Chapitre 93: L'inacceptable

Il était presque 2h du matin cette nuit-là lorsque Dumbledore rentra de son expédition, bredouille une fois de plus, et épuisé. Severus gardait un œil sur Drago, Minerva avait presque entièrement pris le relais de la direction de l'école, ce qui lui laissait plus de temps pour l'ordre et son combat contre Voldemort. Mais en dehors de ses recherches, le temps le pressait alors que le maléfice progressait doucement et il fallait qu'il avance avec Harry.

Et puis il ne devait pas non plus négliger Kécile.

Il réveilla doucement Fuumsec et l'envoya chercher la petite fille.

Il était fatigué, la journée du lendemain serait encore longue, mais il avait promis de lui consacrer chacun de ses instants de libre. Elle lui avait rappelé qu'il ne pouvait pas négliger plus longtemps ses devoirs vis-à-vis d'elle. Il était son grand-père qu'elle n'aurait que pour peu de temps. Il était son mentor. Son maître.

Dumbledore grimaça à cette idée, mais il avait bien conscience que cette dimension, quoi que secondaire de sa relation avec Kécile n'était pas à mettre aux oubliettes non plus. La jeune fille avait très peur que Voldemort reprenne un certain contrôle de son esprit s'il s'éloignait. Elle lui avait parlé à cœur ouvert ce soir là, Il était rentré d'une autre expédition à une heure où tout le château dormait sur ses deux oreilles. Pourtant Fumsec l'avait conduit avec insistance en dehors de ses appartements et il avait alors trouvé Kécile en larmes.

Elle avait du mal à gérer la situation, tout simplement, et il pouvait le comprendre. Il avait une fois de plus tenté de la rassurer et de lui expliquer son point de vue, mais elle lui avait avoué se sentir trahir par ce qu'elle considérait comme un abandon d'une certaine manière. Cela ouvrait une voix royale à cette petite voix insidieuse qu'elle redoutait par dessus tout.

Qu'adviendrait-il de sa petite fille quand il ne serait plus là ? Se demandait-il... Devait-il craindre qu'elle ne retombe dans les filets de Voldemort ? Ou bien pouvait-il compter sur Severus pour veiller sur elle et devenir une nouvelle figure de mentor ?

En attendant, il se devait de faire son possible pour rassurer la jeune fille et tenir le rôle auprès duquel il s'était engagé.

Aussi, malgré l'heure plus que tardive, il l'avait envoyée chercher.

Quand elle arriva avec Fumsec, elle avait les yeux bien ouverts.

- Tu ne dormais pas ?

Kécile secoua la tête. Albus ne fit aucun commentaire. Ce n'était pas la peine.

- Vous avez trouvé quelque chose ? demanda-t-elle

- Non, pas encore. Mais je cherche une aiguille dans une botte de foin. Cela n'a donc rien de surprenant.

- Allez-vous bientôt nous convoquer avec Harry ?

- Oui, dès la semaine prochaine. Je voudrais avoir ton avis sur le jeune Tom Jedusor que j'ai dans mon souvenir. Je suppose que tu verrais avec intérêt à quoi pouvait ressembler ton père lorsqu'il était enfant.

Kécile acquiesça, mais elle se doutait que cela allait lui faire vraiment bizarre.

- Il est temps de se coucher. As-tu encore entendu cette voix ces derniers jours ?

- Oui, ça arrive, dit la jeune fille à voix basse. Mais vous avez raison. Tant que je sais que je ne dois pas l'écouter, je ne risque rien. Elle me fait un peu moins peur.

- Qu'est-ce qu'elle te dit ? Interrogea doucement Dumbledore

- Elle me souffle que vous m'abandonnez.

Le vieil homme lui caressa la joue.

- Tu sais que ce n'est pas vrai.

- J'essaie de comprendre votre point de vue, à défaut de le partager. Mais c'est difficile.

Elle prit la main à la peau parcheminée qui lui accordait ces si rares caresses et la porta à ses lèvres. Elle faisait un effort colossal pour se soumettre à la décision de Dumbledore. Elle prenait sur elle constamment pour ne pas se comporter en gamine capricieuse et lui hurler de se battre. Elle travaillait tous les jours sur elle-même pour ne pas laisser la rancoeur la gagner. C'était tout cela qu'elle tentait de transmettre par ce geste.

