Chapitre 91 : La rentrée où tout change
Il fallut quelques jours à Dumbledore pour se remettre, temporairement, du maléfice. Mais s'il acceptait son sort comme une fatalité, Kécile avait une expression fermée et butée chaque fois que sa mort prochaine était évoquée.
Il pouvait comprendre bien sûr, le déni de sa petite-fille. Mais il espérait que le temps lui ferait accepter l'évidence. Il savait qu'autrement, au moment de sa disparition, elle souffrirait encore plus.
Etre en sursis donnait un sentiment d'urgence au directeur. Il lui fallait activer ses pions plus rapidement qu'il ne l'avait d'abord pensé.
Aussi, la dernière quinzaine d'aout approchant, il se rendit chez les Dursleys afin de s'adjoindre le concours de Harry pour convaincre Horace Shlugorn de rejoindre l'équipe de Poudlard.
Il se demandait jusqu'à quel point la réticence de son vieux collègue était généré par la conscience de celui-ci qu'il possédait quelques éléments importants et donc dangereux de l'évolution du Tom Jedusor à Voldemort. Mais il était inutile de l'attaquer de front, le directeur le savait bien. Il avait donc une année scolaire pour le convaincre de se livrer. Une année... et encore. Si ses forces le lui accordaient.
Le deuxième point délicat était le poste de DCFM.
Ce poste maudit avait vu défiler trop de monde, trop d'incompétents et trop de victimes également. Alors que la guerre menaçait de reprendre de plus belle, instruire les élèves étaient pourtant plus que jamais une nécessité. Tant qu'il le pouvait, il se devait de fournir le meilleur à ses élèves.
C'était là un de ses regrets. L'avenir de Poudlard après sa disparition le préoccupait. Selon comment la guerre tournerait, l'école tomberait au pire entre les mains de Voldemort, au mieux entre celles du ministère qui s'empresseraient de remettre le grappin sur l'établissement. Et il ne faisait guère confiance au nouveau ministre pour voir en priorité l'intérêt des élèves dans un climat politique troublé.
C'était d'ailleurs sans parler du programme et de l'enseignement en lui-même. Cela commençait par la relative impartialité que l'école s'efforçait de garder vis-à-vis de ses élèves quelques soient les milieux dont ils pouvaient être extraits. Qu'adviendrait-il notamment de ses serpentards ? S'il était évident que certains rejoindraient le camp de Voldemort, qu'allait-il advenir des autres ? N'allaient-il pas être jetés en pâture à l'ennemi par une exclusion morale, ou pire, physique ?
Et les premiers concernés par la partialité du ministère seraient sans doute Kécile et Severus. Dumbledore ne se faisait aucune illusion. Au mieux tous deux seraient renvoyés, au pire...
Aussi, le directeur avait-il pris une décision pour Severus. Ne restait plus qu'à annoncer la nouvelle au concerné.
On frappa à la porte, et Kécile entra dans son bureau, interrompant le cours de ses pensées. La jeune fille tenait une lettre serrée dans la main.
- Bonjour Kécile.
- Bonjour Albus. Les résultats de mes BUSEs sont arrivés, dit-elle d'une voix parfaitement neutre et contrôlée.
- Ah ! S'exclama le directeur. Sont-ils à la hauteur de tes espérances ?
Elle ne dit rien, mais lui tendit simplement l'enveloppe.
Le vieil homme lut avec une certaine impatience les résultats.
Astronomie : E
Arithmancie : P
Etude des moldus : A
Sortilèges : O
Défense contre les forces du mal : O
Botanique : E
Histoire de la magie : A
Potions : O
Métamorphose : E
- C'est bien, dit-il avec un sourire satisfait.
- Je suis déçue pour la botanique, même si je le savais. J'ai bêtement manqué le O
- Tu l'as obtenu en potions. L'honneur est sauf ! C'est Severus qui aurait été furieux... Ton résultat d'arithmancie me déçoit un peu en revanche.
- Je sais, je suis désolée. Mais j'ai vraiment fait ce que j'ai pu. Il faut croire que cette matière n'est pas pour moi. J'aurais dû prendre Runes en troisième année. Enfin c'est trop tard, et même si c'est décevant, je suis soulagée de savoir que je ne vais plus avoir à souffrir pendant des heures toutes les semaines sur mes devoirs d'arithmancie. Dois-je continuer l'étude des moldus ?
