait pas tout un plat si l'un d'entre nous est en retard à table. Maman m'a juste demandé ce qu'il s'est passé. Je lui ai dit que j'avais été me promener un peu plus loin que d'habitude et que j'avais vu ce pégase. Elle a accepté l'excuse. Que Louise-Gabrielle s'amuse à faire ça !...
Au contraire, comme c'est quand même la troisième fois que je leur parle de cette créature, ils ont fini par s'y intéresser. Papi a dit que c'était inhabituel qu'un pégase revienne aussi souvent dans le même coin. Grand-mère Erlésie a dit qu'il y a sans doute quelque chose qui l'attire au Clos. J'aimerais bien savoir quoi...
Jeudi 20 juin
J'ai fait les yeux doux à Maman puis à Tino et Dina pour qu'on dîne un peu plus tôt ce soir... Je sais que ça n'arrange pas Maman parce qu'elle a souvent du travail à Beauxbâtons après les cours. Mais comme elle n'a pas d'élève en retenue ce soir (pas encore, a-t-elle dit en riant ce matin), elle a accepté.
Bref, aussitôt la dernière bouchée avalée, j'ai demandé la permission de quitter la table sous le sourire amusé des adultes. Je me suis vite sauvée et j'ai couru jusqu'au bois. J'ai dû chercher un peu, mais j'ai fini par trouver le pégase en train de boire à la source. Quand je l'ai aperçu, je me suis immobilisée. Mais il m'avait déjà entendu. Il a cessé de boire et a tourné ses grands yeux noirs vers moi. J'ai vraiment l'impression qu'il n'a pas peur. J'ai fait un pas dans sa direction, puis deux, et là ses oreilles se sont couchées. Alors je me suis assise très lentement contre un arbre et suis restée là à le fixer. Lui aussi. Puis, il a dû considérer que je n'étais pas un spécimen dangereux, parce qu'il a recommencer à boire, puis à brouter. J'en ai profité pour l'admirer, même si à mesure que le temps passait je commençais à ne plus voir parfaitement. La pénombre tombe toujours plus vite dans le bois que dans le parc. Il a fini par s'approcher assez près de moi, quelque chose comme 2 mètres. Je voyais bien son œil qui m'inspectait pendant qu'il continuait à brouter. Mais je n'ai pas bougé. Sauf que la nuit a fini par être presque entièrement tombée et que je n'ai pas le droit d'être dans les bois quand il fait nuit. Je me suis dit qu'il valait mieux rentrer si je veux encore avoir le droit de sortir le soir. Je me suis levée très lentement, mais le pégase n'a pas eu l'air effrayé. Il a simplement redressé la tête et m'a regardé m'éloigner en s'ébrouant. Ses ailes se sont très légèrement écartés avant qu'il les ramène contre lui. Elles ont vraiment l'air immenses...
Vendredi 21 juin
Je n'ai pas pu rester très longtemps dans les bois ce soir, et de toute manière, je n'ai pas vu le pégase. Peut-être qu'il était trop tôt... Le dîner est souvent plus tard le soir, car Papa rentre de Poudlard. Il a dit qu'il repartira demain matin pour petit-déjeuner à l'école mais qu'il viendra passer dimanche à la maison. J'ai vu Papa et Maman se faire un câlin discrètement. C'est mignon... Mais je les ai entendu parler : Papa regrette de ne pas pouvoir être plus souvent à la maison. Moi, j'y suis habituée, mais je suppose que ça ne doit pas être facile pour eux...
Mami et Papi partent pour Washington demain... Ils vont voir mon oncle Antoine. Maman a demandé si Valérie sera là aussi. Ils ont dit qu'ils ne savent pas mais Maman sait bien que c'est pour ne pas la peiner.
Samedi 22 juin
Quand je me suis levée ce matin, Papa était déjà parti. J'ai pris mon petit-déjeuner rapidement, et ensuite je suis partie chez Sylvain. Il y a une petite demi-heure de marche jusque chez lui. M. et Mme Meunier m'accueille toujours cordialement. J'ai l'impression qu'ils me sont reconnaissants d'être amie avec Sylvain... comme si c'était une faveur ! S'ils s'imaginent que je fréquente Sylvain par pitié, ils sont à côté du chaudron ! Bref, on a joué un moment avec Sylvain dans sa chambre ( il m'a initié aux légos depuis longtemps, et je dois avouer qu'on s'amuse autant avec ce jeu moldu qu'avec les sorciers), puis nous avons déjeuné. Et ensuite Mme Meunier nous a conduit à Tours. Il y a une exposition temporaire de minéralogie et notre fascination pour ce domaine est un de nos nombreux points communs. On a passé une journée formidable. J'ai acheté deux livres et une magnifique léopardite. Mme Meunier m'a déposé devant le portail du Clos et j'ai invité Sylvain à venir demain.