- Est-ce que je peux dormir ici, comme la dernière fois ?

Le directeur acquiesça. Elle s'étendit alors sur le canapé du salon avec une couverture et Dumbledore se pencha sur son front pour l'embrasser.

- Je t'aime, Kécile. Ne l'oublie pas.

Il se redressa et éteignit la lumière d'un coup de baguette, si bien qu'il manqua l'expression choquée et touchée de la jeune fille. Il l'entendit cependant lui souffler en retour d'une petite voix tremblante.

- Je vous aime, Albus. Plus que tout.

XXX

La nuit avait été particulièrement courte pour Albus qui s'était levé dès le lever du jour. Kécile dormait encore à point fermée, roulée en boule sur le canapé, la couverture tombée par terre. Il la recouvrait quand il entendit toquer à la porte de son bureau. Qui pouvait bien venir le voir à même pas 6h du matin ?

C'était le professeur de Visnel. Elle non plus ne devait pas avoir fait beaucoup de nuits complètes ces derniers temps, à en juger par les cernes sous ses yeux.

Il la fit pénétrer dans son bureau en la saluant cordialement, comme s'il était tout à fait normal qu'on vienne frapper à sa porte à l'aube. Puis il demanda poliment :

- Que puis-je pour vous professeur ?

- Vous comptez cacher la situation longtemps ? l'interpella-t-elle directement en français d'un ton bas et accusateur.

Certainement il ne s'attendait pas à cette entrée en matière.

- De quoi parlez-vous ?

- Vous oubliez que je vois, M. le directeur. Et votre avenir est obstrué par ce maléfice qui vous ronge.

Il la vit avec stupeur s'avancer vers lui et lui prendre la main avant de remonter les manches qui cachaient son bras.

- Que faites-vous ? Protesta Dumbledore en voulant retirer sa main.

Mais le professeur de Visnel ne le laissa pas faire. Elle toujours si effacée, avait une mine étonnamment déterminée.

- Cela se propage dans votre bras, je le sens. Les contre-sorts ne sont pas assez puissants.

- Le professeur Rogue fait ce qu'il peut, défendit le directeur.

- Je peux en faire encore davantage.

- Professeur de Visnel, je vous remercie, mais ce ne sera pas nécessaire.

- Ne dîtes pas cela ! S'indigna la française. Vous ne pouvez pas laisser Lord Voldemort gagner sans vous battre. Trop de gens ont besoin de vous ! Je...

Elle s'interrompit en poussant un soupir de découragement.

- Vous ?

Elle ne répondit pas et murmura plus pour elle-même :

- C'est de plus en plus difficile...Je voudrais tellement... Laissez-moi vous aider, ajouta-t-elle un ton plus haut. Je vous ai dit avoir des capacités en sortilèges, laissez-moi faire.

Dumbledore la fixa du regard, mais pour une fois, elle ne se déroba pas à son regard, encore qu'il y avait une lueur de réserve, comme si elle restait malgré tout sur la défensive. Une fois de plus, il fut pris par l'envie de plonger dans cet esprit secrètement gardé.

- Vous êtes très étranges, Mademoiselle de Visnel...

- Vous me l'avez déjà dit, M. le directeur, fit-elle simplement remarquer.

- La plupart du temps, j'ai l'impression que vous m'évitez. Et puis, vous arrivez à l'improviste et vous immiscez dans des sujets privés que vous devriez ignorer .

- Il faudrait vous asseoir, ajouta le professeur sans relever. Pourrions-nous passer dans vos appartements ?

- Quelqu'un dort à côté. Nous pouvons aussi bien faire cela ici, rétorqua le directeur d'un ton plus sec qu'il ne l'aurait voulu.

Mais la voyante ne se laissa pas démonter et il vit même une expression plus douce apparaître sur ses traits.

- Ce quelqu'un est Kécile, j'imagine ?

- Vous êtes très intuitive, une fois de plus, dit Dumbledore en s'asseyant sur l'un des fauteuils qui faisaient face au bureau directorial.

