Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartiennent pas.
« Tu t'en vas déjà ? »
Camus vérifia sa valise une dernière fois, faisant bien attention de n'avoir rien oublié dans la chambre bleue. Non loin de lui, Hadès était accoudé à la fenêtre, profitant une dernière fois de l'air de l'océan. Il connaissait bien la méditerranée mais il avait découvert le charme de la côte Atlantique. À l'instar de ses pairs, il avait vu ce vaste monde que très peu de ses propre yeux.
« Oui.
- Pourquoi ? »
Camus se releva, regardant la petite créature qui voletait autour de lui. Cosse attendait sa réponse, sa lèvre inférieure tremblant légèrement et l'homme ne put s'empêcher de rire un peu à l'esprit devant lui.
« Eh bien, je dois rentrer chez moi.
- Je croyais que c'était chez toi ici ! »
Il serrait ses petits poings, tentant désespérément de retenir son nouvel ami. Camus pouvait-il lui en vouloir ? Ça faisait probablement des siècles qu'il n'avait personne d'autre que Lily ou les autres esprits de la forêt à qui parler. Ils devaient avoir fait le tour de leur sujet de conversation depuis un petit moment.
« Ça l'a été, il y a longtemps mais désormais j'ai un autre chez moi.
- C'est loin ?
- Oui.
- Plus loin que la mer.
- Oui, bien plus loin. »
Cosse finit par se poser sur le couvre-couette bleu ciel du lit. Il observa Camus inspecter une dernier fois la chambre. Ses petites antennes baissèrent lentement : et s'il n'était qu'un humain ? S'il partait et que des années passaient et qu'il mourrait ? C'est ce que faisaient les humains après tout : mourir. Les humains étaient stupides et fragiles, Camus ne pouvait pas être un humain. Il était différent, il avait les cheveux d'une rivière et les yeux du crépuscule. Pourtant la petite créature ne pouvait pas s'enlever cette pensée de sa petite tête. Et si c'était un humain ?
Cosse soupira, ses mains posées de part et d'autre de ses jambes alors que ses pattes de mante religieuse se repliaient sans qu'il n'y fasse attention. Lily lui avait dit, les humains ne durent pas aussi longtemps qu'eux. Elle les avaient mis en garde, avait tenté de les protéger mais c'était plus forts qu'eux. Il était petit et peut être pas le plus malin mais il avait vu passer tant de morts devant ses yeux noirs. Alors comment dire à l'homme qu'il avait peur ?
Camus posa ses mains sur ses hanches, regardant tout autours de lui. Leurs valises étaient faites, ils avaient leurs billets d'avions et leur taxi n'allait plus tarder. Ce court et éprouvant séjour allait enfin pouvoir toucher à sa fin. Il allait enfin retrouver le confort de son appartement ainsi que sa précieuse boutique. Parfait ! Il ne restait plus qu'à dire au revoir cependant, à la vue de la moue de Cosse, ça allait probablement être le moment le plus compliqué de la journée.
Il s'approcha du lit avant de s'asseoir à côté du petit esprit.
« Il y a des personnes qui m'attendent là-bas Cosse.
- Mais ici aussi on t'attendait ! Et puis tu es là et tu repars ! C'est pas juste ! »
L'homme inspira longuement : il avait une légère impression de déjà vu. Plus exactement, il avait l'impression d'entendre Hyoga qui plus jeune, boudait chaque fois que Camus repartait après une visite au Sanctuaire. Au moins, il avait déjà de l'entrainement.
« C'est vrai, mais je reviendrais Cosse. »
L'être marmonna quelque chose, trop bas pour que Camus puisse entendre mais assez fort pour qu'il entende cependant son mécontentement.
« Écoute, commença Camus d'une voix calme, je vais partir mais je vais revenir. Mais j'ai une mission pour toi Cosse. »
Il piqua la curiosité de l'esprit qui releva la tête vers lui. Une mission ? Il lui confiait une mission ? Personne ne lui en avait confié avant ! Enfin si, Lily mais ça ne comptait pas parce que c'était toujours la même chose.
« Tu vas devoir attendre. Tu attendre que deux saisons passent. Tu vas devoir voir le solstice et l'équinoxe, ainsi que les animaux se retirer dans leurs abris. Une fois que tout sera calme, il y aura les premières gelées et à la première gelée je veux que tu ailles près de l'église. Je veux que tu y ailles avant que le soleil soit levé. Tu devras m'appeler, tu devras crier de toutes tes forces.
- Et tu viendras ?
- Et je viendrais. », acquiesça l'homme.
Il n'en fallu pas plus pour que Cosse retrouve son sourire. Deux saisons, il n'aurait qu'à attendre deux saisons et les premières gelées.
« Je peux te faire confiance ? Tu y arriveras ? »
Cosse secoua furieusement la tête de haut en bas. Bien sûr qu'il y arriverait ! Bien sûr que oui ! Il s'envola dans les airs, enthousiaste.
« C'est promis ? Tu reviendras ?
- C'est promis Cosse. »
La créature glapît de joie, voletant tout autour de l'humain. Camus quant à lui était fier de lui : il était parvenu à calmer l'esprit. Et puis, il avait déjà promis à sa mère de revenir aux alentours de Novembre ce qui correspondait à peu près. Cosse fit deux dernières tours autour de l'humain avant de se planter devant son nez, tout sourire.
« À bientôt Camus ! », cria-t-il de sa petite voix aigue.
Il n'eut pas le temps de répliquer que le minuscule esprit déjà s'envola vers la fenêtre, faisant reculer Hadès surprit. Camus se leva pour le suivre et prit la place du créateur. Il passa sa tête par la fenêtre tout en faisant de grand geste à la créature qui déjà disparaissait entre les arbres.
« À bientôt Cosse ! », cria-t-il à son tour.
Cet échange amusa le dieu qu'on avait gêné dans ses contemplations. Pourtant, il ne dit rien, il observa seulement le jeune homme penché, désormais un coude posé sur le rebord et son menton au creux de sa main. Son visage était si détendu, peut être pour la première fois depuis si longtemps. Il était embrassé par le soleil, pensif, loin dans son monde. Camus fredonnait sans s'en rendre compte un air inconnu au dieu.
Qui aurait put croire qu'après un séjour si mouvementé et si douloureux, l'homme aurait put ainsi sourire ? Il était si paisible, Hadès n'en revenait pas. Malgré la brume dans ses yeux indigo et cette pointe de mélancolie, il regardait les bois avec tant de douceur. Au diable ce monde qu'avait si peu vu Hadès ! C'était ce regard, ce sourire qu'il désirait admirer. C'était cette peau laiteuse caressée par les rayons du soleil et ses lèvres habillées d'un sourire paisible qu'il voulait voir.
C'était Camus qu'il voulait, et rien d'autre. Il ne désirait pas le posséder, l'asservir. Non, ça c'était bon pour Zeus, pas pour lui. Hadès désirait plus que jamais le protéger, garder son précieux humain loin des dieux et de leur perversion. Peu importe le prix qu'il lui en coûtera, il avait de toute manière déjà déclarer la guerre à son cher frère. Il n'avait pourtant pas le choix, il devait protéger ce sourire. Il devait protéger la douceur du jeune homme qui n'était sans aucun doute un don pour cette terre. C'était en tout cas ce dont il était convaincu.
Hadès avait passé tant de temps aux côtés de Camus, et bien plus à l'observer. Ils avaient vécus en quelques mois bien plus que certains en toute une vie et la présence seule du dieu semblait créer plus de problème au jeune homme qu'auparavant. Pourtant, Camus avait changé depuis leur première rencontre. Il ne dormait plus sur le canapé, aussi longtemps qu'Hadès était avec lui, son appartement avant si parfaitement rangé paraissait désormais habité et le jeune homme avait même eu le courage de visiter sa famille aussi funeste soit la situation. Il détestait ce le dire mais il comprenait ce qui avait charmé son frère Zeus.
Il y avait plus que sa grâce et sa beauté, plus que sa sagesse et son intelligence. L'homme ne semblait plus si inatteignable, accoudé à cette fenêtre, quelques longues mèches dansant dans la brise légère de la mer. Il ignorait à quel moment il avait cessé de mettre Camus sur un pied d'estale. Oh bien sûr, il serrait près à disparaître pour lui mais il mentirait s'il prétendait que c'était pour les mêmes raisons qu'auparavant. Il mentirait s'il disait prendre le jeune homme dans ces bras seulement pour réconforter ce dernier. Était-ce égoïste ? L'était-il devenu ? Lui qui maintenant ne le regardait plus avec une innocente admiration ?
Camus passa une main distraite dans ses cheveux, faisant attention de ne pas défaire sa queue de cheval. Ses cheveux étaient en bataille, il s'était coiffé si rapidement ce matin sans même attendre qu'ils aient totalement séchés. Après tout, aujourd'hui allé être une longue journée de voyage, entre les deux longues heures de routes puis l'attente dans l'aéroport et enfin tout le retour en avion. Il grimaça légèrement : plus qu'à espérer que personne ne lui ai volé sa voiture à sur le parking de l'aéroport de Grèce. Certes, il ne s'en servait que très très peu mais quand même ! Lorsqu'il sentit le regard d'Hadès sur lui. Il se souvint alors l'avoir pratiquement chassé de la fenêtre et se tourna gêné vers lui.
Le dieu cligna des yeux lorsqu'il se tourna vers lui, comme s'il l'avait tiré d'une contemplation silencieuse.
« Oui ?, demanda poliment Hadès.
