Voici le dernier chapitre de la sixième partie.
La fin a été écrite sur le Libera me du requiem de Fauré. Je vous suggère donc de préparer le lien auparavant. Comme dorénavant on ne peut plus faire de copier/ coller c'est pas pratique!
L'enregistrement que je vous suggère présente un portrait de Gabriel Fauré et s'intitule " Fauré-Requiem-Libera me" par Classical Music Only
Au cas où, le lien est le suivant sur youtube:
/watch?v=yQAfZaKqe-I&feature=related
Chapitre 98 : Requiem
Severus s'était enfermé dans ses appartements.
Il avait laissé à Minerva la charge de gérer la crise de l'école, les visites du ministère, des membres de l'ordre...
Il ne pouvait pas. Pas tout de suite. L'avenir avait pris un ton drastiquement plus sombre sans Dumbledore. Le vieil homme avait laissé trop peu de directives. Il était sensé vivre par tous les diables!Ils n'avaient pas pratiqué ce foutu rituel pour que le vieil homme meurt d'un avada ou d'une chute de 150 mètres à peine guéri.
Comment allaient-ils pouvoir trouver les horcruxes ? Comment allait poursuivre l'ordre ? Comment Potter allait-il atteindre le combat final ou quoi que ce soit d'autre qui devait le mettre face au Seigneur des Ténèbres et décider du sort du monde sorcier ? Comment Kécile allait-elle surmonter cette perte ?
On frappa à la porte. Severus ignora l'importun. On insista.
- Severus, ouvrez, lança la voix de Minerva, je sais que vous êtes là, c'est important.
Elle pouvait faire sans lui.
- Severus, le temps est compté, ouvrez !
Il y avait de l'urgence dans la voix de la vieil gryffondor.
Cela le décida à sortir de son fauteuil et à déverrouiller la porte. Minerva entra aussitôt dans l'appartement et referma la porte derrière elle.
- Enfin ! Vous allez devoir mettre fin à votre crise d'ermitage, Severus. Il faut que vous quittiez Poudlard avec miss Gaunt et Mr. Malfoy.
Severus haussa un sourcil interrogateur.
- Une enquête a été ouverte par le ministère sur les circonstances de la mort de Dumbledore. Arthur me dit que cela tourne à la paranoïa là-bas. Tout ce qui a trait de près ou de loin au réseau des mangemorts est arrêté. Vous devez partir.
- Pas avant l'enterrement. Kécile s'y opposera.
- Vous n'avez pas compris ? Albus ne vous protège plus ! Je ne suis à la direction de l'école que de manière provisoire, je n'ai aucun pouvoir pour m'opposer aux décisions du ministère. Si Scrimgeour et les aurors vous voient, ils vous emmèneront. La parole des membres de l'Ordre ne vaudra rien, Dumbledore n'est plus là pour empêcher le ministère de ressortir les vieux dossiers. Quant à Kécile, elle a toujours été dans le collimateur des autorités. Vous devez fuir pour l'instant tant que les choses ne sont pas calmées. C'est plus prudent. Et emmenez avec vous Draco Malfoy. Son rôle n'est pas clair au cours de la soirée du drame. Il risque d'être inquiété.
- Malfoy n'a pas intérêt à fuir s'il veut avoir une chance de prouver son innocence. Hormis les mangemorts, personne n'a vu ce qu'il s'est passé là-haut à l'exception de Potter. Faites le témoigner en sa faveur.
- Parmi les élèves le bruit court que Mr Malfoy a fait pénétrer les mangemorts dans Poudlard.
- Voyez ça avec Potter afin que les membres de l'AD ferment leur bec devant les agents du ministère. Mais si vous faites fuir Malfoy dans l'immédiat, avant l'enterrement du directeur, vous avouez sa culpabilité, et le condamnez à coup sûr.
- J'espère que je ne fais pas une erreur en vous écoutant, Severus... répondit la vieille femme d'une voix inquiète. Mais j'imagine que c'est ce qu'aurait fait Albus... soupira-t-elle. Venez, il faut se dépêcher, Scrimgeour sera là dans moins d'une heure.
