Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartient pas.


Hadès était assit sur un imposant fauteuil de velours au rouge passé et de vieux chêne. Ses mains reposaient sur les accoudoirs agréablement rembourrés, calme face à Madame Callie qui versait dans un calme Olympien dans les petites tasses de porcelaine aux bordereaux bleu marine. Les longues manches de sa robe corbeau suivaient gracieusement la courbe de ses bras, comme si plutôt que d'être de tissue, la matière était un simple glamour. Les yeux du créateur glissèrent sur la figure de marbre de cette digne dame, sur ses longs cheveux qui tombaient en cascade sur ses épaules. Du bout de ses longs doigts, elle attrapa la pince d'argent, souleva délicatement le couvercle blanc d'un petit pot et attrapa un sucre. Sans détacher son regard du cube blanc, elle le fit tomber dans le liquide ambré. Une myriade de goulettes tentèrent de s'échapper de la tasser mais avant que la moindre d'entre elle n'ai le temps de tomber sur la table basse parfaitement vernie, Madame Callie, d'un geste élégant et fluide de la main, fit prendre vie à ces gouttes sucrées, les renvoyant dans leur prison de porcelaine. Hadès observa la scène, sans un mot ni la moindre trace d'étonnement.

Madame Callie releva les yeux vers lui, lui demandant par un geste de la tête s'il désirait le moindre sucre. Elle se contenta d'une main levée comme réponse avant de poser ses pincettes, reprendre le couvercle de porcelaine et le reposer tout aussi délicatement sur le sucrier. Elle se pencha, se saisit d'une des tasses ainsi que du dessous de tasse qu'elle tendit poliment au créateur. Celui-ci accepta, faisant bien attention de ne pas se brûler mais gardant pourtant son air indifférent. Elle n'y fit pas attention, à la place elle prit sa propre tasse. Elle remua le liquide chaud, trois tours dans le sens des aiguilles d'une montre, avant de placer sa petite cuillère sur son propre sous tasse. La cuillère à thé, qui paraissait être d'étain, était décorée d'un petit camée de ceux qu'on trouvait habituellement au bout d'une chaine d'argent. Le visage féminin était passé avec le temps mais restait pourtant dans la pièce d'ivoire. Dans la pièce à peine plus éclairée que la chambre qui leur avait été attribuée, le blanc du camée semblait d'un bleu dragée.

Madame Callie porta sa tasse à ses fines lèvres et souffla sur sa boisson. Elle avait cet air lointain, les yeux voilés alors que son regard semblait se poser sur les grandes fenêtres derrière le créateur. La mélancolie de ses traits, accentué par ce noir qui marquait sa pâleur, lui donnait cet aspect. Celui d'être une statue, une figure sur la toile d'un peintre. Rien, même pas les respirations fantomatiques qu'elle prenait ne semblait la perturber et éventuellement, elle posa sa tasse, brisant un instant le silence.

« Vous devez penser que je suis une bien mauvaise mère. »

Hadès ne répondit rien, sa tasse toujours dans ses mains et ses mains reposant elle sur ses genoux. La voix de Madame Callie était comme du velours. Un velours sombre, doux mais terriblement sombre. Loin du ton léger de ses sœurs, loin des airs sauvage de son père. Loin dans son grand manoir, Madame Callie paraissait presque humaine. Trop belle, trop froide et désespérément trop triste pour être humaine.

« Et je le suis. J'ai été une mère terrible pour Camus. »

Elle inspira profondément, sa poitrine se soulevant, mais retint son soupire. À la place, elle se pencha pour se saisir de sa tasse, le plissement de sa robe remplaçant le son de sa voix. Hadès constata, alors qu'elle ramener son thé vers elle, le tremblement de ses mains. Madame Callie était troublée, Madame Callie était inquiète. De quoi avait elle si peur ? Pas de lui apparemment. Hadès pencha la tête légèrement sur le côté, ce regard inquisiteur sur la femme en face de lui.

« Quel âge avez-vous ?

- Plus de 4000 ans désormais. »

Le créateur releva légèrement le menton, Madame Callie ne lui adressant toujours pas le moindre regard. Elle prit une petite gorgée de son thé cependant elle ne posa pas la tasse. Elle préféra la garde au niveau de ses lèvres. Les volutes de fumée qui s'en échappaient donnaient cependant à son regard quelque chose de bien plus mystérieux.

« Et en mes 4000 ans d'existence, il me fut facile de retrouver mon aimé à chacune de ses incarnations. »

Avec lenteur, elle tourna son visage vers lui et ancra ses yeux livides dans les siens.

« C'était bien ce que vous vous apprêtiez à me demande seigneur Hadès, si je le poursuivais chaque fois qu'il renaissait sur Terre ? »

Hadès ne se laissa pas impressionner, ne retenant que la lassitude et cet admirable dévotion dans la voix lassée de regret. Il posa sa tasse sur la table basse, doucement, faisant inconsciemment attention de ne pas renverser la moindre goutte de thé. Madame Callie suivit la tasse du regard, puis les yeux indéchiffrables du créateur avant de détourner la tête de nouveau.

« À chacune de ses incarnations, nous tombâmes follement amoureux, nous nous mariâmes et nous eûmes trois enfants. »

Elle posa sa tasse, soudainement, avant de recouvrir ses lèvres du creux d'une de ses mains. Elle semblait soudainement plongé dans une bien plus profonde peine pendant que ses yeux se voilèrent peu à peu. Elle laissa sa main reposer auprès de l'autre, sur ses jambes, alors qu'elle reprit, ses paupières lourdes.

« Hormis deux incarnations. »

Ses yeux tombèrent sur le parquet, ses longs cils assombrissant ses iris pourtant si colorées.

« Lors de notre première rencontre, il était roi de Dardanie, elle renifla aussi amusé qu'atterrée, fidèle à mon espèce était attachée à ma source.

- Pourtant vous êtes ici.

- Pourtant je suis ici, répéta-t-elle comme pour confirmer. Lors de son règne, je gracia Tros de quatre enfants : une fille que nous nommâmes Cléopâtre ainsi que de trois garçons : Ilos, Assaracos et... »

Il la vit prendre une inspiration douloureuse, comme si prononcer son nom lui faisait plus mal que de raison.

« Et Ganymède. »

Un temps. Madame Callie semblait désormais perdu dans le liquide ambre qui dormait dans sa tasse. Ses sourcils légèrement froncés, son regard préoccupé. Elle était là sans être là...

« Cléo, celle qui suivit son chemin. Basile, le fondateur et roi. Maël, le prince qui régna à la suite de son père. Croyez le ou non seigneur Hadès, chaque vie que mon aimé vécu, nos trois enfants revinrent à la vie.

- Qu'en est-il de Ganymède, de Camus ? »

Elle releva lentement la tête, l'épuisement et la colère marquant son visage. Ses traits semblaient soudain déformait par une brûlante haine alors qu'elle siffla entre ses dents serrées d'une voix empoisonnée.

« Volé, enlevé. Déchiré par lui, cet être de vices. Sous couverts de cadeaux divins, son père crut notre fils protégé, il accepta de ne plus le pleurer mais moi. Moi, je sentais sa douleur dans ma chaire, j'entendais ses larmes silencieuses. Il ne se passait pas une journée ou une nuit sans que les maux de mon fils me hante et que ma propre incapacité à le protéger ne me tienne éveiller. La seule chose qui me faisait oublier cette souffrance, qui l'étouffait assez pour qu'elle ne soit plus qu'une vague murmure au fond de moi, était le visage de Tros et l'accomplissement de mes autres enfants.

- Pourquoi ne pas avoir tenté de le récupérer ? »

Elle tenta de sourire mais tout ce qu'elle obtint ne fut qu'une grimace entre la folie des mots du créateur et la tristesse de sa propre défaite. Elle serra ses mains, ce qui ne passa pas inaperçu auprès du dieu, jusqu'à ce que ses phalanges en deviennent blanches avant de continuer, les mâchoires crispées :

« Je l'aurai fait seigneur Hadès mais qu'est-ce qu'une naïade face à Lui ? Ne croyez-vous pas que si j'en avais eu l'occasion, la mère que je suis aurait déchiqueté de mes ongles le visage de celui qui outrageait mon enfant ? »

Hadès hocha simplement la tête se saisissant de sa tasse pour en prendre une gorgée. Le fort arôme d'un thé noir fumée envahit ses papilles et même si le liquide avait eut le temps de tiédir, il n'en restait pas pour le moins délectable.

