Voici le dernier chapitre sur le journal de Ludivine, mais il y aura une grande partie avec Kécile et ses contemporains. Un petit trip personnel, demandé par une lectrice d'un autre site.

Bonne lecture!


Chapitre 88 : Le journal de Ludivine 5

Dans les jours qui suivirent, Kécile termina de lire les années de Ludivine à Poudlard, et les étés avec Sylvain et Louise-Gabrielle qu'elle passait finalement assez peu au Clos. Elle avait semblé sauter sur les occasions de partir ailleurs avec ses amis. La plupart du temps, c'était à Cheverny chez les Hurault de Vibraye, ou bien à Paris chez Henri et Martine qui accueillaient avec plaisir les amis de leur filleule, tout comme Gudrun à Francfort.

Kécile assista avec amusement à l'époque où Ludivine tentait tant bien que mal de se soustraire à l'omniscience de Dumbledore. Puis, elle comprit ce qu'elle avait entendu quelques jours auparavant de la bouche de Louise-Gabrielle. Si sa mère avait mis quelques temps à le réaliser, elle réalisa rapidement à travers ses récits que Sylvain tentait de masquer avec plus ou moins (surtout moins ) d'habileté les sentiments qu'il éprouvait pour Ludivine.

La jeune fille assistait également de loin aux relations changeantes entre les quatre garçons infernaux, dits les « maraudeurs » et son amie Lily. Cela faisait tout drôle à Kécile d'entendre parler du professeur Lupin comme d'un jeune élève qui faisait des bêtises. Et il était bizarre d'imaginer Petitgrow avec Black et James Potter. Vraiment...

Ludivine ne comprenait pas réellement ce que Lily pouvait bien trouver à ce dernier et durant la dernière année, Kécile avait l'impression que les deux jeunes filles s'étaient un peu éloignées.

Vendredi 27 juin 1978

Et bien nous y voilà. Demain nous retournons tous chez nous. Lily m'a dit qu'elle et Potter vont rapidement emménager ensemble. Ils ont déjà commencé à chercher une maison. Ils se marient en août et Lily est super stressée à l'idée de n'avoir que 7 semaines pour tout préparer. A côté de ça, il y a Voldemort qui rend l'avenir très incertain. Et maintenant qu'on va être dehors, tout cela va nous toucher de bien plus près. James et Sirius vont postuler pour être aurors. Je devrais peut-être leur parler de l'ordre.

Samedi 28 juin 1978

Je sais que Papa n'aime pas trop embaucher des jeunots comme nous, mais par les temps qui courent il ne doit pas pouvoir se permettre de faire la fine bouche.

Lily était très enthousiaste quand je lui ai parlé de l'ordre et les maraudeurs ont aussitôt suivi. Nous serons donc six à la prochaine réunion à rejoindre l'ordre. Mais combien seront-ils à venir grossir les rangs des mangemorts dès ce soir ? Je ne peux pas m'empêcher de me demander si Severus en fera partie...

Dimanche 29 juin 1978

Papa avait envoyé une lettre à Mme Vuflot le mois dernier pour lui dire que je souhaite démarrer un apprentissage chez elle. Elle est peut-être l'une des plus grandes enchanteresses des temps modernes, elle aurait tout de même pu prendre la peine de lui répondre. Je lui ai renvoyé une lettre pour lui signaler que j'avais terminé ma scolarité et que j'attends mes résultats d'ASPIC. Enfin ce serait quand même bien de savoir si c'est la peine que je me présente chez elle ou pas.

J'ai envoyé les partitions de plusieurs œuvres de Brahms aux sœurs Hurault de Vibraye. Ce serait sympa si nous pouvions jouer ensemble. Nous nous étions promises de réitérer l'expérience de l'été dernier avec Henri, Martine et Gudrun.

Lundi 30 juin

Mon Dieu que je suis excitée !

J'ai reçu la visite de Louise-Gabrielle aujourd'hui et elle a eu une idée de génie ! On va partir en Grèce pour célébrer la fin de notre scolarité en attendant les résultats. Sylvain ne peut malheureusement pas venir avec nous, il doit effectuer un stage cet été. Le pauvre qui ne peut même pas profiter un peu d'avoir fini l'école !

Enfin, le mieux dans tout ça, c'est que plutôt que de prendre bêtement un portoloin, on va y aller avec Eolia ! On va procéder par étapes et quand on en aura assez, on prendra les transports en commun moldus, ce sera plus marrant.

N'empêche, arriver en Grèce à dos de pégase, c'est la classe comme dirait Sylvain !

