Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartient pas.
Ses doigts glissèrent de la poignée ronde, son corps se mouvait de lui même, avançait lentement dans l'obscurité. La porte qui se referma dans un fracas violant ne le fit pas sursauté car obsédé par l'idée de progresser parmi les ombres, tout ce qui l'entourait n'existait plus dans son esprit. Il était possédé.
Une présence l'entoura, se fondit dans les ténèbres tout autours de lui et l'accompagna pas à pas lorsqu'il passa cette épaisse brume opaque. Une fois ce rideau noir vaporeux derrière lui, ce n'était plus sa chambre qui l'accueillait. C'était un lieu étrange, empli d'une obscurité feutrée. Une salle exiguë emplie de meubles couverts de grands draps blancs devenus bleu nuit dans le noir de la pièce. Leurs formes, leurs contours s'estompaient ne laissant d'eux que cet aspect fantomatique digne d'un film d'épouvante. Le parquet grinçait sous ses pieds nus prisonniers d'anneaux d'or, des nuages de poussière prenaient vie à chacun de ses pas avant de délicatement rejoindre le bois auquel ils appartenaient. Seulement il ne remarqua rien de tout ça. Non, il continuait d'avancer, la main tendue devant lui comme pour pouvoir atteindre quelque chose qu'il ne voyait pas.
Un voile de mousseline d'un blanc pur reposait sur ses longs cheveux, il prenait vie à chacun de ses pas, dansait gracieusement, caressant par moment la tresse turquoise ornée de perles. Les bracelets dorées autours de ses poignets émettaient des cliquetis métalliques qui, accompagné par les grincements grave du parquet, emplissaient l'espace silencieux. Il ne sentit pas les frissons sur sa peau qui dévalait son dos et ses bras sous sa longue tunique écrue comme il ne sentit pas la soie de son chiton caresser ses jambes avec douceur. Non, rien de tout ça. Il ne remarqua pas la ceinture qui l'enserrait, ce morceau de soie albâtre brodé de fil d'or qui donnait à son habit du volume. Elle marquait sa taille tout en faisant naitre des plis gracieux qui retombaient jusqu'à ses chevilles. Le tissu fluide était fendu sur le devant, laissant le jeune homme libre de ses mouvements. Il était magnifique drapé de blanc immaculé. Il se mouvait avec tant de légèreté, silencieux tel un spectre hantant les lieux. Ainsi vêtu, Camus semblait être une apparition qui, une fois qu'il la frôlerait de bout des doigts, s'évaporerait dans l'air.
Tapis au fond de cette salle qu'il avait créé, masqué par l'obscurité, il l'observait silencieusement. Si son image seule l'emplissait d'allégresse, elle ne comblait pas se désire brûlant qu'il avait d'enfin sentir sa peau sous ses doigts. Cette peau l'imaginait douce, velouté, comme elle l'avait été des millénaires auparavant. Le voir si près de lui, le savoir face à lui faisait naitre sur son visage un sourire doux. Il aurait put l'observer des cieux, continuer de le regarder sans jamais s'approcher de lui mais il s'en trouva incapable. Sa disparition, il y a déjà de longs siècles de ça, avait laissé en lui un vide profond. Une abyme qu'il n'avait su combler, qu'il n'eut d'ailleurs jamais le désire de combler. Il l'avait perdu un jour, sans comprendre pourquoi et sans jamais trouver de réponse.
Il l'avait cherché, ô comme il l'avait cherché ! Il l'avait appelé dans les ténèbres des enfers comme dans la lumière des cieux. Du plus profond des océans jusque au cœur des forêts les plus denses mais ses cris se mourraient à chaque fois dans le silence. Personne ne lui répondit, pas même son écho. Il était resté seul aux sommets des montagnes, scrutant le monde à ses pieds ou les nuages qui le couvraient. Il avait parcouru les campagnes comme un fantôme, se demandant ce qui avait put arriver. Il avait vu les blés dorés plier au vent, les sols ouverts par les pousses et même les vagues gelées se briser sur une plage enneigée. Il vit mille fois les merveilles de ce monde, les aurores saumonées et pastels aux crépuscules brûlant le ciel, pourtant sans lui, la beauté de ces lieux et de ces phénomènes n'avait plus de sens. Lorsqu'il était parti, il avait emporté avec lui les couleurs dans le cœur du dieu et n'avait laissé qu'un monde banal comparé a ses yeux. Quand même les aurores boréales qu'il aimait tant n'émurent pas le créateur, il comprit : il ne reviendrait pas. C'était finit. Le dieu remonta alors dans les cieux, parmi les siens et retrouva sa place sur son trône. Il posa les yeux sur sa cours, sur les autres créateurs, puis sur sa fidèle épouse. Elle avait posé sa main sur la sienne, elle lui avait offert ce sourire désolé. C'était finit...
Pendant de longues années, il resta dans les cieux sur ce trône qui lui appartenait. Il resta entouré de ses pairs, piégé dans ces festivités éternelles. Il avait regardé avec ennui défiler ces visages qu'il connaissait déjà si bien. Toujours les mêmes dieux, toujours les mêmes teintes étouffantes de blanc au doré en passant par le crème et le champagne. Toujours, encore et encore sans interruption, comme pour masquer les craintes et les doutes de ses pairs. Il en était venu à envier les humains et leur mortalité tant vivre éternellement lui parut d'une fatale lassitude. Quand il l'avait sentit, ce timide cosmos qui paraissait l'appeler du plus profond de la terre, il sentit en lui la vie revenir.
Il le trouva, tout petit et innocent, drapé dans un linge blanc. Couché dans ce berceau, assoupi près de cette fenêtre. Il avait l'air d'un ange, trop pur pour ce monde et trop beau pour les yeux des hommes. Désormais, il était ici, avec lui. Auprès de lui. Devait-il s'approcher ? Se dévoiler aux yeux de cet être qui lui était si cher ? Sous son charme, il ne pourrait réagir de lui même mais Zeus voulait d'abord s'assurer qu'il s'agissait bien de son précieux Ganymède.
Camus se stoppa au centre de la pièce, balayant l'endroit du regard. Loin, très loin dans son esprit, il entendait l'écho de ses pensées. Son esprit ne s'était pas réellement réveillé de cette léthargie dans laquelle il avait plongé, pourtant sa conscience chuchotait doucement des mots qu'il n'entendait pas. Tel un somnambule avec ses yeux indigo grands ouverts, il suivait aveuglement ce qu'on lui dictait sans même le savoir. Il ne vit même pas la forme qui s'approchait de lui en glissant dans les airs.
Deux orbes d'un bleu devenu sombre dans l'obscurité, scrutèrent le moindre trait de son visage. Elles ornaient le visage parfait d'une entité qu'il n'avait jamais vu et qu'il ne voyait probablement dans son état. Zeus s'était penché sur l'humain, doucement, comme pour ne pas l'effrayer. Il était exactement comme il s'en rappeler, peut être un peu plus âgé mais ce n'était rien face à la délicatesse de sa peau. Il se tenait droit, les mains jointes, parfaitement immobile si l'on oubliait ses longues et profondes respirations qui faisaient prendre vie à la soie et à la mousseline autours de lui. Plongé dans sa contemplation, Zeus ne remarqua même pas ce qui se tramait à l'extérieur.
« Camus ! »
Callirrhoé tourna la poignée avec force, frappant de l'autre main sur le bois de la porte. Elle tira plusieurs fois sur la poignée de laiton, prête a se briser les os. Le bois craquait, gémissait sous ses assauts et même si la porte bougeait légèrement, elle était comme scellé à son cadre.
« Camus ! Camus ! »
Elle enfonça ses ongles dans le bois et continua de tirer, sans remarquer les petites vis qui elles commencèrent à se détacher. Le bruit de ses coups et ses cries alertèrent ses autres enfants qui accoururent. Ils trouvèrent le spectacle de leur mère, à genoux sur le parquet, une main ensanglantée et le visage ruiné par les larmes. Que s'était-il passé ? Basile regarda Théophane, abasourdi. Ce dernier semblait tout aussi paniqué que leur pauvre mère. Voyant les deux hommes et la jeune fille arrivés, il lâcha sa tête, comme si une idée l'avait soudain frappé.
« Madame Callie... »
Il l'attrapa pas les épaules, posa sa main sur celle accroché à la poignée et la força à lâcher prise. Ses phalanges étaient devenus blanches, ses doigts, eux, étaient figés, incapables de s'ouvrir après être resté serrés aussi longtemps autour du métal.
« Non... Non ! Non Camus ! »
Elle griffa le créateur sans le remarquer, trop obsédée par cette porte qui la séparait de son fils. Elle ne voulait pas que ça recommence, pas maintenant... Elle ne voulait pas le perdre à nouveau. Non. Non. La naïade se débattait avec hargne mais ce n'était rien pour Hadès, il était un créateur après tout. Il enserra ses bras, l'immobilisant du mieux qu'il put avant de la pousser dans les bras de Basile. Aucun des trois enfants n'avaient eu le temps de dire quoi que se soit, tout allait trop vite. Ils étaient perdus, embarqués malgré eux dans une histoire dont ils ignoraient le moindre détail.
« Qu'est-ce qu'il se passe ?