Severus lui fit signe de patienter le temps qu'il rassemble quelques affaires.
- Le square Grimmauld est-il encore sûr ? Demanda-t-il tout en fourrant des fioles dans une sacoche.
- Nous l'avons fait évacuer par mesure de sécurité. Il n'a pas encore été visité par des mangemots, mais de là à dire que c'est un endroit sur... Vous pourriez vous rendre chez les Weasley ?
- Je ne pense pas, non, grimaça Severus. Nous irons au quartier et resterons sur nos gardes le temps de décider ce que nous ferons. Je suis prêt, allons chercher Kécile.
C'était sans doute la première fois que les gryffondors voyaient le professeur Rogue pénétrer dans leur salle commune. Un silence pesant s'abattit sur la pièce tandis que Minerva guidait son collègue vers le dortoir des filles.
- Je vous retrouve avec Mr Potter dans mon bureau, dit-elle.
Severus trouva Kécile le visage enfoui dans son oreiller, n'ayant apparemment aucune intention de réagir à leur arrivée.
- Nous partons, Kécile, dit-il posément.
Il se pencha pour attraper la malle rangée sous le lit et ouvrit sans cérémonie le placard de la jeune fille pour le vider intégralement.
- Le ministère arrive avec l'intention de nous cueillir. Debout.
Kécile releva la tête, et Severus put voir son visage habituellement pâle, rouge et bouffi par les larmes.
- Nous ne pouvons pas partir, dit-elle d'une voix rauque. Albus... il n'a même pas été... enterré.
- Nous ne pourrons pas y assister, Kécile.
- On ne peut pas partir comme ça, protesta la jeune fille visiblement perdue.
Le professeur s'assit au bord du lit et attrapa le bras de son élève pour l'obliger à se redresser.
- Dumbledore n'est plus là pour nous protéger, Kécile. L'ordre vient de perdre son chef et son quartier général et ne peut rien pour nous. Nous sommes dorénavant traqués par Voldemort et le Ministère. Je comprends que tu veuilles rendre hommage à ton grand-père, mais dans l'immédiat, il y a plus urgent. S'il était là, il te dirait de penser d'abord à ta sécurité. Alors ressaisis toi et lève toi.
Kécile finit par lui obéir, mais il avait l'impression de commander un zombie. Il était partagé entre l'envie de la secouer pour déclencher une réaction et celle de compatir avec elle. Il imaginait sans peine le vide qu'elle devait sentir dans sa poitrine. Le même qu'il tentait lui-même d'ignorer.
Mais il ne savait pas consoler. Il n'y avait personne pour le consoler non plus. Il n'y avait jamais eu. Même pas Albus. Alors il ne savait pas quoi faire d'autre que de brusquer un peu Kécile. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était la protéger.
Dans le bureau de Minerva, Potter les attendait, le regard mi-perplexe, mi-furieux.
- J'étais en train d'expliquer à Mr Potter ce que nous attendons de lui.
- Vous voulez que je sauve les fesses de Malfoy... grogna l'intéressé
- Cela vous dérange ? Où est donc passé la noblesse de Gryffondor, Potter ?
- Après ce qu'il a fait, s'il doit s'expliquer avec le ministère, ce ne serait que justice, non ?
- Nous sommes en état de guerre, Mr Potter, et la justice a alors parfois tendance à être expéditive. Pensez à votre parrain...
- Vous ne pouvez pas comparer Sirius à Malfoy, professeur ! Protesta Harry
- Black n'était pas innocent de tout crime, Potter...
- Et vous non plus ! Hurla le jeune homme. Comment pouvez-vous parler des erreurs de Sirius quand vous-même, vous...
La rage semblait être au delà des mots et il s'interrompit pour tenter de reprendre son calme avant de siffler de fureur :
- C'est à cause de vous tout ça. C'est à cause de vous que Voldemort a su la prophétie, c'est à cause de vous que mes parents sont morts. C'est à cause de vous que je me retrouve le foutu Elu de cette fichue prophétie ! Dumbledore vous a accordé une seconde chance, mais est-ce que vous la méritiez vraiment ? Quand on voit comment vous vous comportez au lieu de faire profil bas, je me le demande !
