Bonsoir à tous!

Je suis en train d'écrire le chapitre 110. Donc il y a toujours un peu de réserve!


Chapitre 102 : Vie et Mensonges d'Albus Dumbledore

C'était un peu angoissant de ne plus être avec les autres, constatait Kécile, alors qu'elle déambulait aux côtés de Severus dans les rues de Pré-au-lard.

En réalité, elle se rendait compte qu'elle s'inquiétait déjà pour ses amis alors qu'ils s'étaient quittés il y avait moins d'une heure. Si le glamour tenait, ils n'étaient pas vraiment en danger. Après tout, la mission était très simple. Elle ne requérait ni bagarre, ni combat héroïque. Il s'agissait juste de se faire discret.

Et s'était bien là qu'était le problème aux yeux de Kécile. Avec Harry, bien malgré lui d'ailleurs, les situations avaient toujours tendance à devenir plus compliquées qu'elles n'étaient supposées l'être. Compliquées... voire invraisemblables. Il le disait lui-même, il ne cherchait pas les ennuis, s'étaient les ennuis qui le trouvaient. Est-ce que leur glamour allait tenir ? N'allait-il pas tomber par le plus grand des hasards sur Voldemort ? Ou Nagini ? Ou sur un troll agressif ou... la variété de ce qui pouvait arriver à Harry, même en plein cœur de Londres faisait frémir Kécile d'angoisse.

Le village de Pré-au-Lard était désert. Il n'y avait pas trace de mangemort, mais les deux sorciers gardaient le poing serré sur leur baguette à l'abri de leur poche. Sur la place principale du village, Severus récupéra la Gazette du sorcier qui traînait abandonnée sur un banc. A l'angle de la place, les fenêtres des trois balais brillaient dans la pénombre, mais l'intérieur semblait étonnamment calme.

Kécile sentait l'appréhension lui ronger l'estomac tandis que Severus poussait la porte du pub. Les quelques clients attablés tournèrent machinalement la tête vers eux pour revenir à leur conversation tenues à voix basse.

Ils s'avancèrent vers le comptoir. Mme Rosmerta servait des hydromels à deux vieux sorciers à la barbe blanche dont l'un fumait une pipe qui exhalait une odeur étrange. Cela évoquait à Kécile l'odeur du béozard mélangé à de la pimentine...

- Est-ce possible de réserver une chambre pour la nuit ? Deux lits simples si possible.

- Oui, bien sûr, dit la patronne sans sembler le moins du monde s'intéresser aux relations que pouvait avoir le couple. Pour une seule nuit ?

Severus acquiesça.

- Nous souhaitons également dîner.

- Asseyez-vous, je suis à vous tout de suite.

Ils s'installèrent à une table dans l'indifférence générale. Au moins, leurs glamours semblaient fonctionner. Mais il y avait fort à parier que l'affluence au Chaudron Baveur serait plus importante qu'ici, aux portes de Poudlard en période de vacances.

- Tu n'as pas à t'inquiéter, murmura Severus qui la fixait depuis un moment, les mains jointes sous le menton. Il ne leur arrivera rien.

- Tu ne peux pas croire à ce que tu dis après tous les guêpiers dans lesquels ils se sont fourrés.

Severus ne rétorqua pas.

Lorsque Mme Rosmerta vint pour les servir, il engagea la conversation.

- Le village est bien mort, je m'attendais à voir davantage de touristes curieux d'apercevoir la silhouette de l'école de Poudlard.

- Par les temps qui courent, les gens pensent plus à leur sécurité qu'au tourisme, fit la tenancière en levant les yeux au ciel.

- Mais est-ce que l'école va rouvrir ses portes ? Demanda Kécile.

- Ça s'est sûr. Mais avec leur nouvelle loi sur les né-moldus, je doute que la moitié des élèves n'osent y revenir. Sans parler de tous ceux qui désapprouvent ce qui se passe...

- Le professeur Ombrage n'acceptera donc pas tous les enfants sorciers ? Quel est le problème avec les enfants nés-moldus ? Dit Severus d'un ton sec. Ils ont besoin d'apprendre comme les autres.

