Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartient pas.

Pour une (très) longue note de l'auteur, voir plus bas. Bonne lecture!


« Comment un être si faible peut-il être si puissant? », chuchota Hadès, une mèche de l'humain entre ses longs doigts.

Camus s'était endormi sur son canapé, comme si la visite de l'ombre n'était jamais survenu et que sa présence n'était pas une menace. Pourtant le medium s'était statufié en le voyant s'attaquer à l'être de fumé, il l'avait vu trembler devant lui avec cet éclat de peur qui hantait ses grands yeux. Maintenant le voilà, sur son sofa grisâtre, une couverture polaire qui ne cessait de glisser à terre. Il ignorait si il devait se sentir touché ou insulté de la 'confiance' qu'on lui accordait.

Il tenu les quelques cheveux turquoise et s'assit devant lui. Au fond, ce n'était pas la faute du médium : son corps devait être exténué sans parler de son cosmo que l'entité avait, malgré lui, drainé. Il avait besoin de quelque chose, de quelqu'un pour tenir dans ce monde le temps qu'il retrouve toute son énergie. Il lui était plus dur qu'il ne l'avait cru de se maintenir dans cette dimension mais il rejetai ça sur le fait qu'il ne soit pas sortit du néant depuis maintenant des millénaires. Un certain temps lui était nécessaire pour s'adapter dans une dimension totalement différente de celle où on l'avait laissé pourrir.

Il pencha légèrement son visage au dessus de celui de son hôte, curieux. Son teint était pâle, d'un bleuâtre blafard dans la pénombre. L'un de ses bras pendaient misérablement, la peau de ses longs doigts frôlant le sol. C'était fou à quel point les hommes avait l'air mort lorsqu'ils dormaient. Si ce n'était pour son torse qui se soulevait à intervalle régulier, il aurait presque pensé que l'humain n'était plus. Il trouvait ça tellement inhabituelle, la respiration du médium en devenait pratiquement hypnotisant. Il était après tout habitué à la présence d'âmes insipides, pas à celle d'un être vivant. Il avait oublié cette sensation, cette chaleur qui habitait les vivants et il trouva rapidement en elle quelque chose de réconfortant.

Hadès n'osa d'abord pas touché l'humain, craignant presque qu'il n'ai définitivement basculé dans la folie et que tout ceci soit une illusion qu'il ai créé de toute pièce, quelque chose pour tromper la solitude. Cependant, la tentation devint trop grande et avant même qu'il n'ai le temps de vraiment y penser, il s'était saisit de quelques longs cheveux qui s'échappait de son chignon désordonné. Dans l'obscurité du jour naissant, sa crinière turquoise était d'un bleu profond, comme un mélange d'encre de chine et de cobalt.

Sur son canapé pâle, Camus semblait parfaitement se fondre alors que lui faisait tâche, sa silhouette imposante penchée avec curiosité au dessus de l'humain. Ce dernier fronça soudainement le nez avant de grommeler doucement et de se tourner dans son sommeil, emportant avec lui la mèche que retenait l'esprit.

C'était curieux... Hadès pencha légèrement la tête sur le côté, replaça quelques de ses propres cheveux derrière son oreille et fronça un peu les sourcils. Les humains étaient vraiment curieux, avec leur âme si facilement influençable et leur cosmos qui s'épuisait à chacune de leur respiration. Ils étaient des choses si fragiles, comme ces poupées de porcelaine qui se brisaient en tombant sur le sol. Il était dur de maintenir un humain en vie, il était dur de tenir quoi que se soit en vie d'ailleurs. Leur énergie vibrait sous leur épiderme avec vigueur, pulsait dans leur veine et nourrissait un feu invisible à leurs yeux. Une flamme qui pouvait rarement percer les ténèbres et qui d'un souffle prenait fin. Inutile contre le vide.

L'entité détourna les yeux de l'humain avec un claquement de langue. Le néant, encore et toujours le néant. Même libéré de cet endroit, il ne pouvait s'empêcher d'y penser. Lorsque Camus l'avait vu, l'avait touché, il eut toujours cet impression de n'être rien de plus qu'une ombre. Dans cette salle légèrement éclairé de la lumière chaude des lampadaires et pâle de l'aube qui approchait, il lui semblait toujours être plongé dans l'obscurité épaisse et étouffante de sa prison. Même libre, il se sentait piégé.

Non, il ne se laisserai pas abattre. On l'avait retenu captif pendant tant de temps, punit pour une raison qu'il ignorait et pratiquement rendu fou mais il avait réussi à s'échapper. Il nourrissait une tendre envie de vengeance pour ceux qui l'avait laissé seul à son sort bien qu'il ignore qui avait fait une chose pareille.

Il serra ses poings, le craquement de ces os emplit le silence un instant, avant de nouveau se détendre. L'entité prit une profonde respiration et reporta de nouveau son attention sur la figure à ses côtés. Ça ne lui servirait à rien de s'énerver maintenant, sinon à lui infligé un nouveau mal de crâne et il n'en était pas particulièrement friand. Il tourna le dos à l'humain et s'appuya contre le canapé, ses longues jambes étendues sur le sol.

« Mon ami, murmura-t-il de sa voix grave en reposant ses mains sur ses genoux. Je doute que tu ai la moindre idée de tout ce que je peux accomplir. Il en va de même pour moi je crois. »

Il frotta sa nuque rapidement et sentit un léger courant d'air froid traverser la pièce. En règle général, cela annonçait le passage d'une âme errante ou quoi que ce soit provenant de l'autre monde. Seulement cette fois rien de particulier, juste le cosmos du verseau qui avait la fâcheuse habitude de s'étendre lorsque ce dernier était endormi, agissant d'ailleurs comme un aimant pour le moindre revenant qui la percevait.

« Tu l'ignores mais j'ai très peu de souvenir de ce qui m'est arrivé. J'ignore tout de ce que j'ai pus être, des raisons pour lesquelles je fus enfermé dans le néant. »

Une pause. Il releva légèrement la tête comme pour réfléchir.

« Cet endroit que tu as vu de tes yeux, cette dimension est le néant. Il m'a fallu nombre d'heures pour le plier et le façonner à ma guise. En vérité, c'est en tout point différent de ce que tu as pus observé. Non, mon ami, c'est une sorte de... Rien. Un rien épais qui entrave tout tes sens. Dans cette prison, les mots ne peuvent franchir tes lèvres, les sons ne font pas vibrer ton oreille et tes yeux sont plongé dans une obscurité éternelle. »

L'entité accompagna ses paroles de gestes brouillons, mimant comme il le put une masse brumeuse alors que ses yeux reposait sur ses propres mains. Puis il soupira, cessant sa petite scène avant de laisser sa tête reposée sur le sofa, observant le plafond où l'orange s'effaçait lentement à mesure que le jour se levait.

« Il y a des choses affreuses dans cet univers, reprit-il dans un souffle fragile. Des choses dont toi et tes amis non pas même idées. »

Il s'accorda une pause qu'il accompagné d'un rire grave et sarcastique qui vibrait au fond de sa gorge. Son regard désabusé ne fixait plus rien en particulier.

« Et j'ai bien peur d'en faire partie. »


Milo rangea son portable dans sa poche de jean une fois arrivé devant l'appartement de son meilleur ami. Il réprimanda difficilement un bâillement et, alors qu'il s'apprêta à frapper sur la porte en bois sombre, celle-ci s'ouvrit à la volé. Le pauvre scorpion sursauta violemment, réveillé pour de bon avant de regarder Camus avec étonnement. Depuis quand tant de violence de si bon matin?

« Euh... Bonjour ?

- Pas l'temps ramène toi ! »

Camus tira vivement sur la manche de son pull gris et le força à entrer dans son appartement, le voyant trébucha d'ailleurs, manquant de près une brève rencontre avec le sol. Ok, c'était vraiment inhabituel, d'autant plus lorsque que le verseau jeta un regard inquiet dans le couloir avant de refermer sa porte à clé. Bien, bien, bien... Ça ne valait vraiment rien de bon.

Milo s'était fait au fil des ans aux attitudes parfois déconcertante du médium mais il connaissait très bien cette expression qui arborait le visage de son ami. Les yeux grands ouverts, le regard agité qui passait avec rapidité d'objet en objet et un demi sourire de gamin qu'il ne pouvait réprimé. Oui, c'était son expression de 'j'ai fait une connerie et je suis content'. La dernière fois qu'il l'avait vu comme ça, ils avaient tout les deux écopé de corvée de nettoyage de la cuisine du Sanctuaire pendant deux longs mois. Sauf que cette fois, le scorpion se doutait que ni bicarbonate de soude ni vinaigre blanc n'étaient impliqués dans l'histoire cette fois.

