Voici l'avant dernier chapitre du journal de Ludivine, où on trouve Severus et Lily.
J'engage vivement à lire "Elle savait " des Souvenirs du Clos-la-Rive qui se rapporte directement à ce chapitre et peut-être également à relire les scènes en italique du chapitre 17 "Paroles d'or et souvenirs d'argent" auquel il est fait référence.
Bonne nouvelle, j'ai commencé la partie 6 qui devrait faire 10 chapitres, donc nettement plus restreinte que la partie 5!
Chapitre 87 : Journal de Ludivine 4
Ludivine avait changé de carnet, même si le précédent n'était pas terminé, comme pour marquer qu'une tranche de sa vie était achevée, et qu'une nouvelle bien différente s'ouvrait.
Mais la petite fille n'avait pas écrit les mots fatidiques.
- C'est en janvier 1973 que Camille a été assassinée, n'est-ce pas ? Demanda ce soir-là Kécile à Dumbledore alors qu'elle s'apprêtait à lire le nouveau journal de sa mère, assise dans le même fauteuil près du feu qu'avait affectionné Ludivine en son temps.
Le vieil homme acquiesça.
- Ludivine ne dit pas comment ça s'est passé. Est-ce que vous accepteriez de me raconter ? Demanda-t-elle prudemment. Je comprendrais si vous ne vouliez pas... ajouta-t-elle.
- Je peux te raconter, répondit posément Dumbledore. Les années sont passés sur la douleur... C'était le 9 janvier. Comme tu le sais sans doute, Camille et Ludivine rentraient presque tous les vendredi soir au Clos-La-Rive. J'y faisais simplement un passage lorsque j'en avais le temps. Camille était rentrée avant Ludivine ce soir-là, car elle voulait renouveler les protections du domaine. Ludivine a pris la cheminette pour la rejoindre quelques heures après. Alors qu'elle aurait dû être là-bas, je l'ai vue sortir de la cheminée de mon bureau à Poudlard en pleurant si fort que je n'ai pas compris tout de suite ce qu'il se passait. Je me souviens qu'elle répétait juste « Maman » de manière incohérente. Et puis j'ai compris que le pire était sans doute arrivé.
- Vous saviez que cela pouvait se passer, n'est-ce pas ?
- Oui, surtout en cette période où les protections du manoir étaient affaiblies. Lorsque j'ai moi-même pris la cheminette, j'ai trouvé Camille morte juste devant moi. La marque des ténèbres flottait dehors. Je pense maintenant avec du recul qu'elle a tenté de m'avertir mais qu'elle n'en a pas eu le temps. Je m'en suis beaucoup voulu de ne pas avoir été présent au moment où les protections étaient ainsi vulnérables et de n'avoir pas été là pour la défendre.
- Mais ce que je ne comprends pas, souleva Kécile, c'est comment Voldemort a pu passer au travers des protections, aussi affaiblies soient-elles. Ludivine en parle dans son journal. Elles sont très complexes et reposent en partie sur le sang, même s'il faut les renouveler souvent.
- Toutes aussi complexes et puissantes soient-elles, tu le dis toi-même, elles devaient être renouvelées, c'est bien là leur faille. Je pense que Voldemort a guetté longtemps le Clos-La-Rive et qu'il a attaqué au moment exact où les barrières pouvaient tomber. Je suppose qu'il a agi de la même manière pour enlever Ludivine des années plus tard.
- Depuis ce jour, vous avez abandonné le Clos-La-Rive ?
- Pas exactement. Nous n'y sommes pas retournés pendant un certain temps à cause des souvenirs trop vifs. Ludivine a été profondément affectée de la mort de Camille. Elle est venue faire ses études à Poudlard. Je ne voulais plus qu'elle reste loin de moi. Mais j'ai posé mes propres protections sur le Clos et tant que Ludivine était en vie, il y avait d'autres barrières que le domaine maintenait de lui-même du fait de la présence d'une héritière. Elles n'étaient certainement pas aussi puissantes qu'au temps où il y avait quatre Deschavelles sur les lieux, ni même autant que lorsque Camille était encore en vie. Ce n'était plus un lieu aussi sûr que Poudlard pouvait l'être, mais nous ne pouvions pas simplement laisser cet endroit et les souvenirs à l'abandon...
- Camille avait commencé à transmettre son savoir à Ludivine...
- Oui, et c'était également une des raisons qui m'ont poussées à ne pas éloigner complètement Ludivine du Clos, malgré les risques. Elle avait besoin de la magie du domaine pour poursuivre seule son apprentissage. Je ne pouvais lui être d'aucune aide et c'est seule qu'elle a tenté de suivre la trace de ses ancêtres. Malgré tout ses efforts, je crois qu'elle n'a pas pu atteindre un niveau de compréhension de la magie aussi élevé et subtile que Camille. Peut-être, si elle avait eu davantage de temps...