- Je devrais aller dire au revoir à tout le monde, le taxi ne devrait plus tarder. »
Le sourire réconfortant du créateur le rassura. Il n'avait pas besoin d'être réconforté mais son regard doux apportait quelque chose de chaud au creux de sa poitrine. Jamais il n'aurait été capable de venir si Hadès n'avait pas été à ses côtés, jamais il n'aurait été capable de seulement regarder sa mère dans les yeux. Malgré les évènements mouvementés, il avait redécouvert des sentiments qu'il avait enfoui pendant des années, ainsi que de nombreux souvenirs. Camus avait pratiquement tout oublié, jusqu'à ses frères et sœur, laissant un grand vide dans son cœur. Même s'il ne pouvait pas tout pardonner à sa mère, il lui promit de revenir. Il n'aurait jamais cru la revoir, encore moins de faire une telle promesse. Finalement, peut être devrait-il plus souvent se confronter au problème plutôt que de chercher une solution qui l'arrangeait. Peut être aurait-il dû dire à Hyoga immédiatement que sa mère était partie. Combien de larmes encore aurait-il put épargné s'il n'avait pas eu aussi peur ?
Il avait toujours peur, il avait peur de ce créateur qui avait tenté... Qu'avait-il tenté exactement ? Lui-même n'en était pas sûr. Il avait peur de revenir malgré tout. Il avait peur d'être sincère avec Shaka, peur de dire non. Ce qui le surprit le plus cependant fut d'avoir peur de dire au revoir. Camus était terrifié de voir l'être face à lui disparaître, lui et son sourire rassurant. Pourtant, plus qu'une éventualité c'était une évidence. Hadès devra un jour reprendre son trône et son royaume, n'était-il pas après tout le créateur des Enfers ?
« Je t'accompagne : il serrait mal polie pour moi de partir sans même remercier mes hôtes. »
Camus hocha la tête, une main toujours posée sur le rebord de la fenêtre. Les rideaux de tissue léger volé en accord avec quelques de ses mèches détachées. Le drapé blanc transparent passait devant son visage, ne laissant de lui qu'une ombre avant de réapparaitre.
Etait-ce égoïste ? Était-ce stupide croire un instant qu'Hadès le suivrait jusqu'à la fin ?
« Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ?! »
La lourde porte de bois claqua contre le mur blanc, sa poignée de laiton laissant une marque visible contre le plâtre. Qui aurait cru un homme si délicat et frêle qu'Aphrodite capable d'une telle force ? Il aurait dû s'en douter, le jeune homme n'aurait pas excédé au tir à l'arc s'il n'avait pas eu des bras aussi musclé. C'était pourtant il y a si longtemps...
L'homme soupira, seul face à un jeune homme aussi ahurit qu'outré. Pour qu'il débarque ainsi, lui qui se tenait pourtant normalement éloigné du Sanctuaire, il fallait que quelque chose de particulièrement grave arrive. Sans parler de cette arrivée ! Certes, le suédois était extravagant mais à ce point... Alors il attrapa la fine branche de ses lunettes et les posa délicatement sur ses papiers. Il remit son stylo plume à sa place, retira du revers de la main des résidus de gommes de son bureau en chêne avant d'enfin désigner le siège sombre en face de lui. Aphrodite ne se fit pas prier pour s'y asseoir, ponctuant son geste d'un air courroucé.
« Bien, maintenant puis-je savoir la raison d'une telle rage Aphrodite ? »
L'homme grimaça et croisa les bras comme un enfant tout en détournant le regard. Il détestait la façon qu'avait Shion de leur parler. Ils n'étaient plus des gamins, lui particulièrement ! Il avait réussit à se sortir de là comme un grand, sans l'aide de personne excepté peut être d'Angelo. Pourtant au fond de lui, il ne détestait pas l'homme face à lui. Après tout, le Sanctuaire était le seul endroit où on avait bien voulu de lui et Shion, l'atlante à la chevelure jaune-verdâtre était bien l'un des rares à ne jamais l'avoir traité différemment. Aujourd'hui cependant était totalement différent. Aujourd'hui, il était pratiquement sûr qu'on lui avait menti pendant toutes ces années.
« Aphrodite, rajouta l'homme, si tu n'es pas décidé à parler libre à toi d'aller bouder avec Seiya. »
Le sorcier leva les yeux au ciel. Bien sûr, l'homme s'était de nouveau plongé dans ses documents, malgré ses lunettes toujours posées sur l'imposant bureau. Aphrodite se calma légèrement, les bras cependant toujours croisés. Misère... Le nombre de fois où il avait put se retrouver dans ce bureau et généralement pas pour de bonnes raisons. Pourtant Shion n'avait jamais perdu patience avec lui, contrairement à Saga et Aiolos. L'atlante n'avait d'ailleurs pas changé, toujours entre ces murs blancs cachés par d'imposante bibliothèque, devant cette grande fenêtre par laquelle la lumière du jour s'engouffrait pour illuminer la pièce. L'endroit n'était pas très grand, ni très décoré mais après tout, c'était le cas de tout l'orphelinat à l'exception de la Grande Salle. Les yeux du directeur était toujours de cette même nuance violette, celle qui rappelait tant à Aphrodite les glycines qu'il avait fait pousser tout autour du Sanctuaire. Inconsciemment, il remua frénétiquement de haut en bas l'une de ses jambes.
« Pour Camus, marmonna-t-il en regardant le carrelage brun. Pourquoi vous ne m'avez rien dit pour Camus. »
Shion releva la tête, curieux. Il s'attendait à une centaine de chose, dont celle-ci. Cependant, il pouvait toujours se tromper. Il prit alors son air le plus innocent et demanda tout en faisant semblant de lire quelques lignes sur les papiers en face de lui.
« Eh bien quoi Camus ? Qu'il héberge un esprit puissant ? Je pensais que tu étais déjà au courant.
- Ne faîtes pas l'innocent Shion. »
Le ton froid d'Aphrodite suffit à faire changer l'atmosphère. La lourdeur et la moiteur de l'air de ce mois de juin se mêla à la colère sourde de l'homme. Il y avait clairement de l'orage dans l'air, cependant, Shion ne se laissa pas impressionner. Bien sûr, il connaissait les capacités d'Aphrodite, il savait de quoi il était capable mais lui avait bien plus d'un tour dans son sac.
« Je ne le dirais pas Aphrodite. Si tu as quelque chose à dire, dis-le mais je ne le dirais pas tant que je ne l'aurais pas entendu sortir de tes lèvres. »
Shion était désormais sérieux, il ne jouait plus à un petit jeu. Il était maintenant désormais sûr de ce qu'Aphrodite voulait mais il ne lui donnerait pas. Après tout, il n'avait aucun compte à rendre.
« Bien, fit le jeune homme. »
Aphrodite s'enfonça dans le fauteuil, les yeux toujours rivé sur l'atlante. C'était étrange la façon dont l'azur de ses yeux semblait changer chaque fois qu'il s'énervait. Aphrodite était une force de la nature après tout, il était d'ailleurs bien plus.
« Pourquoi ne m'avez-vous pas dit que Camus est un créateur ? »
Il cracha presque les mots, sa voix lacée d'animosité. Un peu plus et Shion aurait entendu ses dents grincées. L'atlante releva alors les yeux vers lui et soutint son regard orageux d'une expression neutre. Oui, Aphrodite n'était pas comme les autres enfants du Sanctuaire. Il était certes magnifique mais sous ses aires angéliques se cachait un homme tantôt compatissant, tantôt cruel. Tantôt raisonné, tantôt déchainé. Tantôt humain et tantôt inhumain, comme tous ceux de son espèce.
« Est-ce qu'il le sait ?
- Je n'en sais rien. Répondez à ma question.
- Quelqu'un d'autre est au courant ?
- Oui mais ça n'est pas la question ! »
Aphrodite commença à s'emporter, ses phalanges craquèrent lorsqu'il resserra ses points. Toujours aussi calmement, Shion recula doucement dans son propre fauteuil. Tout aussi lentement, il sortit avec la plus grande discrétion une lame de l'une des poches de sa longue tunique. Il la cacha alors, faisant bien attention au moindre geste suspect et aux reflets égarés, dans les plis de ses manches. Par chance, Aphrodite n'était pas le plus féroce et la base même de ses attaques était les plantes. Juste au cas où, il préférait garder la dague à porté de main.
« Aphrodite... Pourquoi aurais-je dû te dire une telle chose ? »
Le sorcier se figea, consterné. Son regard incrédule fixé sur l'atlante, ses bras qui glissèrent lentement le long de son corps. Ce n'était plus de la colère, c'était de la déception qu'il ressentait désormais.
« Pourquoi aurais-je dû t'informer de la nature de son existence ? Qu'est-ce que cela aurait apporté ? »
Il n'y avait pas de réprimande dans le ton du directeur, seulement une réelle curiosité et peut être un soupçon de tristesse. Il fallait qu'il comprenne, il fallait qu'il se rende compte mais comment lui dire ? Aphrodite pouvait être si imprévisible et colérique parfois. Cependant, il n'avait pas choisit les bons mots : déjà la bouche du jeune homme se tordit et ses sourcils se froncèrent, faisant naitre les marques caractéristiques de l'incompréhension et de la colère.
« Pourquoi ? Pourquoi ? Pendant des années Shion ! Pendant des années je me suis posé des questions ! Je me suis demandé ce que j'étais et pourquoi j'étais ! Pourquoi j'étais sur cette Terre et pourquoi je ne me souvenais de rien, le jeune homme prit sa tête entre ses mains. Pourquoi est-ce que ma mère m'a abandonné..., il releva la tête les yeux écarquillés. Pourquoi est-ce que moi j'ai abandonné la mienne ?! Pourquoi est-ce que j'étais seul ?!