- Vous ne devriez pas tenir ces propos dans un lieu public, mon bon monsieur, dit la patronne en se penchant vers eux. De nos jours, dire que les nés-moldus sont des sorciers comme les autres peut vous emmener droit pour une convocation au ministère. Et certains n'en reviennent pas... Qu'est-ce que je vous sers ? Ajouta-t-elle en se redressant.

- Un ragoût pour moi.

- Juste une salade, ça ira très bien, renchérit Kécile. J'espère que Pré-au-Lard ne va pas devenir le nouveau quartier général des mangemorts, poursuivit-elle avant que Mme Rosmerta n'ait pu quitter leur table.

- Je le souhaiterais plus que tout, mais il ne faut pas se leurrer... Ils vont surveiller l'école, vous savez. Les ennemis publics que ce soit le numéro 1, comme le numéro 10 ou 11, anciens membres de l'ordre de Dumbledore, tous vont forcément à un moment ou un autre chercher à se rallier à Poudlard. Et les mangemorts seront prêts à les accueillir. Ils n'en ont rien à faire que cela fasse fuir les clients. Enfin, au moins, eux consommeront au pub... Le pire serait qu'ils appellent les détraqueurs comme au temps de la fuite de Black. Il n'y a rien de pire pour déserter un village. Un mangemort, au moins, ça ne porte pas tout le temps son masque, surtout en ce moment. Ça peut presque passer inaperçu. Un détraqueur, ça vous glace toute une population en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Et ça ne consomme pas...

Kécile ne put retenir un ricanement moqueur.

- Je ne suis pas certaine que les mangemorts parviennent à maintenir les indésirables comme vous dites loin de l'école. Sérieusement, il y a tellement de moyen de pénétrer dans Poudlard sans être vu ! Et à l'intérieur, ce n'est pas le professeur Ombrage qui va pouvoir faire la police à elle toute seule.

- Vous êtes bien optimiste. Avec Poudlard qui va devenir un véritable bastion de mangemort.

- Et le professeur Ombrage va laisser faire ça ?

- Vous ne lisez donc pas la gazette ? Elle est dans les petits papiers du régime actuel. Ce n'est sûrement pas en protestant contre le contrôle du sang et le Tabou, en tout cas! On raconte même, murmura-t-elle à nouveau, qu'elle serait elle aussi devenue mangemort.

- Je doute franchement que Vold...

- Etes vous folle, chuchota furieusement Mme Rosmerta en tentant de lui mettre la main devant la bouche d'un geste paniqué. Je n'ai pas envie de voir débarquer une armée de Rafleurs ou pire dans mon bar ! Qui êtes vous donc pour oser braver le Tabou ?

A l'instant même où la question passa ses lèvres, Kécile vit le regard de la femme passer de l'incompréhension à la stupéfaction la plus totale, puis à la peur.

Severus attrapa vivement son bras et sortit nonchalamment sa baguette.

- Ne m'obligez pas à des actes extrêmes, murmura-t-il de cette voix glaciale qui faisait trembler tous les élèves dans les profondeurs des cachots.

- Inutile de sortir les menaces, protesta Mme Rosmerta qui semblait déjà se reprendre. Je ne suis pas du genre à vous livrer aux mangemorts. Mais il vaudrait mieux être discrets. Je vous rejoindrai dans votre chambre lorsque les derniers clients seront partis.

Et elle retourna au comptoir comme si de rien n'était.

Severus épia chacun de ses mouvements tandis que Kécile guettait du coin de l'oeil l'attitude des clients. Mais personne n'avait semblé prêter attention à leur manège.

- Vous croyez qu'on peut lui faire confiance ?

- Je ne pense pas qu'elle ait l'intention de nous dénoncer, si c'est ce que tu veux dire. Mais je lui jetterai un sort d'oubliettes après notre discussion. Nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser trace de notre présence et de notre conversation dans un esprit aussi ouvert que le sien.

