Pardon pour mon absence. Pas mal de soucis administratif. Les douze travaux d'Astérix, vous connaissez? Ben ça vous donne une assez bonne idée de ce qui m'est arrivé!...
Donc rappel du dernier chapitre:
Que t'arrive-t-il, Kécile ? Demanda celui-ci en remarquant la mine bouleversée de la jeune fille. Tu as pu pénétrer chez Dumbledore ?
Oui, répondit-elle entre ses dents.
Tu as l'épée ?
La voici, dit Minerva qui arrivait à sa suite un peu haletante en tendant l'objet de convoitise. Mais il va falloir que vous nous expliquiez ce qui vous prend, Miss Gaunt.
Albus est vivant, voilà ce qui m'arrive, hurla Kécile, incapable de se contenir plus longtemps.
A écouter au moment indiqué sur you tube: " Collard plays Ravel Miroirs 2. Oiseaux tristes- très lent"
Chapitre 105 : Jusqu'en France...
Il ne s'était pas passé deux heures lorsque Severus et Kécile se tinrent devant les grilles du parc du Clos-La-Rive. Severus ne cessait de regarder derrière eux, il lui avait semblé être suivi et épié durant plusieurs points de transplanage. Et la même impression persistante l'avait suivi lorsqu'ils avaient fait la queue pour prendre le portoloin à Douvres. La sensation avait disparu seulement lorsqu'ils avaient transplané depuis Paris.
Severus n'en avait pas parlé à Kécile. Quoi que ce soit, mangemorts ou autres, ils avaient été semés lorsqu'ils avaient disparu pour le village d'Artigny, situé à quelques kilomètres du manoir du Clos. Peut-être n'était-ce tout simplement que son imagination... mais il en doutait.
Le bois du Clos-La-Rive, en sa grande arche de verdure, se dressait devant eux derrière le haut portail.
La colère de Kécile s'était un peu apaisée durant le trajet et avait laissé place à un état de fébrilité intense. Elle parvenait presque à communiquer son anxiété à Severus alors qu'ils regardaient les hauts barreaux qui entouraient le domaine.
- Je vais t'attendre ici, annonça le professeur d'un ton maussade.
- Pourquoi ?
- Je n'ai pas besoin de venir, dit-il sèchement. De toute manière, je ne peux pas. La marque m'en empêche.
- Elle ne t'en n'a pas empêché lorsque tu es venu enterrer ma mère, non ?
Kécile ne réalisa qu'après coup que ses paroles pouvaient être offensantes. Heureusement, Severus comprit ce qu'elle voulait dire.
- C'est vrai. Albus pensait que même morte, Ludivine avait agi comme une sorte de talisman.
- Parce qu'elle était l'héritière du domaine. Maintenant c'est moi. Je peux sans doute te faire entrer. Viens, dit-elle en lui tendant la main.
Mais le professeur ne bougea pas.
- Tu ne veux pas venir, comprit la jeune fille.
- Je n'ai pas de très bons souvenirs, ici, répondit Severus l'air parfaitement détaché.
- Je ne te savais pas si sentimental... piqua Kécile, qui n'avait aucune intention d'affronter les souvenirs de ce lieu seule.
- Cet endroit me dérange, avoua l'homme avec un soupir agacé.
- Tu n'es pas responsable de la mort de ma mère, rappela Kécile doucement.
- Non, mais il me rappelle les moments les moins glorieux de mon existence. Lorsque j'étais trop faible pour me débarrasser de l'influence de mon Maître, dit-il en fixant le bois devant eux avec un regard inutilement meurtrier.
- Je connais ça... marmonna Kécile. Viens, insista-t-elle en attrapant le bras de Severus d'autorité.
Il se laissa faire, résigné, et elle tendit le bras vers la grille pour toucher les barreaux. Il y avait toujours une sensation dérangeante quand elle effleurait les protections du domaine, comme un bref conflit entre les deux sangs qui coulaient en elle, les deux héritages qui se battaient, mais presque instantanément, les protections reconnaissaient sa légitimité et la laissait passer.