« Puis un jour la douleur à cessé et je fut aussi soulagée qu'abattu. Je n'ai jamais su s'il s'était lassé de mon fils ou si c'était lui qui... »

Elle ne finit pas sa phrase, préférant relever les yeux vers le créateur. Madame Callie soupira face à la quiétude du créateur. Il avait reprit dans le salon qu'il occupait et à sa demande, ses traits. Il était exactement comme elle s'en rappelait et même si elle ne l'avait vu qu'une seule fois dans sa vie, il y a de ça des milliers d'années, le visage d'un créateur était si saisissant qu'il était impossible de l'oublier. Elle se souvenait particulièrement de la quiétude qui régnait autours du seigneur Hadès, une quiétude qui invitait quiconque s'approchait de lui à sentir un calme bienvenu les envahir. Face à lui, elle put laisser sa colère et sa haine mourir pour ne laisser qu'une grisante mélancolie.

Lorsque Camus est née, murmura-t-elle, lorsque j'ai vu ses quelques cheveux bleu turquoise et ses grands yeux indigo, j'était terrifiée. Je le tenais dans mes bras et tout ce que j'ai ressenti à cet instant n'était que de la terreur. J'avais peur qu'il le retrouve, j'avais peur qu'il me l'enlève de nouveau. Mon époux a bien tenté de me rassurer et ça a marché, pendant un temps. »

Elle croisa les bras sur ses jambes, se penchant au fur et à mesure de son récit, comme si chaque phrase l'accablait un peu plus. Soupirant un nouvelle fois, son regard se dirigea vers le thé qui refroidissait.

« Jusqu'à ce jour d'été. Camus avait quelques mois et je retrouvais peu à peu la joie de vivre au près de mon enfant, celui que je n'avais pas vu depuis des millénaires. Il faisait sa sieste dans sa chambre, la fenêtre était ouverte pour laisser passer un peu d'air. J'avais prit l'habitude de venir lire à côté de son berceau, seulement ce jour là Basile souffrait d'une insolation particulièrement sévère. Alors que je lui faisais prendre un bain froid pour faire baisser sa fièvre, j'ai sentit quelque chose. J'ai sentis ce cosmos qui hantait mes cauchemars. J'ai tout de suite appelé une servante pour qu'elle surveille Basile pendant que j'allais voir Camus. Lorsque je suis entrée, rien n'avait bougé. Camus était là où je l'avais laissé, profondément endormi. Je me suis dit que mon époux avait raison, qu'il n'y avait aucune crainte à avoir...

- Vous vous trompiez n'est-ce pas ? »

Elle ne répondit d'abord rien, immobile quelques secondes. Elle prit sa tasse et en bue deux gorgée froide.

« Je ne l'avais pas vu au début, ce médaillon d'argent au bout d'une chaine, accroché juste au dessus de son berceau. Je l'ai arraché et jeté par la fenêtre mais le soir même, il était au même endroit. J'ai tout fait pour m'en débarrasser : je l'ai jeté dans une rivière, dans l'océan, dans les flammes et je l'ai même enterré à des centaines de kilomètre mais peu importe mes efforts, le pendentif était de nouveau là chaque matin. La pensée seule de perdre mon enfant à ses mains me fit sombrer dans la folie. »

Elle se rappela ces longues journée qu'elle avait passer à surveiller Camus. Toutes ces nuits blanches passée assise sur une chaise dans un coin sombre de sa chambre, luttant contre le sommeil. Elle ne devait pas s'endormir, elle ne pouvait pas où il emporterait son fils. Hadès vit Madame Callie mettre sa tête dans ses mains, se mordiller la lèvre inférieure.

« Pourquoi... Pourquoi les exorcismes ?

- C'était le seul moyen, marmonna-t-elle sa tête toujours entre ses mains. C'était le seul moyen de sceller son cosmos. Sans ça, il était simple pour lui de savoir où Camus se trouvait. Il était simple pour lui de l'enlever.

- Qui donc ? »

Elle releva la tête, ses yeux avaient prit cette intensité, cette fatigue mêlée d'une certaine folie. C'était en tout cas ce que voyait le créateur qui d'étonnement se recula un peu dans sa chaise. Madame Callie avait beau avoir ses yeux noyés dans les siens, son regard, lui, était posé bien plus loin que lui alors qu'elle chuchota :

« Lui. Le Diable.

-Le Diable ?

- Zeus. »

Hadès se doutait de qu'il elle parlait depuis le début. Il avait encore quelques souvenirs datant d'avant le Néant qui lui manquait, il se rappelait vaguement cependant l'histoire de Ganymède. Lui n'avait jamais rencontré le garçon, trop occupé en Enfers, cependant l'affaire avait créé une fois de plus du remue méninge dans le Ciel. Face au manque de réponse du dieu, elle soupira avant de reprendre une gorgée de son thé.

« Exorcisme après exorcisme, son cosmos finissait par s'habituer et prendre le dessus à tel point qu'à part souffrir le martyre, Camus n'était pas protégé. Puis j'ai un jour croisé la route de Shion, le directeur du Sanctuaire. Il avait trouvé Camus dans les rues en Italie, en train de fuguer. Fuguer, à 7 ans ! C'est pour dire à quel point où il nous haïssait ! »

Elle posa sa tasse avant de continuer, sa voix amère de regret. Elle était si désolée, le créateur pouvait le lire si facilement sur son visage.

« Au sein de l'Orphelinat du Sanctuaire, Camus serait protégé, son cosmo perdu au milieu de celui des autres enfants. Shion étant un Atlante, je n'ai pus que lui faire confiance alors je lui ai laissé Camus. Je n'ai pas pus lui dire en revoir, je n'ai pas pus le revoir à défaut d'une fois, après qu'il se soit fait renversé par une voiture. La seule fois où j'ai revu mon fils, il était maintenu en vie par une machine. »

Elle rigola nerveusement. Elle avait échoué, elle n'avait pas été capable de protéger son fils au point que le seul moment où elle put être présente auprès de lui, il était dans le coma, dans une chambre aseptisée. Au moins, Shion n'a jamais rapporté le moindre dieu autour de son fils lors des 14 dernières années.

« Seigneur Hadès, elle se reprit soudainement, je vous en pris écouté moi ! Je vous implore ! Protégé mon fils du Diable, de Zeus ! Il en a après lui, je le sens ! »

Calliorrhoé s'inclina sous le regard calme du créateur, continuant d'une voix pleine d'émotion.

« Je vous en prie seigneur Hadès, je n'ai rien à vous offrir sinon ma vie. Je vous en prie, protégez mon fils ! Protégez mon Camus ! Je ne peux rien face à un créateur et lui ne sait pas à quel point il peut être en danger ! Je vous en pr- »

Elle senti soudainement sur le haut de son crâne une chaleur étrangère accompagnée d'un certain poids. Ouvrant les yeux, elle vit le créateur, sa main posée sur elle. Ce n'était pas un geste de domination, c'était délicat, en quelque sorte affectueux. Lorsqu'elle ouvrit les paupières, il retira sa main et se rassit, la naïade figée. C'était un honneur que le seigneur Hadès accepte seulement de l'entendre, mais qu'il pose sa main sur elle sans la moindre agressivité ou violence... Elle savait que cela avait avoir avec le fait qu'elle était la mère de Camus. Dans une lettre envoyée par Shion, il lui avait écrit qu'une entité s'était attachée sincèrement à son fils.

« Callirrhoé, relevez votre visage. »

Elle fit ce qu'on lui demanda et vit sur le visage du créateur un sourire doux accompagné d'yeux voilé de quelque chose qui s'approchait de la tristesse. Il avait beau avoir reprit ses traits, il n'était pas encore tout a fait lui. Après tout, la véritable apparence d'un dieu était telle qu'un mortel ne pouvait en supporter sa vision, brûlant dans un feu divin. Elle était une naïade, elle ne pouvait pas être victime d'un tel sort, ses enfants par contre oui. La porte avait beau avoir été fermé à clé, qui sait ce qui pouvait arriver. Ce qu'elle ignorait est que le créateur n'avait pas reprit son apparence divine, pas depuis qu'il était sorti du Néant.