« Ok, t'as fais quoi encore ? » demanda-t-il en croisant les bras.

Normalement, c'était quelque chose que Camus lui demandait, non le contraire et alors que lui était en général dans un état de panique quand on lui posait cette question, le verseau, lui, était juste fier.

« Et puis comment tu sais que je bosse pas aujourd'hui d'abord ?

- J'ai tes horaires du mois. »

Camus ne croisa même pas le regard de son ami, son attention totalement ailleurs pendant que Milo le regardait, la bouche légèrement entrouverte. Il a quoi ? Son planning de travail ? Mais comment avait-il seulement fait pour le récupérer ? Non, il voulait même pas se poser la question. En faite, il savait pertinemment que c'était typique de Camus d'obtenir des trucs pareils. Ça devrait même plus l'étonner.

« Il est 9 heure du mat' Camus, alors je te jure que tu as intérêt à avoir une bonne raison pour me tirer du lit à cet heure là! Sinon tu peux aller te faire fout-

- Sans moi tu aurais passé ta journée à dormir de tout manière.»

Le verseau croisa les bras sur sa poitrine, cette fois les yeux rivés sur son ami à quelques pas de lui. Oh comme Milo n'aimait pas ce sourire qui révélait les canines du médium, il lui donnait des allures de savant fou qui venait d'accomplir la plus folle et risquée des expériences.

Le scorpion pria intérieurement : faite que Camus n'ai pas fait une connerie. Il en faisait très rarement mais lorsqu'il en faisait... Une calamité sans nom, oscillant entre exploitons non-intentionnel et désastres pouvant plausiblement mené à la fin du monde. Non, son meilleur ami ni allait vraiment pas avec le dos de la cuillère quand une crise de crétinerie le prenait.

« Oui bah tu vois, c'est ça le concept d'un jour de repos : rester au stade larvaire.

- T'en fais pas, même pendant tes jours de travail t'es pas loin de la larve. »

Le grec se contenta de lui lancer un regard noir, faussement vexé par le commentaire. Note à lui même, ne pas laisser Camus trop longtemps avec Aphrodite. Le verseau renifla, amusé par la réaction et décroisa les bras.

« Je te hais.

- Vraiment ? J'ai fait des pancakes. »

Son visage s'illumina à la mention de nourriture et il observa son ami avec un regard presque aussi pétillant que le sien. Doucement, il s'approche de lui avant de lui prendre la main, feignant l'émotion et les larmoiements.

« Je t'aime. » murmura-t-il d'une voix faussement tremblante.

Le verseau retira rapidement sa main des vilaines pattes de son ami, quoique relativement amusé par le petit coup de théâtre de Milo. Cet homme était un spectacle à lui tout seul !

« Tsss ! Je sais vraiment pas ce que tu ferais sans moi.

- Si tu veux mon avis, je ferai marcher le commerce de plat tout prêt. Enfin bref, qu'est-ce que je fais la exactement ? »

Oh-ho... Le sourire démoniaque et le regard brillant firent leur retour. Il n'aurait peut être pas dû demandé en faite. Satané curiosité, elle aura sa peau un jour ! Sans ajouter un mot, Camus passa devant lui sans un bruit et s'arrêta à l'entrée de son couloir. D'un geste de la tête, il fit signe à Milo d'avancer, ce qu'il fit, et le mena jusqu'à sa chambre dans un silence religieux.

Sa porte était grande ouverte, la lumière de la pièce s'échappant sur la moquette du couloir. Le scorpion se sentait de moins en moins rassuré mais continua cependant d'avancer, il ne voulait pas contrarié le français. Celui-ci se calla contre le chambranle de la porte, les bras croisés sur son torse et observa un instant l'intérieur de la pièce avec ce qui semblait être un sourire las. La lumière était pâle, sans éclat particulier et sans vie, faisant ressortir les cernes sous les yeux de l'homme et les plis fatigués qui ornaient son visage depuis quelques semaines déjà.

Puis il planta son regard indigo dans ceux du voyant et d'un signe de la tête l'invita à regarder à l'intérieur de sa chambre. Ce n'est qu'à cet instant que Milo se rendit compte qu'il avait cessé d'avancé, arrêté à quelques pas. Avec hésitation, il finit par se décider et franchit le peu d'espace qui le séparait de son meilleur ami. Il savait pas à quoi s'attendre... Peut être que Camus c'était enfin décidé à adopté un animal ? Cette pensée le fit sourire.

Son sourire disparut aussitôt qu'il jeta un coup d'œil dans la chambre de son ami. Un homme. Il y avait un homme allongé sur les couvertures du lit toujours fait. Il leur tournait le dos, totalement immobile, ses longs cheveux noirs se confondant avec sa... tunique ? La seule chose qui indiquait qu'il ne s'agissait pas d'une femme était peut être la largeur de ses épaules.

Camus regarda avec amusement son ami, les yeux toujours fixé sur Hadès, ouvrir grand la bouche avant de la refermer. Puis de la rouvrir. Une centaine de pensées semblaient passer dans

ses yeux, se confondaient et se mélangeait dans son esprit alors qu'il essayé de reprendre ses esprits. Il fronça les sourcils, cligna frénétiquement des yeux. Il fronça son nez et pinça ses lèvres avant de secouer la tête de gauche à droite. Tant d'expression se mêlaient sur son visage, le verseau regrettait presque de ne pas avoir de caméra sous la main.

Enfin, Milo tourna la tête vers lui et posa une main sur son épaule. Ce fut au tour de Camus d'être quelque peu étonné lorsqu'il croisa ce qu'il reconnaissait comme de la détermination sur le visage de son ami.

« Ok Camus, t'en fais pas je sais quoi faire. J'ai une pelle chez moi et je connais un endroit où personne n'ira fouiner. »

Le verseau le regarda, perplexe, avant de lever un sourcil. Il... Il n'était pas sérieux quand même ? Pourtant non, Milo avait l'air résolu et il doutait fortement que ce ne soit encore qu'un petit coup de comédie de la part de son ami.

Quand un léger grognement fit brusquement sursauté le scorpion qui jeta un regard paniqué sur l'homme. C'était quoi ce bordel ?

« Oh mon dieu Camus ! Il est encore en vie !

- Oui, en vie. Enfin je crois. J'ai des légers doutes là-dessus mais oui. On peut dire qu'il est en vie. »

Milo ne l'entendit pas, désormais en train de secouer le verseau sans décroché l'homme de ses yeux grands ouverts. C'était quoi ce bordel à la fin ? C'est bon, Camus était définitivement devenu un fou dangereux. Il avait craqué, trop de pression sur ses épaules. C'était la faute de Shaka. C'était toujours la faute de Shaka de toute manière !

« Mais qu'est-ce que tu compte faire avec lui exactement ?! » glapit-il.

Camus prit fermement les avant-bras du scorpion, le forçant à cesser de le malmener. Il pouvait presque entendre les pensées farfelus et très inquiétant de son ami. C'était bien lui, toujours à s'imaginer n'importe quoi et à paniquer.

« Milo stop ! Arrête Je sais exactement ce que tu es en train d'imaginer et non crois moi, je ne l'ai pas drogué. Je ne compte pas lui faire quoi que se soit non plus alors enlève toutes suites ces stupides... suppositions de ta tête !

- Oui bah excuses-moi mais met toi un peu à ma place ! »

Le scorpion gesticula, désignant de ses bras la personne allongé. C'est vrai que la situation avait tout pour être suspect : un homme inconscient dans sa chambre, le sourire plus effrayant que malicieux qu'il abordait depuis qu'il avait ouvert la porte, son attitude étrange. Bon, il accordait à Milo le droit de s'inquiéter mais zut ! Il n'était pas assez tordu pour enlever et droguer un homme adulte. D'autant plus lorsque l'homme en question devait faire trois tête de plus que lui.

« C'est absolument pas ce que tu crois Milo. »

Le voyant croisa les bras sur sa poitrine et leva les yeux au ciel en entendant marmonner son ami. Il avait au moins retrouvé un tant soit peu son calme mais restait tout de même légèrement tendu.

« Génial, tu viens de rendre tout ça encore plus suspect tu sais ? »

Camus n'écouta pas, passa devant son ami qui soupira et contourna le lit pour s'accroupir face à l'homme endormi. Milo n'osait pas s'approcher : il y avait quelque chose qui n'allait définitivement pas dans tout ça. De tout façon, depuis le moment où il avait posé un pied dans l'appartement de son meilleur ami, il se sentait oppressé. Il y avait quelque chose qui le dérangeait. C'était comme si l'atmosphère qui régnait en ces lieux était chargé et c'était franchement désagréable comme sensation.