Elle fit également passer les barrières sans encombre à Severus, et ils s'avancèrent dans le sous-bois.
- Je crois que je ne te l'ai jamais dit, réalisa Severus, mais avant de mourir, ta mère t'a confié à moi.
- Elle a eu raison, n'est-ce pas ? Conclut Kécile avec un léger sourire. Alors tu es mon parrain, en quelque sorte ?
- On peut dire ça, j'imagine... marmonna Severus.
- Tu aimais ma mère ?
Comme à chaque fois qu'on parlait de sentiments, elle vit l'homme se replier sur lui-même et crut ne pas obtenir de réponse. Puis il finit par dire avec une grimace :
- C'est difficile à dire. C'est comme cet endroit. Tu ne peux pas t'empêcher de l'admirer, et en même temps il a quelque chose de dérangeant. Je crois que ta mère voyait trop clair en moi et ça me rebutait.
- Comme son père, non ?
Début du lien
Severus se tut. Ils débouchèrent du sous-bois sur la vaste pelouse au fond de laquelle se dressait le manoir. Tout était désert et silencieux. Les oiseaux ne chantaient pas dans les arbres. La rocaille luxuriante qui s'étendait au pied de la bâtisse de part et d'autres des escaliers avait perdu ses couleurs après les dernières chaleurs d'été.
- Ne te fais pas trop d'espoir, Kécile, dit Severus gravement. Je comprends que tu souhaites qu'Albus soit vivant. Tu n'es pas la seule. Mais... Fumsec, la gargouille... ce sont des éléments trop minces pour défier l'inéluctable.
- Je ne suis pas du tout de cet avis, répondit Kécile avec une détermination farouche.
- Parce que tu veux qu'il en soit autrement. Prends garde. Ou la déception sera cruelle.
Mais Severus sentait bien que ses mises en gardes étaient vaines. Kécile ne l'écoutait absolument pas.
Ils continuèrent l'allée sinueuse qui serpentait dans la pelouse comme on traverse un désert, avec l'impression qu'on arrivera jamais à destination.
Ils montèrent les marches et Kécile abaissa la poignée qui céda aussitôt sous la pression. La porte s'ouvrit silencieusement sur le hall de cristal. La fontaine coulait toujours, mais tout avait perdu la magie et l'étincelant émerveillement de ses précédentes visites. Le cristal paraissait juste froid comme la glace, vide de toute humanité.
- Albus ? Appela Kécile.
L'écho de sa voix raisonna contre les murs et se perdit dans les étages. Mais personne ne répondit. Pas même les elfes...
- Il n'y a personne ici, Kécile. L'endroit est désert.
Pour ne pas dire... mort.
- Il faut vérifier toutes les pièces. Albus a peut-être laissé une trace de son passage.
Severus eut un soupir las. Albus n'avait pu laissé aucune trace de son passage. Albus était mort ! Mais comment pouvait-il faire sortir la jeune fille de son délire ? Il ne pouvait que la laisser faire jusqu'à qu'elle découvre la preuve de son déni.
Kécile, avec une sorte de calme concentré, de détermination presque détachée, commença à inspecter les pièces unes à unes.
Elle monta tout d'abord dans les chambres.
Dans la sienne, rien n'avait bougé. Il y avait même encore sur le dossier de la chaise devant le bureau, le foulard qu'elle avait oublié.
Dans celle d'Albus, à côté du lit impeccablement fait, il y avait encore un vieux grimoire à la couverture usée avec son marque page, un simple bout de parchemin où étaient griffonnés négligemment des mots de l'écriture élégante de son grand-père.
Dans le petit salon du premier étage, elle trouva le coffre qui contenait les carnets. Elle l'ouvrit et resta un moment songeuse devant les carnets empilés sous ses yeux. Se pouvait-il que des informations soient recelées par ses lignes en français ? Elle les observa un moment indécise. Puis elle se dit que le diadème avait été retrouvé par son père après la mort d'Erlésie et Camille Deschevelles. Elle n'apprendrait probablement rien de concluant en demandant à Martine ou Henri de traduire ces centaines et centaines de pages. Elle referma donc le coffre dans un claquement sec. Le son se répercuta dans la pièce, jusque dans la caisse de résonance du piano. Elle tourna machinalement son regard vers le son.