- Harry, arrête, murmura Kécile en le retenant par le bras.
- Non, franchement, tu veux mon avis ? S'il meurt durant cette guerre, ça ne sera que justice pour réparer ses erreurs.
- Tu ne peux pas dire ça, Harry!
- Et bien je vois que la soit disante noblesse des Gryffondors est toute relative, n'est-ce pas, Potter ? Lança Severus d'un ton narquois, apparemment pas du tout perturbé par les propos de son élève. On a beau être l'Elu, on sait tout de même ce qu'est que la vengeance. Mais soyez heureux d'apprendre que votre désir se réalisera sans doute.
Harry allait répliquer, mais Kécile le coupa d'une voix suppliante.
- Non ! Tais-toi, Harry. S'il-te-plaît. Ça suffit maintenant. Albus vient de mourir, qu'est-ce qu'il dirait s'il vous voyait...
Les deux hommes s'affrontèrent du regard, leur deux haines s'entrechoquant violemment dans le bureau.
Puis Severus finit par prendre la parole et demanda d'un ton lapidaire :
- Allez-vous nous aider à protéger Drago Malfoy oui ou non, Potter ?
Harry hésitait, furieux qu'on lui demande de couvrir les bêtises aux conséquences dramatiques de son ennemi de toujours
Kécile le regarda avec angoisse, inquiète qu'il se laisse aller à sa colère dans un esprit de vengeance et qu'il fasse payer à Drago ce qu'il ne pouvait faire payer à Severus.
- S'il-te-plaît, Harry. Ce n'est pas facile pour Drago non plus, tu sais, d'être redevable à ceux qu'il méprisait avant. Mais il veut changer son avenir. Ne lui ferme pas la porte, je t'en prie. Il tourne le dos à Voldemort, c'est ça le plus important !
- Sans lui, Dumbledore serait encore vivant, gronda-t-il.
- Je le sais, répondit-elle en luttant contre les larmes. Et je serai la première à devoir lui en vouloir. Mais je ne lui en veux pas. Parce que je sais ce que c'est que de subir la pression de Voldemort, je sais quel courage cela demande d'y résister. Et malgré tout, ce n'est pas lui qui l'a assassiné. Ce n'est pas lui le vrai responsable.
Potter finit par acquiescer à contre-coeur.
- ça ne va pas être facile de convaincre les autres de tenir leur langue, prévint-il.
- Tu peux peut-être l'emmener à une réunion de l'AD... suggéra Kécile.
- Pour qu'il se fasse lyncher ?
- Ils ont bien réussi à m'accepter, la fille de Voldemort... Ils accepteront bien un fils de Mangemort, tu ne crois pas ?
Potter haussa les épaules.
- Je ferai mon possible. Vraiment. Mais Malfoy aura intérêt à y mettre sacrément du sien.
Kécile prit le gryffondor dans ses bras et le serra contre elle.
- Merci, Harry.
- Nous devons y aller, Kécile, intervint Severus.
- Prends soin de toi, dit-elle en embrassant Harry sur la joue.
- Toi aussi, dit-il en répondant à son étreinte. Je suis désolé... murmura-t-il de telle sorte que seule Kécile put l'entendre.
Deux minutes plus tard, Severus et sa protégée étaient au square Grimmauld.
Severus ne perdit pas une seconde et laissa en plan Kécile pour aller barricader l'entrée de la maison de toute une batterie de sorts de son cru. Ils seraient largement averti pour accueillir un éventuel mangemort, si tant est que le mangemort en question soit encore en état de nuire... Puis il fit un tour rapide des lieux pour constater que le quartier général n'avait apparemment pas été visité, bien que quitté précipitamment si on en jugeait par les affaires abandonnées ça et là.
Lorsqu'il revint dans la cuisine, il trouva Kécile assise sur une chaise, le regard vide fixé sur la cheminée.
- Je vais réinstaller le laboratoire, lança-t-il. Je ne sais pas combien de temps nous resterons ici.