C'était effrayant de voir à la fois l'efficacité et la redoutable faiblesse du glamour qui les protégeait. Que se serait-il passer s'ils avaient été découverts par quelqu'un de moins bien intentionné ? Et qu'arriverait-il si la même mésaventure survenait aux trois autres ? Leurs questions pouvaient tout aussi bien soulever des soupçons. Si leur glamour tombait au milieu d'un chaudron baveur bondé ?

« Ils transplaneront, se dit Kécile. Ils transplaneront et ils nous attendront chez Grunt, rien de plus... »

Mais son estomac se tordit de plus belle et elle posa sa fourchette avant de repousser son assiette sous le regard réprobateur de Severus.

Le dîner à peine avalé, ils grimpèrent l'escalier qui menait au premier étage et aux quelques chambres que le bar louait.

Severus prit un livre et ne sembla plus prêter attention à rien de ce qui l'entourait, tandis que Kécile ne parvenait pas à trouver une activité qui puisse occuper son esprit.

Les rumeurs des voix s'éteignaient progressivement, au fur et à mesure que les derniers clients quittaient le pub. Ils finirent par entendre Mme Rosmerta mettre gentiment mais fermement dehors les derniers clients. Les chaises grincèrent, on perçut encore un bruit de vaisselle et de bouteilles entrechoquées, puis enfin, des pas dans l'escalier.

L'instant d'après, on frappait à la porte.

Severus, tenant sa baguette prête, ouvrit à la tenancière.

- C'est moi, dit-elle d'un ton apaisant, je suis venue comme promis.

Severus acquiesça simplement et lui fit signe d'entrer, avant de refermer la porte et de la barder de sortilèges destinés à tenir à l'écart toute oreille indiscrète éventuelle.

- Pourquoi prenez-vous le risque de venir ici ? Demanda Mme Rosmerta.

- Nous sommes coupés du monde depuis 2 mois. Vous avez dit plusieurs choses qui nous l'ont bien prouvé tout à l'heure. Nous avons besoin de mieux comprendre la situation actuelle.

- Je suis à votre disposition, tant qu'il ne s'agit que de ça...

- Vous avez parlé de Tabou tout à l'heure, qu'est-ce que c'est ?

- Le nom de Vous-Savez-Qui a été frappé d'un maléfice qui permet aux mangemorts de localiser immédiatement tous ceux qui le prononcent. Vous-Savez-Qui a ainsi attrapé plusieurs de ses opposants.

- Voilà qui explique la cause de notre principale inquiétude, dit Kécile soulagée. C'est bien pensé, il faut le reconnaître. On a failli se faire avoir, nous aussi... Deux fois !

- Les hommes qui nous ont attaqué n'étaient pas des mangemorts, contra Severus. Ils n'avaient pas la marque.

- Des Rafleurs, probablement, conclut Mme Rosmerta. C'est une espèce de milice de bas étage embauchés par les mangemorts pour faire le sale travail. Actuellement, ils traquent les victimes du Tabou et les nés-moldus qui tentent d'éviter l'examen de la commission du ministère.

- Vous avez parlé d'ennemis publics ? Qu'est-ce que c'est que ça?

- Il y a tout une liste qui est sortie, dans une brochure spéciale. Harry Potter est l'ennemi public numéro 1. Vous êtes le second, dit-elle en désignant le professeur, et vous êtes la troisième, ajouta-t-il à l'adresse de Kécile.

- C'est réconfortant de songer que votre père ne voit en vous qu'un ennemi à abattre en priorité... marmonna la jeune fille.

- Vos amis, Hermione Granger et Ronald Weasley sont les suivants. Vos têtes sont mises à prix et placardées un peu partout. Une simple information amenant à votre capture est récompensée.

- Vous allez soutirer une grosse somme ? Demanda le professeur de potions.

- Ne soyez pas stupide, Severus Rogue ! Le rabroua la tenancière.

- Vous avez laissé entendre que les rangs de l'école vont se vider ?

- J'imagine. Et je souhaite que les enfants nés-moldus aient l'intelligence de ne pas se présenter à la rentrée.

- Nous avons besoin de pénétrer dans Poudlard.

- Autant tenter de voler un œuf de dragon !

- Nous avons des alliés dans la place.

- Les professeurs vont être étroitement surveillés, surtout des gens comme le professeur MacGonagall ou Slughorn...