« Votre fils a à mes yeux bien plus de valeur que ma propre existence. »

Elle vit le seigneur Hadès lentement s'adosser à son siège, détournant la tête sur le côté. Il semblait être loin, très loin d'elle alors que son doux sourire s'effaça. À quoi pensait-il, assit sur ce fauteuil ? Disait-il vrai ? Shion avait bien écrit que l'entité au côté de Camus lui était d'une grande fidélité et ce malgré son statu. Elle s'était attendue à n'importe quoi, n'importe qui, cependant voir le seigneur Hadès à ses côtés l'avait autant inquiété que rassurer. Callirrhoé avait vécu ces derniers millénaires auprès des humains, revenant voir son père en attendant que son aimé ne renaisse. Elle avait eu vent des affaires des dieux, de l'enfermement du seigneur Hadès dans ce lieu nommé Néant. Pourtant, pas une seule fois elle ne put revoir son fils. Elle n'avait jamais put savoir ce était advenu de lui, tout ce qu'elle savait était qu'il souffrait et qu'elle, elle ne pouvait rien n'y faire.

« Callirrhoé ?

- Oui ?

- Saviez-vous pour mon enferment au seins du Néant ?

- Oui, elle hocha la tête, oui mon seigneur. »

Il se retourna vers elle, avant de se pencher et de lui dire avec tout le sérieux du monde.

« Tous ignore Callirrhoé, mon évasion loin du Néant. Excepté mes juges et si j'en crois mes suspicions, Perséphone. Cela dit, Zeus semble ne pas s'en être rendu compte.

- Est-ce pour cette raison qui vous a poussé à altérer à ce point votre apparence ?

- C'est exact, il se redressa en reprenant toute sa grandeur. Le Néant est un lieu où je n'ai aucune envie d'y retourner. Personne ne sait que j'en suis sorti, et ça doit rester ainsi le plus longtemps. Cependant, s'il faut que je me dévoile pour protéger Camus, je le ferais. »

Le regard de Madame Callie tomba sur le liquide ambré, désormais totalement glacé. Une marque de tanin paraissait se former sur la porcelaine blanche de la tasse. Elle voyait, dans le thé foncé, le plafond blanc se refléter et si elle c'était un peu penché, elle y aurait vu son propre visage.

« Seigneur Hadès ? »

Il releva légèrement le menton, observant Madame Callie qui semblait perdue dans ses pensées.

« Est-ce vrai que Camus est celui qui vous sortit du Néant.

- Si l'on oublie l'aide involontaire venant de l'extérieur qui m'a été donné pour me manifester, oui, Camus est celui qui me permit de me délivrer. »

Elle ne répondit rien, ses yeux toujours sur le thé.

« Seigneur Hadès, pouvez-vous me parler de mon fils ?

- Eh bien... Il semblerait qu'au vu de ses origines, il est une affinité avec l'eau. Plus exactement avec la glace. »

La voix du créateur était calme, Callirrhoé y entendait de la tendresse et de l'affection et son récit apportait une chaleur longtemps perdue dans son cœur. Lorsqu'il parlait de son fils, le seigneur Hadès ne semblait pas manquer d'anecdote, d'histoire triste ou heureuse. Il semblait le connaître bien mieux que personne et elle ne pouvait pas nier que cette affection qu'il portait pour Camus la rassurait. Elle eut peur au départ, qu'il considère Camus comme une simple distraction, comme un simple jouet. Après tout, ce n'était qu'un humain. Lentement, bercé par le flot de parole de l'entité, elle se surprit à sourire sincèrement pour la première fois depuis la mort de son époux. Apprenant peu à peu sur son fils, elle se commença à se sentir étrangement plus proche de lui.


Camus s'avança lentement sur le chemin de gravier blanc. Tête baissée, il ignorait les murmures dans les hautes herbes ainsi que le sifflement si particulier du vent marin. Derrière lui, le son du glas teinté résonnait toujours dans le petit village, s'étendant dans les prairies alentours. Qui sait, la mélodie des cloches avait peut être atteint la station balnéaire à quelques kilomètres de là. L'enterrement s'était terminé à peine quelques minutes auparavant et Camus avait déjà besoin de s'éloigner. Sa mère l'avait aperçu de loin, elle n'avait pas tenté de le retenir ici, à la place elle se tourna seulement vers l'une des multiples personnes toute vêtue de noire.

Camus s'arrêta au milieu du petit chemin, relevant la tête vers le ciel. Le soleil était encore haut dans le ciel, réchauffant cette fin d'après-midi. Quel beau jour pour un enterrement. Les oiseaux chantaient, les papillons voletaient et au bord de mer, des familles entières se réjouissaient d'un si beau jour. Le médium tourna son regard vers l'église, immobile. Il pouvait encore distinguer sa mère, entouré d'une foule endeuillée comme une reine fourmis protégée par ses travailleuses. Plus loin, Cléo avait la tête posé sur l'épaule de Maël qui retenait ses larmes, ses propres épaules tressaillant sous ses sanglots désespéré. Basile frottait le dos de leur petite sœur, fort et sérieux dans cette épreuve, servant de pilier moral à sa famille. Le médium avait l'impression étrange de n'être qu'un spectateur. Serte, il avait ressentit cette profonde tristesse lorsque son père avait été mis en terre mais ça ne semblait être rien face à ce que ressentait le reste de sa famille.

Il n'avait pas pleuré, il s'était seulement senti comme un étranger, comme quelqu'un qui n'était pas à sa place. Pire, au sein de l'église, il avait eu cette horrible sensation d'être observé. Il ne n'avait que vaguement entendu les prières, s'était levé lorsque Hadès lui tirait légèrement sur la manche car trop absorbé par ses sens en éveille. Il fit de son mieux pour ne pas réagir aux ombres qui s'étendaient sur les murs blancs, se penchaient sur les personnes venues à l'enterrement. Ce n'était rien face au cimetière. Il se fit violence pour ne pas réagir face au résidu qui rampait contre certaine pierre tombale, semblable a du goudron épais parsemé de globes oculaires qui scrutaient à tout va. Par chance il ne croisa le regard d'aucun de ses spectres. Il essaya d'oublier les squelettes qui sous terre les entouraient, ainsi que le claquement fantôme de leur dent et le bruit de leur os grattant contre le bois des cercueils. Sa mère avait réussit à obtenir une place dans le petit cimetière attenant à l'église, comme son père l'aurait voulut. Il avait été après tout une figure emblématique. Seulement à cet endroit stagnaient des spectres et des énergies clairement négative.

Quand Camus sentit quelque chose tiré sur l'une de ses jambes de pantalon. Il baissa les yeux et vu, debout sur le bout de sa chaussure de cuir, s'étirant pour attraper le coton noir de sa jambe de pantalon, une petite créature cherchait à attirer son attention. Il se pencha lentement, ne faisant pas le moindre geste brusque pour éviter de l'effrayer et l'attrapa avec délicatesse par son abdomen. La créature se laissa faire, s'asseyant sagement au creux de la main de l'humain. Elle ressemblait autant à un humain qu'a un insecte, à peine plus haute que le pouce de l'homme. Elle agita l'une de ses paires de bras recouvert de cosse d'haricot cousu pour en faire des manche et fendu pour que la créature puisse librement plié les bras. Sa seconde paire de bras, du même vert que ses manches de fortunes, ressemblait trait pour trait aux pattes si caractéristique d'une mante religieuse. Elles étaient repliées, cachant de leurs longueurs aussi bien son torse que son abdomen. Ses jambes quant à elle avaient beau être humaine, elle était recouverte d'un duvet brun parsemé de petites épines. Peut être était-ce un habit que c'était fait la minuscule créature, elle s'était après tout fait de longue manche et un haut fait de grandes feuilles vertes, de pétales fines et colorées, sûrement des pétales de rose trémières. La créature avait cet air innocent que lui donnait la rondeur de son visage, se pommettes légèrement rosée et ses mèches blond vénitien qui s'échappait de la fleur de liseron qui lui servait de couvre chef. Elle observait Camus sagement, ses grands yeux entièrement noirs et ses sourcils redressés pratiquement jusqu'à ses longues antennes. Lorsqu'elle vit le manque de réaction de l'humain, elle agita sa paire d'ailes cristallines pareille à celles des abeilles.

« Oui ? », fit Camus avec incertitude.

La petite créature pointa le dos de l'humain du bout de son doigt. Il se retourna, suivant du regard ce qu'on lui indiquait, seulement derrière lui il n'y avait rien sinon l'église et la foule. Regardant de nouveau la créature avec curiosité, elle baissa lentement le bras.

