Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartient pas.
Angelo grimaça en sentant la bande de coton pratiquement couper sa circulation sanguine, il n'osa cependant pas grogner lorsqu'il aperçu le regard noir qu'Aphrodite lui adressait. Le poisson était assit sur une chaise de bois clair à ses côtés, une boite de pansements, une autre de bandelettes et un désinfectant en spray sur la table.
Angelo entendait Milo à l'extérieur parler au téléphone avec une voix bien moins assurée qu'habituellement mais toujours aussi légère. Il appelait les jumeaux pour un rapport, comme il l'avait promit et ne semblait pas s'inquiéter de l'argent que cela allait lui coûter. Si il se concentrait, l'italien aurait pu écouter la conversation mais il n'en avait ni l'envie, ni la moindre nécessité. À la place, il laissa la voix de son ami remplir le silence tel un vulgaire bruit de fond.
Lentement, le jour se levait et baignait la salle à manger d'un rouge profond qui ne tarderait à s'effacer. Il se reflétait sur les longs cheveux bleus ciel d'Aphrodite, les teintant d'un violet miroitant. Ses sourcils étaient froncés et sa bouche formait une moue renfrognée, fou de rage contre ses amis. Il avait toutes les raisons de l'être après tout. Ces idiots avaient préférés foncer tête baissée, sans même écouter ce qu'il leur avait dit. Enfin... Ils étaient tous ressortis vivants. C'était le plus important après tout, n'est-ce pas ?
Aphrodite tint d'une main le bout de la bandelette, déchira un morceau de sparadrap blanc de l'autre sans décrocher le regard du bras de son ami. L'adhésif s'accrocha à ses ongles et il jura à voix basse dans sa propre langue avant de le coller sur la bande de coton. Rapidement, il rangea les pansements, le sparadrap et ses ciseaux dans une petite boite avant de se relever et de quitter la pièce, laissant loisir à Angelo de toucher les bandes qui recouvraient ses blessures.
Il pressa tout doucement son bras et sentit sous le tissu une légère brûlure. Il n'avait rien de bien grave, quelques griffures et des éclats de bois trop gros pour être considérés comme de bêtes échardes mais rien qui ne nécessitait qu'on l'emmène à l'hôpital. Et puis, Aphrodite s'était occupé de tout donc il n'avait plus rien à craindre. La seule chose qui pouvait l'inquiéter désormais, outre quelques malheureuses cicatrices, était que son ami décide de bouder indéfiniment.
L'italien reposa son bras sur ses jambes et regarda le ciel par la fenêtre en face de lui. Quelques nuages épars étaient d'un pourpre profond, il pouvait voir une étoile briller avec force parmi camaïeux oranger du ciel, peut être Venus, qui tout comme la teinte vermeille s'évanouirait dans le jour nouveau. Aphrodite habitait une petite maison dans une banlieue calme de la ville. Il avait toujours préféré la tranquillité et la serre dans le petit jardin qui accompagnait la maison lui permettait de cultiver à tout moment de l'année. C'était pour ça qu'il n'avait pas hésité une seconde à acheter les lieux.
Angelo décrocha les yeux du ciel et regarda doucement autour de lui. Rien n'avait changé depuis la première fois qu'il avait posé les pieds ici à un détail près : les plantes qui prenaient pratiquement chaque centimètres de sa maison. Il en rajoutait peut être un peu... Quand il entendit le pas rapide de son ami, bien plus rapide que d'habitude.
« Aphrodite ? »
L'homme n'eut pour seul réponse qu'un silence glacial, malgré son ami à quelques centimètres de lui. Le jardinier s'était conditionné dans une colère silencieuse qui le poussait à ignorer son meilleur ami, une colère qu'il s'efforçait de garder sous pression à chaque respiration qu'il prenait. Calme, il devait faire preuve de calme, comme il avait l'habitude de le faire. Au mieux il pouvait s'accordait quelques piques sarcastiques bien placées mais jamais rien de plus. Jamais de colère dévastatrice ou de pleurs mêlés de cris. C'était l'image qu'il s'était forgé année après année. Une image qui menaça de s'envoler en fumée au moment exacte où Angelo attrapa son poignet quand il lui tourna le dos.
« Lâche-moi.
- Je suis désolé Aphrodite, crois-moi.
- Lâche-moi, Deathmask. »
Il ignora les mise en gardes du magicien, au contraire, il resserra légèrement sa poigne autour de son bras. Il chercha à tourner le poisson vers lui. Et quelque chose se brisa en Aphrodite.
Tout le contrôle dont il avait preuve pendant tout ce temps, à regarder son meilleur ami enchainer connerie sur connerie. Tous ces stupides sourires qu'il lui adressait, qu'il s'efforçait de garder et ce sang-froid dont il manquait parfois cruellement. Tous ses sentiments qu'il étouffait parce qu'ils menaçaient leur amitié devenue fragile. Tout ce temps qu'il avait passé ici, cette putain de nuit qu'il avait passé à attendre ses amis revenir, seul à se faire un sang d'encre. Tout, Angelo piétinait tout, même cette sourde colère qu'il ressentait.
Aphrodite arracha son poignet des mains de son ami et sans même lui laisser le temps de protester, le gifla. Dans un bruit sec, le coup résonna contre les murs de la salle vide, masqua pratiquement les paroles de Milo. Aphrodite vit son ami poser sa main sur sa joue sûrement brûlante, choqué par ce qui venait de se passer alors que lui garda sa main au dessus du visage de l'italien, incapable de bouger. Il tentait de garder ce calme qui était déjà tombé en morceaux à ses pieds.
Il s'attendait à ce que l'italien s'énerve, à ce qu'il crie ou à ce qu'il se lève et quitte la pièce. Dans tous les cas, il ne le retiendrait pas, il le laisserait faire ce qu'il préférait car à cet instant, Aphrodite avait déjà assez de mal avec ses propres sentiments. Il se foutait de ce que son ami pouvait bien penser, il s'en moquer totalement pour l'une des premières fois de sa vie. Il ne s'attendait juste pas à ce qu'Angelo avance la main vers lui, un air peiné.
« Aphrodite... Ça va ? »
Le jardinier sentit sa main trembler, il sentit ses lèvres trembler alors que l'homme toujours assit frôla sa joue du bout de ses doigts. Aphrodite ignorait à quel moment il avait commençait à pleurer et si ça n'avait été pour l'italien qui essuyait ses larmes avec sa manche, il ne l'aurait probablement pas remarqué. Il fondit alors en larme. Il se sentit tomber à genoux lorsque ses jambes furent incapables de continuer à le soutenir.
Ça n'allait pas. Rien n'allait. Il voulut crier à Angelo qu'il n'était qu'un enfoiré, un salaud. Qu'il n'était qu'un connard, vraiment, il aurait voulut mais à la place, il s'accrocha à l'homme qui avait tout de suite cherché à le relever. Il s'accrocha aux manches de son pull noir, il tira sur le tissu et le déforma sans faire attention, pas que l'italien lui en porte rigueur. Non, à la place, Angelo le tira contre lui et l'encercla de ses bras pendant qu'il balbutia des mots, des insultes au hasard.
Aphrodite se sentait tellement, tellement blessé au point qu'il avait simplement craqué. Peu importe ce qu'il ressentait pour son ami, ce n'était pas assez. Ce n'était pas l'amour de sa stupide fleuriste, ce n'était pas ce sourire doux et maternelle. Lui n'avait rien à lui offrir de plus que son amitié et des bons conseils car il n'était pas assez, il n'était pas comme elle.
