Chapitre 91 : Une autre histoire de famille

Kécile savait qu'elle se faisait sans doute des idées. Mais la promesse d'Hermione lui mettait du baume au cœur. Au moins, elle aurait l'impression d'agir. Au moins, elle ne resterait pas les bras croisés à voir les forces de son grand-père s'amenuiser. Elle n'essaya même pas d'en parler à Albus. Elle savait déjà ce que le vieil homme allait lui dire, et elle ne voulait pas l'entendre. Elle éprouvait d'ailleurs une certaine rancoeur contre son grand-père pour son attitude fataliste

Le lendemain soir, les cours n'étaient pas plutôt terminés que Kécile alla frapper à la porte du professeur de potions.

Celui-ci haussa un sourcil interrogateur en la voyant entrer et placer un sortilège d'insonorisation sur la pièce.

- Nous voudrions vous aider dans vos recherches, Severus, attaqua-t-elle sans préambule.

Il ne demanda même pas de quelles recherches elle parlait. En revanche...

- Nous ? Répéta-t-il d'une voix soupçonneuse. Et qui comprend donc ce nous ?

- Vous le savez très bien. Il s'agit d'Hermione, Harry, Ron et moi.

- Merlin me préserve de tels adjoints... marmonna Severus.

- S'il-vous-plaît, Severus, je suis sûre que nous pouvons vous être utile, rétorqua Kécile d'une voix pressante. Vous ne pouvez pas à vous tout seul, aussi doué soyez vous, faire tout le travail de recherches. Nous pouvons vous aider. Donnez-nous des pistes et nous fouillerons la bibliothèque entière s'il le faut.

- Croyez-vous honnêtement que la solution contre un maléfice de Voldemort puisse se trouver dans la bibliothèque de Poudlard ? Argua le professeur.

- Dans la réserve, ce n'est pas impossible... répondit Kécile un ton plus bas.

- Je connais les livres de la réserve, Kécile.

- Tous ? Vraiment ?

Le professeur ne répondit pas.

- S'il-vous-plaît, Severus, laissez-nous au moins essayer. Je ne demande que ça. Vous aussi, n'est-ce pas ? Vous me dites toujours que vous n'avez guère d'espoir de trouver un remède. Mais vous essayez. Moi aussi, je ne demande que le droit d'essayer.

Severus fixa son élève avant de demander, les sourcils froncés.

- Qu'est-ce que vous attendez de moi, exactement ?

- Une autorisation illimitée pour la réserve. Pour nous quatre.

- Je ne vais tout de même pas accorder l'accès à la réserve à Potter et Weasley, Kécile ! Déclara-t-il d'un ton acide. Merlin seul sait ce qu'ils pourraient faire avec ce qu'on y trouve.

- Severus, je vous en prie, ce ne sont pas des apprentis mangemorts ! Jamais ils n'utiliseront quoi que ce soit de ces bouquins. Pour une fois, pour une seule fois, je vous demande de laisser de côté votre haine envers Harry et d'agir dans l'intérêt de Dumbledore.

- Je veux bien accorder un pass à Granger. Mais pas aux deux autres, déclara le professeur d'un ton catégorique. Je ne ferais pas de faveur à Potter. Il n'en a pas besoin.

- Severus ! S'exclama Kécile avec colère. Vous nous ferez perdre du temps. Par Morgane, Severus, si vous n'agissez pas pour Dumbledore, si vous n'agissez pas pour moi, agissez en mémoire de Lily et de Ludivine ! Qu'est-ce qu'elles diraient si elles vous voyaient mettre en péril les chances de survie d'Albus pour une rancoeur mal placée !

Il y eut un silence effrayant dans les cachots.

- Qui vous a parlé d'elles ? Finit par murmurer Severus.

- Personne, répondit calmement Kécile. J'ai lu le journal intime de ma mère cet été. J'ai appris beaucoup de choses, sur elle, sur vous, et sur la mère de Harry.

- Je ne veux pas vous entendre dire un mot à ce sujet, Kécile ! Menaça Severus d'une voix basse intimidante. Je ne veux pas que vous évoquiez le sujet avec moi, et surtout, je ne veux pas que vous en touchiez le moindre mot à qui que ce soit ! Même à votre si précieux Potter ! Est-ce bien clair ? Cela ne regarde que moi et deux mortes.