Mercredi 3 février
Je crois que j'ai du mal à m'habituer à Poudlard. C'est tellement différent de Beauxbâtons. D'abord il fait vraiment très froid ici. Et puis les élèves me regardent. J'imagine qu'ils ne savent pas trop ce que je fais là. Moi non plus parfois... Je cherche Maman parmi les professeurs. Et mes amis me manquent. Louise-Gabrielle et Sylvain m'écrivent toutes les semaines. On dirait qu'ils veulent que je ne manque pas un seul moment de la vie de Beauxbâtons, comme pour me faire oublier un peu que je ne suis plus avec eux... Ils me manquent vraiment.
Je préfère que personne ne sache que je suis la fille du directeur. C'est déjà suffisamment difficile comme ça de se fondre dans le décor. Je n'ai pas d'amis ici à Serdaigle. C'est vrai que je ne cherche pas beaucoup à en avoir. Je sais que ça inquiète Papa. Je sais que mon comportement ces derniers temps l'a inquiété.
Mais j'en veux tellement à Maman...
Je suis sûre qu'elle savait ce qui allait lui arriver. Quand je repense à certaines choses qu'elle a dite un peu avant... Mais malgré tout elle est allée au Clos-La-Rive, tout en sachant ce qui l'y attendait. J'aurais mille fois préféré qu'on abandonne le domaine tout simplement.
Et qu'est-ce que je vais faire toute seule maintenant ? Papa ne peut pas comprendre mon désarroi. Je sais que c'était idiot de vaguement espérer quelque chose de la nécromancie pour... pour quoi au juste, je ne sais même pas ! Pas pour la faire revenir, je suppose. Mais pour communiquer avec elle. Car elle est partie en ayant encore à peu près tout à m'enseigner. Comment suis-je sensée être l'héritière des Deschavelles si j'ignore tout de la magie que mes ancêtres employaient ?!
Samedi 6 février
Lily Evans est têtue... Je suppose que c'est une qualité des Gryffondors. J'ai l'impression qu'elle s'est mise en tête de devenir mon amie. Ce n'est pas que j'ai quelque chose contre... Papa a remarqué que je passais du temps avec elle et en est ravi ! Il dit que sa bonne humeur me fera le plus grand bien. C'est vrai que Lily est plus gaie que moi. C'est une fille assez solaire en fait. Toujours partante pour tout, positive, énergique et qui mène son monde à la baguette. Mais en même temps, j'apprécie sa discrétion. Elle ne m'a encore jamais posé de questions sur moi, et agit avec moi plus naturellement que les élèves de ma propre maison.
Je ne peux pas me plaindre de mes camarades de chambrée en réalité. Mais elles sont ensemble depuis trois ans et je suis la pièce rapportée. Elles sont un peu froides. Moi aussi, je réalise...
Dimanche 7 février
Le seul avantage de Poudlard, c'est que le parc est assez grand et accidenté pour qu'on puisse se trouver un coin tranquille sans être dérangé. Eolia m'a suivi en Angleterre. On dirait qu'elle sait quand je vais pouvoir sortir, et je la trouve toujours au même endroit, près de la lisière derrière une butte, les oreilles dressées, à m'attendre. Elle sent aussi quand ça ne va pas. Elle me laisse me serrer contre elle pendant des heures, même s'il fait froid. Parfois, elle se couche par terre et je me glisse sous son aile toute douce et chaude. Ça me fait du bien. Je me sens toujours mieux après. Je me demande si les pégases n'ont pas quelque pouvoir subtil dont les sorciers sont ignorants. Ou alors, c'est parce que je suis liée avec elle... Ou peut-être encore les deux...
Mardi 9 février
Lily est vraiment très douée en sortilèges. Nous sommes sans conteste les deux meilleurs élèves de notre année. Je lui ai proposé que nous étudions ensemble. Je crois qu'elle a un vrai potentiel. La magie essentielle n'est pas un secret, n'est-ce pas ? Je dois bien avoir le droit de partager le peu que je sais avec d'autres sorciers dignes de confiance ?
Mercredi 10 février
Grâce à Lily, j'ai une camarade à Serdaigle, Elisabeth. C'est une amie de Lily et Mary et elles étudient toutes les trois ensemble d'habitude. Lily m'a introduite dans leur groupe. Elles sont sympas et je me suis même surprise à rire un peu avec elles trois...
Lily a un autre ami. Il s'appelle Severus et il est à Serpentard.