- Tu n'étais pas seul Aphrodite, je t'ai proposé plusieurs fois de rejoindre les tiens. »
Le calme de l'Atlante ne suffit pas au jeune homme. À la place il se leva du siège et commença à faire les cents pas, toujours aussi incrédule. Ses yeux bleus fixait désormais le sol alors que sa tête se secouait lentement de droite à gauche.
« Ce n'était pas la même, je ne suis plus comme eux. Je le sais, vous le savez. Ils le savent. Je ne suis plus comme eux désormais. »
Il se stoppa net et regarda Shion droit dans le yeux.
« Je voulais seulement comprendre. Je vous ai demandez de l'aide, je vous ai demandez un millier de fois s'il y en avait d'autre ou si j'étais le seul et vous, vous ne m'avez jamais répondu. »
Ses épaules s'affaissèrent soudainement, dépité.
« Vous savez très bien ce que ça aurait apporté, au moins pour moi. Vous le saviez mais vous avez décidé de ne rien dire. »
Enfin, Aphrodite se rassit rapidement, non sans passer sa main sur l'accoudoir du fauteuil.
« Pourquoi n'avez-vous rien dis Shion ? Pourquoi ne m'avez-vous rien dis alors que vous saviez pertinemment que ça me rongeait de l'intérieur ? »
Shion se sentit coupable. Il ne pouvait en aucun cas nier la douleur dans les yeux du sorcier. Aphrodite était bel et bien venu le voir des dizaines, si ça n'était des centaines de fois lui demander s'il était vraiment le seul. Shion ne lui avait pas mentit, il avait seulement trouvé des prétextes, avait préféré se murer dans le silence pourtant malgré la douleur du sorcier, il continuait de penser qu'il avait eut raison.
« Je n'ai rien dis Aphrodite, c'est vrai. Tu en as énormément souffert et j'en suis profondément désolé. Cependant j'avais mes raisons.
- Quelles sont-elles ? Dîtes de le moi alors ! »
L'atlante considéra sa requête, pesa le pour et le contre. Certes, Aphrodite était ce qu'il était mais il était certain qu'il ne parlerait pas. Pourtant, une certaine gêne naissait en lui à l'idée de lui expliquer. Avait-il le droit ? Après tout, c'était de Camus dont ils parlaient, pas un pur inconnu. Surtout que Camus lui-même devait ignorer tout de cette histoire...
« Shion... Je vous en pris... »
Il soupira doucement. Après tout, il n'était pas obligé de tout lui dire ? Il pouvait se contenter de lui expliquer vaguement...
« Bien... Sache Aphrodite que tout ce que je vais te révéler devra rester entre nous, d'accord ? »
Shion posa ses coudes sur son bureau et croisa les doigts entre eux. Le regard bas et obscurcie, il attendit le moindre signe du jeune homme. Aphrodite hocha seulement la tête, tendu.
« Camus n'est pas tout à fait comme toi. Il est né humain, de l'union d'une nymphe et d'un grand roi. Cependant, il attira un jour l'attention d'un créateur et... »
Shion se tut, le regard suspendu entre galet blanc servant de presse papier et ses multiples stylos dans un pot blanc orné d'un cercle doré. Tout ce qu'il entendait était sa propre respiration, un cercle calme et régulier où l'air chaud de l'été brûlait pratiquement ses narines. Il ne savait pas comment en parler, il n'arrivait même pas à en parler.
« Il a réussi à s'échapper, il a réussi à revenir sur terre sous une autre forme mais le créateur le cherche.
- Est-ce Hadès ?, demanda Aphrodite avec inquiétude.
- Non, malheureusement ce créateur est plus puissant. Le plus puissant de tous. C'est pour cette raison que je ne t'en ai pas parlé Aphrodite, parce que plus il y a de personne au courant, plus il y a de chance pour qu'il soit retrouvé.
- Je ne comprends pas, que fera le créateur s'il retrouve Camus ? »
Shion passa une main sur son visage avant de chasser quelques mèches égarées devant ses yeux.
« Je ne peux pas te le dire Aphrodite...
- Pourquoi ? Pourquoi ne pouvez-vous pas ? Un autre secret ?
- Aphrodite...
- Une autre façon de me garder à l'écart peut être ? De me faire souffrir ?
- Aphrodite.
- À moins que ce soit lui que vous voulez faire souffrir !
- Assez ! »
Shion se leva soudainement, frappant d'un poing sur son bureau. La dague sur ses genoux tomba à terre dans un bruit métallique, ses fournitures tremblèrent, son pot à crayon tomba et l'un de ses stylos roula avant de chuter sur la carrelage. Aphrodite sursauta violemment avant de doucement se pencher, par chance il ne remarqua pas la lame au pied du directeur, cachée par l'imposant bureau. Shion ne perdait pas son calme, jamais. Il avait été trop loin...
« Je ne peux pas Aphrodite parce que je n'y arrive pas... »
L'atlante s'affala dans son siège, abattu et fatigué. Sa gorge le serrait désormais.
« Ce n'est pas à moi de dire quoi que ce soit, ni à sa mère ni à personne d'autre que lui. Il n'y a que lui qui peut le dire, qui peut y arriver. »
Le directeur posa de nouveau ses coudes sur la table et cacha sa tête dans ses mains.
« C'était encore un enfant Aphrodite..., souffla-t-il. Il lui fallut des millénaires pour disparaître. Il lui fallut encore plus de temps pour qu'il laisse qui que se soit l'approcher. Je comprends ton envie de savoir et ta solitude, crois moi et je suis désolé de te l'avoir caché mais je t'en pris, ne dit rien. Lui-même ne sait pas et peut être qu'au fond c'est mieux. »
Le sorcier comprit un tant soit peu les motivations de Shion. Même s'il n'était pas sûr de saisir ce qui avait bien put arrivé à son ami dans une autre vie, le ton abattu et le regard vide de Shion lui laissa entrevoir quelque chose de bien sinistre. Une idée lui vint en tête mais la pensée même lui donna la chair de poule, particulièrement lorsqu'on lui mentionna que ce n'était qu'un enfant. L'atlante tentait seulement de protéger Camus, c'était admirable mais était-ce vraiment la bonne solution ?
« Peut-être devriez-vous lui dire la vérité. »
Shion releva la tête, interpelé. La voix du jeune sorcier avait quelque chose de fragile. L'homme eut un léger rictus croisé à un regard désabusé.
« On a bien essayé de lui cacher la vérité par le passé et maintenant il héberge le créateur des Enfers en personne.
- Aussi longtemps Hadès a ses côtés, il n'aura pas besoin de savoir. »
Aphrodite renifla, aussi amusé qu'incertain. Combien de temps Hadès restera-t-il ? Car il y avait bien peu de chance qu'un être aussi puissant reste sur Terre longtemps. Que se passerait-il si le créateur retrouvait Camus ? Camus arriverait-il à lui échapper ou était-il condamné ? Aphrodite se pinça l'arrête du nez. Qui ne disait pas qu'Hadès jetterai Camus dans la gueule du loup ? Non, Shion semblait accordé une confiance étrange envers le créateur.
« Y'a-t-il autre chose Aphrodite ? Je crains devoir de nouveau me plonger dans ce tas de papier. »
Shion lui posa la question comme si rien ne s'était passé, comme ci leur conversation n'avait jamais eu lieu. Avec surprise, il vit d'ailleurs les fines lunettes sur le nez de l'atlante et ce dit nez plongé dans divers papiers.
« Oui. »
Il attendit la moindre réaction du directeur mais celui-ci continuait de lire frénétiquement et de comparé plusieurs document. Il tenta alors cependant sa chance.
« Y'a-t-il d'autres créateurs dans notre cas Shion ? »
Le directeur ne répondit rien si ce n'était que de se figer le temps d'une seconde à peine. Aucune parole pourtant tout était dit.
Milo essuya un peu de sueur de son front du revers la main avant de lever la tête vers le ciel, des boucles de ses longs cheveux tombant en cascade de sa nuque à son dos. Quelle journée caniculaire ! Le ciel était d'un bleu intense sans la moindre trace de nuage et le soleil brillait avec vigueur. Il sentait pratiquement encore les laisses entre ses mains, il devait d'ailleurs en avoir au moins la trace. Curieux, il inspecta ses mains sans faire attention aux regards indiscrets des autres clients de la pizzeria. Oui, effectivement il pouvait voir au moins une marque rouge bien qu'irrégulière. Quelle idée aussi de les sortir à cette heure-ci ! Ça n'était bon ni pour eux, ni pour lui ! Enfin... C'était finit maintenant. Finalement il était plutôt contant d'avoir échangé ses horaires du jour avec l'une des ses collègues. La pauvre, il faudrait qu'il pense à lui envoyer un message histoire d'être sûr que le fils de cette dernière récupère bien de l'insolation.
Il remit sa tête droite, regrettant déjà la fraicheur du fer forgé de la chaise contre ses épaules. Il avait l'impression que le coton de son T-shirt était collé à sa peau et la chaleur ne faisait qu'augmenter au fur et à mesure que la journée se poursuivait. Enfin, il n'allait pas se plaindre !
Il roula avec fainéantise la tête vers ses amis partis dans une conversation sur les sorts de protection sûrement particulièrement intéressante... quand on y connaissait quelque chose. Shura, aussi passionné que d'habitude tentait de soutenir l'efficacité de ses charmes à un Kanon plus que septique. Bien sûr que Kanon allait remettre en question ses méthodes : son jumeau et lui utilisaient des protections qui reposaient sur leurs cosmos.