- Ce qui, vous me l'accorderez est une qualité indispensable pour une voyante, répondit le professeur avec un petit sourire.

Elle s'agenouilla devant lui et lui demanda de fermer les yeux. Prenant sa main, elle se mit à psalmodier à voix si basse que Dumbledore ne parvenait pas à comprendre ce qu'elle marmonnait. Petit à petit, il se sentit pris d'une torpeur qui le faisait glisser vers le sommeil. Il tenta de lutter un moment, avant de se laisser porter par la mélopée dans l'inconscience.

Le professeur de Visnel ne bougea pas pendant plusieurs minutes, l'esprit uniquement concentrée sur sa mission.

Lorsqu'elle se releva cependant elle resta un long moment à fixer le directeur. Elle sentait sur elle peser le regard indiscret des portraits, lui interdisant tous les gestes qu'elle aurait voulu se permettre.

Au moment de partir, elle se ravisa et alla ouvrir doucement la porte du salon. La vision de la jeune fille aux cheveux noirs lui arracha un sourire.

- Ne vous gênez pas surtout ! S'exclama le professeur Dippet depuis sa toile.

Elle s'arrêta alors qu'elle allait pénétrer un peu plus dans la pièce, se ravisant. Elle n'en avait pas le droit, c'était vrai.

Elle devait partir. Elle ne pouvait rien faire de plus. Elle espérait qu'au moins pour cette enfant, le professeur se battrait.

XXX

Kécile avait bien sûr entendu parler de ce qui était arrivé à Katie Bell à Pré-au-Lard et savait également que Harry soutenait son hypothèse de la culpabilité de Draco. Elle ne savait pas trop quoi en penser, et elle n'était pas totalement fermée à l'éventualité qu'il puisse tenter d'assassiner Dumbledore. Mais honnêtement, c'était le cadet de ses soucis dans l'immédiat. De toute manière, en l'état actuel des choses, si c'était bien le cas, Draco se donnait beaucoup de mal pour rien, puisqu'un foutu maléfice allait tôt ou tard faire le travail pour lui.

Elle se répétait un peu n'est-ce pas ?

Elle accueillit la nouvelle « leçon » du directeur avec intérêt, pas mécontente, elle devait le reconnaître, d'avoir quelque chose d'autre sur quoi ruminer.

Elle suivit le déroulement du souvenir avec une certaine avidité, pressée de découvrir à quoi pouvait ressembler son père quand il était petit. Elle fut frappée de voir comme déjà le petit garçon avait des traits communs au terrible sorcier qu'il était devenu.

Une présence incontestable pour commencer, et ce, même dans l'environnement et les vêtements miteux qu'il portait. Une certaine arrogance, aussi, n'hésitant pas à regarder un inconnu, Dumbledore de surcroît, de haut.

Le petit garçon osa du haut de son petit mètre vingt fixer le directeur droit dans les yeux sans ciller et chercher à percer au delà des pupilles bleues qui lui faisaient face, en ordonnant d'un ton sec « Dites la vérité ».

Kécile se dit qu'on avait là les prémices d'un grand légilimens, et cette capacité développée du Lord à savoir quand on lui mentait.

C'était également subtile, mais elle nota aussi le moment où Tom Jedusor entendit pour la première fois parler d'une école de magie. Son visage devint alors vide de toute expression. Ça n'avait pas changé. Kécile savait que c'était une manière pour le sorcier de masquer sa surprise et elle était sans doute l'une des seules à l'avoir suffisamment côtoyé pour remarquer cette défense discrète.

Malgré tout, comment admettre que ce petit garçon allait devenir un tel danger ?

Comment admettre qu'elle avait face à elle son père ?

XXX

La semaine suivante tourna pour tous les gryffondors autour du match de Quidditch.

Kécile avait toujours eu un royal dédain pour cette activité, et cette fois-ci, la compétition lui passait encore plus au-dessus de la tête que d'habitude. Elle se réfugia à la bibliothèque puis au dortoir pour continuer à étudier, sortit son hautbois un moment en guise de pause, mais ne mit pas les pieds dans la salle commune où la fête battait son plein. Elle pouvait au moins en conclure que Gryffondor avait gagné...

