Bonjour à tous!

Dans ce chapitre, il se passe un peu plus de chose que le précédent qui était davantage une introduction à la famille Deschavelles.
C'est amusant de voir comment ce journal est reçu de manières très différentes!

Dans tous les cas, vous retrouverez Kécile et Dumbledore au prochain chapitre.


Chapitre 85 : Le journal de Ludivine 2

Samedi 16 aout

Je n'ai pas vu les vacances passer! Et j'ai complètement délaisser mon journal. Mais il n'est rien arrivé d'essentiel qui va manquer à mes descendantes...
D'abord, il y a eu la semaine chez Gudrun. Je me suis bien amusée, même si je ne parle pas un mot d'allemand. Grâce à Gudrun, j'ai quand même appris quelques rudiments et surtout pas mal d'exclamations pas forcément discrètes et qui détonnent sans doute un peu dans la bouche d'une étrangère. De toute manière, Gudrun à elle toute seule est un spectacle ! On ne peut pas dire qu'elle soit très patiente. J'adore quand elle s'énerve après quelqu'un et qu'elle s'exclame un retentissant « Mannnnn ! » à prononcer avec autant de « n », sinon, ce n'est pas drôle ! J'ai aussi fait connaissance avec son mari, qui parle un peu anglais. Le seul problème, c'est qu'il lui manque la moitié des mots. Et quand il ne sait pas, il dit le mot en allemand. Ce qui fait que moi, je comprends que la moitié des phrases. Mais il mélange les deux langues avec un naturel vraiment marrant. Les enfants de Gudrun étaient en vacances ailleurs, et ce n'est pas plus mal, j'ai pu profiter de ma marraine pour moi toute seule.

Mi juillet, je suis allée à Paris chez Henri et Martine. On a assisté à pleins de concerts, dont un où Martine jouait dans l'orchestre, et un autre où elle était soliste. Elle a eu son petit succès. On est aussi aller écouter une jeune prodige du violoncelle, une certaine Jacqueline du Pré. Martine la connaît bien apparemment. Elle est absolument incroyable. Elle vous prend aux tripes quand elle joue, c'est inimaginable. C'est absolument magique. Et elle est tout ce qu'il y a de plus moldu. Martine m'a confié que son entourage se fait du soucis, parce qu'elle est malade. Une maladie mortelle en plus. Mais moi, je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'un tel génie doit avoir droit à une grâce divine, ou je ne sais pas ce qui régit nos vies là-haut, mais que sa musique va être un remède. C'est tellement extraordinaire. Je vais arrêter de me répandre en compliments, mais je dois dire que j'en ai été bouleversée et que je suis restée plusieurs jours sur un petit nuage après l'avoir entendue. J'ai réalisé au bout d'un moment que mon attitude pouvait être vexante pour Martine. Après tout, elle joue magnifiquement elle aussi. Mais elle m'a dit qu'elle était enchantée de ma réaction et que c'était parfaitement normale. Cette femme a quelque chose d'inspiré qu'on ne trouve que chez les plus grands prodiges.

Avec Henri on a beaucoup plaisanté. Il nous a emmené voir un spectacle humoristique. Je n'ai pas toujours tout compris, parce que parfois il parlait politique. Déjà je n'y connais rien en politique sorcière, alors en politique moldu... On a fait aussi des batailles de jeux de mots et de proverbes. Il gagne toujours, mais on rit bien. On a été faire les boutiques avec Martine, Henri nous suivant en ronchonnant et en faisant des commentaires sarcastiques sur ce qu'on regardait. On a été visiter des musées et il nous a fait part de son savoir immense en matière d'art et d'histoire. En plus, il sait rendre ça super intéressant avec plein d'anecdotes et son sens de l'humour. Je trouve qu'il devrait être professeur le jour où il en aura assez d'être conservateur... Il sera passionnant.

Le dernier soir, Papa et Maman sont venus me chercher et on a fait une soirée musicale. Ça a un peu dégénéré quand ils se sont mis à jouer des bouts de morceaux au hasard. Le jeu était de faire deviner aux autres ce que c'était tout en déformant le plus possible pour compliquer encore la chose. J'avoue que j'étais un peu perdue. Je ne connais pas suffisamment de morceaux pour être capable de reconnaître au bout de trois secondes le thème d'une obscure symphonie d'un compositeur dont j'ai à peine entendu parler... Mais c'est toujours drôle de les voir s'amuser ainsi. On dirait de vrais gamins dans ces moments là. Mais des gamins intellos alors !

