Chapitre 93 : Noël au Clos-La-Rive

Kécile était choquée au delà de l'imaginable. Comment pouvait-il refuser ? Cela dépassait l'entendement. N'avait-il pas dit qu'il l'aimait ? N'avait-il pas dit qu'il serait là pour elle ?

Elle sentait les joues dévaler ses joues, mais elle n'arrêtait pas sa course pour autant. Elle voulait juste être seule. Elle aurait pu, elle aurait quitté Poudlard et ses murs pleins de fausses promesses. En sentiment désarmant de désespoir et d'impuissance l'engourdissait et ralentit sa course. Elle finit par atteindre les portes du parc et sortit dehors, souhaitant juste pouvoir disparaître dans le noir.

Elle en avait assez d'être aussi émotive. Au fond c'était plus simple avant, quand elle ne se posait pas questions et qu'elle ignorait qu'elle avait un grand-père.

Elle s'arrêta en bas des marches. Elle n'avait plus de souffle. Elle n'arrivait pas à respirer. Elle avait la sensation d'étouffer avec un poids sur la poitrine. Elle se roula en boule sur la dernière marche et se mit à sangloter.

Elle avait tellement mal ! Elle avait envie de hurler et de secouer Albus jusqu'à ce qu'il revienne à la raison. Elle avait cru qu'il était sauvé. Pendant une magnifique demi-heure elle s'était sentie si heureuse en pensant que le maléfice allait être vaincue. Elle se sentait fière à l'idée de combattre ce maléfice ! Elle était heureuse de pouvoir contribuer ainsi à la guérison du dernier membre de sa famille. Elle offrait avec joie quelques mois ou quelques années si cela pouvait lui laisser encore un peu la seule personne qui lui restait. Pourquoi ne pouvait-il pas comprendre ? Comment allait-elle voir passer les mois et s'affaiblir son grand-père sans utiliser le remède qui était à portée de main ? Comment pouvait-il lui demander cela ?

Quelqu'un s'assit à côté d'elle et elle leva son visage baigné de larmes pour voir Severus qui la regardait la mine grave.

- Il n'est pas comme nous, Kécile. Il n'acceptera pas de mal agir pour un bien. C'est un vieil homme. Ce devrait être lui qui donne sa vie pour te sauver et non l'inverse. Ce que tu lui proposes lui semble tout simplement monstrueux. Et je peux le comprendre. Si un jour tu as des enfants, tu comprendras aussi.

- Vous n'allez donc rien faire pour le convaincre ? Accusa Kécile entre deux sanglots.

- Non. De toute manière il ne changera pas d'avis. Il faut que tu l'acceptes.

- Je ne peux pas ! Gémit-elle. Je ne peux pas accepter qu'il va mourir alors que la solution est sous nos yeux et qu'il suffit qu'il dise oui pour que tout change !

- Tu l'accepteras avec le temps.

- Jamais, murmura-t-elle.

Severus pour une fois n'eut aucun commentaire malgré son mélodrame. Il la comprenait. Ce devait être épouvantablement frustrant. Il comprenait sa rage. Mais dans le même temps, il comprenait Dumbledore. A sa place, il aurait sans doute fait pareil. Même ça l'aurait arrangé que le directeur accepte. Car malgré tout, dans la guerre qui reprenait, avoir Dumbledore à leurs côtés aurait tout de même été beaucoup plus rassurant que de n'avoir que leur fichu Elu...

- Viens, dit-il en l'attrapant par le bras pour l'obliger à se relever.

- Je ne veux pas retourner à la tour, répondit-elle d'une voix atone.

- Tu viens chez moi, dit-il sans lui laisser le choix.

Elle ne protesta pas et le suivit sans un mot, pleurant toujours doucement.

Arrivés dans ses appartements, il l'installa sur son canapé et lui fournit une potion de sommeil sans rêve. Il envoya également une note à Minerva, l'avertissant que son élève ne serait peut-être en cours le lendemain matin. Les prochains jours allaient être difficiles.