« Tu es suivi. »

Sa voix était pure, douce, exactement comme Camus l'avait imaginé. Il n'y avait rien dans sa voix sinon une évidence. Pourquoi la créature lui disait ça ? C'était sûrement un esprit de la forêt, peut être un lutin mais ça l'étonnerait. Dans tous les cas, ce genre de créature ne s'approchaient jamais des humains et celle-ci était tranquillement assise au creux de sa main.

« Je ne vois rien, la créature haussa les épaules.

- C'est parce qu'il est invisible. »

Camus fronça les sourcils. Invisible ? Hadès ? Il avait emmené son casque ? Maintenant qu'on lui disait ça, il avait effectivement remarqué les hautes herbes bouger étrangement derrière lui mais il avait rejeté ça sur le vent. L'homme se tourna de nouveau, scrutant à la recherche du moindre indice sur ce qui le suivait.

« Hey ! Hey !, Camus regarda la créature qui sautillait désormais dans sa main. Tu vas où ?

- Je ne sais pas... Je marche simplement.

- Je peux venir ?

- Si tu veux... »

Camus approcha sa main de son épaule, laissant l'être de la forêt sauté d'un bond dessus. Il vacilla un peu en atterrissant sur l'humain mais reprit rapidement son équilibre avant de s'asseoir sagement. Une fois sûr que son nouvel ami était confortablement installé, Camus reprit sa marche dans la campagne, avançant progressivement vers les bois en contre-bas.

« Comment t'appelles-tu ?

- Cosse !

- Cosse ?, le médium haussa un sourcil.

- Hm ! J'adore les cosses ! Il y en a tellement : les cosses des pois, les cosses des haricots, les cosses de châtaignes... »

Le petit esprit avait commencé à compté sur ses doigts, citant un à un tous les types de cosse qu'il connaissait. Camus sourit : effectivement, il semblait totalement passionné. Il n'osa même pas le couper pour lui rappeler que ce qui recouvrait les châtaignes étaient des bogues et non des cosses. Éventuellement, le petit être s'arrêta et redressa les yeux vers le grand visage de l'humain. Il posa ses mains sur l'épaule de l'homme, balança un peu ses jambes sans jamais décrocher son regard songeur de Camus.

« Pourquoi tu peux nous voir ?

- Je l'ignore. Comment as-tu su que je pouvais te voir ?

- Je t'ai vu regarder les gros yeux.

- Les 'gros yeux? C'est comme ça que ça s'appelle ?, Cosse regarda le chemin et haussa les épaules.

- Moi je les appelle comme ça. »

La fraicheur des sous-bois tranchait avec la chaleur de l'été, c'était comme un soudain bol d'air frais et Camus aurait mentit s'il disait haïr cette sensation. Sous ses pieds, des branches et quelques feuilles séchées craquèrent. Un peu plus et le bruit de sa présence aurait masqué les chuchotements et les rires qui venaient de partout et nul part à la fois. Du coin de l'œil, il voyait même les mouvements des créatures qui vivaient parmi ces bois.

« Que faisais-tu dans le cimetière ?

- C'est marrant d'observer les humains, Cosse ramena ses jambes contre sa poitrine. Mais aujourd'hui ça n'était pas très drôle. »

Le ton soudain triste de l'esprit piqua la curiosité de Camus. Il jeta un œil à la petit créature sur son épaule : il était recroquevillé, ses antennes abaissées sur sa tête. Les esprits de la forêt, comme Camus les appelait, vivaient pendant des siècles si ça n'était des millénaires. La mort pour eux était une futilité et si ces êtres ne s'approchaient pas des humains, outre le fait qu'ils étaient invisibles à leurs yeux, c'était bien parce que pour eux, la vie d'un humain n'était rien. Ils n'avaient qu'à cligner des yeux pour qu'un homme disparaisse. Les esprits de la forêt supportaient mal la perte et l'absence.

Camus redressa la tête vers la cime des arbres. Entre les feuillages émeraude, le soleil perçait par moment, éclairant les sous-bois et portant sur l'humain les ombres colorés des feuilles et des branches. Le vent léger brassait la canopée, pigé au pied des bois. Ses yeux se posèrent sur l'ancien chemin qui menait sans nul doute à un village ou un fief. Beaucoup de petit chemin semblable à celui existait un peu partout dans le pays, ils servait jadis à relier les habitations au cimetière et aux églises et traversaient régulièrement des bois ou des plaines. Il passa à côté d'une grande pierre qui lui arrivait aux genoux, couverte de mousses et de lichens. Elle devait servir de balise...

« Avant les humains passaient près de la pierre. Ils passaient toujours avec leurs beaux vêtements, je leur piquais des boutons !

- La cloche sonnait lorsqu'ils passaient ?

- Oui ! Oui ! Ils allaient voir leur... dieu. »

Le petit être fronça le nez de dégoût, comme si la simple pensée de Dieu le dégouttait profondément. Rien de très étonnant, les esprits de la forêt ne faisaient pas parti des croyances de cette religion, pire, ils devaient être bien plus proche de diablotin que d'êtres vivants avec des sentiments. Et puis, à quelques boutons près, ces petits esprits ne voulaient aucun mal aux humains. Quand Camus sentit Cosse tirer sur son col avec insistance.

« Dit ! Dit !

- Oui ?

- Tu es vraiment humain ?

- Pourquoi ? Je n'ai pas l'air humain ?

- Non, pas vraiment. »

Le chant des oiseaux avait quelque de fantomatique, comme les chuchotements qui ne cessait pas de les entourer, il entendait les oiseaux mais n'en voyait pas un. Parfois, il captait un mouvement du coin de l'œil mais le temps de se tourner, il ne restait qu'une branche vacillant lentement parmi les arbres de la forêt. Il les sentait, curieux, tout autours de lui. Il ne s'attendait pas vraiment à ce que l'un de s'approche, bien trop timide, cependant ils continuaient de l'observer Cosse et lui. Surtout lui en faite. Peut être que l'un d'entre eux ce cachait derrière les pétales lustré de cette ficaire, fleur jaune qui ne poussait habituellement que sous les rayons chaud du printemps. Son existence en plein mois de juin, sous l'ombre de ce châtaigner, ne pouvait être que le fait d'une petite créature.

« Les humains... ils sont pas beau. Ils sont patauds. Quand ils marchent ils écrasent tous, Camus rigola légèrement.

- Ce n'est pas le cas de tous les humains quand même ?

- Non, mais beaucoup quand même. »

Camus répondit par un léger fredonnement. Il remarqua le lit de feuille soudain vide de la petit fleur jaune au pétale pointue. Le ficaire venait de disparaître, les herbes autours se balançaient malgré l'absence du moindre courant d'air. Il ne le mentionna pas, préférant continuer son chemin.

« Alors ? Tu es humain oui ou non ?

- Je suis humain.

- Tu es sûr ?

- Non, plus vraiment, avoua-t-il dans un murmure.

- Ah ! Je le savais ! Tu es comme nous !

- Nous ?

- Oui ! Nous ! »

L'esprit ouvra en grand ses bras, comme pour montrer tout les êtres autours de lui. Tous les êtres qui continuaient à se tapir dans l'ombre des feuillus. Trépignant sur l'épaule de Camus, Cosse ne lui laissa pas de répit.

« Ça ce voit que tu n'es pas humain ! Et puis tes cheveux ressemblent à une rivière ! Tu es quoi ? Une nymphe ? Je ne savais pas qu'il y avait des nymphes masculines !

- Je ne crois pas que être une nymphe pour être sincère...

- Alors une naïade ? Ou une ondine ? Oh ! Oh ! Une néréide !

- Une néréide ?

- Une nymphe habitant les mers. »

Camus tourna la tête, suivant la voix douce et maternelle qui lui avait répondu à la place de celle enfantine de Cosse. Il croisa un regard d'un doré calme et sage, totalement lisse, sans la moindre pupille noire. Une femme se tenait sous un chêne massif, grande de deux mètre au moins, les mains croisé sur le pli de sa longue jupe de la même teinte passée de ses iris. Le drapé léger se perdait dans l'humus, semblant ancré dans la terre et les racines de l'arbre qui trônait dans les bois. Sur ce tissu fluide, Camus avait l'impression d'apercevoir dans les reflets bruns des figures et des paysages qui n'étaient pas, des forêts profondes ou bosquets fleuris. Son corsé était brun, rigide, à l'image de l'écorce du chêne, quand les longues manches elles, étaient fines et fendue, d'un léger doré. Ses cheveux longs reposaient en parti sur ses épaules, recouvrant pratiquement les motifs de feuilles qui couraient sur sa peau entre le vieil or et le vert anis. Ce qui frappa le plus Camus ne fut pas le regard de cette femme mais plutôt ses feuilles de chênes pâles qui partaient de son front de ses tempes avant de peu à peu s'allonger et s'affiner au point de devenir sa chevelure. Ce n'était pas une coiffe ou une couronne mais bien une partie d'elle-même. Camus baissa humblement la tête en signe de respect.