Si ça avait été elle qui lui avait dit de ne pas aller dans le manoir, il l'aurait écouter. Aphrodite le savait. Il en était sûr. Alors que lui, quand il le suppliait de ne rien faire de dangereux, il faisait exactement le contraire. C'est comme si son avis ne comptait plus, lui qui fut un temps la voix de la raison de l'italien. Depuis qu'elle était entrée dans sa vie, Angelo venait de moins en moins souvent, avait de moins en moins de temps à lui consacrer. Dire qu'il y a encore quelques années, il ne se passait pas un instant sans qu'ils ne soient tous les deux. Ils avaient été aussi inséparables que Milo et Camus. Seulement désormais, plus le temps passait, plus le jardinier avait l'impression de voir l'homme qui l'aimait, son meilleur ami, dériver loin, très loin de lui. Il en souffrait, il ne l'avait jamais réellement dit mais il en souffrait énormément.
Quand il sentit l'étreinte de l'homme aux cheveux courts autour de lui, ce fut autant un soulagement qu'une torture. Il était toujours là, son ami était revenu vivant de ce satané manoir. Couverts de blessure, visiblement sonné et peut être légèrement choqué, mais vivant. Cette histoire avait rappelé au poissons cette affreuse nuit où Hadès posséda Shun et qu'il crut véritablement vivre ses derniers instants. La mort en elle-même n'était pas ce qu'il craignait le plus, c'était l'absence.
Aphrodite avait peur d'être abandonner, d'être seul. C'était une peur viscérale qui lui retournait les entrailles rien que d'y penser. Il connaissait parfaitement son origine : sa mère l'avait simplement abandonner lorsqu'il avait 4 ans, dans une forêt enneigé de Suède. Il ne se rappelait pas exactement qui l'avait trouvé, si il s'agissait de Shion ou peut être de Dohko, il se souvenait seulement de froid qu'il avait ressentit. Il se souvenait avoir eu l'impression de ne pas avoir été assez.
« Allez Aphrodite... Je l'ai mérité celle-ci, pas la peine de chialer. »
Le ton peiné mais habituellement chaleureux de son ami lui arracha un sourire alors qu'il sanglotait, toujours accroché à son pull désormais humide de larmes. Quand il pleurait, il ne faisait pas semblant.
« T'es un connard Angelo !
- Je sais... Je sais... Mais c'est comme ça que tu m'aimes ? »
Le jardinier hocha la tête de haut en bas, faisant de son mieux pour retenir ses larmes. Le pire dans cette histoire, c'est qu'il avait raison. C'était cet inconscient qui passait son temps à rire au nez d'à peu près les trois quart de la terre qu'il aimait. C'était ce crétin qui ne réfléchissait jamais, qui préférait foncer dans le tas et qui se moquait de ce que l'on pouvait penser de lui qu'il aimer. Et le pire, le pire c'est qu'au fond, ce crétin, cet idiot était quelqu'un de bien. Avec l'aide du crétin en question, il se releva.
« Je te déteste.
- Merci, moi aussi je t'aime ! »
Aphrodite ne pouvait jamais rester longtemps en colère contre l'homme. Même si il le voulait, il n'y arrivait pas, l'autre le connaissait que trop bien. Il savait exactement quoi dire et quoi faire pour le faire sourire. Finalement, il réussit à cesser de pleurer. Du revers de sa propre manche, Aphrodite essuya ses yeux devenus rouges et bouffis.
« Eh bah voilà ! Ça c'est l'Aphrodite que je connais, celui qui est près à botter le cul du premier qui vient l'emmerder !
- Tu ferais mieux de te taire, tu es le premier sur ma liste. » répondit-il avec un sourire fragile.
Il fallait qu'ils parlent, une bonne fois pour toute. Aphrodite n'avait jamais eu l'occasion de lui expliquer ce qui était arrivé le soir où Shun s'était fait posséder. Il ne lui avait jamais reparlé du coup de téléphone qu'ils avaient eu. Quant à Angelo, il avait tant à dire à son ami, sûrement plus que le poissons d'ailleurs. Oui, ils devaient parler, mais pas aujourd'hui.
« Bon, alors d'après Kanon on aurait eu à fair-... Ça va Aphrodite ? »
Milo s'arrêta à l'embrasure de la porte en voyant le jardinier, les mains fermement accrochées aux manches de l'italien et ayant visiblement pleuré. Le scorpion était près à mettre sa main au feu qu'Angelo était la raison principale de l'état de leur ami.
« Oui mon chou, répondit le poissons d'un sourire fragile en essuyant ses yeux. Pourquoi ? Tu veux t'occuper de moi ? »
Le clin d'œil du suédois n'était pas aussi naturel que d'habitude, pourtant Milo décida de rentrer dans son jeu. Il connaissait Aphrodite, il savait à quel point se dernier ne supportait pas être vu ainsi. Le scorpion soupira alors dramatiquement et s'exclama :
« Hélas ! Je ne pourrais accepter une telle offre lorsque mon cœur se brûle en secret pour un autre !
- Et qu'est-ce qu'il a dit 'l'autre' au sujet de notre monstre ?
- Ce n'est pas à 'l'autre' que j'ai eu l'honneur de parler, mais à son double maléfique.
- C'est fou, j'entends pratiquement Kanon te crier dessus d'ici. » fit Aphrodite en lâchant son meilleur ami.
Milo lui adressa un sourire fripon avant de s'avancer et de tirer une chaise pour s'asseoir en face d'eux. Ses deux autres amis firent de même alors qu'il rangea son portable dans sa poche et reprit un air sérieux. Une expression qui était à la fois surprenante et inquiétante venant de Milo.
« Il s'agirait d'un esprit désincarné.
- Désincarné ?
- Oui Angelo. Désincarné. »
Le poissons s'enfonça dans sa chaise tout en haussant un sourcil. Il avait entendu parler d'incarnation, d'esprit mais 'esprit désincarné' était quelque chose d'assez nouveau pour lui. Pourtant il pouvait se vanter de bien s'y connaître en terme d'esprits, de démons et de toutes autres choses du genre mais il n'avait jamais entendu parler de ça avant. Il finit par demander :
« Et qu'est-ce qu'un esprit désincarné ?
- Eh bien..., Milo paraissait hésitant. C'est... Un esprit mais qui est... désincarné ?
- Merci génie, on l'aurait jamais deviné ! »
Le grec lança un regard noir à l'homme aux cheveux courts, celui-ci lui répondit par un rictus clairement satisfait. Intérieurement, Milo ne put s'empêcher de se dire que quoi qu'il ai fait, il avait mérité la gifle d'Aphrodite. Il n'avait pas assisté à la scène seulement la magnifique marque rouge à la forme parfaite d'une main lui permettait de suffisamment bien imaginer ce qui s'était passé.
« 'Un esprit désincarné est une âme animale ou humaine n'ayant pas trouvé la paix et ayant pourrie ou ayant été maudite suite à un lourd péché. Leurs forme, puissance et pouvoirs peuvent varier selon leur espèce, leurs vécus et leur mort.' »
L'air satisfait du voyant cloua le bec à l'italien. Celui-ci croisa les bras sur sa poitrine et marmonna quelque chose dans sa langue natale, quelque chose qui ni le scorpion ni le poissons cherchèrent à traduire. Plutôt le laisser rouspéter, après la peur qu'ils avaient tous eut. Et puis, une dispute par nuit suffisait amplement.
« Donc, pour faire court : c'était un truc dégueulasse et pourrit. Et je te dois mes excuses Aphrodite. Tu avais raisons : c'était complètement con de notre part d'essayer de faire le boulot de Kanon et Saga. Pardonnes-moi. »
Ce fut au tour du suédois de sourire avec satisfaction à Angelo qui s'enfonça d'autant plus dans sa chaise. Il savait pertinemment bien qu'Aphrodite allait se servir de cette histoire chaque fois qu'il ferait quelque chose de dangereux. Le pire est que ça pourrait très bien le dissuader de faire quoi que se soit : cette nuit fut un enfer.
« Merci Milo, je suis heureux que quelqu'un ici reconnaisse ses erreurs. »
Sous le regard insistant de son ami, Angelo poussa un long soupire. Il allait devoir se faire très très petit pendant quelques jours si il ne voulait pas encore recevoir un tombereau de reproche. Surtout que le suédois était quelqu'un de très persistant.