A Serpentard, il y a des individus pas très recommandables... Pas que ce soit le cas de tous les autres élèves : dans un autre genre, ceux qui se font appeler les maraudeurs, à gryffondors ne sont pas non plus très recommandables. Mais ceux-là, sont vraiment carrément mauvais. Je crois qu'ils sont tout à fait le genre d'individus contre lesquels Maman m'a mise en garde.
Severus est un peu à part de son année. Il semble être en potions ce que je suis en sortilèges. Lily travaille toujours cette matière avec lui. Je ne veux pas dire qu'elle profite de lui, mais comme elle est aussi douée dans ce domaine, j'imagine que leur travail est productif...
Lily m'a dit que Severus et elle se sont connus enfants et vivaient dans le même quartier. Apparemment, la rivalité évidente entre Gryffondor et Serpentard n'a pas réussi à les séparer. Mais on ne peut pas dire que Severus soit quelqu'un de très engageant. J'ai demandé à Lily si je pouvais faire sa connaissance, et lorsqu'elle m'a présenté à lui, il m'a simplement regardé d'un œil noir et a à peine ouvert la bouche. Pas très aimable.
Vendredi 12 février
Ce soir, j'ai travaillé avec Lily et Severus les potions. Je n'ai pas très bien compris pourquoi Mary et Elisabeth n'ont pas voulu se joindre à nous, hormis qu'elles ne veulent pas être vues avec Severus Rogue. Si ce n'est pas une raison idiote, ça...
Je reconnais que Severus n'est pas une personne facilement abordable. Il m'a jeté un regard noir quand Lily a déclaré que j'allais travailler avec eux deux. Il est aussi taciturne que Lily rayonne. Ajoutez à cela un physique ingrat et peu soigné, il n'a pas beaucoup d'amis et ne cherche pas à en avoir. On pourrait croire que c'est le genre de garçon souffre-douleur dont on se moque facilement.
Bon nombre d'élèves ne s'en privent pas d'ailleurs et raillent sa constitution d'apparence frêle, son nez aquilin et ses cheveux huileux, il faut bien dire ce qui est. Il n'est donc pas très impressionnant mais Lily défend avec vigueur qu'il compense par l'esprit ce qui lui manque pour le physique.
Je n'ai jamais été passionné par les potions, mais c'est intéressant de voir ce garçon taciturne s'emballer d'enthousiasme lorsqu'il tente d'expliquer quelque chose. En réalité, j'ai l'impression qu'il n'y a que deux choses qui brisent son masque d'impassibilité : les potions et Lily.
C'est amusant de constater que Lily arrive à lui arracher des sourires quand moi je ne parviens qu'à recevoir des coups d'oeil condescendants... Quand je disais que Lily est solaire...
Samedi 13 février
Papa, qui semble toujours tout savoir, particulièrement ici à Poudlard, m'a convoqué dans son bureau. Il m'a mis en garde contre certaines fréquentations de Severus. Il n'a rien contre que je sois avec lui et Lily, mais strictement dans ce cadre là. Je lui ai dit que certains des élèves de Serpentard ne me disaient rien qui vaille... Notamment un grand blond à la mine arrogante et une espèce d'armoire à glace aux airs de conquistador... Papa m'a dit qu'ils s'appellent Malfoy et Macnair et qu'il soupçonne ces deux élèves d'être déjà des suivants de Voldemort. Il a peur qu'ils recrutent parmi les plus jeunes élèves.
Dimanche 14 février
J'ai fini par parler un peu à Lily de ma famille. Ce n'était pas très honnête d'être son amie et de lui cacher la mort de ma mère. Je lui ai un peu parlé de Maman et de l'héritage des Deschavelles. Elle m'a dit qu'elle comprenait mieux maintenant mes dons en sortilèges. Je n'avais pas l'impression d'être si douée que ça, mais là, elle m'a dit quelque chose qui m'a surpris.
« Je ne te parle pas du fait que tu maîtrises plus vite que tout le monde les nouveaux sortilèges. Je te parle de ces expériences que tu fais, de cette magie essentielle dont tu me parles parfois. Je n'ai jamais entendu personne m'en parler, je n'ai jamais rien lu là-dessus. Et pourtant, crois-moi, lorsque j'ai appris que j'étais sorcière, j'ai cherché à savoir d'où me venait la magie... Et je peux t'assurer qu'aucun élève de notre année n'est capable d'utiliser simplement les runes pour fermer ton journal comme tu le fais. Appelle ça comme tu veux, mais chez moi, ça s'appelle de la magie sans baguette. »
Il faut croire que j'ai fait davantage de progrès que je ne le croyais.