- Les passages secrets ?

- Vous en connaissez davantage que Vous-Savez-Qui ?

- C'est possible...

- Il y aura probablement des patrouilles à l'intérieur de l'école.

- Rien d'insurmontable, balaya Kécile, je crois que nous avons ce qu'il faut.

- Et il ne faut pas exclure la présence d'alarmes. Je ne sais pas à quel point ils vont attendre votre venue. En fait, il est même possible qu'entrer ne soit pas si difficile. C'est en sortir qui risque d'être une autre histoire si vous voulez mon avis... Renoncez si vous le pouvez, vous allez droit dans la gueule du loup.

- Si seulement nous avions le choix... marmonna Kécile.

Lorsque Mme Rosmerta fut sortie, en ayant totalement oublié la présence des ennemis publics numéro 2 et 3 dans son établissement de renom, Severus se tourna vers Kécile.

- Tu as un moyen d'éviter les patrouilles ? Demanda-t-il un sourcil haussé.

- Pas moi, Harry.

- J'aurais dû m'en douter... marmonna Severus.

- Il s'agit d'une carte magique de Poudlard.

- Je crois que je connais cette carte... gronda le professeur.

- Je crois aussi, dit Kécile sans cacher un sourire amusé.

- Et que fait-elle, cette carte miraculeuse?

- Elle montre les gens et leurs déplacements dans l'école.

- Ah, elle ne fait donc pas qu'insulter les nez indiscrets ?

Cette fois, Kécile pouffa. Et dire qu'Harry pensait que Severus n'avait pas d'humour...

XXX

Le lendemain matin, ils partirent dès leur réveil pour le point de rendez-vous, préférant ne pas rester dans des lieux publics à risquer de se faire démasquer.

Les autres n'étaient pas encore là. Severus ne parut pas surpris en découvrant la bicoque vide et ne fit aucun commentaire, mais Kécile ne pouvait se retenir d'imaginer les pires scénarios. D'autant plus maintenant qu'elle savait que la population entière pouvait participer à la capture de Harry.

- Ennemi public numéro 1... Comment mon père peut-il espérer que quiconque gobe une telle énormité... finit-elle par dire à voix haute, tirant Severus de sa lecture.

- Tu serais surpris de constater à quel point l'opinion publique peut-être versatile. Je suis certain au contraire que ton père n'a eu aucun mal à faire descendre le nom de Potter de son piédestal d'Elu.

- Je refuse de le croire, déclara Kécile d'un ton sec. Je refuse de croire que plus personne n'a espoir. Sinon pourquoi nous battons nous ? Non, je suis convaincue qu'il y a encore des gens qui veulent se battre et qui sont près à se rassembler derrière Harry. Même si l'idée te déplaît.

- Je continue de penser qu'il est pathétique de placer tous ses espoirs sur ce garçon. Potter n'est pas capable seul de mettre fin à cette guerre. Cela étant dit, il incarne la résistance et il va falloir composer avec cette donnée. Ce que je veux dire, c'est que les personnes qui croient réellement en sa victoire et qui sont prêtes à mourir pour soutenir cette cause sont bien peu nombreuses. En quelques jours, le Seigneur des Ténèbres est parvenu à briser l'ordre du Phénix et à écraser les velléités d'opposition. Il ne faut pas s'attendre à ce que nous trouvions beaucoup d'alliés durant notre quête, conclut Severus.

Ce ne fut qu'en milieu d'après-midi que le craquement caractéristique d'un transplanage les sortit de leur attente.

Kécile ne put retenir un soupir de soulagement un peu tremblant qui lui valut un coup d'oeil circonspect de Severus alors qu'il ouvrait la porte pour livrer passage aux trois adolescents.

- Vous êtes tous en un seul morceau ? Leur demanda-t-il en guise d'accueil. Pas de mangemorts à vos trousses ? Pas de brillant coup d'éclat ? Pas de remarquable acte héroïque ? Pas de combat avec le Seigneur des Ténèbres entre deux ? Non ? Bien, vous êtes en progrès, Potter.

