Je suis encore restée silencieuse pendant longtemps... Je dois avouer que les fanfictions me sont tout simplement sorties de la tête pendant trois mois... et maintenant avec la rentrée, je n'ai guère de temps... J'ai néanmoins réussi à terminer la cinquième partie! Ouf! Il reste donc encore trois chapitres en plus de celui-ci.

Si vous vous souvenez, au dernier chapitre dans le journal de Ludivine, Kécile a "assisté" à la mort des grands-parents de sa mère lors de l'attaque d'un centre commercial moldu.


Chapitre 86 : Le journal de Ludivine 3

Kécile ne pouvait comprendre les poèmes que Ludivine avait cité. Mais malgré la tristesse qu'elle ressentait rétrospectivement pour ce que sa mère avait vécu, la curiosité la prit et elle alla trouver Dumbledore qui se tenait dans ce même petit salon dont parlait Ludivine, avec Henri et Martine.

Les trois adultes tournèrent le regard vers elle lorsqu'elle entra avec le petit carnet à la main. La pensant peut-être retournée par quelque élément appris en lisant ces pages, Dumbledore lui demanda si tout allait bien.

- Oui, Albus, répondit Kécile d'un ton rassurant. Je voulais simplement vous demander de traduire des vers que Ludivine a écrit.

Dumbledore prit le carnet qu'elle lui tendait et parcourut la page. Kécile vit ses lèvres se crisper imperceptiblement lorsqu'il reconnut à quelle époque de l'histoire de sa fille ce moment faisait référence.

C'est la saison où tout tombe

Aux coups redoublés des vents

Un vent qui vient de la tombe

Moissonne aussi les vivants :

Ils tombent alors par mille,

Comme la plume inutile

Que l'aigle abandonne aux airs,

Lorsque des plumes nouvelles

Viennent réchauffer ses ailes

A l'approche des hivers.

Leur tombe est sur la colline,

Mon pied la sait : la voilà !

Mais leur essence divine,

Mais eux, Seigneur, sont-ils là ?

Jusqu'à l'indien rivage

Le ramier porte un message

Qu'il rapporte à nos climats

La voile passe et repasse

Mais de son étroit espace

Leur âme ne revient pas.

- Ludivine adorait les poèmes de Lamartine, se souvint le vieil homme, lorsqu'il eut lu et traduit les derniers vers.

- Est-ce que c'est vrai que l'âme des morts disparaît simplement, Albus ? Demanda Kécile en s'asseyant à ses côtés.

- Je l'ignore, répondit Dumbledore en souriant de se voir naïvement poser la question éternelle de l'homme avec l'espoir que lui aurait la réponse. J'aurais tendance à dire que non. D'une certaine manière, je crois que cela dépend des vivants...

Kécile le regarda d'un air perplexe.

- Cela veut dire qu'ils peuvent continuer à vivre en nous d'une certaine manière, si nous pensons à eux et cherchons à poursuivre notre vie dans leurs pas.

- Alors vous n'entendez cela qu'au sens figuré.

- Je ne l'ai expérimenté qu'au sens figuré.

- Si l'on en croit Camille, intervint Henri, elle ne l'a pas expérimenté qu'au sens figuré, elle. la grand-mère Erlésie non plus.

- Je sais. Mais cela dépasse ma compréhension, avoua Dumbledore.

Si même Albus ne pouvait pas l'appréhender, Kécile se dit qu'il valait mieux laisser tomber la question.

Elle reporta son attention sur le journal et demanda la traduction du deuxième poème.

Je prenais la main de ma mère

Pour la serrer dans les deux miennes

Comme l'on prend une lumière

Pour s'éclairer quand les nuits viennent.

Ses ongles étaient tout usés,

Sa peau quelque fois sombre et rêche.

Pourtant je la tenais serrée

Comme on le fait sur une pêche.

Ma mère était toujours surprise

De me voir prendre ainsi sa main.

