J'ai mis un peu de temps à écrire ce chapitre qui n'était pas forcément évident et qui est assez long, désolée!

Pour répondre à la question générale, oui comme vous vous en doutez, on va s'éloigner de la trame des livres, mais ça ne va pas être immédiatement visible et je vous laisse découvrir comment l'histoire va évoluer!


Chapitre 95 : Les larmes du Phénix

Kécile ouvrit les yeux avec la sensation d'émerger dans du coton. Elle se sentait engourdie de sommeil. Merlin pourtant ce qu'elle avait bien dormi ! Cela ne lui était pas arrivé depuis des mois ! Son esprit encore embrumé mit quelques instants à analyser la sensation inhabituelle de bonheur dans laquelle elle flottait. Et lorsqu'elle se souvint, son cœur bondit de joie.

Albus allait guérir ! Elle n'allait pas perdre aussi rapidement et aussi injustement son grand-père.

Et elle en pleurait presque de soulagement. Mais elle avait assez pleuré pour l'année à venir au moins, décida-t-elle en se levant avec énergie.

Quand elle descendit au rez-de-chaussé, elle trouva tout le monde attablé devant un petit déjeuner tardif. Albus n'avait pas très bonne mine. Il avait la tête de quelqu'un qui avait passé une nuit blanche. Mais il l'embrassa tout de même avec chaleur.

Martine la serra très fort contre elle et elle lui murmura à l'oreille

- Merci.

Elle se jeta ensuite joyeusement su le déjeuner et mangea avec appétit. Notamment le reste des chouquettes qu'ils avaient préparé la veille.

Sur le moment lorsqu'ils les avaient préparé, elle se savait incapable de ne leur trouver aucune saveur, aussi bon cela pouvait-il être en réalité. Mais grâce à Martine, cela avait été le meilleur dessert de sa vie. Et ce matin, même un peu desséchées, elles avaient encore le goût de la victoire et du bonheur retrouvé.

Ils s'échangèrent les cadeaux de Noël. Ce moment était très symbolique pour Kécile qui n'avait pas l'habitude d'offrir et de se voir offrir des présents. Cependant, ce jour-là, il n'avait plus autant d'importance qu'elle le croyait. Son grand-père lui avait déjà fait la veille le plus beau cadeau qu'elle pouvait attendre de sa part.

Quant à Martine, aucun cadeau ne pouvait la remercier assez pour son intervention salutaire.

XXX

A Poudlard, un 26 décembre, Severus Rogue ne s'attendait certainement pas à être dérangé et pensait passer la journée comme à son habitude, en ermite. Lorsque il trouva devant sa porte le directeur et sa protégée, il haussa un sourcil perplexe.

- Que faîtes-vous donc déjà là ?

Il avisa le grand sourire de Kécile. Ce n'était certainement pas habituel ces derniers temps. Et quand Dumbledore lui expliqua qu'on l'avait finalement convaincu d'accepter le sacrifice de Kécile et qu'il lui demandait de bien vouloir préparer la potion, le professeur fut stupéfait.

- Non pas que je sois contre l'idée, Albus, mais je veux vous rappeler que nous n'avons aucune idée de la manière dont cela affectera Kécile.

- Nous le savons, répondit la jeune fille. Mais ce sera toujours mieux que la manière dont sa mort m'affecterait.

Il haussa les épaules. Après tout ce n'était pas à lui de décider. Et cela arrangeait plutôt ses affaires si Dumbledore ne mourrait pas.

- Je vais avoir besoin de votre sang.

- Voulez-vous que je vous le donne maintenant ? Demanda Kécile. Quelle quantité vous faut-il ? Une fiole, ce sera suffisant ?

Severus eut un rictus dédaigneux.

- Il s'agit de magie noire. Il y a tout un rituel à respecter et je ne peux simplement pas me contenter de verser votre sang comme de vulgaires yeux de scarabés. Vous feriez mieux de vous asseoir. Je vais en avoir pour un moment.

Albus et Kécile s'installèrent dans deux fauteuils que le directeur fit apparaître dans un coin du laboratoire tandis que Severus se plongeait dans la lecture attentive de la potion. Pendant plus de vingt minutes, Kécile rongea son frein, tandis que le professeur ne faisait rien d'autre que de lire.

Puis enfin, il se mit à l'ouvrage et elle put l'observer à loisir, comme à l'époque où il lui enseignait au manoir du Seigneur des Ténèbres. Cette époque lui semblait bien loin dorénavant...

Le visage concentré, il semblait à Kécile que rien n'aurait pu perturber Severus. Elle n'osa pas lui proposer son aide. Il aurait pris sa proposition pour une insulte ou pour une effronterie.

Il ne regardait plus le livre, à croire qu'il l'avait appris par cœur.

Il était en train de prendre une minuscule fiole d'un liquide parfaitement transparent lorsque Dumbledore rompit le silence.

- Des larmes de phénix ?

- Des larmes de Fumsec. Les dernières que vous m'ayez données. Elles ont aidé à ralentir le sortilège.

- Je n'aurais jamais imaginé qu'on puisse associer les larmes de phénix à de la magie noire... intervint Kécile pensive.