- C'est bon, vous avez fini votre numéro ? Maugréa Harry. On doit parler.

- Vous avez découvert des informations intéressantes ? Interrogea Kécile tout en serrant ses amis dans ses bras.

- En tout cas, qui expliquent beaucoup de choses.

- Nous aussi. Le Tabou ?

- On est au courant, grogna Ron. Heureusement d'ailleurs, parce que sinon, ça aurait pu continuer longtemps notre partie de chat et souris...

- Plusieurs membres de l'ordre ont bien failli se faire attraper, dit une Hermione visiblement angoissée.

- Comment le savez-vous ?

- On a rencontré Emmeline Vance au Chaudron Baveur. On a pu parler avec elle.

- D'après elle, Bill a échappé de justesse aux mangemorts, juste après son mariage. Il est parti avec Fleur en France. Kingsley a eu très chaud lui aussi, mais s'en est tiré.

- Shacklebolt est un brillant sorcier, il n'y a pas lieu de s'inquiéter pour lui, remarqua Severus.

- Pas de victime ? Interrogea Kécile

- Pas à notre connaissance, non.

- Les membres de l'ordre veulent poursuivre leur action, annonça Ron.

- Il faut trouver un nouveau quartier général, de nouveaux membres, également, nous sommes très loin d'être suffisamment nombreux.

- Je vous arrête tout de suite, Miss Granger. Non content de chercher à remonter l'AD à Poudlard, vous voulez également remettre l'ordre du phénix sur pied ? Nous ne pouvons pas être partout. Il va falloir que vous laissiez une partie du travail aux autres.

- Mais l'ordre a besoin d'un nouveau leader ! S'exclama Harry avec véhémence.

- Et ce ne sera certainement pas vous, Mr Potter, tout Elu que vous soyez. Votre tâche n'est pas là. Actuellement, votre priorité est de rester en vie, et pour cela d'être introuvable. Pas de vous faire remarquer en vous rendant à tous les rassemblements de résistants.

Les jeunes se turent, conscients que Rogue avait raison, même si cela était pénible à entendre.

- Sinon, finit par lancer Kécile pour détendre l'atmosphère.

- Non, rien d'autre.

- Si, lança Hermione en fixant Harry d'un air déterminé. Ta cicatrice...

- Il n'y a rien à en dire, Hermione, coupa celui-ci brusquement. Je n'ai rien, vu, et ça n'est arrivé que parce que l'autre était fou de rage, il ne le contrôle pas. Point. Fin de la discussion.

Severus allait faire un commentaire, mais quoi qu'il puisse dire dans ce cas là, ça ne pouvait qu'envenimer la situation. Kécile lui attrapa la main et la serra de toute ses forces pour l'inciter à se taire. Rogue referma la bouche, avec la mine de quelqu'un qui vient d'avaler une fiole de polynectar.

Hermione eut l'air de comprendre qu'elle n'avait peut-être pas été très fine de relancer ce sujet brûlant entre les deux hommes qui avaient tout juste péniblement enterré la hache de guerre.

Elle changea brusquement de sujet, avec un raclement de gorge.

- J'ai profité de notre présence là-bas et de la protection du glamour pour faire quelques courses sur le chemin de traverse. Je suis notamment passée chez l'apothicaire pour renouveler notre stock d'ingrédients. J'imagine que c'est loin de couvrir tous vos besoins, mais pour ce qui est du basique...

- Cela nous sera très certainement utile, coupa Severus qui eut pitié de l'embarras de la jeune fille. Même si je ne suis pas certain d'approuver les risques que vous avez pris.

- En tout cas, intervint Ron, le passage chez Fleury et Bott était inutile à mon avis.

- Surtout pour acheter ce livre... fit Harry avec dégoût.

- Quel livre ? Demanda Kécile.

Hermione fit les gros yeux aux garçons, mais fut contrainte de répondre.

- C'est un livre qui vient de sortir. Sur Dumbledore. Mais je ne suis pas certaine qu'il faille accorder grand crédit à ce qui est raconté dedans... marmonna-t-elle.

- Je peux voir ? Demanda Kécile d'un ton un peu trop détaché pour être crédible.