La semaine dernière, mon oncle Antoine est venu avec sa famille au Clos. Je sais que ça a particulièrement réjoui Papi et Mami. Ils regrettent qu'il soit parti aux Etats-Unis. Même pour un sorcier, ça fait loin. Et il semble très pris par son travail.

Sa femme Jess est moldue, mais elle semble très à l'aise avec le monde sorcier. En tout cas, notre famille ne l'intimide pas pour deux sous. Et on peut discuter avec elle Quidditch ou potions comme avec n'importe quel sorcier. Mon cousin Jeremy est en passe de finir ses études à l'institut de Salem. Il est plutôt du genre prétentieux, je dois avouer. Il m'agace un peu. Mais c'est sûr que c'est un gars brillant.
Je préfère nettement Rebecca. Le problème, c'est qu'elle à l'inverse, elle a plutôt un complexe d'infériorité parce qu'elle est cracmolle. Elle vient d'entrer dans un prestigieux lycée de Washington et si j'en crois ce que dit Jess à son sujet, c'est très loin d'être une imbécile et elle est aussi brillante que son frère dans son monde. J'ai l'impression que ses parents vivent très bien le fait qu'elle n'ait pas de pouvoirs magiques, mais elle un peu moins. Il faut dire que son frère ne fait rien pour l'aider.

Mais j'ai passé l'essentiel de la semaine avec elle. On a fait des grandes promenades, on a visité plusieurs châteaux des environs, on a dessiné (elle a un sacré coup de crayons, je suis minable à côté d'elle), elle m'a raconté la vie dans son lycée et ses histoires avec son petit copain. Je ne suis pas sûre de comprendre la moitié de ce qu'elle lui reproche, mais elle m'a dit en rigolant qu'on en reparlerait dans quelques années...

Demain, on va acheter mes fournitures à Paris sur la place escamotable. Et lundi on va à Londres chercher ma baguette ! Papa insiste pour qu'on aille chez Ollivanders qui d'après lui est vraiment le meilleur. Maman a l'air de trouver qu'à Paris ils en font des très bien aussi, mais ça lui est égal alors elle n'a pas contredit Papa.

Bon et puis la grande nouvelle c'est que ça y est, je peux caresser le pégase comme je veux maintenant ! Elle s'est vraiment habituée à moi ! Je devrais bientôt pouvoir la nommer d'après Papa. Je ne suis pas encore à lui monter dessus, mais je n'ai plus besoin d'être prudente quand je suis près d'elle.

Dimanche 17 aout

C'est épuisant de faire les magasins ! On a passé toute la journée avec Papa et Maman sur la place escamotable. On a transplané à Tours et là on a pris la cheminette pour Paris. Je suis déjà allée dans cette zone commerciale sorcière avec Henri, mais là, c'est pas pareil parce que j'ai pu acheter pleins de choses !
On a commencé par l'uniforme. Il est bleu pervenche et assez élégant, je dois dire. On a aussi acheté des robes toutes neuves pour tous les jours. On a ensuite acheté le chaudron, les ingrédients à potion, les livres... de quoi remplir une grosse valise !

On a fini la soirée chez mon parrain et Martine. Pendant que les adultes discutaient d'un dénommé Voldemort, je me suis installée dans un canapé et j'ai commencé à lire mes livres. Je pense qu'en Botanique je sais déjà pas mal de chose grâce à Maman et Papi. Mais que j'ai hâte d'avoir ma baguette pour essayer tous ces nouveaux sorts ! Malheureusement, nous n'irons l'acheter que la semaine prochaine.