Mardi 1er juillet

Papa peut être une vrai mère poule ! Voldemort ne va tout de même pas aller me chercher en Grèce non ? Déjà, comment saurait-il que j'y vais ? Néanmoins, Papa m'a abreuvé de conseils toute la soirée. Ce n'est pas son habitude, pourtant. Je suppose qu'il est vraiment inquiet de me voir partir.

Mes bagages sont prêts, Eolia également et elle semble presque aussi excitée que moi. Louise-Gabrielle vient demain à 7h, décollage prévu à 7h30 ! Vive les vacances !

Mercredi 2 aout

Quel périple ! Je ne pensais pas que ce serait aussi épuisant ! Mais le moins qu'on puisse en dire, c'est qu'on a pris un sacré bol d'air frais !

Nous avons finalement assez peu utilisé le train et beaucoup volé. Je sais que Louise-Gabrielle monte tous les week-end à Cheverny, mais j'étais écoeurée de voir à quel point j'étais fourbue par rapport à elle. Les premiers jours lorsqu'il fallait descendre d'Eolia, j'avais l'impression de ne plus pouvoir bouger mes jambes. Et Eolia se payait ma tête en plus...

Hormis cet inconvénient qui a fini par s'amenuiser avec l'habitude, ce voyage a été fantastique ! Le plus dur a été de résister à l'appel des visites durant les étapes jusqu'à atteindre la Grèce. Nous avions beau chercher des endroits assez isolés pour éviter qu'Eolia ne se fasse remarquer, il y avait des merveilles partout ! Il nous aura fallu presque 10 jours pour atteindre la Grèce. La plupart des sites étaient envahis par d'autres touristes, essentiellement moldus, et il faisait une chaleur écrasante. Malgré cela, les lieux sont magiques. On ressent l'osmose entre moldus et sorciers qui vivaient à cette époque. Je crois qu'Eolia aurait presque pu surgir dans ce décor sans étonner les touristes.

Louise-Gabrielle avait très envie d'essayer, mais j'ai préféré ne pas tenter le diable. Et puis, il nous fallait tout de même être discrètes au cas peu probable où des mangemorts nous cherchaient.

Néanmoins, tout s'est déroulé sans encombre. J'avais très envie de revenir en croisière par la mer Egée, la Méditerranée, la côte atlantique et de débarquer à Nantes. Malheureusement il nous aurait fallu tout l'été, et je savais que du courrier m'attendait en rentrant.

J'ai reçu mes ASPIC. Dans l'ensemble je suis satisfaite. O en métamorphose, Sortilège, Runes, Divination et Arithmancie et E en Défense, Histoire de la magie, Astronomie et Potions. J'avoue avoir eu quelques craintes pour la métamorphose. Je n'étais pas sûre d'avoir vraiment réussi l'épreuve pratique. Mais il aurait fait mauvais genre que la fille d'Albus Dumbledore échoue dans cette discipline...

Mme Vuflot m'a répondu dans une lettre plutôt laconique que si je ne recevais pas un O en Sortilèges, Runes et Arithmancie à mes épreuves, ce n'était même la peine de venir la voir ! Très aimable ! Mais enfin, je suppose que je vais pouvoir me présenter devant elle.

Vendredi 4 aout

Je n'y crois pas !

Louise-Gabrielle a rencontré à Delphes un sorcier grec pour lequel elle semble avoir un faible. Et bien, cet homme a eu le culot de se présenter à Cheverny hier... Ma foi, c'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées ! Je ne suis pas sûre que M. Hurault de Vibraye ait vu d'un très bon œil cet étranger arriver la bouche en cœur.

J'ai rendez-vous demain avec Mme Vuflot. Je crois que je suis stressée...

Samedi 5 aout.

On ne peut pas dire que Mme Vuflot brille par son amabilité.

C'est une petite femme rabougrie qui pourrait me rappeler Grand-mère Erlésie si elle n'avait pas l'air aussi revêche.

Elle m'a regardé de haut en bas avant de dire :

- C'est vous Ludivine Deschavelles ?

- Oui, Madame, ai-je répondu.

- Vous avez un lien quelconque de parenté avec Erlésie Deschavelles ?

- C'était mon arrière-grand-mère, Madame.

- Et bien j'espère qu'elle vous a transmis quelque chose ou vous n'allez pas faire long feu dans ma classe.

A mon avis, c'est surtout à cause de son caractère que je ne vais pas faire long feu chez elle. Mais il a bien fallu tenir ma langue. Elle m'a demandé mes résultats d'ASPIC et ne m'a pas fait le moindre commentaire. A côté de la réaction de Papa qui était très fier, ça m'a fait tout drôle. Non, tout ce qu'elle a trouvé à redire c'est :

Vous auriez mieux fait de poursuivre votre scolarité à Beauxbâtons, Poudlard ne brille vraiment pas par son enseignement des sortilèges. Leur programme est d'un vulgaire !