- En réalité, cela ne se fait généralement pas. Mais comme notre intention en utilisant cette potion tend à se rapprocher de la magie blanche, cela peut avoir un effet intéressant.

- Severus, dit Kécile d'une voix prudente, sans offense, ce n'est peut-être pas le moment idéal pour faire des expériences...

- Me prenez-vous donc pour un « touilleur de bas étage, » pour reprendre votre propre expression ?! J'essaie de sauver vos jours, alors ne venez pas râler ! Il va également falloir lever les sortilèges que j'ai placé autour de votre main, Albus.

Il baissa le feu et vint s'asseoir à côté du vieil homme. Celui-ci tendit sans hésiter son membre blessé. Kécile ne put retenir une grimace de dégoût quand la manche longue qui cachait en grande partie la main et le bras fut soulevée. La peau était comme carbonisée, rongée de l'intérieur.

Le professeur commença à marmonner, sa grande main blanche tendue au-dessus de la main malade . Il s'interrompit rapidement et fixa le directeur la mine circonspecte.

- Il n'y a pas que mes maléfices qui contrent la magie de Voldemort. Une autre magie est à l'oeuvre.

- C'est le professeur de Visnel qui a demandé à intervenir, révéla le vieil homme. J'avoue qu'elle m'a soulagé d'une bonne partie de la douleur. Ces élancements soudain ont presque totalement disparus grâce à elle.

- C'est étrange... J'aurais pu croire que c'était vous, Kécile, mais c'est stupide, bien sûr.

Il travailla un long moment autour de la main et du bras de Dumbledore. Progressivement, Kécile vit les traits de son grand-père se crisper sous la douleur qui revenait peu à peu. Lorsque Severus se redressa et retourna au-dessus de son chaudron, la main semblait parcourue d'étranges courants bleutés et pulsait d'une énergie malsaine, alors que le vieil homme souffrait visiblement.

- Albus, est-ce que ça va ? Severus, était-il vraiment nécessaire de retirer toutes les protections ?! Il a mal maintenant.

- Laisse, Kécile, je vais bien, rétorqua Dumbledore. Severus sait ce qu'il fait, fais lui confiance.

- Ce n'est pas le problème, mais combien de temps ça va durer ? On dirait que le sortilège électrifie votre chair !

- Venez là, Kécile, appela le professeur de potions, penché au-dessus de son chaudron.

Elle obtempéra. Sur la paillasse un couteau en argent était posé bien en évidence.

- Il faut que je me fasse une entaille ?

- C'est plus que cela, Kécile, dit Severus d'une voix basse pour éviter que Dumbledore n'entende. Il est blessé à la main gauche, tu dois donc t'ouvrir une veine du poignet gauche.

Kécile déglutit.

- Vous ne pouvez pas le faire ?

- Non. Tu dois le faire toi-même. Volontairement.

- Ok... murmura Kécile en tentant de cacher sa peur.

Elle expira un grand coup, avant d'attraper dans un mouvement presque convulsif le couteau.

Severus versa quelques gouttes d'une fiole bleue sur une compresse.

- Dès que je te le dis, tu arrêtes l'écoulement avec cette potion. Il faudra appuyer très fort et ne pas paniquer si ça continue à saigner. Je fais boire la potion à Dumbledore et dès que j'ai fini avec lui, je m'occupe de refermer la plaie.

Kécile hocha la tête. Elle avait peur de ne pas couper assez profondément et de devoir recommencer. Ou bien d'y aller trop franchement et de mettre sa vie en danger.

- Allez Kécile. Pose la lame près de la veine que tu veux couper. Oui, là c'est bien. Mets toi au-dessus du chaudron, la vapeur n'est pas assez chaude pour brûler.

Kécile suivait les directives d'une main tremblante.

- Appuie maintenant. Franchement. N'aies pas peur, ça va bien se passer. Appuie. Encore.

Quelques gouttes commencèrent à perler et Kécile grimaça.

- Coupe maintenant !

Elle fit glisser la lame sur sa chair et ne put retenir un gémissement de douleur quand celle-ci s'ouvrit.

Severus l'obligea à garder la main au-dessus du chaudron, tandis qu'elle regardait avec dégoût, presque déconnectée de son propre corps, le sang s'écouler le long de sa main en des petits ruisseaux carmins avant de goûter dans la potion qui prenait une étrange couleur violette et se mettait à tourner d'une manière inquiétante.

Elle commençait à se sentir vraiment mal. Elle luttait contre l'envie de vomir et commençait à voir des étoiles filantes blanches devant ses yeux. Non, décidément, elle ne se sentait vraiment pas bien.

- Retire ton bras, Kécile, c'est bon.

Elle s'exécuta d'un geste lent tandis que Severus sortait le chaudron du feu et en versait le contenu dans plusieurs fioles. Alors qu'elle appliquait aussi fort qu'elle le pouvait la compresse sur son poignet douloureux, elle vit le professeur faire ingurgiter une dose au directeur qui semblait à peine conscient de ce qui se passait autour de lui depuis que toutes les protections avaient été levées et que le maléfice revenait en force..

Kécile se sentait mal. Elle allait tomber dans les pommes, ses jambes étaient beaucoup trop flageolantes.