Jeudi 21 août

Merlin, j'ai eu hier la peur de ma vie. Je suis encore toute tremblante rien qu'en y repensant... et en même temps surexcitée.
J'ai passé la soirée avec le pégase. Je la caressais, je lui parlais, j'étais en train de lui raconter ma vie, un peu comme sur ce journal. Et puis j'ai commencé à jouer avec elle. Je m'éloignais et je l'appelais pour qu'elle me rejoigne, parfois c'était elle qui trottait un peu puis hennissait comme pour m'appeler. Bref, j'ai fini par m'éloigner de la lisière et ne plus trop savoir où j'étais, alors que la nuit tombait. Et je suis très bête parce qu'au début ça ne m'a pas inquiété. Jusqu'à ce que j'entende un hurlement qui m'a donné la chair de poule. C'est ce genre de hurlement qu'on entend qu'à la pleine lune... Il y avait un loup-garou dans le bois. Et pas très loin en plus ! J'ai paniqué et commencé à courir alors que le pégase s'envolait. Sur le moment, je lui en ai un peu voulu de ne pas être resté auprès de moi.

Le monstre a fini par surgir à mes côtés d'un buisson et je me souviens avoir poussé un hurlement de terreur comme jamais. Les gens qui disent qu'on pourrait confondre le loup-garou avec un loup on tort. D'abord, c'est nettement plus gros. Et surtout ça a une aura mauvaise et terrifiante qu'un loup n'aura jamais. Il avait d'énorme crocs qui lui sortait de ses babines retroussés et j'avais l'impression de voir ses yeux jaunes briller d'une lueur vraiment sadique. Il devait être entrain de se dire qu'il allait faire un délicieux festin de moi.
Je crois que la peur m'a paralysée. Je l'ai vu s'approcher et dans ma tête j'avais l'impression de hurler que je ne voulais pas mourir et pas davantage me trouver transformer en ce truc monstrueux si je m'en sortais.

Et puis à ce moment, le pégase est arrivé en volant à moitié à travers le taillis et a fondu tous sabots dehors sur le loup-garou. C'était effrayant de les voir se battre. Ils se mordaient, le loup-garou griffait et le pégase assommait à coups de sabots. Et puis finalement, j'ai cru m'évanouir de soulagement en voyant surgir Papa. Quand il m'a vu, il s'est élancé vers moi et m'a serré contre lui comme si j'allais m'évaporer dans l'air. J'ai senti qu'il tremblait quand il m'a demandé si je n'étais pas blessé. Et quand il a vu que j'allais bien, il a dirigé sa baguette vers le loup-garou qui tentait toujours de se débarrasser du pégase pour nous attaquer. Il l'a stupéfixié d'un sort tellement puissant que j'ai vu la crinière du pégase se soulever quand il a atteint son but.

Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans elle. Papa serait arrivé trop tard.
Quand on est retourné à la maison, on a retrouvé toute la famille qui nous attendait. J'imagine que Mami avait dû leur dire qu'on allait bien, mais Maman était quand même sur le perron et m'a serré à m'étouffer. J'ai l'impression qu'elle a pleuré. En tout cas elle avait les yeux bien rouges... Et j'ai pu voir que Papa était très pâle. Je ne devais pas avoir beaucoup de couleurs non plus... Mais je n'avais jamais vu mes parents comme ça. Je crois que je leur ai fait très peur.

Maman voulait m'interdire de retourner voir mon pégase. J'ai protesté. Après tout, c'est grâce à elle que je suis encore en vie. Et à ma grande surprise, Papa et Grand-mère Erlésie m'ont soutenue. Maman a fini par céder, mais j'ai bien vu qu'il lui en a coûté. Finalement, j'ai juste interdiction formelle de sortir les soirs de pleines lunes, que ce soit ici où à Beauxbâtons et ce jusqu'à l'obtention de mon diplôme final... Ce qui n'est pas vraiment une punition terrible... Maman a d'ailleurs essayé de me faire comprendre que ce n'est pas un punition mais une mesure de sécurité qu'ils auraient dû établir depuis longtemps. Je ne suis pas sûre de saisir la différence...

Ce soir je suis retournée au bois et j'ai trouvé mon pégase à l'endroit habituel. Mami m'avait donné des potions pour soigner ses blessures si elle se laissait faire. Ça n'a pas été trop difficile. Je lui ai d'abord fait un gros câlin pour la remercier et ensuite j'ai sorti les flacons en lui expliquant ce que j'allais faire. Ça peut sembler idiot mais j'ai vraiment l'impression qu'elle me comprend. Elle m'a regardé d'un œil soupçonneux, mais elle m'a à peu près laissé faire. Elle avait quelques vilaines blessures, surtout des coups de griffes sur le flanc.