Son regard fut alors par un parchemin, posé sur le piano.
Son nom était inscrit en boucles élégantes. Elle reconnut l'écriture, sans le moindre doute.
- Severus ! Appela-t-elle .
Sa voix se cassa sous le coup de l'émotion, et elle n'était pas sûre qu'il l'ait bien entendu. Mais le professeur surgit dans le salon et l'interrogea du regard. Elle ne put prononcer un mot et se contenta de lui désigner le parchemin auquel elle s'accrochait d'une main tremblante.. Puis elle s'assit sur le tabouret du piano à côté d'elle et commença à lire.
La lettre était datée des derniers jours d'août.
« Ma chère Kécile, mon enfant chérie,
Peut-être auras-tu déjà découvert la vérité lorsque tu liras cette lettre. Si ce n'est pas le cas et que tu pleures encore ton grand-père, je t'en prie, sèche tes larmes. Le corps qu'on a enterré en juin n'est qu'un cadavre transformé par mes soins pour porter mes traits.
Comment ai-je pu fuir, te demandes-tu certainement, incrédule ? La chute vertigineuse aurait pu avoir raison de moi si la magie ne vient pas parfois à notre secours dans les moments les plus périlleux. Fumsec m'a ensuite permis de disparaître et de faire croire à ma mort.
Pardonne moi. Cette supercherie est nécessaire pour endormir les inquiétudes de Voldemort et le laisser croire qu'il est en position de force. Je devais disparaître pour mettre à l'abri un certain objet qu'il convoite et qui est en ma possession.
J'imagine sans peine ta colère alors que tu lis ces lignes.
Je t'en prie, pardonne moi. Je m'en veux beaucoup du chagrin que j'ai pu te causer. Je suis désolé de la situation dans laquelle je vous ai tous laissé. Je n'ignore pas la fuite constante à laquelle vous êtes contraints. Mais j'ai confiance en vous. Poursuivez le chemin que je vous ai indiqué. Je vous rejoindrai. Dès que je le pourrai. Bientôt, je l'espère.
Je t'aime mon enfant,
Albus. »
- Comment a-t-il pu nous laisser comme cela dans l'ignorance ! S'exclama Kécile partagée entre la fureur et la joie, une fois que Severus eut lu la lettre à son tour.
- Sans doute a-t-il fait au mieux pour nos objectifs, justifia-t-il alors qu'il tentait lui-même de revenir du choc de la nouvelle.
- Pour le plus grand bien, hein ?! Dit-elle avec un reniflement dédaigneux. Tu ne vas pas me faire croire qu'il n'aurait pas pu nous prévenir avant.
- Il a joué la crédibilité jusqu'au bout.
- Tu le défends ?! S'insurgea la jeune fille.
- J'essaie d'expliquer les inexplicables actions de Dumbledore, cela te suffit-t-il comme raison ? Coupa sèchement Severus. Je me serais attendu à plus de joie de ta part, en revanche.
- Je suis heureuse... mais tout aussi en colère.
- C'est bien les gryffondors... Toujours aussi prompts aux émotions, se moqua le professeur.
Kécile ignora le commentaire et continuait à fixer le parchemin comme s'il pouvait lui indiquer où trouver son grand-père pour aller lui étrangler le cou avant de le prendre dans ses bras.
Elle finit par se secouer et sortir de sa torpeur.
- Nous devrions passer la nuit ici, dit-elle d'une voix décidée. Nous sommes en sécurité. Demain, il faut nous rendre à Paris. Henri et Martine pourront nous traduire l'épitaphe qui était sur la tombe de Grunt. Avec un peu de chance cela nous donnera une nouvelle piste.
Severus en doutait, mais comme ils n'avaient pour l'instant aucune autre voie sur laquelle se lancer pour trouver un horcruxe, il acquiesça.
