Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartient pas.
« Non Milo, non ! »
Hadès baissa légèrement son livre : a quelques pas de lui, Camus tournait furieusement autour de sa table, son téléphone portable collé à son oreille et la mâchoire crispée. L'humain se battait depuis bientôt une demi-heure avec son ami sur un sujet qui échappait à l'esprit. D'après ce qu'il avait pu en conclure, ça avait un rapport de près ou de loin avec la sécurité du voyant.
Milo était parti ce matin très tôt, accompagné de deux hommes, deux jumeaux. Ils étaient passées par l'appartement du verseau prendre quelques objets qu'on leur avait soigneusement préparé. Hadès était resté dans la chambre de l'humain, conscient que personne hormis Camus et son meilleur ami ne savait à propos de sa présence ici. Et puis, il aimait la chambre du médium, c'était là qu'il restait tout les week-ends, loin des enfants dont l'homme prenait soin. C'était la seule règle que lui avait imposé Camus : resté caché au yeux de tous jusqu'à ce qu'il trouve un moyen de leur avouer.
Il reporta son attention sur les pages usées où quelques lettres commençaient à s'effacer. Depuis plus de deux semaines il 'hantait' les lieux et il avait déjà attaqué les ouvrages que gardait précieusement le verseau. L'esprit n'était pas vraiment attiré par la télévision, bien qu'elle s'avère très pratique pour apprendre ce qui se passait dans le monde. Il en va de même pour l'ordinateur : Camus ne lui avait pas interdis de l'utiliser mais il n'avait aucun désire de s'en approcher. Alors il avait commencé à lire les livres qui ornaient pratiquement toutes les étagères de l'appartement. Autant dire qu'il était un lecteur rapide et malgré la quantité de bouquin, il en fit vite le tour. Le français avait d'ailleurs eu pitié de lui et lui ramenait régulièrement des livres qui trainaient dans son arrière boutique.
Il avait, entre autre, apprit que la science-fiction et le fantastique n'avaient rien de très attrayant pour lui mais qu'il avait un faible pour les romances. Camus le savais, Camus l'avait vu mais Camus n'avait rien dit. En tout cas pas encore. Hadès appréciait tout autant les ouvrages traitant de la psychologie et de la parapsychologie, même si il n'apprenait pas grand chose au travers des nombres pages. Des millénaires à observer le monde et les hommes lui avait apprit tout ce qu'il avait à apprendre. Ainsi, l'esprit était devenu un puits de science et de savoir parfois aussi inutiles que dérisoires.
Hadès entendit l'homme grogner et releva de nouveau les yeux. Quoi qu'il puisse se passer, Camus était en colère, très en colère. Ses sourcils étaient froncés, marquant son visage habituellement si placide, et l'esprit pouvait entendre distinctement ses dents grincer. Calment, Hadès tourna sa page et fit mine de ne pas s'intéresser à tout ça : Camus pouvait être terrifiant quand il était en colère.
« Tu sais quoi ? Fais comme tu veux ! »
Sur ses quelques mots, le médium raccrocha vivement et le jeta pratiquement sur sa table avant de lui lancer le plus noir des regards. Si il le pouvait, il brûlerait l'objet de ses yeux.
« Quel crétin... », pestiféra-t-il entre ses dents dans sa langue natale.
Camus piétina pratiquement le sol jusqu'au canapé avant de s'y affaler et de les laisser sa tête retomber contre le dossier. Il passa ses mains sur son visage, puis soupira avant de laisser retomber ses bras le long de son corps. Il inspira profondément et écouta le bruit de la pluie qui tombait.
« Que s'est-il passé cette fois ?, demanda l'entité sans décrocher les yeux de son livre.
- Cet idiot est bloqué dans un arbre. »
Hadès redressa un sourcil, se demandant pendant l'espace d'un instant si l'humain mentait mais non, il était le plus sérieux du monde. L'esprit referma doucement son livre et le posa sur la table basse. L'homme lui lança un regard désespéré, l'entité ne put réprimander un sourire amusé.
« N'était-il pas sensé chassé les ombres avec vos deux amis ?
- Si. Ne me demandez pas, moi même j'ignore comment il a réussi à se mettre dans une telle situation. »
Camus frotta sa nuque devenue douloureuse. Il avait beau chercher encore et encore dans sa tête, il n'avait aucune foutue idée de la façon dont son meilleur ami avait put se retrouver dans cette situation. Avait-il croisé un traqueur et prit peur ? Ou avait-il seulement eu une folle envie de se retrouver bloqué à 8 mètre de haut ? Et comment avait-il réussi à grimper jusque là ? Milo était Milo, ce genre de chose ne devrait même plus l'étonné à force.
« Il m'a demandé si, au cas où il se retrouverai avec un membre dans le plâtre, je pourrais le décorai. Je sais même pas dessiner ! »
Hadès entendit l'exaspération dans le ton de la voix du verseau. Il avait beau être inquiet, l'humain ne réussirait jamais à rester en colère bien longtemps. Déjà, il voyait sur ses lèvres fines l'esquisse d'un rictus.
« Ça va être drôle quand Saga va le retrouver. »
L'esprit avait eu vent des sentiments que Milo entretenait pour ce dénommé Saga, le plus âgé des deux jumeaux si sa mémoire était bonne. Il les avait vue parfois, lorsqu'il observait Camus du néant mais il devait avouer s'y être très peu intéressé. Les deux frères présentaient une certaine puissance et une réserve de cosmo conséquente mais quand l'ainé était une porte ouverte à n'importe quel esprit qui passait par là, le cadet était une vraie plaie à posséder. Pas qu'il ai essayé, non, il avait juste arrêté de compter le nombre d'entités qui avaient fini par abandonner. Il préférait Camus, son calme et sa passivité bien qu'il soit parfois en proie à des sentiments violents.
L'humain ferma les yeux et fini par lentement se détendre au son berçant de la pluie. La pièce était baigné d'une lumière frêle et pâle, faisant habituellement déprimer le médium, seulement elle avait quelque chose de rassurant à présent. Il avait toujours aimé le bruit des gouttes qui tombaient, maintenant il commençait à apprécier la pénombre qui les accompagnaient.
« Je suis désolé, il ouvrit les yeux. Je vous ai tiré de votre lecture.
- Ce n'est rien Camus. »
L'entité était d'une désarmante amabilité, ce qui tranchait avec son physique terrifiant. Terrifiant n'était pas vraiment le mot, l'esprit était loin des créatures cauchemardesques qui trainaient parfois trop près des hommes. Seulement, son éminence était telle que ça en devenait effrayant. Malgré tout, ses sourires cordiaux suffisaient presque à oublié l'écho éthéré dans sa voix qui avait l'air de s'élever des entrailles de la terre.
« Que lisiez-vous ?
- Oh... Pas grand chose. »
L'esprit se saisit rapidement du bouquin à la couverture de cuir rouge et le posa sur ses genoux, entre les plies épais de sa toge. Bien, donc il s'agissait d'un autre livre à l'eau de rose, se dit Camus sans pourtant prononcer le moindre mot à voix haute. Il y avait quelque chose d'amusant dans le fait qu'un être peut être plus âgé que la terre lise des romans d'amours. Et essaie de le cacher de façon si flagrante. Hadès était quelqu'un de si singulier, il pourrait détruire l'humanité mais préférait bouquiner dans un appartement sombre.
Au cours de ces derniers jours, il avait apprit à faire confiance à l'esprit malgré ce qu'il lui avait dit quelques semaines plus tôt. Camus avait décidé d'ignorer cette conversation, de faire semblant qu'elle n'avait jamais eu lieu même si parfois, il n'avait qu'une seule envie : qu'on lui explique de quoi il en retournait exactement.
Le verseau avait vérifié : il pouvait sentir son pouts sous ses doigts, il pouvait sentir l'air lui brûler les poumons lorsqu'il courrait. Il saignait même lorsqu'il se coupait. Il semblait bien loin d'être mort, il avait donc fait semblant de tout oublié. Hadès ne lui en avait pas reparlé non plus, préférant lire un à un les livres qu'il possédait.
Parfois, il l'entendait murmurer dans une langue étrange, au syllabes et intonation proche du grec mais qui restait quand même incompréhensible pour le français. Camus devina cette langue comme du grec ancien, malgré le fait que Milo lui avait dit une fois que cette langue restait compréhensible tant que l'on parlait le grec couramment. Sûrement une langue plus ancienne alors, peut être une racine du grec actuel. Camus regarda l'esprit qui, à ses côtés, ouvrait de nouveau le livre.
