Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartiennent pas.
« Vous semblez si distant ces derniers temps mon époux. Quelles obscures pensées assombrissent ainsi votre regard ? »
Zeus baissa la tête, ses deux mains posées sur le marbre de la balustrade. Il sentait derrière lui Héra, ses mains croisées et sa mine inquiète alors quelle s'approchait lentement de lui.
Inquiète, ça elle pouvait l'être : cela faisait si longtemps que le roi des créateurs ne s'était pas perdu en ces lieux. Bien que le balconnet offrait une vue imprenable sur une mer de nuage et l'océan d'étoiles autour d'eux, c'était devenu un lieu désert depuis le Grand Drame. Seul Zeus, son époux, aimait si perdre jusqu'à ce que son grand drame à lui prenne place. Rare étaient les fois où il vint observer la Terre d'ici une fois qu'il comprit qu'il l'avait perdu. C'était après tout dans les cieux son lieu préféré à lui, cette petite vermine qu'elle avait haït avec tant de ferveur.
Héra attendit patiemment une réponse, priant pour que ses craintes ne soient que purs délires. Zeus semblait si sombre, si misérable. Cela faisait un moment déjà qu'il n'était plus réellement parmi eux, ignorant aussi bien ses sujets que sa propre épouse. Lui qui était devenu un model de vertus était depuis quelques temps inatteignable. Tout avait changé il y a quelques heures : lorsqu'il était rentré dans la salle du trône, tous devinrent silencieux. Que s'était-il passé ? S'était-il seulement passé quelque chose ?
Zeus posa sa main à plat sur son torse douloureux. Caché par la soie ocre de ses vêtements, la morsure d'un cosmos glacé reposait toujours. Il aurait put si facilement guérir de cette blessure seulement la teinte foncée qu'avait prise sa peau, brûlée par le froid, lui apportait outre de la douleur un peu de réconfort. Il n'avait pas rêvé, son précieux Ganymède en chair et en os. Immobile face à lui. Oh si seulement il avait réussit à lui dérober plus qu'une caresse avant qu'il ne sorte de sa transe. Si seulement il avait put l'enserrer, déposer ses lèvres au creux de sa gorge et lui chuchoter encore et encore à quel point il lui avait manqué. Pourquoi avait-il fallut qu'il se réveille ? Pourquoi avait-il fallut qu'il le rejette avec tant de violence ?
« Zeus ? »
Le créateur soupira, ignorant une fois de plus sa douce. Il posa ses coudes sur la rambarde froide, se penchant un peu plus sur le flot de nuages foncé par la nuit qui s'était levée. Ses longs cheveux platine flottaient autour de lui, dévoilant au grès de leur envie une broche d'or blanc qui les accrochait partiellement. Ô comme cette simple vision fit mal à la déesse. Elle s'accrocha à son bras qu'elle secoua légèrement, sa voix tremblante et suppliante.
« Zeus ! Je vous en pris Zeus ! »
Le dieu ne bougea pourtant pas, même pas pour lui adressa un regard rassurant. Non, au contraire. Baissant sa tête de culpabilité, ses yeux se couvrirent d'un voile de larme. Il n'avait pas besoin de parler, son silence le faisait pour lui. Elle lui en voulait, il le savait dès l'instant où elle lâcha son bras. Choquée, bouleversée, elle ne sut même pas si elle cria ou pleura.
« Pourquoi ? Pourquoi faites-vous ça ? Je ne vous suffis pas ? »
Elle tenait ses si beaux cheveux à la racine, prête à les arracher. Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas pourquoi après tant d'année il y pensait toujours. Pourquoi il cherchait à tout détruire, eux qui enfin été heureux. La paix était revenue, peut être pas parmi les Hommes mais au moins ils n'avaient pus à craindre les humeurs des créateurs. Leurs existences, portées par l'allégresse et la joie ne connaissaient plus les misères et les malheurs désormais. Les dieux vivaient dans ce monde où chaque jour était une fête, n'était-ce pas ainsi qu'ils devaient vivre ? Aussi longtemps qu'ils existaient, c'était tout ce qui importait. Ils n'avaient plus besoin de se mêler aux humains.
« Il est mort ! Vous le savez bien vous même ! Vous l'avez cherché pendant des années et jamais il ne reviendra ! »
Les mots cruels de son épouse lui arrachèrent un rire amer. Si elle savait, si elle savait qu'il était bel et bien vivant, sur Terre, parmi les humains. Il était l'un des leurs après tout, il ne pouvait pas disparaître pour l'éternité. Elle posa de nouveau sa main sur son bras, beaucoup plus douce cette fois alors qu'elle lui murmura :
« Je vous en pris mon amour, ne voyez-vous pas la joie dans laquelle nous vivons tous depuis que nous ne nous mêlons plus aux humains ? Pourquoi désirez-vous tant détruire notre fragile bonheur ? »
Il passa une main sur son visage, ce sourire désabusé accroché à ses lèvres.
« Est-ce juste ? Ne faisons-nous pas une erreur en nous isolant ainsi ?
- Si erreur il y avait, il serait tant de s'en rendre compte. Voilà plus de 2000 ans que nous nous sommes reclus... »
Héra n'avait pas tort, seulement auraient-ils cessaient d'avoir le moindre contact avec les Hommes si Hadès était resté sain d'esprit? Ils avaient causés tant de malheurs aux humains, les embrigadant dans des guerres qui ne concernaient qu'eux. Cependant, les siècles avaient prouvé que l'être humain était une espèce belliqueuse, avec ou sans leur aide.
Il soupira, replaçant une mèche derrière son oreille. Pourquoi pensait-il autant à son frère ses derniers temps ? Il avait toujours regretté son enfermement dans le Néant, même s'il avait toutes les raisons de le haïr. Lui qui avait pratiquement mit fin aux humains, lui qui avait déchiré la terre par autant de conflit que de guerre. Lui qui avait sûrement un lien dans la disparition de son précieux Ganymède, même s'il était déjà perdu au fin fond du Néant à ce moment là. Hadès n'avait été qu'un oiseau de mauvais augure, passant du créateur le plus sage et clément au monstre démoniaque qui régnait d'une main de fer sur les Enfers.
« Zeus... Je vous en pris... N'y penser plus. »
Le créateur entendit la supplique de son épouse. Il se saisit de la broche qui décrocha d'un geste. Elle n'était même pas faite pour être porté dans les cheveux... Le bijou dans sa main, il ne trouva pas la force de le jeter. Il ne pouvait pas s'empêcher d'affectionner les flots qu'elle dessinait.
« Bien, chuchota Héra, c'est assez pour le moment. »
Le ciel de nuit se reflétait légèrement sur l'objet, hypnotisant le dieu. Maintenant qu'il y pensait, Ganymède n'était pas parvenu à s'échapper de son domaine. Non, on l'avait tiré loin de lui. Qui était l'idiot qui défiait ainsi le roi des créateurs ?
Héra enleva sa main, contemplant le ciel au côté de son aimé désormais penseur. Si seulement les temps prochains pouvaient redevenir légers et joyeux... Elle espéra, malgré l'expression bien plus sombre qu'avant de son époux.
« Héra ? »
Elle se pencha vers lui, curieuse d'entendre sa voix si faible. Le dieu leva les yeux, prit une longue inspiration. Il hésitait, elle le sentait. Le léger tremblant de ses lèvres, encore incertaines de ce qu'elles allaient laisser échapper ainsi que son regard qui balayaient encore le ciel étoilé n'étaient que des indices de plus.
« Croyez-vous ?... Qu'Hadès ?... »
Il ne termina pas sa phrase, ne sachant lui même pas quoi dire. Que dire ? Après plus de deux milles ans, tous avaient finalement fait le tour de la question. Héra, elle, savait déjà ce qui allait venir ensuite. Ils avaient eu cette conversation tant de fois, peut être pas les mêmes questions certes mais il n'y avait plus grand chose à dire.
« Il me manque aussi. », répondit-elle en regardant les étoiles.
Elle ne mentait pas, Hadès avait été pendant longtemps l'un des plus sages d'entre eux. Quelle tragédie, quel gâchis ! La reine n'en voulait pas à son époux, elle même ressentait ce manque et elle même connaissait cette culpabilité. Ils avaient fait ce qu'il fallait, pour le bien autant des créateurs que des mortels. Était-ce suffisant ? Certainement pas mais ils avaient fait ce qu'ils avaient pus. Après tout, elle savait bien que cette paix durement gagnée n'était qu'une illusion mais qui pourrait lui en vouloir de désirer croire en ce rêve ? Faisant de son mieux pour ne pas penser à la broche dans les mains de son roi, elle détourna légèrement le visage. Si Zeus faiblissait, ce serait à elle de maintenir ce rêve.
« Je n'aurais jamais imaginé..., son regard tomba sur son époux, que nous puissions un jour être séparés. »
Le dieu posa son front au creux de sa main, tenant toujours fermement le bijou dans son autre main. Héra hésita : parlait-il toujours d'Hadès ?