Le lendemain matin, ils quittèrent donc le manoir pour transplaner à Paris, dans une ruelle de la Place escamotable.
Kécile conduisit Severus à travers le Paris moldu au milieu de l'enchevêtrement des rues du châtelet jusqu'à l'hôtel particulier des Praslin.
Elle sonna. Derrière l'épaisse porte cochère, elle entendit le gravier rouler sous des pas, et le battant s'ouvrit sur Henri.
Il les dévisagea, pris de court, puis les fit entrer et referma la porte derrière eux en hâte.
- Kécile ?
Il serra la jeune fille dans ses bras.
- Mon Dieu, quel soulagement de te voir... On n'avait pas de nouvelle... on a appris par les journaux français ce qui est arrivé... C'est...
Il se reprit, puis se tourna vers Severus.
- Tu nous présentes, Kécile ?
- Severus Rogue, ancien professeur à Poudlard, espion de l'ordre du Phénix, ancien mangemort, tout comme moi d'une certaine manière...
Severus leva les yeux devant cette entrée en matière charmante, mais l'homme ne sembla pas le moins du monde rebuté et lui serra la main, comme si elle venait de lui dire qu'il détenait l'ordre de Merlin première classe.
- Entrez, Martine va être folle de joie !
Ils grimpèrent le perron à sa suite, et Severus observa l'entrée cossue, au parquet verni couvert d'épais tapis et aux hauts murs blancs ornées de grandes toiles luxueuses.
Une petite silhouette grisonnante fondit sur Kécile et l'entoura de ses bras dans une étreinte vigoureuse.
- Par tous les saints, Kécile, je me demandais s'il ne t'était pas arrivé malheur à toi aussi. On a appris, pour Albus... Ma pauvre chérie, c'est une telle tragédie. J'en ai pleuré pendant deux jours... Et d'avoir appris ça comme ça, par les journaux, comme la mort d'un étranger... C'était horrible ! On aurait tellement voulu assister à son enterrement.
La vieille femme avait encore la voix tremblante rien qu'en évoquant le sujet. Kécile n'hésita pas.
- Martine, Henri, je suis heureuse de vous revoir aussi, mais vous ne devez pas vous tourmenter, Albus...
- Kécile, tais-toi, coupa fermement Severus. Ce n'est pas pour rien qu'on l'a ignoré aussi longtemps.
- Mais maintenant on sait ! Protesta la jeune fille.
- Personne d'autre ne doit être au courant.
- Ils font partis de la famille ! Clama Kécile avec véhémence. Albus est en vie, dit-elle avant que Severus n'ait pu l'en empêcher.
Elle entendit dans son dos le grognement exaspéré du professeur.
Devant leur surprise, Kécile ajouta...
- C'est de la nouvelle toute fraîche, pour tout vous avouer... on le sait depuis hier. Nous sommes allés au Clos-La-Rive.
Vous l'avez vu ? Demanda Henri avec avidité.
- Non, mais il m'a laissé une lettre.
- J'ai du mal à réaliser... murmura Martine, clairement ahurie. J'ai pleuré pendant des jours sans parvenir à y croire quand nous avons su. Je sais bien que nous ne sommes pas éternels et que notre jour ne va sans doute pas tarder à arriver, c'est dans l'ordre des choses. Mais tout de même, Albus... Et maintenant tu nous annonces ça...
- C'est ce genre de personnalités qui donne l'impression qu'il pourra passer à travers toutes les épreuves, et qu'il sera toujours là, dit Henri en l'enlaçant. Sauf qu'un jour ça se termine. La guerre n'est malheureusement pas terminée. Elle peut encore faucher Albus pour de bon.
- N'attirez pas le malheur, Henri, dit Kécile gravement. J'ai cru avoir perdu mon grand-père tellement de fois !
Martine la serra dans ses bras pour la réconforter, puis s'écarta vivement en leur proposant de s'installer dans le salon. Pendant qu'elle leur servait un petit-déjeuner un peu tardif à base de croissants et de confiture, Henri les interrogea sur les événements survenus en Angleterre ces derniers temps.