Ce ne fut que le lendemain, qu'elle comprit que la situation avait dégénéré entre Ron et Hermione une nouvelle fois. C'est Harry qui lui révéla que la jeune fille avait très moyennement apprécié de voir Ron embrasser Lavande.

Lavande... sérieusement, il n'avait pas trouvé quelqu'un d'autre ? Lavande... c'était Lavande quoi ! Pas idiote mais qui s'en donnait quand même les airs. Et souvent plus préoccupée par l'image que lui renvoyait son miroir que par le contenu des devoirs qu'elle rendait !

Néanmoins, par égard pour l'aide que Ron lui avait accordée ces derniers temps et leur amitié encore fraîche, Kécile tint sa langue devant lui, bien qu'elle ne se retenait pas lorsqu'elle était loin des oreilles de son camarade.

Elle tenta également de remonter le moral à Hermione.

- Mais je m'en contre fiche de qui il embrasse ! Se défendit cette dernière lorsqu'elle aborda le sujet avec elle. Si cette greluche l'intéresse, grand bien lui fasse ! Je ne vais pas lui courir après.

- Je ne crois pas qu'il soit amoureux de Lavande, tu sais, minimisa Kécile. Il est le premier à « sortir » véritablement avec quelqu'un, pour une fois qu'il se sent en avance sur nous autre, j'imagine que ça doit jouer.

- Je suis sortie moi aussi avec Viktor. Simplement j'étais plus discrète ! On ne s'embrassait pas comme des sangsues à chaque angle de couloir. Non mais franchement ! Et puis si Ginny n'était pas la sœur de Ron, je pense que Harry l'aurait devancé.

- Ginny ? Répéta Kécile sans comprendre. Qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ?

- Ne me dis pas que tu n'as pas remarqué comment Harry la dévore des yeux ! Même Ginny s'en doute. Mais je lui ai conseillé de le laisser faire le premier pas. En tout cas ça ferait les pieds à Ron si sa sœur sortait avec son meilleur ami. J'aimerais bien voir sa tête si Ginny et Harry étaient scotchés l'un à l'autre comme lui avec Lavande !

Kécile n'écouta pas la suite qui parlait de jalousie et de machinations plus ou moins bien pensées. Elle n'avait retenu qu'une seule chose. Harry aimait Ginny.

Evidemment, qu'est-ce qu'elle s'imaginait ?

Cette nouvelle lui vrillait davantage le cœur, mais elle essaya tant bien que mal d'en faire abstraction, s'admonestant de ne pas se laisser toucher par un sujet aussi futile. Elle savait après tout que sur le plan amoureux comme sur beaucoup d'autres, elle ne pouvait pas être une adolescente normale. Qu'est-ce qu'elle croyait ? Que Harry allait tombé amoureux d'elle ? Non mais elle s'était regardé deux minutes ?! Bien sûr qu'il lui préférait Ginny ! La pétillante et mignonne Ginny avec une famille honorable et un passé propre. A côté, elle faisait figure d'épouvantail...

XXX

Le mois de décembre avait commencé, avec cette ambiance particulière à l'approche de Noël et les premières neiges. Elle était avec Hermione dans la bibliothèque à consulter un énième livre de la réserve sous le regard méfiant de Mme Pince qui commençait à trouver que ces recherches mettaient décidément bien du temps et leur avaient demandé d'un ton acide si elle comptait lire l'intégralité des livres interdits.

Harry et Ron étaient en train de se geler les fesses une fois de plus sur un balai. Leur entraînement ne devait pas tarder à terminer, et ils devaient les rejoindre juste après avoir pris une bonne douche chaude.

Kécile et Hermione s'étaient attaqué à un imposant rayon sur la magie du sang dans les maléfices de magie noire. Le sujet était assez fascinant, il fallait le reconnaître, mais Kécile lisait avec effroi ce que certains sorciers avaient été capables de faire. Elle avait notamment découvert un épouvantable maléfice qui nécessitait la transfusion de sang de nourrisson, car sang humain le plus pur qui existe et qui pouvait prolonger la vie voire même rajeunir selon certaines sources.

Kécile frissonna. C'était inhumain de vider de son sang ainsi un bébé pour quelques années de vies en plus. Même si cela avait pu sauver la vie de Dumbledore, ce n'était même pas envisageable !