« J'ai été incapable... j'ai été incapable de voir ce qui ce passait et quand je l'ai vu... c'était déjà trop tard. »
Sa reine passa une main réconfortante sur son dos : elle le savait, ô comme elle le savait ! Pourtant elle ne pouvait pas l'ignorer, elle était la seule à qui il pouvait confier ses souffrances et ses doutes. Si elle lui tournait le dos, qu'elle épouse serait-elle ? Héra resterait là, à l'écouter jusqu'au bout de la nuit s'il le fallait. Peu importe le nombre de fois, peu importe ses humeurs : elle restera jusqu'à la fin.
« Zeus... que lui as-t-il fait ? »
Madame Callie se figea en entendant ce nom maudit, une tasse en porcelaine dans une main, debout près de son fauteuil favori dans le petit salon non loin de la cuisine. Choquée, elle tourna lentement son visage vers le créateur qui se tenait près du mur. Ce dernier avait retrouvé les traits qu'il avait choisit comme humain mais avait malgré tout gardé ses yeux d'un bleu transcendant. Madame Callie prit un long moment avant de finalement s'asseoir dans le siège violet pourpre, soupirant longuement en posant sa tasse. Elle posa sa main sur la jupe de sa robe de taffetas d'un bleu turquoise profond. Elle semblait être prise par une profonde indécision alors qu'elle tripotait ses doigts fins, les torturant sans même s'en rendre compte. Bientôt, le dieu n'entendit plus que le bruissement du tissu qui sous la nervosité de cette grande dame ne pouvait qu'émettre ces désagréables froissements.
Hadès s'approcha, décidant finalement de prendre place sur la loveuse bordeaux face à la naïade. D'un geste las, il poussa l'un des trois coussins ornementaux, celui avec les pompons rouges avant d'enfin s'asseoir. Puis, il croisa ses mains et les posa sur ses jambes, attendant patiemment que Madame Callie revienne à elle. Il détourna le regard, choisissant d'observer le petit salon comme distraction. La pièce n'avait rien de vraiment petit, en tout cas pas pour lui qui passait tout son temps dans le petit appartement de Camus. Chaque pièce avait une couleur particulière, la chambre de Camus était par exemple emplie de bleu ciel, le petit salon lui alternait entre blanc cassé et pourpre.
Du coin de l'œil, Hadès vit madame Callie se redresser et par reflexe, il tourna le regard de nouveau vers elle. Elle était toujours perdue dans ses pensées cependant ses mains reposaient sur sa jupe, désormais immobiles. Les yeux de la mère glissèrent plusieurs fois entre sa tasse et le sucrier de porcelaine orné de motifs bordeaux. Lorsque ses sourcils se froncèrent soudainement, son regard alternant toujours entre le thé et le sucre. Elle était en colère et dévastée et attristée.
« Bafoué. Outragé. Sous le regard des autres dieux. Ne le saviez-vous pas déjà seigneur Hadès ? »
Il détourna les yeux, se sentant coupable malgré lui en entendant le dégoût dans la voix de la naïade.
« Hélas non madame. Lorsque votre fils a été enlevé, j'étais déjà changé. »
Madame Callie inspira profondément avant de décider de laisser sa colère se dissiper. Elle s'enfonça dans son fauteuil après avoir attrapé sa tasse et sa coupelle. Ses mains tremblaient malgré tous les efforts qu'elle déployait pour les en empêcher.
« Puis-je vous poser une question seigneur Hadès ? »
Elle souffla doucement sur le liquide ambré, ignora les volutes blanches qui s'élevaient délicatement dans les airs. Malgré la chaleur, Madame Callie préférait son thé brûlant.
« Je vous écoute, répondit le dieu en la regardant dans les yeux.
- Que vous est-il arrivé ? »
Il se doutait d'une telle question, après tout, tout le monde devait se la poser. Pourquoi au grand pourquoi le dieu des Enfers, pourtant si bon et miséricordieux avait désiré détruire l'humanité ? Pourquoi un être si sage était soudainement devenu si cruel et si assoiffé de sang ? Un maigre sourire prit place sur ses lèvres et mimant les gestes de Madame Callie, il vint appuyer son dos contre le fond de la causeuse. Il croisa ses mains devant lui, ses coudes reposant sur ses genoux, avant de répondre d'un ton désabusé :
« J'ai été possédé Madame Callie. »
Cette dernière, regardant dans le vide depuis quelques minutes déjà, cessa de boire immédiatement. Elle s'était figée et au moment même où elle s'en rendit compte, elle ramena la tasse contre ses lèvres dans un espoir vain de paraître imperturbable. Elle ne s'attendait pas à une telle franchise.
« On ma volé tous ce que je possédais, madame, dit-il en insistant. On m'a volé mon corps, ma voix et mon autorité. On m'a dépossédé de mon être »
Le dieu se pencha légèrement à mesure que ses mots s'emplir de haine. Pas contre la naïade face à lui mais contre personne en particulier. Il se doutait qu'au sein de l'Olympe, tous le voyaient comme l'être le plus abjecte qui avait existé. Après tout, après son exil forcé, les dieux avaient effacés toutes traces de leur existence sur le monde humain avant de se cacher dans leur monde d'or et d'ivoire.
« On m'a forcé à m'abandonner tout en veillant à ce que mon âme soit toujours éveillée, continua le créateur de plus en plus crispé. J'ai tout vu, tout entendu mais j'étais incapable de pouvoir empêcher la moindre chose. J'ai subit, spectateur dans mon propre corps. Et lorsque le moment du jugement fut venu, on me quitta, on me laissa seul être punit de crime que je n'ai jamais perpétué. J'ai souffert Madame et encore maintenant je souffre. Je revois ces tortures que je n'ai jamais voulues. Je pleurs des êtres que je n'ai jamais détruit et je déplore des actes que je n'ai jamais accomplis. Pire encore, je vis chaque jour dans la peur d'être de nouveau un étranger dans mon propre corps. »
Callirrhoé releva légèrement le menton, une expression amère sur le visage. Chez les dieux, Hadès était un nom maudit. Un nom qui ne leur rappelait que trop l'époque glorieuse où un créateur pouvait librement visiter le monde humain. Un temps où les craintes étaient futiles et les préoccupations inexistantes. Lorsque le seigneur Hadès perdit la raison, Zeus et les autres grands créateurs furent forcés malgré eux de s'assagir et accepter leurs responsabilités.
« Puis je fut envoyé dans le Néant, mon cosmos préalablement restreint au point que la seule pensée de m'échapper de cet endroit provoquait une douleur. Une douleur si intense qu'il m'était incapable de seulement penser. »
Le créateur renifla sans la moindre trace d'amusement avant de regarder Madame Callie avec un demi sourire.
« J'y suis rester non des siècles madame, mais bien des millénaires. De longs millénaires sans savoir qui j'étais, ce que j'étais. Seul à pourrir dans ma rage et ma douleur. Puis il est arrivé. »
Callirrhoé vit son sourire se mêler de peine alors qu'il laissa son regard se perdre sur la table basse. Hadès humecta ses lèvres, ayant arrêté un instant son discours. Il ne se souvenait plus exactement du jour, vaguement du comment. La seule chose dont il était sûr, c'était ce qu'il avait pensé.
« J'aimerai vous dire qu'il m'apparut comme la lumière dans l'obscurité, sa voix n'était plus qu'un souffle faible, que son image suffit à me sauver. La vérité madame, c'est que face à votre fils je ne pus m'empêcher de me dire à quel point nous étions semblable. J'ignorais seulement à quel point.»
Madame Callie baissa les yeux sur son thé refroidissant, se demandant silencieusement si elle désirait en entendre plus. Hadès était, malgré son bannissement, une des plus importantes des déités. De son existence dépendait tout un Royaume, dépendaient l'avenir des Hommes. Sans les Enfers, les âmes ne pouvaient être jugées et punis si besoin. Désormais elle en était sûre : le créateur n'avait jamais voulu tout ce qui s'était passé. Lorsqu'elle l'entendit le dieu reniflé, aussi amusé qu'atterré. Elle releva la tête vers lui.
« J'ai ri madame Callie, il la regarda droit dans les yeux, j'ai ri lorsque Troie fut à feu et à sang. »
Elle se recula sur son siège, blanche. Troie, la guerre et le siège. Elle l'avait vécu. Son père l'avait mit en garde des hommes et de leur folie. Ce jour là, elle avait enfin découvert la guerre, elle avait vu tout ce dont son père lui avait parlé. Elle avait vu la ville être détruite, elle avait les souvenirs de son défunt époux s'envoler en cendre entre les pleurs et les cris. Tout ce que son fils avait construit, détruit. Des millénaires après, elle le voyait encore, ce maudit cheval de bois. Hadès baissa les yeux.
« Je me suis délecté de ce spectacle, le dégoût dans la voix du créateur la ramena à elle. De toutes ses âmes torturées, de leur douleur et leur peine. J'étais un monstre. »
Elle expira doucement. Elle, elle sentait la souffrance de l'être qui était toujours assit face à elle dans son salon. Le dégoût et la haine qu'il nourrissait envers lui même s'effaça de ses traits alors que Callirrhoé le savait : il pensait à son fils. Il n'y avait que lui qui pouvait faire naitre sur les lèvres du créateur un sourire aussi doux.