Ses grands yeux noirs paraissaient fixer la page, ils étaient la seule chose qui le distinguait vraiment des hommes, si on oubliait sa voix et sa taille impressionnante.
« Vous avez tout oublié, n'est-ce pas ? »
Camus ne s'était pas attendu lui-même à prononcer ceci, mais déjà l'être se stoppa net et tourna la tête vers lui. Il n'avait pas voulu paraître grossier seulement cette question trottait dans sa tête depuis un certain temps maintenant. Après tout, la plupart des esprits qu'il avait rencontré jusqu'ici ne se rappelait rien, même pas leur propre nom. Quoi qu'une fois mort, un nom ne devait plus être grand chose...
« C'est exacte, répondit-il calmement en refermant son livre. Il me semble cependant que je puisse me vanter d'avoir en mémoire quelques détails encore sinon quelques ressentis.
- Quels sont-ils ? »
Hadès pencha légèrement la tête sur le côté et réfléchit longuement. Il n'y avait, dans son esprit, pas grand chose avant le néant. Des ombres, des mots sans contextes de ça de là et des images semblables à des taches d'aquarelles sur une toile. Il inspira.
« Mon nom.
- C'est déjà beaucoup. » concéda Camus dans un murmure.
L'entité sourit tristement, ses yeux de jais reposaient désormais sur l'humain qui n'osait pas croiser son regard. Discrètement, il s'approcha de lui en faisant bien attention de ne pas faire tomber son livre. Avait-il honte de lui avoir posé une telle question ? Se sentait-il gêné et préférait examiner ses mains plutôt de relever le visage vers lui ? Hadès reprit alors :
« Je me souviens vaguement de paysage et de visage mais ce dont je me rappelle le mieux est la rage, la douleur. Le temps passé dans le néant a eu raison de ma mémoire.
-Le néant ? »
Soudain, Hadès se rappela autre chose : jamais il n'avait mentionné le néant à l'humain. Celui-ci le regardait de nouveau, seulement ses sourcils étaient désormais froncés. De tous les mots qu'il aurait put retenir, c'est le nom de cette prison qui l'avait marqué. L'esprit soupira longuement en s'enfonçant dans le sofa.
« Oui, le néant. Une dimension remplie de rien sinon d'obscurité et de quelques esprits. »
Camus fronça d'autant plus les sourcils. Ça paraissait simple et compliqué à la fois.
« Est-ce l'autre monde ?
- J'en doute, à moins qu'une poignée d'humains seulement aient une âme. »
À présent, l'homme était vraiment perdu. Il ne s'agissait pas de l'autre monde, alors pourquoi y avait-il des âmes ? Peut être s'agissait-il d'une part seulement de l'autre monde. Non, ça ne semblait pas logique... Hadès pouvait pratiquement voir les rouages tourner dans la tête du medium, ce qui le fit légèrement sourire.
« Tu sembles penser qu'il n'y a que deux mondes, me trompé-je ?
-Pardon ?... »
L'esprit laissa échapper un léger rire alors qu'il se leva, non s'en poser son livre sur la table basse, sous le regard étonné du verseau. Il s'approche d'un tiroir et en sortie une feuille, ainsi qu'un stylo. Il referma le meuble avant de nouveau s'installer près de l'humain.
« Regarde, commença-t-il en traçant un carré. Ceci est le monde dans lequel tu vis. Appelons-le... hm... le monde humain. »
Il griffonna les quelques mots dans le carré d'un geste rapide et précis.
« Allez-vous me faire une allégorie avec un cube ?
- Non, imagine plutôt la chose ainsi : le monde dans lequel nous évoluons est une pièce, l'univers dans lequel nous nous trouvons, une maison. »
L'esprit dessina un second carré partageant l'une de ses arêtes puis y inscrit quelques autres mots. Camus le regarda faire, de plus en plus fasciné par ce qu'on tentait de lui montrer.
« Ici se trouve le monde des morts.
- Je suppose qu'il s'agit d'une pièce aussi.
- C'est exacte. Cependant, comme je l'ai dit, je dessine une maison et pas un duplex. »
Le verseau ne s'attendait pas à entendre un mot tel que 'duplex' sortir de la bouche de l'esprit. Même si il lui avait prouvé connaître parfaitement cette époque, quelque chose continuait à déranger le médium lorsque l'esprit utilisé des mots si... moderne comparé à lui. Camus oublia tout ceci lorsque Hadès commença à dessiner un tout petit carré entre un sommet partagé du monde humain et du monde des morts.
« Le néant est beaucoup plus petit que les deux autres monde.
- Comme un placard à balais... »
L'esprit se redressa de quelques centimètres et plissa le nez de dégoût avant de siffler entre ses dents :
« Ce lieu tient plus du local à poubelle que du placard à balais si tu veux mon avis. »
Camus ne put retenir son rire, amusé autant par l'expression ouvertement antipathique de l'entité que par sa réflexion.
« Donc il s'agit de dimension parallèle ou un univers alternatif.
- Non, non. Une dimension ou un univers ne serait pas une pièce mais la maison, l'ensemble. De plus, une dimension parallèle ou un univers alternatif, qui sont, soit dit en passant, strictement la même chose, serait une maison identique à celle dans laquelle nous vivons mais avec un détail différent du reste. Ça peut être la couleur des rideaux ou la disposition des tapis.»
Camus hocha la tête, de nouveau concentré en réfléchissant sur ce qu'il venait d'entendre. Si il partait de cette logique, alors il pouvait exister un nombre de pièce incroyable.
« Quelle est la différence exactement entre un monde et un univers?
- Tu peux passer d'un monde à l'autre par des brèches, des portes, des liens qui les connectent. D'univers en univers, quand bien même il existe d'autres, c'est impossible. De plus, dans un autre univers il y a aussi un Camus, légèrement différent de celui à mes côtés mais toujours le même. »
Le verseau ne répondit rien, préférant détourner le regard vers la feuille qui désormais trônait sur la table basse. Il entendit l'esprit pouffer légèrement avant que celui n'ajoute :
« Qui sais, peut-être que d'autres univers existent et que nous nous battons l'un contre l'autre.
- Ou peut être que nous ne nous sommes jamais rencontrés. », ajouta Camus d'une voix faible.
L'humain baissa d'autant plus la tête, laissant les quelques mèches échappées de son chignon masquer son visage tel un rideau. Il perçu une étrange chaleur flotter autour de ses épaules nouées avant que l'entité n'y dépose une main rassurante. Camus cru que l'esprit se contenterait de se contact lorsqu'il sentit Hadès l'entrainer vers lui. Il n'opposa aucune résistance, il n'en avait aucune envie, à la place il le laissa l'emprisonner de ses bras.
De longues minutes passèrent et il resta contre le torse de l'esprit. Au travers des épaisses couches de tissues qui avaient étrangement la même senteur que les vieux livres, le médium entendait un battement lointain, diffus et sourd. Une pulsation fantomatique lente qui résonnait comme le ronronnement des profondeurs. C'était rassurant. Bien plus que la pluie qui ne cessait de tomber.
En si peu de temps, il s'était attaché à l'entité, lui qui avait habituellement besoin de fréquenter quelqu'un depuis des années avant de le considérer comme un ami. Jamais il n'aurait envisagé une telle proximité avec quelqu'un qu'il ne connaît que depuis quelques semaines, d'autant plus lorsqu'il s'agissait d'un esprit amnésique pouvant possiblement le tuer lui, ses amis et une bonne partie de ce qui vivait sur terre. Hadès ne lui avait pas vraiment laissé le choix : il le serrait contre lui à chaque occasion et passait ses mains dans ses cheveux comme il le faisait actuellement. Camus ne questionnait pas l'affection qu'on lui offrait, peut être devrait-il après tout.
Hadès s'arrêta un instant et observa le turquoise de quelques mèches entre ses mains. Le néant lui avait prit ses souvenirs, l'avait privé de son identité. Il avait acquit tant de savoir durant son exil mais même des passages de son existence dans le néant avait été effacé de sa mémoire mais par chance, certains lui était revenus une fois tiré de cet endroit. Il fit brûler un peu de son cosmo et regarda avec délectation les cheveux de son humains virer rouge. Il observa leur reflet à la lumière pâle du jour avant de doucement voir la couleur, comme à chaque fois, s'évanouir.