- Assies-toi ! Claqua la voix de Severus.

Oui, ça semblait une bonne idée. Elle s'écroula sur le fauteuil à côté de son grand-père qui avait perdu conscience. Elle n'allait pas tarder à tourner de l'oeil aussi !

Severus revint vers elle et prit son poignet blessé. Il stoppa l'écoulement de sang et banda fermement avec un linge imbibé d'un liquide qui empestait le désinfectant.

- C'est fini. Il n'y a plus qu'à attendre maintenant.

Kécile voulut hocher la tête, mais à la place, elle rendit son dernier repas et se sentit brusquement partir en arrière quand l'impression d'être siphonnée de sa magie la submergea. Elle vit vaguement à travers ses yeux vitreux le visage inquiet de Severus, avant de perdre connaissance.

XXX

Des voix bourdonnaient autour d'elle. Elle pouvait entendre dans le timbre féminin l'inquiétude. Mais ses paupières étaient beaucoup trop lourdes. Elle ne parvenait pas à les soulever. Elle abandonna et replongea dans un sommeil lourd.

XXX

Une sensation de tiraillement désagréable l'avait envahi et finit par la réveiller. Merlin que c'était désagréable ! C'était comme si les cellules de son corps cherchaient à s'échapper de leur enveloppe et luttait pour rejoindre quelque chose d'autre. La sensation la clouait sur son matelas, incapable du moindre mouvement. Les voix s'étaient éloignées et n'étaient plus qu'un murmure à peine audible. Trop loin... Beaucoup trop loin pour l'aider.

XXX

Du mouvement autour d'elle la réveilla à nouveau. Elle ouvrit une paupière, puis deux. La silhouette de Mme Pomfresh se mouvait au-dessus d'elle, changeant ce qui ressemblait fort à une perfusion.

Elle voulut parler, mais seul un gargouillement informe sortit de sa gorge desséchée.

L'infirmière se retourna.

- Ah ! Miss Gaunt ! Bienvenue dans le monde des vivants ! Il était temps...

- Elle est réveillée ? Interrogea la voix bien reconnaissable de Dumbledore quelque part à sa droite.

- Oui professeur. Et vous allez me faire le plaisir de rester assis.

Elle aida Kécile à se redresser un peu pour boire. Aussitôt le gobelet retiré de ses lèvres, la jeune fille s'effondra à nouveau sur son oreiller. Merlin qu'elle se sentait faible !

- Cela va fait cinq jours que vous dormez. Je suppose que la première partie du rituel est terminée maintenant.

- Cela va durer encore longtemps ? Demanda Dumbledore

Kécile ne pouvait pas le voir, mais elle entendait nettement l'inquiétude dans sa voix.

- Estimez-vous heureux qu'elle se soit réveillée ! La potion aurait pu mettre des semaines avant de neutraliser le maléfice. Le plus gros devrait être passé. Je pense que vous pourrez vaquer à vos occupations dès demain. Pour vous, ça va être une autre histoire, ajouta l'infirmière en se tournant à nouveau vers Kécile. Votre magie a été vampirisée par le rituel et cela va vous laisser très affaiblie pendant plusieurs jours encore. Sans parler du fait que vous n'allez sans doute plus pouvoir faire de magie.

- Quoi ? Croassa Kécile

- A quoi vous attendiez-vous, Miss Gaunt ?! Vous avez procédé à un rituel de magie noire. Ne venez pas vous plaindre maintenant des conséquences !

- Je suis devenue une cracmolle ? Demanda-t-elle horrifiée

- Ne dîtes pas de bêtises ! Bien sûr que non... Ce n'est que temporaire.

- Combien de temps ?

- Je n'en ai aucune idée.

Voilà qui n'était pas très rassurant... Mais pour l'heure, Kécile était bien trop épuisée pour se poser davantage de questions et elle ferma les yeux, replongeant aussitôt dans le sommeil.

Lorsqu'elle se réveilla, complètement déphasée, elle se redressa péniblement. Elle constata avec soulagement qu'elle avait déjà récupéré quelques forces. Suffisamment pour se tenir assise contre les oreillers.

- Comment te sens-tu, Kécile ?

Albus était assis à côté de son lit et la regardait la mine concernée.

- On ne peut pas dire que ce soit la grande forme, marmonna-t-elle avec une grimace.

- Non, en effet, ça n'a pas l'air.

- Et vous ?

Le vieil homme leva son bras et souleva sa manche. Sa main était tout aussi noire, mais le long du bras, la zone noircie avait perdu un peu de terrain. Il n'y avait plus non plus ces lueurs bleutés inquiétantes.

- La douleur s'est beaucoup estompée et le maléfice est sans doute en grande partie vaincu. L'étendue de la zone atteinte s'est même un peu résorbée, mais je ne pense pas que cela va beaucoup s'améliorer.

- Vous n'allez pas retrouver votre main ?

- Probablement pas, non. Après tout, cette potion guérit ce qui malade. Pour ce qui est mort, elle ne peut plus rien. Mais j'ai néanmoins beaucoup de chance que tout semble marcher comme Severus l'attendait.