Comme elle ne répondait pas, il la laissa à sa morosité et s'enfonça dans les sous-sols de la maison où le vieux laboratoire de la famille, bien loin de ses standards, lui avait servi de refuge chaque fois qu'il était de séjour obligé dans la maison Black, ce qui Merlin merci, était rarement arrivé.
Tout en installant son matériel qu'il sortit précautionneusement de son sac sans fond, il réfléchissait à leurs alternatives. Rien de bien réjouissant dans l'immédiat.
Qu'allaient-ils faire cloîtrés dans cette sinistre maison et jusqu'à quand ? Il était le seul avec Kécile et Potter à connaître l'existence des horcruxes. Ils étaient les seuls à pouvoir poursuivre la mission commencée par Dumbledore. Il se rendit alors compte qu'il ne connaissait même pas le résultat de l'expédition du directeur avec Potter. Et même si cela lui arrachait la langue de devoir l'admettre, les deux adolescents en savaient plus que lui sur la quête du directeur. Il fallait qu'il parle à Kécile pour savoir où ils en étaient mais déjà cela lui semblait une tâche sans fin.
Ils allaient en attendant devoir s'organiser. Du polynectar allait être indispensable, en espérant qu'il aurait le temps de le préparer avant qu'ils ne soient délogés. D'ici là, sortir dans Londres était déraisonnable. Il allait devoir demander à McGonagall de quoi les approvisionner. Mais jusqu'à l'enterrement de Dumbledore, contacter la directrice pouvait également s'avérer risqué pour elle, car l'école allait grouiller de personnes du ministère.
Sa réflexion se poursuivit sur tous les aspects de la situation, bien mauvaise, sur les reproches de Potter qui avaient bien plus raisonné qu'il ne l'avait laissé voir, sur la disparition de leur mentor qui le laissait bien plus désespéré qu'il ne voulait l'admettre...
Ce n'est que plusieurs heures plus tard que Severus songea à quitter son laboratoire pour s'inquiéter de savoir ce que faisait Kécile et tenter de trouver quelque chose à dîner.
Il ne s'attendait pas à trouver Kécile exactement dans la même position que plusieurs heures plus tôt.
- Tu comptes rester là longtemps ? Demanda-t-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.
Elle tourna les yeux vers lui, mais son regard la traversa comme si elle ne la voyait pas vraiment. Partagé entre l'agacement et le désarroi, Severus fronça les sourcils puis décida de la laisser le temps de préparer un semblant de repas. Il ne trouva dans les placards qu'un fond de lentilles et du roast-beef en boîte. Rien de bien appétissant, mais il doutait que Kécile ait plus faim que lui.
Lorsqu'il posa le repas sur la table, il s'adressa à nouveau à Kécile.
- Viens manger, ordonna-t-il. Kécile ! Dit-il un ton plus haut comme elle ne réagissait pas.
- Je n'ai pas faim, répondit-elle à mi-voix.
- Je ne veux pas savoir. Je préfère ne pas te demander à quand remonte ton dernier repas.
Kécile haussa les épaules puis regarda d'un air désespéré son assiette.
- Je ne peux pas, gémit-elle pitoyablement, visiblement écœurée rien qu'à l'idée d'avaler quoi que ce soit. Malheureusement pour elle, Severus n'avait pas l'intention de se laisser attendrir, et répondit fermement :
- Et bien force-toi ou c'est moi qui te donne la becquée.
Cela eut au moins le mérite d'arracher un air perplexe et incrédule à Kécile. Elle avait sans doute du mal à l'imaginer faire, mais Severus lui rendit son regard, décidé à lui faire comprendre qu'elle n'avait pas intérêt à tester si c'était une menace en l'air ou non.
Il la regarda avaler avec réticence quelques bouchées, avant de toucher lui-même à sa propre assiette sans entrain.
Le soir était déjà tombé mais il doutait qu'il trouverait le moindre repos cette nuit. Il avait l'intention de se trouver un livre dans la bibliothèque des Black et de veiller dans le salon tout en montant la garde. S'il était chanceux, il somnolerait peut-être quelques heures.