« Je m'appelle Camus, enchanté.

- Enchantée Camus. Je n'ai pas de réellement de nom, mais tu peux m'appeler Lily, c'est ainsi que l'on appelle ici.

- Pardonnez cette question maladroite mais qu'êtes-vous ?, la femme sourit bienveillamment.

- En Grèce ont m'aurait appelé une hamadryade, ce que je ne suis pas exactement. Je suis rattachée à cet arbre et si je ne peux hélas pas m'aventurer plus loin que l'ombre de ses branches, mon sort ne dépend cependant pas de lui. S'il meurt, je demeure et de ses restes je fais pousser un nouveau gardien.

- Le gros chêne là c'est l'arbre gardien de la forêt ! C'est Madame Lily qui le fait pousser chaque fois parce que c'est elle la divinité des terres ici !

- Divinité, elle cacha son rire élégant derrière le dos de sa main, cela fait très longtemps que l'on ne m'a pas nommé ainsi ! Je pense que la dernière fois remonte à ce peuple qui nous vénérait sans même nous voir. Seul leur druide pouvait nous voir et nous parler.

- Les gaulois ?, demanda Camus avec étonnement.

- Et oui, je suis aussi âgé que ça. »

Son sourire aimable était rassurant, chaleureux comme les rayons d'un soleil d'automne. Elle semblait attendre la moindre réaction de la part de Camus, mais il ne sut que dire. C'était la première fois qu'il voyait un tel être, cependant il en acceptait l'existence très simplement. Après tout, il avait comme colocataire un créateur, et l'un des plus puissants, il n'en était pas à un esprit gardien d'un bois près... Quand une question lui vint en tête.

« Pardonnez-moi mais qu'est-ce qu'une hamadryade ?

- Une hamadryade, jeune esprit, est une nymphe dont l'existence est liée à l'arbre qu'elle habite.

- Si l'arbre meurt, elle meurt !, Camus jeta un coup d'œil à Cosse lorsqu'il s'exclama.

- C'est exact, Lily hocha la tête. L'hamadryade est souvent confondue à la dryade qui elle est une nymphe des arbres qui n'est cependant pas lié à un arbre. Comme n'importe quelle nymphe, elle peut vivre bien plus de 9000 ans.

- Et... qu'est-ce qu'une nymphe.

- Quoi ? Quoi ? Tu ne sais pas ce qu'est une nymphe ?, s'écria le petit esprit en sautillant sur l'épaule de son nouvel ami.

- Cosse, ne soit pas si impolie, Cosse se rassit tout penaud. Ne sais-tu pas la moindre chose sur les nymphes ? On m'a pourtant rapporté que tu arrivais de Grèce...

- Il y a bien une expression : 'belle comme une nymphe', cependant je ne me souviens pas avoir entendu ce mot dans un autre contexte. »

Cosse et Lily se regardèrent, quelque peu désappointés. Le petit esprit croisa les bras et plongea dans de profondes réflexions, et le connaissance, la gardienne savait pertinemment qu'elles ne devaient pas être si profonde que ça. Elle reporta son attention sur l'être qui se tenait à quelques pas, ignorant toujours s'il était réellement humain.

« Les nymphes sont des divinités mineures de la nature. Elles sont l'incarnation de la nature et pour certaine même des arts. Ces esprits sont féminin et sont dotées d'une beauté et d'une jeunesse éternelle. Cependant, même elles connaissent la mort.

- J'ignorais que de tels êtres existent...

- Hélas, soupira la gardienne, ce savoir s'est perdu dans le monde humain. »

Camus ne put s'empêcher de remarqué son regard d'or se ternir soudainement alors que ses yeux se posèrent sur les feuilles de lierre à ses pieds, un air mélancolique sur son visage.

« Que s'est-il passé ?, Lily répondit seulement par un soupire.

- Une guerre. Une grande guerre. Le grand dieu d'en bas à voulu tout détruire les humains mais la fille du dieu du Ciel l'en a empêché. Après c'est devenu trop dangereux pour tout le monde alors les dieux ils ont décidé qu'on devait trop s'approcher des humains. En tout cas eu ils sont montés dans les nuages et puis même s'ils avaient le droit bah aucun d'entre eux est redescendu.

- Oui, à quelques détails près, Cosse dit vrai. »

Camus échangea un regard avec Cosse, avant de se retourner vers Lily. Son expression grave lui indiquait qu'ils étaient tous les deux sérieux. Le dieu d'en bas... Hadès... Il se souvenait effectivement d'une discussion avec les trois esprits fidèles à Hadès, l'un d'eux lui avait même dit que leur seigneur avait perdu la raison...

« Qu'est-il arrivé au 'dieu d'en bas' ?

- Il a été exilé, dans un endroit où rien n'existe. Un endroit sans début ni fin, sans la moindre lumière et sans le moindre espoir.

- Moi j'appelle ça 'le rien du tout' !, s'exclama Cosse en balançant ses petit jambe.

- Les dieux appellent ce lieu le Néant, reprit Lily sans prêter la moindre attention à l'esprit de la forêt. Ils ont jurés que rien n'y personne ne pourra le délivrer.

- Et c'est tant mieux !»

Camus fut soudainement prise par la folle envie de se frotter la nuque, coupable, mais se retint autant qu'il put. Au misère... Il espérait vraiment qu'Hadès ai cessé de le suivre à l'orée du bois tant les deux êtres semblaient être réjouis par son exile. Après tout, s'il avait pratiquement détruit tout ce qui existait sur cette terre, il pouvait comprendre pourquoi une telle joie chez les esprits.

La gardienne observa l'être en face d'elle qui était perdu dans ses pensées. Son visage avait quelque chose de familier... Et ces cheveux, ces cheveux vert d'eau. Sans parler de ses yeux indigos... Était-il possible pour un humain d'arborer de telles couleurs ? Tous les humains qu'elle avait rencontrés étaient cantonnés au même triste éventail de couleur. Peut être que ses cheveux étaient teins, pourtant elle pouvait clairement sentir son énergie vital les entourer et que dire du fait qu'il était seulement capable de les voir ? Du simple fait qu'il se tenait devant elle ? Il était d'une rare beauté, une douceur emprisonnée dans le froid de la l'hiver.

« Camus ? »

Il tourna la tête vers elle, curieux. Elle le regarda, les yeux légèrement plissés.

« Es-tu un humain ? »

Il ne répondit rien, soutenant le regard de la divinité. La même question, toujours la même question et il ne savait toujours pas quoi répondre. Il avait beau faire de son mieux d'oublier les doutes qui l'assaillait sans cesse et chaque fois qu'il semblait y arriver, quelqu'un venait briser tout ceci. Était-il humain ? S'il ne l'était pas, qu'était-il ? Il jeta un regard rapide à Cosse qui le regardait curieusement. Était-il un esprit comme eux ? Appartenait-il à un autre monde, une autre réalité ? Qu'en était-il des autres qui avaient et fréquentaient toujours le Sanctuaire ?

« Il est pas humain Madame Lily ! Un humain c'est pas beau ! Un humain ça nous verrait pas et un humain ça-

- Cosse !, la petite créature sursauta et sans décrocher son regard de Camus la gardienne continua d'une voix dangereuse. Repart voir les autres. »

La divinité des bois tendit la main vers lui, cette aura menaçante flottant tout autour d'elle. Madame Lily pouvait se montrer terrifiante lorsqu'elle le voulait et Cosse n'était qu'un petit esprit de la forêt après tout. Il essaya son regard le plus larmoyant sur Camus mais l'homme avait son regard ancré dans celui de la gardienne.

« Cosse. Maintenant. »

La créature glapit et déploya ses ailes, lançant un dernier regard triste à Camus. Il aimait bien lui être sur l'épaule de ce faux humain. Et puis, il le savait lui, qu'il était comme eux. C'était évident ! Arrivant au niveau de Lily, il resta sur place un instant avant de bouder la main qu'on lui tendait. Il préféra continuer son envole et disparaître avec les autres dans le feuillages épais du grand chêne. Cosse hors de vue, l'air autours de la gardienne devint soudain plus léger. Elle soupira, fermant lentement les paupières en se frottant le front.