- Je suis soulagée.

- Il faut que tu retrouves tes forces maintenant. La rentrée est dans moins d'une semaine.

Mais le maléfice était coriace et Dumbledore devait continuer à user de la potion pour lutter. Si Kécile put se lever, deux jours avant le retour des autres élèves, elle découvrit avec horreur qu'elle était incapable de lancer le moindre sort. Quand Mme Pomfresh apprit qu'elle avait essayé de faire de la magie , elle poussa les hauts cris et lui confisqua sa baguette jusqu'à nouvel ordre, malgré les protestations véhémentes de Kécile. Celle-ci se tourna vers d'Albus et de Severus pour plaider sa cause, mais les deux hommes soutinrent l'infirmière.

Dépitée, elle dut se résigner à reprendre les cours sans pouvoir faire de magie.

XXX

Kécile finissait ses devoirs de vacances dont elle ne s'était guère occupée, assise dans la grande salle, attendant impatiemment le retour de ses amis. A chaque fois que le portrait pivotait, elle tournait la tête d'un mouvement vif, espérant voir apparaître les trois gryffondors.

Lorsqu'ils entrèrent tous les trois dans la salle commune, quelqu'un fut encore plus réactive que Kécile à rejoindre ses amis.

- Ron-Ron !

Salazar lui pardonne, c'était ridicule ! Elle ne put retenir un ricanement moqueur et vint enlacer ses amis, à l'exception de Ron qui était déjà la pauvre victime d'une pieuvre nommée Lavande Brown.

- Vous avez passé de bonnes vacances ?

Hermione haussa les épaules.

- Oui, c'était agréable, mais rien de spécial.

- Et toi ? Demanda Harry, comment s'est passé ton séjour au Clos-La-Rive ? Tu as meilleure mine qu'avant les vacances.

Kécile sourit et leur en expliqua la raison.

- Alors ça ! Je ne m'y attendais pas du tout ! S'exclama joyeusement Hermione

- C'est une bonne nouvelle, dit Harry qui ne cacha pas son soulagement. Je nous voyais mal continuer sans lui. Tu crois qu'on aura bientôt une nouvelle leçon ?

- Je ne sais pas, je ne lui ai pas demandé. Peut-être que maintenant qu'Albus sait qu'il ne va pas mourir dans les mois qui viennent, il n'en verra plus l'intérêt.

- Je ne crois pas, intervint Hermione. Avec ou sans Dumbledore, vous avez besoin des informations qu'il peut vous donner. Et puis, nous sommes en guerre. Qui sait ce qui peut lui arriver demain ?

- Ah non, alors ! Ne parle pas de malheur ! Je n'ai pas envie d'avoir fait tout ça pour rien.

- C'était douloureux ? Demanda Hermione.

- Pas vraiment. Désagréable, oui. Mais pas douloureux. C'est surtout que c'est très inconfortable de ne pas pouvoir faire de magie. J'ai un peu l'impression que je vais me faire agresser à chaque angle de mur et que je vais être dans l'incapacité de me défendre.

- Rogue avait parlé de mois de ta vie que tu sacrifierais. Sais-tu maintenant jusqu'à quel point ? Demanda Harry.

- Non. Ma vie sera certainement plus courte que ce qu'elle aurait pu être, mais comme de toute manière on ne sait pas à l'avance combien de temps on peut vivre et que notre vie peut être interrompue par beaucoup de choses... je ne m'en inquiète pas. Sincèrement, je mourrais quand ce sera l'heure un point c'est tout. D'ici là, je pense que j'ai le temps de voir venir !

- Et il va déjà falloir survivre à ton paternel, dit sombrement Harry.

- Exact...

- Vous savez, je pense que ce serait une bonne chose de reprendre l'AD... dit Hermione.

- Mais... on a un professeur digne de ce nom cette année... désolé de dire ça, Harry, ajouta Kécile. Mais tu ne peux pas dire le contraire.

- Bien sûr qu'on apprend des choses avec Rogue, ce n'est pas le sujet. On est en guerre. Un double entraînement ne nous ferait pas de mal. Et comme Dumbledore agréerait sans doute à l'idée, ce serait officiel. On pourrait donc se voir plus souvent, plus longtemps et plus facilement.

- J'ai l'impression d'entendre parler Olivier, grommela Harry.

- Parce que ce n'est pas le genre de discours que tu tiens à ton équipe, peut-être ? Nargua Kécile.

XXX

Dès le lendemain, Harry et Kécile furent convoqués par le directeur pour une nouvelle « leçon ».

- Kécile nous a appris votre guérison, dit le garçon après avoir salué le vieil homme. Je voulais vous dire à quel point j'en suis heureux.

- Merci, Harry. Il paraît que tu as rencontré le ministère de la Magie, à Noël ?

Kécile écouta avec attention ce qu'il se dit. Elle trouvait, tout comme Harry, que le ministère avait un sacré culot de venir demander à Harry son soutien publique.

Rapidement cependant, Dumbledore en vint au sujet du jour. Il leur retraça la scolarité apparemment modèle de Tom Jedusor assombrie par son influence sur un groupe nébuleux qui préfigurait les mangemorts, et la recherche de ses origines.