Il débarrassa la table d'un coup de baguette puis demanda à Kécile :
- Tu comptes rester vissée sur cette chaise encore longtemps ? Si tu n'as rien envie de faire, ne reste pas dans cette cuisine et va prendre une chambre pour te coucher.
Kécile se leva pour lui obéir sans un mot.
Au moment où elle franchissait la porte, il l'interpella à nouveau.
- Kécile ? Veux-tu de la potion de Sommeil Sans Rêves pour cette nuit ? Demanda-t-il d'un ton plus doux.
Elle secoua tristement la tête avant de disparaître à l'étage.
Deux jours passèrent ainsi dans cette ambiance morose. Severus n'avait aucune nouvelle de Poudlard, personne n'avait tenté de pénétrer au Square Grimmaurd, ni mangemort, ni membre de l'Ordre. Il commençait furieusement à manquer d'informations sur ce qu'il se passait dehors, ainsi que de provisions.
En désespoir de cause, il finit par contacter les Weasley.
Lorsqu'il eut crié le nom du Terrier et tourné un moment à travers les cheminées, une sonnerie stridente lui vrilla les oreilles, et il se retrouva immobilisé juste à l'entrée du conduit dans une position des plus inconfortables, le nez collé au mur de brique recouvert de suie.
La sonnerie s'interrompit brusquement, au grand soulagement de ses tympans.
- Qui-est-ce ? Demanda la voix inquiète de Molly Weasley.
Severus, répondit-il sèchement, n'osant pas inspirer de peur d'avaler plus de suie que d'oxygène.
Le mur s'ouvrit d'un coup dans un grand grincement et il put enfin déboucher dans l'âtre de la cuisine des Weasley.
- Grands dieux, Severus, je suis désolée, dit Molly en agitant sa baguette pour le débarrasser de la cendre dont il était recouvert. J'avais bien dit. à Arthur que c'était inutile de mettre ce sort. Minerva nous avait prévenu que vous aviez trouvé refuge au Square Grimmauld. Mais il n'a rien voulu entendre.
- Il a eu raison.
- Je suis si soulagée de vous voir!C'est un peu la panique dans l'ordre, tout le monde est dispersé, tout est désorganisé... Asseyez-vous, je vais vous servir un thé, proposa la matriarche fébrile.
- Ce ne sera pas nécessaire, merci.
- Ah, oui... vous devez être pressée. Je suis stupide, quelque chose de précis vous amène, bien sûr. Que pouvons-nous pour vous, Severus ?
- Kécile et moi avons besoin de provisions. Je n'ose pas sortir actuellement, et le polynectar n'est pas encore prêt pour nous couvrir.
- Mais bien sûr ! Je vais vous donner tout ce qu'il vous faut.
Mrs Weasley commença aussitôt à s'activer dans tous les sens, rassemblant des provisions qui suffiraient à nourrir une famille entière pour au moins 1 mois.
- Avez-vous des nouvelles de Poudlard et du ministère ? S'enquit Severus pendant ce temps. Que dit la gazette ?
- Il y a un sentiment d'inquiétude générale. On sait que des mangemorts se sont introduits à Poudlard et sont responsables du meurtre de Dumbledore, et les gens ne sont pas idiots. C'est un peu comme si Voldemort avait gagné la première manche, d'une certaine manière... Du coup les gens attendent beaucoup du ministère. Minerva pense que Scrimgeour va vouloir prendre la main sur l'école, on parle déjà d'y faire patrouiller des aurors, et des parents ne veulent pas y réinscrire leurs enfants l'an prochain. Mais d'après Arthur, la panique gagne aussi le ministère.
- C'est ce que voulait Voldemort.
- Oui, bien sûr. C'est une voix royale pour lui. L'Ordre se demande encore combien de temps Scrimgeour va tenir. Je ne sais pas de quoi les prochaines semaines seront faites, mais maintenant, la guerre commence vraiment.
Severus acquiesça sombrement.
- Dites à Minerva que j'aurais besoin de parler à Potter dès qu'il aura quitté Poudlard.
- Les élèves rentreront chez eux juste après l'enterrement.