« Bon, maintenant je vais devoir m'excuser auprès d'Hadès. J'ai cru qu'il allait nous tuer lorsqu'on est venu lui rapporter Camus.
- Pourquoi n'êtes-vous pas venu directement ici avec Camus ? Shaka n'est pas loin, il aurait put l'aider.
- On a déjà eut le droit à un esprit en rogne contre nous Aphrodite, alors si en plus on se mettait à dos le dieu des morts... », grogna Angelo en continuant de bouder.
Milo passa ses mains sur son visage fatigué avant de passer ses doigts entre ses longues mèches de cheveux. Il ignorait comment un regard pourtant totalement noir pouvait paraître aussi glacial mais il en frissonnait encore. Enfin... Le dieu avait eu la sympathie de leur donner une potion que Camus avait fait quelques jours avant pour qu'ils puissent soigner leurs blessures, sans jamais leur adresser le moindre mot. Milo avait très rarement entendu l'entité parler mais rien que de penser à sa voix sinistre lui glaçait le sang.
« C'est fou, vous ne trouvez pas ça étrange la façon dont il reste toujours avec Camus. »
Le scorpion n'écouta qu'à moitié Angelo, ses yeux dérivant lentement vers les grandes fenêtres. Il allait faire un temps magnifique aujourd'hui, parfait pour promener les chiens de l'animalerie. Quoi qu'il avait posé une journée de congé, il n'avait pas à s'inquiéter de ça. Il devrait plutôt allait se coucher. Et voir comment allait son meilleur ami.
« C'est un créateur mais il préfère rester tranquille auprès d'un humain. C'est suspect si vous voulez mon avis.
- Arrête un peu Angelo, soupira Aphrodite. On dirait Shaka...
-Parce que tu trouve pas ça étrange que le créateur des Enfers en personne vive pratiquement avec Camus ? Qu'il le suive comme son ombre ? Il cache quelque chose ! »
Milo voulut poser son menton au creux de sa main mais grimaça lorsqu'une vive douleur l'en empêcha. Il fixa d'un regard noir les pansements autours de son indexe. Il avait oublié ce 'léger' détail. Après avoir nettoyé la blessure grâce à la potion de son meilleur ami et d'un peu de désinfectant avec l'aide d'Aphrodite, il fut choqué de voir la moitié son ongle arrachée. Certes, il savait qu'il devait s'y attendre mais de voir sa chair ainsi à vif le dérangea grandement. Particulièrement lorsque son ongle avait été coupé net en deux, dans le sens de la longueur et non pas de la largeur comme on pourrait s'y attendre. Sans parler du mal de chien que ça lui avait fait.
« Sérieusement ?, Aphrodite leva les yeux au ciel. Dis moi mon cher, tu as vu la façon dont il observait Camus ?
- Oui et alors ?
- Et alors ? Tu n'as rien remarqué ? Pas un léger détail qui saute aux yeux de n'importe qui ?
- Ses yeux sont totalement noirs ! Qu'est-ce que tu veux que j'y remarque ? »
Le poissons posa sa main sur son visage en soupirant longuement. Mais qui lui avait mit un empoté pareil ? Il était sûr que n'importe qui dans leur entourage avait comprit ce qui se tramait... Et lui non, il restait assit là. Aphrodite serait prêt à parier que même Camus s'en était rendu compte.
« Laisse tomber Aphrodite, Milo tourna la tête vers eux. Ce n'est pas la première fois qu'il nous fais le coup. »
Aphrodite haussa un sourcil face à l'air blasé de son ami grec. Il avait raison, Angelo devait être la personne la moins perspicace qu'il connaissait. Pendant un instant, un court instant certes mais un instant quand même, le suédois eut même la folle envie de mettre une autre gifle à son meilleur ami. Ou de le secouer jusqu'à ce qu'il prenne un peu conscience du monde autour de lui.
« C'est ça ! Vous pouvez dire ce que vous voulez mais vous verrez à la fin qui a raison ! »
Pendant qu'Aphrodite leva de nouveau les yeux au ciel, Milo ignora magistralement l'italien et préféra de nouveau porter son attention sur son doigts. Ce que lui trouvait étrange, c'était la façon dont la créature était 'morte'. Il avait demandé à Kanon si il connaissait les faiblesses des esprits désincarnés mais il fut incapable de lui répondre. En faite, ni Saga ni Kanon n'avait eut l'occasion d'en voir de leurs propres yeux et pour cause, ce genre de chose ne rodait pas dans le monde humain. Par contre, ils avaient aux fils des années trouvé de nombreux traités et autres documents qui parlait de ces créatures en détail.
Les esprits désincarnés étaient souvent punis par les créateurs ou oubliés de tous, cela dépendait. En faite, du peu que les démonologues en savaient, il était interdi pour ces êtres de trouver la paix. Ils devaient errer avec le poids de leurs crimes et ce jusqu'à ce que leur âme tourmentée et leur cosmos pourrissent. Tout comme un fruit mûr tombé de l'arbre et pourrissant dans l'herbe. Ils avait un corps, une enveloppe physique qui à l'image de leur âme tombait en morceau, était putride et horrible à regarder. C'était d'ailleurs leur odeur qui les caractérisaient le plus. Ils étaient comme des zombies.
Une autre chose dérangeait Milo. Les jumeaux, ayant acceptés l'aide du scorpion, n'avaient finalement pas prit le temps de faire de recherches sur les lieux comme ils en avaient l'habitude. Milo, lui, n'avait demandé que quelques renseignements au propriétaire qui, avec grande fierté, avait récité à Camus et lui même l'histoire du manoir dans les moindres détails. Il lui avait d'ailleurs donné le plan des lieux qui, malgré le papier jaunit par le temps, était encore en parfait état. Le verseau avait eut la présence d'esprit de photographier le document dès qu'il l'eut sous la main.
Seulement, alors que le trio étaient déjà partis pour leur nuit chaotique, Saga s'était décidé à faire quelques recherches sur le château. Le démon qu'il poursuivait son frère et lui n'était qu'une vaste imposture, à peine digne d'un mauvais film à suspense et plutôt que de perdre sa journée, il préféra la mettre à profit. Ce fut Kanon qui fit par des résultats à Milo : rien. Son ainé n'avait rien trouvé sur le manoir en question.
« Et puis tu n'as qu'à lire sa description dans le Livre des Morts ! », s'exclama soudainement Angelo à Aphrodite, faisant sursauter le grec.
Sur ses mots, il se saisit de son sac qui trainait à ses pieds et sous le regard du poissons et du scorpion, arracha pratiquement son épais livre du sac. C'est alors qu'une chose blanche s'échappa du tissus sombre avant de tomber à terre dans un bruit sec. Même Angelo fut étonné, replaçant sans y faire attention son livre. Lentement, il se pencha avant de se saisir du morceau glacial de porcelaine.
« Tient... murmura-t-il. J'étais sûr de l'avoir reposé pourtant.
- Qu'est-ce que c'est ?, questionna Milo en essayant de se pencher pour mieux voir.
- Un morceau d'assiette. Ça vient du manoir.
- Tu sais que c'est considéré comme du vol Angelo ? »
Il n'adressa même pas un regard à Aphrodite qui croisa ses bras. Il était pourtant certain de l'avoir reposé ! Il s'en souvenait parfaitement, c'était quand Milo avait entendu un bruit bizarre dans la salle à manger. Il avait pratiquement fait tombé son portable d'ailleurs. Alors qu'est-ce que ça faisait dans son sac ? Plongé dans ses pensées, il ne vit pas son meilleur ami froncer les sourcils.
Aphrodite avait déjà vu cette estampille quelque part. Il n'était pas vraiment un grand passionné de porcelaine mais une de ses clientes, si. Elle lui envoyait toujours en photos les magnifiques vases qu'elle dénichait à droite et à gauche et qu'elle accordait parfaitement avec chaque bouquet acheté chez le fleuriste. La jeune femme avait d'ailleurs un faible pour la porcelaine italienne. Ce symbole, cette sorte de 'w' stylisé... La curiosité le tuait. Il sortit son portable et chercha dans les messages échangés avec sa cliente. Trouvé.