« Oui ! Mais en attendant ça vous rend plus vulnérable aux esprits !
- Oui bah désolé Shura mais nous on a pas trois mois pour nous préparer à une éventuelle rencontre ! »
Shura renifla, recula dans sa chaise et croisa ses bras. Aucuns des deux n'avaient tort : en n'utilisant rien d'autre que leurs cosmos, les deux frères se retrouvaient rapidement dépasser par les démons et autres créatures mais la plupart des charmes prenaient tellement de temps. Ils n'avaient pas le temps. Lorsqu'ils étaient appelés, c'étaient généralement pour se débarrasser d'une entité dans les plus brefs délais.
« En parlant de ça, commença Milo en posant son menton au creux de sa main, ça fait un moment que vous n'avez pas eu de contrat, non ?
- Détrompes-toi, répondit Saga qui posait son verre d'eau. On est intervenu la semaine dernière pour un cas de poltergeist.
- Hm. Si tu te demandes, c'était la gamine de 12 ans qui avait foutu le bazar. La pauvre ! J'espère qu'elle va bien. »
Saga hocha seulement la tête à la réponse de son frère. C'est vrai, cette pauvre fille se faisait brimer par son voisin. Le peu de cosmos qu'elle possédait, mêlé à la colère et la peine qu'elle avait accumulé depuis quelques années avait suffit à rendre fous ses parents pendant plusieurs jours. Ils avaient tous de suite comprit le problème et finalement, l'affaire fut réglé rapidement non sans prévenir les parents qu'un suivit psychologique serait favorable pour la jeune fille.
« J'avoue que c'est quand même sympa de tenir une boutique, rajouta Kanon.
- Ah ? Vous avez pas eu le droit aux tarés de services ?
- Les tarés ?, répéta Saga incertain de ce qu'Angelo voulait dire.
- Tu sais, les mecs qui viennent harceler Camus de temps en temps parce que 'tout c'est trucs de magie ça existe pas', que c'est un 'charlatan qui prend les gens faibles pour proie' ou que c'est 'contre la religion' !
- Camus ne m'a jamais parlé de ça.
- Moi si ! »
Saga se tourna vers son frère, médusé. Kanon ne semblait même pas remarquer le regard de son frère avant au moins dix bonnes secondes, le nez plongé dans sa boisson. Quand enfin il vit sa tête, non s'en un coup de coude d'Angelo.
« ... Bah quoi ?
- Depuis quand Camus vient se confier à toi et pas à moi? »
Kanon cligna des yeux plusieurs fois. Non mais il était pas sérieux ? Il allait pas recommencer ! Milo haussa un sourcil, sorti de sa nouvelle contemplation du ciel. Il pouvait pratiquement entendre un 'ooooooohhhh' d'Angelo et voyait clairement le jugement non dissimulé de Shura. Il semblait que son cher et tendre Saga soit retombé dans cette étrange genre de jalousie quand il se rendait compte qu'un de ses petits protégés du Sanctuaire était allé voir Kanon plutôt que lui.
« Saga sérieux... Il m'a juste mentionner ça une fois ou deux.
- Il aurait put m'en parler ! On aurait trouvé une solution ensemble.
- Ah oui ?, Kanon roula les yeux pratiquement dans leur orbite. Et t'aurais fait quoi ? Tu serais resté devant sa boutique avec un air vaguement menaçant ? »
Saga s'enfonça dans sa chaise en relevant le menton, vexé et contrarié. Ce n'était pas la question, il aurait put lui dire à lui ! Kanon échangea rapidement un regard complice à Milo, au moins le scorpion pouvait profiter du spectacle. Il savait à quel point son ami trouvait ça adorable de voir son frère bouder. Après tout, Saga s'efforçait de montrer cette façade d'homme parfait, c'était rafraîchissement de le voir comme ça.
« Oui. Peut être !
- Ah ! Dans ce cas laisse le créateur s'en occuper. Et puis au cas où tu l'aurais oublier : Camus n'est plus un gosse ! De quoi t'as peur ? »
Saga se mordit l'intérieur de la joue, non pas à cause de ce qu'on venait de lui dire mais plutôt pour s'empêcher lui de parler. Il jeta un regard rapide vers Milo avant de tourner la tête vers son assiette pratiquement vide. Il n'arrivait pas à croire qu'il allait mentionner l'accident de Camus juste pour faire taire son frère. C'était incroyablement indélicat, particulièrement devant le voyant.
« Je sais pas ce que tu t'apprêtes à dire Saga, mais si ce que je pense, ferme-là. »
Il lança un regard noir à son jumeau. Bien sûr, Kanon lisait en lui comme dans un livre ouvert. Il savait exactement ce qu'il voulait dire, le ton grave de sa voix ne laissait pas la place au moindre doute. Plus qu'un avertissement, c'était une promesse à mi mot à son frère de le faire atrocement souffrir s'il laissait échapper ne serait-ce qu'un quart de ce dont il pensait. Dans ces yeux bleus, miroir des siens, il voyait clairement la mise en garde.
« Bon, sinon Camus m'a laissé un message vocal. »
La voix trainante de Milo tira les deux de leur combat silencieux. Le pauvre voyant était vraiment lessivé, probablement sollicité toute la matinée par les animaux et les clients. Il passa d'ailleurs une main sur ses yeux et en profita pour chasser quelques mèches qui commençaient à coller à sa peau. Saga aimait se dire que jamais il ne mentionnerait l'accident face à Milo, pourtant sans la douleur de ses dents dans sa chaire, il aurait probablement manqué à cette promesse qu'il s'était fait. La vérité était qu'il était terrifié : il savait pertinemment que Camus se trouvait à l'heure actuelle dans un gros engin en métal qui logiquement ne devrait même pas pouvoir voler. Les accidents d'avions étaient si rare mais cruellement, pratiquement toujours fatal. Il ne voulait pas revivre ce qui s'était passé il y a des années. Il ne voulait plus revoir Camus entouré de machines, de tubes qui transperçaient ses veines et le tenaient en vie. Il ne voulait plus revoir Milo, le visage pâle et marqué, jeune avec un regard si vieux. L'ainé secoua la tête de droite à gauche, chassant activement toutes ses pensées invasives. Non, il ne fallait pas qu'il commence à penser à ça.
« Il devrait arriver dans la fin d'après-midi, voir même dans la soirée. Ça dépendra pas mal de la route.
- Tu comptes le voir ce soir ?, Angelo plia ses bras derrière sa tête.
- Non, il doit sûrement être crevé et après tout ce qui s'est passé... »
Milo fit tourner l'eau au fond de son verre, le regard perdu. Il observa sans le vouloir les vaguelettes se créer et mourir contre le verre, l'eau déformant les motifs légers de la table.
« J'aurai jamais cru dire ça, mais je suis content qu'Hadès soit là... »
Il releva finalement son verre pour boire d'une gorgée tout ce qui y restait. Le voyant regarda encore vaguement l'objet avant de finalement le poser sur la table grise et de reporter son attention sur ses amis. Angelo paraissait contempler ce qu'il venait de dire, secouant lentement une de ses jambes qu'il venait de croiser, la tête toujours contre ses bras. Kanon lui jouait du bout de sa fourchette avec la dernière bouchée de nourriture qu'il restait. Non, il ne désirait pas vraiment se pencher sur le sujet. Shura, lui semblait tout simplement perdu.
« Je sais pas... je n'arrive pas réellement à me prononcer. D'un côté, on ne peut pas nier que Camus est plus... ouvert je dirais depuis qu'il est là mais..., Saga posa son menton sur son poing. Et s'il le manipulait ? Après tout c'est un créateur !
- Le diable ne manipule pas.
- Alors là, répondit Angelo à Shura en ricanant, je sais pas si tu te rends compte de la connerie que tu viens de sortir Shu-shu ! »
Tout ce que reçu l'italien en retour fut un regard courroucé. Il s'en moquait : après tout embêter les autres était son passe-temps favoris et Aphrodite n'étant pas là...
« Je ne sais même pas si on peut dire que c'est le diable. C'est vrai qu'il y a toute cette histoire des Enfers mais outre ça..., Milo contempla un instant tout ce qu'il savait d'Hadès, c'est-à-dire pratiquement rien.
- D'ailleurs est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer un peu ? La dernière fois vous vous êtes contenu de me jeter dehors.
- Tu gueulais comme un putois Shura. Tu as débarqué comme un diable à nous crier dessus. T'as de la chance qu'on ai pas appelé Shion ! »
Cette fois, ce fut à Kanon de recevoir les foudres silencieuses de l'homme. Si un regard pouvait tuer.
« Ah oui ? Il nous a fait un petit scandale ? Qu'est-ce que j'aurai donné pour voir ça !
- C'est vrai que t'a manqué quelque Angelo, heureusement qu'il y avait Aldé pour l'empêcher de saccager la boutique, sinon on aurait vraiment eu du mal à expliquer à Camus.
- Je n'aurais jamais fais ça Kanon !
- Ouai, c'est ça... »
Kanon défia du regard l'homme. Quand Shura s'emportait, il était capable de retourner des montagnes. À la façon d'une cocotte minute, lorsqu'il y avait trop de pression il explosait. Enfin... L'homme avait quand même des qualités, aussi longtemps qu'il n'était pas stressé il était quelqu'un d'extrêmement appliqué, sérieux et précis. Studieux, peut être un peu trop par moment, il pouvait travailler des heures durant. Ah le nombre de fois où il avait dû l'emmener à l'infirmerie après avoir sauté plusieurs repas. Tout ça ne les rajeunissait pas !