« Tu sais qui c'est au moins ? » finit-il par demander en décroisant les bras.

Camus réfléchit un court instant et perdit toute la confiance en lui qui l'habitait il y a pourtant quelques instants. Il voulait dire la vérité à Milo, entre autre parce que le grec était son meilleur ami et qu'il ne supportait pas lui mentir ou lui caché quoi que se soit. Le verseau se frotta légèrement la nuque sous le regard inquisiteur du voyant.

« Oui, enfin.. Je connais son nom. Et ce qu'il est... »

Milo releva un sourcil, septique. Il se rappela qu'encore une fois c'était l'inverse habituellement. Camus lui posait ce genre de question et lui y répondait tout penaud. Ce qu'il pouvait détester ça quand les situations s'inversaient !

« Et il est ?...

- ... L'entité

- L'entité ?

- L'entité qui nous a attaqué. »

Milo se figea, soudain glacé par le choc. Il cligna une fois des yeux, puis deux, faisant de son mieux pour comprendre et encaisser ce qu'on venait de lui dire. Ce fut long, très long. Le voyant le regardait, les yeux grands ouverts, la bouche entrouverte et Camus ne put s'empêcher de grimacer légèrement. Est-ce qu'il venait de le tuer ? Il aurait peut être dû lui annoncer ça d'une autre façon.

« Tu te moque de moi ?! »

Le verseau grinça des dents lorsque la voix anormalement aigüe de son meilleur ami faillit lui crever les tympans. Cette fois, il avait bien conscience qu'il méritait qu'on lui crie dessus.

« Non mais tu te moque de moi ?! »

Le scorpion reprit ses gesticulations et avant que Camus ne s'en rende vraiment compte, il s'était relevé et vint plaquer la main sur la bouche de son ami sans aucune délicatesse. Celui-ci se débattit et tenta en vain de pousser le verseau. Il avait beau être plus fort que lui, Camus avait tout de même une certaine poigne.

« Chuuut Milo !, siffla-t-il à voix basse. Je t'en pris laisse le dormir. »

Le voyant le regarda comme si il était un ahuri avant de lui jeter un regard noir. Mais il voulait qu'il réagisse comment à la fin ?! Il venait de lui annoncer qu'il y avait un démon chez lui, démon qui a potentiellement tenté de le tuer et il n'avait même pas le droit d'être choqué ? Il avait eu des doutes mais cette fois il en était sûr : son meilleur ami avait bel et bien perdu la raison !

Un rire grave et roque s'éleva doucement dans la chambre et du coin de l'œil, le scorpion vit les larges épaules de l'homme secouées. C'était effrayant, c'était encore plus qu'effrayant. Ça lui donnait la franche envie de prendre les jambes à son cou. Pourtant Camus lui ne leva qu'un sourcil, les yeux rivés sur l'entité.

« J'ai le pouvoir... »

La voix profonde de l'esprit était si sombre qu'elle glaça Milo. Il s'attendait à le voir se relever, dans une cruelle lenteur qui ne le ferait qu'appréhender le sort qu'il leur réservait mais rien. Non, l'entité se contenta de soudainement se figer et d'ajouter d'une voix quelque peu déçue :

« Mais je fais quoi maintenant ? »

Confus, le voyant interrogea silencieusement son ami du regard, ami qui désormais avait une expression qui se rapprochait de la sympathie et même de l'attendrissement. La fatigue qui se lisait sur son visage semblait avoir momentanément disparut.

« Camus ?...

-Il parle dans son sommeil. »

Milo fronça seulement les sourcils. Il était surement aux alentours de 9h30 du matin désormais et il venait de faire la rencontre d'une entité qui ne lui avait pas laissé la meilleure impression possible. Rapidement, Camus tira son ami dans le couloir par le coude et referma la porte derrière eux en faisant bien attention de ne pas faire le moindre bruit. Un petit rictus satisfait sur ses lèvres, il s'avança à pas de loup vers son salon.

« Tu viens ? » chuchota-t-il à Milo qui n'avait pas bougé.

Le scorpion grogna légèrement, si il pensait s'en tirer ainsi ! Sans un mot, il traina des pieds jusqu'à l'homme et baissa les yeux. Ce que ça l'énervait ! Et dire qu'il avait dit aux autres qu'il n'y avait aucune chance que Camus décide de sympathiser avec un esprit qui leur voulait du mal... Il aurait dû s'en douter ! Fatigué et agacé, il se laissa pratiquement tomber sur l'une des chaises en bois. Camus était déjà en train de sortir deux tasses et l'odeur de café envahissait doucement la pièce.

« Tu sais Camus, commença Milo en passant ses mains sur le visage, quand je te disais d'adopter un animal de compagnie, je ne pensais vraiment pas à ça. »

Il entendit son ami rire doucement, au moins lui semblait s'amuser. Pourtant la situation n'avait pas grand chose de marrant... Les pancakes avaient intérêt à être délicieux parce qu'à ce moment, le voyant avait vraiment besoin de quelque chose pour lui faire oublier tout ce... ce bordel ! Il attendit patiemment, posa son coude sur la table et son menton au creux de sa main avant de regarder par la fenêtre.

Il aurait put débattre intérieurement sur le fait que son meilleur ami soit en réalité la personne la plus inconsciente qu'il connaisse, ou encore sur la façon dont cet idiot de moine voyait toujours juste. Seulement cette fois rien. Ils avaient touché le fond, ça y est. Le scorpion était tellement inquiet qu'il en était arrivé à s'en foutre complètement et jamais il n'aurait jamais cru ça possible. Il se contenta de détailler les immeubles face à lui, les appartements dont les grandes baies vitrées laissaient dévoiler les vies de leurs habitants. Il y avait une mère qui poussait pratiquement dans les mains de son fils ce qui semblait être un sac à dos et deux étages plus bas, un homme entre deux âges regardait la télévision, le visage pratiquement collé à l'écran. Quelle vie paisible ils semblaient mener !

Milo fut tiré de sa contemplation par le bruit sec de la porcelaine contre le bois. Sursautant légèrement, il détacha sa tête de sa main et offrit à Camus un regard blasé. Regard qui s'effaça bien vite quand l'odeur alléchante des pancakes chatouilla ses narines. Il aimait penser qu'il ne pouvait pas se faire facilement acheter par le médium mais c'était totalement faux. Le grec se saisit de sa fourchette et soupira :

« Je te déteste parfois... »

Le verseau s'assit à ses côtés, lui et son stupide sourire satisfait, et prit une gorgée de son café aussi brûlant que sucré. Puis il fit doucement tourner le sombre liquide, perdu dans ses propres pensées. Milo mangea silencieusement, cette scène lui rappelait les nombreux lendemain de soirée qu'il avait passé chez le français. En général, c'était Camus qui le ramenait, ce dernier buvant rarement. Il lui arrivait parfois de ramener d'autres personnes, en particulier Saga et Kanon, le premier des jumeaux ne supportant pas l'alcool et le deuxième défiant trop souvent Milo dans un concours de boisson. C'était sûrement les meilleurs soirées qu'il ai passé.

« Saga et Kanon vont rentrer la semaine prochaine.

- Je sais, je leur ai parlé hier, répondit Camus sans entrain. Tu leur a raconté, n'est-ce pas ?

- Écoute, j'avais besoin de parler à quelqu'un de cette soirée et t-

- Je ne parle pas de la soirée. »

La voix du verseau était tombée de quelques octaves, ce qui laissait entendre que Milo avait fait une connerie. Rapidement, il essaya de se rappeler la conversation sous le regard noir de son ami. Il avait parlé aux jumeaux de la soirée, du moment où Shun s'était fait posséder et celui où Camus était littéralement dans le comma. Il y avait le démon et... Oh. Le démon... Était-ce pour ça qu'il était tant en colère ? Parce qu'il avait sûrement insulté le truc qui dort dans sa chambre ?

« Euh... De quoi exactement alors ?

- Tu leur à dit que j'avais vomi sur Shaka !, s'exclama le médium soudainement.

-Oh... Oui. Désolé. Mais c'était vraiment marrant tu sais. »

Le sourire de Milo était contagieux et Camus ne put se résoudre à bouder plus longtemps. C'est vrai que quand il y pense, ce moment, aussi peu ragoûtant soit-il, avait dû être quelque peu amusant. Secouant la tête de droite à gauche, le verseau s'accorda un sourire.

« Je suppose que tu as raison.

- Bien sûr que j'ai raison ! J'ai toujours raison !