« C'est de la porcelaine venant tout droit d'Allemagne!, il tendit fièrement son téléphone. De la ville de Wallendorf au sud des forêts de Thuringe pour être exact.
- Qu'est-ce que de la porcelaine allemande fait dans un manoir en Grèce ?, Aphrodite haussa les épaules.
- J'en sais rien Angelo. Je crois qu'il n'y a pas de porcelaine en Grèce, les précédents propriétaires l'on sûrement fait importer. »
Encore une fois, Milo perdit le fil de la conversation. Il y avait quelque chose qui le dérangeait. La théorie d'Aphrodite était tout à fait plausible mais il quelque chose continuait de l'interpeler. Ce fut à son tour de sortir son portable. Sans un mot, il inspecta les plans du bâtiment que leur avait envoyé Camus dans le manoir, dans un faible espoir de se remémorer quelque chose en particulier.
Les escaliers de bois sombre et ciselé, les épaisses moquettes couvertes de poussières et le marbre devenu terne. Les candélabres de cristal, l'aile ouest parfaitement entretenu et l'aile est dévastée. Ça n'avait aucun sens. Pourquoi l'aile est était-elle dans cet état ? Il se souvenait encore du propriétaire s'enthousiasmer sur le fait que le manoir était parfaitement conservé.
Milo observa le plan du troisième étage. C'était exactement comme ce qu'ils avaient put rapidement voir mais il continuait d'avoir cette désagréable sensation. Celle de passer à côté de quelque chose. Toujours dans une profonde réflexion, il ne fit pas attention à Aphrodite qui arracha le morceau d'assiette des mains de l'italien. Celui-ci protesta vivement. Protestations qui se stoppèrent dès l'instant où Aphrodite chuchota avec une mine dégouté :
« Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Il gratta légèrement avec son ongle le revers de l'assiette où, outre de la poussière, une sorte de crasse noirâtre et épaisse s'était déposé. C'était sec et pratiquement collé à la surface en porcelaine.
« Oh..., fit Angelo en se penchant légèrement au dessus d'Aphrodite. Ça ? De la nourriture je crois. »
Dans un réflexe inespéré, il rattrapa l'assiette des mains de son ami qui, répugné par ce qu'il venait d'apprendre, se leva brusquement. Manquant de faire tomber sa chaise, Aphrodite se retourna et courra pratiquement jusqu'au lavabo le plus proche. Il avait de la nourriture qui datait d'il ne savait quand accrocher à l'ongle et rien que cette pensée lui donnait la nausée. Dégoûtant ! Tout simplement dégoûtant !
« Tu pouvais pas le dire plus tôt ? »
Angelo ricana légèrement quand la voix énervée de son meilleur ami lui parvint en écho du fond du couloir. Déjà, il entendait l'eau couler et si il tendait l'oreille, le grognement d'un sorcier très exaspéré. Il posa le morceau sur la table avant de s'enfoncer dans sa chaise et de laisser son regard se poser sur le voyant. Celui-ci regardait avec insistance son portable mais paraissait pourtant penser à tout autre chose. Bien, il n'était donc pas le seul qui avait été secoué par cette nuit. Angelo mit ses bras derrière sa tête et se permit de se détendre un peu.
Il avait l'impression de mourir de fatigue, entre les courses poursuites, leur combat pathétique et le sauvetage de Camus. Pourtant, il n'osait pas fermer les yeux. Il avait essayé de dormir, lorsqu'Aphrodite bandait les blessures de Milo mais chaque fois que ses paupières étaient closes, il revoyait la créature. Cette chose, clairement morte et pourtant belle et bien vivante.
« Milo ?
- Hm ?
- Kanon t'a dis pourquoi ce truc voulait nous tuer ? »
Le scorpion releva la tête de son portable, une mèche s'égarant sur son visage, clairement perdu. Puis, au bout de deux longues secondes, il comprit enfin ce qu'on venait de lui demander. Milo réfléchit quelques instant sous le regard impatient de l'italien. Si il lui avait dit pourquoi l'esprit désincarné avait cherché à les tuer ? Il n'en savait trop rien...
« Je ne crois pas.
- Tu ne veux pas lui demander ? Vu qu'ils ont l'air particulièrement occupé et qu'on leur a quand même pas mal rendu service. »
Milo haussa un sourcil au ton sarcastique de son ami. Et puis, pourquoi ça l'intéressait ce genre de chose ? Il leur avait répété à Aphrodite et lui qu'il voulait absolument tout oublier de cette nuit puis il désirait subitement connaître les raisons d'agir d'un être sûrement sans cerveau. Qu'est-ce qui lui était encore passé par la tête ? Voyant la réticence du grec, Angelo ajouta :
« Avec un peu de chance, tu tomberas peut être sur Saga cette fois. »
Il détestait qu'on le prenne pas les sentiments. Avec un long soupire, il ralluma son portable désormais en veille et chercha dans ses contacts, faisant de son mieux pour ignorer le sourire triomphant de l'italien. Oui : il détestait qu'on le prenne par les sentiments, particulièrement lorsque ça marchait aussi facilement.
Camus grimaça lorsque sa brosse se prit dans un nœud particulièrement récalcitrant, le dernier d'ailleurs. D'une main, il attrapa les racines de cette mèche emmêlée et compta intérieurement jusqu'à trois avant de tirer d'un coup sec. Brosse à cheveux... Il pestiféra à voix basse. Mais oui, c'est ça ! Instrumentent de torture oui ! Ça lui apprendra à jouer les aventuriers dans un manoir hanté avec une queue de cheval. Il le savait pourtant, qu'il aurait du faire un chignon. Ou une tresse. Ou quoi que ce soit qui l'empêche de finir avec un tel sac de nœud dans les cheveux.
Enfin... Il posa sa brosse sur le côté du lavabo et passa sa main dans ses longues mèches turquoise. Après une bonne demie heure de bataille intensive, ses cheveux étaient démêlés. Sans attendre une seconde de plus, il attrapa plusieurs élastiques qu'il mit autour de son poignet avant de commencer à regrouper sa ses longues mèches. Les yeux rivés sur son reflet, il s'évertua à aplatir du mieux qu'il put les bosses sur son crâne qui apparaissaient alors qu'il tentait d'attacher ses cheveux dans une couette haute.
Il essayait d'atteindre sa brosse d'une main, l'autre enserrant ferment sa chevelure qui trouvait un moyen de continuer à s'échapper, lorsqu'il sentit la présence du créateur derrière lui. D'un regard dans le miroir, il vit Hadès, appuyé contre le chambranle de la porte, les bras croisés. Le verseau ignorait si l'entité penchait la tête sur le côté comme signe de désapprobation ou seulement car il était bien trop grand pour loger dans le cadre de la porte. Un peu des deux en conclu le médium en regardant de nouveau sa satanée brosse.
Ce jour-là était venteux, il n'était pas question qu'il mette un pied dehors sans avoir dompté et parfaitement attaché ce qui lui servait de cheveux. Non, vraiment, il n'avait aucune envie de réitérer ce démêlage de cheveux et certes, aucun monstre bizarre ou domaine démonique ne devrait perturber sa journée mais quelques rafales de vents suffisaient pour qu'il passe trente longues et douloureuses minutes enfermé dans sa salle de bain accompagner de son instrument de torture préféré. Alors lorsqu'il sentit une épaisse mèche glisser de ses doigts pour tomber sur son visage, il réprima un grognement exaspéré.
Derrière lui, Camus entendit soupirer et avant qu'il n'ai le temps de dire quoi que ce soit, on attrapa la brosse qui le narguait depuis tant de temps. Il sentit ses cheveux être délicatement relevés puis, avec la même douceur, on peigna ses cheveux. Dans le miroir, il vit alors le regard calme quoi qu'un peu éteint d'Hadès.