« Pour faire bref Shura, l'interpella Saga, Seiya l'a invoqué on ne sait trop comment. Il a possédé Shun, s'est échappé. Après ça, personne sauf Camus ne le sait mais il a fini chez lui et maintenant il refuse de le laisser.
- Je dirais pas possédé... Il a plutôt habité le corps de Shun...
- Milo, c'est la définition même de la possession, le scorpion ignora le cadet des gémeaux.
- Après je peux vous dire pour sûr que c'est Camus qui l'a recueilli. Vous auriez dû le voir... Trépignant sur place juste à côté d'Hadès inconscient. J'ai vraiment cru qu'il l'avait tué!
- Attends..., fit sérieusement Angelo. Camus est capable de trépigner sur lui-même ?
- Oui. Et en soit c'est vraiment flippant. »
L'italien ne put s'empêcher d'éclater de rire à la réflexion de leur ami. Effectivement, leur froid et sérieux Camus, en train de sautiller sur place devait être particulièrement suspect et franchement pas rassurant. Si le français devait un jour péter un plomb, Angelo était sûr qu'il deviendrait ce genre de psychopathe complétement fêlé à rigoler comme un maniaque tout seul dans le noir.
« ... Donc, moi qui ai tenté pendant des années d'entrer en contacte avec le diable, qui ai étudié des heures incalculables. Sacrifié des dizaines d'animaux pour obtenir ses faveurs et es allé jusqu'à emménager à la capitale de la magie noire, je n'y suis jamais parvenu mais Seiya, Shura cracha presque le nom du jeune homme avec une colère à peine bridée, Seiya lui y est parvenu ?
- Oui. Avec une planche d'ouija en carton de pizza. »
Milo n'avait pas à retourner le couteau dans la plaie mais quelque chose en lui l'obligea à informer l'espagnol. Si cette chose était une certaine forme de puérilité n'était pas la question. Au fond, c'était tellement amusant de regarder Shura presser de plus en plus le métal de la table entre ses doigts. Tout doucement, ses phalanges devenaient blanche.
« C'est une blague ?, siffla-t-il entre ses mâchoires serrées.
- Vu la scène, il est possible que Shun est servi de catalyseur. Shion m'a déjà mentionné le fait qu'il ai énormément de cosmos.
- Un carton de pizza Saga... Un putain de carton de pizza. »
Tous se regardèrent, incertain de savoir quoi faire. Saga pria silencieusement pour que les bonnes manières aient raison de Shura et l'empêche de faire une scène. Ils aimaient bien ce restaurant, ils avaient pas franchement envie de se faire bannir... Peut être que Milo aurait mieux fait de se taire cette fois-ci... Par chance et avant que quiconque autre qu'eux ne remarque l'état de Shura, ce dernier ferma les yeux et inspira profondément. Il finit par lâcher la table toute en chuchotant dans sa propre langue de garder son calme.
« Donc... Très bien... Seiya à invoqué le diable. Bien, bien. »
Milo se racla la gorge et Saga pria cette fois pour qu'il ne rajoute rien qui puisse énervé leur sorcier espagnol.
« Shura, je ne penses vraiment pas que ce soit le diable.
- Pour moi si !
- C'est quoi déjà le symbole du capricorne ? Une chèvre non ? Parce que ça lui correspond bien là !, Shura décida d'ignorer la pique d'Angelo.
- Vous ne semblez pas saisir, invoquer le diable est ce pour quoi j'ai travaillé pendant tant d'année !
- Mais pourquoi tu tiens tellement à le rencontrer à la fin ? Pourquoi c'est si important pour toi? »
Shura se tourna vers Kanon avec une expression bien trop sérieuse. Il ne faisait que demander, il n'avait pas besoin de prendre cet air si menaçant !
« Tu veux vraiment savoir ?
- Oui enfin si tu veux rien dir-
- Pour prouver ma valeur, répondit l'espagnol en baissant la tête. »
Un ange passa.
« Quoi ?
- Je suis pas comme vous, moi j'ai dû travailler pour devenir ce que je suis aujourd'hui. À part la flute j'ai pas de talent particulier alors c'est vrai, je suis peut être trop sérieux ou trop sévère mais en attendant vous imaginez pas ce que ça peut faire de rester là avec rien pour soit, il inspira en faisant bien attention de ne pas croiser leur regard. Moi ça m'a prit des années à contrôler mon cosmos et ça m'a prit encore plus de temps pour m'en servir. Je suis pas comme vous, je suis pas médium, je suis pas voyant et je combats pas les démons. Tout ce que j'ai, j'ai travaillé pour l'avoir. »
Un autre silence s'installa à la table, un long silence durant lequel Shura posa ses mains sur ses cuisses et continua a regarder le sol. Il regrettait déjà ce qu'il venait de dire. Il s'était montré, c'était mis à nu face à eux et maintenant il devait attendre dans ce silence pesant que quelqu'un réagisse. De façon surprenante, ce fut Kanon qui brisa ce silence.
« Donc... Tu veux rencontrer le créateur parce... tu complexes ?
- Oui Kanon, je complexes, confirma-t-il en appuyant bien sur les mots.
- Mais... Pourquoi ? »
Le sorcier releva subitement la tête, incrédule. Il n'était pas sérieux ? Il venait tout juste de leur expliquer ! Que croyait-il ? Que c'était une blague ?
« Parce que Kanon ! Parce que je ne suis ni Aphrodite ni Shaka ! Même Angelo à son Livre des Morts !, fit-il en pointant l'italien du doigt.
- Hé ! Il est très bien mon livre !
- Tu n'es pas le seul dans ce cas, regarde Aiolia ! Il n'ai jamais allé plus loin que le contrôle de son cosmo.
- Je ne suis pas Aiolia, Saga, je n'accepterai pas de vivre une vie comme la sienne. »
Milo s'empêcha de protéger l'honneur de son ami, Shura pouvait vraiment être hautain par moment. Au moins, il avait une explication pour un tel comportement maintenant, et le voyant commençait même à faire une lien entre la relation chaotique entre Shura et Aiolia et le complexe d'infériorité de l'espagnol.
« Au bout du compte Shura, c'est probablement pas une bonne idée pour toi de le rencontrer. Crois-moi, la seule chose qui l'importe c'est Camus.
- C'est à peine s'il te verras toi !, se permit d'ajouter Kanon aux propos du scorpion.
- Il n'y a que moi qui peux juger ce qui est bon ou mauvais pour moi. »
Ce n'était même plus une tête dure à ce point là... Entre son obstination, la chaleur et la fatigue, Milo laissa tomber. C'était une belle journée, il n'avait pas envie de la gâcher pour de telle chose. Le manque de confiance de Shura n'était pas son problème, il n'était même pas vraiment ami ! Si quelqu'un voulait le raisonner, très bien ! Mais lui ça ne le regardait plus !
« Fais ce que tu veux, soupira Milo, mais si j'apprends que tu es venus faire chier Camus ce soir je te jure je te renvois à coup de pied au Mexique. »
Camus posa son sac par terre, poussa un grand soupire de soulagement avant de trainer des pieds jusqu'à son canapé. Enfin chez soi... Il laissa pratiquement tomber sa tête contre le rembourrage, trop fatigué pour vraiment prendre en compte la douleur de son chignon contre sa nuque. Il l'avait fait rapidement avant de prendre d'arriver à l'aéroport, pas trop enjoué à l'idée de voir ses cheveux trainer dans un lieu aussi fréquenté. Désormais, de grosses mèches s'en étaient échappées mais le chignon, malgré son piteuse état, était quand même désagréable. Il s'en moquait. Il voulait juste se reposer.
Derrière lui, il entendit vaguement Hadès poser la valise dans un bruit sourd et refermer la porte à clé derrière lui. Il entendit le bruit métallique une première fois, puis une deuxième fois dans un claquement assuré. Fermée à double tour, comme lui avait l'habitude de faire. Paresseusement, il releva la main et tenta de s'éventer, sans succès. Maintenant qu'il était confortablement installé, il n'avait plus envie de bouger mais plus il restait assit, plus il se rendait compte de la chaleur.
Ses rideaux électriques étaient pourtant pratiquement fermés, seuls quelques centimètres ainsi que les alvéoles entres les lattes laissaient passés la lumière de cette chaude soirée. L'appartement plongé dans la pénombre, habité de quelques rayons orangés était tellement rassurant. Hadès passa devant lui, tranquillement, avant d'ouvrir la porte vitrée. Aussitôt, un courant d'air frais s'engouffra et vint caresser le visage de l'homme qui fredonna de satisfaction.
Le trajet en soit n'avait pas été éprouvant mais entre le temps dans le taxis, l'avion et la conduite, Camus se sentait exténué. Sans parler de tout ce qui s'était passé pendant son petit séjour. Pourtant, il était étrangement en paix. Certes, il avait pratiquement été enlevé et avait du se confronter à la mort de son père mais finalement, il ne pouvait pas nier avoir apprécié revoir sa mère ainsi que sa famille. Il aurait put d'ailleurs, s'il était resté un jour de plus, rencontré ses grands-parents ainsi que ses arrière-grands-parents. C'était trop pour lui, il avait besoin de repos.
« La mer va me manquer... »
Hadès lui tendit une main qu'il saisit. Il se retrouva sur ses deux pieds grâce à l'aide du créateur. Si ça n'avait pas été pour lui, l'homme aurait probablement passé sa soirée sur son canapé avant de s'y endormir.