Lily m'a demandé de lui apprendre, alors tous les week-end, nous faisons une séance de méditation ensemble. Et puis, elle m'aide dans les recherches que j'effectue à la bibliothèque, notamment sur la magie du sang. Je voudrais être capable de renforcer les barrières du Clos-La-Rive. Je n'en sais pas encore assez, sans doute. Je ne suis pas encore assez puissante non plus. Mais ça ne viendra pas tout seul maintenant que Maman n'est plus là pour m'apprendre...
Mais malgré tout ce que j'ai pu dire à Lily, je me rends compte que je ne lui ai pas parlé de Papa. D'un autre côté, je me vois mal lui dire après tout ce temps, : « Au fait, Lily, j'ai oublié de te dire, mon père, c'est Albus Dumbledore... »
Dimanche 22 février
J'ai eu l'impression que Severus me regardait bizarrement aujourd'hui. Je me demande bien pourquoi. Je ne crois pas avoir dit quelque chose d'anormal pourtant. Ou alors, il m'a entendu parler de Malfoy et Manair avec Lily. Ces garçons me font un peu peur. La dernière fois que je les ai croisés, ils sentaient la magie noirs comme s'ils sortaient d'une expérience sombre. C'est bizarre à décrire, je n'avais jamais ressenti ça auparavant : c'était comme si la magie essentielle avait été distordue autour d'eux. Je comprends mieux ce que voulait dire Maman sur le fait que Voldemort bafoue la magie essentielle. Et apparemment, il enseigne à ses Mangemorts à faire la même chose.
Lundi 23 février
Je sais maintenant pourquoi Severus me regardait bizarrement hier. Il est venu me voir tout à l'heure et m'a demandé de but en blanc si j'avais un pégase apprivoisé. Il m'a vu samedi soir avec Eolia. Je lui ai proposé de venir la voir ce week-end avec Lily.
Mardi 24 février
Je ne sais pas si j'ai bien fait de parler de cette histoire de pégase à Lily tout compte fait... Elle est excitée comme un Botruc et n'arrête pas de me poser des questions. J'ai fini par la menacer de ne rien lui montrer du tout si elle continuait. Je ne tiens pas à ce que toute l'école soit au courant.
Dimanche 1er mars
C'était amusant de voir Lily et Severus faire la connaissance d'Eolia. Eolia n'a rencontré personne d'autre hormis Papa et Maman, et je pense qu'elle était consciente qu'ils étaient mes parents. Je crois que ça ne lui plaisait pas du tout que j'amène du monde.
Lily était surexcitée et avait un sourire immense. Elle avait beaucoup de mal à se retenir de ne pas parler trop fort. Cette boule d'énergie faisait un peu peur à Eolia au départ. Elle avait les oreilles couchés et j'ai dû l'attraper par l'encolure et la rassurer pour qu'elle ne recule pas devant Lily. Elle a fini par constater qu'elle faisait beaucoup de bruit mais qu'elle ne mordait pas...
Severus au contraire était très calme. Je pense même qu'au départ, il n'était pas très rassuré. Et Eolia l'a senti. Du coup, elle a été moins craintive, et c'est elle qui a fait un pas vers lui. Même si Severus n'a rien dit, j'ai vu dans ses yeux une lueur de fascination.
Lundi 2 mars
J'ai très mal gardé le secret, je l'avoue. Honnêtement, étais-ce vraiment un secret ? Apparemment Lily est au courant depuis le début. J'ai dû faire une drôle de tête lorsqu'elle a parlé de Papa. Mais comme elle dit, je suis arrivée au même moment où on annonce que le directeur a perdu sa femme... Il ne fallait pas beaucoup réfléchir pour deviner. Elisabeth considérait cette information comme acquise. De plus, Lily dit qu'elle m'a vu un jour discuter avec Papa. J'ai oublié à quelle occasion car je ne parle jamais avec lui en dehors de son bureau. Enfin, tout ça pour dire que Lily est vraiment gentille de ne pas me distinguer et de m'avoir ainsi intégré dans son cercle.
Je trouve juste un peu dommage que Lily ne cherche pas davantage à mêler ses deux groupes d'amis. D'un côté, elle s'entend très bien avec Mary et Elisabeth et de l'autre avec Severus, mais lorsque les trois élèves se croisent, ce sont des mines pincées et dégoûtées de part et d'autre et ils ne se gênent pas pour s'envoyer des piques malgré leur amie commune. Lily m'a dit que j'ai pu m'intégrer aux deux groupes car je n'ai pas eu le temps de saisir l'exclusion que subissaient et nourrissaient les Serpentard.
C'est vrai que Severus n'est pas quelqu'un de très engageant. Mais pourtant, je suis persuadée d'avoir gagné au moins son respect à défaut de son amitié. Je crois qu'Eolia l'a impressionné. Et Merlin sait qu'il en faut pour impressionner Severus Rogue.