XXX

Lorsqu'elle se réveilla, Kécile eut un instant le fol espoir que tout ce qu'elle avait à l'esprit n'était qu'un cauchemar. Elle aurait donné tout ce qu'elle avait pour que ce soit le cas. Elle ferma les yeux en priant de toute ses forces pour se réveiller dans une autre réalité. Mais la douleur sur sa poitrine ne partait pas et elle ne pouvait pas échapper à la réalité, qu'importe avec quelle force elle le souhaitait.

Elle se leva lentement, avec l'impression de traîner un poids mort et d'une masse qui la tirait vers le bas, rendant chaque mouvement plus pénible que le précédent.

Elle avait manqué son premier cours de la matinée. Severus l'avait laissé dormir. Voilà qui ne lui ressemblait pas. Mais elle n'arrivait même pas à s'en étonner. Elle avait l'impression d'être imperméable à toute autre émotion que le désespoir de la veille. Elle se sentait vide. Et épuisée.

Elle remonta dans les couloirs déserts et se dirigea vers le cours de Métamorphose qui allait bientôt sonner. Elle s'affala contre le mur et attendit, l'esprit engourdi. C'était mieux que de penser.

La cloche sonna et le remue-ménage habituel se fit attendre. Elle se sentait totalement en décalage avec ce bruit qui résonnait autour d'elle, ces élèves qui passaient devant elle en discutant, criant ou courant, ne prêtant pas attention à elle.

Puis des pieds commencèrent à apparaître auprès d'elle. Mais personne ne se baissa pour lui parler, jusqu'à ce que le trio arrive.

- Kécile, ça va ? Demanda la voix inquiète de Harry.

- Qu'a dit le professeur Dumbledore ? Interrogea Hermione.

- Il a refusé, répondit Kécile d'une voix étranglée.

- Quoi ! S'exclama Ron, mais il est fou !

- Il ne peut pas refuser... renchérit Harry d'une voix blanche.

Kécile ne put s'en empêcher, elle se remit à sangloter, sous le regard intrigué des autres gryffondors qui écoutaient sans comprendre la conversation.

- Oh, Kécile ! S'exclama Hermione en l'entourant de ses bras. Je suis tellement désolée ! Ça doit vraiment être horrible pour toi...

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Fit la voix de McGonagall. Ah ! S'exclama-t-elle en avisant la silhouette accroupie de Kécile. Vous autres, entrez, dit-elle au restant de la classe. M. potter, est-ce que vous allez bien ? Vous êtes tout blanc.

- Je crois que ça va aller, professeur, dit le jeune homme encore sous le choc de ce qu'il venait d'apprendre.

- Miss Gaunt, vous devriez peut-être retourner dans votre dortoir.

- Non, sanglota-t-elle. Je ne veux pas être toute seule.

- Est-ce que je peux savoir ce qu'il vous arrive ?

Elle secoua la tête.

- En avez-vous parlé au professeur Dumbledore, au moins.

Les larmes de Kécile redoublèrent, et elle ne parvint pas à formuler une réponse compréhensible.

- Miss Granger ? Interrogea le professeur visiblement dérangée de voir son élève si fermée et insensible aussi bouleversée.

- Le professeur Dumbledore est justement au cœur du problème, professeur et il est parfaitement au courant de la situation, je crois.

- Je vois... fit le professeur en fronçant les sourcils.

Il était clair au contraire, qu'elle ne voyait pas. Mais Kécile Gaunt avait toujours été une source de mystères et de contradictions.

- Restez avec elle le temps qu'elle se calme et revenez ensuite en cours, Miss Granger. Vous deux, ajouta-t-elle en désignant les deux garçons, allez vous asseoir. Vous ne pouvez pas vous permettre de manquer mon début de mon cours.

Ron Weasley acquiesça simplement et fila à sa place. Mais le professeur McGonagall ne put manquer le regard torturé qu'Harry, désemparé, jeta à Kécile.