Je ne vois vraiment pas ce qu'elle trouve à redire au programme de Poudlard, mais enfin toutes les vieilles personnes ont leur préjugés.

- Je vous prends à l'essai durant le mois de septembre. Vous aurez cours magistral quatre fois par semaine de 8h à 12h. Les après-midi seront réservés à des cours individuels et séances en petits groupes de 14h à 18h. Le mercredi est la journée expérimentale. Vous travaillerez en laboratoire. Vous dîtes dans votre lettre de motivation que vous voulez postuler pour le département des mystères. Mon appréciation sur vos aptitudes en laboratoire pèsera lourdement sur l'acceptation de votre dossier. Vous ne viendrez pas chez moi le samedi et le dimanche. Pour poursuivre mon enseignement, vous devez attester d'une inscription et de résultats convenables à la faculté de Cluny à Paris qui dispense des cours par correspondance. Vous devrez suivre les cours de Runes, langues ancestrales et oubliées, et Latin et Grec ancien. S'ils vous font des difficultés pour suivre ces cours spécifiques sans passer par le cursus Erudition, dîtes leur que je vous envoie. Avez-vous des questions ?

Après un tel discours, j'étais un peu soufflée... Poudlard devait être agréablement reposant à côté de ce qui m'attend... Heureusement que j'ai pris des vacances !

Vendredi 11 aout

Il y avait réunion de l'ordre ce soir. Rookwood semble causer des soucis. Il utilise le département des mystères et les moyens du ministère pour le compte de Voldemort. Franck Londubat a réussi à lui subtiliser des documents. J'avoue pour le coup être assez fière de moi.

Je le reconnais volontiers, je ne suis pas très courageuse, je n'aime guère me fourrer dans les ennuis et je reste soigneusement à l'écart des combats. Je sais bien que certains membres de l'ordre pense que je ne sers pas à grand chose et que je n'en fais partie que grâce à Papa.

Mais là, du haut de mes 18 ans tous mouillés, je leur en ai bouché un coin. J'ai demandé à voir les documents. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre qu'il s'agissait d'un essai sur la fragmentation des particules magiques, menés à partir d'essais déjà entamés par des grecs anciens, apparemment.

Ce qui m'intrigue en revanche, c'est le texte runique à côté et les notes, visiblement ajoutés par une autre personne. Il y est question de l'âme et de sa composition.

On m'a confié le document à éclaircir pour la prochaine réunion. Ma première mission en quelque sorte. Je suis assez fière des connaissances que j'ai acquises. Papa aussi, je crois.

Lundi 13 aout

Je ne vois pas beaucoup Louise-Gabrielle en ce moment. Elle semble filer le parfait amour avec son Tieppo, même si M. et Mme Huraut de Vibraye tirent une tête de six pieds de long...

Nous sommes allés revisiter Chaumont et Chenonceaux avec Sylvain, en souvenir du bon vieux temps. On a l'intention de se faire des sorties semblables encore pendant les deux week-end qui nous restera. Il a paru déçu lorsque je lui ai dit que nous ne pourrons pas nous voir le week-end prochain à cause du mariage de Lily.

C'est vrai que c'est étrange de ne plus pouvoir passer tout le temps qu'on veut ensemble pendant ces grandes vacances. Lui est pris par son stage d'infirmier, Louise-Gabrielle par ses amours...

Nous avons grandi.

Dimanche 19 aout

C'était vraiment un très beau mariage... C'était attendrissant de voir à quel point James peut être fou de Lily et comme celle-ci a eu beau s'en défendre, elle ne vaut pas mieux ! Sirius et Mary étaient les témoins.

Nous avions rendez-vous à 14h pour la cérémonie magique. Il n'y avait que les parents de Lily qui n'étaient pas sorciers qui y ont assisté. Puis, tout le monde est rentré se changer en une tenue moldue adéquate (enfin, tout le monde a essayé...) et nous avons rejoints les invités moldus devant la mairie. Ça a été encore plus rapide que la cérémonie magique ! Et la salle était trop petite pour que tous les invités puissent rentrer. Les moldus ont de curieuses coutumes en matière de mariage...

Cela a été rattrapé durant la cérémonie religieuse à l'église. Pour le coup, c'était un peu longuet... J'ai passé une bonne partie du temps, je dois l'avouer à observer Pétunia Dursley dont j'avais déjà entendu parler et qui était assise dans le rang devant moi. Elle s'est mariée à « une baleine » comme l'a surnommé très gentiment Peter. Mais il faut avouer qu'il n'a pas tort. Et son attitude durant la cérémonie était presque insultante. Elle a semblé passer son temps à épier les gens autour d'elle (d'accord, c'est ce que je faisais...), les scrutant d'un œil plus ou moins mauvais pour déterminer sans doute s'ils étaient sorciers ou non... Quelle mégère !