- C'est le diable ! Le diable !, cria Callirrhoé avant de s'effondrer en sanglot dans les bras de son fils ainé.
- Camus est en danger, reprit Hadès en posant ses deux mains sur la porte. Il faut le sortir de là.
- Quoi ? Mais de quoi vous parlez ? »
Personne ne répondit à Maël, à la place Basile déposa leur pauvre mère dans ses bras sans même lui adresser un regard. Le cadet n'eut le choix de la serrer contre lui alors que cette dernière enfoncée déjà ses ongles dans sa chemise. La benjamine s'agenouilla et entoura les épaules tremblantes de sa mère. Callirrhoé tira sur le haut de son fils, ignorant la brûlante douleur de ses ongles brisaient. Elle ne sentait même pas ses enfants l'entourer. Il n'y avait rien que cette sourde terreur qui parlait et agissait à sa place.
« Je vous en pris... Je vous en pris..., supplia-t-elle encore et encore.
- C'est quoi cette histoire de Diable ?! », demanda Maël en relevant la tête.
Il vit Basile, frappant de toutes ses forces sur la porte qui commençait à branler. Le bois avait beau craquer son ses poings, il avait beau écorché la surface, rien n'y faisait. Bientôt, ses mains seraient rouges de sang, voir même brisées s'il continuait. Il en avait lui même conscience.
« Merde... », il posa la tête contre la porte en cessant ses coups.
Il ne savait pas que Camus était suicidaire. S'il l'avait su plus tôt, il ne l'aurait jamais laissé seul aussi longtemps. Comment avait-il fait pour ne pas le remarquer avant ? C'était pourtant évident. Leurs parents l'avaient traumatisés quand il était tout jeune et l'avaient abandonnés quand il avait 7 ans dans un orphelinat grec. Depuis qu'il était arrivé, il semblait froid, distant. Sans parler de cet ami venu le soutenir ! C'était évident qu'il était suicidaire... Pourquoi n'avait-il pas remarqué plus tôt ? Pourquoi ?! Sentant les larmes brûler ses paupières, il se remit à frapper avec bien plus de force. Il venait de perdre son père, il ne voulait pas perdre son frère. Que Camus le veuille ou non, il allait le sauver.
Hadès était légèrement en retrait, cherchant le plus rapidement possible une solution. La porte ne s'ouvrirait pas, elle était présentement scellé et quand bien même on y mettait des coups de haches, rien n'y ferait. Elle avait été invoqué, collée sur l'image de la vrai porte. Il devait pourtant bien avoir un moyen ! Le créateur se doutait qu'il faudrait cette fois plus qu'un simple morceau de métal pour crever l'illusion. Est-ce qu'il s'agissait d'une illusion au moins ? Non, ça devait être un domaine tout entier. Si c'était un domaine, alors ce serait à Camus de s'en sortir. Hadès sentit la rage et la panique se mêler. Ce n'était pas qu'un esprit cette fois. Cette fois il s'agissait d'un créateur, il s'agissait de Zeus... Lorsqu'il se rappela soudainement de quelque chose.
Le créateur tourna vivement la tête vers la veste qui gisait à terre. Il y avait une solution. Depuis le début il y avait une solution. Se jetant pratiquement dessus, il poussa la couronne déjà endommagée et chercha dans les poches du vêtement. Ça devait être là... Camus les prenait toujours avec lui... Quand il sentit quelque chose de glacial du bout des doigts. Oui ! Il ressortit un jeu de clé, fixant avec intensité celle d'un magnifique éclat doré. Plus grosse que les autres, cette clé semblait ancienne avec ses fleurs et ses feuilles finement ciselées dans le métal tendre.
« Une craie..., murmura-t-il.
- Quoi ? »
Il releva les yeux vers Maël, non pas pour l'observé mais bien parce qu'il avait savait comment faire sortir Camus. Quelque chose qui pourrait vraiment marcher. Au yeux du jeune homme, il avait l'air d'une sorte d'ahurit qui était plus intéressé par une stupide clé que par le sort de son ami.
« Il me faut une craie.
- On a pas de craie. »
Hadès resta figé quelques instants avant qu'il ne détourne le visage vers autre chose. Le cadet suivit son regard et sentit la panique en lui augmenter d'un niveau quand il comprit que l'homme regardait la fenêtre avec beaucoup trop d'intensité. Il le regarda de nouveau.
« Oh non. »
Hadès se releva et s'avança vers l'ouverture.
« Non ! Non non non ! »
Maël ne put rien faire que de regarder Théophane ouvrir la fenêtre, sa mère toujours accrochée à lui avec plus de force qu'il n'aurait pus l'imaginer. Cléo elle ne remarqua même pas l'attitude de l'homme tant elle était occupé à crier à Basile de seulement détruire la poignée. Avec un peu de chance, la porte s'ouvrirait d'elle même une fois que cette satanée poignée ne serait plus. Son frère s'exécuta, relevant son pied assez haut pour pouvoir l'abattre avec force sur le morceau de métal rond. Maël n'entendit pas le cri de douleur de son frère, trop abasourdi de ce qu'il venait de voir. Dans le cadre de la grande fenêtre, la main emplie de petits cailloux blancs, se tenait Théophane. Il avait posé délicatement le pied sur le cadre de bois, comme si d'un bond il les avait rejoint. Il y avait deux grands étages ! Il n'a pas put sauté aussi haut ! C'était impossible !
D'un bond, Hadès entra de nouveau dans le couloir et, ignorant Basile qui donnait maintenant de brusque coup d'épaule dans la porte, s'approcha du mur. Il ne fit pas attention à la poignée ronde qui roulait lentement sur le sol, à la place il dessina sur le mur un grand rectangle partant du parquet et allant bien plus haut que sa forme humaine. Du bout de son caillou blanc, une fois le cadre terminé, il dessina une poignée et une fois satisfait par les traits irréguliers, il laissa tomber par terre sa craie de fortune. Il sortit la clé dorée.
Dire que Maël était bouche bée était un euphémisme, cependant sa mâchoire presque décrochée avait eu pour mérité d'attirer l'attention de sa sœur qui s'empressa de regarder ce qui faisait naitre une telle expression sur le visage de son frère pourtant d'ordinaire blasé. L'homme, Théophane, se tenait devant le mur, la clé contre le front. Rien de trop étrange si ça n'avait pas été pour les volutes rouges qui s'élevaient de sol dans un cercle parfait autour de lui. Ses cheveux flottaient dans l'air, libérés de la gravité alors que peu à peu, le dessin de craie commençait à luire. La lumière attira le regard de Basile qui, comme son frère et sa sœur, cessa de seulement respirer face à la vision qu'on lui offrait. Dans le silence qui s'était installé, Callirrhoé entendit le murmure concentré du dieu. Elle sorti de sa transe en entendant les mots prononcés, se retournant vers le seigneur Hadès.
« Vents, brumes et nuages,
Parcourez le temps et l'espace.
Cherchez pour moi cette image
Qui dans mon esprit prend place.
Traversez les mondes et les univers... »
Callirrhoé vit le dieu froncer les sourcils, ses yeux clos.
« Traversez les mondes et les univers... Les mondes et les univers... »
Il n'arrivait pas à se rappeler l'incantation, il avait beau cherché tout aux fonds de ses pensées, mais les mots lui échappaient. Lentement, la lumière qui faisait prendre vie à son dessin s'estompait sous le regard impuissant de la naïade et de ses trois enfants. Non... il fallait que sa marche... Il fallait qu'il se rappelle. Il sentait Callirrhoé derrière lui retenir sa respiration, il entendait les cœurs des humains battre d'un rythme effréné, prêts à rompre. Il devait trouver. Pour eux, pour lui et surtout... pour Camus.
« Volez ! Volez ! Jusqu'à trouver..., susurra une petite voix dans son oreille.
- Volez ! Volez ! Jusqu'à trouver
Dans les cieux ou sur terre
La porte à déverrouiller. »
Le dessin brilla d'un éclat aveuglant, une lumière qui laissa apparaitre dans le mur un trou à quelques centimètres en dessous de la poignée en craie. Hadès ouvrit les yeux, ne perdant pas une seconde pour, sous les regards abasourdis des humains, mettre la clé dans le troue de serrure. Il la tourna, le bruit d'un loqué résonna dans le silence et... plus rien. Maël faillit crier d'exaspération lorsque rien ne se passa. Pire ! La porte cessa de luire ! Il n'y avait qu'une clé dans un mur ! Pourtant il se retint, l'homme face au dessin étant d'un grand calme. Hadès frappa alors trois fois sur la porte.
« Puis-je entrer ? »
Sous leur yeux, le pan du mur s'ouvrit lentement dans un grincement terrifiant, dévoilant une épaisse obscurité qu'Hadès observa un instant.
Zeus ne remarqua rien, surtout pas la porte qu'on venait d'ouvrir sur ce domaine qu'il avait créé. Non, il était bien trop occupé à tourner autour de Camus, le dévorer du regard en contemplant tout ce qu'il pourrait faire de lui. Camus, lui, revenait lentement à lui. Son esprit était comateux mais quelques pensées lui parvenaient. Cette présence, tout autours de lui... Il fallait qu'il s'échappe. Il fallait qu'il court. Il en était incapable. Il était observé, il sentait ce regard répugnant sur chaque partie de son corps. Ça lui rappelait quelque chose... Quelque chose qu'il devait fuir...