Kécile passa toute la journée amorphe, inconsciente des regards curieux de ses camarades et des mines concernées de Ron et Hermione. Harry quand à lui s'était également renfermé dans un silence rageur. Si la situation ne le touchait pas toute aussi personnellement, Kécile se doutait bien qu'il devait éprouver comme elle un sentiment de trahison.

Il aurait évidemment préféré avoir le directeur à ses côtés dans le combat qui s'annonçait. Au lieu de cela, le vieil homme donnait plus l'impression de se décharger sur ses épaules avant de le laisser se débrouiller tout seul. Ce n'était pas une perspective très plaisante.

Cependant, Harry s'efforça de reprendre le cours normal de sa vie, alors que Kécile avait l'impression que tout s'était arrêté et ne faisait aucun effort pour combattre sa morosité.

Les jours défilaient et son humeur ne s'arrangeait pas.

Hermione l'entendait pleurer derrière ses rideaux presque tous les soirs et à en juger par les cernes qui élisaient domiciles sous ses yeux, elle veillait plus que de raison. Kécile leur avait même confié qu'elle redoutait de dormir car elle entendait à nouveau la voix de son père dans ses rêves. Elle se réveillait généralement en sursaut, avant qu'une quelconque conversation aussi dangereuses que les précédentes aient eu le temps de s'installer. Mais son esprit toujours en alerte, près à fuir au moindre signe de danger, ne trouvait du coup jamais de réel repos.

- Tu dois lui dire, insistait Hermione.

- Il le sait, répondit Kécile à voix basse. Il sait que Voldemort attend la moindre occasion. Je suppose que ça ne doit pas être une raison suffisante.

- Ne dis pas ça ! S'exclama Ron d'un ton véhément. Tu as manquer tuer Harry la dernière fois ! Il ne peut pas prendre ça à la légère.

- Je crois surtout qu'il te juge apte à te défendre toi-même, Kécile, dit Hermione d'un ton apaisant. Et il a raison, non ? Tu n'écoutes pas cette voix maintenant.

- Pour l'instant. Combien de temps vais-je pouvoir lutter ?.. Je suis épuisée. Moralement et physiquement.

- Les vacances de Noël arrivent.

- Ça n'a rien à voir avec du travail ou non. Je ne suis juste jamais à l'abri, rétorqua-t-elle avec lassitude.

- N'y-a-t-il pas un endroit où tu pourrais être à l'abri ? N'y-a-t-il pas un endroit où la voix de Voldemort se taira ? Demanda Harry. Tu disais dans tes lettres cet été qu'elle s'était totalement tue.

- Je ne suis pas certaine que ce soit dû au lieu. Mais c'est vrai que s'il y a un endroit où je peux avoir la paix, c'est au Clos-La-Rive.

- Demande à Dumbledore d'y aller pour Noël.

- Je ne sais pas si j'en ai envie, répondit Kécile d'une voix tremblante. Honnêtement, je n'arrive même plus à le regarder sans fondre en larmes, alors passer Noël avec lui...

- Ne gâche pas le peu de temps qu'il te reste, dit Harry d'une voix grave. Ou tu le regretteras quand il ne sera plus là.

Kécile savait qu'Harry avait raison. Mais c'était plus fort qu'elle. Elle n'arrivait pas à faire face à son grand-père.

Elle était reconnaissante à ses amis pour leur soutien. Hermione était présente en prenant les cours pour elle quand elle était trop fatiguée pour les suivre et pour tenter de la consoler quand elle l'entendait pleurer en cachette. Ron aussi à sa manière l'aidait, en sentant instinctivement quand Kécile avait besoin de sérieux et quand elle au contraire un peu d'humour et de légèreté ne lui ferait pas de mal.