La soirée a été agréable. Sirius a vaguement tenté de me faire la cour, c'était assez comique et ni l'un ni l'autre n'avons pris ses tentatives très au sérieux. Quel cœur d'artichaut celui-là ! J'ai beaucoup dansé. Papa aussi... Cela m'a fait plaisir de le voir se détendre un peu. La réalité nous rattrapera assez vite pour que nous profitions de ces moments un peu légers.

Jeudi 23 aout

J'ai fait part de mes découvertes sur les documents qu'on m'a confié à Papa. Je les trouve assez inquiétantes et il est de mon avis.

Il s'agit d'expériences sur la résistance et la modification de la nature des particules neutres à la fraction. Cela m'a fait dans un premier temps penser à l'énergie nucléaire chez les moldus, mais les résultats ne sont pas du tout les mêmes, bien qu'il y ait des similitudes évidentes. Les particules deviennent alors beaucoup plus instables et peuvent agir toutes seules en quelque sorte. Curieusement, leur puissance est décuplée et les particules neutres deviennent la plupart du temps des particules de magie noire. C'est la conclusion de Rookwood. De l'utilisation de ces données par Voldemort, j'avoue que je n'en ai aucune idée.

J'ai traduit le texte runique qui se trouvait avec l'essai de Rookwood.

C'est quelque chose à la limite de la nécromancie et de la magie noire, passablement écoeurant. Il s'agissait de définir la nature de l'âme, en partant du principe que si elle peut-être aspirée, c'est qu'il y a une matière et qu'il ne s'agit pas là que d'un concept philosophique comme le croient les moldus. Ils considèrent que l'âme n'est qu'une image de cette force invisible qui nous anime, justement parce que cette force est magique, que nous soyons sorciers ou non, et que de ce fait, ils ne peuvent l'envisager autrement que comme un élément abstrait qui donne vie à un corps concret. ( Merlin que notre vocabulaire est limité pour parler de toutes ces notions. Je comprends pourquoi bon nombre des anciens traités sont écrits en runique. Le vocabulaire est tellement plus précis...).

Bref, une fois établit le fait que l'âme est une matière, encore faut-il la définir et c'est là que les choses se corsent.

La personne qui a étudié ce texte a apparemment mené des expériences auprès des détraqueurs en étudiant le phénomène lorsqu'ils aspirent l'âme. C'est absolument ignoble...

Elle a d'abord remarqué que les personnes qui subissaient ce sort n'ont plus de pouvoir magique. Ce qui confirme que magie et âme sont étroitement mêlées.

Elle a ensuite tenté d'interrompre le processus de l'aspiration de l'âme ( il n'y a qu'un fou pour faire des expériences pareilles!) pour tenter de capturer l'âme qui peut se percevoir grâce à des perturbations des fréquences magiques.

Une fois cela fait, on a alors constaté tout d'abord que l'âme pouvait être conservée, mais qu'elle subissait des modifications, une sorte de dénaturation.

Ensuite, il semble que l'âme soit constituée d'une magie extrêmement fine et subtile, ni blanche, ni noire, ni neutre. Indéfinissable d'après l'expérience. Moi, c'est ce que j'appelle de la magie essentielle. Il fallait s'y attendre...

Cette magie semble vouloir se libérer constamment et il faut des charmes de plus en plus poussés pour conserver l'âme enfermée. A terme, l'énergie constante que fournit la magie finit par changer la nature même de la magie qui devient noire et curieusement plus visible, même à l'oeil nu.

Cette expérience est assez terrible, et il est bon que le premier venu ne puisse pas la lire. J'en ai fait un compte rendu à Papa et il pense que cela à un rapport avec la recherche de l'immortalité de Voldemort. La personne qui a mené l'expérience sur l'âme l'intrigue.

Je me demande moi-aussi qui est le fou dans l'entourage de Voldemort qui a bien pu mener des études pareilles... Peut-être Voldemort lui-même, après tout...

Dimanche 26 aout

J'ai ramassé Louise-Gabrielle à la petite cuiller hier soir... Apparemment, Tieppo et elle se sont disputés parce qu'elle n'a pas l'intention de partir s'installer en Grèce. J'ai cru comprendre qu'il l'a quittée. Je ne savais pas trop quoi lui dire, mais ça n'aura vraiment pas duré longtemps. Ça m'étonne qu'elle se mette dans un état pareil. Je me serais attendue à ce qu'elle soit plus mordante et vindicative dans une déception amoureuse... Comme quoi, on a tous des situations qui nous rendent faibles...