« Tu es partit si longtemps. »
La voix qui lui parvenait était trop douce, trop mielleuse et même s'il n'arrivait pas à déchiffrer ce qu'on lui disait, il sentait toujours dans le ton qu'on employait une affection dangereuse. Qu'avait-il fait cette fois ? L'avait-il mis en colère ? L'avait-il embarrassé ? Non... Non... Ça n'était pas ça.
Zeus vint alors se remettre devant son si précieux humain, les yeux plongés dans ce regard totalement vide. Il l'avait fait souffrir, il l'avait tellement fait souffrir mais désormais ça n'avait plus d'importance car Ganymède était face à lui. Non, quel est son nom actuel déjà ? Ah oui. Camus. Ce nom était moins délicat, plus dur. Il ne l'aimait pas. Peu importe, pour l'instant il pouvait l'appeler comme bon lui semblait.
« Ton départ m'a fait beaucoup de mal tu sais... Si tu savais tout ce que j'ai put faire pour toi. »
Quelques mèches turquoise s'étaient échappée de la tresse et glissaient maintenant contre les joues de l'homme. Zeus sourit : il n'avait jamais été capable de garder ses si beaux cheveux disciplinés. Quel dommage ! Il était si beau avec un chignon orné de fleurs et de perles ! Le dieu ne remarqua pas le torse du jeune homme se soulever et s'affaisser avec un rythme plus soutenu qu'auparavant. Pourtant, une partie des mèches qui avaient piquées sa curiosité reposaient contre son torse et étaient emportées par ses respirations saccadées. S'il n'était pas encore entièrement conscient, le corps de Camus lui réagissait à l'être devant lui. Dans son inconscient résonnait l'écho de souvenir qui n'était plus, de sensations et d'impression passées qui lui criaient de fuir le cosmos qui l'entourait. Si seulement ses jambes étaient capables de bouger.
Zeus s'approcha un peu plus, glissant comme une ombre derrière l'humain. Le voile et la poussière le suivirent l'espace d'un instant avant qu'il ne s'immobilise avec lui dans le dos de Camus. Le dieu pencha son nez et inspira profondément le parfum de l'humain. Il se délecta de la senteur, en relevant la moindre nuance.
« Même ton odeur n'a pas changée... »
Un frisson dévala les bras de l'humain, laissant dans son sillon chacun de ses poils hérissés. Il devait partir mes ses jambes étaient gelés. Il devait partir pourtant son esprit toujours embrumé se questionnait encore et encore. Du dégoût, il commençait à ressentir du dégoût. De la peur, du dégoût... Pourquoi ? Lorsqu'il sentit quelque chose le long de sa joue.
À peine Zeus posa le bout d'un de ses doigts sur le visage de son aimé que quelque chose le repoussa avec force. Il recula de quelques pas avant de trébucher sur un morceau de drap blanc et finit sa course dans une armoire. Un genou à terre, la main sur sa mâchoire douloureuse, le dieu releva la tête tout en jurant que quiconque avait put lui faire subir cette affront allait payer ! Il vit Camus, étalé à terre se relever avec difficulté. Ses deux bras l'aidaient à soulever son torse mais tremblaient violemment comme les pattes du faon qui venait de naitre. Sa respiration était courte, bruyante alors qu'il regardait le sol de ses yeux écarquillés. Zeus jura dans sa barbe : le charme s'était rompu.
Il se remit entièrement debout, son cosmos désormais empli d'une colère qu'il tentait de calmer. Il ne devait pas l'effrayer, sinon il serait plus dur de l'amadouer. Pourtant, malgré tous ses efforts, il ne put empêcher son énergie d'alerter l'humain, elle flottait après tout autours d'eux. Alors quand Camus le remarqua, il releva les yeux vers lui et tout ce que Zeus put lire dans son regard était de la terreur. L'humain se releva comme une flèche, vacillant sur ses jambes. Zeus s'approcha, les deux mains en avant pour montrer qu'il ne représentait aucun danger.
« Ça va aller... »
Camus était clairement en mauvais état. Il peinait à garder les yeux ouverts, il titubait alors qu'il ne marchait même pas et son dos était courbé. Si l'expression du jeune homme était clairement hostile et défensive, la sueur sur son front montrait la douleur qui devait prendre ses muscles et ses os. Il n'aurait pas dû se réveiller ! S'il ne c'était pas réveillé, il n'aurait jamais finit dans cet état ! Que s'était-il passé ?
« N'a... N'approchez pas !... »
Zeus s'arrêta en entendant la voix certes tremblante mais toujours forte de l'humain. Dans son état, il valait mieux l'écouter. Pas que le garçon représente le moindre danger pour lui, cependant il pourrait peut être parvenir à lui parler s'il faisait ce qu'il lui demandait... Il s'exécuta donc les mains toujours devant lui, paumes face à l'humain.
Camus reprit sa respiration, faisant par la même occasion de son mieux pour comprendre la situation. Il était dans un domaine démonique, encore. Il s'était fait piégé, encore. En tout logique, l'être en face de lui devait être l'entité qui l'avait emprisonnée. L'entité avait un air angélique, voir même divin, certes, mais il sentait du plus profond de ses entrailles que cet chose était mauvaise. Il devait partir, il devait partir vite. Peinant pour seulement tourner la tête, le médium fit tout de même de son mieux pour observer la pièce dans laquelle il était. Des meubles couverts de draps blanc, des étagères de bois recouvertes de toile d'araignée et de la poussière partout. Dans l'obscurité, il était impossible pour lui de savoir s'il y avait une porte où que ce soit.
« Camus... Je t'en pris...
- Arrêtez-vous ! », cria Camus en tendant son bras droit.
Voyant son hôte occupé, Zeus en avait profité pour s'avancer vers lui à petits pas cependant, pensant naïvement qu'il s'était calmé. Cependant, le simple fait d'entendre la voix de l'entité fit réagir le jeune homme. Le dieu s'immobilisa, perplexe face au bras tendu vers lui. Camus tenait son poignée droit avec sa main gauche, n'ayant sinon pas la force nécessaire pour garder le bras levé. Il savait pertinemment qu'un être capable de créer un domaine et de le posséder était bien plus puissant que lui, mais ce n'était pas pour autant qu'il allait se laisser faire.
Zeus n'ignora pas longtemps l'ordre de l'humain, ayant décidé qu'il ne pouvait pas faire grand chose contre lui de toute manière. Il devait le calmer et ce n'est pas en restant là à attendre qu'il y parviendrait. Il s'avança alors de nouveau vers lui.
« Arrêtez !
- Allons... Allons Camus... Pourquoi s'énerver comme ça ?, Camus recula un peu.
- N'approchez pas !
- Je t'en pris... Tu sais bien que ça ne nous mènera à rien !
- Non arrêtez-vous !
- Pourquoi ?, Zeus posa sa main sur son épaule. Que comptes-tu faire ? »
Le ton dangereusement bas du dieu, mêlé a son cosmos directement sur sa peau, plia le verseau de douleur. Il avait peur, il était terrifié. Dans sa panique, il repoussa de sa main droite l'entité, il le poussa de toutes ses forces le faisant reculer de quelques pas. Zeus se courba immédiatement, les bras serré sur son torse pour atténuer la douleur tranchante qu'il ressentait. Qu'est-ce que s'était que ça ? Il releva la tête, les dents serrées, pour voir son précieux humain, sa main d'un rouge tirant vers le noir. Il baissa alors les yeux sur son torse, enlevant ses bras, pour voir sa peau couverte d'une épaisse couche de gèle. Il regarda Camus, ce dernier tremblant.
« Je... Je vous avais prévenu ! »
Comment... Comment avait-il fait ? Avant même qu'il n'ai le tant de lui demander ou de seulement se relever, quelque chose traversa les ténèbres de son domaine. Deux bras sortir de l'épais brouillard, tel des apparitions cauchemardesques et encerclèrent le torse de l'humain. Camus ne put réagir, Zeus non plus, alors que le médium fut emporté dans les ténèbres, soudainement arraché au dieu qui ne put que crier son nom.
La lumière du soir aveugla Camus, ce dernier ferma les yeux par reflexe. Le brouillard qui recouvrait ses pensées se dissipa à l'instant où il sentit la chaleur de l'été sur sa peau. Soudainement, un poids semblait s'être enlevé de ses épaules : ses forces lui revenait. Il était soulagé d'être enfin sortit de cet enfer, malgré sa main droite qui le lançait horriblement. Toujours dans les bras qu'il reconnu comme ceux d'Hadès, il laissa un long soupire s'échappé. Il était sauf.