« Pourquoi ainsi persister à t'attacher les cheveux ?, demanda-t-il à voix basse.
- Je n'ai pas vraiment le choix : ils s'emmêlent très facilement.
- Quel gâchis... »
Camus entendit passer le train au loin, l'un des premiers de cette matinée. Le domaine du créateur avait quelque chose de réconfortant seulement il ne pouvait pas y rester indéfiniment. Et puis, il aimait entendre de son appartement la ville s'éveiller ainsi que les annonces de la gare parfois portées par le vent. Il n'aimait pas le silence que beaucoup affectionnait, le bruit avait pour lui quelque chose de rassurant. Quand Hadès posa sa brosse et lui tendit une main. Camus enleva rapidement un élastique autour de son poignet qu'il donna à l'entité.
Il ne put s'empêcher de sourire légèrement lorsque, grâce au miroir, il vit le dieu froncer les sourcils et se débattre avec l'élastique. L'être tenta d'attacher ses cheveux comme il l'avait vu faire un million de fois seulement ses derniers se prenaient dans l'attache de métal et commençaient déjà à s'emmêler de nouveau. Alors qu'il réussit enfin à les dompter, l'élastique lui échappa des mains. Camus jura alors voir toute la détresse du monde sur le visage du créateur.
Se retenant de pouffer de rire, le médium ouvrit une petit boite noir en carton à côté de son robinet. Il posa le couvercle près de la brosse dans un équilibre précaire puis sortit de la boite un long ruban noir. Un autre, rouge, s'accrocha au premier avant de retomber. Sans un mot, le verseau tendit le long morceau de tissu à l'entité qui tenait toujours ses cheveux. Le ruban n'avait rien d'extravagant, bien qu'il brillait légèrement à la lumière, mais Camus appréciait le porter. Tant qu'Aphrodite ne les voyait pas, auquel cas le poissons ne le laisserait plus jamais tranquille.
Le créateur le noua en une couette haute, comme avait tenté de le faire le verseau auparavant sans y parvenir. Il fit bien attention à ce que le ruban soit assez serré et ne risque pas de se détacher, puis, une fois terminé regarda l'humain dans le miroir. Camus passa une mains dans ses cheveux, satisfait, avant de reposer ses mains sur le lavabo.
« Vous semblez troublé. »
L'entité posa ses yeux de nouveau sur ses cheveux et sans un mot, les sépara en trois. Il n'accorda pas au médium un regard de plus alors que celui-ci continuait de l'observer. Hadès avait les yeux éteints. Ni froids ou brumeux, juste éteints. Son visage n'était pourtant pas fermé, il était seulement neutre, sans aucune expression particulière pendant qu'il tressait les cheveux du medium. La lueur dans ses orbes étaient elle étouffée, il n'y restait que des cendres. Sans même le vouloir, Camus plissa légèrement les yeux, confus.
« Hadès ? »
La voix de l'homme sembla ramener le dieu à lui, ce dernier lui adressant un regard à travers le miroir face eux. Il vit alors une certaine inquiétude peinte sur les traits du médium. Pendant un court instant, il sentit sa prise sur les longs cheveux de Camus faiblir, manquant de faire échapper de longues mèches, avant qu'il ne reprenne ses esprits. Comme si rien de tout ceci n'était arrivé, il laissa ses yeux tomber sur la chevelure turquoise et continua à la tresser avec détermination.
« N'est-ce pas aujourd'hui ta rencontre cet homme qui vous a envoyé dans ce funeste manoir?
- C'est... ce qui est prévu depuis un moment, oui. Il tenait absolument à nous donner une rétribution. »
Le créateur releva un peu la tête, les sourcils désormais froncés, sans pour autant détacher le regard de sa tâche.
« Bien, finit-il par déclarer au bout de longues secondes. Tu n'iras donc pas.
- Je vous demande pardon ? »
Camus ne put retenir son offuscation alors que le dieu gardait un calme des plus parfaits. Certes, Hadès était un être aux connaissances et au pouvoir infiniment grand mais cela ne lui donnait pas le droit de décider à sa place de chose aussi triviale. Puis le verseau reprit rapidement son calme. Non, jusqu'à présent, le créateur n'avait jamais ordonné quoi que ce soit à l'humain, ce n'était pas logique qu'il commence maintenant. De plus, cette histoire de manoir sentait mauvais depuis le début.
Lentement, Camus se pencha sur le lavabo, ses mains toujours sur la porcelaine froide. Alors qu'il sentait que l'on tirait légèrement sur ses cheveux tout en serrant la tresse qu'on lui faisait, il commença à réfléchir. Si Hadès lui avait dit ça, c'est qu'il y avait une bonne raison. Il avait déjà établie ceci dans sa tête. Cette raison devait de près ou de loin avoir un lien avec sa sécurité, le créateur ayant déjà prouvé par le passé qu'il considérait l'existence du verseau comme une priorité.
« Est-ce un piège ?
- C'est exact. », répondit calmement le dieu à son humain.
Ses doigts glissèrent dans les mèches de plus en plus menues, arrivant enfin au bout des longs cheveux du médium. Il tendit doucement une main ouverte vers le visage de Camus et attendit patiemment que ce dernier lui donne un élastique ou un ruban, l'un ou l'autre ferait l'affaire. Quelques secondes et un élastique noir fut placé au creux de sa main, il le noua ainsi au bout de ses cheveux puis, une fois terminé, s'assura que tout soit suffisamment serrer.
« N'as-tu donc aucune question à me poser ?
- Si, bien sûr, soupira le verseau en se saisissant de sa tresse. J'en ai tant que je ne serai par laquelle commencer. »
Il observa sa coiffure avec attention : Hadès savait donc aussi parfaitement s'occuper des cheveux des autres. Il n'était plus réellement étonner cependant il s'avouer quelque peu impressionner. Pas un seul cheveux ne dépassait ou ne semblait vouloir s'échapper de la tresse qu'on lui avait fait. Avec un autre soupire, il lâcha ses cheveux qu'il sentit tomber avant de se repositionner dans son dos, non sans balancer légèrement de gauche à droite.
« Comment savez-vous qu'il s'agit d'un piège ?
- Je le sais, voilà tout, fit le dieu d'un air suffisant comme si la question du verseau l'avait blessé dans sa fierté.
- Bon... Et que comptez-vous faire ? Je veux dire, quiconque cherche à me piéger trouvera bien un autre moyen pour me piéger quand il se comprendra que je ne viendrais pas.
- Il est bien simple pourtant : je me rendrai à ce rendez-vous à ta place.
- Ça ne me sembla pas vraiment faire avancer le problème, étant donné que je n'y serai pa- »
Camus n'eut le temps de finir sa phrase que le reflet du dieu changea devant ses yeux. Dans la pénombre bleuâtre de la salle de bain, le verseau vit se dessiner son visage, sa silhouette comme un double vaporeux. Même ses yeux d'un indigo particulier brillaient de la même nuance et de la même lueur alors qu'il en resta ébahit.
« Tu comprends désormais ? »
Camus hocha doucement la tête, ne pouvant s'empêcher de penser à quel point il pouvait être étrange d'entendre sa propre voix venant de quelqu'un d'autre. Il nota d'ailleurs quelques nuances dans le ton mais cela n'avait rien d'étonnant : après tout, il entendait sa voix sans le phénomène de résonance induit par son crâne, il l'entendait de la même façon que ses amis et que tout autre personne pour la première fois.
Alors que son humain semblait déjà plongé dans de profondes réflexions qui ne devaient avoir que peu de rapport avec leur conversation, Hadès reprit son apparence. Changer de forme était bien peu de chose pour lui, seulement devenir le sosie d'un être qui existait était plus compliqué. Pour que l'illusion soit la plus précise possible, il devait connaître son sujet à la perfection et quand son sujet était Camus, il pouvait se venter de savoir exactement la façon dont la lumière s'égarait sur sa peau ou la teinte de ses iris que se soit soir ou matin. Il avait passé tant de temps à l'observer, tant de temps à le regarder vraiment, chaque détails de son corps étaient accrochés dans ses pensées.