Le professeur avait ancré un regard ferme et menaçant dans les yeux de Kécile qui hocha docilement la tête.

- Je n'en parlerai pas, soyez sans crainte. Mais vous savez que j'ai raison.

- Je vais vous la donner cette autorisation. Par Salazar, ajouta-t-il alors qu'il écrivait sur un parchemin, C'est bien la première et dernière fois que vous me faîtes faire une chose pareille...

Moins d'une demi-heure après, les quatre élèves de gryffondors se rendaient à la bibliothèque. Ils laissèrent Hermione, digne d'une relative confiance aux yeux de Mme Pince, montrer le pass à la gardienne de la réserve.

Celle-ci eut une mine extrêmement perplexe et garda le parchemin, sans aucun doute pour demander à la première occasion au professeur Rogue pourquoi il avait accordé une autorisation de fouiller la réserve à quatre sixième année de gryffondors.

Il fallait dire que ce n'était sans doute pas habituel...

- Je n'arrive toujours pas à croire que tu l'as obtenu ! Souffla Ron alors qu'ils pénétraient derrière les grilles.

- Je vous l'ai toujours dit, il faut savoir le prendre, dit Kécile avec un sourire en coin.

- Alors je ne dois vraiment pas savoir m'y prendre... marmonna Harry.

- Non ! Pouffa Kécile. De toute évidence.

Severus avait expliqué à Kécile que le poison n'avait aucun antidote car il était lié au maléfice. Les larmes de phénix qu'il utilisait ne pouvaient actuellement que retarder l'avancé du poison, car le sort en lui-même gagnait du terrain. Quant à briser le maléfice en question, c'était une chose qui semblait impossible. Il s'agissait d'un très ancien maléfice de magie noire et Severus doutait qu'on puisse encore trouver la moindre information à son sujet.

Conscients que ce n'était pas dans le domaine des potions qu'ils allaient pouvoir apprendre quelque chose au professeur, le quatuor avait décidé de tourner ses recherches vers les maléfices anciens. L'ennui, c'est que les rayons qui s'alignaient devant eux en auraient découragé plus d'un. Avec un regard résigné pour Harry et Ron et déterminé pour Hermione et Kécile, ils entamèrent une lecture survolée de chaque page de chaque grimoire.

Auraient-ils seulement assez d'une année ? Songeait Kécile avec angoisse.

XXX

Le premier week-end arriva très vite. Chaque instant de libre de l'un des quatre était consacré à l'étude dans la réserve. On surprit même Ronald Weasley, assis seul à une table alors que les autres étaient en cours ou à plancher sur leurs devoirs.

Le samedi soir, alors qu'Hermione travaillait sur son devoir d'arithmancie tandis que les deux autres continuaient leur travail de fourmis, le professeur McGonagall vint voir Kécile.

- Miss Gaunt, le directeur veut vous voir.

- Il a dit à quel sujet ? Demanda-t-elle intriguée.

- Non. Mais il vous attend.

- Je monte, obtempéra-t-elle.

Elle tourna un regard interrogateur vers ses camarades qui haussèrent les épaules.

Mais lorsqu'elle entra dans le bureau de Dumbledore, elle le trouva la mine sérieuse et plutôt mécontente. Devant lui, il y avait un parchemin qu'elle reconnut aussitôt. C'était celui qu'avait signé Severus.

- Bonjour Albus, dit-elle doucement.

- Bonjour Kécile. Est-ce que tu peux m'expliquer ce que cela signifie ? Demanda-t-il en pointant le doigt vers le parchemin.

- Que voulez-vous dire ? Interrogea-t-elle prudemment.

- Je suppose que tu es à l'origine de ceci. Une autorisation pour la réserve accordée à Harry Potter par le professeur Rogue ! C'est à marquer dans les annales !

- Il est vrai que c'est moi qui est demandé cette autorisation à Severus, avoua Kécile. Sans cela, il n'aurait jamais accepté.

- Je sais pertinemment ce que vous cherchez à faire, Kécile, et tu sais ce que je vais en dire. Aussi ais-je bonne envie d'annuler cette autorisation auprès de Mme Pince.