C'était avec beaucoup d'amusement que Kécile lisait la vision de son professeur préféré par Ludivine. Il semblait que le petit garçon de l'époque n'avait pas beaucoup changé du point de vue du caractère. Elle peinait en revanche à imaginer un Severus enfant à l'apparence miteuse et peu impressionnante comme le décrivait sa mère en connaissant l'homme imposant de présence, même s'il conservait toujours certains attributs physiques peu flatteurs.
Mais ce qui étonnait le plus Kécile, c'est que hormis le manque de sociabilité du Severus de 13 ans, elle ne voyait pas dans les descriptions de sa mère les prémices d'un mangemort.
Aussi continua-t-elle avec une curiosité un peu morbide la lecture du journal de Ludivine pour comprendre la déchéance du futur mangemort.
Vendredi 18 avril
Demain commencent les vacances. Nous retournons au Clos-La-Rive. Ça m'angoisse un peu. Mais nous ne pouvons pas non plus laisser le manoir abandonné...Papa sera occupé toute la journée entre l'école, le Ministère et l'Ordre qu'il commence à vouloir monter pour lutter de manière systématique contre Voldemort. Je ne voulais pas me retrouver toute seule entre ces murs. Alors j'ai demandé à Lily et Severus de venir avec moi. Lily a été enchantée et Severus a simplement dit qu'il était d'accord. Je suis contente qu'il ait accepté. Ça ne lui fera pas de mal de s'éloigner un peu des Serpentard. Lily trouve comme moi que certains d'entre eux commencent à avoir une mauvaise influence sur lui. Je ne l'ai pas dit à Lily pour ne pas l'inquiéter, mais je sens que sa magie commence à changer.
Le Clos va débuter sa floraison. Avec un peu de chance, quelques roses seront déjà écloses s'il a fait beau et chaud.
Lundi 21 avril
Je m'en veux tellement ! Je crois que j'ai tout gâché ! Nous étions en train de devenir amis et maintenant j'ai bien peur qu'il me haïsse. Est-ce que Severus a raison ? Est-ce que c'est mon orgueil qui a tout gâché ? Pourquoi croit-il que j'ai pitié de lui ? Au contraire, je m'inquiète pour lui. Je sais que c'est quelqu'un de bien mais j'ai peur de le voir emprunter un mauvais chemin ! Pourquoi me reproche-t-il donc d'avoir voulu l'aider en le guidant ? Pourquoi me reproche-t-il d'être la fille de Dumbledore ? Qu'est-ce qu'il a contre Papa ? Je ne comprends pas...
En tout cas, Severus a quitté le Clos et Lily est toute triste...Je crois qu'elle a peur pour son amitié avec lui. J'espère qu'il ne va pas la rejeter elle-aussi ! J'aurais vraiment tout gâché. Je m'en voudrais encore plus si par ma faute ils se séparaient. Je sais que Severus compte beaucoup pour Lily, et Lily encore plus pour Severus. Elle est sa seule amie et sa dernière chance de choisir la bonne voie.
Dimanche 4 mai
Je suis rentrée avec Lily à Poudlard. Ça m'a fait du bien de passer du temps au Clos avec quelqu'un d'étranger à la famille et qui ne connaissait pas le domaine. J'ai pu prendre un peu de distance avec tous les souvenirs qu'il y a au manoir. Je lui suis reconnaissante de m'avoir accompagné au Clos-La-Rive plutôt que d'être allée voir ses parents. Elle m'a confié son différent avec sa sœur. Cela me rappelle un peu l'histoire de Maman et de tante Valérie. Je n'ai pas voulu la lui raconter pour ne pas effacer son espoir de se réconcilier un jour avec sa sœur Pétunia.
Mardi 6 mai
Depuis dimanche, j'essaie de parler à Severus, mais il m'esquive très habilement. En revanche, il y a quatre gryffondors qui ne le lâchent pas depuis la rentrée. Apparemment, eux et Severus ont de vieux contingents à régler.
Samedi 10 mai
Lily m'a demandé si on pouvait s'éloigner un peu pendant quelques temps. Elle m'a dit que Severus la fuit elle aussi parce qu'il l'associe avec moi. Je la comprends de ne pas vouloir perdre son ami. En tout cas, j'ai réussi à attraper Severus mais je le regrette un peu finalement ! Il a été très agressif, même méchant. Mais derrière cette méchanceté je crois qu'il y a beaucoup de déception. Je me suis encore excusée, mais j'ai bien l'impression que ça n'a servi à rien.
Je vais laisser Lily faire.
Mercredi 14 mai
Elisabeth passe pas mal de temps avec moi en ce moment. Ça ne me dérange pas, mais je ne dois pas être très amusante. Enfin, comme elle aussi elle travaille beaucoup, j'imagine que ça ne doit pas la gêner.