« Pardonne Cosse, il manque de tact.

- Il est attachant, souffla Camus.

- Attachant certes, cela n'empêche qu'il peut être très indélicat. »

Elle rouvrit les yeux, remettant lentement ses mains croisées sur sa longue jupe.

« Camus, j'ignore si tu es humain ou non et vraisemblablement, tu l'ignores aussi. Sache cependant que tu es le bienvenu ici. »

Lily prit une longue pose avant de pencher son visage, ses yeux maintenant dirigé vers le sol derrière Camus.

« Ce qui est caché dans ton ombre, par contre je l'ignore... »

Avant même que Camus n'ai le temps de s'interroger ou seulement de se retourner, elle reprit d'une voix bienveillante :

« Je pourrais t'apprendre beaucoup, n'hésite pas à visiter ce lieu de nouveau. Ce n'est pas comme si je pouvais partir après tout. Et puis... Cosse semble beaucoup t'apprécier. »

Il hocha la tête lorsqu'il vit quelque chose tirer sur la jupe de Lily, comme on l'avait fait plus tôt avec sa jambe de pantalon. Lily baissa la tête à ses pieds, apercevant enfin l'esprit dont ils parlaient à l'instant. Elle s'apprêta à de nouveau lui faire la leçon mais le petit être la prit de cours et montra ce qui n'était pas si caché dans son dos. Le regard suppliant de l'esprit et sa moue adorable fit craquer la gardienne.

« Très bien, soupira-t-elle. Vas-y, tu peux lui donner mais après tu le laisses repartir. D'accord ? »

Cosse hocha furieusement de la tête avec ce grand sourire béat dont il avait le secret. Sans perdre une seconde, il accourra vers Camus du mieux qu'il peut, trainant à bout de bras quelque chose de coloré et de bien plus gros que lui. Arrivé aux pieds de son ami, il tira sur le tissu de son pantalon et Camus fit semblant de ne pas voir ce qu'il tenait. Il se pencha et tendit sa main, le petit être y sauta pieds joints avant d'attendre qu'on le remonte. Camus l'approcha de son visage et Cosse tendit, tout sourire, une partie de son cadeau. De sa main libre, l'homme attrapa la couronne qu'on lui tendait. Elle était solidement tressée par des brindilles foncées, décorée de feuilles colorées et de magnifiques fleurs, dont la ficaire jaune éclatant. Il haussa les sourcils lorsqu'il remarqua les quelques ailes bleutées de papillons entrecroisés de plumes courte et soyeuse. Cosse était heureux de voir que le cadeau laissa l'être de bouche bée, il en trépigna tant qu'il ouvrait et refermait inconsciemment ses grandes pattes de mante religieuse.

« C'est les autres qui l'ont fait ! Ils ont dit que tu étais un dieu et que tu étais habillé en humain pour pas être remarqué ! Ils ont dit qu'il fallait pas t'embêter mais moi je sais que tu es gentil! Tu aimes ? Tu aimes ?

- Oui, fit Camus avec un sourire en posant la couronne sur ses cheveux. Je l'aime beaucoup. »


« Je sais pas... j'ai jamais vraiment trainé avec lui pour être franc... »

Kanon renifla, amusé, alors qu'il balaya le petit tas de poussière dans la pelle. Il se releva en faisant bien attention de ne rien renverser et posa une main sur une hanche avant d'observer la boutique, satisfait par son travail. Derrière lui, Milo était appuyé sur le comptoir, une pomme verte à la main et Saga s'affairait dans l'arrière boutique à faire de la place pour la livraison de fleur d'Aphrodite le vendredi matin. Demain était le jour de fermeture, aucun des jumeaux n'avaient envie de revenir pour faire de l'ordre. Surtout que d'après les dires de Camus, Aphrodite arrivait toujours à 8h avant l'ouverture de sa propre boutique donc ils n'avaient pas le choix, c'était rangement le mercredi soir ou rien.

« Mais à part trainer avec Camus, ça t'arrivait de trainer avec d'autres enfants ?

- Oui, répondit Saga en sortant de l'arrière boutique sans laisser le temps au scorpion d'ouvrir la bouche. Rappelle toi Aiolia et lui. Le nombre de conneries qu'ils nous ont fait. Moi je préférais franchement qu'il reste avec Camus, au moins j'avais pas à craindre de voir brûler les cuisines ! »

Le concerné haussa seulement les épaules, ignorant le sourire moqueur de Kanon. Oui, effectivement, il avait presque oublié le nombre d'incidents que c'est deux là avaient créé. Il s'avança vers le voyant et jeta la poussière dans la petite poubelle cachée par le comptoir sous l'œil attentif de son ami. Ce soir là, c'était un de ses collègues qui fermait la boutique, lui la ferait demain ce qui ne le dérangeait pas trop : les jours se rallongeaient, ils aimaient passer du temps avec les animaux et surtout, passer une heure de plus n'était pas grand chose quand on savait que Milo avait besoin de très peu de sommeil. Il aimait dormir, c'était de loin l'une de ses activités préférées, ça ne voulait pas dire pour autant qu'il avait besoin de beaucoup d'heures de sommeil. Ainsi, contrairement à ses collègues, il n'avait pas l'impression lorsqu'il faisait la fermeture de perdre de précieuses heures où il aurait put vaquer à ses occupations. Souvent, Camus l'attendait même pour qu'ils rentrent ensemble ou aillent manger quelque part.

« Shura était plutôt du genre sérieux, non ? Je ne me souviens pas qu'il jouait beaucoup avec les autres... »

Milo sursauta violemment en voyant Kanon apparaître derrière lui. Il ne l'avait même pas remarquer disparaître quelques minutes auparavant dans l'arrière boutique pour aller ranger la pelle et la balayette. Faisant de son mieux pour ne pas s'étouffer avec un morceau de pomme, il remercia silencieusement Saga qui vint taper dans son dos lorsqu'il fut prit d'une violente quinte de toux. Kanon leur adressa un sourire clairement sarcastique auquel Milo répondit par une œillade des plus noirs. Si un regard pouvait tuer.

« C'est vrai qu'il était plutôt du genre à travailler dans son coin..., confirma Saga.

- En même temps, il était déjà un peu hautain avec nous, Milo reprit sa respiration. On peut dire ce qu'on veut mais Camus lui au moins il faisait pas exprès de m'ignorer !

- Camus par ci ! Camus par là ! Si je te rencontrai tout juste, je penserai sûrement que tu veux plus qu'une simple amitié avec lui !

- La ferme Kanon. »

Au ton totalement plat du voyant, le cadet des jumeaux éclata seulement de rire. Que c'était bon d'embêter Milo ! Et puis, il n'avait pas totalement tort, Milo ne pouvait s'empêcher de parler de son meilleur ami tout le temps. Kanon sentit son sourire quelque peu s'effacer. Leur ami n'avait pas eu une enfance facile, comme chacun d'entre eux, perdre toute sa famille d'un coup et être le seul survivant juste parce que son cosmos était bien plus important. Camus n'était pas le premier enfant qu'on lui avait présenté au Sanctuaire, ni même le premier qui s'était montré amicale avec lui. Pourtant quand ils se sont rencontrés, ils ne se sont plus lâchés. Leur caractères étaient totalement opposés, leur signes astrologiques n'étaient pas les mêmes mais ils restaient ensemble pratiquement tout le temps. Si l'un faisait quelque chose, l'autre devait le faire et si l'un allait quelque part, l'autre aussi devait y aller. Ils étaient pratiquement impossible à décoller, parfois ça arrivait que Milo aille jouer avec d'autres enfants, mais ça restait plutôt rare. Au moins, comme l'avait dit Saga, lorsque le scorpion était avec le verseau, ils n'avaient aucune inquiétude à avoir. Enfin presque.

« Tu n'es pas jaloux ?

- De quoi ?

- De la relation de Camus et du créateur ?, continua Saga.

- Non, le voyant haussa les épaules en regardant sa pomme pratiquement finit. Je sais que je suis son meilleur ami, c'est tout ce qui me suffit.

- Il t'en faut peu alors...