« Certaines choses me sont revenues au cours des dernières semaines. Dont le pourquoi de 'pourquoi toi'. »
Il sentit l'homme relever la tête avant que celui-ci le regarde curieusement, ses yeux indigo grands ouverts. Un sourire calme fit son apparition sur les traits de l'entité avant qu'il ne détourne la tête. Il caressa de nouveau les longues mèches rebelles qui dansaient autours du chignon moitié défait de l'humain.
« Me croirais-tu si je te disais que nous ne sommes pas des inconnus ?
- Non, répondit platement le médium. »
L'esprit fit mine d'être vexé, cessant momentanément de passer ses doigts dans ses cheveux. Malgré tout, l'amusement était toujours visible sur son visage, ses yeux étaient légèrement plissés.
« Oh... c'est cruel mon ami. N'aurais-tu pas pus faire au moins semblant d'y réfléchir ? »
Camus lui offrit un rictus moqueur et reposa sa tête sur son torse alors qu'Hadès continua d'être faussement blessé par ses paroles. L'esprit semblait respirer, le médium sentait d'ailleurs souvent son souffle le surplomber cependant, qu'était-il exactement ? Cette respiration profonde et régulière était pourtant si distante.
« Laisse moi t'apprendre ceci, reprit Hadès en posant ses mains dans son dos. J'ai passé des millénaires plongé dans l'obscurité totale et assailli par une douleur contre laquelle personne n'aurait pu lutter. J'étais tant noyé par une latente folie que j'en n'oubliai mon corps physique. La sensation de n'être rien d'autre qu'un esprit flottant, de ne pas avoir de début ni de fin et de faire un avec le vide a quelque chose de troublant pour ne pas dire d'affreux. Cependant, tu as fais quelque chose pour moi Camus.
- Je vous ai sauvé ? »
Un rire grave s'échappa des lèvres de l'entité et secoua son torse, ainsi que le médium par la même occasion.
« J'ai bien peur qu'il soit trop tôt pour le savoir. Non, ce que tu as fais est bien plus simple : tu m'as trouvé. Tu m'as trouvé à travers les ténèbres et ce il y a des années. Pour ça, je te serais éternellement reconnaissant. »
Camus écouta silencieuse chacune de ses paroles, releva la gratitude dans sa voix et la chaleur de ses bras contre lui. Se souvenir, l'esprit semblait le chérir et il ne pouvait lui jeter la pierre : passer des siècles avec rien d'autre que ses pensées était une chose qu'il n'avait personnellement pas envie d'essayer.
« C'était il y a bientôt 6 ans.
- Je suis désolé, je n'en ai aucun souvenir. Êtes-vous sûr qu'il s'agissait bien de moi ? »
Hadès entendit à peine son murmure, Camus avait toujours le visage pressé contre le tissue de son vêtement. Sa voix était vide, plate mais paraissait tout de même bien incertaine: il n'avait jamais été un très bon menteur.
« Je t'en pris..., souffla à son tour Hadès. On sait tout les deux qu'on ne peut jamais oublier ceux qui nous ont sauvé. »
Le verseau ne répondit rien, à quoi bon essayer ? L'esprit lisait en lui comme un livre ouvert. C'était bien le seul à pouvoir faire ça d'ailleurs. Il enfouit davantage son nez contre la tunique comme un gamin épeuré. Hadès avait cessé de dégager une odeur de fruit pourri ce qui laissait penser qu'il allait mieux. Peu à peu, il avait aussi perdu l'odeur de grenade qui l'entourait, à présent il sentait la terre battue, le papier de livre usée et la myrrhe.
Camus se mordit l'intérieur de la joue : il connaissait cette odeur et savait exactement où il l'avait senti auparavant. Si la myrrhe lui rappelait trop cruellement les années où il passa d'église en église il ne pouvait se résoudre à la détester, pas lorsqu'elle se mêlait ainsi à d'autres senteurs. Il ne pouvait pas haïr quelque chose qui l'avait réconforté pendant tant d'année.
Il sentit subitement l'entité s'agiter et releva la tête vers lui, curieux. Hadès avait toujours un bras autour de lui, comme pour l'empêcher de s'éloigner, alors qu'il cherchait dans ce qui ressemblait à une poche de sa tunique. Le médium fronça les sourcils : que faisait-il au juste ? Le visage de l'esprit s'illumina lorsqu'il finit par ressortir sa main du tissus, une chaine d'argent entourée autour de ses doigts. Il la porta jusqu'au visage du verseau qui l'a reconnu aussitôt.
« Je crois que ceci t'appartiens. »
Sans hésitation, Camus attrapa le collier où pendait son médaillon. L'objet vibrait légèrement, prit de sursauts fébriles qui, une fois dans le mains du médium, s'évanouirent. C'est fou mais il l'avait pratiquement oublié au détriment de son carnet qu'il continuait de remplir jour après jour. Pourtant, cela faisait peu de temps qu'il avait prêté le bijou, il aurait du se sentir vulnérable, comme à chaque fois qu'il s'en était séparé auparavant. D'un autre côté, il n'avait toujours pas recommencé à visiter des particuliers pour les aider avec leurs problèmes de fantômes...
« Merci. »
Ses doigts s'égarèrent sur la surface lisse du pendentif, le cosmos de l'entité avait imprégné le bijou et lui picotait la peau. Jusqu'à maintenant, jamais il n'avait réellement eu l'occasion de sentir le cosmos de l'être qui hantait ses lieux, même pas lorsque l'esprit s'amusait à teinter ses cheveux. À présent, il pouvait constater la quantité d'énergie qui se dégageait du bijou. C'était incroyable, un simple résidu accroché au métal et déjà il sentait une affreuse migraine l'assaillir.
Il entendit Hadès lui dire quelque chose mais n'y prêta pas attention, hochant seulement la tête. Camus pressa d'une main ses tempes et se dégagea rapidement de l'étreinte de l'esprit sans vraiment faire attention à lui. Très vite, il se leva, posa le pendentif sur la table avant de sortir d'un quelconque tiroir un bout de tissue noir. Sans un mot ni un regard, il enroula le bijou de l'étoffe sous les yeux intrigués d'Hadès.
Il en était sûr à présent...
Une fois l'argent brillant disparut sous l'étoffe de coton, le médium pouvait toujours l'énergie qui se dégageait de son précieux talisman. De même, il avait l'impression qu'au creux de sa main, l'objet pesait bien plus lourd qu'auparavant. Rapidement, il rejeta ça sur le tissu qui l'enveloppait. Soudain, il sentit enfin le regard curieux de l'esprit posé sur ses épaules et se tourna vers lui.
« Pardonnez-moi, j'étais perdu dans mes pensées.
- Ce n'est rien. »
Rassuré par la politesse et l'indulgence dont on faisait preuve à son endroit, il sourit légèrement avant que de nouveau son attention soit accaparé par le médaillon. Il avait besoin de le ranger dans un endroit où le cosmos de l'esprit ne risquerai de rien affecter. Pouvait-il le garder chez lui ? Il ferait mieux de le garder dans sa boutique, là où les barrières auraient peut être une chance de restreindre l'énergie que dégageait le si petit objet.
Camus ouvrit un autre tiroir et rangea le collier, soupirant en le refermant. Ça ne servait pas à grand chose de penser à ça maintenant : les garçons ne viendraient pas ici avant quelques jours et il était prêt à parié que l'histoire de Milo allait se finir à l'hôpital. Comme la dernière fois. Mince ! Il aurait vraiment dû les accompagner !
« Hadès ? »
L'esprit releva très légèrement son visage vers l'humain qui désormais se tenait devant lui. C'est fou, c'était seulement lorsque qu'il était assit que leur yeux étaient pratiquement à la même hauteur. Et dire que Camus se demandé encore pourquoi son cou lui faisait mal depuis l'arriver du l'entité... Enfin, des deux, le médium n'était pas celui qui sentait sa tête sans cesse frôler le plafond...
« J'aimerai... um... vous montrez quelque chose. Pouvez-vous me suivre ? »
Hadès releva un sourcil, d'autant plus intrigué en voyant le verseau frotter négligemment sa nuque. Il se mit debout, forçant l'homme à lever la tête vers lui. Génial... Il était bon pour le torticolis à présent... Puis l'esprit le regarda patiemment avant de répondre d'une voix calme.