Puis il les fit plonger dans un souvenir de Morfin Gaunt, où celui-ci, dans un état de dépravation avancé, rencontrait pour la première et dernière fois le jeune Tom Jedusor avant d'être accusé du meurtre de Ton Jedusor et de ses vieux parents.

Kécile savait à quo s'en tenir avec son père. Elle avait également eu un aperçu peu glorieux de la famille Gaunt dont elle portait le nom. Mais quand elle vit le souvenir de son grand-oncle Morfin, elle se sentit au bord de la nausée.

Imaginer que son père adolescent était déjà quelqu'un d'aussi retort et mauvais, avec un tel esprit de vengeance la rendait malade. Etait-il donc né du diable ? Etait-il déjà pourri à la naissance ? N'y avait-il jamais eu la moindre humanité chez son père ? Quant à Morfin, l'homme lui faisait profondément pitié. Il était totalement détraqué, rongé par la consanguinité et l'arrogance de son propre père, mais finir ainsi ses jours à Azkaban pour des meurtres qu'il n'avait pas commis, ce n'était vraiment pas là le sort qu'il méritait non plus.

Dumbledore ne leur laissa pas le temps de se remettre de leurs émotions. Bien qu'à dire vrai, Harry ne semblait pas le moins du monde affecté par ce qu'il venait d'apprendre et certainement pas surpris non plus.

- Il se fait tard et je veux que vous voyez cet autre souvenir avant que nous nous séparions...

Le souvenir du professeur Slughorn était pour le moins étrange.

- Le professeur a falsifié sa mémoire ? Demanda Kécile interloquée, aussitôt qu'ils furent sortis de la pensine.

- C'est exact.

- Mais pourquoi ? S'exclama Harry perplexe.

- Parce que je crois qu'il a honte de ce qui s'est passé. Sans doute a-t-il encouragé sans le vouloir le jeune Tom Jedusor au lieu de l'arrêter. Sans doute Horace l'a-t-il aujourd'hui découvert. Et sans doute ne veut-il pas que je puisse l'en tenir responsable. Bien loin de moi l'idée de le faire, quelque soit ce qu'il ait pu dire ce soir-là, il ne pouvait savoir à qui il avait affaire. Mais s'il a jugé nécessaire de falsifier sa mémoire, c'est que ce que les paroles qui ont été prononcées au cours de cette discussion ont été décisives dans les actions de Voldemort, ou du moins jugées comme telles par Horace. Ce n'est pas par hasard que j'ai demandé au professeur Slughorn de revenir cette année, ni que j'ai fait miroité ta présence sous ses yeux, Harry. Pour la première fois, je vais te donner un « devoir » à faire. Tu auras pour tâche de convaincre le professeur Slughorn de livrer son vrai souvenir.

- Et moi ? Demanda Kécile.

- Je ne pense pas qu'il soit très judicieux que tu interviennes. Tu as dû remarquer que Horace garde ses distances avec toi. Il sera déjà difficile pour Harry de parvenir à ses fins. Tu compliquerais la tâche par ta présence.

- Mais si tu as des idées, je suis preneur... murmura Harry qui pour l'heure ne voyait absolument pas comment il allait bien pouvoir procéder.

XXX

Severus frappa à la porte des appartements du professeur de Visnel, et attendit un moment avant que le battant ne s'ouvre. La femme ne put cacher sa surprise.

- Professeur Rogue ? Demanda-t-elle perplexe.

- Puis-je entrer ? Demanda-t-il d'un ton impersonnel. Je voudrais vous parler.

Elle s'écarta pour le laisser passer, ne sachant visiblement pas à quoi s'en tenir. Ce n'était pas étonnant, songea Severus. Après tout, il ne lui avait jamais adressé la parole à l'exception des bonjours d'usage lorsqu'ils se croisaient dans les couloirs de l'école. Ce qui avait dû arriver une demi-douzaine de fois en tout et pour tout depuis qu'elle était à Poudlard.

- Je vous offre une tasse de thé ?

- Ce ne sera pas la peine, répondit-il d'un ton sec.

- Asseyez-vous au moins, dit de Visnel dans une nouvelle tentative d'être aimable.

Il s'assit puis la fixa en silence.

Elle lui rendit son regard, attendant qu'il commence. Plus il se taisait et plus il voyait ses sourcils se hausser, signe de son incompréhension. Si elle était mal à l'aise, cependant, elle le cachait bien.

- Mais encore ? Finit-elle par dire quand ses sourcils eurent atteint la hauteur limite du possible.

- Vous êtes au courant de beaucoup de choses, professeur. De choses que vous devriez ignorer.

- C'est souvent le cas des voyants, professeur Rogue, répondit la femme d'un ton aimable.

- Ne jouez pas ce jeu avec moi, dit-il sèchement.

- Je ne sais pas ce que vous pensez mais il n'y a aucun tour de passe passe dans mon attitude.

- Comment avez-vous su pour Dumbledore ?

- Vous voulez parler du maléfice dont il souffre ? Ce n'est pas très compliqué à savoir. L'état de sa main était un indice suffisant. Sans parler du fait qu'elle transpirait la magie noire.