« J'ai réfléchis Madame Callie, ses yeux fixait ses doigts entrecroisés.
- Puis-je vous demander à quoi dont vous avez réfléchis ? », demanda-t-elle ne prenant une gorgée de son thé.
Il ancra son regard désabusé dans celui patient de cette mère qui avait déjà trop souffert. Callirrhoé était bien plus forte et courageuse que ce que l'on pouvait imaginer, Camus tenait bien ça d'elle.
« Je pensais naïvement pouvoir assurer sa sécurité, cette soirée nous a prouvez à quel point je me trompais. Tout comme je me trompais lorsque je pensais que ma plus grande crainte était la folie et le Néant.»
La naïade releva légèrement le menton. C'était dont ça... Elle reposa sa tasse.
« Vous l'avez bien mieux protéger que sa propre mère je le crains. Je compte sur vous mon seigneur alors je vous en pris ne faite rien qui pourrait vous conduire au Néant ! Pour Camus je vous en pris !
- Madame, c'est pour lui que je risque ma liberté.»
Callie laissa ses épaules retomber : qui était-elle pour contredire un dieu ? Particulièrement l'un des six créateurs majeur. Que pouvait-elle faire face à une telle détermination ?
« Mon seigneur, que comptez-vous faire dans ce cas?
- Vous le savez déjà Madame. »
Elle plissa les yeux, peu satisfaite de cette réponse qui pourtant confirma ses doutes mais avant même qu'elle ne puisse faire par de son mécontentement, le créateur tourna la tête vers le mur, cette air sombre de nouveau sur son visage.
« Mais avant de faire quoi que ce soit, je dois m'assurer qu'il soit en sécurité. »
Callie prit sa tasse sans pourtant détacher son regard d'Hadès et porta le liquide ambré à ses lèvres. Elle ne pouvait changer la volonté d'un dieu, elle en avait parfaitement conscience, cependant une dernière chose l'ennuyait. Tout devait être clair avant que le créateur ne s'en aille.
« Seigneur Hadès ? »
Sa voix certes douce mais étrangement douce arrêta le dieu qui s'était déjà levé.
« Madame ?
- Camus ne doit pas savoir. »
Elle reprit calmement une gorgée de son thé sans même regarder le créateur.
« Il n'en sera rien.
- Je parle bien entendu de son appartenance. Il est trop tôt. »
Hadès la regarda, jugeant silencieusement ce qu'on venait de lui dire. S'il en tenait à madame Callie, il le savait, il serait toujours trop tôt pour lui dire. Cependant, il était de son avis : ce n'était pas le moment. Les derniers mois avaient bien trop éprouvé le jeune homme et ce dernier lui avait par le passé explicitement dit qu'il ne désirait pour l'instant rien savoir. En tout cas qu'il ne voulait pas entendre parler de cette histoire sur son impossibilité de mourir.
« Je lui dirais la vérité madame seulement lorsqu'il désira la connaître. »
Madame Callie lui adressa un regard respectueux, jaugeant la sincérité du dieu. C'était son fils, elle voulait le protéger autant qu'elle pouvait et cette fois elle se fit la promesse d'y arriver. Éventuellement, elle mena le bord de sa tasse à ses lèvres.
« Votre arrangement me convient. »
La naïade détourna le regard, n'observant pas les grandes fenêtres les rayons timides de cette matinée d'été. Ses enfants n'allaient plus tarder à se réveiller de ce sommeil dans lequel le seigneur Hadès les avait plongés. Du coin de l'œil, elle vit le créateur s'excuser d'un signe de la tête avant de quitter le petit salon.
Une fois seule, Callirrhoé soupira : quoi qu'allait faire le créateur, elle priait intérieurement pour que tout finisse bien. Elle s'enfonça dans son fauteuil et laissa sa tête reposer contre la garniture, fatiguée. Repensant à toute cette histoire, elle ne put s'empêcher de rire d'un rire désabusé.
« Si seulement tu savais Louis... Si seulement tu étais là... »
Son rire s'étouffa lentement en sanglot qu'elle eut du mal à contenir. Si seulement les dieux étaient toujours parmi eux, eux et leurs miracles, elle aurait probablement craquer et supplier à genoux le dieu des Enfers de lui rendre son mari. Elle ne pouvait pas, le monde avait changé et ce depuis bien longtemps déjà. Le corps de son époux enfermé entre des planches de chênes et déjà sous terre ne pouvait pas se lever, c'était comme ça. Elle devrait encore une fois attendre avant de le poursuivre. Callirrhoé le retrouverai, elle l'avait toujours retrouvé.
Il leva lentement sa main vers le ciel couvert d'épais nuages duveteux, gris mais si lumineux, si pur. Le tissu légèrement translucide, d'un blanc maculé semblable à la neige à ses pieds, glissa le long de son avant-bras pâle. Il n'y fit pas attention, observant avec l'émerveillement d'un enfant le délicat flocon de neige qui vint se poser sur le bout de son doigt. Ni l'air glacé, ni la pluie cristallisée ne le perturbèrent lui qui était absorbé par sa silencieuse contemplation. Il était perdu dans ces contrés enneigées, face à des collines couvertes par un épais duvet blanc et protégé par la forêt qui revêtait son manteau hivernal. Le vent d'un froid glacial ne le fit pas frémir, même lorsque l'air s'engouffrait dans sa cape si légère qu'elle semblait être cousue seulement par le givre. Elle couvrait ses longs cheveux turquoise et ses épaules nues avant de devenir peu à peu opaque à mesure qu'elle se rapprochait du tapis de neige sur le quel ses bords reposaient.
Il leva la tête, observant les flocons qui tombaient dans le silence de cet endroit perdu entre les mondes. Sa main toujours bandée agrippée au pan de sa cape la refermait au niveau de son torse. Camus cligna deux fois des yeux lorsqu'un amas de flocon atterri sur le bout de son nez. La neige sur sa peau ne fondit pas, comme si son corps était l'endroit parfait où se posait. Sa peau devait être après tout toute aussi froide. Quel était ce lieu ? Quel était ce lieu ?
Il se tourna, le long tissu fin suivant la courbe de ses jambes. Blanc, tout autours de lui était d'un blanc si pur. De la neige partout et à perte de vue. Étrange, cet endroit semblait si surnaturel. Peut être n'était-il plus dans le monde des vivants. Peut être était-il encore dans un domaine. Peut être était-ce Hadès qui lui avait crée ce paradis. Après tout, Camus lui avait demandé par le passé s'il pouvait créer de la neige, cela pouvait être sa réponse. Ce monde était bien trop beau pour qu'il ai été crée par un être comme Zeus. Ça ne pouvait être qu'Hadès. Seul lui le connaissait au point de savoir à quel point il affectionnait les contrées gelées.
Timidement, il avança. Ses pieds s'enfoncèrent dans la neige, arrachant à tapis glacé ce bruit feutré si particulier et qu'il aimait tant. Sur un coup de tête, il décida de se diriger vers la forêt aux grands pains qui s'élevaient vers le ciel. Ils avaient quelque chose de rassurant, protégeant de leur ombre l'humain perdu dans cette plaine.
Puis, prit d'une soudaine euphorie, il se mit à courir. L'air glacial sur sa peau était si familier et réveillait en lui une joie qu'il n'avait plus connue depuis tant de temps. Il avait presque l'impression d'être enfin à sa place. Il continua sa course, ignorant ses pieds qui ne touchaient pratiquement pas le sol couvert de neige. Il était comme porté par le vent, son propre rire se mêlant aux flocons de neige flottant dans l'air.
Il tourna sur lui même, sa cape s'enroulant autour de lui en emportant de petits flocon, avant de reprendre sa route cette fois plus calme. Lorsqu'enfin il les vit, dansant dans un courant d'air. Elles le regardaient en riant, se baladaient autour de lui, de minuscules êtres au corps de cristal. Camus s'arrêta, tendant les mains vers ses petits êtres. L'une d'entre elle atterrît sur sa paume, formant à son contact des arabesques de gel sur la peau de l'homme. Elle s'agenouilla, enroulant quelques de ses cheveux courts d'un bleu irisé autour d'un de ses doigts. Sous son regard, elle passa ensuite une main sur ses longues ailes de et y dégagea un peu de neige.
Cosse était un esprit de la forêt, ce qui était entre ses mains devait sans aucun doute une fée des glaces. Sa figure élancée, couverte seulement par le gel, était légèrement transparente. Comme ses sœurs, ses ailes d'un bleu plus profond ne ressemblaient en rien aux ailes des insectes. Non, elles avaient l'aspects des feuilles de sauge gelées : effilées et poudreuses. Elle était plus petite petite que Cosse, d'une silhouette si gracile que le vent seul pouvait la porté. La créature le regardait de ses grands yeux d'un bleu de minuit. Son petit nez en trompette pointait vers lui alors qu'elle lui souriait avec innocence.
Elle ne semblait pas bavarde, pas plus que les autres fées qui dansaient désormais tout autour de lui avec curiosité. Il semblait cependant qu'il était apprécié par les demoiselles, particulièrement lorsque celle posé sur sa main s'accrocha à une mèche de cheveux. Battant de ses grandes ailes, l'être de gèle emporta avec elle ses cheveux turquoise avant de les accrocher à l'arrière de son oreille. Une fois les cheveux de l'homme replacés, la minuscule fée alla se reposer sur son épaule. Ses sœurs, elles, étaient toutes affairées sur Camus, décorant de flocons sa cape, tressant ses longs cheveux et ajustant sa tenue.