- Même cette fois où tu t'es inscrits dans un tournoi national de poker parce que, je cite : « les cartes ont dit que j'allais gagner » alors que tu as perdu au premier tour ?

- C'est fourbe ça Camus. C'est fourbe et tu le sais. »

Milo bouda à son tour, non sans piocher une nouvelle fois dans son assiette de pancakes. Ils étaient tellement moelleux et gorgés de sirop d'érable à tel point qu'il avait pratiquement l'impression de mordre dans un nuage. Seulement, le rictus moqueur du verseau disparut rapidement, remplacé par un froncement de sourcil qui l'inquiéta.

« Hm... Milo... Pour Hadès...

- Hadès ?..., le scorpion pencha la tête sur le côté.

- Tu sais... L'entité. Il s'appelle Hadès. »

Il vit son ami faire des gestes brouillon en direction du couloir et plus certainement de sa chambre. C'est fou mais pour la première fois depuis le début de la journée il avait l'air un minimum désolé.

« Je ne vais pas te dire qu'il est inoffensif, ce serait totalement faux mais il n'a pas l'air de me vouloir le moindre mal. Je veux dire, Camus frotta l'un de ses bras avec gêne, je sais bien qu'il s'en est prit à Shun et qu'il m'a plus ou moins enlevé mais...

- Mais ?

- Mais si il avait voulu me tuer il l'aurait fait depuis longtemps. »

Milo inspira profondément : il n'était pas énervé ni même réellement agacé. En faite, il était plus partagé entre diverses réactions, la première étant de balancer une bassine d'eau glacé sur l'homme assit à côté de lui. Il posa sa fourchette dans son assiette à moitié finie et posa une main sur son épaule.

« Tu es complètement taré Camus. » déclara-t-il avec sincérité.

Le médium haussa un sourcil, c'était une étrange façon de réconforter quelqu'un mais certes. Au moins il ne criait plus.

« Tu as décidé d'adopté un esprit qui, comme tu l'as dit, pourrai te tuer sans problème seulement je suis sûr que tu as tes raisons. Et comme je suis capable de faire brûler des plats tout près, crois moi je vais continué à te squatter pendant un bon bout de temps, esprit maléfique ou non. »

Camus sourit un court instant avant d'agripper la manche de son ami et de le tirer dans une étreinte qu'il offrait rarement. Le scorpion tapota légèrement sur son dos pour le réconforter comme il le pouvait alors qu'il oubliait déjà d'en vouloir au médium de protéger ce qui devait être sans aucun doute un démon plutôt qu'un chaton, un chiot ou même un hamster.

« Merci Milo.

- De rien... »


« Hyoga ? »

Le jeune adolescent releva la tête de son cahier, adressant un regard perdu à l'homme qui se tenait dans l'encadrement de la porte. Il frotta légèrement son poignet avant de chercher mentalement ce qu'il avait put faire pour que le directeur de l'orphelinat se tienne devant lui. Sans un mot, le garçon se tourna vers Isaac qui abordait la même expression surprise, celui-ci remarqua sa détresse mais haussa seulement les épaules. Lui non plus n'avait pas la moindre idée de ce que l'homme faisait ici.

« Monsieur ?, demanda-t-il hésitant en croisant ses iris mauve.

- Tu as de la visite Hyoga. »

Isaac se tendit derrière lui. Oh ça ne valait rien de bon... Ils savaient à présent tout les deux de quoi il en retournaient et le jeune blond sentait déjà des sentiments contradictoire poindre en lui. Hyoga posa son stylo sur son livre de mathématique encore ouvert, se releva doucement avant de pousser sa chaise contre son bureau. Il inspira profondément, une partie de lui avait envie de fuir à l'autre bout de la terre et une autre avait envie de sauter dans les bras de Camus. Ces derniers jours étaient passés à une vitesse folle pourtant il avait l'impression que la dernière fois qu'il avait vue le médium remontait à des années. Quatre jours, voilà le temps qui s'était écoulé et alors que sa colère s'était calmé, il doutait d'avoir la force pour faire face à l'homme.

« Ça va aller ?

- Oui Isaac, ne t'en fait pas. »

L'adolescent aux cheveux verts grimaça légèrement. Il ne pouvait pas vraiment s'empêcher de s'inquiéter, Hyoga était son cadet et il était dans son habitude de bien faire attention à ce qu'il ne lui arrive rien, bien qu'entre les deux il soit la tête brûlée. Pourtant il ne dit rien de plus et ne l'empêcha pas non plus de suivre le directeur. Cette fois, il n'y avait rien de plus qu'il puisse faire.

Les pierres du couloirs étaient tellement sombre lorsqu'il faisait nuageux, comme celles des vieux châteaux hantés. Si il devait être sincère, Hyoga pensait sans aucun doute que le Sanctuaire était hanté et le nom seul de l'établissement suffisait à le faire frissonner. Même si les bâtiments étaient parfaitement aux normes et avaient été refait il y a quelques années, il y régnait cette atmosphère séculaire digne de vieux couvant ou monastère. L'orphelinat du Sanctuaire portait tellement bien son nom...

À quelques pas devant lui flottait l'épaisse chevelure d'un... blond verdâtre. Il n'avait jamais vraiment réussit à en distinguer la nuance exacte. Hyoga avait les cheveux blond, Isaac et Shun avaient les cheveux verts mais la tignasse du directeur était une couleur à elle toute seule. Shiryu, un garçon que Seiya aimait bien embarquer dans ses folles aventures, lui avait dit un jour que c'était un mélange entre un vert tilleul et un jaune moutarde.

Sans vraiment s'en rendre compte, ils étaient déjà rendu devant une large porte de bois sombre. Le directeur l'ouvrit rapidement et Hyoga retint son souffle, incapable d'avancer. Il resta figé comme un idiot.

« Je suis désolé de t'avoir fait patienté, tu sais à quel point le Sanctuaire est vaste.

- Ce n'est rien. »

Les voix des deux hommes lui parvenait avec un léger écho : la salle des visites étaient particulièrement vaste et peu fournit. Seules quelques tables et chaises y avaient leur place alors que les grandes fenêtres laissaient passer la lumière du jour. Hyoga prit son courage à deux mains, expira l'air qu'il retenait dans ses poumons avant d'enfin oser s'avancer.

Camus se tenait là, légèrement assit sur le rebord d'une des larges tables blanche au centre de la pièce. Ses cheveux avaient été attachés à la hâte et le col de sa veste n'avait pas été correctement mit autour de son cou. Il manquait de sommeil, enfin bien plus que d'habitude et il était évidant qu'il n'avait pas encore récupéré de leur mésaventure du week-end. Le jeune garçon s'avança doucement et senti au fur et à mesure la culpabilité serrer sa gorge.

« Camus... »

Sa voix s'était cassé avant qu'il n'ai le temps de dire quoi que se soit, de seulement réussir à s'excuser. À la place il serra dans ses poings le bord de son haut, il laissa sa tête baisser, trop honteux pour simplement oser faire face à son ainé. Il pouvait déjà sentir son regard perçant sur ses épaules.

« Je vous laisse.

- Merci Shion. »

Une fois seul, Camus soupira et tira une chaise sur laquelle il s'assit. En faite, il s'était plus effondré sur le pauvre fauteuil de bois. Il attendit patiemment que Hyoga en fasse de même mais le garçon n'osait plus bougé, lui rappelant l'une de leur première rencontre. Camus venait d'avoir 14 ans à cet époque, Hyoga lui en avait à peine 7. Le garçon n'était pas du genre à montrer ses faiblesses pourtant à cet instant il ressemblait en tout point à l'enfant perdu et tremblant que lui avait confié Shion.

« Hyoga je t'en pris, assieds toi. »

Sans un mot, il s'assit comme par reflexe et manqua de peu de se retrouver par terre. La honte c'était, au cours de ces dernières secondes, mutée en une sorte de stress étrange, lui qui n'avait pas vraiment à craindre quoi que ce soit. Il s'était répété ceci ces derniers jours pourtant il se sentait tellement coupable, autant envers Shun que Camus.

Le médium posa ses coudes sur ses cuisses et joignit ses poings. Puis il réfléchit : par où devait-il commencer exactement ? Il observa ses mains, le regard lointain. Il connaissait Hyoga, il savait à quel point le garçon devait se sentir mal.