Elle me regardait, pensive,

Me demandait si j'avais faim.

Et, n'osant lui à quel point

Je l'aimais, je la laissais

Retirer doucement sa maintenait

Pour me verser un bol de lait.

A peine entendu les premiers vers, Kécile sourit intérieurement. Elle comprenait le poète. Elle comprenait Camille. Oh, ce n'était pas du lait qu'elle demandait de la main de son grand-père, c'était une protection qu'il lui accordait et qui lui donnait un sentiment de sérénité comme elle n'en avait jamais connu auparavant.

Elle prit la main de Dumbledore, aux ongles usés, à la peau rêche. Le vieil homme leva les yeux au ciel alors qu'elle portait sa main à ses lèvres en souriant.

- N'en profite pas... marmonna-t-il dans sa barbe.

- Pardon, Albus, répondit Kécile en relâchant sa main, mais non sans continuer à sourire en coin.

Dumbledore secoua la tête d'un air faussement fataliste avant de rendre le journal à Kécile.

- Est-ce que nous avons manqué quelque chose ? Interrogea Martine perplexe.

- Ais-je le droit de répondre que c'est entre nous, Albus ? Demanda Kécile.

- Tu as le droit, répondit celui-ci sobrement.

XXX

Kécile poursuivit dans les jours qui suivirent la lecture du journal de sa mère. Avec l'avancement de l'année scolaire, Ludivine écrivait moins. Elle parlait un peu de ses camarades, et notamment des inquiétudes qu'elle éprouvait au sujet de Louise-Gabrielle qui semblait bien s'entendre avec la fameuse Lucrèce dont Ludivine ne parlait pas en termes élogieux, l'éloignement relatif de Sylvain qui se constituait son propre cercle d'amis, bref, des tracas ordinaires de première année...

Ludivine parlait également de ses week-ends où elle retrouvait ses parents et la Grand-mère Erlésie, ainsi qu'Eolia son pégase. Kécile envia un peu sa mère lorsqu'elle lut le récit de la première fois où Ludivine avait pu monter sur son dos et s'envoler dans le ciel. Sa mère l'avait vue moitié ébahie, moitié effrayée passer devant les fenêtres du salon et survoler le parc.

Et puis, arriva dans le journal le récit d'un rêve étrange au sujet de la tante Valérie que Ludivine n'avait jamais connue. Et pourtant, Ludivine savait qu'il s'agissait de cette femme. C'était un rêve glauque fait de masques argentés, de sorts verts... En lisant ses lignes, Kécile avait saisi immédiatement ce que Ludivine n'avait pu comprendre que quelques jours plus tard.

Vendredi 22 novembre.

Maman m'a convoqué dans son bureau. Elle était toute blanche quand je suis arrivée. Une lettre est arrivée d'Angleterre, du ministère de la magie. Tante Valérie est morte. Je sais qu'elle était auror, mais on ne m'a jamais raconté grand-chose d'autre hormis la raison de son silence à l'égard de Maman. Je dois avouer que ça ne me touche pas beaucoup. Je ne la connais pas. Mais Maman avait l'air bouleversée. Je l'ai prise dans mes bras pour lui faire un câlin et essayer de la consoler, mais je ne crois pas que ça a été très efficace.

Ce week-end, Oncle Antoine va sûrement venir au Clos-La-Rive. L'enterrement de Tante Valérie aura lieu à Londres mardi. Maman m'a dit que je n'irai pas. Il paraît qu'il peut y avoir une attaque de ces mangemorts à ce moment-là. Elle ne veut pas que je quitte la sécurité de l'école.

Je n'ai pas protesté. De toute manière, je ne connaissais pas tante Valérie...

Samedi 23 novembre

Antoine, Jess, Rebecca et Jeremy sont arrivés ce matin. Malgré les circonstances, j'étais contente de les revoir. Rebecca m'a posé beaucoup de questions sur Beauxbatons. Et ensuite, je lui ai demandé de me parler de Valérie. Elle la connaissait bien, elle. Leur famille la recevait presque à chaque vacances à Washington.