Harry enfin, était clairement affecté lui aussi par le refus de Dumbledore d'accepter la guérison qui lui avait été offerte. Il était plus sombre qu'à l'habitude, et ruminait lui aussi dans son coin. Ils en avaient parlé un soir tous les quatre. Il digérait mal que Dumbledore ne saisisse pas la chance qui lui était donnée de l'accompagner plus longtemps sur le chemin de la prophétie. Il avait toujours cru que le directeur serait à ses côtés jusqu'au bout, jusqu'au « combat final » qu'il s'était toujours imaginé dans son esprit.

Hermione avait suggéré que peut-être Dumbledore allait lui enseigner le moyen d'éviter ce combat final. Mais personne n'y avait vraiment cru.

Malgré ses propres préoccupations concernant le désistement de Dumbledore, Harry fut cependant celui qui surpris le plus Kécile.

Un soir, alors qu'elle était encore à ruminer dans son coin, il lui demanda si elle était allée demander à son grand-père de passer Noël en France. A sa réponse négative, il la leva de force de son fauteuil et la traîna dans les couloirs jusque devant le bureau du directeur.

- Monte et parle lui.

- Je ne peux pas, gémit Kécile.

- Arrête, Kécile ! Tu es plus courageuse que ça ! Tu montes ou je te traîne là-haut et c'est moi qui lui dit.

- Tu as beau jeu de dire ça... Tu es les premier lorsque tu as un problème à tout garder pour toi .

- Ça n'est pas pareil. C'est ton grand-père. Si j'avais quelqu'un de ma famille, les choses seraient différentes pour moi, j'imagine. Et puis, tu as déjà failli m'assassiner une première fois, dit-il d'un ton plus léger. Je n'ai pas envie de tenter le diable une seconde ! Suçacides ! Lança-t-il.

L'escalier tournant se découvrit et il la poussa vers les marches. Kécile soupira, mais elle savait au fond qu'Harry avait raison.

Elle toqua à la porte le cœur lourd et attendit qu'on lui dise d'entrer. Quand elle pénétra dans la pièce, elle ne leva pas les yeux vers le directeur. Elle marmonna un vague bonjour et le vieil homme lui répondit d'une voix très douce.

Elle entendit le froissement de sa robe lorsqu'il se leva pour s'approcher d'elle. Elle le sentit qui voulait la prendre dans ses bras, mais elle se dégagea. Elle ne voulait pas. Elle savait qu'elle allait craquer s'il faisait ça.

Albus n'insista pas. Il comprenait très bien qu'elle lui en voulait. Il restait silencieux, attendant qu'elle parle, se refusant à relancer la polémique.

- Est-ce que nous pouvons passer Noël au Clos ? Finit-elle par demander.

Ce n'était clairement pas la période idéale pour quitter Poudlard ni laisser de côté ses recherches. Mais si Kécile réclamait sa présence, il pouvait difficilement refuser dans les circonstances actuelles.

- Si tu le souhaites, je m'arrangerai. Veux-tu inviter Henri et Martine, ou préfères-tu que nous soyons seuls ?

- Ce serait bien s'ils étaient là. Est-ce que... ils savent ?

- Non, répondit Dumbledore d'une voix grave. Et je tiens à ce que cela reste ainsi. Kécile, ne peux-tu lever la tête ?

Elle obtempéra, et il vit qu'elle pleurait. Une fois de plus. Ça lui faisait mal de la voir comme cela. Mais pour une fois, il n'avait pas de solution et restait impuissant face à son chagrin. Passant outre sa réticence, il l'entoura et la ramena contre lui, sentant ses sanglots grossir. Il savait qu'elle n'arrivait pas à accepter son refus. Mais elle était revenue vers lui. C'était déjà un premier pas.

- Tu sais, dit-il doucement, je suis absolument certain qu'ils seront toujours là pour toi quand je ne serai plus là. Et même si le Clos-La-Rive ne t'appartiendra pas, tu pourras toujours y accéder. Ce sera toujours chez toi car le sang de Ludivine, sa dernière propriétaire, coule dans tes veines. Tu auras toujours des amis et un foyer. Tu ne seras pas toute seule.

C'était une maigre consolation. Mais que pouvait-il dire de plus ?