- Les sortilèges que vous avez posés sur sa blessure dépassaient de loin les capacités du sorcier moyen.

- Est-ce qu'apprendre que les voyants peuvent également être des sorciers très capables vous choque à ce point, professeur ? J'ai pris le poste de divination car c'était le seul que pouvait me proposer le directeur. Je suis tout autant qualifiée au poste de Sortilèges.

- La manière dont vous avez imbriqués, appuyés même, vos sorts sur les miens était extrêmement habile.

- Merci.

- Seul quelqu'un qui maîtrise la magie noire est capable de cela.

- Vous n'êtes pas le seul à connaître la magie noire. Je n'ai simplement pas l'habitude de faire étalage de ces connaissances controversées.

- Je ne vous le reprocherai pas. En revanche, je m'interroge sur la nature de votre magie, ajouta-t-il d'une voix basse un peu menaçante. Vos sortilèges auraient été bien plus efficaces sur le long terme que les miens. Non par leur puissance. Mais par leur origine. Votre magie est reliée à celle de Voldemort, déclara-t-il en prononçant distinctement chaque mot

- Vraiment ? Fit le professeur de Visnel d'un ton poli.

- J'ai ressenti la présence du Lord Noir dans les défenses mêmes que vous avez posé contre son maléfice. Et loin d'être un handicap, vous vous êtes servie de cette connexion pour en renforcer la neutralisation. Comment expliquez-vous cela ?

- Je pense que cette magie semblable à celle de Voldemort que vous avez rencontré, c'était simplement une partie de la magie de ce sorcier qui tentait de combattre mes défenses et qui s'est imbriquée dedans. Je ne vois pas d'autre explication.

- Ne me prenez pas pour un imbécile. Je ne suis pas un étudiant de premier cycle que vous pourrez berner facilement. Je sais reconnaître une magie défensive d'une magie offensive.

- Je ne peux hélas pas vous éclairer davantage...

- Vous ne voulez pas m'éclairer davantage, Gwendoline Grunt.

- Pardon ?

- Gwendoline Grunt.

- Qui est-ce ?

- Vous.

Le professeur de Visnel eut un sourire indulgent.

- Je comprends que vous cherchiez une explication, mais vous allez chercher un peu loin, si vous voulez mon avis.

- Oh vraiment... c'est pourtant la seule explication à votre connaissance de la magie noire et votre accointance avec la magie du Seigneur des Ténèbres.

- A un détail près, professeur. Si ma mémoire est bonne, Gwendoline Grunt a été assassinée par Bellatrix Lestrange après la disparition de Voldemort.

- Vous oubliez cependant que j'ai bien connu la Gwendoline Grunt de ce temps-là. Et je suis bien placé pour savoir que si quelqu'un a jamais pu déjouer la mort, c'est bien elle.

- Peut-être. Cela n'enlève rien au fait que je ne suis pas Gwendoline Grunt.

- Je ne vous crois pas.

- Tant pis pour vous, dit-elle simplement.

- Je ne suis pas forcément contre vous, de Visnel. Pas si vous montrez votre vrai visage. Si vous vous obstinez à mentir, en revanche...

Le professeur de Visnel poussa un soupir.

- Que voulez-vous que je vous dise, professeur Rogue. Vous ne démordrez pas de votre version, ni moi de la mienne, alors je vous suggère de nous en tenir là.

- Vous éludez bien vite la question, n'est-ce pas ?

La femme se leva et ouvrit la porte qui donnait sur le couloir de l'école.

- J'ai horreur des discussions stériles. Nous sommes condamnés à un dialogue de sourds, semble-t-il. N'hésitez cependant pas à me faire part de votre prochaine hypothèse !

Le ton narquois ne plut absolument pas au professeur qui se leva brusquement et quitta la pièce d'un pas rapide, dans une envolée de cape.

Il était sûr de son fait et l'attitude du professeur de divination le prouvait. Qu'elle ne compte pas s'en tirer à si bon compte !

XXX

Ce ne fut qu'à la fin du mois de janvier que Dumbledore fut définitivement tiré d'affaire. Kécile recommença alors progressivement à retrouver l'usage de la magie.

Un soir qu'elle était avec son grand-père à pratiquer des sorts mineurs sous son contrôle attentif, elle ne put s'empêcher de marmonner :

- Je me sens vraiment comme une première année. Vivement que je retrouve tout mon potentiel, parce que je me sens minable.

- Tu n'es pas minable du tout, protesta Dumbledore. Et je pense que je ne t'ai pas assez remercié pour ce que tu as fait pour moi.

- Ce n'est pas la peine. Je vous connais suffisamment pour avoir une idée de ce que vous ressentez. Et puis, n'importe quel autre membre de votre famille en aurait fait autant s'il avait pu. Je pense que vous pouvez surtout remercier Merlin d'avoir retrouvé quelqu'un du même sang que vous !

- Pour dire vrai, tu n'es pas la seule personne qui aurait pu faire se rituel. Mais je ne suis pas certain que cette personne aurait voulu le faire...

- Vous voulez dire que vous avez encore de la famille ?!

- Je t'en ai déjà parlé lorsque je t'ai raconté mon enfance. Tu ne vois pas ? C'est Adelforth, mon frère.