Il savait avec précision à quel instant son humain s'endormait, seulement en écoutant sa respiration. Il admirait la façon dont son visage était paisible lorsqu'il était plongé dans un sommeil profond, une expression loin de ses airs troublés qui le hantait ou de ce froid qui marquait ses traits lorsqu'il était autant perdu dans ses propres émotions que celle des êtres qui l'entouraient. Il pourrait reconnaître l'homme rien qu'au touché de sa peau, sèche par endroit et glacial comme la neige sur les montagnes. Chaque partie, chaque parcelle du corps l'homme lui était familière et rien chez l'être face à lui ne demeurait inconnu. Il le connaissait, avec bien plus de précision qu'il ne se connaissait lui-même.
Lentement, il tendit la main vers le verseau dans le but de l'atteindre. Il voulait l'atteindre, depuis le début il le voulait pas physiquement. Un contact était si simple lorsque l'on est loin de néant. Un toucher le convainquait presque qu'il existait, seulement il voulait plus. Si il connaissait le corps du médium dans le moindre détail, il n'y avait pourtant derrière ses attentions rien de dépravées ou perverses car il entretenait pour Camus un intérêt tout autre que charnel. Certes, la vue de l'humain le contentait dans d'étranges sentiments mais il n'était pas question d'un plaisir aussi bas et bestial. Il voyait en l'humain quelque chose de précieux, quelque chose qui le touchait et l'émouvait bien plus qu'il n'aurait jamais cru. Parfois, il en venait même à oublier qu'il était le dieu et Camus l'humain. Enfin, au fond le médium n'était pas vraiment humain.
Alors il voulait le toucher, lui, son âme. Seulement celle-ci restait inatteignable, bien loin de sa portée. Hadès se demandait régulièrement si c'était lui, dont le toucher fut il y a des millénaires, aussi pourri que l'odeur de grenade qui l'avait accompagné ou si c'était sa volonté qui l'empêchait d'atteindre ce qu'il désirait tant de peur qu'il corrompt ce qu'il avait finit par chérir avec le temps. Si proche et pourtant, pourtant si loin...
Camus finit par sortir de sa contemplation silencieuse et remarqua presque directement Hadès, cet air misérable de nouveau sur son visage. Remarquant la main tendu vers lui mais figée dans le vide, le médium se retourna et la saisit délicatement, faisant sortir de sa transe le dieu. Il entrelaça tout doucement ses doigts avec ceux de la divinité puis attendit la moindre réaction, son regard indigo ancré dans celui d'un noir reflété de cobalt.
« Qu'est-ce qui vous trouble ainsi ? »
Hadès laissa ses yeux tomber un court moment sur la main du verseau et se demanda si il avait seulement le droit de le toucher. Devait-il retiré sa main, se tourner et s'en aller, vexant par la même occasion l'humain ou devait-il refermer ses doigts sur ceux de l'homme et lui répondre avec sincérité ? Avait-il seulement le choix ? Il observa alors de nouveau les prunelles sombres dans l'obscurité du verseau avant de lentement se mettre à genoux, sans même s'en rendre réellement compte. Il saisit l'autre main de Camus et doucement, les ramena devant lui, maintenant à peine plus petit que le verseau.
« Je t'adore Camus, souffla-t-il dans le silence. Je t'adore comme un homme adore l'image d'un dieu. »
Camus regarda sans un mot le créateur lentement fermer les yeux et baisser la tête avant d'approcher ses mains de son front. Il ressemblait à un homme cherchant le pardon, à genoux devant lui. Un être misérable qui demandait silencieusement la rédemption quand ses épaules étaient courbées par le poids de ses actes. Ça n'avait aucun sens, pensa Camus en fronçant les sourcils. Qu'avait-il dont fait pour mériter une telle adoration ?
« J'ai fais de toi le seul juge de mes actes, reprit le dieu d'une voix profonde tel un murmure sourd et vibrant. Aux creux de tes mains j'ai déposé mon pouvoir et ma fierté. J'y ai déposé mon éternité. S'il me fallait anéantir le néant pour ton honneur, je m'évertuerais à le faire. Et s'il me fallait me battre pour que tu puisse voir le soleil se lever de nouveau, alors ma propre destiné aurait peu de valeur à mes yeux. Seul ton regard posé sur moi peut chasser les ténèbres qui m'entourent, seul ton regard me fait exister dans ce monde qui m'a étouffé. »
Abasourdi, Camus recula d'un pas avant de sentir le froid du lavabo appuyé contre son dos. Il retira ses mains de celle du dieu, puis, immobile, le regarda avec un brin de terreur. Il était gelé autant de stupéfaction que de peur, lui qui n'avait jamais entendu personne parler de lui en ces termes. Hadès releva la tête et vit alors l'expression effrayé de son humain. L'homme était figé, les yeux dans le vague. Le peu de lumière dans la salle de bain lui donnait un teint de porcelaine et si sa poitrine ne se soulevait pas à chaque respiration, alors le dieu aurait put croire un instant qu'il avait face à lui une véritable statue plutôt que l'humain qu'il admirait tant.
« Je ne te demande rien Camus, fit Hadès en se relevant et en posant une main sur l'avant bras de l'humain. Je ne te demande aucune faveur, aucune rétribution. Je ne te demande même pas un pardon. Je ne te demande rien sinon de continuer à vivre. »
Au sons de sa voix, l'homme revint à lui et le regarda avec cet air perdu. Bien sûr, il savait qu'Hadès tenait à lui, énormément même pour passer tant de temps auprès de lui, seulement... C'était effrayant. Être aimé, non, adoré pour reprendre le terme employé par le créateur, était véritablement terrifiant. Évidemment, ça avait aussi quelque chose de gratifiant mais en même temps, il sentait le goût amère de la bile au fond de sa gorge. Le médium pencha sa tête légèrement sur le côté et demanda à voix basse :
« Pourquoi me déclarer tout ceci ? »
Hadès remarqua une mèche se détachant de longue tresse du verseau pour venir se perdre sur son visage. Il s'approcha et replaça les quelques cheveux derrière l'oreille de son humain avec douceur. Puis, il l'observa avec le plus grand des calmes.
« Ne voulais-tu pas connaître la raison de mon trouble ?
- C'est exacte mai-
- Tu es la raison de mon trouble et ce trouble grandit de jour en jour. Et si moi même j'ignore les raisons qui m'amène à une telle adoration, je ne peux cependant nier ni mes joies ni mes craintes. Je suis perdu dans des émotions qui m'échappe, certes, pourtant ton image fait naitre en moi une paix que j'ai longtemps cru oubliée. »
Camus ramena l'un de ses bras contre lui, désarmé par le regard sincère qu'on lui adressait. Si le dieu ne pouvait nier ce qui l'animait, lui ne pouvait renier l'affection qu'on lui portait. Il était peut être plus dur de se haït lorsque l'on se savait aimer par les autres, et bien que Camus ne se détestait plus autant qu'avant, il restait toujours en lui une part de rancœur contre lui-même. Sans le savoir, une peur semblable à celle que ressentait l'entité le prit. Méritait-il cette adoration ? Lui qui avait fait de son mieux pour ne s'attacher à personne hormis à ceux qui avaient fréquenté ou fréquentaient toujours l'orphelinat du Sanctuaire.