XXX

En arrivant devant le manoir du Clos, Kécile ne s'attendait pas à l'amertume qui l'envahit. Elle pensait que de revenir là l'apaiserait un peu, mais elle ne parvenait pas à s'imaginer venir ici sans Albus. Oui, bien évidemment, elle aurait un lieu à elle. Mais quel plaisir aurait-elle à revenir dans cet endroit qui ne ferait que lui rappeler la famille qu'elle avait perdue ?

Comment Dumbledore pouvait-il parler de revenir ici après sa mort comme d'un lot de consolation ? N'avait-il pas lui-même déserté le Clos-La-Rive à la mort de sa fille ?

Les deux premiers jours de vacances, elle fuit la présence de son grand-père qui ne chercha pas à s'imposer, bien conscient que sa présence lui rappelait sans arrêt ce qu'elle allait perdre. Elle se réfugiait malgré le froid dans le jardin et passait des heures assise au bord de la Loire, en vue de la petite île sablonneuse où était enterrée sa mère.

Lorsque le froid l'obligeait à rentrer, Kécile passait un temps considérable à jouer du hautbois. Un son plaintif qui fendait le cœur s'en élevait alors, rendu encore plus éloquent le silence dans lequel elle se murait le reste du temps.

Puis Martine et Henri arrivèrent, apportant un peu de gaîté dans cette ambiance déprimante.

Dumbledore les accueillit avec le sourire, aussi chaleureux qu'à l'habitude.

- Que-t'est-il donc arrivé à la main ? Demanda aussitôt Henri.

- Un moment d'imprudence que j'ai payé par un maléfice. Je m'estime encore heureux que ça n'ait pas été plus foudroyant, dit-il.

Kécile descendait l'escalier à ce moment là, et elle aurait eu envie de lui hurler dessus en le secouant de toutes ses forces pour oser mentir aussi nonchalamment à ses amis. Oh, bien évidemment, il ne mentait pas à proprement parler, mais il jouait sur les mots.

- Bonjour Kécile, la salua avec chaleur Martine.

La vieille femme l'embrassa en la serrant dans ses bras, et Kécile y répondit avec quelque chose de désespéré.

- ça n'a pas l'air d'aller, dit la française en l'inspectant du regard. Est-ce que tu va bien ?

Kécile haussa les épaules.

- Je suis fatiguée.

Elle alla embrasser Henri, puis demanda s'ils avaient amené leurs instruments, histoire de changer de sujet.

Dans les heures qui suivaient, Kécile fit tous les efforts du monde pour se garder l'esprit occuper et tenter de cacher son mal-être. Ils firent de la musique durant une bonne partie de l'après-midi, avant que Martine ne s'enquière du menu du soir.

- Je t'avoue avoir laissé ce détail à Dina et Tino.

- Albus, tu la connais, dit Henri. Ne parle pas de détail quand il s'agit de cuisine !

- J'ai envie de chouquettes... fit-elle l'air gourmand.

- Tu crains que nous n'ayons pas assez mangé ? Demanda Dumbledore en plaisantant.

- Ça se mange sans fin... balaya-t-elle négligemment. Pour la veillée de minuit. On le faisait souvent dans ma famille.

- Je doute que Dina et Tino aient prévu des chouquettes.

- Et bien nous allons les faire. En s'y mettant tous les quatre, ça devrait aller vite.

- Comment ça tous les quatre ! Protesta Henri. Qui te dit que nous avons envie de nous mettre aux fourneaux ?

- Mais je ne vous demande pas votre avis, comme vous pouvez le constater, mon amour... Et que je sache tu ne vas pas cracher dessus ! taquina la vieille femme.

- Martine, interpella Dumbledore, Camille disait que j'étais doué pour beaucoup de choses, mais pas pour la cuisine.

- Taratata ! S'exclama-t-elle. Tu m'en diras tant ! N'essaie pas de te défiler. Allez, venez. Kécile, ajouta-t-elle en prenant cette dernière par le bras, nous allons faire de la chantilly. Je sais que tu adores ça.