- Quand aura-t-il lieu ?
- Après-demain. Vous irez ?
- Non, c'est trop dangereux.
- J'imagine. Comment va Kécile ?
Severus pinça les lèvres et Molly put voir un instant le désarroi sur ses traits durs.
- Mal. Elle est atone. Rien ne parvient à la faire sortir de son silence.
- Elle a besoin de faire son deuil. Vous devriez l'emmener à l'enterrement, vous savez.
- Ecoutez, si nous avons quitté Poudlard, ce n'est pas pour y revenir au moment où tout le ministère sera sur les lieux, remarqua sèchement le professeur.
- Vous pouvez sans doute vous débrouiller pour y assister de loin, non? Vous n'êtes pas espion pour rien... C'est une adolescente, Severus, vous ne pouvez pas lui demander de laisser son chagrin de côté comme cela. Elle a besoin de réaliser, d'accepter. Elle doit tellement avoir besoin de soutien, la pauvre chérie... Est-ce que vous avez ne serait-ce qu'essayé de la consoler ? Demanda-t-elle avec un regard soudain noir.
- Vous savez pertinemment que je ne suis pas fait pour ce rôle-là, Molly, inutile de me regarder ainsi.
- Si vous n'êtes pas là pour elle, qui le sera ? Rétorqua sévèrement la matriarche. Elle vient de perdre son grand-père, pour l'amour de Merlin ! Elle doit forcément vouloir se raccrocher à vous ! Elle vous connaît. Je suis sure que tout ce qu'elle attend de vous sont quelques paroles et une tentative. Elle fera le reste pour vous, allez !
Elle lui fourra un sac contenant tout un garde-manger entre les bras et le poussa vers la cheminée.
- Ne la laissez pas toute seule plus longtemps. On vous avertira de la prochaine réunion de l'Ordre qui aura lieu ici.
De retour dans la sinistre maison de Black, il prit le temps de ranger les provisions donnée par Molly pour réfléchir à sa conduite envers Kécile.
Il savait pertinemment au fond de lui que la matriarche Weasley avait raison. Mais il n'avait jamais été dans ses intentions de devenir le mentor de Kécile. C'était le rôle de Dumbledore, ça ! Salazar l'en prévienne, cela ressemblait presque à devenir le père de substitution de la gamine. Il ne savait pas faire ça. Il n'en avait pas promis autant à Ludivine.
Puis il songea à toutes les fois où il avait été là pour Kécile depuis qu'elle était petite. Dans l'urgence, en catimini, c'était facile d'être là pour elle, de la protéger, de veiller sur elle. Il ne s'était jamais forcé à le faire à cause de sa promesse pour être honnête. Il devait bien s'avouer qu'il avait de l'affection pour la jeune fille. Mais c'était plus facile à gérer quand il n'y avait que lui pour le savoir, et qu'il n'avait pas à le montrer par des gestes qu'il ne savait pas prodiguer.
Avec un soupir que lui seul put entendre, il finit par monter à l'étage et frapper à la porte de Kécile qui, sans surprise ne répondit pas.
Il entra tout de même et trouva Kécile roulée en boule sur son lit. Plutôt que la houspiller comme il aurait bien eu envie de le faire, il se fit violence et vint s'asseoir à ses côtés. La jeune fille leva les yeux vers lui quand le matelas s'affaissa sous son poids.
- Tu ne peux pas continuer ainsi, Kécile, tu vas finir par te rendre malade, dit-il d'une voix calme. Si Albus te voyait ainsi, cela le désolerait. J'ai réfléchi à ta demande d'assister à son enterrement.
Il obtint enfin un regard attentif.
- Je ne te promets rien, mais je vais voir avec Minerva si tu ne peux pas au moins y assister depuis le château.
- Vous serez là ? Demanda-t-elle d'une voix enrouée d'avoir trop pleuré.
Bien sûr.
Il lui serra l'épaule puis se redressa et lança d'une voix plus énergique
- Molly m'a donné de quoi nourrir une armée de Gryffondors affamée. Viens donc m'aider à préparer à déjeuner. Je commence à en avoir assez des lentilles. Après j'aimerai que tu viennes avec moi au laboratoire, je dois préparer la potion Tue-Loup pour Lupin et tu pourras m'être utile.