Je suis retournée ce soir encore dans les bois. J'ai pu m'approcher à un pas du pégaze. J'ai l'impression qu'il s'habitue vraiment à moi . Ce serait tellement formidable si je pouvais l'apprivoiser... Mais je ne sais pas si c'est possible. Il faudra que je pose la question à Papa et Maman. Je ne suis pas restée très longtemps. C'est pleine lune ce soir. On ne sait jamais.
Dimanche 23 juin
On a parlé du pégase avec mes parents. Maman trouve étonnant qu'il me laisse autant l'approcher. Normalement, ces créatures sont très farouches. Papa m'a regardé un moment songeur et puis je les ai vu échanger un regard.
Quoi ? Ais-je demandé.
Après tout, il n'est pas impossible que tu sois un pégase.
Là, je dois avouer que je n'ai pas compris. Il m'a expliqué que ça signifiait simplement que je pouvais très bien être lié à cette créature, tout comme lui est lié au phénix. Donc, si j'ai bien compris, on dit que Papa est un phénix, même si bien sûr ce n'est qu'un raccourci. Mais d'après Papa, c'est bien plus que d'avoir un familier rare. Il dit que ça commence par un lien fort avec l'espèce : sa baguette contient une plume de phénix, son patronus est un phénix. Le problème, c'est que c'est encore trop tôt pour moi pour savoir tout ça. En tout cas, maintenant, les parents sont officiellement d'accord pour que je tente d'apprivoiser cette créature. Maman n'était pas très chaude, mais Papa lui a dit qu'ils n'avaient pas le droit de me laisser passer à côté de cette chance.
Lundi 24 juin
Papi et Mami sont rentrés hier. Dernière semaine d'école ! On va faire une excursion le long de la Loire avec la classe. Bon, c'est pas comme si on connaissait pas les châteaux de la région, mais ça fera une jolie balade. Et puis, ça change du château de Chaumont-sur-Loire. Il est magnifique, mais on le connaît par cœur maintenant ! On pourrait presque faire la visite guidée nous même. L'année dernière, M. Hurault de Vibraye avait invité la classe à visiter son château de Cheverny et en avait lui-même fait la visite. Ça m'avait amusé comme il arrive à garder en dehors de l'histoire toutes les anecdotes reliées à la magie qu'il nous raconte en privé. ( Et Merlin sait qu'il y en a...)
Mardi 25 juin
J'ai passé toute la fin de l'après-midi avec Papi dans la roseraie. Je suis épuisée. Mais au moins, pour ça je peux l'aider parce qu'il n'utilise pas la magie pour travailler au jardin. Il m'a expliqué que c'est pour ne pas perturber la magie de la nature. D'après lui, elle puise déjà dans la magie du lieu et ça ferait trop si on utilisait des sorts sur les rosiers. Les fleurs ne seraient pas aussi belles. Maman m'a proposé qu'on joue un peu ensemble, mais je suis trop fatiguée. Je vais aller me coucher.
Jeudi 27 juin
Hier et aujourd'hui, j'ai passé toute la soirée dans les bois avec le pégase. J'ai amené de quoi dessiner pour m'occuper et simplement l'habituer à ma présence. Maman m'a expliqué sous les ricanements de Papi comment déterminer si c'est un mâle où une femelle. Elle lui a dit que s'il continuait à se moquer, c'était lui qui s'y collait. Du coup, Papi a dégarpi en riant.
Je suis d'accord, c'est un peu embarrassant de parler de ça. Mais bon, j'ai pu déterminer que le pégase était une femelle et ça vaut bien une conversation un peu bizarre avec Maman.
Donc, pour en revenir à ce que je disais. J'ai passé la journée à dessiner avec le pégase (bizarre, il n'y a pas de féminin...) Elle n'a pas eu l'air d'être déranger et lorsqu'elle s'éloignait, je me déplaçais avec elle. Ça n'avait pas l'air de le perturber.
Vendredi 28 juin
J'ai pu donner directement à la main de l'aubépine au pégase ! Je suis trop contente. Elle n'avait jamais été aussi proche. Elle a un peu hésité au début, mais ses grands yeux noirs ne semblaient pas effrayés. J'ai pu frôler ses naseaux. Juste frôler. Mais c'est vraiment encourageant !