- Si vous avez besoin d'expatrier des fugitifs, n'hésitez pas à faire appel à nous, finit par dire Martine
- Malheureusement je ne suis pas certain que la France reste longtemps un pays protégé de la menace de ce mage noir, remarqua Henri, un pli soucieux barrant son front ridé. Les journaux sorciers français parlent de mangemorts qui auraient été aperçus dans les environs de la place escamotable.
- Crois-tu qu'il faille accorder grand crédit à ce genre de rumeur ? Demanda la vieille femme.
- Ce ne serait pas impossible, intervint Severus. Je pense que nous avons été suivis jusqu'à Paris même.
- Tu ne m'en as rien dit, reprocha Kécile.
- Des soupçons, rien de plus. De toute manière, nous les avons semés en transplanant à Artigny. Et puis, honnêtement, à quoi ça aurait servi ? Tu n'aurais pas fait demi-tour pour autant.
- Voldemort est venu en France, rappela Martine. S'il a traqué Ludivine jusqu'au Clos-La-Rive, il devait avoir des espions sur notre sol également.
- Il est donc très probable que même aussi éloigné de Londres nous ne soyons pas totalement en sécurité.
- Mais que peuvent bien faire les mangemorts par ici ? Demanda Kécile perplexe.
- Recruter, probablement, répondit Henri. Chaque pays est un vivier de Sangs-Purs à attirer dans leur cause.
- De plus, tu oublies que des résistants ont déjà fui ici, intervint Severus. Pense aux Weasley, pense à Narcissa... Si on ajoute à cela le fait que nous avons été suivis...
- Ça n'a pas de sens, marmonna Kécile. Tu aurais vraiment dû me prévenir ! Ils auraient pu attaquer. Et pourquoi ne l'ont-ils pas fait ?
- Je l'ignore. La seule explication que je vois c'est que le Seigneur des Ténèbres n'est pas assez fou pour croire que nous nous contentons de nous terrer quelque part ou de fuir stérilement. Il doit très certainement se demander ce que nous trafiquons. Et plus encore ce qui nous amène en France.
- Quoi qu'il en soit, reprit Henri, si nous pouvons vous être utiles d'une quelconque manière, n'hésitez pas à faire appel à nous. Nous avons également des amis un peu partout en Europe, jusqu'en Russie, autant de cachettes improbables et beaucoup trop éloignés des cercles d'investigations des mangemorts.
- Pour être honnête, nous ne sommes pas venus juste pour une visite de courtoisie, avoua Kécile.
Severus sortit le parchemin qui justifiait leur venue et le tendit à Martine qui le lut avant de le traduire à voix haute pour les deux visiteurs.
La favorite du Maître
La discrète, l'arme secrète
Ton unique raison d'être :
L'éternité de son être.
Quel tour lui a joué le sort !
Pour lui, tout plutôt que la mort !
Son âme est livrée à un sort
Nous le savons, pire que la mort.
Mais toi, notre secrète alliée,
Face à ce mal particulier,
Tu offres un espoir singulier.
Merci à toi, notre oubliée.
Severus lui demanda d'écrire la traduction puis reprit le parchemin et le relut attentivement.
- Gwendoline était très certainement la favorite du Seigneur des Ténèbres, à tous égards. Ce qui rendait d'ailleurs Bellatrix folle de jalousie... Elle était sans nulle doute secrète et discrète. Nous étions peu à connaître ne serait-ce que son existence. Et personne ne savait à l'époque sur quoi elle travaillait.
- Les horcruxes, dit Kécile.
- Oui, approuva Severus « l'éternité de son être ». J'imagine qu'ensuite le poème parle de la mutilation de son âme, de la déshumanisation absolue et volontaire du Seigneur des Ténèbres dans sa quête d'immortalité.
- Mais la dernière strophe suggère que Grunt ait changé de camp... nota la jeune fille confuse.
- C'est ce que Bellatrix clamait haut et fort.
- On ne peut pas prendre en considération ce que dit cette folle, déclara Kécile avec dédain.