« Je t'en prie. »
Le médium se détourna et quitta la salle, sans même vérifier qu'on le suivait. Il n'avait pas besoin de vérifier, il sentait la présence d'Hadès et autant dire que ce n'était pas le genre de présence que l'on pouvait facilement oublié. D'après Milo l'esprit avait quelque chose d'oppressant mais Camus ne partageait cependant pas l'avis de son meilleur ami. Hadès était effrayant tout au plus. Shaka lui était oppressant quand il le voulait !
Arrivé devant sa chambre, il poussa la porte et fit attention de ne pas se prendre le coin d'un meuble. La nuit tombait, assombrissant son appartement déjà bien obscure ce qui réduisait considérablement son champ de vision tant que l'éclairage publique n'était pas allumé. Hadès, lui, fit attention à ne pas se prendre le chambranle. Pas que sa vue soit réduite, non, il voyait parfaitement bien, il avait juste tendance à oublier qu'il ne faisait pas la même taille qu'un humain.
Camus avança rapidement jusqu'à sa penderie, l'ouvrit sans cérémonie avant de s'agenouiller. Un air déterminé sur le visage, il commença à sortir un à un ses vêtements et c'est à ce moment qu'Hadès se disait que, après tout, il ne comprendrait peut être jamais vraiment le médium.
Puis il se rappela : au fond de cette armoire se trouvait un boite de métal que Camus sortait rarement. Les rares fois où il le faisait, il était bouleversé, perdu et triste. Hadès ignorait pourquoi il tenait à lui montrer la boite maintenant... à moins que Camus n'ai pas l'intention de lui la présenter mais juste une soudaine envie d'exposer ses paires de chaussettes. Ce qu'il n'espérait pas d'ailleurs : la collection se résumait aux couleurs les plus basiques du spectre colorimétrique.
Il fut soulager de voir l'humain tirer un objet hors de son placard. Pas de chaussette pour aujourd'hui ! Le médium s'arrêta un instant, resserra sa prise sur les poignées de la boite qu'il tira de nouveau vers lui. Le métal était comme toujours glacial sous ses doigts, bien qu'il s'en moque, seulement un simple contacte lui suffisait à avoir la chair de poule.
« Bien qu'il était un pieux chrétien, mon père était archéologue. Quand j'étais petit, je pensais qu'il avait ramené ça d'une de ses fouilles. »
Une fois sorti, il posa une mains sur la surface lisse de la caisse. Elle était grande, en tout cas plus grande que ce dont s'était imaginé Hadès. Elle arrivait pratiquement aux côtes du médium, était cubique et incroyablement austère. Dans l'obscurité de la chambre, son métal était terriblement terne, ne reflétait rien sinon légèrement la main posée. L'entité releva un peu le menton : l'objet faisait naitre en lui une étrange appréhension et plus exactement son contenu.
« N'était-ce pas le cas ?, finit-il par demande sans pour autant décrocher son regard de la caisse.
- Pensez vous qu'un enfant de 7 ans se serait enfuit avec une boite en pleine nuit si c'était le cas ? »
D'un regard, Camus l'invita à le rejoindre et à s'asseoir à ses côtés, ce que l'esprit lui accorda. Il avait vue cette caisse que peu de fois et alors qu'il était prisonnier du néant, elle ne dégageait pour lui rien de particulier. À genoux sur le sol froid, sentit l'attention du médium sur lui, puis glisser sur la boite.
« J'en doute.
- Bien, car son contenu vous appartient. »
Le médium retira sa main doucement, invitant tacitement l'esprit à l'ouvrir. La lumière s'emplie tout à coup d'une faible lumière orange qui vint réchauffer les traits de l'humain, ainsi que ceux de l'esprit assit tout près de lui. Une partie de son visage était toujours masqué par l'ombre alors qu'il ne savait qu'elle expression adopter. En réalité, Hadès n'avait aucune idée de la façon dont il devait réagir, il semblait que Camus avait lui plus d'un tour dans son sac.
Sans y penser plus longtemps, Hadès ramena légèrement la boite vers lui et ouvrit les deux loquets de métal. Doucement, il souleva le couvercle qui peinait à se détacher : la boite n'avait pas été ouverte de puis bien longtemps. L'intérieur avait été recouvert d'une sorte de mousse noire et spongieuse, ce qu'elle contenait devait donc être d'une certaine fragilité, pourtant ce n'est pas ce qui le marqua le plus.
La lumière s'échouait sur les bords de la caisse sans réussir à aller plus loin, ni à éclairé l'objet précieusement gardé. Il plongea sa main à l'intérieur, sa peau brossant ce qui lui semblait être du fer, avant de reculer brusquement. De ses yeux grands ouverts, il fixa soudainement le visage interrogateur de son humain. Il savait ce que c'était.
Sans attendre une seconde de plus, il se pencha et ressortit de la boite un casque de métal. Il était grand, élancé dans une forme qui avait quelque chose d'agressif. Peut être était-ce les côtés finissant en pointe ou la couleur sombre de la matière qui donnait cette impression.
Il protégeait l'intégralité du crâne jusqu'à la base de la nuque, descendait sur le visage en couvrant les joues et le nez dans une fine bande qui semblait pourtant bien plus tranchante qu'une lame de rasoir. Deux fentes permettaient de voir et descendaient sur les joues, séparant l'avant du casque en trois partie. Ainsi, seul le bas du visage restait véritablement à découvert.
Cependant, malgré la sombre aura que dégageait l'objet, les traies finement ciselés dans le métal noir venait l'adoucir. Crevasses et méandres venait courir le long des bordures jusqu'aux ornements de fleurs et de feuilles, accompagné de par et d'autre du casque d'une paire d'aile élancée.
« La Kunée... »
Hadès n'en revenait pas, il n'aurait jamais cru revoir son casque un jour quoi que Camus ne l'avait pas eu en sa possession, il ne s'en aurait probablement jamais souvenu. Il tenait l'objet avec délicatesse, le scrutant dans le moindre détail. Après des milliers d'années il était en parfaite état. Il ignorait ce que ce que cela venait faire dans le monde des vivants mais il s'en moquer.
« Ton jugement s'avère juste : ce casque m'appartient. »
Satisfait, il le posa sur ses genoux avant d'offrir le plus reconnaissant de ses sourires à l'humain. Quelque chose d'étrange brillait dans son regard de jais, Camus ne pouvait s'empêcher de le remarquer. Il ignorait si c'était l'éclat de la lumière qui orangé envahissant sa chambre, seulement au fond du noir de ses yeux, il y avait un je-ne-sais-quoi qui s'en détachait. Comme une étincelle de minuit. Doucement, il vit l'esprit reposer le casque dans la boite en ajoutant :
« J'ignore toujours qui a put me le donner et pourquoi, je sais cependant avec certitude à quel point la Kunée est importante à mes yeux. »
Sans même lui laisser le temps de réagir, Hadès ramena Camus contre le lui, ce dernier manquant de s'effondrer sur le sol plutôt que contre l'esprit. Il jura d'ailleurs en entendant rire au dessus de lui avant que l'esprit ne reprenne son sérieux. Le medium ne put s'empêcher de se penser que même Milo n'était pas aussi tactile avec lui. Puis il se rappela rapidement : des milliers d'années sans contacte physique. Oui, on va dire que c'est pour ça.
Il essaya maladroitement de répondre au câlin de l'esprit, ou au moins d'avoir un peu d'emprise sur ses vêtement pour éviter de définitivement finir par terre. Hadès le sentit et passa une main dans son dos pour le ramener contre lui. Ses grandes manches cachaient en grande partie le médium dont seulement quelques cheveux turquoises réussissaient à s'échapper des drapés de tissu noir autour de lui.
« Tu n'as pas idée... »
Camus sentit que quelque venait de changer lorsque les doigts de l'esprit se refermèrent telles des griffes sur le tissue de son pull. Soudain, son étreinte ne semblait plus aussi chaleureuse, plus aussi rassurante.
« Tu n'as pas idée de ce que tu viens juste de faire. »
Pour une raison qu'il ignorait, le médium ne sut pas ce qui lui fit le plus peur : la voix sombre et profonde de l'esprit ou l'amère impression d'avoir fait un pacte avec le diable.
Et c'était étrange la façon dont quelques mots chuchotés pouvaient briser une confiance aveuglement accordée.
Camus poussa un énième soupire et releva les yeux de son portable pour scanner la rue. Des passants, des inconnus tous chaudement habillés passaient devant lui sans même faire attention à sa présence. Dans cette mer de visage, il n'en reconnu aucun. Le verseau grogna légèrement et se remit à tapoter furieusement sur son portable. Attendre ainsi lui permettait au moins de prendre des nouvelles de son idiot de meilleur ami. Apparemment, il avait fini par redescendre de son arbre, avec l'aimable aide de Kanon. L'opération qui visait à trouver et détruire les traqueurs aurait ainsi prit trois heures de plus que ce qu'ils avaient prévus.