« Écoute Hyoga, je crois que c'est aussi dur pour toi que pour moi seulement. Avant tout, j'aimerai que tu relève la tête. »

L'adolescent secoua rapidement la tête de droite à gauche, ses longues mèches blondes fouettèrent son visage qu'il gardait farouchement baissé. Au dessus de lui, il entendit l'homme de nouveau soupirer, puis le bruissement de ses vêtement se mêler à la chaise que l'on reculait. Avant qu'il n'ai le temps de s'en rendre compte, Camus était accroupi devant lui et l'observait avec peine. Hyoga fronça les sourcils : l'avait-il déjà vu avec de telles cernes ?

« Crois le ou non, mais je me sens affreusement coupable. »

Le blond pencha la tête légèrement sur le côté, enfin disposé à écouté son ainé.

« J'ai trahis ta confiance et je t'ai profondément blessé Hyoga. Si il y a quelqu'un qui doit se sentir coupable ici, ce n'est pas toi.

- Mais j'ai invoqué un démon ! », protesta-t-il soudainement.

Il se leva soudainement de sa chaise, la faisant pratiquement tomber et s'élança jusqu'à l'une des grandes fenêtre. Camus se redressa doucement. Il était étonné par un si soudain élan de rage, quand bien même s'en était mais ne répondit pas, laissant le temps au garçon de continuer si il le désirait.

« J'ai... Par ma faute Shun aurait put mourir ! Tu aurait pus mourir ! Tout ça... Tout ça parce que j'ai été puéril ! Trop égoïste et idiot juste respecter ce que tu nous avais dis ! »

Il se tourna un instant vers le médium, ses grands yeux bleus écarquillé, sa respiration rauque et saccadée alors qu'il commençait à gesticuler. Camus reconnu son expression : ce n'était pas de la colère mais de la panique, le garçon devait sans aucun doute avoir le cœur qui battait à tout rompre sans même s'en rendre compte.

Rapidement, le medium franchit l'espace qui les séparait et se saisit de ses épaules dans un but vain de le faire revenir à lui. Malheureusement, Hyoga continuait son discours, perdu dans le flot de pensées qu'il n'avait jusqu'à maintenant pas réussit à exprimer.

« Si je n'avais pas été là !... Si je n'avais pas été là rien ne se serait passé ! Je suis horrible ! Je suis horrible !

- Hyoga. Hyoga écoute moi ! »

Le garçon n'écoutait pas, il n'arrivait même plus à comprendre ce que lui même disait. Il avait juste cette horrible impression d'être au sommet d'un immeuble et de regarder en bas. Ce n'était pas le sol qu'il voyait, seulement du noir. Juste du noir, rien d'autre, le néant.

Il avait essayé de l'ignorer mais il revenait sans cesse, ce sentiment d'être oppressé, de ne pas avoir d'issue. Les immeubles de la ville l'oppressaient, ils se refermaient sur lui comme un labyrinthe dont il ne trouvait pas la sortie. Le ciel au dessus des grandes plaines autour de l'orphelinat l'oppressait, il le bouclait dans un monde qu'il ne comprenait plus.

Il l'avait caché, parce que c'était plus simple. Parce qu'il pensait qu'avec un peu de chance, il finirait par oublier tout ça. Il ne l'avait jamais dit, il avait peur qu'on le prenne pour un fou mais surtout il ne l'avait jamais dit à Isaac et Camus parce qu'en leur présence, il avait l'impression d'être normal. Seulement il fallait bien qu'il craque un jour et le voilà, incapable de respirer normalement ou de seulement sentir la présence à ses côtés.

À cet instant, c'était lui et le néant.

Doucement, il chercha à se recroqueviller : Il ramenait lentement ses bras sur sa poitrine et ses jambes commençait à fléchir seulement Camus ne le laissa pas faire. Le saisissant par les poignets, il l'amener délicatement contre lui jusqu'à pouvoir l'encercler de ses bras puis soutenir le poids de son corps. Hyoga pleurait à présent, des bribes de phrases étaient tout ce qu'il réussissait à dire, des mots aux hasards qu'il bredouillait entre deux respirations haletantes. Il était dévasté, abattu.

« Je suis désolé ! Je-je suis désolé ! Je suis désolé ! »

Tant de temps à se forger l'apparence de quelqu'un de fort, tant de temps à faire semblant de ne rien ressentir pour que tout ceci parte en fumée. Si il n'avait pas été plongé dans une telle crise d'anxiété, il se serait sentit si pathétique. Il avait craqué alors qu'il s'était promit de ne pas montrer cette facette de lui à qui que se soit.

« Hyoga... Hyoga ça va aller. »

Camus passa une de ses mains dans ses cheveux blonds, un geste qui lui permettait de se calmer quand il était petit. De son autre main, il gardait fermement l'adolescent contre lui, il n'était pas question qu'il le lâche à présent. Il se sentait déjà si abandonner...

Peu à peu, il commençait à parler un mélange de grec et de russe, abandonnant enfin les excuses qu'il ne cessait de répéter quelques minutes auparavant. Ses mains vinrent s'accrocher autour de la nuque du médium, instinctivement, et il pressa son visage contre le tissue du haut de son ainé rendu humide par ses larmes. S'accrocher était en faite un bien faible mot, il se cramponnait littéralement à l'homme.

« Je suis là. Tout va bien... Je suis là ne t'en fais pas. Tout va bien se passer. »

Sa voix était si calme, si douce, l'adolescent se laissa doucement bercé, non s'en continuer de pleurer. Il sentait progressivement la peur le quitter pendant que son cœur reprenait un rythme normal. Camus resserra son étreinte autour de lui sans jamais arrêter de passer une main dans ses cheveux. Il n'avait pas vue de telle crise d'angoisse depuis longtemps, il n'avait d'ailleurs jamais vue Hyoga dans cet état.

« Tout ira bien Hyoga. » , murmura-t-il doucement.

Il fallu encore quelques longues minutes avant que le jeune verseau ne soit totalement calmé. Il releva la tête doucement et sécher ses larmes du revers de sa manche tout en reniflant. Ses yeux étaient rouge et boursoufflés et des sillons humide s'étaient formés sur ses joues mais il était enfin débarrassé de la panique qui l'avait secoué précédemment.

« Ça va mieux ? » demanda Camus, les mains désormais posé sur ses épaules.

Le regard de Hyoga le fuyait délibérément pendant qu'il hocha affirmativement la tête.

« Oui. Désolé.

- Ce n'est pas de ta faute. »

Camus releva la tête rapidement, réfléchissant un peu avant de nouveau regarder l'adolescent.

« En faite, rien de tout ça n'est de ta faute. C'est la mienne en faite... Et celle de Seiya aussi, soyons franc.

- Seiya voulait seulement m'aider...

- Tu ne vas pas me faire croire que tu es celui qui l'a forcé à joué avec une planche de ouija... en carton de pizza. »

Hyoga ne répondit rien, reniflant légèrement. C'est vrai que s'était l'idée du brun mais il n'avait pas non plus envie de le dénoncer, c'était son ami après tout. Camus soupira.

« Il a déjà avoué Hyoga... »

Cet idiot, se dit le blond, capable de se dénoncer après avoir fait un truc aussi grave. Était-il mature ou avait-il un si grand sens du sacrifice ? Hyoga ignorait la réponse.

« Mais comme je l'ai dit, c'est surtout ma faute. Je n'aurais pas dû te mentir, trahir ainsi ta confiance.

- Tu as fais ça pour mon bien..

- Non Hyoga, je t'ai fais bien plus de mal que de bien. À cause de moi, tu n'as jamais pût réellement faire ton deuil. »

Le garçon se mordit l'intérieur de la joue. 'Deuil', il haïssait ce mot. C'était la façon poli pour dire qu'il fallait tout oublier de quelqu'un qu'on a aimé, qui a compté. Renier tout un pan de sa vie. Il n'était pas prêt à faire ça et il doutait qu'il soit prêt un jour.

« Pardonne moi Hyoga. Je ne te mentirai plus ainsi. »

Il fallut de longues minutes pour que l'adolescent ose enfin regarder celui qu'il considérer comme sa famille. Il aurait put continuer à garder la tête baisser, honteux d'avoir dévoilé une facette si faible de sa personnalité mais il gardait ce sentiment pour plus tard, quand il serait seul. Pour l'instant, il accepta les excuses qui lui était présenté, il faudrait bien sûr du temps pour de nouveau faire confiance à Camus comme il l'avait fait auparavant cependant il ne pouvait pas se résigner à le haïr ou à le fuir. Après tout, lui aussi avait menti et il ne doutait pas qu'il mentirai de nouveau, essaierai de lui faire croire encore une fois que tout allait bien lorsqu'ils savaient pertinemment que c'était faux.