Les petites travailleuses, une fois leur tâche accomplie, virent à leur tour se poser sur l'homme. Parsemé de fées, trois dans ses cheveux, deux dans les plis de sa cape et une sur son épaule, Camus osa à peine bouger de peur d'en faire tomber. Avançant avec attention, il fut satisfait de constater qu'elles s'accrochaient suffisamment pour n'en perdre aucune.
« Où devrais-je aller ? », demanda-t-il à la fée sur son épaule.
Il caressa ses cheveux aux carrés alors qu'elle le regarda. L'être frotta légèrement son menton, réfléchissant, alors qu'une autre vint se pendre à ses cheveux, tombant ainsi sur son nez et le forçant à loucher. Elle lui offrit un grand sourire, ses yeux clos, avant d'agiter son petit bras dans une direction. Suivant des yeux le lieu qu'elle lui indiquait, il vit au loin la forêt dont il avait été si proche il y a quelques minutes à peine. La silhouette des sapins enneigés se dessinait à peine, elle se fondait pratiquement avec les plaines recouvertes de neige et le ciel blanc et cotonneux. La fée sur son épaule, qu'il décida de nommer Minuit en hommage à la teinte de ses yeux, se releva soudainement. Comme pour confirmer le choix de l'autre fée, désormais surnommée Blanche, elle secoua furieusement la tête de haut en bas.
« Bien, murmura-t-il, dans ce cas... Vous êtes toutes bien accrochées ? »
Il tenta de regarder derrière son dos avant de sentir quelque grimper le long de son échine. Rapidement, d'autres têtes apparurent de derrière ses épaules. Blanche s'envola tranquillement, rejoignant les autres sur un endroit bien plus stable de l'homme. Une fois sûre que ces nouvelles protégées étaient bien en sécurité, Camus décida d'entamer son chemin vers la forêt enneigée.
Il n'avait pas courut trop longtemps, le trajet fut court jusqu'aux arbres vigoureux. Leurs troncs sombres ancrés dans le sol s'élevait gracieusement jusqu'au ciel et leur feuillage persistant assombrissait l'épaisse forêt mais ne suffisait pas à empêcher la neige de se déposer au pied des arbres. Aphrodite aurait adoré visiter une telle forêt ! La plus part de ces conifères devaient sans aucun doute être des épicéas mais il distinguait tout de même quelques sapin, plus petit et aux épines plus clair.
Prit dans ses contemplations, il ne remarqua d'abord pas l'ombre à sa gauche. Ce n'est seulement qu'en voyant du coin de l'œil un mouvement qu'il comprit que quelque chose n'allait pas. Camus recula, fronçant les sourcils. Il n'avait pas particulièrement un mauvais pressentiment seulement la dernière fois qu'il s'était retrouvé dans un domaine, cela lui avait pratiquement coûté la vie... Ou autre chose. Il n'était pas vraiment sûr.
Il tenta de chercher du regard l'ombre, ne remarquant pas que les fées qui se cramponnaient à lui chaque fois qu'il tournait la tête. Peut être était-ce Hadès... Pourquoi diable jouerait-il à cache-cache ? Généralement le créateur ne se faisait pas prier pour apparaître auprès de lui. À moins qu'il ne s'agisse d'un esprit gardien de cette forêt. De mémoire, chaque forêt ou bois n'avait pas forcément de gardien mais il lui paraissait normal que cette majestueuse étendue d'arbres soit protégée par un esprit. C'est alors qu'il lui apparut, à peine à quelques arbres de lui. Camus haussa les sourcils.
La créature le regardait de ses yeux rouges sang, perchée sur ses pattes arrière, ses griffes fermement agrippées à un sapin. Son souffle roque expulsé par son museau formait une légère brume sous l'effet du froid ambiant. La créature était haute, ses longues cornes atteignaient même les premières branches d'un épicéa qui devait faire autour des 30 mètres. Elle serait bien plus haute encore si son dos n'était pas courbé, cependant son corps de bête ne lui permettait pas de se tenir comme un humain. De plus, une telle maigreur ne devait pas aider. La créature était si rachitique qu'une partie de sa peau ne semblait être qu'un cuir tendu sur ses os saillant. Quoi que ce n'était pas le plus inquiétant... Par endroit, sa peau desséchée était déchirée, suintant un liquide visqueux et sombre tout en laissait apparaître des os blanchit par le temps. C'était le cas de son poitrail : ses côtes tiraient la peau, ouvrant une brèche sur son cœur gelé qui bâtait cruellement lentement. Si ça n'avait été pour cet épais collier de fourrure brune, son torse et son cou aurait était totalement exposé. Camus releva les yeux vers sa face, son regard attiré par les plumes et les talismans qui pendaient sur ses cornes. Il distingua rapidement dans sa crinière de longues plumes du même rouge que celui des symboles sur son crâne de cervidé. Pas de chair, pas de sang, il n'y avait qu'un crane qui faisait office de tête à la créature.
Camus resta immobile mais pas de peur. Même les petites fées sur son épaule n'étaient pas le moins du monde déconcertées par la rencontre. Certes, la créature était loin d'être un gardien et son apparence était clairement maléfique pourtant l'humain ne se sentit pas un seul instant menacé, au contraire. L'entité ouvrit sa gueule de laquelle s'échappa une odeur nauséabonde. Ses yeux luisants toujours rivés sur l'homme, il referma et rouvrit plusieurs fois ses mâchoires produisant des claquements qui avait quelque chose d'assez enthousiaste.
Avant même que Camus ne puisse lui dire quoi que se soit, la créature disparut aussi rapidement qu'elle était apparut, laissant l'homme qu'il venait de rencontrer.
« Eh bien, dit-il en se tournant vers les fées sur l'une de ses épaules, ce fut une rencontre bien brève. »
Blanche hocha furieusement de la tête, alors que deux autres gloussèrent sans un bruit, leurs mains masquant leur moue rieuse.
« Ça ne me dit toujours pas où je suis..., murmura le jeune homme avec frustration.
- Dans ton domaine. »
Il sursauta en entendant la voix réconfortante derrière lui.
« Hadès ? »
Le dieu se tenait à quelques mètres de lui, ses cheveux et ses habits noirs tranchant avec le blanc de la neige. Il lui rappelait un peu un corbeau perdu au cœur de l'hiver ce qui le fit légèrement sourire. Désormais il en avait la certitude : c'était bel et bien le créateur qui était derrière tout ça. Camus s'approcha de lui, un sourire toujours sur ses fines lèvres.
« Merci Hadès. »
L'entité fronça un instant les sourcils avant de rapidement se reprendre. Bien sûr, son humain devait penser qu'il lui avait crée ce lieu, pas qu'il s'agisse véritablement de son domaine attendant depuis des siècles la venu de son créateur. Cette histoire devenait compliquer, même pour lui...
« J'en déduis que tu aimes ?, demanda-t-il pour ne pas se trahir.
- Un peu de neige suffirait à me combler! Alors toute une étendue ! »
Le créateur ne put s'empêcher de sourire : il était rare de voir Camus être aussi sincèrement heureux.
« Les fées aussi son une illusion ? »
Blanche regarda le jeune homme, très sûrement outrée alors que Minuit et une autre fée tapèrent de leur petits poings son humain. Ah, elles étaient minuscules... Imaginaient-elles vraiment pouvoir le blesser ainsi ?
« Non, ce sont des habitantes. Des habitantes vexées.
- Je vois ça..., Camus se tourna vers elles. Je suis désolé, je ne voulais pas vous blesser. »
Alors que deux fées croisèrent les bras, boudant, les autres voletèrent autour de lui. Ses excuses avaient dû être acceptées. Blanche était d'ailleurs en train de frotter sa tête contre la joue du verseau comme le ferait un chaton, emmêlant par la même occasion ses longs cheveux blanc neige.
« Mon erreur est involontaire : je pensais que lorsque le créateur d'un domaine le quittait, le domaine cessait d'exister, Hadès croisa les bras.
- C'est le cas.
- ... Alors comment peuvent-elles vivre ici si vous n'êtes pas constamment dans ce domaine?
- Oh... Je vois. Tout simplement parce qu'il ne s'agit pas de ce genre de domaine là Camus. »
Il vit son humain retrousser le nez et froncer les sourcils.
« Pardon ? »
Hadès laissa retomber ses bras : lui qui n'était pas venu pour ça... C'était trop tard : Camus le regardait attendant clairement qu'on lui explique. Le créateur le connaissait si bien maintenant, s'il ne lui disait pas le pourquoi du comment, il allait penser qu'il le prenait pour un idiot. Ce qui n'était vraiment pas le cas. Il claqua sa langue sous le regard insistant de son humain.
« Et bien... Les dieux ont la capacité de créer des mondes. Dans ce cas, des bulles.
- Ces domaines ne disparaissent pas ?