Et il n'y croyait qu'à moitié, mais Kécile se leva.
XXX
Le jour de l'enterrement, Kécile et Severus attendaient dans la cuisine que Minerva vienne les chercher après s'être assurée que le chemin était libre.
Ils se rendirent au septième étage. Par les fenêtres qui inondaient le couloir de soleil, on pouvait voir le lac au bord duquel avaient été disposées des centaines de chaises. Le parc était encore désert, mais bientôt, une foule de sorciers du monde entier allait arriver pour rendre hommage au mage disparu, quand sa propre petite-fille ne pouvait pas y assister.
Severus et Kécile attendirent longtemps. Le Maître des Potions faisaient les cent pas dans le couloir, jetant parfois un coup d'oeil à son élève qui restait immobile devant une fenêtre.
Severus savait que les élèves étaient encore à Poudlard, car ils devaientt assister aux funérailles avant de partir directement pour la gare de Pré-au-Lard où les attendraient le Poudlard Express. Le retour pour les vacances était habituellement un jour de grande agitation, mais cette année, pourtant, le château était étrangement silencieux. On entendait que quelques bruits sourds de valises, et le bruit des pas dans les escaliers. Mais pas de cris joyeux, ni d'élèves s'interpellant dans les étages.
Les premiers visiteurs arrivèrent au loin, bientôt suivis des élèves. Ils étaient bien trop éloignés pour distinguer les silhouettes à l'exception de celle de Hagrid, mais la rumeur sourde des conversations feutrées leur parvenait depuis le lac.
La cérémonie commença lorsque toute l'assistance se leva d'un seul mouvement, et Severus se rapprocha de Kécile, posant la main sur son épaule en un geste de soutien. Il la sentit se tendre quand Hagrid amena le corps du directeur. Il la regarda un court instant, juste le temps d'apercevoir son visage crispé par le désespoir et l'horreur, avant de détourner les yeux, avec la sensation d'assister à quelque chose de trop intime.
Lui-même ne pouvait se défaire d'un sentiment de profond désarroi, presque de refus de l'évidence. Il avait envie de hurler que ce n'était pas possible, que ce n'était pas le corps du vieux directeur qui était là-bas sur la table de marbre, recouvert d'un linceul.
Mais plus la cérémonie avançait et plus l'implacable vérité, froide et sans pitié le submergeait : Dumbledore était mort. Mort.
Il serra convulsivement l'épaule de Kécile et l'entendit renifler.
L'assistance au loin commença à se retirer mais ils ne bougèrent pas. Ils attendirent que tout le monde eut quitté le parc.
Severus observait sombrement les derniers élèves au loin passer les grilles, puis le portail fut fermé jusqu'à la rentrée prochaine. Il ne restait plus dans l'école que quelques professeurs, et Severus jugea la situation relativement sure pour qu'ils puissent se rendre à leur tour dans le parc.
Kécile le suivit comme une somnambule et lorsqu'ils arrivèrent devant la tombe au bord du lac qui semblait complètement changer le paysage pourtant familier, il resta là debout, tandis que la jeune fille s'agenouillait, la tête courbée.
Début du lien
Depuis trois jours, Kécile avait la sensation d'habiter un autre corps, de vivre une autre vie. Une vie parallèle qui allait se terminer, comme un cauchemar. Oh, bien sûr, elle serait instant déboussolée ! Elle se réveillerait, persuadée que son grand-père était mort. Et puis, elle réaliserait tout en ayant un peu de mal à y croire que tout cela ne s'était pas réellement passé et qu'Albus était encore vivant. Alors, elle laisserait le soulagement l'envahir et les larmes seraient finies.
Mais elle ne se réveillait pas.
Elle devait lutter pour accepter que cette vie était réelle. Elle se laissait alors engourdir dans un brouillard qui lui évitait de faire face. Quelque part dans son cœur, une voix répétait inlassablement : « Ce n'est pas possible ! »
Elle allait entendre à nouveau le phénix chanter ! Elle pourrait à nouveau se réfugier dans les bras d'Albus. Il serait encore là pour lui parler de sa voix apaisante et la couvrir de son regard bienveillant.