Hadès claqua la porte derrière lui, la verrouilla de trois tours et arracha la clé dorée. Aussitôt fait, les traces de craies volèrent en éclats. Littéralement en éclats. Sous les yeux des trois autres enfants Callirrhoé, ce qui recouvrait le mur s'illumina de nouveau jusqu'à ce que le dessin ne se brise et que les morceaux minuscules ne retombe sur le sol en paillètes argentées. Le dieu s'agenouilla, tenant fermement Camus contre lui. Il entendait son cœur battre à cent à l'heure, ce qui l'étonnait d'ailleurs. Avec ce qui venait de se passer, il s'était imaginer que le cœur du médium aurait seulement cessé de battre. Le créateur s'était d'ailleurs aussi attendu à ce que Camus fuit très loin d'ici, pourtant ce ne fut pas le cas. Camus avait la tête posée contre son torse, les yeux clos. Il se forçait à inspirer et expirer pour reprendre un rythme cardiaque plus calme. Lentement, très lentement il sentit Hadès l'allonger au sol, l'une de ses mains sous sa tête. Il attrapa la veste du médium et la roula en boule avant de la mettre à la place de sa main comme un petit coussin. Il était faible, bientôt il perdrait connaissance.
Camus le regardait, ses paupières mi-closes cachaient en partis ses yeux fatigués. Son visage était d'une pâleur presque maladive et par endroit, ses cheveux étaient collés par la sueur. Hadès chassa les mèches de son front avant de poser la paume de sur sa peau. Elle était glaciale, au moins il n'avait pas de fièvre... Sa respiration s'était enfin calmé pourtant chaque expiration était légèrement sifflante, s'échappant de ses lèvres entrouvertes. Elles étaient blêmes, loin de leur rose pêche habituel et tirait même sur le violet par endroit. Quand il avait tiré Camus du domaine, la première chose qu'il sentit fut un froid polaire sur ses bras. Maintenant que le médium était allongé, ne pouvant plus caché sa main blessé, il comprenait pourquoi. Sa main droite reposait mollement sur son torse, le noir qui teintait le bout de ses doigts et ses ongles se fondait en un bleu-violacé avant un rouge écarlate à mesure qu'il grignotait sa peau. Hadès n'eut même pas le temps de dire quoi que se soit à ce propos que Callirrhoé se jeta pratiquement sur son fils.
« Camus ! Camus ! Est-ce que ça va ? Est-ce qu'il t'a blessé ? »
Hadès se releva lentement, laissant la mère se pencher sur son fils, de nouvelles larmes naissant aux creux de ses yeux bleus. Ses longs cheveux glissèrent sur le torse de son enfant et comme un rideau, le cacha loin de tout danger. Il lui adressa un regard vide. Il n'y avait pas d'hostilité, pas d'accusation dans ses yeux, juste du vide et de la fatigue. Puis il tourna la tête et regarda le plafond. Il était vivant. Il était vivant et pour l'instant loin de cet... être.
« Je crois que je suis mort, souffla-t-il, mais j'ai survécu.
- Mon dieu Camus !, Callirrhoé ignora son fils et souleva son membre gelé. Ta main ! Qu'est ce qu'il lui ai arrivé ! Elle est noire Camus ! Noire et bleue !
- Autodéfense. »
Il ne voulait pas détacher son regard du plafond, remerciant des dieux qui n'existaient pas d'être de retour dans la campagne française. De tout ce qu'il avait vécu, c'était de loin l'expérience la plus terrifiante qu'il ai put vivre et il en avait vécu des trucs glauques ! Seulement, dans ce cas, il se rappelait très clairement la façon dont son corps avançait de lui même, de cet être, cette entité qui était à l'origine de tout ça. Il s'était délecté de la situation, prenant tant de plaisir à l'observer de cet œil lascif. Le médium en frissonna : il n'y avait rien de pire pour lui que de sentir les pensées obscènes de cet être à son encontre. Dégoûtant et dégradant. Il avait tellement envie d'une longue douche glacial pour seulement oublier ce regard sur sa peau.
« Est-ce qu'on peut nous expliquer ce qui vient de se passer ? » se manifesta Basile avec un certain agacement dans la voix.
Hadès se tourna vers les autres enfants, laissant Callirrhoé resté au près de ce fils qu'elle avait déjà perdu. Ils étaient tous trois assit à terre, Cléo les bras autours des épaules du Maël agenouillé pendant que Basile avait le dos contre la porte, les jambes pliés près du torse. Il était en train de frotter avec douceur les écorchures qui avaient entamées le haut de ses phalanges. Ils étaient tous les trois choqués, terrifiés et passablement perdu. Le dieu pouvait même voir la pauvre Cléo trembloter contre son frère. Il soupira avant d'échanger un regard avec la naïade. Leur échange dura quelques secondes, jusqu'à ce que la mère hocha la tête.
« Le diable, gémit Camus en luttant contre le sommeil.
- Le diable ?, répéta sarcastiquement Maël.
- Oui. C'est à peu près ça. »
Les trois enfants regardèrent leur mère, étonnés. Elle même soupira après avoir répondu à son cadet et avant même qu'il n'ai le temps de poser une autre question ou exiger des explications plus concrète, elle continua :
« Cependant, vous n'avez pas besoin de vous souvenir de tout ça.
- Quoi ? Ça veut dire quoi ça ? »
Basile fut ignoré. À la place, la naïade releva la tête vers le seigneur Hadès et hocha lentement la tête. Il lui répondit par un seul hochement et ferma les yeux. Bientôt, le souvenir désastreux de cette fin d'après-midi ne serait plus.
Milo marchait lentement dans les rues éclairées par lumière orangée des lampadaires de fer forgé. Les bras croisé derrière sa nuque, il avait le nez levé, ignorant les grands bâtiments qui encadrait le ciel noir pour chasser du regard la moindre étoile assez brillante. Par moment, lorsqu'il passait devant un bar où des personnes attablées à l'extérieur riaient et parlait bruyamment, la lumière aveuglante faisait disparaître les éclats d'argent dans le ciel. C'était une si belle soirée : une brise tiède venait le rafraichir mais la chaleur continuait de s'accrocher dans l'air. De petits insectes tournaillaient autour des lampadaires, venaient s'écraser sur les petites vitres qui protégeaient les ampoules. Parfois même, elle venait se joindre aux personnes qui prenaient du bout temps en terrasse. Trop occupés à décompresser, personne ne remarquaient ces petits curieux qui allaient même jusqu'à essayer pour certain de boire dans leur boisson.
« À quoi penses-tu ? »
La voix de Saga le tira de ses pensées. Il jeta un coup d'œil à son ami qui avançait tranquillement à ses côtés avant de reporter son attention sur le ciel. Autours d'eux, d'autres gens passaient : un couple d'amoureux aux bras liées, trois jeunes chahutant ou encore quatre adultes plongés dans une profonde conversation. Tous profitaient de la fraicheur qui pourtant peinait à s'installer. Oui, c'était une belle soirée.
« Pas grand chose, répondit le scorpion en haussant les épaules.
- Tu semblais pourtant bien absorbé. »
Il pouvait sentir le sourire de son ami dans sa voix, mais décida de continuer de chercher les étoiles plutôt que de le regarder.
« Je regarde juste les astres. Déformation professionnelle.
- Depuis quand un vendeur de croquette à besoin de regarder les étoiles ? »
Et le voilà, le fameux air blessé et ébranler du voyant. Celui avec la lèvre qui tremblait légèrement comme celle d'un enfant qui s'apprêtait à pleurer. Celui que Milo faisait quand il se disait clairement dans sa tête 'Non Saga. C'est pas ça que je voulais dire. Tu te moques de moi c'est ça ? Tu ne me prends pas au sérieux ? Pourquoi Saga ?...'. Ce fameux air qui faisait toujours un peu rire le gémeaux. Ça lui rappelait lorsque Milo était petit, lorsque Camus le remettait à sa place ou le fâchait. Après plus mûre réflexion, le scorpion ne ressemblait pas à un enfant vexé mais désormais plus à un chiot qu'on aurait grondé. Attendri par son regard larmoyant, Saga posa l'une de ses grandes mains sur ses cheveux avant de les ébouriffer.
« Je rigole Milo. Je n'ai pas oublié que tu es voyant ! »
Le jeune homme s'offusqua, tirant la main de son ami loin de ses boucles. Mince ! Il venait de se moquer de lui et d'emmêler ses cheveux. Il n'avait peut être pas la même longueur que certain mais la combinaison ses boucles et une chevelure épaisse était propice au développement de magnifique nœuds. La dernière fois, ça lui avait couté toute une bouteille de démêlant et une bonne dose d'huile d'olive. Aiolia s'était bien moqué de lui ce jour là...
« Je me demande ce que Kanon est en train de tramer. Pas toi ? »
Le scorpion était perdu un instant, ce qu'il ne parvint pas à cacher à Saga. De toute manière cet homme le connaissait bien trop pour qu'il puisse dissimuler la moindre de ses expressions.
« Je sais qu'Angelo et lui sont amis mais delà à l'inviter à prendre une bière chez Aphrodite, c'est étrange tu ne trouve pas ?, Milo haussa les épaules.
- Avec tout le respect que j'ai pour Kanon, ça m'étonnerait pas qu'il ai juste décidé de se cuiter avec Angelo. C'est le seul qui peut tenir un minimum face à lui.
- Effectivement, j'avais oublié ce détail...