- Mais ce n'est pas long à faire ? Demanda Kécile

- Long ? S'exclama Martine. Le temps de sortir les ustensiles et de les laver est plus long que le temps de la préparer !

Ce que n'avait pas prévu la moldue en revanche, c'est que dans la cuisine du Clos-La-Rive, point de batteur ou de four à chaleur tournante. Elle refusa l'aide des deux elfes et décida de mettre à profil le talent des trois sorciers qu'elle avait avec elle. Autant dire que la cuisine ressembla vite à un champs de bataille. Henri voulut s'épargner l'effort de tourner vigoureusement la pâte à choux, tant et si bien qu'elle se retrouva sur le plan de travail au lieu de dans la casserole, Albus manqua de brûler la première fournée de choux qui cuisait, quant à Kécile, qui avait été chargée de fouetter la crème pour la chantilly, le liquide giclait partout, tant et si bien qu'il finit par y en avoir davantage autour que dans le saladier.

Néanmoins, après un certain nombre de fous rires, surtout de la part de Martine qui se moquait d'eux et de Henri qui prenait comme toujours la chose avec philosophie, les fournées de chouquettes commencèrent à sortir du four tandis que la chantilly attendait au frais.

Martine renvoya alors les deux hommes, disant qu'elles finiraient avec Kécile la cuisson.

La jeune fille n'avait pas dit grand-chose et avait à peine souri devant l'hilarité des adultes. Cela n'avait pas échappé à l'oeil vigilent de la vieille femme.

- Bon, attaqua-t-elle dès que la porte se referma derrière Albus et Henri. Que t-arrve-t-il ?

- Rien, Martine.

- A d'autres, Kécile ! S'exclama celle-ci en lui retirant un torchon des mains et en se plantant devant elle. Tu ne parles pas, tu ne ris pas et tu évites même Albus du regard. Vous vous êtes disputés ?

- D'une certaine manière. Mais vous ne pouvez rien y faire, vraiment, Martine.

- Est-ce qu'au moins tu peux me dire ce qu'il s'est passé entre vous ?

- Non, dit Kécile d'une voix tremblante. S'il-vous-plaît, Martine, arrêtons là cette conversation. Je n'ai vraiment pas envie d'en parler.

La vieille femme fronça les sourcils mais se tut, fixant la jeune fille d'un air concerné.

Lorsqu'elles sortirent de cuisine, il était juste l'heure de passer à table.

Martine était étrangement silencieuse, tant et si bien que Henri et Albus menèrent la conversation pendant l'essentiel du repas. Kécile ne pipait mot, les yeux fixés sur son assiette qu'elle picorait. Vers le dessert, Martine rentra à nouveau dans la discussion, sans cesser de fixer Albus d'un œil scrutateur.

- Pourquoi m'observes-tu ainsi depuis tout à l'heure ? Finit par demander ce dernier.

- J'essaie de deviner à quel sujet ta petite-fille et toi avez bien pu vous disputer.

- Ça n'est pas important, répondit d'un ton ferme Dumbledore

- Permets-moi dans douter, lorsque je vois sa tête.

A ces mots, Henri tourna la tête vers la jeune fille.

- Kécile ? Interrogea-t-il alors. Tu pleures? Mais qu'est-ce qu'il se passe à la fin?

Celle-ci se leva brusquement de table, et marmonna une excuse avant de quitter la pièce.

- Et tu vas me dire après ça, que ce n'est rien, déclara Martine d'une voix sévère avant de partir à sa suite.

Henri resta avec Albus, mais il n'obtient rien de son vieil ami qui resta muet, un masque sévère inhabituel sur le visage.

Martine craignit de trouver la porte close par quelque moyen magique. Mais elle frappa à la chambre de la jeune fille et put y pénétrer sans attendre son autorisation.

Kécile sanglotait sur son lit, et la vieille femme comprit que quelque chose de grave était arrivé. Au début, Kécile refusa de parler. Lorsqu'elle finit par lui demander pourquoi, la réponse l'indigna.