Il s'appuya contre la vitre de sa boutique et se demanda pourquoi diable il n'entrait pas tout simplement. Pas qu'il ai particulièrement froid mais plutôt parce qu'il commençait à ne plus sentir ses talons. Depuis combien de temps était-il planté ici comme un imbécile ? Bientôt plus de trois quart d'heure si il ne se trompait pas. Si Angelo n'arrivait pas dans les prochaines minutes, il jurait de lui faire payer. Littéralement.
« Hé ! L'iceberg ! »
Camus inspira profondément en fermant les yeux : surtout ne pas s'énerver. Certes, il avait pratiquement une heure de retard et il allait encore lui donnait nombre de surnom ayant de près ou de loin un rapport avec la glace, mais il avait vraiment besoin de lui cette fois.
L'homme s'approcha, un sac à dos négligemment posé sur l'une de ses épaules. Il ne quitta pas le verseau de ses yeux sombres.
« Angelo, sa voix était d'une froideur extrême. Comment vas-tu ?
- Ahhh... Le prend pas comme ça Camus ! Et puis c'est pas moi qui t'ai appelé à 20h30 pour te voir !»
L'homme passa une main dans ses cheveux courts, un rictus narquois affiché sur son visage et Camus se rappela encore une fois de garder son calme. Au fond, ce n'était pas quelqu'un de méchant, il avait juste la fâcheuse habitude de lui courir sur le système. Ce n'était juste pas le soir.
Le verseau prit une légère impulsion et se redressa tout en attrapant ses clés au fond de ses poches. Avec un autre soupire, il ouvrit la porte de son magasin, alluma la lumière puis laissa passer son ami. Ils ne s'étaient pas vue depuis si longtemps, ils n'allaient quand même pas se battre pour si peu ?
« Il fait bien meilleur ici.
- Au vue de ta petite blague, je crois que j'aurai mieux fait de te laisser dehors. »
Le sourire moqueur refit une apparition sur le visage de l'homme. Se dernier s'accouda au comptoir, près à sortir une autre vacherie mais se retint. À la place, il leva seulement un sourcil : pour une raison qu'il ignorait, Camus semblait frustré. Et fatigué. Et aussi passablement énervé. Mauvaise idée donc d'essayer de se moquer 'gentiment' de lui.
« Allez, explique moi plutôt pourquoi tu as tant besoin de moi plutôt que d'essayer de me tuer du regard. »
Quand Camus traversa la petite pièce et pendant un court instant, Angelo cru qu'il vivait ses dernières secondes. Le médium passa derrière la caisse, tira un petit tiroir. Il en sortit un bijou. Un collier, composé d'un simple chaine en or et seulement ornée d'une pierre sombre où se dessinaient différents éclats, du vert métallique au violet vibrant. L'objet dégageait cette singulière impression d'être observée.
« C'est bien ce que tu cherchais ? Une obsidienne œil céleste ? »
Angelo ne fit pas attention au ton totalement indifférent du verseau, non, lui était fasciné par ce qu'on venait de lui présenter. Doucement, comme pour ne pas la brusquer, il passa ses doigts sous la pierre et la releva vers lui. Il la scruta, ses yeux grands ouverts, admira le moindre des cercles colorés qui se dessinaient sur sa surface avant d'enfin prêter attention au médium.
« Combien... Combien je te dois ? »
Camus posa une main sur sa hanche avec cet air éternellement blasé. Angelo était tellement fasciné par l'objet à tel point que l'on pouvait lire une joie immense sur son visage. Ce n'était pas pour lui, ça risquait de lui coûter une véritable fortune mais ce n'était pourtant pas pour lui. Qu'on ose lui dire après ça que l'homme était égoïste.
« La pierre en elle même n'est pas particulièrement chère, seulement... La chaine est en or. J'ai moi-même vérifié que la pierre était vraie. Elle a été consacrée, rechargé sur un amas de quartz blanc puis à la lumière du soleil pendant 7 nuit. Et crois moi ça a été très dur au vue de la météo.
- Ouai ! Ouai ! J'ai compris : je vais raquer !
- Cependant..., reprit Camus d'un ton calme. J'accepte de te l'offrir en échange d'un service. »
Angelo le regarda, interloqué. Camus n'était pas radin, loin de là, mais il n'était pas non plus du genre à donner aussi facilement un objet sur lequel il avait passé tant de temps. Au vue du cosmos qu'il avait laissé sur le collier, il était évidant qu'il travaillait dessus depuis bien plus que quelques jours. L'homme regarda la pierre irisée entre ses mains puis son ami. Dans quoi s'était-il embarqué ?
« Je suppose que ça a un rapport de près ou de loin un rapport avec le livre des morts.
- Oui, je ne t'aurais pas demandé de l'apporter sinon. »
Angelo le regarda droit dans les yeux, cherchant à savoir si il était sérieux. Bien sûr qu'il était sérieux, c'était Camus ! Plus sérieux que lui n'existait pas !... Ah si, Shaka était pire en faite. Il reposa le bijoux délicatement sur le comptoir avant de prendre son sac. Il se servit de son genoux pour le soutenir et l'ouvrir, manquant de le faire tomber en sortant un livre aussi épais que grand.
« Et voilà ! Un livre des morts ! Un ! »
Camus leva les yeux au ciel au ton enjoué de l'autre homme. Le bouquin, comparable à une grosse encyclopédie, était un artefact extrêmement précieux dont peu de gens avaient connaissance. Une véritable bible des esprits qui avait été écrit il y a de ça sûrement des millénaires. Par qui ? Ils l'ignoraient. L'objet était en tout cas doté d'une magie inestimable. Et il avait fallu que le livre choisisse Angelo comme possesseur...
« Alors, si tu m'expliquais un peu tout ça avant qu'on commence ? »
Le médium avait vraiment envie d'arracher ce rictus narquois des lèvres de son ami. C'est fou, habituellement il gardait plus facilement son calme mais le mal de crâne qu'il subissait depuis plutôt dans la journée était vraiment en train d'avoir raison de sa patience. Il sortir un petit carré de tissu noir de sa poche qu'il tendit vers l'homme.
« Une entité qui a réussi à manipuler un autre fantôme. Je doute qu'il s'agisse d'un esprit comme les autres. »
Angelo posa son livre près du collier d'obsidienne, et regarda un instant le bout de tissu. Quoi que Camus ai pu avoir à faire, il devait dégager une énergie monstre. Angelo pouvait la sentir d'ici. Il approcha sa main, près à se saisir de l'objet mais son ami se déroba, reculant légèrement.
« Angelo..., il releva les yeux vers le verseau. Promet moi de n'en parler à personne. »
La bouche du verseau était sèche, sa gorge serré alors qu'il sentait son emprise sur le tissu pratiquement lui échapper. Il avait peiné à dire ces mots, Angelo l'avait senti et ne comprenait qu'en partie sa crainte. L'entité... lui avait-elle fait du mal pour qu'il semble aussi réservé ? Ce n'était pas dans la nature de Camus de paraître si faible. Lui qui était habituellement si calme, où était partie sa belle confiance en lui ?
Est-ce que cela avait un rapport de près ou de loin avec l'appel d'Aphrodite ? Il était revenu en Grèce depuis seulement deux jours et depuis, son ami jardinier semblait constamment l'éviter. Il n'avait pas eu l'occasion d'en parler avec lui. Le peu qu'il savait, c'était Milo qui lui avait dit. Juste quelques phrases, une séance d'ouija qui aurait mal tournée, deux semaines de cela. Il n'était pas si bête que ça, il avait senti une certaine tension depuis qu'il était revenu, que se soit au sein de l'orphelinat du Sanctuaire ou chez ses amis.
« T'en fais pas. Je resterai mué comme une tombe ! » répondit-il en retrouvant son sourire exaspérant.
Il prit le morceau de tissu et quelle ne fut pas sa surprise en voyant un médaillon accroché à une chaine glisser du coton. Par chance, il rattrapa le bijou avant de jeter un regard concerné au médium. Il s'agissait de son fameux talisman, le truc qu'il trimballait partout avec lui quand il devait avoir à faire à l'autre monde. Pourquoi diable est-ce qu'il dégageait un tout autre cosmos ? Rapidement, il le tint à bout de bras avec une mine dégoûtée.