- Non. Ceux auxquels tu as fait face jusqu'à maintenant étaient éphémères, celui dans lequel tu te trouve est définitif. On les appelle aussi des Sanctuaires. »
Camus haussa un peu la tête, prenant en compte les informations qu'on venait de lui fournir. Donc ils existaient deux types de domaines ? Pourquoi Hadès ne lui en avait pas parlé plus tôt ? Maintenant qu'il y réfléchissait, il cru se souvenir que leur dernières véritable conversation sur ces dimensions remontait à quelque mois plus tôt. Le créateur n'avait pas encore retrouvé tous ces souvenirs.
« À quoi servent ces 'sanctuaires' dans ce cas ?, Hadès haussa un sourcil, déconcerté.
- À quoi sert une maison Camus ? »
Ah. Oui. Ça semblait évident. L'homme cacha son visage derrière ses mains, honteux de ne pas avoir pensée un instant à cette possibilité. L'une des minuscules créatures tenta de tirer un doigt de l'humain, ignorant pourquoi il réagissait ainsi. Une chose était sûre : les fées paraissaient l'apprécier.
« Pardonnez ma stupidité : je suis fatigué. »
À l'instant même où il laissa inconsciemment ces mots lui échapper, il mordit l'intérieur de sa joue. Oh non. Il n'avait pas dit ça ? Ses mains toujours sur ses yeux, il pouvait sentir d'ici des vagues d'un cosmos des plus hostile. Si. Si il l'avait bien dit.
« Ne soit pas ridicule, le gronda Hadès d'une voix basse. Tu n'es pas un idiot. »
Ses mots étaient bien doux pour un ton aussi dangereux. Le créateur depuis quelque temps ne supportait plus qu'il se dévalorise. Bien que Camus pouvait comprendre, il ignorait ce que le dieu ressentait vraiment chaque fois qu'il se critiquait.
« Pour une telle réflexion, tu mérites une punition. »
Camus retira aussitôt ses mains, ses sourcils haussés. Quoi ? Que voulait-il dire par là ? Il n'était pas un enfant ! Le dieu lui offrit un sourire légèrement sarcastique, savourant probablement la confusion sur son visage. Le verseau n'appréciait guère cette expression, d'autant plus lorsque le dieu s'apprêter à se retourner.
« Je te laisse ici réfléchir à ce que tu viens de dire mon cher Camus.
- Attendez ! Vous ne m'avez- »
Avant même qu'il n'ai le temps de finir, Hadès disparut devant ses yeux.
« - pas dit comment sortir d'ici... »
C'était la première fois qu'il voyait le dieu ainsi disparaître. Il était là, face à lui et la seconde suivante, plus rien sinon une gerbe de vent transportant des cristaux de glace. Planté au milieu de cette étendue de glace, perdu, Camus n'eut d'autre choix que de se tourner vers ses nouvelles amies.
« ... »
Les fées le regardèrent avec curiosité, prêtes à l'aider s'il leur demandait. Le jeune homme tourna cependant de nouveau la tête vers l'endroit où il avait vu pour la dernière fois le seigneur des Enfers. Bien, peut être avait-il sous-estimé la malice d'Hadès. Où peut être que le dieu était vraiment maléfique. Dans tous les cas, il n'aurait plus qu'à attendre que le créateur cesse de bouder et vienne le chercher. Il soupira longuement.
« Avez-vous d'autre chose à me montrer ?, demanda-t-il en regardant ses fées. Je crains devoir vous tenir compagnie pendant encore un long moment. »
Les petites créatures trépignèrent sur ses épaules, sautillant encore et encore. Au moins certains étaient heureux dans cette histoire...
Héra ignorait depuis combien de temps elle buvait les paroles de son époux. Le temps avait-il la moindre valeur au sein de l'Olympe ? Elle l'avouait, elle s'était perdue dans ses mots, dans ses regrets. Une fois qu'ils avaient le balconnet pour rejoindre leur chambre, elle perdit le seul indice qui aurait put lui indiquer les heures qu'elle avait passé à ses côtés.
Certes, leurs somptueux appartement privé était doté de grande ouverture qui donnait sur une cour intérieur cependant le soleil y brillait éternellement. La nuit était-elle nécessaire à des êtres immortels ? Le balconnet lui donnait cependant sur le ciel qui surplombait le monde des humains, les dieux pouvaient ainsi admirer les nuées étoiles.
Inconsciemment, Héra ne put empêcher son regard de se déposer sur les rosiers du jardin. Leur fleurs délicates ne fanaient jamais, elles étaient comme eux des inconnus aux yeux du temps. Dans leur écrin de verdure, elles se balançaient au grès du vent fantomatique, riant au nez de la vieillesse et de la mort. Après tout, Thanatos en personne refusait de poser un pied au sein du sanctuaire des dieux. Si seulement il s'y refusait pour ne pas le souiller de sa personne plutôt que par dégoût envers ses pairs.
La déesse plissa légèrement les yeux : ces fleurs faisaient parties du paysage, leur constante présence les avaient rendue invisible. Oui, Héra était si habituer à les voir qu'elle n'y faisait plus attention. Elle en venait presque à regretter le monde des humains où tout changeait tout le temps. Dans son monde parfaitement ordonné, elle envia sans ce l'avouer le chaos des saisons, du temps qui passait et de la mort elle même. La déesse avait lentement mais sûrement décroché, perdu dans ses pensées plutôt que dans les mots de son époux et roi.
Pourtant, quelque chose n'allait pas. Ses fins sourcils se froncèrent sans son accord. Tout était là : des roses satinés au grappe de glycine qui ornaient avec délicatesse les arches blanche jusqu'au parfum poudré du jasmin. Rien n'avait changé, depuis une éternité. Chaque fleur cueillie repoussait à l'identique, chaque feuille arrachait revenait. Malgré tout, Héra n'arrivait pas à ignorer ce sentiment en elle à tel point qu'elle ne remarqua même pas Zeus se taire.
« Héra ? »
Il posa une main sur celle de son aimée, intrigué. Sa reine était rarement si silencieuse et son visage trahissait une certaine préoccupation. Suivant son regard, il ne vit que les gerbes de fleurs, le vert émeraude des plantes. Qu'est-ce qui avait ainsi capté l'attention de son épouse ? Elle qui pourtant l'écoutait habituellement avec ferveur.
« Héra, pourquoi êtes-vous ainsi troublée ? »
La déesse lui répondit enfin, d'un regard perdu. Elle semblait avoir tout juste été réveillée d'un long sommeil. Pendant un court instant, le dieu sentit qu'elle n'était pas tout à fait revenue à elle. Son visage était tourné vers lui, certes, mais cette épaisse brume persistait dans ses yeux.
« Peut-être devrions-nous y aller, murmura-t-elle.
- Vous avez raison, nous devrions rejoindre la salle du trône. »
Il se leva, tirant légèrement sur la main de son épouse toujours assit sur leur lit. Elle le suivit, sans pour autant perdre cet air préoccuper, même lorsqu'ils déambulèrent dans les grands couloirs. En réalité, Héra était tellement prise par ce sentiment étrange qu'elle ne se souvint pas à quel moment elle s'assit sur son trône. Ses pairs défilaient devant ses yeux, tous ornés de dorures et de sublimes parures. Ils tournaient, fourmillaient face à eux. Ils grouillaient, comme si une tempête se préparait et le mouvement permanant mêlé aux éclats de lumière que reflétaient ornements des dieux lui donnait le vertige.
Zeus regarda son épouse avec attention avant de reporter son regard sur sa cour. Bien sûr, il s'inquiétait pour Héra mais il n'y avait pas qu'elle qui présentait un comportement étrange. Il ne se souvenait pas avoir vu les autres dieux ainsi s'agiter, pas que sa cour soit habituellement calme. Cette fois cependant, les mines semblaient tendues, les corps paraissaient raides. Bien plus de maladresse avaient lieu, que ce soit une coupe échappée ou une bousculade accidentelle. Même les rires pourtant normalement si léger et cristallin étaient désormais nerveux. Tous semblaient vouloir soutenir cette impression que tout allait bien, peut être cette comédie était-elle inconsciente d'ailleurs. Lui-même sentait après tout que quelque chose n'allait pas.
Ça s'était installé aussi lentement que rapidement. Personne n'avait d'abord rien remarqué, peut être une sensation de tension dans la nuque ou une raideur de leur épaule qu'ils avaient ignorée. Progressivement ça s'était diffuser, les signes de gènes devinrent évident : un main passé sur leur nuque, une tempe légèrement massé, des sourcils froncés. Ces signes, aussi évident étaient-ils ne furent pourtant pas remarqué. Non, ils faisaient tout après tout pour se convaincre que ça n'était rien. Pourquoi faisait-il ça ? Zeus se pencha sur son trône, inquiet. Pourquoi ne réagissaient-ils pas ? Non, les créateurs s'efforçaient à ignorer ces petites choses qui en si peu de temps les rongeaient. Il eut pourtant une chose qu'ils ne purent ignorer.