- Il n'empêche que c'est Grunt qui a poussé le Seigneur des Ténèbres à attaquer les Potter et indirectement a causé tous les événements qui ont suivis. Elle a d'ailleurs disparu de la circulation juste après, rappela Severus.
- Mais quel espoir a-t-elle pu laisser ? Demanda Kécile songeuse en citant le texte.
- Si elle a participé à la création des horcruxes, elle devait en connaître la liste exacte et peut-être même leurs cachettes.
- Sauf que Grunt est morte et que nous n'avons pas trouvé de liste chez elle ou ailleurs... rappela la jeune fille un brin narquoise.
- De toute évidence, quelqu'un est passé avant nous, conclut Severus.
- Mais il y a combien de temps ? Si réellement la personne qui a écrit ce message a une liste des horcruxes, qu'est-ce qu'elle fabrique ?
Severus pinça les lèvres, tout aussi frustré que Kécile.
- Est-ce que tu crois qu'il faut retrouver cette personne, cette L.D.D. ?
- Est-elle seulement encore vivante ? Interrogea Henri. Je veux dire, si elle a cherché à détruire Voldemort, elle peut très bien avoir perdu la vie en cours de route...
A ce moment-là, une volée de craquements de transplanage se fit entendre dans la cour. Alors que Severus et Kécile avaient déjà leur baguette à la main, Henri se précipita vers la fenêtre.
- Des mangemorts... murmura-t-il paniqué.
- Mais comment ? Protesta Kécile.
- Le Tabou, gronda Severus.
- Ici, aussi loin ? En France !
La porte d'entrée avait explosé sous les sorts et une demi-douzaine d'hommes masqués surgirent dans l'entrée. Severus abattit le premier qui se présenta, et Kécile manqua un autre, son sort allant frapper un miroir qui explosa dans un bruit cristallin.
- Fuyez avec Martine, Henri ! Hurla-t-elle.
Mais celui-ci semblait paniqué. Il avait sa baguette à la main et parvint juste à dévier un sort d'un protego. Martine s'était réfugiée derrière un fauteuil.
- Qu'est-ce que vous attendez pour transplaner ! S'écria Severus à son tour.
- On ne peut pas, répondit Henri visiblement dépassé par la situation. Il y a un sort anti-transplanage. Il faut aller dans la cour!
Kécile aveugla un mangemort qui avait réussi à pénétrer dans le salon et semblait vouloir prendre comme cible les deux français.
A quatre contre deux, le combat aurait pu ne pas être si déséquilibré, mais il fallait aussi protéger leurs hôtes, et les mangemorts le comprirent vite, jouant avec leur point faible. Ils profitaient aussi de la relative couverture qu'offrait l'escalier de l'entrée. Si Severus et Kécile voulaient avoir une chance de toucher l'un d'entre eux, ils devaient se mettre à découvert, accentuant encore leur position de faiblesse.
Rapidement les murs et tableaux des deux pièces furent couverts d'impacts de sorts perdus. Une tapisserie renaissance probablement inestimable prit feu. Le parquet du salon vola en éclat sous un sort d'explosion violent qui manqua de peu Kécile et la souffla comme un fétu de paille. Elle ne dut sa survie qu'aux réflexes de Severus qui la protégea du sort suivant qui la visait, le temps de se remettre debout.
Severus finit par faucher un troisième mangemort d'un vicieux sectumsempra. Deux autres les bombardaient encore de maléfices depuis l'escalier de l'entrée. Un autre avait disparu. Avait-il fui ou était-il parti chercher du renfort ?
Tout d'un coup, la vitre qui donnait sur la cour explosa sous un rayon vert. Kécile ne comprit ce qui s'était passé que lorsqu'elle entendit Henri hurler le nom de Martine.
Le mangemort qui avait disparu de leur champ de vision les avait attaqués de revers. Kécile, comme anesthésiée, refusa de se retourner pour voir le spectacle derrière elle. Dans un éclair de conscience aigu procuré par l'adrénaline, elle vit l'homme viser Henri pour achever son macabre travail. Il n'en eut pas le temps. Elle hurla le sortilège de la mort sans se poser le moindre état d'âme et entendit le corps du mangemort s'effondrer sur le gravier.