- Parce qu'Albus m'a interdit d'en parler.

- Je me fiche royalement des interdictions d'Albus ! S'exclama-t-elle. Pour être aussi malheureuse, tu dois avoir besoin d'en parler et si ton grand-père se comporte en idiot, j'irai moi-même remettre les pendules à l'heure. Maintenant, explique moi ce qu'il t'arrive, ajouta-t-elle d'un ton autoritaire.

Alors, Kécile lui raconta tout : le sommeil du Maître, sa tentative d'assassinat sur Harry Potter, la cabane abandonnée, le maléfice, les sorts de Severus pour retarder l'échéance, leurs recherches communes avec ses amies, la solution trouvé, et enfin le refus catégorique de Dumbledore ainsi que ses raisons et le retour de la voix menaçante que rien ne parvenait à faire taire.

Quand elle eut fini, Martine, qui n'avait cessé de lui caresser les cheveux la repoussa énergiquement et se leva en grondant d'un ton menaçant que Kécile ne lui aurait jamais imaginé :

- Il va m'entendre, celui-là !

Dumbledore et Henri relevèrent la tête de concert en entendant la porte claquer, s'attendant tout deux à voir arriver Kécile. Mais ce n'était pas elle. C'était Martine qui arrivait comme une furie, et Henri haussa des sourcils extrêmement surpris... ça allait mal. La dernière fois qu'il avait vu sa femme dans cet état, c'était quand elle avait découvert que Henri était un sorcier et qu'elle avait compris qu'il espérait le lui cacher durant leur vie commune.

- Tu comptais nous mettre devant le fait accompli, hein ?! Bien sûr que tu ne voulais surtout pas qu'on sache ! Tu n'osais pas espérer qu'on allait te laisser faire cette bêtise sans rien dire.

- Martine, je suis désolé, coupa fermement Dumbledore sans se laisser démonter. Mais ça n'est pas un sujet sur lequel tu as voix au chapitre.

- Oui, c'est ça, on va te laisser mourir et se taire en plus!

- Sans vouloir t'offenser, c'est un sujet qui dépasse ta compréhension.

- Non, mais écoutez-le ! S'indigna la vieil femme en s'approchant d'un pas menaçant. Pour qui te prends-tu ? Je ne sais pas derrière quelle prétexte tu justifies ta décision, mais moi je vois surtout un vieil homme qui se cache derrière une fausse excuse. Comment peux-tu seulement envisager d'abandonner Kécile ?

- Je me refuse à prendre sa vie pour sauver la mienne. Un point c'est tout, et je n'en démordrai pas.

- Mais tu ne te rends pas compte que c'est en refusant son sacrifice que tu la condamnes ?! As-tu seulement écouté ce qu'elle voulait te dire ? As-tu réalisé de quoi tu la prives ? Tu es la personne pour qui elle a trahi Voldemort, bon sang ! J'ai beau être une simple moldue, je ne suis pas suffisamment aveugle pour savoir que ce n'est pas rien ! Tu es tout ce qui la protège de son père et elle sait que quand tu ne seras plus là, elle retombera entre ses filets et ça la terrifie.

- Kécile est forte et elle a de la volonté. Je lui fait confiance.

Non, Kécile n'est pas forte ! Ça t'arrange de croire ça. Mais comment pourrait-elle l'être, hein, je te demande un peu ? Elle n'a jamais eu de famille, jamais eu d'amour avant de t'avoir. Et elle aura à peine retrouvé cela qu'elle te perd aussitôt par ton entêtement à accepter ce qu'elle t'offre. Comment veux-tu qu'elle soit forte après ça ? Comment peux-tu croire un seul instant qu'elle sera forte quand tu vois déjà l'état dans lequel elle est alors que tu n'es même pas mort ?

- Je ne veux pas vivre en ayant sur la conscience de lui avoir volé son temps.