Désormais, Hadès le fixait avec détermination et conviction. Il ignorait ce qu'on attendait de lui exactement. Une réponse, certes, mais laquelle ? Avait-il vraiment le choix dans cette histoire ? Le médium laissa sa tête tomber, comme abattu. Quelques mèches qui s'étaient déjà échappées de la tresse tombèrent de part et d'autre de son visage. Il sentit même celle qu'avait replacé le créateur peu de temps auparavant lentement glisser de son oreille avant de se balancer parmi le reste de ses cheveux turquoises. Son regard désormais accroché au sol bleu de la salle de bain, il inspira profondément en croisant ses bras sur sa poitrine. Il ferma ses yeux et attendit quelques secondes, construisant dans le silence le courage qui lui serait nécessaire pour seulement parler. Puis il déclara :
« Alors ne m'adorez pas. »
Il les fixa d'un air blasé. Ils le fixèrent aussi, l'un avec les bras croisés et une expression clairement mécontente, l'autre d'un air calme et patient, et le dernier enfin souriait légèrement, visiblement amusé par la situation. Camus inspira très profondément avant de se pincer l'arête du nez en fermant les yeux. Il compta à trois dans sa tête alors qu'il sentait le toujours le regard des trois juges infernaux sur ses épaules. Hadès était partit il y a déjà quelques minutes, non sans prendre l'apparence de son protégé et avait laissé ce dernier sous la surveillance des êtres en qui il avait le plus confiance. Êtres qui avaient, il a quelques mois, essayé de tuer le verseau. Celui-ci commença à se demander sérieusement si Hadès n'essayait pas en réalité de se débarrasser de lui.
Eaque toussa légèrement dans sa main, attendant que l'humain accepte enfin de relever la tête vers eux. Ce qu'il fit, au bout de longue seconde pour les fixer de nouveau d'un air des plus neutre. Étrangement, l'homme semblait serein pour quelqu'un qui faisait face à ses anciens agresseur. Bien sûr, il devait se douter qu'ils ne lui feraient aucun mal, après tout ils avaient eus l'ordre de leur seigneur de surveiller l'humain, pas de le transformer en flaque de sang. Seulement, Eaque pouvait sentir toute l'animosité et l'agressivité qui émanait par vague de Rhadamanthe et d'après ce que leur avait dit leur seigneur Hadès, Camus était très doué pour sentir le cosmos des êtres qui l'entouraient. Ce fut peut être pour cet raison que l'humain se leva, sans un mot, pour s'engouffrer dans sa cuisine. Les trois juges, toujours assit sur le canapé, le suivirent du regard.
« Dîtes moi que c'est une blague!, siffla Rhadamanthe entre ses dents une fois le verseau disparut. Dîtes moi que nous ne sommes pas réellement en train de garder un humain !
- Je trouve tout ça plutôt amusant. Il n'a vraiment pas changé, tu ne trouve pas Eaque ? »
Le juge répondit par un regard exaspéré à Minos, se dernier affichant un sourire bien plus moqueur qu'auparavant. Il décida de l'ignorer et préféra se replacer confortablement dans le canapé. Le salon de l'humain était éclairé par un rayon de soleil qui venait mourir sur le sol, la lumière suffisait à apporter un peu de chaleur dans la salle aux dominantes noires et blanches. C'était fou à quel point cette décoration pouvait être impersonnelle pensa le plus sérieux des juges.
« Tsss... Et de tous les êtres sur cette satanée terre il fallait que notre seigneur le choisisse. Sommes-nous seulement sûr qu'il est vraiment humain ? » demanda Rhadamanthe en posant sa tête au creux de sa main.
Eaque pouvait pratiquement deviner les yeux dorés brillant de malice de Minos à ses côtés et avant que celui-ci ne puisse dire le moindre mot, l'entité aux cheveux bruns répondit ennuyé :
« Si il était mort comme tout le monde, il y aurait des grandes chances qu'il soit vraiment humain. Seulement tu sais à quel point il ne fait rien comme tout le monde.
- Bien, soupira son interlocuteur. Donc il n'est pas humain.
- En tout cas, il l'est autant que nous. »
La voix d'Eaque était sans appelle et alors que le juge aux cheveux blancs allait ajouter quelque chose, il fut cette fois coupé par l'humain qui rentra de nouveau dans la pièce. Celui-ci s'assit silencieusement sur sa chaise face au canapé et posa une fiole ainsi qu'une bouteille avec un spray rempli de ce qui semblait être de l'eau. Tout en regardant Rhadamanthe droit dans les yeux, sans même le défier, il ouvrit le spray, puis la fiole dont il versa le contenue huileux. Il ne fallut pas une minute à l'entité pour comprendre ce que l'homme impliqué. Il détourna d'ailleurs le regard en grognant alors que Camus ferma la bouteille et mélangea son contenu.
« Ce genre de menace est inutile, soupira Eaque.
- Pardonnez moi, mais à notre dernière rencontre j'ai faillis y laisser ma vie.
- Si seulement. »
Camus lança un regard noir au juge blond en l'entendant marmonner ces quelques mots. Quelque chose lui disait qu'il allait se servir de son mélange eau de source et huile essentielle d'alkana plus tôt qu'il ne l'avait imaginé. Lentement, une certaine animosité s'installa entre ces deux là, animosité qui bien sûr ne passa pas inaperçu auprès des deux autres entités.
« Bon ! »
Le regard de l'humain et du juge aux cheveux blonds se tournèrent à l'unisson vers Minos, se dernier clairement réjouit pendant qu'Eaque se pinçait l'arête du nez comme Camus l'avait fait quelques minutes plus tôt. Intérieurement, il pria pour que leur seigneur n'en ai pas pour de longues heures, il ne pourra pas garantir la sécurité du verseau pendant longtemps. Quoi que celui-ci paraissait avoir plus d'un tour dans son sac.
« Camus, très cher !, ce surnom lui valut un regard noir de la part de l'humain. Nous devrions déjà te remercier grandement d'avoir délivré notre seigneur du Néant. Pour ceci, de la part de mes acolytes et moi-même : merci ! »
Le médium se contenta de lever un sourcil, légèrement interloqué par l'attitude aussi joviale qu'inquiétante de la part de ce juge à la chevelure argentée. Rhadamanthe leva les yeux au ciel avec exaspération. C'était vrai : sans l'humain leur seigneur serait encore prisonnier d'un lieu dont personne même pas un dieu ne pouvait revenir avec ses propres moyens. En faite, il n'y avait que peu d'êtres qui pouvaient tirer les âmes hors du Néant et bien sûr, cet homme en faisait partit...
« Maintenant sache que nous ne tenons plus à essayer d'en finir avec tes jours. Tout d'abord car notre seigneur nous enverrait tout droit dans le Néant si nous touchions à un seul de tes cheveux -et tu sais à quel point le Néant est un endroit bien ennuyeux- mais aussi parce qu'il est tout simplement impossible de te tuer ! Ce qui est plutôt une bonne nouvelle, non ?
- J'ignore pourquoi, mais votre sourire me donne envie de me défenestrer. »
Le verseau ne s'attendit pas à ce que le juge s'esclaffe aussi soudainement dans un rire proche d'un aboiement roque et inquiétant. Il y avait quelque chose de dangereux dans les yeux de cette entité, quelque chose qui brillait avec malice, pour ne pas dire folie. Minos cessa alors de rire et regarda l'humain sous ses longs cils blancs, ce même sourire préoccupant sur ses lèvres.
« Sarcastique dans n'importe quelle situation, ça m'avait manqué ! »
Si il l'avait put, Rhadamanthe aurait placé un coup de coude bien placé dans les côtés de Minos, cependant, outre le fait qu'Eaque c'était placé de façon stratégique entre eux, le juge aux cheveux bruns lui lança un regard réprobateur. Regard auquel il répondit en levant les yeux au ciel ce qui fit soupirer Camus lorsqu'il constata que les trois juges en face de lui se querellaient de la même façon que Hyoga et Isaac.