Puis elle se rua dans l'entrée, toute prudence oubliée. Elle entendit vaguement Severus hurler après elle. Elle eut conscience d'un bouclier qu'elle n'avait pas lancé qui lui évita la mort, vit un autre rayon vert la frôler. Mais le sien ne rata pas sa cible, acculés contre le mur comme leurs deux derniers assaillants étaient. Le dernier tenta une dernière fois de lui régler son compte, mais Severus fut plus rapide. Le corps mort s'affaissa dans un bruit sourd sur le parquet.
- Ne refais plus jamais ça ! Siffla Severus hors de lui. Il l'attrapa violemment par le bras, dans une vaine tentative pour lui faire réaliser l'inconscience de son geste.
Mais Kécile ne le regardait pas. L'oeil hagard, elle fixait le désastre environnant. Cinq cadavres de mangemorts gisaient sur le parquet ciré. L'un d'eux se vidait de son sang sur le tapis persan devant l'embrasure du salon. Les morceaux du miroir scintillaient un peu partout et des tableaux s'étaient fracassés au sol, leurs cadres ayant volé en éclat.
Mais ce spectacle de désolation laissait la jeune fille indifférente. Lorsque Severus la lâcha enfin, elle se dirigea blanche comme un spectre vers Henri qui sanglotait agenouillé contre l'un des fauteuils Louis XV. Sur ses genoux reposait la tête blanche de Martine. Ses yeux ouverts et vitreux n'avaient pas l'ombre de la peur. Elle n'avait pas eu le temps de réaliser ce qui lui arrivait.
- Je suis désolée, murmura Kécile alors que des larmes dévalaient ses joues.
- Tu n'y es pour rien, claqua la voix dure de Severus dans son dos.
- On aurait dû le prévenir pour le Tabou... sanglota-t-elle. Mais je ne pensais pas que... On est en France... et Martine a utilisé son nom sans que rien n'arrive, je... je ne comprends pas.
- Il n'y a rien à comprendre, Kécile. Nous avons été suivis. Et Martine est une modue. Le Tabou ne pouvait rien contre elle.
- On n'aurait jamais dû venir ! S'écria Kécile désespérée. Si on n'avait pas été là, Martine serait encore en vie.
- Cela aurait pu arriver, Kécile, finit par répondre Henri malgré ses propres larmes. J'aurais pu prononcer le nom du mage noir. Ça aurait fini par arriver un jour ou l'autre durant nos conversations. Et vous n'auriez pas été là. Nous serions morts tous les deux sans comprendre.
- On est en guerre, reprit Severus. Tu ne peux pas prévoir les victimes qu'elle va faire et te les reprocher.
- Je peux tout aussi bien me reprocher de ne pas avoir été capable de défendre ma femme, dit-Henri d'une voix brisée. Vous avez fait ce que vous avez pu.
Il y eut un long moment de silence pendant lequel Henri et Kécile, épaule contre épaule, se soutenant mutuellement, pleuraient sur le cadavre de la pauvre moldue qu'ils chérissaient. Puis le vieil homme l'allongea délicatement sur le sol et la recouvrit d'un drap blanc d'un geste de baguette. Il se leva alors péniblement, soutenue par Kécile.
- Vous ne pouvez plus rester ici, remarqua Severus, à moins que vous ne vouliez attendre d'autres mangemorts pour finir le travail... Vous devriez vous réfugier chez ces amis étrangers dont vous parliez.
- Je veux rentrer avec vous en Angleterre me joindre à l'ordre du Phénix, dit Henri d'une voix étonnamment ferme.
- Sans offense, vous êtes un piètre duelliste. Vous ne ferez pas le poids.
- Je peux être utile hors des combats. De toute manière, ils ont tué ma femme. Je n'ai plus à me tenir éloigné de cette guerre pour la protéger. Je n'ai plus rien à perdre.
Bon, alors, avant de me balancer des avadas, sachez que j'ai détesté ça tout autant que vous...