Hyoga accepta en partie de se pardonner d'avoir fondu en larme, ce qui en soit était quelque chose d'énorme pour lui. Malgré la douleur qu'avait apporté cette histoire, le chaos que tout ceci avait engendré, il se sentait soulagé que quelqu'un sache. C'était dur de montrer que quelque chose n'allait pas, le blond avait cette peur, celle qu'on ne le voit plus que comme un fou et qu'on le traite comme un malade alors qu'il était un peu plus que ça. Il n'était pas tout le temps malheureux, au contraire, souvent il allait parfaitement bien cependant... chaque fois qu'il subissait une crise d'angoisse, il avait l'impression de n'avoir ressenti que de la douleur toute sa vie. C'était fatiguant.

Soudainement, Camus sembla se rappeler de quelque chose et sortie d'une des poches de sa vestes une enveloppe blanche dont l'un de coins était légèrement plié. À la lumière pâle du soleil derrière les nuages, le papier semblait d'un blanc grisâtre et il pouvait pratiquement en distingué le contenu. Le médium poussa alors la lettre dans ses mains. Il lui lança un regard curieux : y avait-il quelque chose de particulier aujourd'hui ?

« Joyeux anniversaire Hyoga. » souffla le médium entre ses lèvres qui formaient un sourire affectueux.

Les yeux bleus du garçon s'agrandir alors que sa bouche forma un 'o' parfait. Mince, il avait totalement oublié que c'était aujourd'hui... Cette histoire de démon avait tant envahit ses pensées qu'il en avait totalement zappé ce 'léger' détail. Comment était-on capable d'oublier son propre anniversaire ?

Sans plus attendre, il déchira pratiquement le papier blanc de l'enveloppe tout en faisant bien attention de ne pas abîmer le contenu, et en sortit deux ticket bleu océan. Des motifs de vagues d'un bleu ciel se détachaient du fond et des petits poissons paraissaient nager entre les lettres blanches imprimées sur le carton. Hyoga releva rapidement la tête vers son ainé, à présent stupéfait face à l'air satisfait de Camus.

Ses yeux retombèrent sur les tickets, relisant avec soins les quelques mots imprimés. Un baptême de plongé.

« Merci... »

Le médium lui ébouriffa les cheveux, passant ses doigts entre les mèches blondes déjà bien emmêlées. Faire de la plongé sous-marine avait été une sorte de rêve pour Hyoga et depuis qu'ils se connaissent, Isaac et lui passaient leur été à patauger dans la mer, se défiant pour voir lequel pouvait tenir en apnée le plus longtemps. Bien sûr, Hyoga l'avait toujours battu à plate couture mais le garçon aux cheveux verts n'avait jamais abandonné pour autant.

Il n'avait même pas demandé à Camus pourquoi lui avoir offert deux billets, ça lui était évidant. Isaac et lui était après tout vraiment inséparable et faire de la plongé sans lui ne serait pas aussi amusant que cela devrait être.

Hyoga serra les billets contre lui, des étoiles dans les yeux, avant de s'accrocher au cou de Camus. Ce dernier tapota légèrement son épaule, un signe de réconfort, avant que l'adolescent ne le lâche. Son regard azur était pétillant et toutes la peine et la douleur qui l'habitaient avaient disparut. Même la lumière blafarde qui s'engouffrait par les grandes fenêtres n'arrivait pas à ternir la joie qui irradiait de son sourire.

« Bien, je crois que tu as un devoir de math bientôt, je me trompe ? »

Et c'est ainsi que le sourire resplendissant du garçon s'effondra à la simple mention du mot 'devoir'. À moins que ce ne soit 'math' le problème. Camus renifla, amusé face à l'expression renfrogné qu'on lui offrait.

« Allez Hyoga, à ce week-end.

- À ce week-end Camus ! »

Il rangea les tickets dans sa poche de jean, fit un signe de la tête à son ainé et quitta la salle non sans afficher une joie nouvelle. Il parcouru rapidement les grands couloirs sombres et ne pensa même pas à la façon dont les toiles d'araignées s'agglutinaient dans les coins ou à quel point la journée de demain allait être longue et inintéressante. À la place, il se dépêcha d'arriver jusqu'à sa chambre, sans même savoir pourquoi.

D'un geste rapide, il ouvrit la porte en bois et vit Isaac sursauter, son visage précédemment penché au-dessus d'un bouquin de cours.

« J'ai faillit avoir une crise cardiaque ! »

Hyoga ne répondit pas et ferma d'un coup de coude la porte derrière lui. Il traversa la pièce rapidement et vint s'asseoir sur sa chaise, tel un robot, pourtant son sourire trahissait une émotion autre que celle qu'il abordait depuis quelques jours. Isaac fronça les sourcils, s'approcha doucement de lui et le fixa, intrigué. Le plus âgé referma son livre, sans faire attention au crayon coincé entre les pages qui laisserai probablement une belle tâche d'encre...

« Hyoga ? Ça s'est bien passé ?

-Hm-hm ! »

Le blond hocha de la tête, avant de se tourner vers son ami. Il sortit de sa poche les tickets et les tendit à Isaac qui les étudia rapidement. Il en resta bouche bée, ce qui amusa le plus jeune : donc c'était à ça qu'il ressemblait il y a quelques minutes.

« Tu viendras avec moi, hein Isaac ?, demanda-il presque timidement.

- Et rater une chance de pouvoir te prouver que je suis un meilleur nageur ? Bien sûr que je viendrai ! »

C'était fou mais même si il avait cherché à le provoquer, Hyoga ne put s'empêcher de se sentir heureux. Vraiment heureux. Cette semaine qui avait commencé si mal semblait enfin s'illuminer et il ne pouvait être que reconnaissant. Il s'était senti quelques peu abandonné ces derniers temps : Camus avait ses propres problèmes avec l'autre monde à gérer et Isaac avait toujours beaucoup travaillé pour avoir les meilleurs résultats. Ils étaient toujours là malgré tout, à le soutenir à leur façon.

Il fut tiré de ses pensées lorsque quelque chose de coloré lui fut présenter sous le nez. Hyoga cligna deux fois des yeux avant de regarder le garçon aux cheveux verts. Celui-ci attendait patiemment que son ami réagisse, le paquet dans ses mains.

« Qu'est-ce que tu attends ? Ouvre ! »

Hyoga finit par concéder et sans un mot, ouvrit le paquet. Très vite, il vit la couverture d'un livre apparaître sous les kilomètres de papier rouge, puis ce qui semblait être les ailes d'un oiseau. Il se stoppa un court instant et leva les yeux au ciel.

« J'aurai jamais dû te dire que je voulais être ornithologiste quand j'étais enfant. »

Les quelques mots arrachèrent un rictus moqueur chez le plus âgé. Non, c'est vrai, il n'aurait pas dû. Hyoga avait beau geindre, il y avait quand même cette pointe de joie qui était imprimé sur son visage, même si lui ne la voyait pas. Il aura beau dire, Isaac savait très bien qu'au fond de lui, il continuerai à avoir cette passion étrange pour les oiseaux.

Le blond finit de déballer son cadeau et le posa sur le côté de son bureau. Puis silencieusement, il se tourna vers son ami.

« Isaac... Je t'ai déjà parlé de ma maman? »


Hadès traversa sans bruit l'appartement, camouflé par le manque de lumière et le bleu fantasmagorique de la nuit. Il se stoppa un fois arrivé dans le salon avant de s'accorder un sourire teinté de peine quand ses yeux totalement noir se posèrent sur la figure allongé sur le sofa. Camus s'était encore assoupi sur son canapé, enroulé dans sa couverture polaire.

Doucement, il s'approcha à pas de loup, son attention toujours fixé sur l'humain. Il n'avait aucune envie de le réveiller, quelque chose en lui le poussait à apprécier la tranquillité du médium endormi. Cette proximité pourtant entravé par le sommeil de l'humain lui rappelait son temps passer à l'observer sans pouvoir le toucher ou lui parler. Quelques mots qui jamais n'eurent de réponse.

Il s'agenouilla face au verseau, se servant de ses mains pour s'accrocher au tissus du canapé et pencha légèrement la tête au dessus de l'endormi. À quoi rêvait-il, si sereinement installé au creux du sofa ? Il exécrait dormir dans sa chambre, enchainant cauchemar sur cauchemar, Hadès l'avait constaté plus d'une fois, pourtant il dormait paisiblement dans son salon. Ce qui était à présent le cas où, les paupières closes, l'homme était totalement détendu.