- Et puis Aphrodite est avec eux, il y a pas de raison pour qu'il fasse de connerie. »
Aphrodite était tout aussi terrifiant que Camus lorsqu'il était en colère, particulièrement avec un balai dans les mains. Bien que beaucoup l'oubliaient, il était l'un des plus responsables d'entre eux, surtout quand ses précieuses plantes étaient en jeu. En tout logique, si les deux allaient se souler chez lui, il n'y avait aucune chance pour que ça dégénère : le sorcier les enfermeraient dans la salle de bain dès que les premiers signes d'ivresse se présenterait pour être bien sûr qu'aucun d'entre eux ne ruine sa maison et encore moins la moindre feuilles qui y régnait. Bon, certes les garçons passeraient sûrement leur nuit dans une salle de bain, l'un tête la première dans la baignoire et l'autre étalé sur le tapis, mais s'ils buvaient à ce point là, ils l'avaient bien mérité. Saga balaya rapidement la moindre de ses inquiétudes, ils étaient entre les mains d'Aphrodite après tout. Et puis, lui-même avait quelque chose qu'il prévoyait de faire depuis un moment. Son regard tomba sur le scorpion.
« Milo ?
- Hm ?
- Quelque chose ne va pas ?
- Non, pourquoi tu me demandes ça ? »
Saga s'arrêta, forçant son ami à en faire de même. Là, planté au milieu de la rue, il prit ce sourire le plus fragile et ce regard le plus misérable. À peine le voyant posa ses yeux sur lui qu'il y vit prier une sincère panique. Bingo ! Le poisson avait mordu à l'hameçon.
« Alors est-ce que j'ai fait quelque chose qui t'a déplu ?
- Quoi ? Quoi ? Non pourquoi ?, Milo commençait à gesticuler et s'agiter dans tous les sens.
- Tu es si distant avec moi ces derniers temps. Loin de moins le désire de remplacer Camus mais nous étions si complices. Que s'est-il passé Milo ? »
Le pauvre scorpion ne savait pas quoi répondre tant cette voix peiné était en train de le faire souffrir. Que devait-il dire ? Il ne pouvait définitivement pas lui faire une déclaration ici, sans s'être préparé mentalement. Mince ! Il n'était même pas sûr de vouloir un jour faire une déclaration à Saga ! C'était Saga ! Le grand, fort et courageux Saga qui avait toujours été là pour lui ! Accessoirement l'homme à qui il avait si souvent martyriser les tibias de coups de pieds lorsqu'il était enfant. Et puis où était passé son éloquence ? Il était connu pour pouvoir charmer n'importe qui n'importe quand, pas pour son imitation de poisson hors de l'eau.
Saga se retenu de rigoler ou de perdre son sérieux. Milo avait boguer. Il était immobile, ouvrant et refermant lentement sa bouche. Il avait totalement boguer et c'était sa faute... C'est vrai, le gémeaux ne s'attendait pas à ce que le voyant lui confesse ce qu'il savait déjà depuis un moment, mais il ne s'attendait pas non plus à ça. Au misère... C'était à ce point là ? Il commençait à se sentir coupable... Il s'approcha de son ami, se saisit de sa main et le surplomba par sa taille, soupirant lentement.
« Oublies ce que je viens de dire Milo... Ça doit être moi qui me fait des filmes... »
Oh misère, il sentait maintenant son cœur qui cherchait à s'enfuir de sa cage thoracique. Qu'est-ce qui s'était passé pour qu'ils finissent dans cette situation ? Si Saga continuait de s'approcher, Milo ne doutait pas un seul instant qu'il allait frôler l'arrêt cardiaque. Seulement le voilà, son visage bien trop proche du siens, ses yeux verts profonds dans la nuit. Quelques longs cheveux tombèrent sur le visage du scorpion et vinrent chatouiller ses joues alors que lui, trop distrait pour le remarquer, tentait de se calmer. Il pouvait sentir ses pommettes commencer à le brûler. Ça y est ! Il rougissait ! Il manquait plus que ça !
Saga essayer d'ancrer son regard Milo dans les yeux mais ce dernier regardait partout sauf en face de lui. On était loin du séducteur du Sanctuaire, le gémeaux ignorait s'il devait se sentir flatté par la réaction du voyant ou... comment dire... déçu ? Il avait envie de poser sa main sur ses joues rougeoyantes, de replacer ses mèches folles derrière son oreille seulement le pauvre garçon semblait près à exploser. À la place, l'homme le plus âgé décida de seulement lâcher sa main et de reprendre leur route comme si de rien était. Il avança de quelques pas, laissant au plus jeune le temps de reprendre ses esprits avant de s'arrêter et de se retourner.
« Tu viens ? »
Milo, trop soulagé d'être sortit de cette situation, ne remarqua d'abord pas que le gémeaux avait quitté ses côtés. Lorsqu'il entendit sa voix dénuée du moindre reproche ou regret, il releva les yeux vers lui. Saga était magnifique, la lumière orangée dessinant les contours de sa silhouette. Tranquille, immobile dans l'obscurité alors qu'il attendait son ami, il souriait avec affection et s'était comme si la moindre trace de peine s'était effacé de son visage. Prenant le temps de l'admirer quelques secondes, la main toujours posée sur son torse dans un espoir de calmer son cœur, Milo accourut rapidement à son ami.
« Ne t'inquiète pas Milo, murmura Saga de sa voix grave en se remettant à marcher, je t'attendrais. »
Le jeune homme ne comprit pas exactement ce que son ami voulait lui dire, il était heureux juste de pouvoir marcher juste à côté de lui.
Camus s'éveilla lentement aux stridules des criquets cachés tout autour de lui. Ses paupières s'ouvrirent lourdement, ses longs cils caressant ses joues chaque fois qu'il refermait les yeux. Son corps était lourd, le moindre geste lui semblait laborieux, pas qu'il ai réellement envie de se mouvoir dans son état. Après tout, son esprit n'était pas encore totalement éveillé alors que son regard percevait des orbes d'une lumière orangée lentement tourné plus haut. Elles glissaient doucement dans l'air, décrivant de plus en plus un mouvement de balancier à mesure qu'il se concentrait sur leur lumière. Dans ses pensées brumeuses, les globes le berçaient dans une étrange sérénité. Progressivement, les ténèbres qui entouraient les lumières se dispersaient en laissant apparaître des couleurs effacées dans l'obscurité. L'humain, immobile, sentit l'air tiède sur sa peau alors que le dessin de feuillage lui apparaissait plus net.
L'air avait cette odeur de feuilles séchées, de terre et de sel. Un mélange si particulier entre les bois et le littorale, une odeur qui lui rappelait son enfance. Où était-il ? À l'extérieur, pour sûr. Les orbes suivaient le mouvement des hautes branches, il devait être dans des bois... Que faisait-il là ? Il décerna autour de lui, au dessus du chant des criquets, des chuchotements et éclats de rire enfantins qui paraissaient venir de partout et nul part à la fois. Il réussi péniblement à tourner la tête vers le bruit de petit pas mais tout ce qui l'accueillit fut une étrange obscurité. Confus et toujours sonné, il ne put que gémir misérablement pour montrer autant son agacement et sa fatigue à quiconque avait masqué sa vu. Lorsqu'un rire grave flotta au dessus de lui il sursauta violemment.
« Bienvenu parmi nous Camus. »
De longs cheveux corbeaux vinrent chatouiller son visage, glissant sur sa peau comme de la soie. Les yeux d'un bleu tendre était sombre dans la nuit, comme les eaux profondes d'un océan. Hadès lui adressait ce sourire qu'il lui réservait. Avait-il au moins sourit sincèrement à quelqu'un d'autre que lui ? Camus tendit avec difficulté sa main vers le visage penché au dessus de lui, se raccrochant à son image comme un marin à une bouée dans une tempête. Les traits paisibles du créateur, son sourire réconfortant apportait de la sérénité chez le pauvre humain épuisé. Éclairé par les faibles lueurs orangées qui flottait doucement entre les feuilles Hadès semblait presque humain. Camus sentit ses longs cheveux du bout de ses doigts, puis la chaleur de sa peau, avant que son bras ne retombe mollement, trop épuisé pour pouvoir toucher le dieu. Ce fut donc le dieu qui glissa sa main sous celle de l'humain, sans un mot. Juste avec cet éternel sourire.
Les vêtements du créateur, sa longue tunique noire et sa chlamyde plus sombre encore que la nuit, semblaient grignoter la végétation tout autour d'eux. Chaque endroit que l'épais tissu recouvrait était comme engloutit par le néant et laissait cette étrange impression qu'Hadès n'était qu'une ombre dévorant la lumière autour de lui. La mort qui rongeait peu à peu la vie autour d'elle. Pourtant Camus, allongé sans le savoir sur cet l'être bien plus grand que lui, paraissait être protégé par ces obscures rempart. Un ilot de vie sur la toile de la mort. Avec lui, Hadès n'était plus si lugubre, plus de si mauvais augure. Avec L'humain contre lui, il n'était rien de plus que la mort protégeant la vie. Il était à sa place.
« Où sommes-nous ?, souffla Camus dans un murmure roque.
- Ne t'en doutes-tu pas ? »
Camus détourna son regard fatigué vers le côté, comme pour réfléchir. Il savait où il était, c'était la forêt qu'il avait visité plus tôt dans l'après-midi... Mais que faisait-il ici ? Ne devraient-ils pas être tout les deux chez sa mère ? Quoi qu'après ce qu'il venait de se passer, il n'était pas sûr de vouloir repartir là-bas.