Mais à un moment, on a entendu les adultes se disputer. Enfin, c'est surtout Antoine qui a élevé la voix.

- Vous ne pouvez pas rester ici ! Disait-il. Voldemort a commencé à décimer notre famille, et il ne va pas s'arrêter là ! Il s'en est pris à Valérie, mais qu'est-ce que tu feras Camille quand il s'en prendra à toi ou à Albus ?

- Je suis à l'abri ici ou à Beauxbâtons. Et il est hors de question que je laisse mon mari pour partir ailleurs. De toute manière, le jour où il aura Albus n'est pas encore arrivé, a répondu calmement Maman.

- Et toi, Albus, a repris Antoine avec une violence contenue qui m'a surprise. Tu ne pourrais pas pour une fois penser à la sécurité de ta femme et de ta fille et leur dire de venir avec moi ? Pourquoi veux-tu absolument rester, aussi ?

- Je ne peux pas abandonner la lutte contre Voldemort.

- Et tu n'hésites pas à mettre ainsi ta famille en danger !

- D'autres familles sont en danger. Bien souvent davantage que la nôtre. J'estime que nous avons pris toutes les protections nécessaires.

- Camille et Ludivine seraient plus en sécurité aux Etats-Unis.

- C'est possible, mais si Camille veut rester et estime qu'elle n'a rien à craindre, je n'y trouve rien à y redire.

- Enfin, Camille, pense un peu à ta fille !a insisté Antoine qui semblait au comble de l'exaspération.

- J'y pense, Antoine, a répondu Maman. Et je ne veux pas qu'elle ait à se cacher ou à vivre plus tard dans la peur. Je dois rester pour aider Albus.

- Même si cela te met en danger ? Tu as conscience qu'en restant avec Albus, tu finiras par être une cible au même titre que lui ?

- Il ne me trouvera pas.

- Vous êtes complètement fous ! A décrété Antoine. Vous ne pourrez pas lutter contre cet homme avec pour seules protections les murs du Clos-La-Rive... Grand-mère Erlésie, j'espère que tu seras plus raisonnable et que tu accepteras de rentrer avec nous.

- Hors de question, jeune homme... Je suis née au Clos, je mourrai au Clos.

- Si tu restes, tu mourras peut-être plus vite que prévu...

- J'ai 102 ans, Antoine. Si je dois mourir, je crois qu'on ne m'aura pas volé grand-chose...

Jess a fini par attraper Antoine par le bras pour lui dire d'abandonner. Mais mon Oncle est vraiment blessé je crois. Est-ce qu'il a quitté si facilement le Clos-La-Rive pour ne pas comprendre que nous ne voulons pas partir ?

C'était étrange, se disait Kécile, de lire ces lignes en sachant ce qui allait arriver par la suite. Antoine avait raison, et l'histoire aurait peut-être été très différente si Camille et Ludivine étaient parties à Washington.

Le soir même, après qu'elle lui ai parlé de cette période, Dumbledore montra à Kécile un portrait de Valérie qui était accroché dans la suite qu'occupaient auparavant Madeleine et Robert.

- Camille a toujours éprouvé une certaine culpabilité irraisonnée après la mort de sa sœur, raconta-t-il à Kécile. C'était un peu comme si c'était de sa faute si Valérie était morte sans avoir pu lui dire qu'elle ne lui en voulait pas. Et soit dit en passant, je ne crois pas que Valérie ait cessé d'en vouloir à Camille d'être l'héritière de Serdaigle à sa place. Sinon, elle serait revenue au Clos-La-Rive où étaient ses parents. C'est vraiment dommage, car héritière ou non, c'était une sorcière d'une grande valeur et quoi qu'elle ait eu du mal à l'accepter, une gryffondor pure et dure...