Hadès effleura du bout des ongles le visage du médium et repoussa quelques cheveux qui s'était égarés au dessus de ses yeux fermés, détachés du chignon qu'il avait fait. Il y avait encore sur l'humain les traces de différentes énergies, différents cosmos qui s'étaient accrochés à lui. Il reconnu l'un d'entre eux comme celui de l'ami de l'humain, celui avec qui il passait beaucoup de temps et un autre appartenant à l'un des deux enfants dont il prenait soin. Il y en avait d'autres encore, bien plus effacés. Il n'y eut aucun doute possible : son humain s'était rendu dans un lieu grouillant de personnes capables de se servir de leur cosmo. Cela ne le dérangeait pas vraiment seulement...

Lorsqu'il était rentré ce soir là, le médium s'était assit dans la pénombre sur son canapé et tel un automate, avait fixé la télé face à lui. Il n'avait même pas observé le reflet que lui renvoyait l'écran totalement noir, non, son regard était juste flou et distant. Hadès l'avait vue, attendant dans l'obscurité d'un coin de la pièce, là où l'on peinait à le distinguer tant il se fondait dans la masse.

L'humain était resté ainsi durant ce qui semblait une éternité avant que le bruit de ses phalanges craquant sous la pression de ses poings serrés ne brise le silence. Il pleura, les mains sur les yeux, les épaules et le dos courbés. Il fut secoué par de violent sanglot et l'entité ne sut comment réagir. Il avait déjà vu par le passé l'humain en larme lorsqu'il était dans le néant. À travers la faille, cette image avait quelque chose de abstrait, de faux mais cette fois tout ceci était tellement réel. Tellement réel qu'il battu en retrait pour laisser le verseau s'endormir en pleurant.

« Je ne comprend pas mon ami... »

Il y eut quelque chose d'étrange qui virevoltait dans sa poitrine, une sorte de douleur bien plus sourde que celle que produisaient les sceaux sur sa peau. C'était désagréable, une sensation qui lui donnait envie de se secouer dans tout les sens pour l'oublier, pour l'effacer de sa chair mais en même temps de ne rien faire et de savourer cette douce souffrance. Il la reconnu comme de la peine et il ne savait plus vraiment quoi en faire.

L'humain le blessait dans sa façon d'agir, de sans cesse se détester, s'ignorer pour mieux se détruire. Il avait sa place dans la lumière et pourtant il continuait de courir tête baissé vers l'obscurité, comme si c'était son seul but. Lorsqu'il était prisonnier du néant, Hadès avait trouvé cette attitude intéressante. Enfin en quelque sorte. Cela ne faisait que quelques jours à présent qu'il était libre et déjà il avait envie de secouer le médium, de lui crier qu'il n'était pas un monstre comme il semblait le penser. Si il continuait ainsi, l'homme plongerait dans le néant et ça, l'esprit ne le souhaitait à personne.

« Que s'est-il passé?

- Je l'ignore moi-même. »

Hadès recula légèrement lorsque les paupières de l'homme s'ouvrirent pour dévoiler ses yeux rougeoyant. Ils se posèrent sur le visage pâle de l'entité, scrutant le noir des orbes au dessus de lui avant de détourner rapidement le regard. Il ne dormait pas, il somnolait et la présence seul de l'entité lui avait suffit à le tirer de cet état comateux dans lequel il était plongé.

« Vous parlez dans votre sommeil. » murmura-t-il lorsque l'esprit semblait ne plus vouloir parler.

Hadès s'approcha de nouveau, curieux. Il y avait quelque chose dans le ton de l'homme qui ressemblait à celui d'un enfant. Un sorte de fragilité que renforçait le peu de lumière mourant sur son visage. Il avait dit ça sans amusement, une simple constatation qu'il avait énoncé avec timidité ou peur, l'esprit n'était pas sûr.

« Nous avons tous des défauts.

- Je ne savais pas que les esprits dormaient. »

L'homme ne semblait pas vraiment l'écouter mais ne paraissait pas non plus plongé dans ses pensées. Il ne comprenait pas vraiment cette attitude qu'abordait l'humain, loin de cette assurance de laquelle il se paraît en journée aux yeux de ses amis. Il posait des questions pour poser des questions, les réponses paraissaient à ses yeux bien dérisoires.

« Il m'est nécessaire d'avoir un certain temps de repos, mon corps et mon âme ne sont pas encore accoutumés à cette dimension.

- Pourquoi moi? »

L'entité se redressa et son visage fut à présent éclairé par les faibles rayons de lumière. Il passa une main dans ses longs cheveux noirs, ses doigts s'accrochèrent aux nœuds qui s'étaient formés puis il soupira. De toute les questions que l'homme pouvait lui poser, il fallait que ce soit celle-là.

« Je l'ignore moi-même. »

Camus l'observa un court instant avec un regard indéchiffrable lorsque sur ses traits fatigués, un sourire las apparut. Il n'était pas le seul à mentir et savoir qu'un être probablement plus âgé que la terre pouvait craindre ses propres pensées avait quelque chose d'étrangement rassurant.

Doucement, le médium retira sa couverture polaire et laissa ses jambes glisser jusqu'à ce que ses pieds touchent le sol. Hadès se releva légèrement une fois le verseau assit sur le sofa, curieux, avant de s'asseoir à terre. De nouveau, l'humain détourna le regard, vers le mur cette fois, avec un sourire quelque peu embarrassé.

« Comment expliquer ?... », souffla le médium, les mains sur ses genoux.

Hadès releva un sourcil lorsque Camus tourna la tête vers lui. Il cherchait en lui une force certaine auquel il avait fait appel qu'une seule malheureuse fois jusqu'à présent. Force qui se dérobait à chaque respiration qu'il prenait. Du coin de l'œil, l'entité vit les mains de l'homme trembler, ce que remarqua vite l'humain lui même qui sera les poings pour faire cesser les tressaillements, en vain. Hadès fit semblant de ne rien remarquer.

« Je... Je ne sais même pas par où commencer.

- Commence par le début. » fit l'entité en lui prenant la main.

Il le remercia silencieusement de son regard indigo avant de laisser sa tête tomber en arrière sur le tissus du canapé, l'une des mains de l'esprit toujours autours de la sienne. Ses doigts était quelque peu rêches et malgré la pâleur de son teint, sa peau réchauffait le médium. Il n'était pas habitué à un tel contact physique, en général, il ne laissait personne le toucher, sauf peut être Milo et les garçons mais il n'avait pas vraiment le choix avec eux. Non, le plus souvent il était celui qui approchait les autres, c'était lui qui établissait un contacte physique. Et encore, il ne le faisait très rarement.

Camus ferma les yeux et inspira profondément.

« Mes parents n'étaient pas des gens méchants, commença-t-il faiblement. Seulement, quand on est extrêmement religieux et qu'on a un garçon aux cheveux bleu turquoise qui prétend voir les morts, on a beau aimer son enfant... »

Sans faire attention, il passa rapidement sa langue sur ses lèvres pour les humidifier. Il n'était pas particulièrement friand du passé mais il voulait en parler, il n'avait juste pas trouvé la personne pour.

« On a beau aimer son enfant, ce n'est pas pour autant qu'on n'en a pas peur.»

Son souffle s'était brisé : il avait fait de son mieux pour ne pas y penser mais il ne pouvait pas nier que les quelques années passées auprès de sa famille avaient joué beaucoup sur ce qu'il était devenu. Il sentit alors la mains de l'entité se resserrer autour de ses doigts glacé pour l'encourager à continuer.

« On a parcourus toute la France et on s'arrêtait dans pratiquement chaque églises dans le but de trouver un prête qui m'exorciserait. Normalement, il faut l'accord du Vatican mais encore une fois, un garçon aux cheveux bleus ne passe pas inaperçu. »

Il fit une courte pause et prit le temps de réfléchir à tout ça. Il avait cessé de compter le nombre de fois où ils s'étaient arrêté dans un petit village paumé où soit disant on pouvait enfin se débarrasser de ses démons.

« J'ai été exorcisé, plus d'une vingtaine de fois je crois. Parfois c'était juste un peu d'eau bénite sur le visage et quelques prières, parfois j'étais attaché sur une chaise, terrifié alors qu'on me criait dessus des trucs en latin et qu'on me frappait à coup de bible. Bien sûr ça n'a jamais marché. Très vite, on avait fait le tour de la France et on a finit en Italie où ils avaient enfin réussi à contacter le Vatican. J'étais terrifié, j'avais peur qu'ils me fassent encore mal alors je me suis enfuis en pleine nuit de l'hôtel. C'est cette nuit là que j'ai été trouvé par Shion, le directeur de l'orphelinat dans lequel j'ai passé le reste de mon enfance. C'était la première fois que je voyais quelqu'un avec des cheveux plus bizarres que les miens. »

Il ferma les yeux, avant de serrer la main qui demeurait toujours fermement accroché à la sienne. Ça faisait autant de bien que de mal d'en parler. Les paupières toujours closes, il entendit l'entité doucement se lever, puis l'odeur de grenade l'envahir quand le canapé à ses côtés s'affaissa légèrement.