Quand j'ai eu fini, elle a frotté son museau contre mon épaule. Je me suis alors dit qu'il était peut-être temps de la nommer. J'y pensais depuis un bon moment, mais c'est comme si... je n'osais pas lui en parler. Je n'avais pas oublié ce que m'avait dit mon père, qu'elle devait « me donner son avis » d'une certaine manière. Je lui ai donc bêtement posé la question de savoir qu'est-ce qu'elle penserait si je lui donnais un nom. Elle m'a juste regardé avec les oreilles dressées, alors je me suis lancé en lui proposant « Eolia ». Cela vient d'Eole le dieu grec du vent. Comme elle est simplement venue nicher son museau dans mon cou, j'en conclu que c'était un oui...
Alors voilà ! Mon pégase s'appelle Eolia ! C'est pas super ?!

Samedi 22 aout

Aujourd'hui, nous sommes allés avec Papa et Maman à Londres, Chemin de Traverse, pour aller acheter ma baguette chez Ollivanders. Ça aurait pu être une sortie très agréable si la moitié des passants n'avaient pas jugés utiles de saluer Papa.

Quand nous sommes enfin arrivés chez Ollivanders, j'ai cru que nous allions avoir l'inventaire toutes les baguettes de la famille Dumbledore avant que Papa ne l'interrompe... Ce qui m'a d'ailleurs fait penser que je n'ai jamais rencontré l'Oncle Adelforth dont j'ai tout juste entendu parler une ou deux fois...
Après cela, Ollivanders a étudié la baguette de Maman, une curiosité d'après lui, avant de s'intéresser à moi. Il m'a posé tout un tas de questions bizarres comme par exemple quel est mon moment de la journée préféré, tandis qu'un mètre me prenait toutes les mesures imaginables. J'ai quelque doute quand à l'utilité de savoir l'écartement de mes narines, mais bon...

Papa a jugé bon de lui signaler qu'il y a des chances que je sois un pégase. Ça n'a pas semblé surprendre Ollivanders outre mesure. Je suppose qu'ayant un père Phénix, ça ne doit pas être si étonnant...

J'ai dû essayer une bonne dizaine de baguette avant de trouver la bonne. Elle est en bois de peuplier avec une plume de pégase à l'intérieur.

Samedi 29 aout

J'ai vraiment hésité à écrire ce soir. Je n'en ai pas envie, mais en même temps je sais que je ne dormirais pas. Maman est sur le canapé dans les bras de Papa et je l'entends encore sangloter. Grand-mère Erlésie fixe le feu depuis une heure sans que je la vois ciller. Moi, je me suis roulée en boule dans un fauteuil.

On était sorti Papi, Mami, Maman et moi faire des courses avant la rentrée dans le Londres moldu. Papa n'avait pas pu venir à cause d'une réunion à Poudlard.
Mami ne voulait pas qu'on vienne au départ. Elle ne disait rien mais elle était un peu pâle et on savait qu'elle avait un mauvais pressentiment. Seulement elle a toujours dit que les mauvais pressentiments n'empêchent pas les mauvaises choses d'arriver, alors on y est allé quand même.

On était dans une galerie commerciale quand je l'ai vue se retourner et appeler « Robert ! » en hurlant. Au même moment, des hommes noirs sont apparus partout. Ils ont commencé à envoyer des sorts sur les moldus qui ne comprenaient pas ce qu'il se passait et ont paniqué. J'en ai vu plusieurs tomber sans doute morts alors que Maman me cachait derrière elle. Papi avait déjà sorti sa baguette et il se battait contre plusieurs de ces hommes. C'était effrayant. Je n'avais jamais vu Papi se battre. Je comprends mieux maintenant pourquoi il était un auror réputé. Mami nous a crié de nous enfuir. Elle a ordonné à Maman de nous faire transplaner en lieu sûr et d'alerter les secours. Et puis elle est aller aider Papi.
Maman a alerté le ministère et on est rentré au Clos-La-Rive prévenir Papa.