- Tu sais Kanon, même si j'avais à m'inquiéter, quel genre d'ami je serai à jalouser les relations de mon meilleur ami ? Camus ne m'appartient pas, je ne voudrais pas qu'il m'appartienne de toute manière. C'est mon meilleur ami, mon frère et qui ne souhaiterai pas à son frère d'avoir d'autres amis, d'autres relations ?, il baissa d'un ton. Et puis, depuis qu'il y a Hadès je me fais moins de soucis pour lui. »

Kanon croisa les bras, échangea un regard à Saga qui semblait perplexe. Le voyant fixait toujours sa pomme, d'un regard lointain avant qu'il ne soupire dramatiquement.

« Tant que c'est pas Shaka ça va. »

Les gémeaux levèrent les yeux au ciel. Et voilà ! C'était vraiment une obsession avec lui ! Qu'avait fait Shaka exactement pour mériter une telle haine et jalousie ? Apparemment pas grand chose, Milo le haïssait naturellement mais à ce point ça devenait maladif ! L'homme remarqua les regards blasés de ses amis et haussa le sourcil en s'exclamant :

« Bah quoi ?! Vous saviez pas vous qu'il avait arrêté d'être moine bouddhiste qu'il aime Camus ? »

Kanon décroisa les bras, les laissant ballant, alors que Saga, lui, s'étouffa avec sa propre salive. Milo les regardait, les yeux grands ouverts, tout ce qu'il avait de plus sérieux. Il leur avait balancé ça, comme une évidence, comme s'il s'attendait à ce que les jumeaux connaissent le moindre détail de la vie sentimental de Shaka. Enfin... ça vie sentimental se résumait à ce détail là qu'ils ignoraient jusqu'à maintenant.

« Attends ! Attends ! Il n'a pas cessé d'être moine car il ne pouvait pas exercé la divination sinon ?

- Moi je savais même pas qu'il avait cessé d'être bouddhiste..., murmura Kanon toujours choqué alors que Milo haussa les épaules.

- Si, en partie. En toute petite partie. La grosse partie c'est Camus.

- Comment tu sais ça toi ? Tu le détestes !

- Parce que Mü a du passer un long trajet avec lui et qu'il a beau être très ami avec lui, il n'a pas supporté son discours très longtemps.

- Donc Mü t'as tout dit ? Je savais pas que t'étais assez proche de lui pour être son confident, Milo haussa une seconde fois les épaules cette fois aux propos de Kanon.

- Je suis pas particulièrement proche de Mü, j'étais juste là quand il était à deux doigts de craquer et d'enfermer Shaka dans un placard pour ne plus l'entendre. »

Saga le regarda, perplexe. Et lui qui avait toujours cru qu'il y avait quelque chose entre Mü et Shaka. Apparemment il se trompait depuis le début. Il regarda Milo croquer sa pomme et mâchonné sans pouvoir oublier la nouvelle qu'il venait de leur annoncer. Pour Kanon, le simple fait que Shaka puisse innocemment s'attacher à un autre être vivant était totalement impossible. En même temps, lorsqu'il était enfant, l'indien avait été particulièrement irrespectueux envers lui, considérant que, comparé à son grand frère, il n'était qu'un simple d'esprit. C'était vexant, surtout venant de quelqu'un de 8 ans son cadet... Alors la simple nouvelle que Shaka puisse entretenir des sentiments réellement amicaux envers Mü l'avait déjà ébranlée, mais ce n'était rien face à ça. Il n'était même pas prêt à apprendre une telle chose !

« Il pense que Camus est un petit être fragile et innocent. Tsss, siffla le voyant entre ses dents. Fragile ! Laissez-moi rire ! Et puis innocent... prude peut être mais innocent ! La blague !

- Ça aussi c'est Mü qui te l'a dit ?, soupira Saga.

- Non, ça c'est juste évident. Tu connais Shaka, son délire avec la pureté et tout le tintouin. Il s'est mit en tête que Camus était la personne la plus vertueuse qu'il connaît alors qu'on sait tous très bien que le plus vertueux d'entre nous, ça reste et restera Mü !, Kanon hocha la tête.

- C'est vrai que cet homme est un sain. C'est un atlante après tout.

- Camus, il a rien à voir avec ça. Camus il peut être sinistre et... et glacial ! Vous l'avez déjà vu s'énerver ?, les gémeaux firent non de la tête alors que Milo commença à gesticuler. Il est terrifiant ! Quand il s'énerve je vous jure l'air devient glacial ! Chaque fois qu'il s'énerve là seule chose que j'ai en tête c'est de me casser vite fait. »

À travers la vitrine de la boutique, les gémeaux pouvaient voir les passants marcher tranquillement, quittant peu à peu la rue piétonne pour se diriger vers les bars et restaurant qui allait bientôt ouvrir. Ce mercredi avait été plutôt chaud et alors que le soleil n'allait pas se coucher avant au moins deux bonnes heures, l'air de la soirée apportait une tiédeur agréable. Les jumeaux s'étaient mit d'accord pour aller manger à l'extérieur ce soir, ils avaient bien entendu invité le scorpion, après tout lui n'avait pas débarqué dans la boutique en leur criant dessus. Angelo et Aphrodite allaient eux aussi se joindre à eux, l'italien avait d'ailleurs fait des pieds et des mains pour qu'ils réservent dans un restaurant asiatique qu'il aimait particulièrement. Ça leur ferait une petite soirée sympa, ça leur ferait du bien à tous.

Pendant que Milo se lançait pour la énième fois dans ce récit où Camus l'avait pratiquement tué après avoir libéré une entité extrêmement dangereuse, Kanon alla dans l'arrière boutique chercher un drap. Il avait entendu cette histoire mille fois, il en faisait même parti ! Après tout c'était Saga et lui même qui avait renfermé le dibbouk dans sa boite après que le démon ai essayé de posséder Saga. Ils étaient même là lorsque Milo ouvrit la boite alors que Camus lui avait totalement interdit. C'était d'ailleurs pour cette raison que le voyant se cantonnait désormais à prédire l'avenir, il n'avait le droit de s'approcher des esprits quand il était bien encadré. Il trouva le drap, bien plié posé sur le canapé et s'en saisit. D'un grand coup de bras, il le déplia, le tissue fouetta l'air alors qu'il parut, l'espace d'un instant, être habité d'une âme. Kanon le posa sur son bras et revint dans la boutique. Là, Saga aperçu le tissu et d'un accord tacite, il alla aider son frère à recouvrir le grand miroir. Il était magnifique, grand et âgé mais plus important, il était un véritable puis d'énergie qui maintenait les barrières autours de la boutique. Le miroir avait donc le droit à un traitement spécial. On pouvait même dire qu'il était chouchouté.

« Bref tout ça pour dire Camus n'a rien de l'ange parfais que s'imagine Shaka !

- Oui Milo, on sait... On sait...

- N'empêche, commença Saga une fois le miroir parfaitement recouvert, j'avoue que la nouvelle de Shaka ayant ce genre d'attirance pour Camus... ça me... comment dire ?

- Ça te choque ?, tenta Kanon en chassant les plis sur le drap.

- Oui et non, c'est pas exactement ça.

- Parce que moi ça me choque.

- Je suis... stupéfait on va dire. Ça m'aurait choqué si tu nous avais dit qu'il était follement tombé amoureux d'Angelo. Là oui, là j'aurai été choqué. »

Milo grimaça à la simple pensé de Shaka et Angelo ensemble. Quoi que si ça pouvait éviter à l'autre divinateur de pacotille de s'approcher trop près de Camus... De toute façon, Hadès semblait vouer une véritable haine envers Shaka lui aussi, donc il n'y avait plus vraiment de risque. Avec un sourire sadique qu'il ne put réprimander, le scorpion jeta le trognon de sa pomme dans la poubelle et s'approcha des deux jumeaux. Kanon prenait particulièrement au sérieux tout ce qui concernait le miroir. Comme il l'avait dit lui même, si ce truc pouvait éviter de ce retrouver avec un créateur à la créateur des Enfers dans la boutique, alors il irait jusqu'à vénérer ce miroir.

La simple pensé du dieu lui donna la chair de poule. Après l'incident il y a peine trois jours, il n'arrivait pas à oublier cette impression, celle de n'être rien qu'un insecte aux yeux du dieu. Il ne pouvait pas vraiment contredire l'affection du créateur envers Camus, mais encore une fois, eux n'était rien. Il s'était servit de Shun comme d'un pantin, il n'avait jamais adressé la parole à aucun d'entre eux. Il était terrifiant, pourtant pas cauchemardesque, seulement sa grandiose était telle que Kanon avait l'impression qu'il ne pouvait pas le regarder, qu'il n'en avait pas le droit, lui, misérable humain qu'il était. Il n'osait même pas prononcer son nom...