- Kécile ! S'exclama tout d'un coup Hermione d'une voix étrange.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Il y a quelque chose là...

- Quoi tu as trouvé une solution ?! Bondit Kécile.

- Je ne sais pas, mais ça me semble une piste. Ils parlent d'une potion basée sur les liens du sang pour combattre un poison.

- Fais voir ! Dit Kécile en lui arrachant presque le grimoire, les mains tremblantes

Elle lit avec attention le passage indiqué par Hermione.

- ça pourrait marcher ! Souffla-t-elle ahurie alors que son cœur bondissait dans sa poitrine. Si le lien du sang à la deuxième génération est encore suffisamment fort, ça pourrait marcher !

- Regarde ! Ajouta Hermione en pointant une ligne un peu plus bas, ici, ils parlent même de maléfices. Le problème, c'est que c'est de la magie noire. Il y a forcément une contre-partie.

Harry et Ron arrivèrent au moment où elles se décidaient à aller voir Severus et lui soumettre cette hypothèse.

- On va peut-être vous attendre, dans ce cas, suggéra Ron.

- Pas question ! S'exclama Kécile. Vous aussi vous nous avez aidé dans les recherches. Vous avez autant de raison que moi de participer à la conversation.

Les deux garçons échangèrent un regard piteux mais suivirent néanmoins les deux filles vers les cachots.

Kécile avait un sourire radieux pour une fois. Ils n'allaient pas la contrarier.

Quand Severus leur ouvrit et découvrit les quatre gryffondors derrière sa porte, il ne put masquer sa surprise, aussitôt remplacée par la méfiance.

- Vous seriez-vous perdu, par hasard ? Le bureau du professeur MacGonagall, c'est quatre étages plus haut... Ou bien aurais-je oublié une de vos innombrables retenues, Potter.

Celui-ci allait répliqué, mais Kécile l'interrompit fermement.

- Nous avons trouvé quelque chose, Professeur. On peut entrer ?

Il les laissa passer à contre cœur et ferma la porte avant d'insonoriser la pièce.

- Vous avez trouvé quelque chose, dites-vous ? Dans la réserve ?

- Oui, professeur, répondit Hermione. Cela concerne la magie du sang. C'est de la magie noire à n'en pas douter.

Elle tendit le volume à Rogue qui attrapa le bouquin. Il commença à lire, la mine concentrée tout en déambulant dans son bureau, suivi du regard attentif des quatre élèves.

Cela sembla interminable du point de vue de Kécile. D'autant que Severus ne se contenta pas du paragraphe qui lui avait été désigné et lut plusieurs pages d'affilés.

Lorsqu'il referma le grimoire, il darda un regard aigu sur Kécile.

- La potion doit être faite avec votre sang. Se créera alors un lien qui permettra à votre magie de venir combattre le maléfice, ce qui peut être un atout de taille, puisque dans le cas présent votre magie est aussi forcément liée à celle de Voldemort.

- Donc Albus pourrait guérir ?! Demanda Kécile en se sentant gonfler d'espoir.

- Je me pense, dit Severus d'un ton mesuré. Néanmoins, c'est de la magie noire. Vous connaissez le principe : il faut payer le prix ! Le temps que durera la guérison de Dumbledore signifiera une certaine faiblesse pour vous. A quel point je l'ignore.

- Ça m'est égal.

- Il y a plus. Ce sortilège a sans doute été utilisé auparavant, mais dans une situation inverse à la vôtre, quand des parents voulaient éviter la mort à leurs enfants.

- Je ne vois pas ce que cela change, fit remarquer Potter. L'intention est la même.

- Bien sûr que vous ne voyez pas ce que cela change, Potter, vous qui agissez toujours inconsidérément. J'ose espérer que Kécile ne foncera pas tête baissée sans songer aux conséquences.

- Pourquoi cela devrait-il changer quelque chose ? Interrompit Kécile pour ne pas laisser une dispute stérile exploser. Est-ce que cela va affaiblir la potion ?

- C'est le prix à payer qui est plus lourd. Il s'agit de rendre du temps à celui qu'on aime. Cela signifie qu'on sacrifie une partie de sa propre vie pour l'échanger avec l'autre.