Vendredi 31 aout

J'ai fait une surprise à Papa avant la rentrée. Nous avons vraiment passé une excellente soirée, même si le souvenir de Maman était entre nous. Il y avait mon parrain, Martine, Marraine et Louise-Gabrielle et ses sœurs. Nous avons passé la soirée à faire de la musique avec des pauses à l'excellent buffet que que Dina et Tino nous avaient préparé.

Martine, prompte à s'émouvoir, était ravie de voir « l'ancienne et la nouvelle génération réunie ». Il faut avouer que les instruments réunis ce soir étaient parfaits pour une belle séance de musique de chambre. Marie-Armance et moi nous sommes relayés au piano. Louise-Gabrielle et Anne-Valérie étaient les deux violons, Gudrun, l'alto, Martine le violoncelle. Et sur cette excellente base ce sont ajoutés tour à tour Henri et Papa...

Avant d'aller nous coucher, Papa m'a dit que je n'hésite pas à inviter de nouveau les Hurault de Vibraye. Il faudra la prochaine fois que je demande à Sylvain s'il veut venir, même en tant que simple spectateur... Mais j'ai peur qu'il s'ennuie un peu. Enfin, on discute aussi et puis, il y a de bonnes choses à manger !

Ce fut avec amusement que Kécile lut ces lignes, car la soirée musicale prévue par Dumbledore était pour le soir même. Elle était curieuse de voir les trois sœurs dont parlait souvent Ludivine, ainsi que cette Gudrun, la marraine allemande.

Les premiers à arriver furent bien sûr Henri et Martine. Dumbledore s'excusa peu de temps après leur arrivée, ayant un passage à faire à Poudlard de dernière minute. Kécile et les deux français s'installèrent donc au salon en attendant.

- Cela va être amusant de revoir les petites Hurault, disait Henri. Elles ont dû bien changer... toutes trois mariées et avec des enfants, sans doute. Louise-Gabrielle a eu une riche idée de reprendre contact.

- Je suis en train de finir de lire le journal de Ludivine, dit Kécile. Vous avez bien connu ses amis français, mais est-ce que vous avez rencontré Lily Evans ?

- Tu parles de son amie de Poudlard ? Demanda Martine. Non, nous n'avons rencontré aucun de ses camarades. Tu sais, nous avons toujours été en dehors du monde sorcier. Qu'est-ce que tu fais Henri ? ajouta-t-elle à l'adresse de son mari qui s'était levé.

- Je sors ma clarinette.

- Je le vois bien, merci, mais pourquoi ? Les autres ne sont pas encore arrivés.

- - Eh bien, n'est-ce pas toi qui me disait l'autre jour que je pouvais dépoussiérer mes partitions ?

Si, c'est un peu tard pour leur faire prendre l'air, si tu veux mon avis. Mais vas-y, tu ne nous déranges pas.- - Philip m'a dit qu'il apporterait des partitions que tu devrais pouvoir déchiffrer sans trop de problème, ajouta Martine à l'adresse de Kécile

- Je ne sais pas si je vais être très à l'aise avec lui...

- Avec qui? Avec Philip? Pourquoi cela ? Il m'a dit au contraire être enchanté de l'occasion.

- Vous vous ressemblez bien tous les deux, dès qu'il s'agit de musique, vous vous enthousiasmez aussitôt !

Martine tourna alors la tête vers Henri qui jouait un peu plus loin près du piano et lui dit :

- Il y a du verglas, mon chéri. Tu devrais prendre le temps de retravailler ce trait lentement, ou Philip va te faire un commentaire. Dis-moi, Kécile, j'ai trouvé qu'Albus avait une mine un peu soucieuse quand nous sommes arrivés.

- Je sais qu'il a reçu un message. Je crois qu'il s'agissait d'un membre de l'ordre. Même ici, il se préoccupe de Voldemort, poursuivit-elle d'une voix un peu attristée. Moi, je dois avouer qu'il m'arrive de l'oublier parfois. Cela fait du bien, ça ne m'était jamais arrivé auparavant.

- Cette guerre qu'Albus mène me semble parfois sans fin, répondit la vieille femme à voix basse. Il m'en parle assez peu, mais je les entends bien tous deux, fit-elle en désignant son mari, et j'ai l'impression qu'aussi loin que je le connais il y a ce Voldemort pour l'assombrir.

- Vous savez Martine, je crois qu'il y a des choses qui sont prédestinées. Sinon comment expliquer qu'ils se soient toujours battus l'un contre l'autre et qu'ils se retrouvent au final avec un lien de parenté !