- Vous ne ferez pas ça ! S'exclama Kécile d'un ton dur alors qu'elle sentait son cœur dégringoler.

- Je veux vous empêcher de perdre votre temps.

- Si nous voulons perdre notre temps, cela nous regarde ! Et temps qu'il n'y a pas de répercussion sur notre travail scolaire, vous n'avez pas le droit de nous empêcher d'effectuer des recherches. Vous n'avez pas l'habitude de dicter leurs actions aux gens, Albus, n'est-ce pas ? Ajouta-t-elle d'un ton plus doux. Alors vous ne ferez pas cela.

- Tu te fais du mal.

- Je le sais, vous me l'avez déjà dit. Tant pis pour moi. Je vous en prie, Albus. Nous avons deux avis divergents sur le sujet. N'en parlons plus et laissez-nous faire les choses à notre façon, Severus et moi.

Dumbledore la fixa avant de pousser un soupir. Il la voyait tendue et sur la défensive, mais il savait qu'elle était au bord des larmes et qu'elle lui masquait son chagrin. Aussi il ouvrit les bras et lui dit simplement : « Viens-là ». Elle vint se blottir contre lui, et ils restèrent ainsi un long moment. Il lui semblait bien la sentir sangloter par instants. Mais il se tut. Il n'avait d'autre choix que de laisser le temps faire son œuvre.

XXX

Le professeur Rogue n'était pas plus drôle en tant que professeur de Défenses Contre les Forces du Mal qu'en tant que professeur de Potions, mais le contraire aurait été étonnant. Le programme de l'année allait démarrer par les informulés. Une capacité que Kécile n'avait développé que sur certains sortilèges extrêmement simples. Elle s'était mise en binôme avec Hermione et essayait de la stupéfixier sans prononcer un mot. Il lui fallut presque un quart d'heure pour que le sort parte enfin, repoussé immédiatement par Hermione qui avait pourtant gardé les lèvres closes, mais dardait sur elle un regard concentré et déterminé. Elles eurent toutes deux un sourire de connivence devant leur réussite.

Mais quelques minutes plus tard, alors qu'elles s'exerçaient à inverser les rôles , Harry trouva le moyen (ou bien Severus sauta sur le prétexte, selon le point de vue) de récolter une retenue.

Kécile haussa les yeux aux ciels. Il aurait été utopique de croire que ces deux-là pouvaient cesser leur guerre...

Hermione tenta bien de faire une remontrance à Harry pour son insolence, mais Kécile ne s'y essaya même pas. Elle avait fini par renoncer. Harry était quelqu'un de charmant et généralement discret et poli, mais il n'y avait rien à faire, Severus faisait systématiquement ressortir son impudence.

Alors qu'ils s'avançaient vers le parc pour profiter un peu du soleil durant leur récréation, l'un des membres de l'équipe de Harry les aborda et transmit à son capitaine un mot de Dumbledore. Le directeur leur demandaient à tous les deux de le rejoindre dans son bureau le soir-même.

- Des leçons particulières ? S'étonna Kécile.

- Oui, il m'en avait touché deux mots cet été. Mais je ne savais pas que tu allais en faire partie.

- Je me demande bien quel domaine cela peut concerner.

- Peut-être qu'il va vous enseigner des trucs dingues ! S'exclama Ron avec excitation. Des maléfices ultra-puissants, des trucs à faire pâlir d'envies tous ces rats de Mangemorts. Après tout, tu dois être plus puissant qu'eux Harry, au final.

- Ben c'est pas gagné, alors... marmonna Harry.

- Ça m'étonnerait beaucoup que le professeur Dumbledore t'enseigne des Maléfices et de la Magie noire, contra Hermione. Ce n'est vraiment pas sa façon de faire. Je pense plutôt qu'il va t'apprendre de la Magie Défenseive. Sans doute des sortilèges particulièrement avancés ou des choses de ce genre. Qu'est-ce que tu en penses, Kécile ?

- Je ne sais pas... fit celle-ci songeuse. Je penche plutôt pour ton avis, Hermione. Mais dans le même temps, pourquoi me joint-il à ces leçons ?

- Parce que tu vas l'aider.