- Elle avait peut-être la sensation de ne pas être à sa place... Je peux le comprendre. Vous savez, Albus, je me suis toujours demandée pourquoi je n'ai pas été envoyée à Serpentard. Ce n'est pas que je clame cet héritage, mais enfin le fait est que je suis la descendante de Serpentard et que je parle le fourchelangue.

- Et tu n'es pas non plus dénuée d'un certain pragmatisme propre aux membres de cette maison, ni d'un certain mordant lorsque tu le veux.

- Alors pourquoi, Albus ?

- Je pense que le choixpeau a voulu te laisser la possibilité de choisir ta voie. A Serpentard, tu aurais certainement fini dans les rangs Mangemorts. A Serpentard, tu ne serais pas devenue amie avec Harry Potter. A Gryffondor, une autre voie était possible.

- Dans n'importe quelle autre maison, une autre voie aurait été possible...

- Tu possèdes du courage, de la bravoure, même.

- Moi ?! S'exclama Kécile d'un ton un peu dédaigneux. C'est nouveau !

Dumbledore fixa simplement Kécile en l'entendant utiliser cet accent qui frisait l'insolence et qu'il n'avait plus entendu depuis longtemps.

La jeune fille finit par baisser la tête et murmura :

- Pardon, Albus.

- Tu es excusée. Et crois-moi s'il-te-plaît, lorsque je te dis que tu possèdes du courage. Il était pour toi plus difficile que pour n'importe quel mangemort de te détourner de Voldemort. Et pourtant tu l'as fait. Je connais d'autres gryffondors qui n'en ont pas été capables.

- Vous avez connu beaucoup de Gryffondors mangemorts, Albus ? S'étonna Kécile en retenant une intonation narquoise, pour ne pas donner l'impressions qu'elle se moquait de lui.

Mais aussi, de gryffondors mangemorts, cela sonnait presque comme une oxymore...

- Quelques uns. A commencer par Peter Pettigrow pour en citer un que tu connais. Je te l'ai déjà dit, tu as une force d'âme, Kécile, que Godric Gryffondor recherchait parmi ses élèves.

- Quand donc ais-je fais preuve d'une quelconque force morale ? demanda Kécile incrédule.

- La première fois que je l'ai constatée, c'est ce soir, durant ta deuxième année où tu es venue m'avouer que tu ne me tuerais pas malgré le Serment Inviolable que t'avait fait prêter Voldemort. Je sais qu'il n'y a encore pas si longtemps tu considérais cela comme une preuve de faiblesse. Mais je suppose que ta vision des choses a changé...

- Je ne sais pas, marmonna Kécile en haussant les épaules. De là à considérer cela comme une force de caractère...

- Si tu en doutes encore, dis-moi, Kécile, pourquoi ne m'as-tu pas tué ?

- Je suppose que du point de vue de Voldemort, l'erreur a été de me révéler que vous étiez mon grand-père... Auparavant, j'ignorais jusqu'à l'identité de ma mère. Je ne pouvais pas juste passer au-delà de cette information et vous tuer. Je ne pouvais pas tuer mon grand-père.

- Un scrupule que ton père n'a pas eu en tuant son propre père et qui prouve que tu as davantage de morale que lui.

- Ou davantage de sentimentalisme.

- Et davantage d'humanité, simplement.

Mardi 6 juillet

Martine et Henri sont venus au Clos-La-Rive aujourd'hui. Mes parents ne veulent plus que nous nous déplacions en dehors des protections. Je ne peux même pas dire qu'ils sont paranoïaques, avec tout ce qu'on entend...

Ce matin, Maman m'a demandé de venir l'aider dans la roseraie. Tino et Dina viennent aussi. Il faut tailler tous les rosiers pour la deuxième floraison. Ça fait toujours bizarre de venir travailler ici sans Papi...