Kécile bondit.

- Il est encore vivant !

- Oui.

- Ça veut dire que j'ai un oncle ! Mais vous ne pouviez pas le préciser plus tôt ! S'exclama-t-elle d'un ton véhément. Je peux le rencontrer ? Dit-elle avec de l'excitation dans la voix.

- Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée. Adelforth et moi ne nous sommes pas parlé depuis des années.

Kécile se calma instantanément.

- Vous voulez dire... depuis la mort d'Ariana ? Demanda-t-elle à voix basse.

- Nous sommes restés en froid pendant des dizaines d'années. Puis il a voulu faire partie de l'ordre du Phénix quand Voldemort a commencé à devenir dangereux. Mais depuis sa disparition il y a quinze ans, nous ne nous sommes pas revus. Il n'a pas voulu faire à nouveau partie de l'Ordre lorsque je l'ai regroupé une seconde fois. .

- Comment avez-vous pu laisser votre frère s'éloigner ainsi ? Protesta Kécile. C'était votre seule famille ! Je veux le rencontrer. S'il-vous-plaît, ajouta-t-elle pour tempérer le ton autoritaire de sa voix. Il ne doit même pas savoir qu'il a une nièce.

Il lit les journaux comme tout le monde, Kécile... même s'ils finissent la plupart du temps dans le ventre de sa chèvre. Bien sûr qu'il sait. Mais je ne pense pas qu'il en soit ravi.

- Sa chèvre ? Fit Kécile interloquée.

- Je veux bien t'y emmener, mais je ne peux absolument pas prédire comment il va réagir. Ce n'est pas une personnalité commune.

- Ça doit être de famille...

Dumbledore emmena Kécile chez son frère Adelforth l'après-midi même qui suivit cette conversation. Mais la jeune fille avait plus l'impression que c'était pour se débarrasser d'une tâche désagréable que par hâte de retrouver son frère. Quand elle découvrit que son oncle habitait à Pré-au-lard, son incompréhension grandit encore. Ils étaient voisins et ne s'étaient plus vu depuis 15 ans ?! Il fallait vraiment que quelque chose cloche pour les faire agir aussi stupidement aux yeux de Kécile.

Elle n'était entrée qu'une seule fois à la Tête de Sanglier, lors de la première réunion de ce qui était devenu l'AD. Le lieu lui avait semblé assez miteux et certainement, elle était à des lieux d'imaginer que le grand homme barbu et taciturne, vêtu d'une robe grise informe qui tenait le pub et collait parfaitement à ce décor un peu glauque pouvait être le frère du brillant, renommé et haut en couleur Albus Dumbledore.

Le directeur se dirigea droit vers le comptoir derrière lequel son frère se tenait. Celui-ci l'avait sans aucun doute reconnu mais n'avait fait aucun geste le montrant. Il continuait à essuyer ses verres, fixant d'un œil imperturbable les quelques clients épars dans la salle.

- Je peux te parler ? Demanda Albus à voix basse.

L'homme tourna enfin le regard vers son frère, posa sans un mot son verre et son torchon et passa une porte menant à une salle arrière. Dumbledore fit signe à Kécile de passer derrière le comptoir et de le suivre.

L'accueil n'était certainement pas très chaleureux. Elle sentit quelque chose butter derrière elle contre ses genoux et se retourna pour voir une chèvre de taille moyenne, mastiquant placidement ce qui devait être un reste de la Gazette du Sorcier, qui la regardait avec de grands yeux jaunes.

Elle se dépêcha de suivre les deux hommes avant que l'animal ne décide que sa robe pouvait faire un en-cas acceptable.

La porte se ferma derrière eux et Abelforth leur fit face.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- J'ai amené avec moi quelqu'un qui voulait te rencontrer.

Le vieil homme la fixa. Il ne paraissait pas vraiment plus jeune qu'Albus, songea Kécile, mais à cet âge, cela n'avait rien d'étonnant. Il avait les mêmes yeux bleus perçants, les mêmes traits prononcés, les mêmes sourcils brousailleux. Si son nez était droit et sa barbe plus courte que celle du directeur, Kécile se demanda comment elle avait pu ne pas remarquer immédiatement la ressemblance entre les deux hommes. Sans doute, à l'inverse de son frère, Abelforth était-il un homme de l'ombre, habitué à ne pas se faire remarquer. Néanmoins en cet instant, il était aussi impressionnant que le directeur de Poudlard et la fixait avec un regard peu amène.

- Je suppose que c'est toi, la bâtarde ?

- Abelforth... murmura Albus

- Quoi, tu veux que je me réjouisse encore ? Comme si on avait pas assez de cas dans notre famille pour y ajouter le rejeton de Voldemort. Enfin c'est toi qui en prends la responsabilité alors... je suppose que je n'ai pas mon mot à dire.

- Je veux vous connaître ! Protesta Kécile. Je veux faire partie de votre famille !

- Notre merveilleuse famille ! Ricana Abelforth. Est-ce qu'au moins tu sais ce que tu dis ? Ou bien mon frère s'est-il gardé de te raconter les pages les moins reluisantes de notre nom et s'est contenté de te vanter les mérites des la si merveilleuse famille Deschavelles.