- Mais vous aussi, vous allez l'aider. Vous êtes toujours avec lui, vous aussi vous aurez un rôle à jouer, c'est sûr. Alors pourquoi ne vous demande-t-il pas de vous joindre à nous ?

- On doit pas avoir le niveau, dit Ron en haussant les épaules.

- Laisse moi rire ! Rétorqua Kécile. Hermione a maîtrisé les informulés aussi vite que moi, ce matin.

- Mais moi, je n'arrive à rien, remarqua Ron.

- Harry non plus n'y arrive pas encore, et pourtant, lui va bénéficier de ces leçons. Non, vraiment, plus j'y pense et moins ça me paraît logique.

Comme conclut Harry, ils allaient de toute manière être rapidement fixés.

Le soir même, c'est donc avec un peu d'appréhension qu'ils se rendirent tous deux chez le directeur.

Il les salua chaleureusement et les invita à s'asseoir devant son bureau.

- Comment vas-tu Harry ?

- Bien monsieur.

Mais le regard du garçon tomba sur la main noircie du directeur.

- Je ne crois pas me tromper en disant que tu sais déjà tout de cet incident.

- Non, Monsieur.

- Tu saisies également l'importance de garder le plus absolu des silences à ce sujet.

- Bien sûr, Monsieur. Et Hermione et Ron également.

Dumbledore acquiesça.

- Alors avant de commencer, j'aimerais insister sur le fait, Harry, que rien cette année, ne sera plus important que ce que tu apprendras avec moi. Pas même tes examens, et encore moins cette folie que vous entretenez. J'ai promis à Kécile de ne pas revenir sur le sujet, mais vous perdez votre temps et cela ne doit pas être au détriment de ce que nous ferons ensemble.

- J'en tiendrais compte, monsieur.

- Je suis sûr que vous vous êtes demandés ce que j'avais préparé au cours de ces... disons leçons, faute d'un meilleur terme.

Harry et Kécile acquiescèrent.

- Sachez d'abord que je vous ai fait venir tous deux pour des raisons différentes. J'ai estimé, Harry, maintenant que tu sais ce qui a poussé Lord Voldemort à essayer de te tuer il y a quinze ans, de te donner certaines informations. Je t'ai expliqué tout ce que je savais de manière sûre et évidente. A partir de maintenant, nous allons quitter la solidité des faits pour cheminer ensemble à travers les marécages obscurs de la mémoire et nous aventurer dans le maquis des hypothèses les plus échevelées.

- Monsieur, ce que vous allez me révéler est-il en rapport avec la prophétie ? Est-ce que ça va m'aider à … survivre.

- C'est en effet étroitement lié à la prophétie, répondit Dumbledore d'un ton dégagé, et je souhaite sans nul doute que cela t'aide à survivre. Car nous allons fouiller dans le passé de Lord Voldemort lui-même. Pour abattre son ennemi, il faut avant tout le connaître. C'est cela qui justifie ta présence, Kécile, ajouta-t-il en se tournant alors vers la jeune fille à qui il ne s'était pas adressé jusqu'alors. Cet été tu as appris à connaître ta famille maternelle. Maintenant, tu vas découvrir ta famille paternelle. J'estime que c'est ton droit. Il nous faut également comprendre Voldemort. Et si quelqu'un peut le comprendre, c'est bien toi, Kécile.

- Mon père a toujours jalousement gardé son passé secret. Comment avez-vous fait pour trouver des informations suffisamment fiables ?

- Depuis des années, j'ai patiemment cherché les personnes qui ont croisé le chemin de Voldemort et de sa famille. J'ai ainsi pu récolter un certain nombre de souvenirs liés de près ou de loin à notre quête.

Il se leva et sortit sa Pensine qu'il posa sur le bureau.

- Nous allons commencer par faire un petit voyage dans la mémoire de Bob Ogden, un employé du Département de la justice magique.

Lorsqu'ils furent tous les trois dans le souvenir, Kécile observa avec attention les alentours. Il lui semblait que le décor lui était familier.

Ils suivirent le dénommé Ogden et Kécile frémit, à la fois d'appréhension et d'excitation lorsqu'elle comprit où il se rendait à la vue du panneau annonçant Little Hangleton.