Les trois autres eurent une mine atterrée, mais pas Kécile. Il en fallait davantage pour la décourager.

- Combien de temps est-ce qu'on doit au sortilège ?

- C'est difficile à savoir. On peut néanmoins supposer que le sortilège cesse d'opérer une fois le maléfice vaincu. Il ne s'agit pas ici de prolonger la vie artificiellement, mais plus de vaincre quelque chose qui s'apparente à une maladie.

- Donc, conclut Hermione, si le professeur Dumbledore met trois mois pour guérir, Kécile vivra trois mois de moins ?

Severus renifla.

- La magie noire n'est pas si généreuse, Miss Granger. Il s'agirait beaucoup plus sûrement de trois ans. Ou plus. C'est imprévisible.

- Ça m'est égal, répéta Kécile. C'est dans beaucoup trop longtemps pour que je m'en préoccupe. Ça vaut le coup.

- Je doute que Dumbledore soit du même avis, la prévint Severus d'une voix grave.

- Je saurais le convaincre, répondit Kécile d'un ton affirmé.

- Ça reste à voir...

- Pourquoi joue-t-il toujours les oiseaux de mauvaise augure ? Murmura Harry à Ron.

- Je joue les oiseaux de mauvaise augure, Potter, parce que je connais davantage le directeur que vous, que vous soyez son chouchou ou non.

Harry ouvrit la bouche d'un air indigné mais Kécile le coupa.

- Non, s'il-vous-plaît, ne commencez pas ! Vous ne pouvez décidément pas vous empêcher de vous asticoter, hein ?

- C'est lui qui a commencé, marmonna Harry boudeur. Moi, je fais des efforts.

- Tu as une drôle de manière, grimaça Kécile.

- Très bien, alors, ajouta-t-il en se tournant à nouveau vers Rogue. Qu'est-ce qu'il vous faut pour cette potion. Est-ce qu'on peut vous aider d'une quelconque manière ?

- Potter, j'ai l'intention de guérir le directeur, pas de l'empoisonner, aussi je me passerai de votre aide.

- Severus ! S'exclama Kécile

- Tu vois, dit Harry d'une voix acide, c'est toujours la même chose avec lui, je te l'avais bien dit.

- Navré que la vérité vous blesse, Potter.

- Arrêtez ! Cria Kécile, les faisant tous sursauter.

Il y eut un instant de silence, pendant lequel les deux hommes se fixaient avec un regard haineux.

- Quelle sera la situation assez grave pour vous faire oublier votre querelle stupide et enfin vous allier ?

Personne ne répondit.

Kécile soupira et se dirigea vers la porte.

- Allons voir Albus.

- On va t'attendre dans la tour, Kécile, décida Hermione. Vous n'avez pas besoin de nous là-haut.

- C'est une bonne idée, Miss Granger. Et Potter, ajouta Severus alors que les élèves passaient la porte, vingt points de moins pour votre insolence.

XXX

Kécile était surexcitée et fébrile en arrivant chez son grand-père. Elle laissa Severus expliquer leur théorie, guettant sur les traits du vieil homme le soulagement qu'elle-même ressentait. Albus allait être sauvé ! Elle se sentait tout d'un coup libérée, tous ces mois d'inquiétude envolées, et son sourire faisait quatre fois le tour de son visage.

Elle dût brusquement descendre de son petit nuage lorsque la voix de Dumbledore claqua.

- C'est hors de question.

Oui, évidemment, connaissant son grand-père, il fallait se douter qu'il n'allait pas accepter facilement.

- Albus, je sais bien qu'il s'agit de magie noire, mais pour une fois, vous pouvez bien faire une exception ! Commença-t-elle d'une voix posée. Vous êtes victime d'un puissant maléfice, il n'y a que la magie noire qui puisse le vaincre. La preuve, c'est que les sorts que Severus utilise pour en retarder la progression ne sont pas très recommandables non plus en temps normal. Mais le but est louable. C'est exactement la même chose ici.

- Tu n'as pas l'air de saisir la gravité de ce que tu me proposes, Kécile, répondit sombrement Dumbledore. Il est hors de question que je sacrifie ta vie pour sauver la mienne.