Zeus, bien que n'étant pas le dieu du soleil, était cependant leur roi. Comme tout roi, il se devait d'être baigné de lumière. Derrière son grande trône d'un blanc maculé, de grandes arches s'ouvraient sur un leur soleil éternel. L'obscurité grignota lentement la salle du trône, qu'elle pénétra entre les grandes colonnes en noyant la lumière mordorée qui baignait les dieux, l'inquiétude des créateurs grandit. Leur roi, toujours entouré de lumière, vit sa cour lentement se décomposer lorsque d'épais nuages couvrirent les derniers rayons de lumière, le plongeant à son tour dans les ténèbres.
Sans manquer une seconde, il se tourna vers les arches pour découvrir un ciel presque noir où régnaient désormais d'épais nuages orageux. Les grandes portes de la salle s'ouvrirent à la volée, claquant lourdement sur les murs de pierre. Tous les regards étaient sur lui désormais. Toute l'attention dont il avait jadis rêvé sur lui et lui seul.
Hadès avait parfaitement soigné son entrée. Il avait fait planer son ombre au dessus d'eux comme un oiseau de proie, il les avait prévenu de son imminente arrivé et pourtant aucun d'entre eux n'arrivaient à en revenir. Le seigneur des Enfers, là devant eux, parfaitement immobile dans l'embrasure des portes, ses yeux perçant sur ceux plus clairs du seigneur des Cieux. Imposant, funeste vêtus tout de noir. Il n'avait même pas prit la peine d'apparaître dans autre chose que ses habits qu'il portait il y a de ça des siècles lorsqu'il fut jeté dans le Néant.
Il fit un pas en avant et ce fut toute l'assemblée qui recula. Il avança, sans lâcher Zeus du regard, ignorant la plèbe qui se séparait pour le laisser passer. Ils auraient dû faire quelque chose, ils auraient dû l'empêcher de continuer à marcher mais diable que pouvaient-ils faire face à l'être qui avait déjoué le Néant ? Face à l'être de délation qu'il était devenu ? Rien, il n'y avait rien à faire.
Ses pas résonnèrent dans le silence, les créateurs détournèrent leur visage du seigneur de crainte de croiser son regard. Sortie de sa torpeur, Héra lança un regard paniqué à son époux. Elle se serait exclamer si sa voix lui avait permis en voyant leur seigneur figé, bien plus encore que toute sa cours. Immobile, incapable de seulement bouger les lèvres, alors que leur plus grand malheur approchait. Il fallait qu'il fasse quelque chose ! S'il y avait l'un d'entre eux qui pouvait arrêter Hadès, c'était bien lui !
Hadès monta les marches du trône avec une cruelle lenteur sous les yeux terrifiées d'Héra. Il approcha une main trop pâle du visage de son frère, puis une autre. Il empoigna avec force le tissu de ses vêtements au niveau de ses épaules et le ramena violemment vers lui. Suspendu par ses étoffes de soie, Zeus ne sentit ni son trône ni le sol sous ses pieds. Non, tout ce qu'il sentait était la rage de son frère l'encercler, son cosmos empoisonné glisser sur sa peau. Son souffle glacial contre son visage. Pourtant, même à cet instant où il n'était rien de plus qu'une proie, il ne put bouger. Autour d'eux s'élevèrent lentement des chuchotements et des lamentations d'autres créateurs, seule réaction des spectateurs de cet effrayant spectacle et lui restait immobile. Gelé.
« Zeus, murmura-t-il, ô Zeus. Mon frère. »
Un rire macabre lui échappa, un ricanement qui fit frissonner son plus jeune frère. Hadès n'avait pas changé. C'était cette pensée qui l'avait gelée, c'était l'idée seule que son frère lui revienne plus fou et plus cruel qu'auparavant. Héra voulut se lever. Elle voulut secourir son époux mais aussitôt qu'elle s'élança vers Hadès, des liens noirs comme la nuit glissèrent contre ses poignets et ses chevilles. Ces liens visqueux la retinrent contre son grès, la tirèrent contre son trône et enfin Zeus réagit. Il regarda avec horreur sa pauvre Héra, une exclamation passa ses lèvres. Une exclamation que partagèrent les créateurs en voyant leur reine ainsi retenue.
Hadès vit la panique dans les yeux de Zeus. Il vit ses regards qu'il lançait vers sa reine, puis ceux qui le suppliaient en silence de ne pas lui faire de mal. Il y voyait la peur, il y lisait ses prières silencieuses qu'on lui adressait. Était-ce regard que Camus lui avait adressé ? Était-ce avec tant de terreur qu'il avait supplié le dieu des dieux ? Hadès resserra ses phalanges arrachant un crissement désagréable au tissu. Zeus n'avait pourtant peur de rien mais il le sentait trembler. Il le sentait tout petit entre ses mains, faible et impuissant.
« Je t'en pris... Je t'en pris Hadès... »
Il entendit ses suppliques, ce chuchotements misérables et sanglotant mais plutôt que d'apaiser son esprit, ce fut tout le contraire. Les yeux du dieu des Enfers, bien que toujours ancrés dans ceux de Zeus, était lointain. Sa rage, sa colère étaient toujours présentes seulement c'était comme s'il ne regardait pas lui mais bien plus loin derrière. Zeus l'ignorait, mais ces quelques mots mêlés aux trémolos dans sa voix avait réveillé quelque chose de bien obscure dans le cœur de son frère. Certes, Hadès était désormais immobile avec une expression neutre pourtant le créateur sentait peu à peu les mains de son ainés trembler.
Il l'avait supplier, combien de fois l'avait-il supplier ? Combien de fois ne l'avait-il pas écouté ? Combien de fois avait-il violé les mêmes limites ? Combien ? Combien Zeus ? Bien trop. Une seule fois était déjà une fois de trop. Il avait eu le choix, il était en position de pouvoir depuis le début. Il ne tenait qu'à lui de dire stop. Inconsciemment, Hadès resserra ses liens autours d'Héra, lui arrachant un cri de douleur qu'il ignora.
« Héra ! »
Zeus tenta de tendre un bras vers elle, désespéré de la voir ainsi souffrir. Il aurait put faire quelque chose seulement il n'était plus sûr de sa puissance, ni même de celle de son frère. Si des siècles passé à regarder le temps s'égrainer baigné dans une douce allégresse l'avait sûrement affaibli, alors qu'en était-il d'Hadès ? Son ainé avait lui purgé une longue peine et avait réussi à s'échapper du Néant. Pouvait-il encore lui tenir tête ? Pouvait-il faire autre chose que de tendre la main vers son aimée ?
Il n'avait tourné la tête vers sa déesse que quelques secondes et pourtant il sentait déjà de nouveau la rage brûlante d'Hadès sur lui. Il pouvait l'imaginer, il pouvait imaginer l'humain crier sous ses mains. Ses cordes vocales se déchirer avant que sa voix ne s'éteigne. Il voyait pratiquement se dessiner le visage de son précieux humain noyer de larmes et de dégoût. Il le voyait brisé sous les mains de Zeus. De quel droit ? De quel droit le suppliait-il ? De quel droit se faisait-il passer pour la victime ?
« Hadès je t'en pris arrête !
- Arrêter ? T'es-tu arrêté toi ? T'es-tu arrêté Zeus ?! »
Zeus le regarda interloqué alors que sa voix empoisonnée de rage résonnait toujours. Effrayés, les autres créateurs reculèrent, laissant leur roi seul face à son destin. Pas que l'un d'entre eux ai pensé un seul instant s'interposer mais désormais, seulement s'approcher paraissait être une très mauvaise décision. Il n'y avait bien qu'Héra qui était prête à tenir tête au créateur de Enfers. Seulement plus elle luttait, plus les liens qui l'entravaient remontaient le long de sa peau.
L'air était désormais plus tendu encore, chacun se demandant ce que le dieu maudit allait faire, s'il allait détruire leur précieux monde ou s'il allait emporter leur roi avec lui dans le Néant. Seulement Personne hormis Zeus ne pouvait voir les yeux du créateur. Quelque chose avait changé dans ce bleu pur : derrière la colère se cachait quelque chose de grisant, une profonde incompréhension et un chagrin évident. C'était tellement évident que la rage qui dansait dans ses yeux devait lutter pour rester à la surface. Noyée, elle refaisait surface plus violente encore, comme si dans les pensées de son ainé un cycle permanent c'était crée. Incompréhension, tristesse et rage revenant plus agressive à chaque fois.
« Ne t'approche plus de lui Zeus.
- Pardon ?, le dieu fronça les sourcils avant que son frère ne l'approche d'autant plus de son visage.
- Ne t'approche plus jamais de lui. »
Hadès appuya chacun de ses mots qu'il siffla entre ses dents, ses mâchoires serrées de rage.
« J'ignore de quoi tu parles !, se défendit Zeus.
- C'est moi qui l'ai sortit de tes griffes Zeus. C'est moi qui te l'ai arraché. »
Tous ce qu'il reçu comme réponse fut un regard d'autant plus perdu. Il finirait par comprendre.
« Si tu t'approches encore de lui Zeus, il se mit à chuchoter, alors tous tes précieux humains ne seront plus. Tous ce que tu aimes tant ne sera plus. Et tu ne pourras pas m'arrêter cette fois. »
Enfin, il lâcha son frère qui tomba lourdement sur son trône. Il regarda le roi des dieux avec dédain, le trônant de sa grandeur. Il se pencha vers lui une dernière fois et contre toute attente, ferma les paupières et lui offrit le plus grand de ses sourires dans une joie maculée de fausseté.