- Je te laisse le choix, Kécile. Je pense que ta vision des choses a changé. Je n'avais pas d'autre but que de te faire connaître un peu ce milieu en te faisant suivre cette matière.
- Alors je vais arrêter. Je ne suis pas une inconditionnelle des dissertations comme Susan...
Quelqu'un frappa à nouveau à la porte.
- Entrez, Severus. C'est l'heure, je suppose ? Ajouta-t-il quand il pénétra dans le bureau.
- Oui, dit le professeur en s'approchant et en tendant au directeur une fiole de potion.
- Vous essayez de le guérir ? Demanda Kécile avec espoir.
- Non Kécile, répondit Severus avec un sérieux presque sinistre. Il ne s'agit que de retarder l'inéluctable.
- Est-ce que vous essayez au moins ! Cria brusquement la jeune fille.
- Kécile ! S'indigna Dumbledore alors que sa petite-fille partait en claquant la porte du bureau.
- Laissez, Dumbledore, dit le professeur d'une voix plate. Pour une fois, elle a mon indulgence.
Et Severus s'activa en silence auprès de son patient durant plusieurs minutes avec une mine fermée.
- Vos silences sont plus bruyants que des reproches, Severus. Vous savez pourtant qu'il n'y a rien à faire.
- Cela n'empêchera pas d'autres d'essayer pour vous.
- Voulez-vous dire par là que vous perdez votre temps dans votre laboratoire pour moi ?
- J'aurais peut-être perdu mon temps pour vous mais pas pour ma conscience.
- Je vois... j'imagine qu'il est inutile d'essayer de convaincre votre conscience qu'elle n'aurait rien à se reprocher en acceptant les choses telles qu'elles sont. Aussi aimerais-je parler d'autre chose avec vous. Que comptez-vous faire après ma mort ?
- Je vous demande pardon ? Demanda le professeur d'une voix polaire. Que croyez-vous que je vais faire ? Quitter l'ordre et rejoindre les rangs de Voldemort ?
- Ne vous offensez pas, Severus. Je ne doute pas un seul instant de votre poursuite dans la lutte. Je parle davantage de votre avenir au sein de Poudlard. Je souhaite que Minerva soit nommée à la tête de l'école mais rien n'est moins sûr. Il est beaucoup plus probable que le ministère profitera de cette occasion en ces temps troublés pour reprendre la main sur Poudlard.
- Et vous pensez que ma position est compromise.
- La vôtre, et celle de Kécile également. Vous avez trop fréquenté Voldemort pour trouver grâce aux yeux du nouveau ministère.
- Et que dois-je faire ? Demanda Severus un brin narquois. Demander une mutation à l'étranger ? Ou tout simplement prendre la fuite aussitôt que vous aurez passé l'arme à gauche ?
- Ce sera à vous d'en décider. Je voulais simplement vous mettre en garde, Severus. Et vous faire remarquer que votre avenir au sein de Pouldard est compromis. En lien avec cette première idée, je dois également vous faire part d'autre chose.
- Vous prenez beaucoup de précautions, Dumbledore. Ça ne vous ressemble pas. Crachez le morceau !
- J'ai réengagé Horace Shlughorn. Il reprendra son poste en septembre.
- Shlughorn... répéta Severus le regard impénétrable. Vous voulez dire qu'il prendra mon poste en septembre. Je doute qu'il ne se charge de la Défense Contre les Forces du Mal...
- Non. J'aimerai que vous en preniez la responsabilité.
- Je reconnais là bien votre façon de faire, Dumbledore ! Vous engagez un nouveau professeur à mon poste avant même de m'en parler et m'obligez donc à en accepter un sans savoir si je serai d'accord ou non.
- Je n'ai aucun doute quant à vos compétences et votre motivation dans cette discipline.
- Oh, je vais le faire, Dumbledore, soyez tranquille. Ce n'est pas la décision finale que je critique, c'est la manière de faire. Vous me laisserez au moins savourez la tête des élèves qui se croyaient débarrassés de moi, ajouta-t-il avec un rictus narquois.
XXX
Le soir de la rentrée, Kécile s'installa avec une certaine impatience dans la grande salle quelques minutes avant l'arrivée des premiers élèves.
Hermione et Ron arrivèrent assez rapidement, mais Harry n'était pas avec eux. Elle les serra tous les deux dans ses bras.