Samedi 29 juin
Quelle journée ! On est allé se balader en barque sur la Loire avec Louise-Gabrielle et Sylvain cette après-midi. Et Sylvain est tombé à l'eau ! Il faut dire aussi que lui et Louise-Gabrielle faisaient les pitres debout sur la barque et que je leur avais dit qu'on allait finir par chavirer... Le courant l'a emporté assez loin avant qu'il n'arrive à s'échouer sur un banc de sable. On avait vraiment eu peur avec Louise-Gabrielle et quand on a vu qu'il n'était plus dans l'eau, on a soudain été tellement soulagé qu'on s'est mise à rire. Ça n'a pas duré longtemps. Il s'était retrouvé dans des sables mouvants. Là, on a carrément paniqué... Heureusement, Sylvain a gardé la tête froide, et a réussi à se glisser à nouveau dans le courant qui était assez fort pour extirper son bras déjà enfoncé dans le sable. On a pu le récupérer trois cent mètres plus loin, accroché tant bien que mal au pilier d'un pont. Là on a un peu batailler pour rester suffisamment à sa hauteur le temps qu'il monte, d'autant que le courant nous entraînait sur lui et que j'avais peur de l'écraser. J'ai fini par me retrouver avec une rame bloquée par la paroi et là, je ne pouvais plus rien faire pour empêcher la barque de filer à travers le courant. Heureusement, Louise-Gabrielle avait attrapé Sylvain et il a pu monter péniblement à bord sans nous faire chavirer. On a tous poussé un ouf de soulagement quand il s'est assis à côté de nous, trempé, mais sain et sauf. Je nous ai conduit sur un banc de sable qui semblait suffisamment émergé pour avoir une chance que ce ne soit pas un sable mouvant. On s'est reposé un moment là, parce que Sylvain était trempé et fatigué pour prendre les rames et Louise-Gabrielle et moi, on était encore un peu tremblantes... Je me voyais pas faire le chemin du retour à contre courant tout de suite... Surtout qu'on avait été un peu loin avec cet incident.
Enfin, on a fini par rentrer, Sylvain un peu moins mouillé grâce au soleil et on s'est tous relayé pour ramer. Louise-Gabrielle est pas très douée pour ça, clairement, mais ça nous permettait de nous reposer un peu. On est rentré plus tard que prévu, et les parents étaient un peu inquiets. Enfin Mami leur avait dit qu'il n'y avait pas de raison de s'inquiéter, qu'on avait simplement fait un bain forcé mais qu'on allait rentrer entiers. On a sagement fini l'après midi dans ma chambre. Louise-Gabrielle a pris un livre, et Sylvain et moi, on s'est amusé à se poser des colles sur mon livre de pierres. Il y a pas loin de 500 sortes, on est pas encore près de les reconnaître toutes !
Dimanche 30 juin
Ça y est, c'est officiellement les vacances. Louise-Gabrielle part demain avec sa famille en Italie, la veinarde.
J'ai passé la fin d'après-midi dans les bois. J'ai un peu parlé au pégase. C'était marrant, elle avait l'air de m'écouter quand je lui racontais ma vie ! Elle avait les oreilles dressés avec attention et me regardait avec intérêt. Je me suis dis que c'était peut-être juste ma voix qui l'intéressait. Après tout, je n'ai encore jamais ouvert la bouche par peur de l'effrayer. C'était visiblement une erreur.
Ici Papa est enfin rentré ! On a passé la soirée ensemble. Je lui ai raconté d'un ton enjoué mes progrès avec le pégase. D'ailleurs je lui ai dit que j'envisage de lui trouver un nom. Après tout, c'est un peu bizarre de dire toujours « le pégase », surtout que c'est une femelle ! Papa m'a écouté avec attention et il m'a conseillé d'attendre un peu pour trouver un nom. D'après lui, si je créée vraiment un lien avec lui (ou elle) il faut qu'il soit d'accord, et c'est trop tôt pour l'instant. J'ai l'impression qu'il espère que je pourrais nouer avec avec ce pégase le même genre de relation que lui avec Fumsec. Ce serait génial !
Mais malgré mon babillage, j'ai bien vu que Papa avait l'air soucieux. Maman aussi l'a senti. Elle est venue dans ses bras et a commencé à dire des poèmes. Papa l'a regardé comme si une fois de plus elle avait deviné ce qui le tracassait. De toute manière, ce n'est pas drôle avec Maman, elle sait toujours ce qui ne va pas. Encore, Mami est pire. Elle sait ce qui va nous perturber avant même que ça n'arrive, ce n'est pas du jeu... Je n'ai pas leurs dons. J'ai parfois des intuitions, j'ai même fait un rêve qui s'est révélé être prémonitoire, une fois, mais rien de bien concret.
Maman dit que c'est normal, que ça se développe en grandissant et qu'il faut qu'on le travaille un peu. D'après elle, c'est encore un peu tôt.
Bref, j'ai fini par les laisser, sachant qu'ils voulaient parler tous les deux. Sauf que je me suis glissée dans la bibliothèque et j'ai écouté discrètement derrière la porte. Ils ont parlé d'un certain Tom Jedusor que Papa a eu comme élève et qui lui avait déjà causé des inquiétudes à l'époque. Apparemment, il a mal tourné. Mais vraiment mal. Et il est venu demander un poste de professeur à Poudlard que Papa lui a refusé. Mais il sait que ce Jedusor est dangereux et ne va pas se contenter d'un simple non. Il avait l'air de regretter ne pas avoir vu les choses venir. Maman était en train de lui dire qu'il n'aurait sans doute rien pu y changer, quand Mami m'a fait sursauté. Je ne l'avais pas entendu entrer dans la bibliothèque.
Elle m'a regardé avec une mine réprobatrice et m'a indiqué la porte d'un geste, sans rien dire, pour m'ordonner de sortir. Je ne sais pas si elle a l'intention de dire à Papa et Maman que j'écoute aux portes. J'espère que non !