Maman m'a parlé de magie. De la magie de la nature. Je n'avais jamais vraiment songé qu'elle existait, car elle nous entoure constamment. Maman dit que c'est justement elle qui nous nourrit. Elle a parlé de magie essentielle. Je ne suis pas sûre d'avoir très bien compris la différence avec notre magie...

Jeudi 8 juillet

Eolia était frustrée aujourd'hui. Elle ne comprend pas pourquoi je ne veux pas qu'on sorte des limites du domaine quand on vole. Ce n'est pas que j'ai peur de désobéir. J'ai vraiment peur de sortir. Comme si ces hommes aux masques argentés me guettent derrière les grilles du parc et attendent la moindre erreur de notre part. Je ne suis pas assez courageuse pour tenter le diable...

Vendredi 9 juillet

Ce soir, Grand-mère Erlésie m'a demandé de venir la rejoindre dans son salon. D'habitude, elle n'aime pas trop qu'on vienne la déranger dans ses appartements. Je me suis vraiment demandé ce que qu'elle voulait. Mais elle m'a prise au dépourvu avec sa première question...

- Est-ce que tu connais la magie qui protège le Clos-La-Rive ? M'a-t-elle demandé.

- Ce sont les sorts que toi et Maman avez posés, non ?

- Ça, c'est une réponse de débutant.

- Ça tombe bien, j'en suis une, ais-je marmonné.

- Le Clos-La-Rive possède sa propre conscience. Il ne suffit pas d'agiter sa baguette magique pour créer des barrières. En fait, la baguette est même inutile les trois quart du temps, a-t-elle remarqué distraitement. En tant qu'héritière du domaine, nous devons pénétrer la conscience du domaine.

Elle a dû voir ma mine perplexe, parce qu'elle a ajouté d'un ton un peu agacé.

- Il faut sentir la magie du lieu, la mêler à la nôtre. C'est de la magie essentielle. Ce qui est à la source de notre pouvoir.

Je me demande bien ce qu'elles ont toutes les deux à me parler de ça en ce moment...

- Je ne sens même pas ma propre magie, comment est-ce que je pourrais sentir celle du domaine ? Je lui ai demandé.

Maman est alors entrée dans le salon en disant à Grand-mère Erlésie que c'était peut-être un peu tôt pour essayer de m'enseigner ça. Je suis assez de son avis, mais alors Grand-mère Erlésie a dit quelque chose d'inquiétant.

Apparemment, la puissance des protections du domaine dépendrait en partie du nombre de personnes capables de les sentir. Ce qui signifie que depuis la mort de Mami, elles se sont affaiblies.

Lundi 12 juillet

Cette histoire de protection m'intrigue et m'inquiète un peu. J'ai interrogé Maman là-dessus. Elle m'a assuré qu'il n'y avait pas de crainte à avoir. Je lui ai demandé ce qu'il se passerait si Grand-mère Erlésie ou elle-même venait à disparaître. S'il n'y aurait pas alors des craintes à avoir.

- Il existe d'autres moyens de protections comme la magie du sang que nous n'avons pas encore utilisés, car ce sont des sorts complexes qui demandent à être renouvelés régulièrement. Mais si cela s'avère nécessaire, je le ferai, tout comme Grand-mère Erlésie.

- Comment est-ce que je peux sentir ma magie, Maman ?

- Je suppose que le moyen le plus simple est la méditation.

- Et comment est-ce que je peux sentir la magie du domaine ?

- Commence par voir tout ce qui t'entoure d'un œil nouveau. Toutes ces choses que tu trouves normales et qui pourtant proviennent de la magie. Regarde, Grand-mère Erlésie interagir avec la maison. J'ai trouvé cela très instructif quand j'avais ton âge.

- Tu veux dire sa manie de changer la couleur des rideaux pendant l'heure du thé sans même sortir sa baguette?

Maman a ri mais n'a pas semblé trouver mon exemple ridicule.