« Tu es proches de la mer ici aussi. »
Camus s'approcha de sa valise avant d'attraper le bord de son haut et de le passer au dessus de sa tête. Il plia une fois son T-shirt bleu et le déposa juste à côté de sa valise qu'il entreprit d'ouvrir.
« Ce n'est pas la même chose, expliqua-t-il d'une voix calme en cherchant quelque chose. De vous à moi, j'ai toujours préféré l'Atlantique à la Méditerranée.
- Ah ? Pourquoi donc ? »
Sa trousse de toilette entre les mains, l'homme referma la valise en faisant bien attention de ne pas faire dérailler la fermeture qui produisait un bruit strident. Il reprit son T-shirt et retira ses chaussures sans même se servir de ses mains. Il était vraiment, vraiment fatigué.
« Je ne suis pas sûr... Les couleurs peut-être ? Et puis j'ai toujours eu un faible pour l'océan. Je crois même que quand j'étais enfant je voulais être marin. »
Hadès ne put s'empêcher de sourire à une telle remarque. Oui, ça semblait pertinent venant de l'homme. Ce dernier défilait maintenant pieds nus, son objectif actuel évidant. Il s'arrêta d'abord pour sa chambre et n'en sortir qu'une minute après, un T-shirt et un pantalon de pyjama dans les mains.
« Enfin techniquement ce n'était pas tout à fait l'Océan, on était à l'embouchure d'un Estuaire. C'est presque la même chose. »
Rapidement, il se dirigea vers la salle de bain tout en tentant de défaire son chignon d'une main. Hadès s'appuya contre le mur du couloir, amusé par cette féroce bataille entre les doigts de l'homme et l'élastique noir. Éventuellement, Camus laissa tomber, ses cheveux de plus en plus emmêler autour du chouchou.
« Tu oublies ta trousse de toilette. », remarqua le dieu au moment où Camus s'apprêtait à fermer la porte.
Les épaules de l'humain s'affaissèrent avant que se dernier ne se tourne, clairement fatigué. Il passa devant le créateur sans rien dire, allant directement dans sa chambre. Sa petite trousse de toilette était effectivement posé sur son lit toujours aussi bien fait. Elle faisait un peu tâche, oublié au milieu du lit. Sans plus attendre, il l'attrapa avant de rapidement s'enfermer dans la salle de bain.
« Je vais faire à manger.
- Vous n'êtes pas obligez !, entendit le dieu à travers la porte.
- Oh non Camus, tu ne te défileras pas. Tu n'as rien mangé aujourd'hui.
- L'avion me donne envie de vomir ! »
Hadès roula les yeux. Il savait pertinemment que Camus disait la vérité, il l'avait très bien vu à sa tête lors des décollages et atterrissage... ainsi qu'au petit sac en papier ouvert sur ses genoux. Il était vrai qu'être ainsi secoué n'avait rien d'agréable mais ça devait être le changement de pression qui avait été le plus dur pour son humain.
« Peu importe, tu n'es plus dans un avion. »
Le créateur entendit le jet d'eau de la douche être allumé. Bien, il avait décidé de ne pas répondre. Ou peut être ne l'avait-il pas entendu... Il s'en moquait, dans tous les cas, Camus allait manger même s'il fallait qu'il l'attache pour sur une chaise pour ça. Hadès se dirigea vers la cuisine, il en profita pour ranger dans un coin le sac à dos de son humain plutôt que de le laisser trainer au milieu de la salle. N'était-ce pas lui qui se plaignait sans cesse de deux adolescents laissant trainer leurs affaires ? Il attrapa le sac bleu marine. Isaac et Hyoga, les deux protégés de Camus. Il ne les avaient jamais vu depuis l'invocation. Les deux enfants étaient très précieux aux yeux du médium, il n'avait aucune envie de leur faire peur. En réalité, chaque week-end que venaient passer les adolescents ici, lui repartait dans le Néant qu'il contrôlait désormais totalement. Bien sûr, il gardait toujours un œil sur son humain.
Le sac posé près de la porte, là où il ne gênerait personne, Hadès entra dans la cuisine. Maintenant que le soleil était couché, l'endroit était baigné dans une vague lumière orangée, celles des lampadaires et de la ville. L'éclat orange se reflétait sur le comptoir, venait mourir sur le sol ainsi que sur chaque meuble qu'il touchait. C'était agréable d'entendre vaguement les rires, le brouhaha des conversations des gens attablés aux bars et aux restaurants. C'était agréable d'entendre la ville vivre. Jamais il n'avait connu ça aux Enfers, ni même au près des autres créateurs.
Hadès huma l'air : plus la trace de sel mais une vague odeur de friture qui flottait, probablement venant de l'un des nombreux restaurants. Il rigola légèrement avant d'ouvrir le frigo. D'accord, peut-être qu'à lui aussi l'océan commençait à lui manquer. Il attrapa une salade dont les premières feuilles étaient légèrement flétries mais le cœur devait sans aucun doute être encore bon. Il n'osait pas en parler à son humain, mais c'était la première fois qu'il avait vu l'océan. Il comprenait ce qui plaisait tant à Camus, il se remémorait les camaïeux de bleu, les tons pastels et le ciel de feu lorsque le soleil se couchait. Le ressac, les vagues qui grignotaient peu à peu la côtes et montaient jusqu'aux pontons de pêches à carrelet. Il commença à doucement arracher les premières feuilles de laitues. C'est petites maisons montées sur pilories l'avaient tout de suite fasciné, elles et leurs grands filets carets, apparemment ce type de pêche se pratiquait généralement en Estuaire ou sur les côtes tout autour.
Après des milliers d'années d'existence, il était agréable de découvrir de nouvelles choses. Particulièrement lorsque Camus lui montrait avec un sourire plus grand que celui d'un enfant et les yeux qui brillaient. Hadès glanait ces rares moments où l'humain était libéré de la moindre anxiété, de la moindre pensée qui pourrait embrumer ses yeux indigos.
Le créateur nettoya la salade, faisant bien attention de ne pas laisser de sable ou tout autre saleté. Il la laissa tremper et en profita pour chercher d'autres ingrédients dans le frigo. Il entendit au loin un éclat de rire, puis les voix de plusieurs personnes enjouées. Plus loin encore, un train qui s'arrêtait, à peine perceptible au dessus du reste de la circulation et des conversations confortables. Un courant d'air vint caresser ses cheveux pendant qu'il entreprit de découper finement de la féta. L'air était encore chaud, il commençait à peine à tiédir. Hadès posa son couteau contre la planche à découpé. Dire qu'il avait faillit mettre fin à tout ça.
Ses mains contre le comptoir, seul dans cette cuisine avec l'écho des voix lointaines et des pas qui résonnaient sur les pavés. Tout ça aurait put ne jamais être s'il n'avait pas été jeté dans le néant. S'il n'avait pas été arrêté à temps, alors il n'y aurait probablement pas eu de nuit d'été tranquille. Ça le rendait malade. Il prit un bol dans lequel il versa sel, vinaigre et huile d'olive avant de battre. Il entendait toujours l'eau couler dans la salle de bain. Le créateur respira profondément avant de se reprendre : à quoi bon se lamenter sur le passé ? Il ne pourrait pas changer ce qui était arrivé il y a plus de deux milles ans. Par contre... Il posa le bol et s'approcha de la fenêtre. Hadès pressa le bouton, regardant le rideau électrique se lever alors que défilaient devant ses yeux les rayons de lumières orangé. Enfin, la ville remplie de vie se dévoila devant lui. Par contre ça il pouvait encore le protéger.
Le dieu s'adossa à la fenêtre, il posa son coude contre le rebord et son menton dans sa main. En bas, une petite fille faisait de son mieux pour ne pas marcher sur les lignes. Elle sautillait, manquant de tomber plusieurs fois mais ne manquait par contre jamais de se retourner vers ses parents, riante. Elle trottina puis fit rattraper par sa mère et son père qui lui prirent les mains. Ses boucles brunes rebondissaient à chacun de ses éclats de rire. Plus loin, un homme distribuait des tracts, avançait dans la foule vaillamment mais ne recevait rien de plus que quelques soupires agacés. Pourtant, il n'abandonnait pas.
« Tu finiras bien par en donner un... », murmura Hadès, amusé.
Les foules remplissaient les terrasses et les différentes lumières de chaque établissement se mêlait dans la rue. Certaines personnes riaient, d'autres parlaient vivement et s'emportaient. Quelques une même pleuraient, de joie ou de tristesse. Qui sais ? Les loupiottes de toutes les couleurs se reflétaient dans chaque voiture qui passaient, animaient la ville pourtant déjà bien vivante. C'était tellement étrange la vie...
Le créateur revint alors vers le bol à la salade et y versa la fromage. Il ajouta un mélange de poivre qu'il trouva dans un tiroir. Oui, c'était étrange la vie, particulièrement pour un être tel que lui. Lentement, au fil des mois il avait commencé à comprendre pourquoi tant de ses pairs s'étaient mêlés aux humains. Leur exaltation était folle : se réjouir quand notre fin pouvait arrivé à tout moment, ça n'avait aucun sens pour un dieu.
Hadès sortir la salade et la posa sur un torchon propre et sec. Il tapota doucement sur les feuilles vertes et tendres. Il avait envié la finalité de l'Homme mais se rendait compte l'avoir désiré pour les mauvaises raisons. Jadis, il avait cru leur mort une fatalité, il avait cru leur mort une délivrance mais jamais il n'avait pensé que c'est ce qui rendait leur existence si unique. Bien sûr, beaucoup de ses existences étaient tristes, voir même dramatique mais ce n'était pas le cas de tous. Oui, dans un monde de justice, tous devraient avoir le droit au bonheur, malheureusement le monde n'était pas fait ainsi. Il le protégerait, même si ce n'était que pour un sourire, il ferait tout pour jamais il ne redevienne ce qu'il a été.