- Tu préfères donc mourir en sachant qu'elle tombera entre les mains de son père ? Et qu'est-ce qu'il lui restera alors ? Quelques heures ? Quelques jours ? Si tu refuses ces quelques années qu'elle t'offre volontiers, c'est toute sa vie que tu auras sur la conscience!

- C'est de la magie noire.

- Bon sang, Albus, mais je me fous que ce soit de la magie noire ou pas! Si Camille ou Ludivine étaient là, tu crois vraiment que ça leur importerait ? Qu'est-ce que ta fille dirait si elle voyait comment tu veilles sur son enfant ? Si tu meurs comme ça, Albus, j'espère sincèrement que tu retrouveras tes deux femmes et qu'elles te pourriront ton éternité ! S'exclama Martine d'un ton rageur.

Un grand silence suivit la déclaration de la vieille femme qui continuait à fixer son ami d'un œil furibond. Henri se taisait. S'il n'avait pas tout compris sur le moment, il avait bien fini par faire le lien entre la main morte d'Albus et la mort dont parlait Martine. Mais aussi peu qu'il en sache, il lui semblait que sa femme avait raison, aussi n'ajouta-t-il rien et regarda-t-il simplement celui qu'il considérait comme l'un des plus grands sorciers actuels ruminer les propos pleins de bon sens d'une simple moldue.

Kécile avait entendu la dispute qui avait éclaté au rez-de-chaussée. Elle ne se serait jamais imaginer Martine hausser le ton à ce point et littéralement engueuler le directeur de Poudlard, l'une des plus grandes personnalités du monde magique.

Mais elle lui en était reconnaissante. La vieille femme, moldue ou non, avait parfaitement compris ce qu'elle ressentait et sut se faire la voix de celle qui avait perdu l'espoir de se faire entendre et comprendre.

Quand elle n'entendit plus rien, elle sécha son visage encore humide et redescendit rejoindre les autres.

Alors qu'elle descendait l'escalier, elle vit Albus traverser le hall. Il leva des yeux remplis de doute vers elle avant de poursuivre son chemin vers le parc.

Kécile allait le suivre quand la voix d'Henri l'appela.

- Laisse-le. Il a besoin d'être seul et de réfléchir. Viens plutôt m'expliquer ce que je n'ai pas pu comprendre. Martine est tellement en colère que je n'ose pas lui demander des explications. Elle va me répondre sur un tel ton d'énervement que je vais avoir l'impression de me faire disputer, ajouta-t-il dans une tentative d'humour.

Mais Kécile ne rejoignit pas la salle à manger. Elle se rendit à la place dans le petit salon d'où elle pouvait voir la quasi totalité du parc. Elle devinait dans la nuit la silhouette de Dumbledore qui marchait dans la roseraie parmi les arbustes nus.

- Il va sur la tombe de Camille, dit Henri.

- Et bien si les morts peuvent parler, c'est le moment de se faire entendre, s'exclama Martine en entrant à son tour dans le salon.

Elle vint prendre Kécile dans ses bras comme l'aurait fait sa grand-mère si elle avait encore été là.

- Il risque d'en avoir pour un moment, remarqua Henri en s'asseyant dans un fauteuil. Si tu me racontais tout maintenant ?

Kécile acquiesça et commença son récit, plus détaillé, et plus calmement qu'auparavant. Elle sentait renaître en elle une petite flamme d'espoir. Oh, elle ne voulait pas se faire de fausse joie! Mais comment aurait-elle pu s'empêcher d'espérer ?!

Une bonne heure plus tard, ils entendirent la porte d'entrée claquer. Kécile se dressa sur son séant, le cœur battant à tout rompre.

Elle guetta les pas qui résonnaient dans le couloir. Quand la porte s'ouvrit, elle darda son regard sur son grand-père. Il avait une expression triste sur le visage. Lui aussi la regardait. Et quand il s'avança vers elle, se fut pour la serrer contre lui.

- Je suis désolé, Kécile. J'aurais dû t'écouter. Je te demande pardon.