- Vous avez une bien piètre opinion d'Albus... dit doucement Kécile. Je ne sais certainement pas toute l'histoire dans le détail, mais si vous faîtes référence à Ariana, oui, je suis au courant. Si je peux comprendre votre chagrin, ça ne m'empêche pas de vouloir faire partie d''une famille maintenant que je peux en avoir une. Mais encore faut-il que vous vouliez de moi...

- Gamine... commença Abelforth. Quel est ton nom déjà ?

- Kécile.

- Et bien, Kécile, je vais te dire quelque chose. Mon frère n'a jamais fait preuve envers les Dumbledore d'un esprit de famille démesuré. Et tout d'un coup, il s'entiche d'un membre égaré, toi. Je trouve ça très bizarre, tu vois. Qu'ils soit tout d'un coup autant concerné par quelqu'un et que comme par hasard cette personne soit une proche de Voldemort.

- Abelforth... répéta Albus un peu plus fort, avec un avertissement dans la voix.

- Qu'est-ce que vous sous-entendez ? Se rebiffa Kécile. Que l'affection qu'il m'offre n'est qu'intéressé ? Je suis aussi la fille de Ludivine, c'est cela qu'il voit en moi avant toute chose.

- Grand bien te fasse de croire cela. De mon point de vue, je n'ai guère connu ta mère et j'ai pour habitude de ne pas me mêler des affaires d'Albus. Dans la mesure où il se frotte de bien trop près aux affaires de Voldemort et que tu es la fille de ce sorcier, j'estime que vos chances de survies respectives sont assez faibles. Et je n'ai pas envie de me mettre dans le même panier.

- Vous êtes un serpentard...

- ça te pose un problème ?

- Non. Je ne fais qu'un constat.

Albus vint poser sa main sur l'épaule de la jeune fille et dit à voix basse.

- Je t'avais prévenue qu'il ne serait probablement pas très amical.

- Etre amical n'a jamais gardé personne en vie, Albus. Avec ton soi-disant grand cœur et ta soi-disante noblesse, je suis sûr que tu l'entraînes dans ton combat. Et si cette gamine avait deux sous de jugeote, elle ne te suivrait pas. Pour finir comme Ariana, ce n'est vraiment pas la peine.

- C'est moi ou vous ressassez toujours la même histoire ? S'exclama Kécile. Vous sous-entendez quoi ? Que je vais être sacrifié aux ambitions de votre frère ? Albus m'a dit que c'est ce que vous lui reprochez. Vous ne croyez pas qu'il serait temps de changer de disque ? Vous ne voyez pas que la situation n'a plus rien à voir ? Je suis la fille de Voldemort, par Salazar ! N'allez pas reprocher à votre frère de m'engager dans un combat quand je n'ai de toute manière pas d'autre choix.

- Ça c'est ce qu'il te fait croire. Mais laisse moi te dire, Kécile, qu'une gamine comme toi n'a rien à faire dans cette guerre. Et que si tu avais un instinct de survie plus développé que celui d'un véracrasse, tu quitterais son entourage.

- C'est justement parce que j'ai un instinct de survie plus développé qu'un véracrasse que je suis restée avec Albus. Et j'estime qu'avoir une vraie famille en échange vaut le risque. Même si c'est pour avoir un grand-oncle grincheux.

- Un grand-oncle grincheux ?! Dis donc, gamine, tu...

- N'avez-vous pas un portrait de votre sœur ? Interrompit Kécile.

Le vieil homme eut un sourire triste.

- Derrière toi.

Kécile se retourna et observa la jeune fille qui était peinte. Elle les fixait tour à tour d'un regard scrutateur, mais seul le battement de ses paupières indiquait que le portrait bougeait.

- Elle semble si jeune... murmura Kécile. Quel âge avait-elle lorsqu'elle est morte ?

- Elle avait quatorze ans. C'était bien trop jeune...

- Vous savez, je sais que vous tenez encore rigueur à Albus de ce qu'il s'est passé. Mais croyez-vous réellement que votre sœur approuverait ?

- Tu ne l'a pas connue, tu ne sais pas ce qu'a été sa vie. Ne fais pas de suppositions aussi hasardeuses., dit Abelforth d'un ton sec.

- Ariana ? Dit Kécile en se tournant vers le portrait. Vous avez entendu notre conversation. Qu'en pensez-vous ? Ais-je tort ou raison ?

Mais le portrait la fixa tristement sans répondre.

- Ariana n'est pas très bavarde. Elle ne l'a jamais été.

- A ce stade, c'est du mutisme ! grogna Kécile. Vous ne pouvez pas faire une exception pour une fois ? Ce n'est quand même pas du badinage !

- Laisse Kécile, dit Albus.

Kécile tourna brusquement la tête vers son grand-père. Sa voix avait semblé si fragile ! Et elle constat avec stupeur et horreur que des larmes roulaient sur ses joues parcheminées.

Elle tourna un regard interrogateur vers Abelforth. Il haussa les épaules et dit simplement :

- Le portait d'Ariana n'a jamais parlé à Albus.