- Je suis contente de vous voir.
- C'est dommage que tu n'aies pas pu venir au Terrier. Tu aurais passé un bon moment avec nous, dit Hermione.
- Tu n'as pas l'air dans ton assiette, Kécile. Ça va ? Demanda Ron.
- Non, répondit-elle avec une pauvre tentative de sourire. Pas vraiment, non...
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Questionna Hermione concernée.
- Je vous raconterai plus tard. Ce n'est pas tellement l'endroit. Où est Harry ?
- On n'en sait rien, répondit Ron avec un regard circulaire autour de lui. Il nous a faussé compagnie dans le train. Je suppose qu'il est descendu avec quelqu'un d'autre.
- C'est quand même bizarre, presque tous les élèves sont arrivés...
Ce n'est que bien tard, alors que les nouveaux venaient d'être répartis dans les différentes maisons que Harry fit son entrée, suivi du professeur Rogue.
- Où est-ce que tu... ça alors, qu'est-ce que tu as sur la figure ? Demanda Ron, alors que leur ami arrivait à leur hauteur, le visage couvert de sang.
Hermione s'empressa de le nettoyer, mais Harry refusa de répondre à leurs questions pour l'heure.
Il gratifia Kécile d'un sourire en guise de bonjour et retourna son attention sur les nouveaux venus.
- Alors, que vous voulait le professeur Slughorn, finit par demander Hermione à Harry
- Slughorn ? Qui est-ce ? interrompit Kécile.
- Tu n'es pas au courant ? s'étonna Harry. Dumbledore est passé me prendre chez les Dursley pour m'aider à le recruter. Apparemment, ce gars collectionne les célébrités dans sa classe comme les trophées.
- Charmant... Je suppose qu'il a toute ta sympathie, alors ! Commenta Kécile narquoise.
Harry haussa les épaules.
- Il n'est pas méchant. Il voulait savoir ce qui s'était vraiment passé au ministère.
- Il n'est pas le seul, répondit Hermione avec dédain. On n'a pas arrêté de nous poser des questions là-dessus dans le train.
Dumbledore finit par se lever pour son habituel discours de fin de banquet.
- Je vous souhaite chaleureusement le bonsoir ! Dit-il avec un grand sourire qui fit naître un élan de rancoeur incontrôlable chez Kécile.
- Qu'est-ce qui est arrivé à sa main ? S'inquiéta Hermione comme l'ensemble de l'assemblée qui se mit à chuchoter frénétiquement.
Dumbledore qui en avait deviné la cause se contenta de sourire et de cacher sa main blessée avec sa manche.
- Rien d'inquiétant, assura-t-il d'un ton dégagé.
Et Kécile aurait bondi si elle l'avait pu.
- Tu parles, cracha-t-elle furieusement, les mains crispés autour de sa serviette.
- Kécile ? Interrogea Hermione avec une mine inquiète.
Mais celle-ci se tut obstinément.
- Sa main était déjà comme ça quand je l'ai vu cet été, murmura Harry. Je pensais qu'elle serait guérie maintenant... ou que Mme Pomfresh aurait fait quelque chose.
- On dirait qu'elle est morte... ajouta Hermione avec une expression dégoûtée. Il y a des blessures qu'on ne peut pas guérir... des anciennes malédictions... il existe aussi des poisons sans antidotes...
- Taisez-vous ! Chuchota furieusement Kécile qui semblait au bord des larmes.
- Kécile, tu sais ce qu'il a ? demanda Harry en avisant sa mine bouleversée.
Mais elle détourna ostensiblement la tête et reporta son attention sur le discours pour s'empêcher de pleurer. C'était plus fort qu'elle, dès qu'elle pensait que …
Elle secoua la tête
- Nous sommes heureux d'accueillir cette année un nouvel enseignant dans notre équipe, le professeur Slughorn. C'est un de mes vieux collègues qui a accepté de reprendre son ancien poste de maître des potions.
- Des potions ?
Dans un étonnement général, le mot se répandit dans toute la salle.
Le professeur Rogue, quant à lui, se chargera des cours de défense contre les forces du Mal.
- Non ! S'écria Harry.
Kécile haussait les sourcils. C'était une curieuse décision.
- Au moins, une chose est sûre, déclara Harry d'un ton féroce. C'est que Rogue sera parti à la fin de l'année.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda Ron.