« Eh bien, reprit Minos sans faire attention aux deux autres juges, puisque nous sommes là nous pouvons peut être répondre à certaines de tes questions. Je suis sûr que depuis le début de cette histoire, il y a un millier de chose qui te semblent étrange. »
L'entité prit une pause dans son discours avant qu'un rictus mystérieux n'apparaisse sur son visage et qu'il plisse les yeux avec ce que le médium interpréta comme de la moquerie. D'une voix mielleuse, sans même décrocher le regard du verseau, il ajouta :
« Comme peut être la raison de pourquoi tu n'es pas en vie. »
Camus inspira profondément, visiblement énervé, alors qu'il soutint le regard du juge. Il s'en moquait de cette fameuse raison. Il avait bien fini par accepter qu'il n'était pas totalement humain, Hadès le lui répétait suffisamment comme ça alors si cet entité croyait pouvoir le tenter avec une chose pareille. Camus se recula légèrement dans sa chaise en croisant ses bras sur sa poitrine. Puis il regarda le juge avec une visible exaspération.
« Qu'est-il arrivé à Hadès ? » demanda-t-il de sa voix la plus glaciale.
Il se moquait bien de ce qui avait put lui arriver à lui, au fond il se doutait même qu'il craignait d'apprendre la vérité. Pourtant, cela faisait des mois qu'il se questionnait sur le créateur, sur la raison de son enfermement et de sa punition. D'après ce qu'il avait comprit et en parti déduit, le Néant était une sorte de prison, une dimension coincé entre son monde et celui des morts, ou quelque chose du genre. La façon dont il était recouvert de sceaux prouvait clairement que quiconque l'avait envoyé dans cet endroit ne voulait pas qu'il s'en échappe.
Minos vit l'air clairement déterminé du verseau, l'humain le défiait clairement, assit face à lui et immobile. Le juge jeta alors un regard à ses deux acolytes, attendant leur accord pour dire quoi que ce soit. Rhadamanthe, décidé à ne pas y mettre du sien, détourna le visage et fit semblant d'être extrêmement intéressé par le mur à côté de lui. Eaque, quant à lui, hocha seulement de la tête dans un accord tacite. Alors l'entité aux cheveux blancs se tourna de nouveau vers Camus et expliqua avec tout son sérieux :
« Notre seigneur Hadès était craint, autant par les hommes qui le voyait comme la figure même des Enfers, que par les créateurs cependant il restait le plus miséricordieux de tous. Des millénaires durant il régnait sur son Royaume avec fermeté mais sagesse, cherchant à ce que chacune des âmes entrant en Enfers soit jugée le plus justement possible. Hélas, soupira le juge dont le regard s'égara sur ses propres mains, comme tu t'en doute les choses changèrent. Notre seigneur, pourtant de nature si calme et bienveillante perdit la raison et il fit trembler la terre et les cieux. »
L'entité s'arrêta un instant, perdu dans ses souvenirs. Tout ceci s'était passé il y a des millénaires déjà mais jamais il n'avait oublié le regard acéré de son seigneur. Il se souvenait parfaitement de la férocité qui déformait les traits pourtant paisible du créateur, de la haine brûlante pour toute chose qu'il avait put lire sur son visage.
« Pour éviter qu'il ne parvienne à ses fins et ne fasse plus de mal encore, les créateurs décidèrent de créer une prison et de l'y jeter, non sans s'être assuré que jamais il ne pourrait en ressortir. Cet endroit fut nommé Néant, un lieu ne contenant rien sinon d'épaisses brumes.
- Pourquoi a-t-il ainsi perdu la raison ?, demanda Camus toujours glacial.
- Nous l'ignorons, reprit Rhadamanthe avec son menton au creux de sa main et refusant catégoriquement de regarder l'humain. Seuls les plus grands créateurs le savent, ce sont eux après tout qui l'ont jeté dans cet endroit. Mais si ça peut t'avancer, notre seigneur semblait possédé, il ne semblait plus lui même. »
Camus inspira lentement et réfléchit aux paroles des juges. Comme il s'en doutait, Hadès avait donc commis des crimes irréparables seulement ce dernier avait perdu la raison. Pourtant le créateur ne semblait pas avoir le moindre saute d'humeur ni la moindre attention malveillante, en tout cas pas contre lui. Comme l'avait décrit le juge à la chevelure argenté, Hadès était calme et bienveillant mais qu'en serait-il si il était de nouveau prit par cette fureur ? Camus ne pourrait pas l'arrêter, quand bien même il recevrait l'aide de ses amis.
« Crois moi, cela m'agace vraiment de te le dire, fit Rhadamanthe en tournant la tête vers le médium, mais tu as une place bien plus importante que tu l'imagines. Tâche de rester le plus éloigner des autres créateurs.
- Parce que j'ai aidé Hadès à s'échapper du Néant ? »
C'était fou mais sa voix semblait plus faible, plus amère soudainement. Pas qu'il ai la moindre envie de faiblir face aux trois entités assises sur son canapé, au contraire, seulement plus la conversation avançait, plus il avait l'impression d'être vidé de son énergie.
« Pas seulement, répondit Eaque. Tu n'as aucune idée de ce que tu peux représenter pour certains créateurs et tu as encore moins idée de ce qu'ils sont près à faire pour t'approcher. Notre seigneur sans doute mais sans sa mémoire, il peut pas avoir pleinement conscience de ce qui pourrait arriver si un créateur venait à te découvrir. »
Camus se laissa pratiquement tomber sur le dos de sa chaise en soupirant bruyamment. Il passa sa main sur son visage, ses doigts se prirent légèrement dans quelques de ces cheveux toujours tressés. Il ne savait plus quoi dire, plus quoi penser, lui qui ce matin croyait encore que la seule raison pour laquelle on pourrait lui en vouloir était parce qu'il avait tiré un dieu de sa prison. Et maintenant il apprenait que son existence elle même était un danger pour lui même ?
« Mais qu'ai-je donc fais pour que ma vie devienne un tel chaos ?
- Pas grand chose, malheureusement. À croire que ton existence se résume à fuir les créateurs. Cependant sache une chose, Camus releva la tête vers Minos, tu as un pouvoir indéniable sur notre seigneur alors crois-en lui car il sera ton meilleur allié lorsque le moment viendra. »
Je suis de retour après une si longue absence. Je m'en excuse d'ailleurs mais grosso-modo j'ai enchainé galère sur galère pendant ces deux mois donc je n'ai pas eu le temps d'écrire quoi que ce soit. De plus, ce chapitre à été dur à écrire, j'ai du changer beaucoup beaucoup de chose car je ne voulais pas vous fournir un travail que je n'aimais pas un minimum -à noter que finalement il n'y a pas vraiment eut besoin des kleenex-. Bref ! La suite dans 4 semaines (normalement) !
Earwen de Sirfalas : Merci pour ton commentaire ! Le seigneur des Enfers est multi-tâche, qui l'aurait cru ? Et pour ce qui est des ennuies, je crois que c'est un don chez Camus et Milo, ayons une pensée émue pour Angelo d'ailleurs. Le pauvre ne s'attendait vraiment pas à être embarqué dans une telle histoire !
Milkagirl26 : Merci ! Hadès est resté enfermé des millénaires dans le Néant, il a eu le temps de regarder des émissions de cuisine à travers les brèches, c'est pour ça. Je sais pas, je trouve ça marrant que Milo en pince pour quelqu'un d'autre que Kanon ou Camus.
Hemere : Merci pour ton commentaire ! Alors, coup de griffe ou référence au scorpion ? Je te laisse deviner, ce n'est pas très dur. Donc bon, si tu vas dans une maison hantée, ramène Milo, on sait jamais. =)
Lys de Pandore : Wow, alors tout d'abord merci pour ton commentaire, je ne sais pas vraiment quoi dire tellement j'étais touchée! Alors, ne t'en fais pas nous allons voir Athéna et beaucoup de monde en faite. Quant au juges, c'est bien un petit côté marrant que j'essaie de leur donner, même si il ne faut pas oublier qu'ils peuvent être féroces. Je ne voulais pas que l'histoire ce focalise seulement sur Camus mais aussi sur son entourage, voir comment ils vivent l'histoire. Bon, pour l'instant on se centre surtout sur notre cher verseau mais beaucoup d'autres ne vont pas tarder à revenir.
En tout cas, encore merci et j'espère ne pas te décevoir ! =)