La vue de la masure réveilla des souvenirs douloureusement récents. Que venaient-ils donc chercher une nouvelle fois dans cette maudite masure ?!

Kécile observa avec attention un homme à l'aspect peu engageant, les cheveux en broussaille et sales, deux yeux sombres semblables à ceux d'un serpent.

- Vous n'êtes pas le bienvenu, disait-il à Ogden en Fourchelangue.

Alors, Kécile comprit qu'elle avait face à elle un descendant de Serpentard. Un de ces ancêtres. Mais par Salazar, que faisait-il dans un pareil taudis ! Elle ignorait à quel degré elle était lié à ce sinistre personnage, mais ce n'était guère reluisant...

Il attaquait le représentant du ministère quand une vois tonna son nom : Morfin !

Un homme plus âgé apparut, petit, une carrure de singe avec ses épaules larges et ses bras trop longs, les mêmes yeux de serpents brillants et un visage ridé.

- Le ministère, c'est ça ?

- Exact ! Et vous, vous êtes Mr Gaunt, sans doute.

C'était bien cela, songea Kécile qui se sentait tout d'un coup étonnamment fébrile. Elle avait face à elle la famille de sa grand-mère. Qui était cet homme, sans doute mort à l'heure qu'il était ? Que représentait-il pour elle ? Ni l'un ni l'autre des deux hommes n'étaient sympathiques. Aucune grandeur non plus dans ces êtres à la limite de la débilité. Elle s'était attendu à tout autre chose de la part des héritiers de Serpentard. Rien à voir avec les Deschavelles, héritiers de Serdaigle. Et pourtant c'était sa famille. Et c'était avec quelque chose comme du regret, qu'elle regardait la scène.

Quelques minutes plus tard, en entrant dans la maison pour suivre le souvenir, ils découvrirent un autre membre de la famille Gaunt. Merope. Kécile sentit son cœur se serrer en voyant la jeune fille et la manière dont elle était traitée. Non, clairement les deux autres n'étaient pas fréquentables, mais, elle, Kécile avait un furieux désir d'intervenir et de la protéger. De la tirer de là. C'était impossible, évidemment...

Un nouveau choc attendait Kécile lorsqu'elle découvrit la bague au doigt du vieux Gaunt. Cette bague, qu'elle avait vue pendant des années au doigt de son père, porté comme un sceau royal. Cette bague, qu'elle avait elle-même portée pendant quelques mois avec fierté avant de trahir son sang. Cette bague, qui était responsable du mal qui rongeait Albus. La bague des Gaunt.

L'homme gardait également une seconde relique. Un médaillon qui aurait appartenu à Serpentard lui-même. Une fierté à ses yeux. Elle pouvait comprendre. Même si la splendeur qu'elle imaginait régner autour de cet illustre ancêtre ne cadrait vraiment pas avec ce qu'elle avait sous les yeux.

La situation dégénéra lorsque des moldus passèrent sur le chemin derrière la haie, masquant leur vue mais non leurs voix.

Une femme Cecilia, et un homme, Tom.

Tom...

Tom dont, s'il fallait en croire les propos de Morfin, Merope était amoureuse.

Tom le moldu et Merope la sorcière, ou peut-être la cracmolle comme l'accusait son père avec dégoût.

Ses grands-parents. Les parents de Lord Voldemort. Comment était-ce possible ?

Lorsqu'ils sortirent du souvenir, Kécile était sonnée.

- Est-ce que ça va ? Lui demanda doucement le directeur.

Elle acquiesça en silence, encaissant difficilement la réalité tandis que Harry et Dumbledore discutaient de ce qu'il s'était passé sous leurs yeux et de l'identité des personnages qu'ils avaient vus.

Elle écouta cependant avec attention ce qu'Albus supposait être la triste histoire d'amour de Merope Gaunt, sorcière brimée par un père et un frère à moitié fous, qui mit sous sa coupe par un moyen magique Tom Jedusor, séduisant Moldu, s'enfuit avec lui, tomba enceinte et fut abandonnée par celui qu'elle aimait lorsque l'emprise du philtre d'amour ou de tout autre sortilège avait été interrompue.

Lorsque Dumbledore eut terminé son récit, il faisait nuit noire et Kécile avait l'impression d'avoir vécu plusieurs jours d'un coup.