« Mon frère, mon cher frère. Il n'en tient qu'à toi désormais. »
Il ouvrit ses grands yeux bleus empoisonnés par la haine et la malice.
« Tâche de faire le bon choix, sinon... »
Les créateurs étaient suspendu à ses lèvres, attendant d'entendre la sentence que le dieu réservait seulement il ne leur laissa pas ce plaisir. Non, à la place il sourit d'autant plus avant de se tourner. Personne n'attendit pour s'écarter, la seule pensée de ce créateur les frôlant suffisait à les faire reculer de plusieurs pas. Le bruit de ses pas prit de nouveau la place du silence et en quelques secondes à peine, il disparut.
Tout redevint comme avant : les liens qui emprisonnaient Héra n'étaient plus, les rayons du soleil pénétrèrent la salle et la musique fantomatique flotta insouciamment dans l'air. Pourtant, plus rien n'était comme avant. Plutôt que de danser, de converser et de s'amuser, tous restèrent immobiles osant à peine bouger de peur qu'il ne revienne. Plutôt que l'ambiance habituellement chaleureuse il régnait dans la salle une impression lugubre. Celui qui aurait dû ne plus être avait marché parmi eux, avait grimpé les marches du trône et avait menacer leur roi. Leur roi qui restait silencieux, son regard lointain.
Une main se posa sur bras mais ça ne suffit pas à le sortit de sa torpeur. Héra se pencha vers lui, caressant de ses phalanges encore tremblante la joue pâle de son époux.
« N'est-ce pas ce que vous désiriez ? Ne désiriez-vous pas le revoir ? »
Sa voix était emplie de chagrin, de terreur. Elle tremblait presqu'autant que ses mains.
« Je ne sais pas... »
Il tenta d'ignorer les marques rouges sur les poignées de son épouse, ainsi que les visages de ses sujets plus blafards que toutes les âmes qui marchaient le long du Styx.
« Je ne sais plus... »
Zeus était déboussolé, son épouse et le reste dieux, eux, terrifié. Il avait prié pour qu'Hadès revienne mais pas comme ça. Il voulait seulement retrouver son ainé plein de sagesse et d'humanité mais à la place, tous ce qui restait était le même monstre sans cœur qu'il avait emprisonné. Seulement ce monstre pouvait désormais marcher sur Terre et parmi les humains...
Les humains...
Il se leva soudainement.
Ganymède.
Camus.
Camus était exactement là où il s'attendait à le voir : endormit dans une petite grotte contre la paroi de basalte. Les petites fées des glaces contre lui, assoupis, ainsi que d'autres esprits du froids que l'homme avait probablement récupéré sur son chemin. Hadès ne put s'empêcher de sourire face à ce spectacle adorable. L'un des esprits, un chat à la robe d'un blanc étincelant reposait sur ses genoux. La pauvre petite chose avait dû se perdre dans la neige d'un hiver rude. La vie peut être si cruelle, heureusement pour lui la mort avait été plus clémente. Camus, ou plutôt Ganymède, l'avait probablement trouvé et n'avait sûrement pas pu s'empêcher de l'amener dans son sanctuaire. Quoi qu'il en soit, les voilà tous deux endormis l'un contre l'autre.
Lorsqu'il s'approcha, le félin releva la tête et l'observa de ses grands yeux bleu nuit. Il jaugea le dieu, jugeant s'il était digne de s'approcher de son sauveteur. Éventuellement, le chat reposa sa tête sur ses pattes immaculées pour reprendre le cours de sa sieste. Bien, il avait été accepté. Camus ne le savait peut être pas mais les esprits, qu'ils soient humains ou non, appréciaient sa présence. Il devait d'autant plus compter pour l'animal sur ses genoux.
Le dieu s'assit lentement à côté de son humain, faisant bien attention de ne pas le réveiller. Il avança avec précaution une de ses mains vers le chat, celui-ci releva la tête et renifla un instant le dieu. Un rire grave lui échappa lorsque les longues moustaches chatouillèrent le bout de ses doigts. L'animal ne fut nullement surprit par le bruit, plutôt que de reculer il frotta sa tête contre le créateur. Hadès gratouilla la tête du chat, ce dernier le gratifiant du ronronnement qui flotta dans la petite grotte.
C'était un monde incroyable que Camus avait créé dans son passé. Jusqu'à ce jour, il ignorait que l'humain s'était construit un domaine lors de sa précédente vie, mais désormais ça lui paraissait évident. Ganymède a souffert, il en était certain, il avait eu besoin d'un lieu comme celui-ci. Un refuge à son image parmi lequel il pouvait échapper à Zeus et son épouse Héra. Après tout, sans aucun souvenir, Camus s'était retrouvé pour la première fois depuis sa nouvelle vie dans son monde et ce après sa rencontre avec Zeus. Hadès sentit la chair de poule dévaler le long de son bras. Oui, Ganymède avait sûrement l'habitude de se réfugier ici et même sans aucun souvenir, le cosmo de Camus l'avait conduit dans ce lieu où il était en sécurité. D'ailleurs, sans la clé squelette, jamais Hadès ne l'aurait trouvé.
Le chat bailla. Il se leva, prenant le temps de s'étirer avant de descendre de l'homme. L'une des fées, dissimulée jusqu'à maintenant dans le long pelage du félin glissa sur le vêtement de Camus avant de protester contre le chat. L'animal répondit par un coup de langue, ébouriffant les cheveux du petit être qui protesta d'autant plus. Hadès observa l'échange entre les deux esprits, amusé. La fée gonfla ses joues, ses poings serrés, avant de voler jusqu'au sommet de la tête de Camus où reposait un étrange esprit. La chose ressemblait à une boule de fourrure blanche avec deux petits yeux ronds et noirs qui s'ouvrir en sentant la fée se poser sur lui. Un feu follet du grand Nord. Son pelage épais et soyeux lui permettait de survivre aux basses températures. Malgré ce que l'on aurait put croire, n'était non pas blanc mais transparent comme ceux des ours polaires. Ce manque de pigmentation permettait de diffuser la lumière qu'il produisait sans l'atténuer.
Le bruit finit par réveiller le dernier esprit. Il leva son très long museau vers la tête de Camus mais reprit place contre son cou lorsqu'il vit la source du raffut. Cette créature avait un très long corps légèrement translucide ainsi que quatre minuscules pâtes griffus. Bien que long et élancé, la créature ne ressemblait pas à un serpent mais plutôt à une fourrure vivante. Ses oreilles rondes, aussi petites que ses pâtes, se dressaient chaque fois qu'un bruit le dérangeait. Il n'avait pas de bouche, juste deux petits points noirs comme yeux et était d'un magnifique bleu cobalt. Hadès n'était pas sûr de ce qu'il était exactement cependant sa morphologie lui laissait penser que cet esprit se servait des courants d'air pour se déplacer, probablement en ondulant. Il paraissait à son aise autour du coup de l'humain, telle une véritable écharpe !
« Depuis combien de temps êtes-vous revenu ?
- Quelques minutes à peine.
- Vous n'avez pas eu de mal à me trouver ?, demanda Camus d'une voix ensommeillée.
- Pas plus que c'est trois là. »
Camus prit le feu follet dans ses mains, faisant bien attention de ne pas lui faire mal en le posant sur ses genoux. Lorsqu'il vit les cheveux en bataille de la fée sur le feu follet, il fronça les sourcils.
« Que t'est-il arrivé Minuit ? », murmura-t-il
Aussitôt, l'esprit des glaces pointa le chat du doigt d'un air accusateur.
« Il semble que l'un de tes nouveaux amis ai décidé de lui faire une petite toilette. Tu leurs as déjà donné un nom d'ailleurs à ce que je vois, Camus hocha la tête.
- Il y a Minuit, Blanche, Flocon, Gwen et Perle. Ce sont les fées. Ça, fit-il en soulevant un peu le feu follet, c'est Albin. Celui autour de mon cou je l'ai appelé Océan, je l'ai trouvé près d'un court d'eau. Et enfin le chat s'appelle Chamallow.
- Chamallow ?, Camus haussa les épaules.
- Il ressemble à un gros Chamallow. Et puis ça fait un jeu de mot avec 'chat'. »
Hadès haussa un sourcil mais il devait avouer que le félin ressemblait effectivement à une guimauve... poilue.
« Je ne sais pas s'ils avaient nom, les fées ne parlent pas donc...
- J'ai l'impression que leurs surnoms leur plaisent. »
L'homme sourit doucement. Il était encore endormi, après tout il avait probablement marché un long moment avant d'arriver jusqu'ici. C'était un peu cruel de sa part d'ainsi le laisser errer seulement il voulait être sûr qu'en son absence, Camus ne risquerait rien. Il ne pourra pas toujours être avec lui, il en avait conscience, seulement il y avait quelque chose qu'il pouvait faire. Alors que Camus s'amusait avec Albin en le tenant près de son visage est en soufflant doucement sur lui, Hadès lui demanda :
« As-tu ton pendentif ?