« Ainsi tu fus torturé au nom de croyances quelconques ?

- Si ce ne fut que moi..., dit-il tristement. Shaka est resté des jours assit à jeuner lorsqu'il était enfant, à pratiquer le bouddhisme comme un adulte tout ça parce que ses yeux et même ses pupilles sont bleues, qu'on pensait qu'il s'agissait de la réincarnation de Bouddha. Quand Shion l'a trouvé, il était si maigre qu'il aurait put en mourir si ce n'avait été pour son cosmos. Malgré tout, il est resté bouddhiste et je ne lui jette pas la pierre : c'est ainsi qu'il a été élevé. »

Camus tourna la tête vers lui, ses yeux indigo emplis d'une peine qu'il pouvait lire malgré le manque de clarté. Son imposante silhouette masquait l'homme de la lumière qui se frayait un chemin dans le salon.

« Nous sommes tellement à avoir souffert juste parce que notre cosmos a décidé de teinter nos yeux, nos cheveux ou notre peau. Sur certain d'entre nous, il ne se voit pas mais sur d'autre... Malheureusement j'en fais partit.

- Est-ce la raison pour tant de haine envers toi-même ? »

Camus grimaça, son nez se plissant de dégoût sous le regard attentif de l'entité.

« En partie. C'est une longue histoire.

- Je crains avoir toute l'éternité. »

Il regarda l'entité dans les yeux et tout ce qu'il y vit fut une détermination tranquille. Pendant un instant, il se demanda comment deux orbes totalement noirs pouvaient lui paraître si expressives alors que seul l'obscurité s'y reflétait. Peut être y lisait-il se qu'il voulait y lire... Cependant la mains de l'esprit était toujours autours de la sienne et le confortait dans l'idée qu'on se souciait vraiment de lui.

« Je... Je déteste ce que je suis. Je déteste voir les morts ! Je n'ai jamais demandé à être comme ça ! Qu'ai-je fais aux créateurs pour être ainsi ? »

Soudainement, il lâcha la main qu'il tenait jusqu'ici ferment. Sans laisser le temps à Hadès d'agir, il ramena ses genoux contre sa poitrine avant d'y poser sa tête et de les encercler de ses bras. Il planta ses ongles dans son jean et chercha presque à déchirer le tissus qui le séparait de sa peau. C'était bien la première fois que l'entité le voyait agir ainsi, après des années à l'avoir observé. Il ne mentait plus cette fois, il cherchait toujours à se cacher mais il ne mentait plus. Il se détestait du fond du cœur.

« Et c'est comme si... Comme si je n'existais pas vraiment ! Comme si j'étais invisible !, éclata Camus soudainement en relevant la tête. Partout où je vais, on ne me voit pas ! Même les portes automatiques ne s'ouvrent pas quand je passe ! »

Hadès se rapprocha de lui sans le brusquer, les yeux toujours fixé sur lui alors que l'homme semblait perdu dans ce qu'il racontait. Son regard se posait sur ses propres mains alors qu'il gesticulait sans même sentir le bras que passait l'entité autours de son épaule.

« Et c'est comme si j'amenais la mort ! Quoi que je fasse ! Chaque fois que j'avais un animal, il mourrait au bout de quelques jours ! J'avais beau bien m'en occupé c'était toujours la même chose ! Crise cardiaque ! Strangulation ! Noyade ! Même le pigeon que j'ai nourris dans la rue il y a un mois je l'ai retrouvé mort devant ma fenêtre ! Si j'ai une plante, j'aurai beau l'arrosé elle mourra aussitôt mon regard posé sur elle ! Est-ce pour ça que vous m'avez choisit ? Parce que tout ce que je touche finit par pourrir ? »

Hadès se saisit de ses poignets d'une main et prit son menton de son autre main. Doucement, il força l'humain à regarder dans ses yeux noirs. Ses sourcils à présents froncés laissaient lire la peine et la douleur qu'il ressentait alors que l'humain se battait devant lui contre sa propre haine. C'est cette tristesse qui calma Camus comme une douche froide.

« Camus... »

Pour la première fois, le médium remarqua dans le timbre si particulier de l'entité ce léger écho. Sa voix résonnait comme le cœur d'une église, elle était puissante et grave. Elle donnait d'autant plus d'autorité à l'être qui paraissait déjà si divin. D'un mot, il aurait put secouer les montagnes et soulever les océans.

« Tu n'es pas porteur de la mort. »

Une sourde panique envahit l'humain quand l'entité le lâcha pour doucement poser ses grandes mains sur ses joues. L'esprit le regarda droit dans les yeux, la bouche entrouverte quand il chercha ses propres mots. Non, ce n'était pas les mots qui lui manquait, il savait très bien ce qu'il devait lui dire seulement il avait espéré avoir plus de temps. Ce qui lui manquait, c'était le courage de seulement les prononcer. Qu'avait-il fait pour finir dans le néant ? Lui qui ne trouvait pas la force de dire une simple vérité.

Il laissa ses mains tomber sur les épaules de l'humain avant de le tirer vers lui et de le presser contre sa poitrine. Rapidement, il passa un bras autour du dos de l'homme et laissa sa tête tomber au creux de son cou. Il sentit la respiration du médium contre lui, son odeur de thé et de plantes séchées, son cœur battre lentement sous ses mains et il ne put s'empêcher de se demander lui-même pourquoi. Ce n'était pas juste...

« Hadès ?

- Je suis désolé Camus...»

Ses mots s'étranglèrent au fond de sa gorge et il resserra son emprise sur l'homme. Il défit le chignon de l'humain et passa une main le long des mèches. Il laissa brûler son cosmos et vit le bleu se teinter de rouge au contacte de sa peau avant de s'évanouir de nouveau en cet éternel turquoise. Puis il ferma les yeux.

« Tu es déjà mort. »


BOOOM GROS CLIFFHANGER ! J'AURAIS PAS AIMÉÉÉÉÉ ! (... Euh, faites pas attention... Je suis fatiguée...)

Hm-hm... Je m'excuse. Avant tout de ne pas avoir posté depuis tant de temps mais disons que j'ai eu un été (laissez moi un instant pour trouver un mot poli)... assez long.

Bon, j'ai soudainement l'envie de justifié la raison de chapitre aussi long et de chapitres manquant d'action. Déjà, parce que j'ai beau adoré Camus et il a beau être le héro de cette histoire, j'ai très envie de m'étendre sur le point de vue des autres personnages, particulièrement d'Aphrodite, Milo et Hyoga (pour Milo et Hyoga, ça me semble évident mais pour Aphrodite... j'en sais rien cherchez pas). Et Hadès aussi, faut pas l'oublier. Même si pour l'instant il passe le plus bref de son temps à stalker Camus.

Ensuite, je sais que l'histoire est pour l'instant très déprimante mais je dois avouer qu'il y a une raison logique. De plus, j'avais pas envie d'écrire sur le cliché du médium super heureux d'être médium, parce que disons-le nous, voir des morts tout le temps ça doit quand même être assez flippant ou en tout cas déprimant.

Enfin, l'histoire est particulièrement longue car j'ai vraiment envie d'expliquer le pourquoi du comment mais aussi d'explorer les réactions et le psychés des personnages (wow cette phrase faisait vachement prétentieuse). De plus, il y a quand même beaucoup de personnage donc cette histoire ne devrait pas s'arrêter avant... longtemps. Très longtemps. Bon courage.

Quant à l'histoire en elle même... Nous en sommes juste au début. Oui, oui, juste au début croyez moi. La fête va commencer aux prochains chapitres ! (Et oui, il n'y aura pas que des moments déprimant, promis.)

Saany : Merci ! Oui, franchement moi aussi j'ai eu mal pour Aphrodite, je dois l'avouer.

Earwen de Sirfalas : Merci pour ton commentaire ! C'est vrai que d'amener à ses amis un truc qui a essayé de te t'agresser en leur disant un truc du genre 'il m'a suivit chez moi alors je l'ai adopté' doit franchement les perturber (parce qu'il faut le dire, c'est un peu ce qu'à fait Camus) ! Quant au trois juges, eh bien, je te laisserai la surprise ! :)

Hemere : Merci pour ton commentaire ! Oui, Hadès a déjà un côté possessif... Ça va bien donner tient ! Entre Milo et lui, Camus va finir par étouffé !