Hermione farfouilla dans son sac avant d'en tirer un volume de taille plus que respectable qu'elle tendit à regret à son amie.

Sur la première de couverture, une photo d'Albus la fixait, alors que luisaient en lettres vertes et brillantes le titre « Vie et Mensonges d'Albus Dumbledore ». Lorsque Kécile vit le nom de l'auteur, elle eut une grimace écœurée.

- On ne peut pas dire qu'elle a perdu son temps, la punaise, dit-elle d'un ton aigre.

Elle rendit le bouquin à Hermione en disant :

- Si ça t'amuse de lire ce genre d'inepties... Mais ne compte pas sur moi pour lire ça. Une atteinte d la mémoire de mon grand-père. Avec Skeeter, il ne peut en être autrement.

XXX

Il fallut reprendre la route pour trouver un nouvel endroit où camper dans une relative sécurité. Ils établirent leur camp à proximité d'une rivière, et leur routine reprit. Entre jogging matin et soir, séances intensives de duels et conversations interminables sur les différents lieux où ils pouvaient trouver les horcruxes, l'identité de R.A.B., de L.D.D., et depuis peu, comment pénétrer en toute discrétion à Poudlard.

Harry avait suggéré d'utiliser la cape d'invisibilité, ce qui avait comme inconvénient majeur de ne laisser pénétrer que deux personnes. Kécile avait balayé cet argument de la main, en remarquant qu'elle et Severus étaient tout à fait capables de se rendre invisibles sans l'aide d'artefact.

Severus avait suggéré quant à lui de bénéficier de la complicité interne de certains professeurs, notamment de Minerva pour pénétrer dans l'école. Ce qui supposait une communication préalable très dangereuse.

Les après-midi, Severus les passaient à confectionner diverses potions, Ron et Harry à s'entraîner, et Kécile et Hermione à lire.

Cette dernière s'étaient plongée dans la lecture du livre de Skeeter, au profond agacement de Kécile qui tâchait pourtant de n'en rien laisser paraître. Elle avait néanmoins du mal à comprendre ce qu'Hermione pouvait trouver à la prose vitriolée de Skeeter qui devait très certainement raconter beaucoup d'âneries et déformer le peu de vérité que contenait son récit. La famille Dumbledore devait en prendre pour son grade, et peut-être même la famille Deschavelles.

Un soir, il pleuvait dru, on n'y voyait pas à deux mètres et le sol était complètement détrempé.

L'humidité pénétrait jusque dans la tente et il avait fallu un puissant sort d'imperméabilité pour que le toit cesse de goutter sur la table qui leur servait de salle à manger, salle de réunion, et activités en tout genre.

Severus les emmena malgré tout dans un footing forcé dont ils revinrent crottés, trempés, et frigorifiés.

Les filles se précipitèrent pour monopoliser les douches, claquant des dents et maudissant le professeur.

Les garçons se changèrent et se contentèrent d'un sort pour se sécher, préférant ne pas se battre pour l'occupation de la salle de bain. Mais alors que Severus ne semblait pas du tout incommodé par les trombes d'eau qu'ils avaient reçu, Harry et Ron se serrèrent autour du feu magique soigneusement entretenu qui parvenait parfois à donner une ambiance presque conviviale à la tente.

Machinalement Ron attrapa le livre d'Hermione et le feuilleta. Différents noms attirèrent son attention, comme Godric's Hollow, Bathilda Tourdesac, Elphias Doge... et puis une photo de Dumbledore et d'un autre jeune homme. Grindelwald d'après la légende.

« Harry, regarde ça ! »... murmura-t-il déconcerté.

Son ami regarda la photo sans comprendre, puis prit le livre des mains de Ron et commença à lire.

Une bonne demi-heure plus tard, Kécile fut sortie de la salle de bain dans laquelle elle traînait, peu désireuse de quitter l'atmosphère surchauffée, par des éclats de voix.

- Tu as lu la lettre à Grindelwald, non ?

- Oui, je... je l'ai lue. Je n'essaye pas de défendre ce que Dumbledore a écrit, disait Hermione d'une voix un peu haut perché. Toutes ces idioties sur le « droit de gouverner »... Mais, Harry, il faut comprendre que sa mère venait de mourir, il était coincé tout seul chez lui...