« Je me demande ce qu'il y a décrit sur lui dans le Livre des Morts, se souffla-t-il à lui-même.

- Tu as dis quelque chose Kanon ? »

Il releva les yeux vers son ainé, ayant enfin terminé de lisser le drap parfaitement sur le miroir. Il lui fallut plusieurs secondes avant de comprendre ce que son frère venait lui demander tant il était absorbé par ses pensées, et plusieurs autre pour se rencontre qu'il avait parlé à voix haute.

« Non, rien. Juste que je dois aller chercher mon sac et qu'on peut y aller.

- Ok. Tu m'aides à tirer les rideaux Milo ?, le scorpion haussa les épaules.

- Camus le fait jamais d'habitude mais tu sais quoi ? J'aime bien briser le train train quotidien. »

Sa réponse amusa l'ainé des gémeaux et pendant qu'ils allèrent se débattre avec les lourds rideaux bruns, Kanon s'éclipsa dans l'arrière boutique. Il était sûr d'avoir posé son sac à dos sur le canapé mais rien. Mince... Il voulait vraiment travailler sur ses illustrations de démons ce soir et son matériel de dessin était à l'intérieur. Il était pourtant sur de l'avoir prit ce matin ! Avant qu'il n'ai le temps de soupirer et de se taper la tête contre les murs, il aperçu la bretelle usé de son précieux sac dépasser d'un côté du canapé. Il avait du tomber quand Saga avait fait de la place. Soulagé, il marcha rapidement son sac coincé entre le sofa et le mur blanc. Lorsqu'il le souleva, il vit un épais drapé glisser de l'autre bretelle avant de chuter gracieusement sur le sol poussiéreux. Il fronça légèrement les sourcils, approcha une main hésitante avant de sentir le cosmos accroché. Il n'avait jamais été doué pour reconnaître le cosmos de ceux qui l'entourait, mais il était de lui cette fois : il s'agissait de l'étole que le créateur avait posé sur les épaules de Camus. Il le savait, il en était sûr. Son cœur pulsait, résonnant dans ses oreilles, alors qu'une idée ne cessait de tourner dans sa tête. D'un regard, il vérifia que personne ne le voyait, avant de rapidement ouvrir son sac et d'y enfourner l'étole.

« Tu viens Kanon ?

- J'arrive ! J'arrive ! »

Son cœur battait encore à cent à l'heure à la simple idée de ce qui reposait sur son dos, bien caché dans son sac. Il prit une profonde inspiration avant de rejoindre les autres.


Camus avança doucement dans les couloirs du manoir tout en frottant sa longue chevelure avec une serviette ocre. Personne ne l'avait questionné lorsqu'il revint au manoir une heure après tout le monde, après tout, ils avaient tous quelque chose d'autre en tête. Si personne n'avait montré le moindre signe de tristesse lorsqu'il était arrivé ce matin, il sentait désormais leur peine avec tant de facilité qu'elle l'affectait. Lui aussi était en deuil, endeuillé et empli de regret. Si seulement il avait cherché à retrouver sa famille, s'il avait put reparler à son père et essayer de comprendre. Désormais il en était sûr, il n'en voulait à aucun de ses parents...

Il posa sa serviette humide au creux de son coude, sans faire attention à sa veste qui reposait déjà là. La manoir n'avait pas changé depuis son départ, hormis peut être sa chambre. La fameuse chambre bleue. D'après ce que lui avait dit Cléo, personne n'était venu dans cette chambre, aucun invité ou même membre de la famille n'avait le droit d'y séjourner. La benjamine lui avait ensuite expliqué que leur mère avait passé de longue heure dans sa chambre après son départ, leurs frères confirmèrent. Ce fut apparemment douloureux à voir... C'était étrange, malgré les années passées loin d'eux, Basile, Maël et Cléo l'avait accueilli comme si il avait toujours appartenu à la famille. Il leur en était reconnaissant, malheureusement il ne se sentait pas vraiment comme faisant parti de cette famille. Il était différent. Il ne serait l'expliquer comment mais il était différent.

Ses cheveux humides collèrent à sa nuque, il avait beau tout faire pour les sécher mais rien n'y faisait... Par chance, l'air était encore chaud et de ce qu'il avait comprit, sa mère avait pour projet de manger dans le jardin. Il avait de vague souvenir d'été où il passait la plupart de son temps à l'extérieur et de la grande table de chêne qu'on sortait dès que les douces soirées d'été le permettait. C'était toujours sa mère qui choisissait où la table devait allée, et chaque fois elle reposait sous le même grand figuier. Il se souvenait même de l'odeur si particulière de la sève et des feuilles qui flottaient dans l'air moite des soirées d'été. Il devait d'ailleurs bientôt être l'heure.

Hadès était déjà descendu, faisant l'effort de paraître humain et de se mêler à eux plutôt que de rester assit dans la chambre à attendre sagement Camus. Le médium avait d'ailleurs demandé à Basile plus tôt s'il pouvait montrer à Hadès la bibliothèque pendant que lui allait se changer. Son frère avait tout de suite accepté, trop heureux de pouvoir présenter une partie si précieuse du domaine. Il préféra se plonger dans sa tâche plutôt que dans sa tristesse, montrant avec fierté ce lieu qui était dans sa famille depuis des siècles. Il espérait vraiment que le dieu ne lui en voudrait pas de l'avoir ainsi jeter dans la gueule du loup mais le sourire qui éclaira le visage de Basile valait bien un créateur de mauvaise humeur.

Camus était toujours plongé dans ses réflexions lorsqu'il arriva devant sa chambre et trébucha au dernier moment sur une latte de bois légèrement surélevée. Surprit, il lâcha sa serviette et sa veste pour se rattraper sur la poignée ronde de sa porte. Son cœur s'arrêta. Le monde avait changé mais restait le même. Sa serviette tomba lentement sur le sol, entrainant avec elle la veste qu'il tenait. Il n'eut pas le temps de se dire qu'il connaissait cette sensation, ni même le temps de reculer loin de la porte. C'était trop tard. Le tissu noir reposa sur le parquet foncé, la couronne de fleur glissa de la poche intérieure. Des pétales s'éparpillèrent, une aile bleue vola de nouveau avant de giser parmi les feuilles qui s'étaient détachée et les brindilles cassées par la chute. Il ne pouvait plus bouger, impuissant face à sa précieuse couronne maintenant ruinée. Il ne pouvait plus faire qu'une chose : ouvrir la porte, faire face à celui qui l'attendait.

Il ouvrit la porte, il entra.

« Il est là. », souffla Madame Callirhoé.

Elle échangea un regard terrifié au créateur qui sous des traits humain se tenait face à elle. Hadès hocha la tête.

« Il est là. » souffla-t-elle de nouveau en s'engouffrant dans les escaliers à la suite du seigneur Hadès.


Bon, alors grande nouvelle. Je suis très heureuse car j'ai enfin put présenter des créatures mythologiques et folkloriques, ce qui depuis le début était mon but. Je voulais écrire un univers alternatif avec des esprits mais aussi des créatures parce que j'avoue, je suis aussi passionnée par tout ça.

On attaque aussi une partie importante de l'histoire alors accrochez vos ceinture ! Mais ne les accrochez pas trop non plus en faite...

Et oui ! Deux chapitres dans le même mois ? Que se passe-t-il ?! J'en sais rien, je suis juste contente. Bref ! Voilà !

Merci à tous ceux qui se sont accrochés jusqu'ici, et aussi bon courage parce que laissez moi vous dire que cette histoire est loin d'être finie !

Hemere : Merci pour ton commentaire ! J'avoue que pour le nom, je ne me suis pas trop creusé la tête. J'ai juste ouvert une fenêtre et ai cherché tous les noms commençant par 'théo' et paf ! 'Théophane' ! Parfait pour lui ! On peut dire que pour Calli, tu étais vraiment proche de la réponse. J'espère d'ailleurs que ce chapitre a put t'éclairer sur certain point. Encore merci d'être aussi fidèle à cette histoire !

FuryFury : Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je t'avoue que je suis flattée ! Effectivement, j'aime bien laisser les choses en suspend et donner les réponses plus tard. En tout cas, j'espère que la suite te plaira tout autant !