- Je veux dire comment le domaine semble prévenir le moindre de ses désirs. Ce n'est pas pour rien que le manoir réagit autour d'elle sans qu'elle ait besoin de dire le moindre mot. C'est la magie essentielle.

Mais qu'est-ce que c'est que cette magie essentielle ? Et qu'est-ce que la couleur des rideaux peut bien avoir à faire avec ?

Dimanche 19 juillet

On ne peut pas dire que mes cours de méditation avancent beaucoup. Pour l'instant, j'ai encore beaucoup de mal à ne pas penser à ce qu'on va manger à déjeuner, à Eolia, ou à mon chapitre d'Arithmancie...

Je suis donc allée voir Grand-mère Erlésie. Il faut qu'elle m'explique. Parce que je veux bien méditer, mais pour chercher quoi ?

- L'essence de ma magie, m'a-t-elle répondu. Et quand je lui ai demandé ce que c'était que cette magie essentielle, elle m'a répondu « ce qui fait que le monde existe ». Quoi, alors c'est ce que les moldus appellent Dieu ?

Apparemment, c'est pas entièrement faux. J'ai eu droit ensuite à un cours de physique. C'est sans doute très intéressant, mais quand même très compliqué. Surtout que Grand-mère Erlésie a l'air de nager là-dedans comme un poisson dans l'eau, alors que moi...

En gros, il semblerait qu'à peu près tout ce qui nous entoure soit constitué de magie neutre. Enfin, tout ce qui nous entoure à l'état naturel. Je lui ai demandé si c'était comme ce qu'on nous a appris à l'école au sujet des atomes. Elle m'a répondu que non. Ah bon... C'est vrai que les atomes, ça constitue même ce qu'il y a de plus moldu. Mais je ne vois pas trop la différence quand même. Grand-mère Erlésie a dit aussi que l'air qui nous entoure est plus ou moins saturé de magie, de magie neutre, encore. Cette magie, portée à l'état le plus pure et le plus absolu, cette fameuse magie essentielle, alimente notre corps. C'est en elle que nous puisons notre magie. Ou plutôt, c'est en elle qui notre centre énergétique se charge. Ce sont les sorts que nous utilisons que vont ensuite définir si la magie sera « blanche » ou « noire » ce qui d'après elle, est très imprécis. Là, j'avoue avoir complètement décroché quand elle a commencé à vouloir m'expliquer la subtilité. J'ai fini par l'interrompre et lui demander si en résumé, ce que je dois chercher c'est mon centre énergétique, ou bien la magie neutre qui nous entoure. Et bien les deux...

Ce n'est pas demain que j'aurais sa maîtrise alors... En même temps, si elle a 102 ans, j'ai encore 90 ans devant moi...

C'était étrange de voir à quel point la manière d'arriver au même résultat pour elle-même et pour Ludivine avait été différente, songea Kécile. Elle avait trouvé son centre énergétique pour être capable de lancer le sortilège de la mort, sa mère pour sentir les protections du Clos-La-Rive. Quoi qu'il en soit, si Kécile avait déjà entendu parler de cette magie essentielle de la bouche de Dumbledore, elle n'avait jamais su à quoi elle correspondait. Jamais Voldemort ne lui avait parlé d'une magie naturelle les entourant et les alimentant. Elle avait toujours imaginé que les sorciers produisaient eux-même leur magie.

A travers les semaines suivantes, Kécile suivit les progrès de sa mère en la matière, guidée plus ou moins efficacement par les remarques sybillique de la Grand-mère Erlésie. Et puis c'était en août à nouveau :

Jeudi 17 aout

Maman et Papa commencent à être inquiets. Grand-mère Erlésie n'est pas rentrée depuis lundi matin. C'est rare qu'elle s'absente aussi longtemps.

Samedi 19 aout.

Maman a envoyé un patronus à Grand-mère Erlésie pour lui demander de donner signe de vie. Ce soir, il n'y a toujours pas eu de réponse. Ou bien elle est partie très loin, ou bien...