« À quoi pensez-vous ? »
Le créateur sursauta avant d'entendre un rire derrière lui, un rire qu'il aimait par dessus tout. Il s'empressa d'ajouter la salade dans le saladier avant de se retourner. Camus se tenait là, contre le chambranle de la porte, un sourire aux lèvres. Il portait un T-shirt gris léger ainsi qu'un bas de pyjama noir. Cet homme devait avoir une sainte horreur des hauts de pyjama, il ne l'avait jamais vu en porter. Il s'agissait toujours de vieux T-shirt jamais au grand jamais coordonné avec son bas.
« Pourquoi ne possède-tu pas d'ensemble de pyjama complet ? », Hadès se tourna vers sa salade.
Camus haussa un sourcil. Depuis quand le créateur des Enfers se posait des question sur sa garde robe ? Les bras croisés, un sourcil toujours levé, il ne put s'empêcher pourtant de sourire.
« Et vous ? Depuis quand restez-vous dans des habits humains ?
- Il ne s'agit pas d'habit humain à proprement dit. Je dirais plutôt que c'est une matérialisation. »
Hadès avait oublié, voilà la vérité mais il avait trop de fierté pour le dire. Et puis, il devait bien avouer qu'avec la chaleur de l'été, un haut à manche courte n'était pas refus, bien qu'il n'était pas encore totalement habitué au jean noir qu'il portait. Enfin, qu'il avait matérialisé. Seulement, il ne pouvait pas se montrer en publique avec ses vêtements habituels, tout d'abord parce qu'il ne tenait pas attirer l'attention et surtout parce que trainer des tonnes de tissus entouré d'être inconnus et imprévisibles n'étaient pas la meilleur idée qu'il pourrait avoir.
« Ça vous va bien... »
Hadès inspira en entendant les mots de Camus derrière lui, à peine perceptible au dessus du brouhaha de la ville. Il fit semblant de ne rien avoir entendu et remua la salade silencieusement tout en sentant le regard de l'humain sur lui. Il y avait quelque chose qui montait dans sa poitrine, quelque chose d'un peu douloureux mais d'étrangement chaleureux alors qu'il se força à expirer. Il sentit même ses joues et ses oreilles se mettre à le brûler.
Le créateur passa une main sur sa nuque, comme pour tenter de cacher ce qu'il savait être un rougissement. Il n'était pas timide, particulièrement pas avec Camus mais il n'avait pas vraiment ressenti de telle chose depuis si longtemps. Il ne voulait pas se prononcer, bien sûr il préférait penser que son affection n'était rien de plus que de la gratitude et de l'admiration. Il se mentait à lui-même, il le savait depuis un moment mais combien de temps encore pourrait-il faire semblant ?
« Vous avez besoin d'aide ?, demanda innocemment le jeune homme derrière lui.
- Tu peux mettre la table, j'ai bientôt terminé. »
Il n'y avait pourtant pas la moindre trace de doute dans sa voix. Elle sonnait toujours aussi calme, aussi assurée. Son amour pour Camus n'avait pas d'importance, il s'était engagé à le protéger coûte que coûte et c'est ce qu'il ferait. Même s'il n'arrivait toujours pas à se dire la vérité, de peur que l'humain lui échappe, ça ne l'empêchait pas de savourer chaque instant passé au côté de son humain. Son ami.
Camus sortit deux assiettes blanches avant d'attraper de l'autre main les couverts. Il manqua de lâcher une fourchette et se dépêcha à tout déposer sur la table de la salle à mangé sans même penser à allumer la lumière. Dans le calme de la soirée, il profita du courant d'air. Il replaça une mèche de cheveux derrière son oreille et mit la table sans un mot. C'était une nuit agréable, une nuit qui devait sans aucun doute être dégagée, sans la moindre trace de nuage. Il aimait ces soirées où l'air tiédissant lui faisait tout oublier de la moiteur et la chaleur de la journée passée.
Soudainement, la lumière s'alluma et ce fut au tour de Camus de sursauter. Il se tourna vers le dieu qui avait un sourire malicieux, toujours dans ses habits humain.
« Tu ne comptais tout de même pas manger dans le noir ? »
Camus posa un main sur sa hanche et fit semblant de considérer ce qu'on venait de lui dire.
« Pourquoi pas ? Ça donnerait une ambiance. »
Le dieu secoua la tête de droite à gauche, heureux de cette complicité qui se créait chaque jour un peu plus entre Camus et lui. Il n'attendit pas plus longtemps pour poser le plat sur la table, remarquant au passage l'état déplorable de cheveux de l'humain. Heureusement que le saladier n'était plus dans ses mains.
« Tu n'as pas réussi à défaire ton chignon ?
- Pire, répondit platement le jeune homme, j'ai pratiquement perdu l'élastique dans mes cheveux. »
Il n'avait pas besoin de se retourner pour sentir le créateur pâlir derrière lui.
« À quoi bon avoir d'aussi beaux cheveux s'ils finissent dans un état pareil ?
- Estimez-vous heureux : je voulais venir vous demander de l'aider avant de tout couper. »
Hadès feignit l'outrage en s'asseyant face à son humain, non sans en profiter pour servir copieusement Camus.
« Je m'en occupe une fois que tu auras manger quelque chose. »
Sur ses paroles, il ne manqua pas lui-même de se servir sous le regard attentif de l'humain. Hadès savait pertinemment que Camus ne commencerait qu'à manger une fois qu'il y aurait quelque chose dans l'assiette du dieu. Bien sûr, Hadès savait qu'aucun d'entre eux n'avaient véritablement besoin de manger, cependant aussi longtemps Camus était convaincu d'être humain, aussi longtemps son corps agirait comme tel. Quant à lui, même un dieu pouvait avoir envie de manger malgré tout. Après tout, un peu de nutriments ne faisait de mal à personne.
En voyant le créateur commencer à manger, Camus lui offrit un sourire sincère.
« Merci Hadès. »
L'homme à son tour mangea, complimentant la salade qu'on lui avait fait. Encore une fois, comme chacun de ses mots, ça alla droit au cœur du créateur. Finalement, la vie méritait d'être protégée et célébrée.
« Votre fille Perséphone se trouve dans les jardins. »
La voix glaciale d'Héra tira Zeus de ses pensées. Depuis le retour de leur très cher Hadès, son époux était lointain, perdu dans son monde. Combien de temps exactement ? Probablement l'équivalant de d'un ou deux jours humains, elle n'était pas sûre. Comme il était dur de se rendre compte du temps qui passait dans un monde où il n'existait même pas. Zeus daigna offrir un regard embuée à la déesse, comme s'il était en train de décrypter ce qu'elle venait de dire.
« Dans les jardins ? »
Héra soupira, s'asseyant sur son trône. Elle sentait le regard des autres dieux qui prétendaient bien piteusement ne pas écouter la conversation de leur roi et reine. Ignorant ces vautours, la déesse posa sa main sur celle de son époux, tentant encore une fois de le ramener à lui-même.
« J'eu peur qu'elle fut été chassé des Enfers par Hadès, après tout quoi de plus normal que de réclamer son trône ?
- Je vois. »
Zeus se leva soudainement, près à en découdre. Il l'avait banni une fois, il pouvait le bannir une seconde fois. Prit dans son élan, il ne se rendit même pas compte du regard agacé de son épouse, ni même qu'elle n'avait pas finit de lui parler. Que ça l'agaçait lorsqu'il ne l'écoutait pas. Et puis, de quel droit l'ignorait-il ainsi ? Elle était après tout leur ainée à tous. Roi des créateurs ou non, il lui devait le respect.
« Cependant, continua-t-elle stoppant son époux dans son élan, elle était en train de regarder à travers la fontaine. Elle était tellement éprise de ce qu'elle y voyait qu'elle ne m'a même pas remarquée. »
Zeus se tourna vers elle, les sourcils froncés. Enfin une réaction ! Héra fit reposer son menton sur le dos de sa main et détourna la tête dans une expression faussement ennuyée.
« Vous savez pourtant à quel point il est dur de m'ignorer. »
Son regard dévia lentement jusqu'au bleu ciel de Zeus. U regard accusateur, glacial et cruel.
« Particulièrement lorsqu'il s'agit d'un de vos enfants. »
Zeus n'apprécia pas la menace à peine déguisée dans la voix de son épouse, particulièrement à l'encontre de sa progéniture. Des millénaires et Héra haïssait toujours viscéralement les produits de ses infidélités. Pourtant il ne prit même pas le temps de soutenir le regard de son épouse, fatigué d'une telle rancune. Il quitta alors la salle, sans même faire attention aux regards des créateurs.
Héra renifla, offensée. Son mari lui accordait si peu d'attention ses derniers jours et maintenant il s'en faisait plus pour l'un de ses enfants, une des preuves de ses écarts que pour elle, sa fidèle épouse. Héra n'appréciait pas voir les descendants de Zeus pavaner dans l'Olympe. Si ça ne tenait qu'à elle, depuis longtemps elle les auraient bannis. Ils lui rappelaient sans cesse ce que son époux avait été, ce qu'il lui avait fait subir. Ils lui rappelait qu'elle n'avait jamais été la seule, l'unique. Que Zeus ne l'avait pas assez aimé pour seulement lui être fidèle, elle qui pourtant ne demandait rien de plus qu'un peu de considération. Il fallut la folie de leur frère et la mort de ce stupide échanson pour que Zeus se résolût à n'honorer elle et seulement elle.