- Tout seul ? Il n'était pas tout seul. Il était avec son frère et sa sœur, sa Cracmolle de sœur qu'il gardait enfermée... répliqua Harry avec une violence difficilement contenue.

- J'ignore ce qui n'allait pas chez elle, mais je ne crois pas que c'était une Cracmolle. Le Dumbledore que nous connaissions n'aurait jamais permis...

- Le Dumbledore que nous pensions connaître n'aurait jamais voulu vaincre les Moldus par la force ! Hurla Harry.

Kécile hésita à ouvrir la porte. Ce livre maudit avait déjà semé le trouble, et salit la mémoire d'Albus. Elle savait bien que c'était une mauvaise idée. Mais lorsqu'elle ouvrit la porte, Harry l'agressa aussitôt en crachant sa rage et son dégoût.

- Tu étais au courant ?

- De quoi ?

- De sa sœur ! De Grindelwald ! Du « plus grand bien » !

- Oui j'étais au courant, répondit Kécile très calmement.

La tête de Harry valait son pesant de gallion. De toute évidence il ne s'était pas attendu à cette réponse.

- Et tu n'as rien dit ?! S'insurgea-t-il.

- Ça ne regardait qu'Albus. Il n'en avait jamais parlé à personne.

- Sauf à toi, cracha Harry.

- Je suis sa petite-fille. Qu'est-ce que tu as, tu es jaloux ?

- Ne sois pas stupide, éructa-t-il. Comment as-tu pu ne rien nous dire quand on était entrain de suivre ce genre d'homme... Quelqu'un qu'on croyait connaître et qui nous demandait de lui faire confiance, sans rien nous dévoiler en retour !

- Tu délires, Harry. Albus a toujours été sincère.

- C'était surtout un mystificateur et un beau parleur, oui. Toutes ces grandes théories... Quand on voit ce qu'il a écrit ! dit-il en désignant le livre.

- Je t'interdis de parler comme ça d'Albus, hurla Kécile brusquement. Non, mais est-ce que tu t'entends ? Ajouta-t-elle d'un ton plus bas. Et tes grandes théories de tolérance, monsieur l'Elu, où sont-elles ? Severus a peut-être raison... On n'a donc pas droit à l'erreur avec toi ? Mais pourquoi es-tu ami avec moi, alors, je te le demande ? Ne peux-tu tout simplement pas comprendre qu'Albus était jeune, qu'il s'est trompé et qu'il a changé ? Qu'est-ce que tu sais de tout ça, au juste ? Ce que Skeeter en dit ! Et tout ce qu'elle ne dit pas, et tout ce qu'elle dit de faux... Ariana n'a jamais été cracmolle. Skeeter ne dit pas la culpabilité qui a rongé Albus pendant des années d'avoir participé à forger les idéaux de Grindelwald. Elle ne dit pas à quel point ces deux mois d'amitiés l'ont poursuivi toute sa vie. Elle ne dit pas le combat qu'il a dû mener sur lui même avant de pouvoir affronter son ancien ami en duel. Et tu te permets de le condamner parce que tu n'as jamais failli ? Tu veux que je te dise ? Là, tu donnes raison à Severus et tu ressembles juste à un arrogant prétentieux !

Les deux adolescents ne s'adressèrent plus la parole du restant de l'après-midi. Hermione avait repris son livre et l'avait prudemment rangé, estimant sans doute qu'il valait mieux en remettre la lecture à plus tard de peur de mettre à nouveau le feu aux poudres.

Severus de son côté était partagé entre un profond agacement envers l'attitude qu'il jugeait supérieure de Potter, un étonnement masqué face à ce qu'il avait appris tout comme les autre sur Dumbledore, et e curiosité tout à fait inhabituelle qui l'aurait volontiers poussé à interroger Kécile s'il n'avait pas su pertinemment que ce n'était absolument pas le bon moment.