Dimanche 20 aout

Maman a écrit à Antoine pour lui demander si par hasard Grand-mère Erlésie ne serait pas chez eux. Elle a envoyé une autre lettre à Grand-mère. Si elle est encore en vie, notre hibou la trouvera.

Vendredi 26 aout.

Il y a de moins en moins d'espoir. Papa m'a conduite à Poudlard, dans son bureau et m'a ordonné de ne pas bouger de là tant qu'ils ne reviennent pas me chercher. Ils partent à la recherche de Grand-mère Erlésie. J'ai peur, je ne voudrais pas qu'il leur arrive quelque chose.

Samedi 27 aout

Papa et Maman m'envoient des messages régulièrement, pour ne pas que je m'inquiète. Mais ça n'empêche, je n'arrive à rien et je m'ennuie à tourner en rond. Je veux juste qu'ils rentrent.

Dimanche 28 aout

Ils se sont fait attaquer par des mangemorts. Merlin merci, ils n'ont rien de grave. Ils pensent que Grand-mère Erlésie a été enlevée. Même si elle est encore vivante, il n'y a plus d'espoir de la revoir, a dit Maman. Papa a même murmuré qu'il valait même mieux lui souhaiter de ne pas être encore vivante. J'ai pleuré cette fois. Parce que ça commence à faire trop.

Je crois qu'Eolia a essayé de me consoler cet après-midi. Mais j'ai peur maintenant. Vraiment.

Samedi 2 Septembre

La rentrée a déjà eu lieu à Poudlard, mais nous n'allons à Beauxbâtons que demain soir avec Maman.

Maman était en train de finir de mettre de l'ordre dans ses cours, quand Papa a dit vouloir me parler. De Voldemort.

Je sais bien sûr qui est Voldemort. On commence à le surnommer Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom dans les journaux. Papa m'a dit de ne jamais faire ça, parce que ça lui donnait encore plus de pouvoir : le pouvoir de la peur. Sauf qu'il me fait peur...

Papa m'a expliqué pourquoi il tue autant de monde. Il veut dominer l'Angleterre, peut-être même l'Europe. Il veut détruire les moldus, au nom de la suprématie des sangs-purs. Cette fameuse suprématie dont se prévaut tant Lucrèce... Il paraît que Voldemort cherche également le moyen de ne pas mourir. Il a peur de la mort. Il a peur de la seule chose qu'on ne peut pas éviter.

Dimanche 3 Septembre

On retourne avec Maman à Beauxbâtons tout-à-l'heure, et j'ai bien l'intention d'avoir une sérieuse conversation avec Lucrèce d'abord, pour savoir ce qu'elle a dans le ventre, puis avec Louise-Gabrielle ensuite.

Apparemment, mes parents se sont concertés. Hier c'était Papa, aujourd'hui, ça a été Maman. Elle aussi a voulu me parler de Voldemort.

- Grand-mère Erlésie et moi t'avons parlé de la magie essentielle ces derniers temps. Tu dois savoir que c'est une magie dont seuls les plus grands sorciers sont conscients. Et mêmes certains des plus grands sorciers l'ignorent.

Son sous-entendu était gros comme un dragon.

- Comme Voldemort ?

- Oui. Je pense qu'il sait qu'elle existe, mais qu'il la considère comme négligeable, ou soumise au sorcier. Les exactions qu'il a commises, les expériences que ton père pense qu'il a mené prouvent qu'il considère que la magie essentielle doit être asservie. Il la dénature. D'une certaine manière, il l'oblige à se plier à sa volonté pour faire des choses contre-nature, des choses contraires à la magie essentielle.

- Comme échapper à la mort ?

- C'est cela. Mais je pense qu'aussi puissant soit-il, il ne parviendra pas à forcer la magie essentielle à ce point... Plus tu vas progresser, plus tu vas sentir la magie essentielle. Et plus tu vas sentir cette magie, plus également tu ressentiras ceux qui cherchent à la détourner. Eloigne-toi de ces gens-là et n'écoutent jamais leurs discours. On dit Voldemort beau parleur...