Je sens vraiment que je progresse ces derniers temps. Je me sens plus apaisée depuis la rentrée et je crois que ça aide. J'ai rétrospectivement l'impression que ma magie était un peu agitée comme mes émotions.
Je n'ai plus de problème à sentir la magie autour de moi et je commence à pouvoir ressentir la mienne propre. Maman disait qu'il n'y avait pas vraiment de limite entre l'une et l'autre, et qu'il y en aurait encore moins le jour où je ressentirai celle qui circule en moi, car elle deviendra alors un tout.
Vendredi 16 mai
J'étais assise juste derrière Severus aujourd'hui en cours de potions. J'ai vraiment l'impression que sa magie change en ce moment. Elle devient plus sombre. Je ne sais pas quoi faire. J'imagine qu'il faut que j'arrête de croire que je peux l'influencer et le laisser vivre la vie qu'il choisit. Mais c'est un tel gâchis !
Dimanche 18 mai
Lily m'a fait passer une lettre par Elisabeth. Elle voulait me dire que Severus la laissait à nouveau approcher alors elle ne voulait pas « se compromettre » en me parlant directement. C'est gentil à elle de s'inquiéter de moi, elle pourrait m'en vouloir...
Elisabeth m'a proposé qu'on révise ensemble pour les examens. Je suppose que c'est une bonne idée. Sylvain m'a un peu houspillé à distance dans sa dernière lettre quand il a appris que je n'avais pas encore commencé sérieusement les révisions !
Kécile termina rapidement le récit de la première année à Poudlard de Ludivine. Elle n'avait pas beaucoup écrit dans les mois qui suivaient, plongée dans ses études et menant une vie calme.
Kécile s'interrogeait sur cette Lily dont Albus ne lui avait jamais parlé et qui semblait être devenue une amie presqu'aussi proche que Louise-Gabrielle.
Elle regrettait un peu que Ludivine et Severus ne soient pas parvenus à rester amis. Mais l'histoire aurait sans doute été très différente. Elle ne serait même peut-être pas née. Pas que cela aurait été un grand manque à l'humanité, pensa-t-elle alors ironiquement.
Kécile se demanda si elle aurait le culot de parler à Severus de ces années-là. Elle se doutait qu'il n'aurait guère envie de revenir sur ses années à Poudlard.
Elle eut alors envie d'en parler à Albus. Elle entendait sa flûte dans le salon de l'étage.
Elle quitta son appartement et traversa le couloir pour pousser silencieusement la porte du salon.
Elle vint s'installer sur le canapé et écouta son grand-père quelques minutes avant qu'il ne s'arrête et demande :
- J'ai l'impression que tu ne viens pas seulement pour m'écouter jouer. Aurais-tu quelque chose à me demander ?
- J'avais envie de discuter avec vous de ce que j'ai lu dans le journal de Ludivine.
Dumbledore posa sa flûte et vint s'asseoir près d'elle, prêt à répondre à ses questions.
- Elle parle beaucoup de Severus dans les dernières pages. Elle a cherché à devenir amie avec lui. J'ai été étonné de comprendre qu'il ne vous aimait pas.
- Je me flatte de penser que les choses ont changé depuis. Mais c'est vrai, à l'époque, Severus était très renfermé et éprouvait une méfiance très forte à mon égard. Je crois qu'il avait surtout peur d'être jugé. C'était un garçon très doué mais également attiré par la magie noire. Il m'a avoué plus tard qu'il ne voulait pas qu'on le lui reproche, particulièrement moi en tant que directeur et figure emblématique, à tort, si tu veux mon avis, de la magie blanche.
- Alors s'il s'est enfermé plus tard dans la magie noire, est-ce que c'était une manière de se protéger du jugement des autres ?
- Il ne faut pas nier l'attirance personnelle de Severus pour ce domaine, temporisa Dumbledore, mais je pense que oui, il y avait une part de cela. Si son entourage avait été plus compréhensif, il aurait peut-être trouvé le juste milieu.
- Ludivine parle de quelqu'un de son entourage justement, une gryffondor avec laquelle elle est elle-même devenue amie. Elle s'appelait Lily.
Dumbledore acquiesça.
- Lily Evans. C'est la mère de Harry.
Kécile fixa Albus ébahie.
- Vous voulez dire que Severus et la mère de Harry était amis ?
Cela lui semblait tout simplement impossible.
- Mais comment se fait-il que Severus ne puisse pas souffrir Harry, alors ?