Mais maintenant, alors que l'enterrement était achevé, la vérité la giflait en pleine face. La tombe imposante se tenait devant elle implacable et écrasait son cœur. Elle ne pouvait plus tenter de nier.
Albus était mort.
Elle toucha le marbre froid.
Son grand-père était prisonnier de cette sépulture de pierre. On le lui avait arraché.
Elle ne le reverrait jamais.
Jamais.
Jamais. Le mot tournait dans son esprit dévasté.
Jamais. C'était définitif. Irrévocable. Implacable.
Jamais. L'idée pénétrait difficilement à travers la douleur. Elle n'avait pas réalisé ce que ce mot pouvait avoir de terrible.
Jamais. C'était un adieu éternel.
Et lorsqu'elle prit profondément conscience de ce que signifiait ne jamais revoir son grand-père, elle laissa le chagrin l'envahir complètement.
Elle avait la sensation qu'un immense trou sanglant s'était creusé dans sa poitrine. Son cœur était coincé dans sa gorge et elle se sentait dépossédée de toutes forces et de tout courage. Elle ne voyait pas comment elle allait pouvoir continuer.
Depuis qu'elle était arrivée à Poudlard, sa vie avait tourné autour du vieil homme : c'était pour lui qu'elle avait trahi le Serment Inviolable, pensant pourtant se condamner à mort. C'était pour lui qu'elle avait trahi son père. C'était pour lui qu'elle s'était efforcée de tourner le dos à ses convictions.
C'était grâce à lui qu'elle était sortie d'Azkaban. C'était grâce à lui qu'elle avait surmonté l'horreur qu'elle avait vécu là-bas. C'était parce qu'il était là, dans son cœur et sa conscience qu'elle n'avait pas tué Harry. Il était sa seule famille, son Maître, celui qui avait détrôné l'influence de son propre père, celui pour qui elle avait sacrifié une partie de sa vie sans hésitation, juste pour l'avoir un peu plus longtemps à ses côtés.
Et on le lui avait brutalement arraché.
En touchant la tombe, elle voulait atteindre le corps qu'on lui avait retiré sans qu'elle puisse lui dire adieu. Elle aurait pu s'arracher les ongles à force d'érafler la pierre, si le marbre n'avait pas été aussi lisse, aussi insensible que la mort. Et elle ne se rendit même pas compte qu'elle mouillait le socle de ses larmes.
Elle avait déjoué sa mort une fois, et elle suppliait intérieurement, son cœur hurlait après elle ne savait quel dieu pour que ce privilège lui soit accordé une seconde fois.
Mais elle suppliait en vain depuis des jours et elle eut beau verser toutes les larmes de son corps et prier de toutes ses forces, ni le Ciel, ni les enfers, ni Merlin ne lui répondirent, et la tombe resta désespérément froide et muette.
Quelqu'un s'agenouilla à ses côtés et passa un bras autour de ses épaules.
C'était Severus.
Elle se tourna vers lui et se serra contre lui, agrippant ses robes avec l'énergie du désespoir. Elle n'avait plus que lui.
- J'ai peur, Severus... murmura-t-elle. J'ai peur, parce que maintenant, je sais que Voldemort peut gagner.
- Nous ferons en sorte que cela n'arrive pas, répondit-il gravement.
- Comment pourrons-nous nous battre sans Albus ?
- Nous lui ferons confiance, et nous poursuivrons la route qu'il a tracé.
- Je n'y arriverai pas...
- Tu trouveras la force, pour le rendre fier, pour te montrer digne de lui.
- Mais qu'est-ce qu'il nous restera à la fin ?
Le professeur se contenta de raffermir son étreinte, mais ne répondit pas.
Kécile s'accrocha désespérément à lui et il sentit une larme traîtresse glisser sur sa joue.
Il entendit alors la jeune fille supplier
- Ne m'abandonne pas toi aussi.