- Ce poste est maudit. Personne n'y est resté plus d'un an. Quirell en est même mort. Personnellement, je vais croiser les doigts pour qu'il y ait un nouveau cadavre...
- Harry ! Cria Kécile choquée en fusillant des yeux son camarade. Je t'interdis de dire une chose pareille ! S'écria-t-elle avec véhémence. Je te l'interdis ! Ajouta-t-elle alors qu'elle ne pouvait retenir quelques larmes.
Hermione passa un bras autour de ses épaules, alors que Harry prenait une mine un peu contrite. Les trois gryffondors étaient un peu dépassés par la réaction excessive de leur amie.
Lorsque les élèves purent monter dans leur dortoir, Kécile les attrapa par le bras.
-Il faut qu'on parle.
- Dans la salle commune ?
Kécile secoua la tête.
- La salle sur demande, alors ?
- Tu as ta cape, Harry, pour revenir ?
Celui-ci acquiesça.
- Alors allons-y.
La salle se présenta comme un petit salon un peu vieillot à l'éclairage tamisé. Ron s'effondra avec bonheur dans l'un des poufs qui s'affaissa sous poids tandis que Harry et Hermione s'asseyait sur le canapé. Kécile préféra rester debout. Elle tournait le dos à ces amis, les idées tourbillonnant dans sa tête, ne sachant pas très bien par quel bout commencer la conversation.
Mais Ron lui accorda un délai en interrogeant Harry :
- Qu'est-ce qui est vraiment arrivé à ton nez ?
- C'est Malfoy. En sortant de chez Slughorn, je l'ai suivi avec ma cape et je me suis faufilé dans son compartiment. Le problème, c'est qu'il m'a vu. Et au moment de descendre du train, au lieu de partir avec ses copains, il est resté en arrière et m'a attaqué sans prévenir. Il a profité de l'effet de surprise, évidemment. Et je me suis ramassé son pied dans la figure.
- Ce n'était pas très intelligent, Harry, fit remarquer Hermione. Aller tout seul dans un compartiment rempli de serpentard, sans que personne ne sache où tu étais... ça aurait pu vraiment mal tourner !
- Ça n'a pas d'importance, évinça Harry. Ecoute plutôt ce qu'il a dit avant de s'apercevoir que j'étais là.
- Oh, Harry ! Soupira Hermione. On imagine très bien ce que Malfoy peut pérorer lorsqu'il est avec ses amis...
- Non, écoute ! Insista le jeune homme. Il a dit qu'il ne serait peut-être plus là l'an prochain. Parce qu'il aurait des choses plus importantes et plus intéressantes à faire. Et c'était très clair dans ces propos. Cela concernait Voldemort. Il a d'ailleurs dit que Voldemort se fichait bien des diplômes qu'on pouvait avoir. Que ce qui comptait à ses yeux c'était le dévouement et les services qu'on lui aura rendu. Il a même parlé d'un travail que le Seigneur des Ténèbres veut lui confier. Cela confirme ce que je disais !
Kécile s'était retournée et écoutait attentivement les propos de Harry, mais Ron et Hermione n'avaient pas dû tout l'air convaincus.
- Allons, Harry, il essayait simplement de faire le malin devant Parkinson... Quelle mission pourrait bien lui confier Tu-Sais-Qui ?
- Comment peux-tu être sûr que Voldemort n'a pas besoin de quelqu'un à Poudlard ? Ce ne serait pas la première fois, argumenta-t-il.
- Ça ressemble bien à Malfoy de se prétendre plus important qu'il ne l'est... mais ce serait un gros mensonge... reconnut Ron.
- ça commence tout de même à faire beaucoup de preuves... ajouta Harry d'un air satisfait.
- Oh, Harry ! Tempéra Hermione. Ce qu'on a vu et entendu chez Barjow est loin de constituer une quelconque preuve.
- De quoi est-ce que vous parlez ? Intervint Kécile.
- Quand on est allé acheter nos fournitures pendant les vacances, expliqua Hermione, on a vu Malfoy entrer chez Barjow and Beurk et menacer le gérant pour obtenir des informations sur comment réparer un objet cassé et lui faire mettre un autre objet identique qui se trouve dans sa boutique de côté. L'ennui, c'est qu'on a aucune idée de quoi il s'agit, ils étaient cachés à notre vue lorsqu'on a surpris cette conversation, ajouta-t-elle.