- Il s'agit là de l'histoire personnelle de Severus et je ne crois pas qu'il serait heureux d'apprendre que j'ai pris la liberté de te la raconter. Je pense qu'il vaut mieux que tu l'interroge lui-même. Mais si tu m'en crois, tu éviteras. C'est un pan extrêmement douloureux de sa vie et tu connais Severus dès qu'on touche à ses faiblesses.
Kécile hocha la tête.
- Pourquoi Severus vous détestait-il enfant ?
- Me détestait-il vraiment ? Je pense que c'était plus ce que je représentais qu'il haïssait plutôt que moi personnellement, qu'il ne connaissait finalement que de loin... Ce qui est certain en revanche, c'est que même lorsqu'il est venu me trouver pour changer de camp, il m'a fallu l'apprivoiser. En réalité, je pense que nous nous sommes apprivoisés mutuellement. Je ne peux pas dire que j'ai été très charitable avec lui dans les débuts de nos relations...
- Mais vous l'aimez maintenant, n'est-ce pas ?
- J'aimerais pouvoir le considérer comme mon fils, reconnut Dumbledore. Néanmoins, tu le connais, il ne me laissera jamais l'approcher suffisamment pour qu'une telle relation s'installe.
- Il tient beaucoup à vous, vous savez. Il vous considère comme un mentor lui aussi.
La conversation fut interrompue par un hibou qui frappait au carreau. Kécile alla lui ouvrir et l'oiseau vola vers Dumbledore.
- Tiens, une lettre d'Henri... Que peut-il vouloir ? Ah... Il a vraiment de la suite dans les idées... Mais pourquoi pas ! Comme au bon vieux temps, ce serait agréable...
- De quoi parle-t-il ?
Il propose d'organiser une soirée musicale au Clos dans quinze jours, avec tout un tas de monde.
- Qui cela, Albus ?
- Et bien Henri et Martine, bien évidemment, Gudrun qui était la marraine de Ludivine, Pavel et Irina, des amis de Martine, et Mr Collins, bien sûr. Que des vieux... ajouta-t-il avec un pétillement amusé dans le regard.
Kécile sourit.
- Ce n'est pas ce qui me fait peur. Je crois surtout que je vais me sentir bien petite au milieu de tous ces musiciens aguerris.
- Dis-toi que nous sommes tous passés par l'apprentissage, Kécile. Et je n'ai aucun doute quant au fait que tu puisses participer.
Ils allaient passer à table et Dumbledore était à leur habitude en train d'essayer de converser en français avec les efforts laborieux de Kécile pour lui répondre lorsqu'un tintement un peu strident retentit. Kécile sursauta et elle vit Dumbledore tirer sa baguette en se levant vers l'entrée.
Il jeta un coup d'oeil dans le parc, mais ne vit rien d'inhabituel.
- Nous n'attendons personne, n'est-ce pas Tino ? Demanda-t-il à l'elfe qui avait surgi.
- Non, monsieur Albus. Monsieur veut-il que Tina aille voir de qui il s'agit ?
- Je veux bien, Tino. Mais sois prudent.
L'elfe transplana à la grille avant de réapparaître quelques instants plus tard.
- C'est Mlle Louise-Gabrielle, monsieur Albus.
- Louise-Gabrielle ?! S'exclama Dumbledore surpris. Mais que vient-elle faire ici ? Enfin, nous pouvons la recevoir.
Tino disparut à nouveau et Dumbledore ouvrit la porte du perron, mais tint sa baguette prête.
Lorsque la femme apparut, il la scruta un moment avant de juger qu'elle ne présentait aucune menace et qu'elle ne semblait pas suivie par quelque individu aux intentions peu louables.
Kécile vint à son tour dans l'entrée pour voir cette fameuse amie de Ludivine.
Celle-ci salua Dumbledore avec courtoisie mais réserve.
- Louise-Gabrielle... quelle surprise de vous voir ! Mais un plaisir, bien sûr.
- Merci, M. Dumbledore. Le plaisir est partagé. Après toutes ces années, je ne doute pas de votre surprise.
- Entrez je vous en prie. Je vous présente Kécile, ma petite-fille.
- Votre... petite-fille.
La femme marqua un temps d'arrêt et sembla assimiler l'information.
- Voulez-vous dire par là que Ludivine a eu une fille ? S'exclama-t-elle avec de grands yeux. Comment ? Quand ?
- C'est une longue histoire, dit le vieil homme en invitant la française dans la salle à manger. Vous dînerez bien avec nous ?
- Je m'excuse, j'arrive au mauvais moment.
- Pas le moins du monde. Mais j'avoue que je suis curieux de savoir ce qui a pu vous donner l'idée de venir sonner ici après toutes ces années de silence et de quasi abandon du Clos-La-Rive.
- Ce sont les Meunier, les parents de Sylvain. Je vais régulièrement leur rendre visite depuis la mort de Sylvain.