« Pourquoi sommes-nous ici ?
- Tu es en sécurité ici.
- Dans la forêt ?, sa confusion se lisait aussi bien sur son visage qu'elle s'entendait dans sa voix.
- Ce n'est pas une simple forêt. »
Camus se concentra sur le sourire amusé du créateur, cherchant à comprendre ce qu'il sous-entendait exactement... Ah ! Lily ! Il parlait probablement de Lily.
« La gardienne..., souffla-t-il avec le peu de force qu'il avait.
- Oui, seulement il y autre chose. Nous sommes dans un domaine Camus.
- Un domaine ? Comme un domaine démonique ?...
- Il s'agit plus d'un sanctuaire pour les créatures invisible aux yeux des humains. S'ils l'ont n'est pas invité en ces lieux, alors il n'y a aucun moyen d'y entrer ni même de sentir un passage.
- J'ai été invité ? »
Hadès chassa délicatement une mèche de cheveux du visage de son humain avant de désigner quelque chose d'un coup de tête. Camus se redressa lentement, faisant attention de ne pas réveiller les éternels maux de crâne qui l'assaillait lors d'une visite prolongé dans un domaine. S'appuyant sur l'un de ses coudes, il remarqua sa main gauche posée sur son torse et sous sa paume, son petit nez planquer dans sa chemise, Cosse endormit. En faisant bien attention de ne pas le réveiller, il releva un peu sa main avant de la replacer en entendant le petit grognement de la créature. Il était adorable ainsi assoupi contre lui...
« Il t'a guidé jusqu'ici, sans lui jamais tu n'aurais put pénétrer sur ces terres. Moi non plus d'ailleurs.
- Qu'en est-il de Lily ?, murmura-t-il sans décrocher son regard du petit esprit.
- Tu as apparemment trouvé grâce à ses yeux. Assez pour que je puisse t'abriter ici.
- Pourquoi ne pas m'avoir emmené dans votre domaine ? N'est-ce pas ce que vous avez fait la dernière fois ?
- Je l'aurai fait, si c'était moi qui t'avais réellement sauvé. »
Il piqua la curiosité de l'humain qui tourna la tête vers lui et le regarda avec curiosité. Hadès soupira alors, tout en sortant quelque chose du pli de ses vêtements, comme il le faisait toujours. Quel ne fut pas l'étonnement du médium lorsqu'il vit la grande clé dorée que tenait le dieu, la même clé qui reposait normalement avec celles de son trousseau, bien qu'il n'en ai toujours pas trouvé l'utilité. Il tendit sa main bandée et Hadès déposa l'objet sur sa paume avant que Camus l'approcha de son visage. Il admira les feuilles de lierres qui partaient de la tige avant de s'ouvrir gracieusement sur l'embase en embrassant de fins pétales semblable à celles des roses. Des plumes ciselaient naissaient parmi les pétales et couraient jusqu'au sommet de l'anneau où elles caressaient les deux vagues symétriques qui tenaient prisonnière une sphère sur laquelle étaient gravés océans et continents. C'était Shaka qui lui avait offert le fameux jour de son anniversaire, ne manquant pas de lui dire qu'elle pourrait ouvrir toutes les portes. Bien sûr, il n'avait pas cru un mot, prenant l'affirmation de son ami comme une image.
« Sais-tu de quoi est capable cette objet ?
- Ouvrir une porte... je suppose. »
Hadès tenta d'étouffer son rire profond du revers de sa main, regardant son humain avec la même tendresse. Sa voix si grave avait quelque chose de chaud dans l'atmosphère feutré des bois et ne perturbait ni les êtres endormis, ni le chant des insectes cachés tout autours d'eux.
« C'est exact. En quelque sorte, il attrapa gracieusement la clé que Camus suivit du regard. Elle permet d'ouvrir des portails entre les mondes. Grâce à elle, tu peux t'échapper de n'importe quel endroit.
- Quoi ?, Camus le regarda faussement outrée. Pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt ?
- Pour être franc, j'ignorais qu'elle était en ta possession jusqu'à la semaine dernière. Elle est apparut sur ton jeu de clé.
- Apparu... Je n'utiliserai pas ce mot. Je l'ai juste trouvé au fond d'un tiroir et je me suis dit que Shaka serait vraiment vexé si je ne daignais pas au moins m'en servir de porte clé... »
Camus avait répondu calmement, ayant reporté son attention sur Cosse. Il caressait délicatement le dos du petit être du bout du doigt comme il l'aurait fait avec un chat. L'air était tiède et les quelques brises qui réussissaient à passer la barrière d'arbres apportaient avec elle autant chaleur et parfum des pins qui bordaient le littorale. Pourtant, le médium ne sentit même pas quand la température baissa de plusieurs degrés autour de lui, ni même d'ailleurs cette aura sombre que dégageait le créateur.
« Shaka ? »
Camus releva la tête vers lui au ton glacial. Le dieu avait les mâchoires crispées, ce qui n'étonna pas réellement l'humain. Shaka était un sujet délicat, autant pour le créateur que pour son meilleur ami. Qu'avait fait l'indien pour mériter un tel dédain ? Certes, il pouvait paraître quelque peu condescendant ou narcissique mais il n'en restait pas moins quelqu'un d'extrêmement intéressant et d'une grande sagesse. Il avait juste un problème avec tout ce qui touchait au domaine des interactions sociales, ça ne faisait pas de lui un mauvais bougre !
« C'est lui qui me l'a offert. Pour mon anniversaire. Vous ne vous en rappelez pas ?
- Non, Hadès garda les mâchoires serrées. Je me suis moi-même conjuré dans ta chambre pour éviter que tes amis n'ai à le faire à ma place.»
Camus fronça le sourcil, recouvrant de sa main le petit Cosse qui commençait à grelotter.
« Je pensais que vous l'avoir montré pourtant... Pourquoi ne m'avez-vous pas dit de quoi il s'agissait lorsque vous l'avez-vu ? »
L'aura qui entourait le dieu avait lentement disparut, au même titre que sa voix lorsque l'humain lui posa cette question. Camus attendit patiemment une réponse, son attention toujours partiellement retenu par l'esprit sous sa main. Il avait enfin cessé de frissonner. Au bout de quelque instant plongé dans le silence, bercé par le bruit de la brise dansant sur la canopée et des criquets chantant dans l'obscurité, il releva la tête vers le créateur. Hadès regardait droit devant lui comme pour éviter le regard inquisiteur de son humain. Il semblait... il semblait gêné.
« Vous lisiez, n'est-ce pas ?
- C'était un moment important du livre. »
Camus se contenta de soupirer. Il jurait que, malgré l'obscurité et la faible lumière orangé qui les éclairait, les pommettes du créateur s'était assombries à sa confession. Au moins il n'avait même pas essayer de nier...
« Hadès... »
La voix du médium devint soudainement fragile, un murmure qui se perdit dans cette chaude nuit d'été. Ses grands yeux, jusqu'à maintenant si vivant étaient devenus terne. Même le reflet des orbes de lumière ne suffisait pas à rendre le moindre éclat à ses iris. Hadès approcha une main pâle de l'humain pourtant il ne put se résoudre à seulement le toucher. Ce regard si lointain ne réfléchit chez lui l'image d'un autre être, un être que jamais le dieu ne connu mais dont il devina la misère.
« Qui était-ce ?
- Zeus.
- Qui est-il ? Et que me veut-il ? »
Hadès détourna le regard vers les lumières qui flottaient lentement suspendues dans l'air. Il soupira, sans même s'en rendre compte, repensant à tout ce que lui avait dit Madame Callirrhoé. Devait-il lui dire ? Avait-il le droit de se taire ? Avait-il le droit de parler ? Sa propre rage contre Zeus, elle avait des centaines de raison enraciné dans des milliers de souvenirs, d'observations et de paroles prononcées. Il ne voulait pas parler, il avait refusé de seulement essayer de comprendre ce qui était à l'origine d'une telle détresse chez la précédente incarnation de son précieux humain. Il connaissait Zeus, il le connaissait trop bien pour savoir ce dont il était capable. Seulement maintenant Camus était contre lui, une main brulé par la froid polaire qu'il avait créé. Il était contre lui, se posant un millier de question dont Hadès ne voulait pas connaître la réponse.
« Comment... Comment connaît-il mon nom ? », croassa Camus.
Hadès tenta d'ignorer ces idées que faisaient naitre les paroles de l'humain. Non. Non. Il ne voulait pas y penser. C'était égoïste de sa part mais il ne voulait pas. Il sentit la main gauche de l'humain agripper fermement sa tunique, remerciant silencieusement l'humain de ne pas creuser la paume de sa main de ses ongles.
« Pourquoi j'ai été terrifié ? Pourquoi je me suis senti si... sale ? »
Avant même que Camus ne puisse continuer et en sentant son humain trembler contre lui, Hadès posa sa main à plat sur son front. Le crâne du médium tomba en arrière, retenu par l'épaule du créateur. Son humain désormais endormi, il laissa sa main glisser près de lui. Ce n'était pas... ce n'était pas des questions auxquelles il voulait répondre. Il ne voulait pas les entendre, pas ce soir. Il voulait continuer de croire que les mots de Madame Callie et les rumeurs qui avaient envahit les cieux et les enfers il y a de ça des millénaires n'étaient pas fondés. Il voulait faire semblant encore un peu que Ganymède n'était que l'échanson des dieux. Qu'il ne s'était rien passé... qu'il ne s'était rien passé. Non rien, juste rien.