« J'espère que t'es prêt parce que franchement quoi que t'ai pus croisé, son cosmos me donne mal au crâne. »
Camus inspira profondément, ses pupilles fixées au médaillon. Lentement, il expira, essayant de se rassurer malgré lui : ce n'était peut être rien. Peut être qu'ils n'allaient rien trouver dans le Livre des Morts ou peut être qu'ils découvrirons de bonnes nouvelles. Peut être qu'il s'était seulement fait des idées... Une partie de lui ne voulait pas savoir et il commençait à penser qu'il ferait mieux de tout arrêter avant qu'il ne soit trop tard.
Mais quel était le pire : vivre dans un doux mensonge ou une cruelle vérité ?
« Bon, prêt ou non j'y vais ! »
Sans laisser le temps au médium de réagir, Angelo posa le médaillon sur la couverture du livre. Pendant quelques secondes, rien ne se passa puis tout doucement, le collier suinta une matière rouge. C'était lumineux et légèrement translucide à la fois, de cosmos à l'état pur. Camus sentit son cœur s'accélérer alors que l'énergie était absorbé par la couverture de cuir jusqu'à la dernière goutte.
« On va enfin savoir à qui tu as tenu tête ! »
Aussitôt Angelo enleva le pendentif que le livre parut prendre vie : son imposante couverture s'ouvrit à la volé et une à une les pages se tournèrent d'elles mêmes. Lentement d'abord, laissant tout le loisir aux deux hommes d'observer quelques illustrations ou le nom d'entité, mais la vitesse augmenta progressivement.
Ce qui était amusant dans le Livre des Morts, en tout cas d'après Angelo, c'est qu'il était rangé par ordre de puissance. D'abord venaient quelques esprits mineurs tel que les larves ou esprits résiduels, puis venait quelques âmes humaines et animales, et ainsi de suite, jusqu'aux esprits du supérieurs et créateurs. Le livre permettait à coup sûr de reconnaître à coup sûr un esprit en se servant de son cosmos, enfin aussi longtemps qu'il était dans le livre. Cependant, Angelo avait de nombreuse fois eu à faire à des âmes qui n'y étaient pas inscrites, 'non répertoriées' comme il appréciait le dire et ce n'était pas plus mal. Après tout, le bouquin pesait déjà bien lourd, si en plus il fallait que chaque entité, fantôme ou autre truc du genre y soit inscrit...
Hadès était puissant et âgé, alors quand Camus vu le nombre de page ridiculement diminuer, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter d'autant plus. Il lui semblait impossible que l'esprit ne soit pas inscrit et très vite, il pria pour que le bouquin redevienne inerte. Inconsciemment, il se pinça la peau entre le pouce et l'index, se frotta les poignées jusqu'à en laisser des marques rouges. Il avait un mauvais pressentiment.
« Camus. »
Il releva les yeux vers Angelo, toujours perdu dans ses pensées. Il ne fit pas attention au regard concerné de son ami alors que celui-ci ajouta :
« Tu as encore de l'encens de rose ? »
Il le fixa comme un idiot et dû se répéter plusieurs fois la question dans sa tête pour seulement la comprendre. Puis il cligna des yeux : pourquoi diable Angelo lui demandait-il ça maintenant ?... Oh...
« Oui, je vais t'en chercher.
- Merci. »
Angelo ne supportait pas de le voir ainsi paniquer, attendre dans l'arrière boutique était le mieux qu'il pouvait faire. Camus chercha alors autour de lui mais la petite pièce était sombre et pratiquement toujours remplie de carton. Bien qu'il sache exactement où se trouvait les encens, il s'énerva seul et perdu dans son propre sanctuaire. Il avait beau essayer de se calmer, le stress ne cessait de revenir par vague et de lui nouer l'estomac.
Après s'être prit deux cartons et le coin de son atelier, il finit par mettre la main sur une satanée boite d'encens. Camus s'arrêta à la porte, inspira et expira deux ou trois fois tout en se répétant que ça irait. Une fois qu'il franchirait la porte, le livre sera arrêter depuis longtemps et Angelo lui annoncera qu'Hadès est juste un esprit du supérieur qui s'est égaré. De quoi Camus avait peur exactement ? Hadès semblait si sincère mais il devait être si simple pour un être comme lui de manipuler un humain. Ce n'était pas dans ses habitudes de paniquer si rapidement mais mots qu'il avait prononcé sonnait comme une menace et il y avait trop de chose qui ne pouvait être ignoré. La puissance de son cosmo. Les sceaux. Le néant. Qui de totalement innocent pouvait être des millénaires emprisonné dans une telle dimension ?
Le médium finit par se ressaisir et ouvrir la porte. Ses yeux tombèrent d'abord sur Angelo, dont le regard ne laissait présager rien de bon, puis sur le livre dont les pages continuaient de s'agiter. Il s'avança, calme en apparence alors que son cœur battait à tout rompre. Il n'y avait plus désormais qu'une fine couche de papier, de moins en moins de possibilité. Peut être qu'après tout Hadès n'était pas dans ce satané livre, peut être était-il trop vieux. Oui, c'était ça. Hadès était seulement bien trop âgé pour y être répertorié. Il ignora le fait même que les créateurs y étaient inscrits et préféra se réconforter à cette idée.
Déjà, les pages ralentissaient à mesure que le livre touchait à sa fin. Il n'avait rien à craindre. Il avait paniqué pour rien. L'entité ne s'était jusqu'à maintenant pas servit de lui, au contraire même. Il l'avait certes trainé dans un autre monde mais d'après le peu que Camus avait comprit, ce monde en question avait été créé pour lui plaire. Il devrait lui demander à l'occasion. Hadès lui avait aussi sauvé la vie de ce traqueur qui avait trouvé un moyen de se faufiler chez lui et l'esprit était à ce moment bien faible. Depuis, il lui tenait compagnie sans jamais avoir essayé de lui faire du mal. Il n'avait donc rien à craindre, non ?
Les dernières pages défilèrent, il retrouva peu à peu son calme. C'est ça, il s'était inquiété pour rien. Jusqu'à ce que le livre se stop. Il restait deux pages.
« Oh merde... » chuchota Angelo dans sa propre langue.
Il n'aimait pas lorsque Angelo jurait en Italien, il n'aimait pas lorsque son ami posait sa main sur sa bouche et hochait négativement de la tête, d'autant plus lorsqu'il avait un air horrifié sur le visage. Camus ne regarda pas, il le garda fixé sur l'Italien, sans pouvoir bouger ni même cligner des paupières. Il ne détourna pas les yeux lorsque son ami les releva vers lui avec cet expression qui criait presqu'on le réveille.
« Oh merde Camus... Oh... »
Tel un robot, le médium contourna son comptoir et se posta aux côtés de son ami. Il resta immobile plusieurs secondes, une respiration anormalement calme puis il finit par laisser son regard tomber sur le papier jauni par le temps.
Le visage orné d'un sourire moqueur, les yeux à moitié ouvert alors qu'il se tenait dans une posture étrange. Assit un bras négligemment poser sur ses jambes dont la main pendante touchait pratiquement l'un de ses genoux. Le coude de l'autre bras posé sur l'une de ses cuisses et son menton reposant sur le dos de sa main. Ses cheveux long volaient autours de lui tel une fumée noire qui dévorerait tout sur son passage. Les traits à l'encre noire rendait la figure bien plus impressionnante alors.
Sans un mot, Camus laissa ses yeux traverser la double page jusqu'au nom. Hadès. Pas que le dessin ne laisse le moindre doute... Hadès. Il le lit une deuxième puis une troisième, son visage toujours impassible. Il savait qu'il y avait bien plus à lire sur le papier, il y avait toute une description d'ailleurs mais il continua à lire le nom de l'entité.
Livre des Morts était classé par ordre croissant de puissance. Il était à l'avant dernière double page. Lentement, il laissa son regard trainé jusqu'au caractères écrits plus petits, juste en dessous du nom. Le Shaka avait raison : il n'aurai jamais dû s'approcher de cette entité. Et c'était fou la façon dont le monde semblait s'effondrer autour de lui en à peine quelques secondes.
Hadès
Créateur du Monde des Morts
Gardien des âmes et des ténèbres
Et c'était fou la façon dont quelques mots sur un bout de papier pouvaient tout changer.