- Mais vous n'allez pas sacrifier ma vie ! Qu'importe quelques mois de moins à la fin de ma vie, si j'ai encore plusieurs années avec vous ?

- Quelques mois ou quelques années. Tu ne sais pas combien le sortilège réclamera en retour.

- Même s'il s'agit d'années, ça n'a pas d'importance.

- Ça n'en a pas là maintenant pour toi, mais tu ne penseras peut-être plus la même chose sur tes vieux jours.

- Qu'insinuez-vous, Albus ? Que je pourrais regretter ? Vous êtes horrible de dire ça ! Comment pourrais-je regretter de vous éviter un sort injuste ? Et puis de toute manière, rien ne garantie que je mourrais de ma vieillesse et de ma mort naturelle... ajouta-t-elle avec une pointe d'humour.

Mais Dumbledore restait extrêmement sérieux.

- Comme je peux mourir demain dans cette guerre qui s'annonce, maléfice ou non, souleva-t-il.

- J'aurais gagné à vous avoir encore un peu plus longtemps avec moi.

- Et tu auras gâché ces années pour rien.

- Ce ne serait pas du gâchis. Ce qui est du gâchis, c'est de vous perdre, si tôt après vous avoir retrouvé. C'est trop injuste. Je prends le risque.

- Je ne le prends pas, Kécile. Ce n'est même plus la peine d'en parler.

Kécile commençait à s'énerver. Pourquoi ne voulait-il pas comprendre !

- C'est ma vie, Albus, si je veux vous en offrir quelques années, c'est mon droit !

- Je ne te laisserai pas faire une telle chose, répondit le vieil homme qui ne se départait pas de son calme. Il s'agit de ma vie également. Comment crois-tu que je me sentirais en sachant que chaque jour que je vis, je te le vole ?

- Le temps de votre guérison uniquement.

- C'est déjà trop, Kécile. Les choses ne sont pas censées se passer dans ce sens là.

- Et comment croyez-vous que je me sentirai, moi, en vous voyant mourir alors que j'ai le moyen de vous sauver ? dit Kécile dont le ton augmentait dangereusement alors que ses yeux devenaient humides.

Il fallait qu'il comprenne. Ce n'était pas possible autrement !

- Ce sera ma décision.

- Et vous croyez que ça suffira ? Cria-t-elle. Ma décision à moi, qu'en faites-vous ?

- Ça suffit, Kécile. Le sujet est clos.

- Non, il ne l'est pas ! Dit-elle en se rapprochant de son grand-père, les yeux flamboyants. Je m'y refuse.

- Il faudra bien que tu t'y fasses.

- Comment pouvez-vous être aussi insensible ! Glapit-elle. Comment pouvez-vous être aussi lâche ! Vous n'avez pas le droit de partir maintenant.

- Kécile, tu oublies à qui tu t'adresses.

- Je m'adresse à mon grand-père qui doit comprendre que pour une fois il a tort.

- Tu t'adresses également à un sorcier qui a une expérience de la magie et de la vie bien plus poussée que la tienne. Aussi tu respecteras ma décision.

- Non ! Hurla-t-elle. Non, non et non ! Vous ne pouvez pas refuser cette chance, je n'y crois pas. Je me fiche de votre expérience. N'avez-vous donc pas de cœur ?!

- J'en ai un, ainsi qu'une conscience. N'en parlons plus.

- On vous apporte une solution sur un plateau d'argent et vous la balancez comme ça d'un revers de la main ?! Ça ne peut pas se passer comme ça. Vous ne pouvez pas montrer un tel dédain !

- Kécile, interrompit Dumbledore, tu t'adresses aussi à ton maître. Le sujet est clos maintenant. Je t'ordonne de te taire.

La jeune fille fut coupée dans sa nouvelle protestation, et jeta un regard blessé au vieil homme.

Elle se sentait trahie au plus haut point. Elle avait la sensation que son cœur saignait et Albus y était insensible.

Désemparée, elle tourna les talons, et claqua la porte du bureau derrière elle, alors que de violents sanglots la secouaient.

Pourquoi lui faisait-il ça ?