Il passa son bras autour du torse de l'humain et l'enserra. Il avait besoin de le sentir, de sentir qu'il était là contre lui plutôt que dans un domaine glacial et hostile. Qu'il pouvait le protéger, à n'importe quel instant. Hadès ne voulait pas penser à ce qui serait arriver si Shaka n'avait jamais offert la clé squelette, s'il avait été totalement impuissant. Il ignora ce sentiment qui l'envahit, cette colère et cette détresse qui, il le savait, ce seraient emparées de lui s'il n'avait rien put faire. Y'avait-il pire sentiment que de voir un être cher souffrir et être impuissant ? Madame Callie avait dû souffrir... Comme elle avait dû souffrir... Hadès resserra le bras atour de Camus. Si seulement il n'avait pas été plongé dans le Néant... Si seulement il s'était un peu plus intéressé aux affaires des autres dieux... peut être qu'alors il aurait put... il aurait put le sauver. Peut être qu'il aurait put le protéger...
Peut être qu'il ne se sentirait pas si inutile.
« Les créateurs sont des êtres affreux Camus... »
Et peut être qu'il n'aurait pas honte d'être ce qu'il est.
« ... je suis tellement désolé pour ce qui t'es arrivé. »
« J'ai besoin de ton aide. »
Angelo renifla, amusé, en décapsulant sa bière. Aussitôt la boisson ouverte qu'Aphrodite poussa un grand verre entre ses mains et fusilla du regard l'italien. L'homme leva les yeux au ciel avant de verser avec le plus grand soin sa bière. En un sens, il avait mérité ce regard assassin depuis qu'il avait une fois accidentellement initié une invasion de fourmis. Comment aurait-il put savoir que ces petites bêtes aimaient la bière ? Ce à quoi Aphrodite lui avait répondu qu'il n'avait pas besoin de savoir, il aurait juste du nettoyer juste après avoir renverser sa boisson plutôt d'attendre trois jours qu'une communauté de fourmis se forme.
« Moi qui pensais que tu voulais rendre service à Milo.
- Ouai, ça aussi mais sérieusement : j'ai besoin de ton aide. »
Aphrodite tendit un verre remplit de bière à son invité avant de lui-même s'en servir un sous le regard amusé de son meilleur ami.
« Quoi ?
- Je croyais que ça faisait grossir.
- Angelo si tu ne veux pas dormir dehors, tais-toi et aide Kanon. »
L'homme leva les yeux au ciel pour la seconde fois. Eh bah, il avait pas d'humour ce soir celui-ci... Bah ! C'était un peu de sa faute. Aphrodite n'aimait pas qu'on rit de ses insécurités après tout.
« Donc !, il se tourna vers Kanon. Tu peux m'aider ?
- Ça dépend. Tu veux quoi ?
- Oui parce que tu devrais savoir mieux que personne qu'outre en alcool et jeu d'argent, son niveau d'expertise est bien bas. »
Angelo regard la bière dans son verre : touché. Il n'avait rien dire. Après ce qu'il venait de sortir au poisson c'était un juste retour des choses. Il l'avait cherché, il l'avait trouvé. Cependant, Kanon semblait lui s'impatienter. Il gigotait sur place, se grattant par moment l'arrière de l'oreille ou l'avant bras. Qu'est-ce qu'il avait derrière la tête pour être aussi anxieux ? Pas que ça lui ressemble. Après tout Saga et lui traquaient les démons donc pour qu'il soit stressé, il lui en fallait.
Angelo s'appuya contre le comptoir crème de la cuisine d'Aphrodite. L'attitude de Kanon était clairement étrange et l'italien commençait à se demander s'il voulait réellement savoir ce qu'on lui voulait. Aphrodite à côté de lui, commença à tapoter lentement la surface laquée du bout de ses ongles. L'anxiété du gémeau était hautement contagieuse.
« J'aimerai savoir... j'aimerai savoir ce qu'il y avait de marquer.
- Marquer où ?, Angelo reprit une gorgée de sa bière en faussant le désintérêt.
- Sur les pages. Tu sais... celle dans le Livre de Mort. Sur le... le... le créateur. »
Aphrodite haussa un sourcil alors qu'Angelo s'étouffa avec sa boisson. Pendant que son ami toussa encore et encore, le poisson plissa les yeux. La crainte de Kanon envers Hadès était évidente mais pourquoi diable désirait-il voir la description d'Hadès ? S'il voulait être rassuré, le magicien avait la certitude que le Livre des Morts ne l'aiderait pas. Jusqu'à maintenant, personne n'était venu voir Angelo pour lui demander ce qu'il y avait décrit sur le créateur des Enfers, même pas Camus. De ce que son ami lui avait dit, le médium n'avait même pas daignait lire un seul mot de la description faite dans le livre de l'entité.
« Pourquoi tu veux savoir ça ?
- Je sais pas..., Kanon haussa les épaules faussement désintéressé. Je veux juste savoir.
- Mais j'm'en souviens pas moi ! »
Aphrodite but tranquillement. Ça n'était pas étonnant, Angelo avait lu la description il y a de ça des mois et même avec une aussi bonne mémoire, il n'aurait pas put se souvenir de tout. Bien, le problème était réglé ! Kanon ne pourrait pas avoir ce qu'il voulait et ils pourraient gentiment se souler en espérant que Milo ai enfin essayé de se jeter à l'eau et se rapprocher de Saga. Après tout, c'était comme ça que Kanon leur avait vendu la soirée. Seulement le gémeaux avait une autre idée en tête.
« Pas de problème ! »
Sous le regard toujours confus d'Angelo, Kanon se tourna pour attraper quelque chose. Aphrodite se pencha légèrement sur le côté, perplexe, pour espérer voir ce que Kanon cachait derrière lui. Le grec se tourna, son sac à dos ouvert en main. La main plongée à l'intérieur, il finit par ressortir un épais morceau de tissus noir qu'il brandit avec fierté. C'est alors qu'Angelo échangea une œillade perplexe au magicien qui haussa les épaules. Il était tout aussi perdu que lui.
« J'ai trouvé ça dans la boutique de Camus. C'est surement ce genre de châle qu'il porte en permanence. Il l'a prêté à Camus ! »
Aphrodite posa son verre et croisa les bras. Alors... Comment lui dire ?...
« Euh... Ça mon chou c'est à Camus tu sais.
- Ouai, c'est une de ses écharpes. Et puis si ça avait été au créateur, crois moi tu aurais supporté ça plus de dix minutes sur ton dos ! Son cosmos est difficilement supportable»
Tous deux virent le visage de leur ainé lentement se décomposer. Il tenait l'écharpe avec un air misérable, la regardant comme si elle venait de le trahir.
« Peut être... Peut être qu'à force de passer autant de temps avec Camus un peu de son cosmos s'est déposé sur l'écharpe.
- Tu vas pas en démordre hein ? »
Angelo était un peu dépassé par cette histoire, Aphrodite le sentait. Reprenant sa boisson, il observa leur petit échange silencieusement. Il n'y avait aucune chance que ça marche, Angelo le savait pertinemment. Il faisait mieux de refuser directement seulement Kanon n'était lui pas près à lâcher l'affaire. C'est pour ça que sans grand étonnement, le magicien s'attendit à la réponse de son meilleur ami.
« D'accord, soupira l'italien. Je vais chercher mon livre. »
Kanon pouvait se montrer têtu lorsqu'il le voulait alors autant lui montrer plutôt que de passer leur fin de soirée à essayer de le convaincre que son idée était franchement nulle. Et puis qui sait, avec beaucoup de chance le gémeau aura effectivement sa réponse tant souhaitée. C'est pour ça qu'une fois le livre posé sur la grande table en bois d'Aphrodite, Angelo ne perdit pas une seconde pour attraper l'écharpe et la poser sur l'épaisse couverture. Aussitôt sur le livre, l'écharpe se mit à briller d'une faible lueur dorée qui fut lentement drainé par l'ouvrage. Lorsque le dernier petit éclat fut absorbé par le cuir, le livre s'ouvrit alors à la volé sous les yeux ébahit de Kanon. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait le Livre des Morts à l'œuvre mais ça restait toujours impressionnant. Angelo, lui, fronça les sourcils. C'est fou ! Il aurait juré que le cosmos du créateur était rouge écarlate la dernière fois. Il haussa les épaules à sa propre réflexion : peut être que le créateur avait retrouvé tous ses pouvoirs d'où le changement de couleur ou peut être que son cerveau avait faussé ses souvenirs en apprenant l'identité du créateur et avait changé le bel éclat doré en une teinte plus menaçante.