Il resta debout, les mains fermement attachées au métal de rambarde. Son débardeur noir était imbibé d'eau, plissait par endroit ou lui collait désagréablement à la peau, pas qu'il en ai quelque chose à faire au fond. Il était là, de nouveau sur ce balcon comme il avait put être un nombre de fois incalculables auparavant. Comme à chaque fois c'était la même chose, le même sentiment qui lui faisait oublier la pluie frappant violemment son visage.
De longues mèches de ses cheveux, pour une fois détachés, s'accrochaient à ses joues pâles. Sa peau était trempée et glacée, ses iris, elles, étaient d'un bleu violacé délavé aussi ennuyeux que le ciel de plomb éclairé par les lumières de la ville. Retour à la case départ.
Derrière lui, la porte vitrée de son appartement était ouverte, ses fin rideaux semblaient respirer à chaque bourrasque qui s'engouffraient à l'intérieur. C'était obscure, ça lui donnait l'impression du vide. Du même vide qui se creusait dans sa poitrine. Il avait toujours fait de son mieux, de son mieux pour penser le plus justement, pour être le plus sage et le plus droit possible. Une erreur et tout ce qu'il avait soigneusement construit s'effondrait.
Si il en avait la force, il aurait pleuré. Il aurait crié. Il aurait réagit plutôt que de rester immobile, sur son balcon, à regarder la nuit sans y prêter attention. N'importe qui à sa place aurait réagit, mais c'était bien ça le problème : personne n'était à sa place. On aurait bien put le juger, critiquer ses choix ou moquer sa stupidité cependant ça n'aurait rien changé. Une partie de lui le confortait dans l'idée que ce n'était pas vraiment de sa faute quand l'autre lui criait qu'il n'était qu'un inconscient têtu et naïf.
Si ça n'avait été que lui... Mais non, il y avait Hyoga et Isaac. Milo, Aphrodite, Mü, tous ses amis et sa seule famille. Il y avait tout ceux qui l'avait toujours supporté et tous ceux qu'il avait lui même aidé. Il y avait tant de monde qui gravitait autour de lui, il ne pouvait pas se permettre d'être égoïste. Après tout, personne ne s'appartenait réellement et il était égoïste de croire qu'il n'existait que pour lui.
« Camus... »
Une main se posa sur son épaule, si il en sentit la chaleur il n'y fit pas attention. Il avait l'impression d'être mort à l'intérieur, seul face au néant qu'il avait lui-même créé. Doucement, la main raffermit son emprise sur lui et doucement, elle l'entraina à l'intérieur. Ses doigts glissèrent sur le métal, ses yeux sur la ville. Puis il trembla, ni de peur, ni de froid. Non, il tremblait juste, au milieu de son salon alors que l'ombre avait disparut. Où ? Il n'en savait rien.
L'eau traversait doucement sa peau, dévalait le loin de ses bras jusqu'à se jeter le bout de ses doigts. Elle glisser le long de ses cheveux collé à son front, ses joues et sa nuque. Il s'en moquait. Il ne la sentait plus, ni elle, ni l'air glacé qui l'entourait. En faite, c'était un miracle qu'il sente encore quelque chose. Même lorsqu'on posa une serviette sur sa tête et qu'on essaya de sécher ses cheveux, il ne s'en rendit pas réellement compte.
Il n'avait plus l'impression d'être là, à l'intérieur de son corps. Il avait la sensation d'être un inconnu, un étranger à ce monde qui voyait à travers les yeux d'un autre. On tira encore sur sa main et on l'entraina sur le canapé. On lui dit quelque chose et il ne l'entendit pas. Il n'y avait plus personne, il s'était exilé loin, loin à l'intérieur de sa tête. Demain il trouvera une solution, demain il sera fort mais juste pour cette nuit, il ne voulait plus exister.
Hadès posa la serviette bleu ciel sur la table basse et regarda Camus, inquiet. Il était parti en trombe il y a quelques heures, laissant l'esprit seul dans sa chambre. Il avait emporté avec lui son médaillon et n'avait pas dit un mot, tout ce qu'il put lire sur le visage de l'humain était quelque chose de tourmenté. Quand il était revenu minuit passé, il avait son pull dans ses mains et il était couvert d'eau de pluie. Ses yeux ternes étaient plus vide que le néant. Puis avait laissé tombé son haut, ouvert sa fenêtre pour rester sous la pluie.
« Camus ?... »
Le jeune homme ne répondit rien, son regard terne et son visage toujours fermé. Il ressemblait à une marionnette sans plus personne pour le faire prendre vie. La seule chose qui le distinguait d'une figure de cire était les tremblements frénétiques qui parcourait son corps. Doucement, Hadès tira sur son haut : Camus était glacé, bien plus que d'habitude et ses vêtements mouillés ne faisaient que baisser sa température.
Bien qu'il n'ai toujours aucun trace de réaction sur la visage de son humain, Hadès fut soulagé lorsque celui releva les bras, l'aidant ainsi à retirer le débardeur gorgé d'eau. Puis le médium croisa ses bras sur son torse sans un mot. L'esprit détacha la broche logé sur son épaule droite, caché entre les plis épais du tissu, suite à quoi il retira sa chlamyde. Il enroula ensuite la draperie autour du corps glacé de l'humain et l'accrocha de la broche en argent.
Enfin, Camus réagit: ses yeux s'arrêtèrent sur le visage concentré de l'entité qui s'évertuait à faire tenir son vêtement sur les épaules du médium. Il se rappelait ce qu'on lui avait dit quand il était enfant, que le Diable était le mal. Que le Diable ferait tout pour s'emparer de quelques âmes et que ceux qui se détourneront de Dieu tomberont entre ses griffes. Il se souvenait de la figure du Diable dans les livres de ses parents et à quel point il en avait peur en étant enfant.
Hadès ne ressemblait pas au Diable. Il ne ressemblait pas à Satan, Belzébuth, Méphistophélès et tous les autres démons dont il connaissait le nom et la place aux Enfers. Il n'avait pas de corne, de sabot, de corps tordus ou courbé ni même aucun maux sur sa peau, même pas la moindre cicatrice laissé par les sceaux.
Hadès n'était rien de tout ça.
Puis il se rappela de Lucifer, le 'porteur de lumière' qui des cieux et tombé plus bas que terre. Il fut un ange mais ses pêchés l'avait fait perdre sa grâce, le mal qui vivait en lui avait étouffé la lumière, ou quelque chose du genre. Il ne se souvenait plus exactement des paroles de sa mère. C'était un miracle qu'il se rappelle encore son visage d'ailleurs.
On lui avait dit, quand il était enfant, qu'il fallait aimer son prochain et prier pour ceux qui avaient pécher. Il avait prié pour Lucifer, pour Satan et quand ses parents l'apprirent, ils eurent peur. Camus se demandait parfois encore aujourd'hui si ils avaient comprit qu'il ne priait pas le Diable mais pour le Diable. Il avait 6 ans à cet époque, il se moquait bien de savoir qui de Dieu ou du Diable il devait choisir, il voulait seulement que l'ange déchu soit pardonné car de tous, c'était lui le plus grand pécheur.
À présent il était partagé. Hadès, Créateur du Monde des Morts, Gardien des âmes et des ténèbres. Si il n'était pas le Diable, qui était-il alors ? Toutes ses leçons de moral qu'on lui avait donné, toutes ses idées et idéaux qu'on avait forcé sur lui étant enfant, il les avait toujours balayer loin de son esprit mais à présent elles remplissaient de nouveau sa tête et étouffaient la moindre de ses pensées. Qu'il était désagréable de ne pas pouvoir penser par soi-même, d'être sous l'influence de la peur.
Il se rappela tout ce qu'on avait dit de lui, sur lui, un enfant trop jeune pour pouvoir comprendre le monde autour de lui. On l'avait appelé l'enfant du Diable, parce que ses cheveux étaient bleus. On avait chuchoté qu'il finirait par invoquer Satan et que seul les flammes de l'enfer pouvaient réchauffer sa peau toujours glacial.
Shion lui avait prit la main et lui avait dit que c'était faux. Que là où il l'emmenait, il serait normal. L'homme n'avait jamais posé de question sur la grosse boite en métal pratiquement plus haute que l'enfant et qu'il trainait avec lui. Maintenant il avait l'impression de l'avoir trahit, d'une certaine manière. Et il le trahissait encore alors qu'il laissait Hadès arranger un bout de tissu autour de lui.