Harry quand à lui, bien que trouvant tout cela très intéressant ne voyait pour l'instant pas où tout cela allait le mener. Cela devait être passionnant et même perturbant pour Kécile, il n'en doutait pas, mais lui, qu'est-ce que ça lui apportait ?

- Je crois que ça suffira pour ce soir, dit le vieil homme.

Harry comprit qu'ils étaient congédiés et se leva pour partir. Mais Kécile ne bougea pas et demanda d'une petite voix.

- Est-ce que je peux rester, Albus ?

Le vieil homme acquiesça, et Harry avant de quitter le bureau, eut le temps de la voir se réfugier dans les bras du directeur.

Comme c'était étrange...

Kécile se blottissait contre son grand-père, avec une énergie presque désespérée. Elle n'aurait su dire pourquoi elle était aussi chamboulée, mais elle se sentait bouleversée. Elle sentait le vieil homme lui caresser les cheveux avec affection.

Sa famille...

Il ne lui restait plus personne.

Seulement Albus.

Pour si peu de temps.

Elle devait profiter de chaque instant qu'il lui restait avec lui.

XXX

Dans les semaines qui suivirent, Harry et Ron eurent moins de temps à passer aux recherches dans la réserve avec la reprise du Quidditch. Mais Hermione et Kécile y consacraient chacun de leurs instants de libre, et cette dernière avait même la fâcheuse tendance à passer ses insomnies dans les bouquins. Dans la journée, cela allait encore, elle parvenait à laisser de côtés ses idées sombres. Mais le soir, tout lui revenait, et elle avait d'autant plus de difficultés à accepter la situation qu'Albus s'absentait beaucoup. Elle se jetait alors à corps perdu dans les recherches, avec un véritable mantra : il faut guérir Dumbledore. Le vieil homme avait insisté pour qu'elle recommence ses cours de hautbois avec Mr Collins. Elle avait cédé, ne voulant pas relancer la polémique de l'inutilité de ses recherches. Mais elle n'avait pas caché à son professeur que son hautbois ne sortait pas beaucoup de sa mallette entre chaque cours. Le musicien avait bien tenté de lui demander ce qui pouvait la tracasser ainsi, car il ne doutait pas de sa motivation. Mais Kécile avait répondu qu'il s'agissait là d'un secret qu'elle ne pouvait absolument pas divulguer, même à une personne de confiance comme lui. L'homme n'avait pas insisté.

Quand elle montait se coucher, vaincue par la fatigue, elle ne pouvait s'empêcher de repasser dans son esprit épuisé et saturé ce qu'elle avait lu plus tôt, hantée par la peur de passer à côté d'une information capitale. Lorsqu'enfin le sommeil finissait par la gagner malgré elle, c'était pour rêver encore de livres et de livres à n'en plus finir, tellement qu'elle se réveillait en sursaut pour échapper au désespoir que ces visions engendraient. Mais le pire restait cependant lorsque dans son rêve elle trouvait la solution miracle.

Au réveil, une sensation de joie intense l'étreignait, dans cet instant étrange où l'esprit est encore convaincu que ce qu'il vient d'imaginer est réel, avant de réaliser douloureusement l'instant d'après que rien ne sait passé. Le retour à la réalité était alors brutal pour Kécile qui devait chaque fois lutter contre un élan de désespoir. Mais plus une petite voix lui soufflait de se résigner et plus elle m'était d'énergie à refuser de l'écouter.

Les semaines passaient et l'humeur de Kécile s'assombrissait. Elle le sentait bien et faisait tout ce qu'elle pouvait pour lutter contre ces accès de mauvaises humeurs. D'abord parce qu'elle était consciente que ses nouveaux amis l'aidaient autant qu'ils le pouvaient et n'avaient pas en retour à être payés par une présence désagréable.

Mais surtout parce qu'elle n'oubliait pas ce qui avait failli causer la mort de Harry. Elle n'avait pas le droit de s'isoler pour broyer du noir. Car rien ne garantissait alors qu'elle puisse éviter l'influence de Voldemort sur son esprit.

Dumbledore était son nouveau maître, mais il était si peu présent ces derniers temps ! Elle se sentait abandonnée et elle savait à quoi cela pouvait mener.