- Et comment le vis-tu, Kécile ? Interrogea Martine.

- J'ai pris partie maintenant, je sais qui je veux voir gagner. Je subis ce lien de parenté avec Voldemort. Mais j'essaie de m'en détacher. Albus a d'autant plus d'importance pour moi que je transferts tout ce que je ne peux pas avoir avec mon père sur lui. Pour oublier que j'ai un père.

Kécile faillit parler de cette histoire de Maître à Martine, mais elle y renonça. La vieille femme si maternelle ne pourrait sans doute pas comprendre.

- Henri, s'exclamait cette dernière en se levant brusquement. Il y a quelque chose qui cloche sur cette mesure. Tu es sûr de ne pas oublier un temps ? C'est bancal. Ça fait trois fois que je t'entends la jouer et ça me chiffonne.

Elle jeta un coup d'oeil à la partition de son mari et pointa alors du doigt une ligne.

- Tiens, c'est ici. Tu ne nous as pas joué ce qui est écrit à l'instant... Et puis, je sais que ce passage est difficile, dit-elle en pointant un autre endroit sur la partition, mais ta sonorité n'est vraiment pas terrible à la mesure 37. C'est dommage, ça gâche...

- Kécile, interrompit Henri en levant les yeux au ciel, tu ne voudrais pas emmener Martine se promener dans le jardin, s'il-te-plaît, et m'éloigner ses oreilles qui traînent

- Tu es parfois bien content qu'elles ne puissent pas s'empêcher de traîner, mes oreilles ! Dit en riant Martine. Mais vas pour le jardin. Tu crois que Tino ou Dina accepteraient de me prêter un sécateur ? Je cueillerais bien un bouquet de roses à ramener à la maison... ajouta-t-elle en prenant le bras de Kécile pour l'entraîner dans le hall puis dans le parc.

Peu de temps après, Kécile se retrouvait en compagnie de la vieille moldue, un sécateur à la main, à apprendre à tailler un rosier et à cueillir des roses pour décorer le salon avant l'arrivée des autres invités.

Avant de regagner le manoir, Martine alla en déposer un bouquet sur la tombe de Camille.

- Tu sais, dit-elle alors que toutes deux revenaient vers le manoir, Camille serait très heureuse de revoir toute cette vie. Après sa mort, le Clos-La-Rive n'a plus été pareil. Ludivine et Albus ont fait ce qu'ils ont pu, mais ils ont un peu déserté le domaine malgré tout. Enfin, pour être honnête, après sa sortie de Poudlard, Ludivine a tenté de redonner une nouvelle vie au manoir en y passant du temps, en y invitant du monde. Mais cela a été si bref ! Elle a disparu même pas un an après. C'est néanmoins agréable de voir Albus s'efforcer de faire revivre un peu l'ancien temps.

- Je pense qu'il veut me permettre de vivre un peu de cette vie que Ludivine a connu et qui m'a été interdite. Tiens, s'exclama Kécile en tendant l'oreille alors qu'elles montaient les marches qui menaient au hall d'entrée. Je crois qu'il y a déjà du monde d'arrivé.

Les amies de Ludivine venaient en effet de passer par la cheminée de la grande salle du rez-de-chaussée.

Louise-Gabrielle et Martine s'embrassèrent avec émotion avant que la vieille femme ne salue chaleureusement les deux autres sœurs.

Kécile se sentait embarrassée. En l'absence de Dumbledore, elle se devait peut-être de faire les honneurs de la maison. Mais dans le même temps, toutes ces personnes connaissaient le Clos-La-Rive depuis plus longtemps qu'elle, aussi cela avait quelque chose de faux et de ridicule.

Elle se contenta donc d'un simple bonjour, et reçut un sourire franc de Louise-Gabrielle. L'une de ses sœurs inspecta Kécile du regard sans scrupule.

- Alors voilà le résultat du cocktail explosif ? Marie-Armance, enchaîna la femme en lui tendant la main. Assez surprise de savoir que ce détraqué de Voldemort a pu avoir une fille et encore plus de Ludivine, mais enfin, vous n'y êtes pour rien, n'est-ce pas ?

Kécile fut un instant estomaqué du culot de cette femme, puis décida qu'elle l'aimait bien.

- Kécile Gaunt, dit-elle en serrant la main tendue. J'aimerais que davantage de gens pensent comme vous, Madame.

- Que voulez-vous, on ne peut pas demander à tout le monde d'être intelligent, intervint alors Louise-Gabrielle. On entend Henri là-haut, je suppose... Venez les filles, nous allons le déloger. Où nous installons-nous pour la soirée ? Demanda-t-elle à Kécile.