- Uh ? Oui, pourquoi ?
- Puis-je le voir un instant ? »
Camus posa Albin sur ses genoux, se dernier protesta d'un petit claquement avant de tourner trois fois sur lui même et de s'allonger sur l'homme pour dormir. C'était assez drôle à voir, les pattes de la petite créature, pareille à celle d'un hamster ou d'un cochon d'Inde, dépassaient à peine de sa fourrure. Il en était de même pour ses deux paires d'ailes, c'était à se demander comment une telle chose pouvait voler.
L'humain caressa Océan qui comprit instantanément ce qu'on lui demanda et qui glissa le long de son bras jusqu'à sa jambe. Camus put enfin passer ses deux mains à l'arrière de son cou et défît son précieux pendentif. Il le tendit par la chaine au créateur avant de le poser au creux de la main qu'on lui tendait. Camus l'ignorait mais cet objet qu'il aimait plus que tout lui avait été offert par Zeus et Hadès se doutait qu'il avait servit à son frère de point de repère. Madame Callie avait fait un travail formidable une fois qu'elle s'était rendue compte qu'elle ne pouvait pas se débarrasser de l'objet. Après de nombreux exorcisme en tout genre sur l'objet, elle avait réussit à suffisamment affaiblir l'emprise qu'avait Zeus sur l'objet. Ce qui aurait dût être son plus grand atout allait désormais être une entrave.
Hadès posa le bijou sur sa chlamyde sous le regard attentif de son humain. Il sortit de nul part, comme à son habitude, une courte dague et se saisit d'une longue mèche de sa chevelure. D'un coup net, il la trancha sans la moindre hésitation. Il reposa la dague à côté de lui, enroula la longue mèche autour de ses doigts.
« Tu l'ignores probablement, commença-t-il en sentant le regard curieux de l'homme, mais nous autres dieux sommes véritablement des créatures complexes du point de vue physique. »
Une fois suffisamment serrés, il noua ses cheveux.
« Si l'on nous blesse, nous saignons pourtant nous ne sommes ni de veine ni d'artère. Nous avons un corps physique, palpable mais nous sommes pourtant des êtres d'énergies qui ne sont pas soumis au même loi que les mortels, il regard Camus dans les yeux. Certains d'entre nous sont nés deux fois, ils ont laissé leur enveloppe humaine à la terre pour adopter celle des autres dieux. »
Il baissa de nouveau les yeux pour ouvrir doucement le petit pendentif. Sans grande surprise, il n'y avait pas l'ombre d'une photo dans le petit objet. C'était pourtant son but premier...
« Ainsi, il paraît normal que nos cheveux contiennent notre énergie. Notre essence. »
Camus savait dès l'instant où Hadès coupa ses cheveux ce qu'il comptait en faire. Il plaça la mèche dans le pendentif qu'il referma. Rien de particulier ne se passa, l'objet ne s'illumina pas mais ne s'obscurci pas non plus. Il resta comme telle, malgré le cosmos qui reposait désormais en lui. Hadès rendit alors le bijou à Camus, satisfait de son travail.
« Désormais, peu importe où tu te trouves, je serai capable de te trouver et de te rejoindre. »
Camus sentait le cosmo du dieu doucement émané du pendentif. S'il y a des mois de ça, l'énergie du dieu aurait été trop pour lui, il s'était désormais habituer. S'en était même rassurant pour lui à présent. Sans perdre une seconde, l'homme remit sa chaine autour de son cou mais ne parvint pas à la fermer. Très vite, il sentit les mains du dieu sur sa peau et se dernier se chargea alors de le refermer à sa place.
« Je ne serai peut être pas toujours à tes côtés, que ce soit lorsque tu travailles ou lorsque tu as seulement besoin d'espace mais avec ça, je suis sûr de toujours pouvoir revenir vers toi. »
Camus ne répondit pas : il savait pertinemment qu'Hadès ne serait pas toujours là cependant d'entendre ses mots lui faisait... mal ? Il fronça les sourcils. Hadès était un créateur, l'un des plus puissant qui plus est. Il devrait partir un jour et ce jour là Camus le laissera s'en aller car ce serait le mieux pour tous les deux. Il s'était fait à cette idée depuis longtemps pourtant... pourtant il se surprenait à vouloir que le créateur reste à ses côtés. Il ne voulait pas penser au fait qu'il pourrait ne plus jamais le revoir. Il ne voulait plus être de nouveau seul comme il l'avait été auparavant. Bien sûr, il avait Milo. Il avait Hyoga et Isaac et tous ses amis mais ce n'était pas pareil... Aucun d'entre eux n'était Hadès.
Il s'était attaché au seigneur, bien plus qu'il ne l'aurait dû.
« Quelque chose ne va pas ? Tu as l'air absent.
- Non, rien. Ne vous en faites pas. »
Malgré ses mots, Hadès voyait clairement que quelque chose tracassait son humain seulement si Camus ne voulait pas en parler, alors il ne le forcerait pas. Le jeune homme détestait qu'on l'harcèle de question, c'était d'ailleurs le meilleur moyen de le braquer.
« Nous devrions rentrer...
- Hm... »
Hadès se releva avant de tendre sa main au jeune homme qui l'accepta. Une fois sur pieds, il lâcha Albin qui commença aussitôt à voleter autour d'eux. Il n'avait pas vraiment envie de laisser ses nouveaux amis mais il serait égoïste de les emporter avec lui dans un endroit caniculaire alors qu'il était clair qu'ils étaient tous fait pour le froid polaire. Même Chamallow. Il s'agenouilla cependant, décidé à leur dire au moins au revoir.
« Nous reviendrons, d'accord ?
- Merci. », souffla Camus.
« Il est en danger !
- Comment pouvez-vous en être aussi certain ?
- Tu l'aurais vu ma Perséphone, la même rage, la même cruauté qu'il y a des millénaires de ça ! »
Perséphone soupira, son cher père tournant en rond dans la salle du trône des Enfers. Diable, que cette histoire allait mal finir ! Le seigneur Zeus qui ne comprenait pas instant les menaces de son frère et le seigneur Hadès qui lui avait décidé de faire la pire entrée possible. Tous les deux obnubilé par la même personne.
Bien sûr, son père allait probablement essayer de sauver son 'cher et tendre Ganymède' et le seigneur Hadès ne ferait exactement que ce qu'il a dit. Elle se doutait cependant qu'il ne mettrait son plan à exécution que si et seulement si le seigneur Zeus faisait le moindre mal à Camus. Cependant son père avait fait preuve de temps de si peu de considération envers Ganymède par le passé... Il fallait qu'elle fasse quelque chose avant que tout ceci ne dégénère.
« Faites ce que vous désirez père, cependant soyez discret. Ne tentez pas de vous confronter au Seigneur Hadès : qui sait quel pouvoir il pourrait avoir acquit dans le Néant.
- Que me conseille-tu ? »
Cette dernière fit mine de réfléchir au problème, tentant en faite de constituer un plan pour sauver la situation. Il fallait qu'elle trouve un moyen de parler à Camus avant que Zeus ne tente quoi que se soit. Il ne fallait pas non plus qu'Hadès soit là, auquel il la chasserait sans la moindre difficulté... L'homme devrait probablement rester chez sa famille quelques jours encore donc elle avait une chance de pouvoir agir.
«Hadès n'aime pas les humains, il ne se mêlerait pas à eux. De plus, la boutique de votre humain est un véritable piège pour quiconque ne ferait pas attention. Tentez de le voir lorsqu'il est seul, à sa boutique. »
Au grand sourire de son père, elle comprit qu'il n'avait pas marché mais courut. Avec tout le respect qu'elle avait pour lui, elle devait avouer qu'il faisait parfois preuve d'une trop grande naïveté... Enfin... Elle parviendrait peut être à rattraper le cas. Perséphone savait qu'il y avait peu de chance qu'elle y arrive mais si personne ne faisait rien, Zeus les menaient tous tout droit à la catastrophe...
Ça faisait longtemps, hein ? Mais je n'ai pas disparu. Un projet personnel me prend énormément de temps, à tel point que j'ignore quand sera le prochain chapitre. Peut être dans un mois, peut être dans dix ans (non, quand même pas). Bref, je n'ai aucune idée.
Sinon, prions pour Perséphone qui comme Camus se fait entrainer dans cette histoire contre son grès. Chapitre très centré sur Hadès mais bon, il en faut bien ! Et puis les autres vont revenir au prochain chapitre, vous en faites pas ! Voilà ! Merci d'avoir lu ce chapitre !
FuryFury : Merci pour ton commentaire ! Pour ce qui est de la vérité sur Zeus, et bien ce chapitre éclaire certains points mais ce n'est que le sommet de l'iceberg. En effet, pauvre Camus... Au moins ça s'arrange : il s'est fait de nouveaux amis !
Hemere : Merci pour ton commentaire ! C'est vrai qu'il était dans de beau drap mais Hadès veille sur lui ! Ah, Cosse à une place spéciale dans mon cœur... Quant à Hadès, c'est vrai que dans une situation pareille on ne peut ressentir que de la tristesse, surtout quand on est aussi attaché à la personne.