- Mais il a utilisé la marque des ténèbres qu'il a sur le bras pour le convaincre de coopérer.
- Tu ne sais pas s'il a la marque, Harry. C'est absurde.
- Il a dénudé son bras gauche devant Barjow. Et il a fait un bond quand Mme Guipure a voulu le lui toucher au magasin ! Qu'est-ce qu'il te faut de plus comme preuve ?!
- Il est trop jeune et trop incompétent, Harry ! Qu'est-ce que Voldemort pourrait bien avoir à faire d'un jeune blanc-bec de seize ans ?
- Les suppositions de Harry ne sont pas aussi stupides qu'elle en ont l'air, coupa Kécile en s'asseyant à son tour face à ses camarades. Je pense que Drago Malfoy peut avoir été chargé d'une mission à double titre. D'abord il est à Poudlard. Et aux dernières nouvelles, nous sommes, entre les murs de l'école, quatre cibles prioritaires pour le Seigneur des Ténèbres. Même si je pense qu'en ce moment, il ne perdra pas son temps avec Severus ou moi... ajouta-t-elle d'un air songeur. Et puis, il ne faut pas oublier que Malfoy père a échoué dans la dernière mission que son Maître lui a confié. Et que pour l'instant, il est hors d'atteinte de sa punition.
- Tu veux dire que Voldemort aurait confié une mission à Malfoy pour se venger de son père ? C'est tordu ton idée ! S'exclama Ron.
- C'est comme ça que mon père fonctionne... Dans tous les cas, il est gagnant : si Drago réussit, un travail est fait, si Drago échoue, il ne restera bientôt plus grand chose de la famille Malfoy.
- Tu veux dire... que Voldemort pourrait le tuer ? Demanda Hermione à voix basse.
- A moins qu'il n'ait un quelconque intérêt à le garder en vie, oui. Ne me dis pas que ça te surprend !
- Donc, pour en revenir à ce que je disais, poursuivit Harry que la mort éventuelle de Malfoy ne semblait pas traumatiser, je ne fabule pas. Il a la marque des ténèbres.
- C'est tout à fait possible, conclut Kécile.
- Et Voldemort lui a confié une tâche. Reste à savoir laquelle.
- Tu disais qu'il parlait de faire réparer quelque chose ? Demanda Kécile. Drago est à Poudlard. Qu'est-ce qui pourrait être réparé ici et qui se trouve en double chez Barjow et qui a une utilité pour le Seigneur des Ténèbres ?
Les quatre se regardèrent, chacun concluant que c'était impossible à deviner.
- Prenons la chose autrement, finit par dire Hermione. A votre avis quelle peut être la mission de Drago ?
- De recruter de futurs mangemorts à Poudlard, proposa Ron.
- De voler un objet puissant à Dumbledore peut-être ? Proposa Hermione.
- A mon avis, dit Harry, et sans vouloir avoir l'air paranoïaque, il s'agit sans doute de me tuer, ou de tuer Dumbledore. Ou au moins de nous amener dans un piège... Qu'est-ce que tu en penses, Kécile ?
- Je n'en sais rien, répondit tristement la jeune fille. Mais s'il cherche à tuer Dumbledore, il se donne beaucoup de mal pour rien.
Il y eut un moment de silence, puis Hermione fit écho à la pensée de tous :
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu ne sous-entends pas que Dumbledore va... mourir ?!
- Kécile ? Demanda Harry d'un air incertain alors que celle-ci laissait des larmes rouler sur ses joues. Si tu nous expliquais ce qu'il se passe.
- C'est sa main, sanglota Kécile. Ce n'est pas rien, comme il l'a dit tout à l'heure. Ce n'est pas rien du tout ! C'est un maléfice et il va en mourir, et il le sait et il ne fait rien contre ça ! Dit-elle, sa voix enflant dangereusement.
- Comment est-ce que c'est arrivé ? Interrogea Hermione qui vint passer un bras autour de son amie.
- Il a touché à un objet ensorcelé par le Seigneur des Ténèbres. Je ne sais pas ce que c'était, mais il est victime d'un poison couplé à un maléfice qui s'infiltre chaque jour un peu plus loin. Severus fait ce qu'il peut pour ralentir le processus. Mais ça ne suffit pas.