« Bien, fit-il en croisant les bras sur sa poitrine et en s'appuyant sur le comptoir derrière lui, y'a plus qu'à attendre. La dernière fois ça à bien prit trois longues minutes. »
Kanon hocha seulement la tête, les yeux fixés sur le livre. Trois minutes et il pourrait tranquillement lire la description faite du seigneur des Enfers. Il ignorait lui-même pourquoi il voulait absolument savoir ce qui était inscrit dans le livre des morts mais il avait besoin de voir. C'était important, pour lui ça l'était plus que tout.
Aphrodite soupira devant l'air totalement absent de leur aîné. Il échangea un regard concerné avec Angelo avant de venir s'appuyer lui aussi contre la surface claire. Il soupira une nouvelle fois, lançant un 'merci' à voix basse lorsque son meilleur ami lui tendit son verre de bière. Trois minutes ? Eh bien vivement que ça soit finit. Si ça pouvait s'arrêter tout de suite, Aphrodite n'en serait que plus heureux. Lorsque passé le milieu depuis quelques pages à peine, le livre ralentis sa course effrénée. Angelo fronça les sourcils, se courbant inconsciemment vers le bouquin : ce n'était pas normal ça... Hadès avait-il changé de rang ? Après tout, à partir du moment qu'un esprit avait son nom inscrit dans le Livre des Morts, il pouvait être trouvé dans le bouquin et en fonction de son pouvoir pouvait se rapprocher ou au contraire s'éloigner des dernières pages. Était-ce seulement possible que le Créateur des Enfers ai perdu autant de pouvoir ? Ce n'était pas un bond de quelques pages en arrière qu'il aurait fait, mais de plusieurs centaines de descriptions... Non, ce n'était pas normal. Quelque chose n'allait pas.
Pourtant, le Livre des Morts semblait n'en faire qu'à sa tête. Il ralentissait, ralentissait à mesure que son propriétaire s'avançait lentement vers lui. Aphrodite ne remarqua d'abord pas l'attitude de son ami, ce n'est qu'en détectant un mouvement du coin de l'œil qu'il vit l'homme s'approcher suspicieusement de son plus grand trésor. Il décida de suivre son ami après avoir posé sa bière sur le comptoir. Kanon, lui, avait le nez pratiquement collé au papier, son cœur battant à cent à l'heure. Ça y est ! Ça y est il y était presque ! Il repoussa au plus profond de lui cette légère inquiétude qu'il ressentit en constatant le nombre de page qu'il allait rester après la description du créateur. Ça faisait des centaines et des centaines d'être plus puissant et terrifiant que le dieu et cette pensée seule aurait suffit à le garder éveillé de nombreuses nuits.
Les pages défilaient lentement désormais, tellement lentement que l'attente en devenait douloureuse. Angelo retint sa respiration, se concentrant sur le papier jauni par le temps et par le son feutré que le livre produisait lorsque ses pages glissaient l'une sur l'autre. Un bruit rêche qui indiquait la fin éminente des recherches. Bientôt, le cosmos qui animait le livre s'arrêterait et une page leur serait dévoilée qu'ils auraient le loisir de lire aussi longtemps le bouquin ouvert. C'était la seule règle du Livre des Morts : il ne pouvait s'ouvrir que lorsqu'on lui présentait un cosmos, sans quoi rien ni personne ne pouvait parvenir à lire entre ses pages. Peu importe la force que l'on y mettait, sans cosmos le livre restait clos. Angelo oubliait parfois cette règle...
Lorsque enfin, le livre devint inerte. Kanon fronça les sourcils, perdu. Ce n'était pas Hadès ! Il se tourna vers ses amis, voulant protester et se plaindre que ce stupide livre avait fait n'importe quoi mais les expressions des deux autres hommes l'interloqua. Angelo semblait partagé entre le choc et la terreur, ses yeux écarquillés, sa bouche entre-ouverte et les traits de son visage reflétant une étrange confusion. Aphrodite, lui, était totalement immobile, les paupières grandes ouverte et les sourcils haussés à une hauteur que le gémeaux n'avait jamais vu jusqu'à maintenant. Ils étaient tous deux absorbés par le livre, incapable de décrocher le dessin du regard. C'est à peine s'ils respiraient. Plutôt que de se plaindre, Kanon se décida d'inspecter lui aussi l'illustration.
Le dessin... le dessin était douloureux. Pas la moindre violence ni haine, il était seulement empreint d'une telle douleur même si au premier abord il semblait innocent. Un jeune homme était dessiné, flottant au milieu du papier, entouré de drapé de tissu qui le protégeait. À moins qu'il ne s'agisse de cours d'eau entourant ses bras, sa taille et ses jambes avec grâce. Ses longs cheveux jouaient avec les longs drapés plutôt que de rester accroché au chignon compliqué qui reposait sur son épaule gauche. Ils étaient ornés de ce qui paraissaient être des perles et des rubans, de fleurs et de feuilles accrochés à quelques mèches Les traits de sa longues tunique étaient si fin et exécuté avec tant de talent qu'on aurait cru pouvoir en touché le tissus si fluide. Les longues manches glissaient de ses bras fins qu'il avait ramenés contre lui, ses mains croisées sur son cœur, paume vers son torse. La position du jeune homme avait quelque chose de terriblement inquiétant, comme s'il était prisonnier des longs rubans qui flottaient autours de lui. Il semblait avoir laissé échappé un objet, objet dont les morceaux brisés reposaient à ses pieds. On aurait dit un genre de poterie, une amphore peut être. Cependant, ce qui restait le plus troublant était le visage du jeune homme et son expression. Ses sourcils était légèrement foncés et retroussé en même temps, ses yeux eux étaient plissés, mélancolique, alors que son sourire lui était désolé. Sans un mot, rien qu'à la tristesse de son regard, il semblait dire adieu. Et ses traits ! Ses traits !
« Est-ce que c'est...
- Oui, fit Aphrodite sans le laisser finir. Oui. C'est Camus. »
Angelo laissa son regard glissé sur le nom de celui qui ressemblait trait pour trait à leur ami. Ganymède. Créateur mineur, détenteur du savoir et porteur de la pluie. Esprit du Nil. L'italien se frotta le front, confus. Qu'est-ce que c'était que ça ? Ce n'était pas possible... Camus était un... créateur ? Certes, un créateur peu puissant mais un créateur tout de même ? Non. Il devait avoir une explication. Ce n'était pas possible. Il avait été enfant comme eu, il ne pouvait pas être un dieu !
« Il faut qu'on le dise à Shion !, s'écria Kanon en se tournant brusquement vers les autres.
- Non !
- Quoi ? Pourquoi ?
- Parce que j'ai dit non ! »
La voix d'Aphrodite était dangereuse, grave et forte. Avant même que le gémeau ne puisse protester, le poisson lui adressa ce regard, celui qui aurait put glacer le sang à n'importe qui. Un regard qui le mettait au défi de faire ce qu'on lui interdisait mais qui était tellement meurtrier que Kanon retira directement son idée de la tête. Lorsque Aphrodite se jeta pratiquement sur le Livre des Morts, le refermant avec violence sans faire attention au 'Hey !' lancé par Angelo. Il n'avait pas fini de lire la description.
« On oublie cette histoire, toute cette histoire et on va passer une bonne soirée. »
Le sorcier attrapa son verre qu'il finit d'une traite sous les regards ébahit de ses amis. Il ouvrit l'un de ses placard avant de sortit une bouteille d'un alcool bien plus fort. Il se servit un fond de verre qu'il but cul sec avant de frénétiquement se resservir. Qu'est-ce qui lui prenait ? C'était la première fois qu'il agissait ainsi ! On aurait dit qu'il paniquait pourtant il ne réagissait pas comme ça en temps normal. Angelo ne sut plus quoi faire. Devait-il intervenir ? Devait-il l'empêcher de boire ou devait-il se joindre à lui ? Lorsque son si cher ami leur envoya un regard obscure, plein de hargne.
« Buvez. Buvez bon sang ! »
Les deux autres hommes n'eurent d'autre choix que de se jeter sur leurs boissons, sans quoi ils ne doutaient pas un instant qu'ils finiraient comme engrais pour ses précieuses fleurs.
On va tous se bourrer la gueule chez Aphrodite ! Wouh ! Quelle ambiance de fou !... Um... désolée. La fatigue. Sinon, je m'excuse car encore une fois ce chapitre aurait dû être posté plus tôt mais voilà... je suis tombée dans un jeu vidéo et ce fut très dur de me décrocher de son emprise.
Résumons : Nous avons donc un Camus traumatisé, un Zeus remonté, trois mecs paumés (dont un agressif) et un Milo qui patauge dans la semoule. Un constat ma fois, très joyeux !
Dans tous les cas, merci d'avoir lu ce chapitre ! Je reviens dans je sais pas trop quand. Peut être dans 6 mois, peut être dans une semaine. Bref ! Surprise !
Hemere : Merci pour ton commentaire ! Effectivement, avec un nom comme 'Callie', moi aussi j'aurais plus penché pour Calliope que Callirrhoé. Oui, effectivement Kanon a fait une connerie (pour une fois que c'est pas Milo), mais on lui pardonne. Le pauvre est traumatisé par Hadès en même temps. Quant à Cosse, je t'avoue que moi aussi j'aimerai en voir une représentation graphique sauf que la dernière fois que j'ai essayé de le dessiner, il ressemblait plus à une patate avec des antennes... J'ai abandonné.