J'étais encore sous le choc à ce moment-là, mais j'ai vaguement entendu mes parents discuter un peu vivement pour savoir si Papa irait ou non aider les aurors. Maman ne voulait pas. Elle disait que c'était assez d'avoir ses parents là-bas. Papa lui disait qu'il pouvait justement les aider. Elle a fini par le laisser partir et on a attendu avec Grand-mère Erlésie. L'attente n'a pas duré très longtemps au final. Quand Papa est rentré, il avait encore sur le visage la trace d'une colère effrayante. Il nous a expliqué que les combats étaient presque terminés quand il est arrivé, que les mangemorts étaient entrain de fuir devant l'afflux des aurors, mais qu'aucun n'a arrêté. Ils ont détruit presque tout le centre commercial et il faut s'attendre à plusieurs dizaines de morts chez les moldus.

Et Papi et Mami ? A demandé Maman. Je ne suis pas prête d'oublier la tête de Papa à ce moment-là. J'ai compris alors, qu'il nous donnait toutes ces informations pour retarder le moment de le dire. Il s'est juste avancé pour prendre Maman dans ses bras et a dit : « Je suis désolé ».

Vous connaissez l'impression de faire un cauchemar éveillé ? Et bien c'est l'impression que j'ai eu. J'ai vaguement espéré pendant l'heure suivante qu'un message nous parviendrait d'une manière ou d'une autre pour nous annoncer que finalement, ils avaient survécu.

Mais personne n'est venu.

Papi et Mami sont morts. Et pour la première fois, j'ai entendu prononcer ce mot : « Mangemort »

Lundi 31 aout

Je ne sais pas si j'avais vraiment envie d'aller à Beauxbâtons. D'un côté je ne voulais pas laisser mes parents et Grand-mère Erlésie seuls au Clos, mais dans le même temps c'était horrible d'entrer dans la moindre pièce et de chercher Papi et Mami du regard... Et puis maintenant qu'ils ne sont plus là, je n'aurais jamais pu rester au Clos quand Maman était à Beauxbâtons et Papa à Poudlard. Enfin, de toute manière, ce n'était pas comme si j'avais le choix...

Et au final, je suis sans doute mieux ici qu'à me morfondre à la maison. Parce qu'il faut bien l'avouer, ça a l'air génial !

On est arrivé ce matin avec Maman par cheminette. Tous les premières années étaient convoqués pour 10h. Maman m'a laissé avant. Il y a des parents qui restaient un peu avec leurs enfants qui l'ont salués. Et puis elle est partie. Heureusement que Louise-Gabrielle est arrivée juste après.

Le hall dans lequel on a attendu doit faire à peu près la taille du manoir au sol et la hauteur de deux étages... Il a apparemment été construit à l'époque de la renaissance, comme l'a constaté Louise-Gabrielle d'un ton docte. Il faut avouer qu'habitant au bord de la Loire, on commence à maîtriser le sujet...

Un professeur est arrivé à 10h précises depuis l'extérieur, (on a alors aperçu un grand parc) en amenant tous les nés-moldus de notre année. Sylvain était parmi eux et nous a aussitôt rejoint. Ils nous a dit qu'on leur avait donné rendez-vous devant la grille du parc. Ses parents avaient l'air perplexes. Ils lui disaient que le domaine était à l'abandon.

Le directeur nous a alors fait un petit discours, et a notamment présenté les maisons, Lumina, Arterose et Dorsword. On nous a ensuite aligné en rang pour nous faire passer sous une espèce d'arche de pierre qui déterminait notre maison. On devait dire notre nom haut et fort quand on était dessous. Louise-Gabrielle avait raison, apparemment le nom de Deschavelles est connu. Le directeur m'a fait un grand sourire, et Louise-Gabrielle s'est moquée de moi en disant que j'allais être sa chouchoute... Pff...

Pas de surprise, j'ai été envoyée à Lumina. Ce qui est super en revanche, c'est que Louise-Gabrielle et Sylvain aussi ! J'avais peur que Louise-Gabrielle n'aille à Dorsword... Notre blason est une chandelle.