Ce fut au tour de Dumbledore d'être surpris.
- Sylvain est mort ?!
La nouvelle semblait le peiner.
- Oui, répondit tristement la jeune femme. Vous ne devez pas savoir, mais cela fait plus de dix ans, maintenant. Je crois qu'il ne s'est jamais vraiment remis de la mort de Ludivine... On l'a retrouvé dans la Loire, alors, vous savez, on pense que... il s'est suicidé.
- Merlin, je suis désolé, je l'ignorais... J'irai voir les Meunier dans les prochains jours.
- Ils passent souvent dans le coin, poursuivit-elle. Mme Meunier me disait cette après-midi qu'elle était persuadée d'avoir vue à plusieurs reprises de la fumée s'élever depuis le Clos-La-Rive. Elle regarde souvent dans cette direction depuis le village quand elle pense à son fils, vous savez. Alors quand elle m'a dit ça, j'ai décidé de venir voir aussitôt.
Pendant que la française parlait, et que Dumbledore la faisait entrer dans le hall et l'invitait à les suivre dans la salle à manger, Kécile observait la meilleure amie de Ludivine. C'était une femme élancée, très élégante, et qui avait une manière de parler un peu « snob » même en anglais. Elle était tout à fait à l'image qu'elle s'en était faite à travers les mots de sa mère.
- C'est incroyable de voir à quel point les choses ici ont peu changé, continuait-elle. C'est comme si le domaine était indifférent à la mort de sa dernière héritière. A moins que vous ne soyez vous-même l'héritière de Seelwena Deschavelles, Kécile ? Interrogea Louise-Gabrielle.
Kécile fit un signe que non.
- C'est étonnant. Vous n'avez pas de sœur ?
Kécile ne put retenir un reniflement narquois.
- Non.
- Alors comment se fait-il que vous n'ayez pas hérité de Ludivine ? Détrompez-moi, M. Dumbledore, si je fais erreur, mais il me semble qu'au cas où il n'y a qu'un seul descendant, l'héritage se transmet automatiquement ?
- Il faut croire qu'il existe des exceptions. Et c'est à cause de ces exceptions que les lignées s'éteignent un jour. Je suppose qu'ici la raison est le père de Kécile.
- Qui est-ce ? Demanda Louise-Gabrielle avec curiosité.
- Voldemort.
La femme resta un instant bouchée bée et fixa Kécile en silence avant de reprendre contenance.
- Si Sylvain avait entendu cela, il aurait été fou de rage... J'avais vaguement entendu des rumeurs comme quoi le Lord noir aurait une fille, mais c'était une chose tellement improbable que j'avoue ne pas y avoir prêté grande attention. Mais enfin, je suis contente de faire votre connaissance, Kécile, dit-elle après l'avoir fixer un moment. Vous ne le savez peut-être pas, mais Ludivine et moi étions grandes amies.
- Je le sais. Je suis en train de lire ses journaux.
- Mon Dieu ! S'exclama Louise-Gabrielle en riant. Vous allez connaître toutes nos bêtises... Vous n'en direz rien à M. Dumbledore, n'est-ce pas, dit-elle un ton plus bas. J'aimerais qu'il garde bonne opinion de moi !
Kécile sourit à la française qu'elle trouvait assez sympathique au final. Celle-ci conversa un moment avec Albus. C'était assez déroutant de l'entendre l'appeler « M. Dumbledore » alors que tout le monde le nommait professeur.
Alors que Louise-Gabrielle s'apprêtait à partir, elle demanda :
- Si vous êtes seuls ici tout l'été avec votre petite-fille, pourquoi ne viendriez-vous pas passer quelques jours à Cheverny ? Nous serions ravis de vous accueillir, mes parents, mes sœurs et moi.
- C'est très aimable à vous, Louise-Gabrielle, mais malheureusement, je ne peux faire quitter à Kécile la sécurité du Clos-La-Rive. Les temps sont troublés et nous sommes encore et toujours des cibles de Voldemort. Et puis nous ne sommes pas toujours seuls. D'anciens amis viennent nous voir de temps en temps.
- Voulez-vous parler des Pralins ? Ou de Gudrun ? J'aimerais beaucoup les revoir ! Ils ont été toujours si gentils avec moi et Sylvain... Vous savez, cela fait drôle de reparler de tous ces gens et d'être la dernière du trio que nous formions avec Ludivine.
- Nous organisons une soirée musicale dans la prochaine quinzaine avec eux et quelques autres amis. Aimeriez-vous être des nôtres ? Si vos sœurs veulent se joindre à nous, elles seront les bienvenues.
- C'est avec plaisir que j'accepte l'invitation et je la leur transmettrai.