On était presque à la mi-octobre et une fois de plus, Dumbledore n'était pas apparu au dîner dans la grande salle.

Dans la tour, on discutait avec animation de la prochaine sortie à Pré-au-Lard, prévue quelques jours plus tard, mais Kécile s'était enfermée derrière les rideaux de son lit et épluchait un épais grimoire sur la progression des maléfices de magie noire dans le corps. Elle entendait petit à petit ses camarades monter se coucher et peu à peu la tour tomber dans le silence.

Jugeant qu'il était également temps pour elle de dormir, elle posa son livre sous le lit et éteignit sa baguette. Mais aussitôt le noir revenu, la solitude lui tomba dessus comme une chape de plomb. Des sensations similaires à celles qu'elle avait vécu l'an dernier. Elle tenta alors de se convaincre qu'elle n'était pas seule. Severus était enfermé lui aussi jour et nuit dans son laboratoire, mais Harry, Ron et surtout Hermione passaient beaucoup de temps avec elle et la comprenaient.

« Non, lui dit alors une petite voix, ils ne peuvent pas te comprendre. Ce n'est pas leur grand-père qui meurt lentement. Eux n'ont pas de cauchemars, eux trouvent actuellement le sommeil quand ton esprit bat la campagne. Ils ne peuvent pas te comprendre. »

Kécile se redressa brusquement, en proie à une vague de panique. Elle avait déjà entendu cette voix. Elle ne devait pas l'écouter ! Mais comment savoir si c'était son subconscient ou Voldemort qui parlait ? Elle n'avait déjà pas su faire la différence.

Un besoin viscéral de voir Albus la saisit soudain et elle tira brusquement les couvertures pour se précipiter sur sa robe de chambre avant de se glisser hors de la tour gryffondor.

Elle ne songea pas un seul instant qu'elle n'avait pas le droit de se trouver à cette heure avancée de la nuit dans les couloirs. Elle traversa les étages déserts jusqu'à atteindre la gargouille de pierre qui gardait l'entrée des appartements du directeur.

Mais il fallait croire qu'en l'absence du directeur, le mot de passe n'était d'aucune utilité. Bien sûr, rien ne lui disait que le directeur était rentré ce soir ou allait rentrer cette nuit. Mais Kécile voulait monter, de toutes les forces de son âme, refoulant tant bien que mal une panique irrationnelle.

« Je t'en prie, dit-elle à la gargouille la voix suppliante, ouvre toi. C'est moi, Kécile. Sa petite -fille. Je devrais bien pouvoir aller chez lui quand je veux, non ?... S'il-te-plaît !... Laisse moi passer ! »

Mais la gargouille resta immobile, insensible à ses suppliques.

Elle voulait juste voir Fumsec si Albus n'était pas là. Ou même simplement se pelotonner sur le canapé du vieil homme. Mais au lieu de cela, elle se laissa glisser le long du mur et se roula en boule pour se protéger du froid qui traversait sa robe de chambre.

Elle se laissa aller à sangloter doucement, sans trop savoir pour quoi elle pleurait. La peur du sommeil du Maître, la fatigue de ses nuits d'insomnie, le découragement de recherches infructueuses, l'absence de son mentor et la mort prochaine et de plus en plus inéluctable de la personne qu'elle aimait le plus au monde, c'était un peu tout cela qui la faisait craquer. Elle se savait faible. Mais elle s'en fichait pour une fois. Elle avait donné. Elle avait été forte. Il fallait voir où cela l'avait menée. Si elle était forte, elle se remettrait à écouter cette petite voix. Elle voulait écouter la voix de Dumbledore. Qui n'était pas là.

Elle commençait à être prise de tremblements convulsifs, transis de froid, lorsque le mur derrière elle s'ouvrit, la faisant violemment sursauter.

- Kécile ? Demanda la voix surprise et un peu inquiète de Dumbledore Qu'est-ce que tu fais là ?

Il n'eut pas de réponse, mais elle se jeta dans ses bras comme une enfant, pleurant de soulagement. Elle était pathétique. Mais elle s'en fichait. Avec Albus, elle le pouvait. Il ne lui en voudrait pas.