- Qu'est-ce que tu veux dire par « il ne fait rien contre ça » ? demanda d'une voix blanche Harry qui semblait atterré par la nouvelle.
- Il ne cherche pas à se guérir. Il accepte son sort avec une fatalité qui me déconcerte ! Severus cherche un remède, mais il ne l'aide pas. Il lui dit simplement qu'il perd son temps. Je ne comprends pas ! S'écria-t-elle avec une certaine rage. Je ne comprends pas comment il peut me faire ça, alors qu'on vient de se retrouver et...
Elle se tut, réalisant ce qu'elle était en train de dire, mais les autres étaient loin d'être des imbéciles et avaient compris qu'il y avait anguille sous roche.
- Qu'est-ce que tu entends par là, Kécile ?
- Je... C'est mon grand-père.
Devant les mines d'incompréhension de ses amis, Kécile répéta.
- Dumbledore est mon grand-père.
Ron éclata d'un rire nerveux.
- Je peux savoir ce qu'il y a de drôle ? Demanda-t-elle sèchement.
- Excuse-moi, hoqueta Ron, mais tu avoueras ! D'abord on apprend que ton père est Voldemort et maintenant ton grand-père est Dumbledore ! Tu ne fais pas dans la simplicité.
- Mais depuis quand est-ce que tu le sais ? Interrogea Hermione qui se remettait difficilement du choc.
- Depuis ma deuxième année, quand mon père m'a révélé l'identité de ma mère.
- Et Dumbledore ? Il n'avait pas l'air d'être au courant l'an dernier... remarqua Harry.
- Non. Je ne le lui ai avoué qu'après... après toute cette histoire, quand j'ai failli t'assassiner, marmonna-t-elle. On aura passé deux mois ensembles. Deux mois paisibles, et après il tombe dans un piège et décide que sa mort n'est pas grave et peut même servir la guerre. Mais qu'est-ce qu'il lui prend !
- Il ne peut pas imaginer que sa mort va aider notre camp... dit Harry déconcerté. Ce serait une catastrophe.
- Est-ce qu'on peut faire quelque chose, Kécile ? Demanda Hermione doucement. Est-ce que tu crois que quelqu'un peut le convaincre ?
- Non. Ni Severus, ni moi n'y sommes parvenus. Et puis, il ne faut surtout pas que cela s'ébruite. Surtout pas. Vous ne devez en parler à personne, pas même à des membres de l'Ordre.
- J'ai dans l'idée que ma mère serait bien capable de lui faire entendre raison. Personne ne résiste à ses fureurs...
Kécile eut un pauvre sourire, mais rétorqua.
- De toute manière, le convaincre de quoi ? Il refuse de chercher à se soigner, mais on n'a pas l'ombre d'une piste. Severus passe un temps considérable dans son laboratoire, mais c'est sans succès pour l'instant.
- Et bien nous allons l'aider, déclara Hermione d'un ton ferme.
- Pardon ? S'étrangla Ron.
- Nous allons aider le professeur Rogue.
- Il est hors de question que je m'associe avec cet abruti de première catégorie.
- Harry ! S'insurgea Kécile.
- Non, je suis désolé, encore tout à l'heure...
- Harry, coupa Hermione. Il ne s'agit plus de points ou de retenues. Il s'agit de la vie de notre directeur et de notre principal guide dans la guerre contre Voldemort.
- Honnêtement, si ni Rogue ni Dumbledore ne parviennent à trouver un remède, je doute qu'on puisse faire quoi que ce soit, répondit Ron buté.
- On doit chercher, insista Hermione. On peut peut-être trouver des pistes pour le professeur Rogue. L'ennui, c'est qu'il va sans doute falloir fouiller la réserve si on veut avoir une quelconque chance. Tu penses pouvoir obtenir un pass ? Demanda-t-elle à Kécile.
- Je pense parvenir à le convaincre, oui, répondit-elle celle-ci. Merci pour votre soutien.
Hermione serra Kécile dans ses bras et Harry vint lui prendre l'épaule.
- Hermione a raison. Je déteste Rogue, mais si on peut aider à sauver notre directeur et ton grand-père, on travaillera ensemble.
Et Kécile offrit un vrai sourire au garçon avant de l'étreindre.
Harry, embarrassé par cette démonstration d'affection lui tapota maladroitement le dos.
- Merci, finit par dire Kécile en le lâchant. Ça fait du bien de ne pas se sentir toute seule.