Cette nuit-là lorsque Kécile s'installa pour prendre son tour de garde après Hermione, alors que tous les autres étaient supposés dormir, elle entendit des pas derrière elle dans la tente. Harry vint s'asseoir à côté d'elle en silence. Kécile ne le regarda pas. Elle était partagée entre la colère et le désir de faire comprendre à Harry qui était son grand-père, au-delà de l'image du brillant et grand sorcier infaillible que tout le monde avait de lui.

- Je n'arrive pas à croire qu'il a grandi à Godric's Hollow et qu'il ne m'en a jamais parlé, finit-il par dire à voix basse.

Elle ne répondit rien.

- Pourquoi, Kécile ? Insista-t-il.

- Je n'en sais rien. Peut-être parce que ce n'est pas une période dont il aime à se rappeler, tout simplement. Peut-être que pour lui ça ne représente pas grand chose.

- Et Grindelwald... Il ne m'en a jamais parlé non plus.

- Harry, est-ce que tu peux comprendre qu'il y a des périodes de notre vie dont on a tout simplement pas envie de parler ? Demanda Kécile sans pouvoir se retenir de hausser la voix. Ça ne t'est donc jamais arrivé d'avoir honte ? Tu n'as peut-être pas commis des actes réprouvables et difficilement avouables aussi lourds de conséquences qu'Albus, Severus ou moi. Mais est-ce que cela te rend supérieur ?

- Bien sûr que non... ne dis pas de bêtises.

- La honte est là pourtant, Harry. Et on n'a pas forcément envie de l'étaler devant quelqu'un comme toi. Quelqu'un qui n'a jamais failli.

Il y eut un long moment de silence.

- En fait je... excuse-moi, mais... Je n'arrive juste pas à accepter que Dumbledore ait été comme toi ou Severus... qu'il a failli lui aussi.

- C'est difficile à imaginer, je comprends, répondit très calmement Kécile Mais moi, ça me donne de l'espoir, tu vois... ça me laisse penser qu'on peut devenir quelqu'un de bien et de respectable même quand on a commis de graves erreurs... Enfin, Albus n'avait pas de crime sur la conscience, tu me diras... Pas directement du moins...

Harry ne répondit rien. Il fixait obstinément le sol en martyrisant un brin d'herbe qu'il enroulait autour de son doigt.

- Tu sais, je me suis déjà senti comme ça une fois... Je ne suis pas sensé t'en parler... Rogue me tuerait s'il savait que je te raconte ça mais... tu te rappelles, en cinquième année, quand je prenais des leçons d'occlumencie avec lui ? En fait il m'a viré de ses séances parce que j'ai plongé dans sa pensine. Ce que j'y ai vu... ça m'a fait un choc... disons que j'ai toujours entendu dire que mon père était quelqu'un de bien, que je lui ressemblais. Mais ce que j'ai vu ce jour-là... ce n'était pas bien du tout, pas honorable du tout, c'était juste... mesquin, gratuit, et bas... et je ne pense pas que j'aurais pu faire quelque chose comme ça, même à Malfoy. Je n'ai pas reconnu le père modèle que je m'imaginais. Quand Rogue me hurlait que mon père était juste un idiot prétentieux, ça ne me faisait rien parce que je ne le croyais pas. Mais là, je ne pouvais plus juste ignorer. Ses insultes ont pris sens. Et ça a fait trés mal.

- Harry... soupira Kécile, tu ne peux pas croire que les personnes que tu admires sont parfaites... Ces actes que tu désapprouves ne les définissent pas, parce qu'ils valent plus que ça et qu'ils ont changé... Ton père, Albus, ils ont été jeunes... Alors oui, tu vas me dire, toi aussi. Mais tu as une force d'âme peu commune. Et si tu t'attends à ce que tous les êtres que tu aimes soient comme toi, tu vas te faire du mal, Harry, dit-elle d'une voix douce.

Elle tendit la main et effleura sa joue d'un geste tendre.

- Un jour, tu apprendras peut-être quelque chose au sujet de Sirius, ou de ta mère que tu n'apprécieras pas... Mais ne laisse pas ton estime pour eux être atteinte. Ça ne changera pas la raison pour laquelle tu les admires, d'accord ?