On nous a ensuite dirigé dans la salle des cérémonies. On a du s'asseoir par maison. On nous a expliqué que dans cette salle se passerait toutes les festins, les examens, les remises de diplôme ou tout autre événement ou convocation importante. Tous les professeurs se sont présentés et ont parlé de la matière qu'ils vont enseigner. Nous avons des cours obligatoires : Métamorphose, Sortilèges, DCFM, Potions, Astronomie, Botanique, et Histoire de la magie ou Etude des moldus selon notre éducation. On a dû ensuite choisir trois ou quatre options J'ai choisi Latin, Runes, Arithmancie et Divination. Louise-Gabrielle a pris Histoire parallèle des moldus, Latin, anglais et Vie Sociale (ce qui a plus l'air d'être un club sélect qu'autre chose... )Sylvain a choisi Latin et Runes sur notre conseil et anglais et espagnol. Je trouve ça bien qu'on puisse apprendre des langues à Beauxbâtons, même si je n'avais plus de place dans mon emploi du temps. Maman m'avait déjà donné ses consignes sur les options à suivre...

Après, nous avons déjeuné dans ce qui s'appelle le réfectoire. Mais comme a fait remarquer en rigolant Sylvain, ça tient plus du restaurant que du réfectoire de cantine... On était par table de dix, et on s'est assis à peu près par maison. On a fait connaissance avec nos nouveaux camarades. Dans notre dortoir avec Louise-Gabrielle, il y a Lucrèce, qui m'a l'air bien prétentieuse, Colline avec qui je crois que je vais très bien m'entendre et Magali une née moldue qui n'a pas beaucoup parlé pour l'instant, mais j'ai plus l'impression que c'est parce qu'elle observe que par timidité.

Chez les garçons, il y a un autre né-moldu, Martin, avec lequel Sylvain s'est aussitôt lié d'amitié, un sang-mêlé dont j'ai oublié le nom et deux autres Romulus et Leopold qui se snobent totalement, j'ai pas bien compris pourquoi...

Après déjeuner, notre préfète est arrivée. Elle s'appelle Myku et nous a fait visiter tout le château. Elle nous a distribué des plans du bâtiment, mais même avec ça, je ne suis pas sûre qu'on ne se perdra pas...
Ce soir, on a dîné dans la salle des cérémonies avec tous les autres élèves des autres années. Ça fait du monde... On doit être quelque chose comme 250 élèves...

Mardi 1 Septembre

On commence à faire le lien dans mon année entre le professeur Deschavelles et moi... Très drôle. Du coup, certains s'imaginent que je sais déjà tout sur les sortilèges... Et puis évidemment, il y a ceux qui se disent « sangs-purs » qui trouvent absolument fascinant d'avoir la descendante de Seelwena Des Chavelles dans leur classe, comme Leopold qui essaie maintenant de faire son intéressant... il commence déjà à m'énerver, c'est dire ! Le seul côté positif, c'est que Lucrèce ne me prend plus de haut. Mais hélas, ma meilleure amie avait raison : Louise-Gabrielle Hurault de Vibraye fait moins sensation que Ludivine Deschavelles...

Notre professeur principal est M. Dusapin, le professeur de Défense. C'est un homme sec grisonnant qui nous a simplement présenté le tutorat ce matin et nous a fait comprendre qu'il ne voulait pas être dérangé pour des broutilles. Heureusement, Myku et l'autre préfet nous ont fait un sourire qui semblait vouloir dire qu'eux ça ne les dérangeaient pas d'être dérangés.

J'ai découvert également que tous les élèves n'ont pas le même statut que moi, Louise-Gabrielle ou Sylvain. En fait, beaucoup sont en internat, c'est-à-dire qu'ils restent au château presque toujours en dehors des vacances. Nous, nous sommes simplement en pension, car nous habitons proche de l'école. Nous allons pouvoir rentrer tous les week-end. Nous sommes les seuls de notre année, à part Colline, à le faire. Je ne m'imagine pas partir aussi longtemps sans rentrer à la maison... ça ne doit pas être drôle de grandir comme ça complètement loin de sa famille pendant des mois durant sept ans... Papa m'a dit que ça se passe ainsi pour tous les élèves de Poudlard...