- Heu... Je ne sais pas, avoua Kécile. A onze dans le salon bleu, cela va faire un peu beaucoup, non ? se hasarda-t-elle.

- Tu es chez toi, ma chérie, dit Martine. Fais comme tu le sens.

- Et bien, alors je suppose que nous pouvons demander à Tino et Dina de dresser le buffet en bas.

- Très bien. Venez les filles, lança Louise-Gabrielle avec entrain, allons déloger Henri !

Quelques instants plus tard, le feu crépitait à nouveau et une femme de taille moyenne mais imposante sortait de l'âtre.

- Martine ! S'exclama-t-elle aussitôt, et les deux vieilles femmes se tombèrent dans les bras l'un de l'autre.

- Je devine que tu es Kécile. Par chance m'a prévenu Albus. Tu ne parais absolument pas comme Ludivine... Je suis Gudrun. J'étais sa marraine.

- Ravie de faire votre connaissance, Madame.

- Madame ? Ach, ne ! Gudrun pour toi, comme pour tout le monde ! Albus n'est pas là ? He ! S'exclama l'énergique femme en voyant entrer les trois sœurs dans le salon. Mais c'est la petite Louise-Gabrielle ! Mensch ! Tu as grandi !

Kécile ne la vit pas saluer Henri qui venait d'entrer lui aussi, car Mr Collins avait surgi à son tour de l'âtre.

- Bonjour Kécile, bonjour Martine, dit-il sobrement en embrassant sa vieille amie, j'espère que je ne suis pas en retard, dit-il en avisant les personnes déjà regroupés, les deux elfes qui commençaient à installer le buffet et Marie-Armance à ouvrir le piano.

- Non, rassures-toi, Philip, Irina et Pavel ne sont pas encore arrivés, on peut toujours compter sur eux pour arriver bons derniers.

Kécile, un peu perdue au milieu de tous ces gens qu'elle connaissait peu, ou pas, fut soulagée de voir revenir Dumbledore l'instant d'après, visiblement très attendu par ses invités. Elle alla alors s'asseoir dans un coin et observa les uns et les autes. Henri et les Hurault de Vibraye parlaient en français et Louise-Gabrielle était en train de raconter quelque chose à toute vitesse, qui semblait bien faire rire Henri. A l'autre bout de la pièce, Gudrun s'exprimait dans un allemand sonore et haut en couleur à Martine, et près du piano, Albus et Mr Collins étaient déjà penchés sur des partitions.

Les deux russes finirent par arriver. Ils se présentèrent à Kécile et aux trois sœurs qu'ils ne connaissaient pas.

- Irina et Pavel Berevasky.

- Pavel Berevasky, le violoniste ? Répeta Anne-Valérie incrédule

- Mince alors ! S'exclama Louise-Gabrielle. Martine, vous auriez pu nous prévenir que vous êtes amie avec une star internationale !

- On ne va pas oser jouer devant vous, murmura Anne-Valérie.

- Mais non, voyons ! Les vieux croûtons comme nous doivent être remplacés.

- Pas par nous, ça vaudrait mieux, ricana Louise-Gabrielle.

- Allons, allons, mes enfants, intervint Dumbledore. Vous savez bien qu'il ne s'agit pas d'être en compétition ni de se comparer les uns les autres, mais juste de se faire plaisir.

- Et ça sera un plaisir de jouer avec vous, monsieur, sans le moindre doute, dit Anne-Valérie. J'ai en revanche quelque doutes quand au fait que ce plaisir sera partagé.

- Mais pas du tout, vo...

- Ja! Gut! et quoi si on arrête les politesses et on commence à jouer ? Interrompit l'allemande.

- Tu as raison, Gudrun de nous ramener à l'essentiel ! Allez, tout le monde sort son instrument, lança Henri. Le mien est déjà prêt, ajouta-t-il en agitant sa clarinette.

Tous le monde commença à s'agiter, et Kécile les regarda tous faire, fascinée, jusqu'à ce qu'Albus se plante devant elle, sa mallette noire à la main et la lui tende en disant :

- Toi aussi, Kécile. Tu vas voir, ajouta-t-il un ton plus bas. Le plus dur c'est de se lancer et de briser la glace.

La soirée avait débuté, et Kécile avait été aussitôt subjuguée. Emportée ailleurs par les élans qui sortaient de ces mélodies toutes plus sublimes que les autres. Pavel et Martine, tout particulièrement, formaient un duo transcendant, qu'Henri, Marie-Armance ou Irina accompagnaient tour à tour. Mais Mr Collins ne la laissa pas longtemps profiter simplement du spectacle. Il l'appela et tandis que Kécile approchait, un peu hésitante, il lui colla un pupitre devant le nez, s'installa en face d'elle et fourra une partition entre les mains de Marie-Armance.