Il ignorait si il pouvait vaincre Hadès, il était un créateur. Les créateurs étaient plus puissants que des esprits du supérieurs. En faite, ils étaient tout simplement l'équivalent des dieux. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il y avait toujours quelques sceaux laissé par Shaka qui trainait dans un tiroir. Si il le voulait, il pouvait essayer de réparer ce qu'il avait fait, il devait avoir une raison pour laquelle Hadès était scellé en premier lieu après tout...
Hadès recula ses mains, enfin satisfait de la façon dont son Chlamyde était drapé autour du médium, il souriait même légèrement quand ses sourcils étaient toujours froncés d'inquiétude. Camus laissa son regard tomber sur le canapé et se saisit des pans du tissu qu'il resserra autour de lui.
Il ne pouvait pas faire ça, il ne pouvait pas sceller Hadès de nouveau. Ce n'était pas la faute de l'esprit, non, créateur, se corrigea-t-il, n'avait-il pas était assez punit ? Oui, mais si... Lui souffla une petite voix dans son esprit qu'il tut aussitôt. Si quoi ? Si il se servait de lui ? Si il essayait de détruire le monde et que lui était trop naïf pour se rendre compte de son petit jeu ?
Non... Il en avait assez. Il en avait assez de toujours avoir peur. De toujours douté des autres, de toujours douté de lui-même. Il avait fait des erreurs et si vouloir sauver un esprit était un crime, il plaidait coupable. Il savait ce que ça faisait de rester dans l'ombre, pendant tant de temps qu'on en oubliait son corps et sa raison. Il savait ce que c'était de vivre dans le désespoir, d'avoir l'impression qu'il n'existait plus aucune issue et il en avait assez. Il voulait être heureux.
Doucement, il rentra sa tête dans ses épaules et son dos se courba. Deux semaines ? C'était tout ce qui avait suffit pour qu'il s'attache à ce point à l'esprit ? 15 malheureux jours ?... Pourtant il avait l'impression de le connaître depuis des années et au fond, c'était le cas.
« Je suis désolé... »
Hadès le regarda avec un sourire triste. Il voulait lui demander ce qui s'était passé, si il avait fait quelque chose ou si il lui était arrivé quelque chose. Avait-il apprit une mauvaise nouvelle ? Avait-il fait une rencontre désagréable ? L'entité se retint cependant et préféra laisser de l'espace à l'homme. Il était troublé, perdu et si il en ressentait le besoin, Hadès serait près à l'écouter.
« Camus... Tu te souviens... Une fois tu as énoncé que chaque plante dont tu avais prit soin finit par mourir ? »
L'homme ne l'écouta d'abord pas, puis il répéta la phrase une fois, deux fois dans sa tête avant de regarder le créateur avec confusion.
« Je... oui, je crois...
- Hélas, je suis dans le regret de t'informer que cela ne fait pas de toi un être au touché mortel. Non, tu es juste un piètre jardinier. »
Camus ignora si il devait rire ou pleurer, il fit les deux. Jamais il ne se serait attendu à ça, surtout de la bouche de l'entité et c'était ce dont il avait besoin. Qu'on brise cette tristesse dans lequel il avait l'habitude de prendre refuge.
« Aphrodite me le dit souvent.
- Ton ami a raison. Pourquoi ne pas le croire ? »
Le médium essuya un larme au coin de son œil et haussa les épaules en fixant l'écran noir de sa télévision. Son autre main était toujours accroché au tissu, il ne tremblais d'ailleurs plus, pas qu'il s'en soit rendu compte mais Hadès l'avait remarqué.
« Je n'en sais rien... Je suppose que je préférai croire ce qu'on me disais enfant. Quand on te répète la même chose pendant des années, tu finis par y croire. »
Hadès réfléchit quelques instants à ce que venait de lui le verseau. Il lui était évidant désormais que l'humain vivait toujours dans le passé et qu'il n'avait pas fait le deuil de ses parents. Il parlait d'eux rarement, il leur en voulait pour ne pas avoir comprit mais au fond il continuait de les aimer. Ils n'avaient jamais voulu faire de mal à leur fils, ils pensaient seulement que le Diable en avait après lui et voulait le sauver, peu importe le prix.
« Camus personne ne te demande d'oublier le passé, l'homme releva la tête, cependant n'oublie jamais que tu es plus fort ce que tu semble penser.
- C'est faux !, protesta-t-il soudainement. J'ai-
- Tu as survécu. Et à présent tu continus de te battre, quand bien même tu étais au plus bas tu as toujours relevé la tête et continué ta route. »
À présent, le verseau ne savait plus quoi dire. Il ouvrit la bouche, près à répliquer quelque chose pour prouver le contraire au créateur mais rien. Ce genre de phrase, il l'avait entendu tellement de fois dans le passé alors pourquoi aujourd'hui seulement il y croyait. Le médium referma la bouche et fixa le canapé une bonne trentaine de seconde.
Et c'était incroyable la façon dont quelques mots au détour d'une nuit pluvieuse venait de le sauver.
« Enfin survécu... en quelque sorte... » entendit-il marmonné à côté de lui.
Bon, c'était 'en quelque sorte' incroyable la façon dont il avait toujours l'impression d'être sauvé, même après cette réflexion.
« Tu l'as trouvés ? »
Il se releva mais garda ses yeux fixés sur l'appartement dont la porte vitrée était toujours grandes ouvertes. Leur cape claquait dans le vent et contre la rambarde du toit de l'immeuble, c'était un miracle qu'il ai entendu ce qu'on venait de lui dire avec ces bourrasques et cette pluie.
« Oui, répondit l'homme à son acolyte. Ce n'est plus qu'une question de temps.
- De temps ! De temps !, ajouta un troisième homme qui venait tout juste d'arriver. Tu crois qu'il va nous laisser le temps lui peut être ? Dès qu'il apprendra où il est, on peut être sûr qu'il en sera fini de lui. »
L'homme ne répondit rien. La nuit était sombre, bruyante et aucun humain n'était assez fou pour sortir de chez lui, surtout à une heure pareille. Du bout des doigts, il brossa ses cheveux blonds et mouillés hors de son front. Qu'il haïssait la pluie.
« Ne t'en fais pas, ce sera bien plus simple que tu le penses.
-Vraiment ? Je t'en pris, si tu as un plan partage le donc avec nous parce que jusqu'à preuve du contraire, on ne peut pas lire dans tes pensées. »
Il ne fit pas attention au sarcasme dans la voix du troisième homme, à la place il resta à l'affut du moindre mouvement.
« Oui, j'en ai un, chuchota-t-il presque pour lui-même. Tuer l'humain. »
Et tout de suite, un mot de l'auteur : AAAAAHHHHH
Vous l'aurez compris, ce chapitre a été une torture. Je l'ai réécris. 3 fois. Et je le déteste toujours autant. Normalement, une grosse partie de ce chapitre devait être le chapitre 9 mais franchement, si je coupe pas, on s'en sortirai jamais. Mon seul rayon d'espoir reste Milo coincé dans un arbre. Parce que je trouve ça marrant. Je sais pas pourquoi.
Bon, sinon, ça y est ! CAMUS SORT DE SA DEPRESSION ! CHAMPAGNE TOUT LE MONDE ! Oh, ça et Hadès est apparemment en manque d'affection. Ouai...
Oh, si quelqu'un est chrétien, j'espère ne pas l'avoir blessé. Il s'agit de l'avis de Camus dans cette histoire, son point de vue par rapport à cette religion (que j'ai choisis pour lui car largement rependue en France). Si quelque chose vous a offensé, j'en suis désolée, ce n'est pas mon intention.
Saany : Merci ! Franchement, tu aurais laissé ton commentaire en suspend, je crois que ça m'aurait amusé. Oui, Milo est le comique de cet histoire, heureusement d'ailleurs. Quant à Aphrodite, suite au prochain chapitre ! =)
Earwen de Sirfalas : Merci pour ton commentaire ! Effectivement, j'ai un peu abusé sur ce coup là. C'est vrai aussi que Camus s'en prend plein la figure mais hey ! Il a un super pote qui lui donne sa cape maintenant ! Bon, maintenant il est juste encore plus mal parti pour expliquer la situation aux autres...
Hemere : Merci ! Bon ok, j'avoue ne pas avoir l'attention d'expliquer tout suite ce qui se passe exactement. De toi à moi, j'ai toujours aucune idée de la couleur des cheveux de Shion par contre... Et c'est pas faute d'avoir cherché sur tous les nuanciers !