Mercredi 2 Septembre

Horreur ! Cette garce de Lucrèce semble vouloir chercher à devenir amie avec nous... Pour moi, c'est hors de question. Le problème, c'est que ça n'a pas l'air de déranger Louise-Gabrielle plus que ça. Du coup, je me rapproche de Magali. Maintenant qu'elle connaît un peu son environnement, c'est le genre de fille qui n'a pas la langue dans sa poche et qui n'hésite pas à envoyer bouler Lucrèce, bien davantage que moi qui devrait pourtant avoir plus d'assurance...

Vendredi 4 Septembre

Demain, on rentre à la maison. On doit aller dehors au-delà des grilles du parc pour pouvoir transplaner. Maman va raccompagner Sylvain. Mais demain, c'est aussi l'enterrement de Papi et Mami. Je n'ai pas envie d'y aller...

Samedi 4 aout

Il n'y avait que Grand-mère Erlésie pour nous accueillir quand nous sommes rentrées au Clos. Papa devait nous rejoindre directement sur les lieux de l'enterrement depuis Poudlard. La maison m'avait l'air morne... Pour la première fois, je n'avais pas de plaisir à rentrer au Clos-La-Rive.

Je n'ai pas beaucoup pleuré. Je crois que je ne réalise pas bien encore. Ces boîtes étaient vides, n'est-ce pas ? Ils ne sont pas vraiment partis. Grand-mère Erlésie a dit quelque chose comme ça, et ça a un peu calmé Maman qui a sangloté tout du long dans les bras de Papa.
Ce soir, Grand-mère Erlésie est partie sur la tombe de Clément, son mari que je n'ai pas connu. Ça prouve qu'elle ne va pas bien elle non plus. D'habitude, elle y va tous les matins à 7h... Jamais le soir. Elle dit toujours qu'elle veut commencer la journée en lui disant bonjour...

On s'est réuni dans le petit salon avec Papa et Maman. Maman aussi a sorti son journal, ce que je ne la vois faire que très rarement. Elle m'a juste donné un pauvre sourire en voyant que moi-aussi j'écris. Papa est dans ses pensées, et elles ne semblent pas très joyeuses...
Et puis, Maman vient de parler doucement.

Je prenais la main de ma mère
Pour la serrer dans les deux miennes
Comme l'on prend une lumière
Pour s'éclairer quand les nuits viennent.

Ses ongles étaient tout usés,
Sa peau quelque fois sombre et rêche.
Pourtant je la tenais serrée
Comme on le fait sur une pêche.

Ma mère était toujours surprise
De me voir prendre ainsi sa main.
Elle me regardait, pensive,
Me demandait si j'avais faim.

Et, n'osant lui à quel point
Je l'aimais, je la laissais
Retirer doucement sa maintenait
Pour me verser un bol de lait.

Et puis, Maman s'est mise à la harpe. Longtemps. Moi, je laisse simplement les souvenirs remonter. Grand-mère Erlésie a peut-être raison. Ils n'ont pas complètement disparus. Pas tant qu'on pense à eux, n'est-ce pas ?

Papa a rejoint Maman. Ils jouent ensemble ce morceau que Mami aimait tant. Le seul morceau où je l'ai jamais entendu jouer avec Papa.
Papa... Il m'a pris en aparté tout à l'heure. Il m'a expliqué qui était réellement ce Voldemort dont je n'avais jamais rien entendu d'autre que le nom. Il m'a expliqué que ce sorcier très puissant cherche à prendre le pouvoir en Angleterre. Il m'a dit qu'il va y avoir des morts, surtout chez les moldus et les nés-moldus. Surtout chez ceux qui vont s'opposer à lui. Et nous nous opposerons à lui, a-t-il ajouté...

C'est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants :
Ils tombent alors par mille,
Comme la plume inutile
Que l'aigle abandonne aux airs,
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes
A l'approche des hivers.

Leur tombe est sur la colline,
Mon pied la sait : la voilà !
Mais leur essence divine,
Mais eux, Seigneur, sont-ils là ?
Jusqu'à l'indien rivage
Le ramier porte un message
Qu'il rapporte à nos climats
La voile passe et repasse
Mais de son étroit espace
Leur âme ne revient pas.


Le premier poème est "la main de ma mère" de Maurice Carême. Le second est un extrait de la "Pensée des morts" de Lamartine.

A bientôt!