Mais Kécile dut reconnaître, le morceau terminé que ce n'était pas désagréable une fois qu'on était dans le bain. Et elle en redemanda. Elle joua avec Henri, avec son grand-père, même avec l'impressionnant Pavel. Et puis, elle se rendit compte que les adultes qui semblaient si sérieux savaient s'amuser également. On l'invita à se joindre à une partie de violon sans aucun doute difficile pour elle, mais Pavel couvrait élégamment ses canards en improvisant et en obligeant les autres musiciens à attendre patiemment qu'ils reviennent à ce qui était écrit, ce qui faisait qu'au final, c'était souvent les autres qui étaient perdus. Lors d'un autre morceau, Mr Collins et Henri rajoutaient des notes grotesques à leur partie lorsqu'elle ajoutait des temps en trop, ou faisaient des accélérés comiques lorsqu'elle en mangeait. Elle vit avec amusement Martine menacer Henri de son archet lorsqu'il oublia pour la troisième fois un dièse, et Irina compter à moitié en hurlant les temps derrière son piano pour tenter de mettre tout le monde d'accord alors que Gudrun tapait avec acharnement du pied. Il y avait parfois de grands éclats de rire quand tout le monde était trop perdu et s'arrêtait simultanément. Il y avait Albus qui invitait à danser Anne-Valérie sur une valse, ou Henri qui se mettait à faire une pantomime tragi-comique sur un air à l'eau de rose.

Au final, personne ne se prenait au sérieux, et c'était bien agréable.

Louise-Gabrielle rejoignit à un moment Kécile au buffet.

- Je suis sure que tu n'as pas connu ça chez Voldemort ! Lança-t-elle en plaisantant.

- Pas très difficile à deviner, répondit Kécile, peu encline à rire du sujet en revanche... Vous avez connu Ludivine à quel âge ? Demanda-t-elle pour changer de sujet.

- Mon Dieu ! Je crois bien que c'est à l'école maternelle.

- Et est-ce qu'elle a déjà été amoureuse de quelqu'un ?

- Non, je ne crois pas. Je trouvais après son départ pour Poudlard qu'elle me parlait beaucoup dans ses lettres d'un certain Severus, mais ça n'a pas duré.

- Amoureuse de Severus ?! Ça m'étonnerait bien ! S'exclama en riant Kécile.

- Pourquoi, tu le connais ?

- Un peu, oui ! Et je puis vous assurer que ce n'est pas le genre de personne dont on peut tomber amoureux. Même si je l'adore !

- J'imagine que si Ludivine n'avait pas été assassinée par Voldemort, elle aurait fini par être avec Sylvain. Ce grand nigaud était amoureux d'elle depuis des années, dit-elle avec un sourire attendri. Mais il était tellement timide... Je crois que Ludivine le considérait tellement comme un frère, qu'elle n'a tout simplement jamais envisagé qu'il puisse éprouver d'autres sentiments. Je me suis toujours demandé si je n'aurais pas du tenter de raisonner Sylvain, ou bien de pousser un peu Ludivine. C'est trop tard maintenant... J'ai sans doute eu tort de ne pas essayer, pour moi, ajouta-t-elle un ton plus bas. De tenter ma chance avec lui. Mais je n'osais pas. Ludivine et Sylvain...ils auraient fait un si beau couple. Mieux qu'avec moi. Enfin en tout cas, reprit-elle d'un ton plus dégagé, beaucoup mieux assorti que...

Louise-Gabrielle s'interrompit, mais Kécile devina sa pensée.

-… que Le Seigneur des Ténèbres et Ludivine. Vous savez, mon père était très charismatique avant, quand j'étais plus jeune.

- Oui, enfin, tu m'excuseras, mais c'est un monstre !

- Maintenant, il en a la tête. Mais avant, il était différent. Physiquement, j'entends, ajouta-t-elle en voyant la tête de la femme.

- Kécile, j'ai bien connu ta mère, et je puis t'assurer que Voldemort pouvait être le plus bel homme du monde, ça n'aurait rien changé. Même moi, qui a été un peu volage et superficielle je le reconnais, je...

- Je n'ai jamais sous-entendu qu'elle puisse... être... tombée amoureuse de mon père ! Coupa Kécile. Il n'y a bien que Bellatrix assez folle pour ça... Comment on en est venu à parler des histoires de cœurs de Voldemort, déjà ? Demanda-t-elle alors perplexe.

Et Louise-Gabrielle éclata de rire.