- Je ne pourrais jamais écouter l'homme qui a tué ma famille !

- Je le crois... Je ne sais pas ce que demain nous réserve, Ludivine, mais des années bien difficiles nous attendent. Cependant, il y a une chose que je sens, c'est qu'à force de trop tirer sur la corde, Voldemort va finir par la casser. Tôt ou tard, cette magie qu'il renie le vaincra. Elle est l'essence même de son pouvoir après tout. Il ne peut pas jouer éternellement sur le paradoxe de nier et d'utiliser la magie essentielle.

- Pourquoi tu me dis tout ça, Maman ?

- C'est important dans ton apprentissage de la magie essentielle, a-t-elle simplement répondu.

Moi, j'ai plus l'impression d'une initiation qu'autre chose... Je suppose que je commence à avoir l'âge...

Lundi 4 Septembre

Je me suis disputée avec Lucrèce hier soir, devant la plupart les élèves de Lumina... Je pense qu'il y en a beaucoup qui n'ont pas compris les enjeux de cette dispute. La plupart n'ont pas entendu parler de Voldemort, ni de cette volonté d'extermination des moldus. Lucrèce a tendance à considérer Magali comme une moins que rien. On ne peut pas dire que Magali se laisse faire, c'est vrai, et elle n'avait pas besoin que j'intervienne, honnêtement. Mais j'y ai trouvé là une occasion de parler à Lucrèce de ce que je pensais de son attitude et d'où ce genre de comportement était en train de nous mener.

Ça me révolte de penser qu'on puisse trouver les actions des Mangemorts justifiables. Pourtant c'est l'avis de Lucrèce. Je crois que j'ai bien failli l'étrangler. Sylvain est intervenu pour éviter que ça ne dégénère.

Je crois que j'ai craqué après, et j'ai pleuré devant à peu près tous mes camarades. C'est ridicule... Mais j'essaie de voir les choses du bon côté : Magali et Martin m'ont remercié. Leopold et Romulus se sont rendus compte qu'ils avaient quelque chose en commun et semblent presque prêt à devenir amis... Et puis Louise-Gabrielle a traité Lucrèce de "pur-sang-pur-consanguinité-pur-dégénéré". ça m'a soulagé...

Je savais bien qu'elle ne pouvait pas être amie avec quelqu'un qui soutient ceux qui ont assassiné Papi et Mami et sans doute aussi Grand-mère Erlésie...

Déjà à l'époque, il y avait des dissensions, même en France... Ou bien Ludivine était-elle incluse dans ce combat du fait de sa parenté avec Dumbledore et vivait-elle du coup dans une sorte de microcosme qui ne touchait pas les autres élèves français ?

Somme toute, la deuxième année de Ludivine avait été très calme. Kécile aurait aimé avoir une année aussi tranquille lorsqu'elle avait suivi sa deuxième année à Poudlard.

Comme Dumbledore et Camille l'avaient craint, ils avaient fini par retrouver le cadavre de la Grand-mère Erlésie et Ludivine racontait son apprentissage de la magie essentielle. Au fur et à mesure que les mois passaient, Kécile avait l'impression que la magie devenait peu à peu le centre de toutes ses préoccupations. Elle parlait de moins en moins de sa vie avec ses camarades et de plus en plus de ses découvertes magiques.

Ludivine finissait par écrire très peu dans son journal, passant le plus clair de ses soirées à étudier. Même au cours des vacances, Kécile ne lisait plus que rarement le récit d'une soirée avec ses parents, comme si la mort de la Grand-mère Erlésie avait accéléré l'apprentissage de l'héritage magique de Ludivine.

Et puis durant la troisième année, au mois de janvier, il y avait un blanc étonnamment long. Juste ces mots, sans date... « Ce n'est pas possible... »