Alors quand elle vit cette broche dans ses cheveux, cette satané broche qui la nargua, toute la douleur et la honte qu'elle avait scellée était revenue en une seule vague. N'avait-il jamais réussit à oublier ce petit imbécile ? Cet humain ne leur avait apporté que souffrance et malheur et lui portait toujours sa broche. Zeus se rendait-il seulement compte de l'insulte que cela représentait pour elle ? Héra ne l'avait pas tué, après tout cette vermine fut érigé au rang de créateur par leur roi, mais s'il avait été devant elle à ce moment... même les enfers auraient été plus clémente que le sort qu'elle lui réservait. Que fallait-il faire pour que Zeus la regarde elle et personne d'autre ?
Héra soupira finalement lasse de ce combat qu'elle croyait enfin gagné. S'il y avait un moyen pour elle de s'échapper elle le ferait mais la vérité était que malgré tout ce qu'il avait put lui faire, malgré la douleur et la haine qu'il avait fait naitre en elle, elle aimait Zeus plus qu'elle ne s'aimait elle. C'est pour cette raison qu'elle l'avait simplement regardé partir. Il la quittait toujours et elle l'attendait, la même lueur triste dans les yeux. La même promesse en l'air de le quitter dans ses pensées.
Pendant qu'elle se torturait, Zeus lui avait trouvé sa fille. Elle était, tout comme Héra lui avait dit, penchée au dessus des eaux de la fontaine. Assise sur la pierre blanche, ses longs cheveux cachaient partiellement son visage. Son père pouvait discerné derrière ce rideau roux les prémices d'une inquiétude certaine.
« Perséphone ? »
La jeune femme sursauta avant de se retourner vers son père, ses yeux écarquillés. Elle ressembla à une enfant prise sur le fait, ses mains tremblaient même légèrement. Que cachait-elle ? Était elle en train d'observer un humain ? Après tout il n'avait vu se trouble chez sa chère fille que lorsque l'amour avait éclot en son cœur. Hadès l'avait laissé aimé, il savait pertinemment que la jeune déesse n'avait jamais nourrit à son égard le moindre sentiment romantique. Amusé, le dieu ne put s'empêcher de sourire à sa fille chérie.
« Père !
- Mon enfant, que viens-tu faire ici ? Qu'est-ce qui a bien piqué ta curiosité au point de te faire sortir de tes Enfers ? »
Elle n'eut pas la réaction qu'il attendait. Elle ne cacha pas un rire distingué derrière sa main tandis que ses joues rougissait. Elle ne décrocha pas un sourire d'allégresse et ses yeux ne riait pas. Non, à la place elle se recula légèrement, le bras ramener contre sa poitrine. Perséphone était interdite, regardant son père avec effroi, une main toujours suspendu juste au dessus de l'eau. Zeus fronça alors les sourcils, inquiet. Que se passait-il ? Avait-elle été chassée ? Son enfant semblait prête à pleurer.
« Perséphone, que t'arrive-t-il ? Répond a ton père voyons. »
Mais la jeune femme n'y parvint pas. Elle était toujours figé dans cet effroi que Zeus n'avait jamais vu sur son visage jusqu'à maintenant. Lentement, son inquiétude se muta en une crainte bien plus grande. Qu'avait-elle vu à travers la fontaine ? Qu'est-ce qu'il pouvait avoir de si affreux pour que sa fille pourtant d'habitude si calme le regarde ainsi.
Zeus s'approcha, décidé à savoir de quoi il en retournait mais quel ne fut pas son étonnement lorsque Perséphone se mit de nouveau à se mouvoir. Paniqué, avec des gestes saccadés, la créatrice tenta d'effacer l'image. Ses mains au dessus de l'eau, le dieu eu à peine le temps d'attraper ses poignets avant que la vision ne puisse être troublé. Que lui prenait-il à la fin ?! Pourquoi agissait-elle ain-
C'est alors qu'il le vu, si clair malgré les ondes sur l'eau. Son visage était si calme, ses lèvres étaient peinte d'un sourire paisible. Et ses yeux ! Ses yeux avaient cette douce chaleur qui lui manquait tant. Doucement, Zeus relâcha les poignets de sa fille, captivé par l'image. Ses longs cheveux turquoises étaient en train d'être coiffés en une tresse à la française avec attention et soin. Les mains passaient doucement sur ses longues mèches, avec même ce qui paraissait être de la tendresse.
Ganymède ne l'avait jamais laissé toucher ses cheveux, pas comme ça. Le jeune homme avait gardé ses mèches avec jalousie, ne laissant personne d'autre que lui les approcher. Quel honneur ce fut lorsqu'il daignait les parer des plumes et des perles que Zeus lui offrait. Le dieu n'avait le privilège de les toucher que lorsqu'il était endormi, violant l'interdit de son aimé. Alors qui diable ? Qui avait le droit de le toucher ainsi ? Peut être sa réincarnation était bien moins protectrice de ses cheveux. Cette pensée ne parvint pas à étouffer la jalousie du dieu. Pas lorsque le jeune homme semblait si heureux. Pas lorsqu'il fermait les yeux quand les longs doigts pâle caressait sa tête. La scène avait quelque chose d'intime : tout était bien trop doux, bien trop affectueux. Qui diable ?!
Perséphone se recula, une main cachant ses yeux. Elle n'aurait jamais du venir ici, elle aurait dû répondre à Héra lorsque celle-ci lui adressa la parole mais qui sait ce que la reine aurait fait en voyant son rival à travers l'eau de la fontaine. À la place, la déesse était probablement allée cafter sa présence à son époux. Perséphone claqua sa langue contre son palais. Quelle vipère ! On aurait put croire qu'au bout de longs millénaires, le créateur aurait cessé de nourrir une telle haine envers elle. De plus, comparée à certain de ses frères et sœurs, elle s'était fait discrète, n'avait jamais cherché la moindre querelle avec sa reine. Pourtant Héra paraissait la détester avec bien plus de violence que les autres enfants de Zeus. Malgré tout, elle le savait, cela aurait été bien moins grave si ce fut Héra qui voyait cette scène se dérouler devant ses yeux.
Elle avait été imprudente. Elle cherchait seulement un moment où elle puisse voir Camus pour le prévenir. Pour lui dire que Zeus en avait après Hadès mais aussi après lui. Au bien sûr il y a quelques temps de ça, elle avait tenté de l'enlever mais elle ignorait à ce moment là l'affection que le dieu des Enfers avait envers l'homme. Hadès avait souffert, il avait perdu la raison et elle n'avait rien put faire. Perséphone avait vu un précieux ami et un précieux allié s'enfoncer doucement loin de la raison. Alors si Camus était le seul à pouvoir l'aidé, elle s'était promit de tout faire pour le protéger. Et elle venait de tout faire tomber à l'eau.
« Qui... »
Perséphone releva la tête vers son père. C'était sa main à lui désormais qui contrôlait le miroir, ça ne tenait qu'à lui de voir qui touchait ainsi son précieux Ganymède. Qui le faisait sourire, qui le rendait si beau.
« QUI ?! » rugit le créateur à la fontaine.
Perséphone posa une main contre ses lèvres, horrifiée. Elle recula lorsqu'elle entendit l'orage grogner au dessus d'eux, lorsqu'elle vit les longs cheveux blonds de son père s'animé de son cosmos. Comment ça voix n'avait-elle pas attiré les autres créateurs, elle l'ignorait. Peut-être était-ce la fureur, la colère violente qui se déversait dans le ciel. Elle pria, supplia intérieurement le miroir de ne rien révéler.
L'image changea légèrement, elle effaça durant un instant le magnifique visage de son aimé et obsession et ce que Zeus vit à travers la fontaine lui fit l'effet d'une épée de glace. Hadès, souriant avec amour. Il n'y avait pas de doute, aucun. C'était de l'amour. Dans son sourire. Dans ses yeux. Dans ses gestes. Un amour dégoutant, évidant. Un amour qui n'avait pas lieux d'être et chaque mèche qu'il tressait, c'était le cœur de Zeus qui se serrait.
Lui ! Lui ce traitre ! C'était lui ? Comment ? Zeus recula, choqué par l'image. Choqué par la scène, choqué de voir Camus se tourner vers son frère avec ce même regard d'amour inconditionné. Non. Ça ne pouvait être. Ganymède n'aimait personne, personne d'autre que lui. Et Hadès ! Hadès ne pouvait pas aimer ! Hadès était un monstre !
« Père ? », osa Perséphone d'une voix tremblante.
La pauvre enfant était terrifié à mesure que son père réalisait. Leur roi semblait être tombé dans un profond choc : les yeux écarquillés et le corps totalement figé.
Ganymède ne devait pas aimer quelqu'un d'autre que lui. Il lui appartenait, corps et âme. Il était à lui et à lui seul. À personne d'autre et surtout pas ce !... ce !... ce monstre ! Non, Ganymède aurait dût être dans ces bras, il aurait dût être celui qui avait le droit à ce regard.
Lentement, sans un bruit, le cœur du créateur s'empli d'une noirceur qu'il n'avait jamais ressentit auparavant.
« Il t'a trahit, lui chuchota une petite voix très très long dans ses pensées. Ganymède t'a trahit. »
Ganymède l'avait trahit, lui a qui il devait tout. Lui qui l'avait retiré de ce monde cruel et qui l'avait aimé. Il lui avait tout donné, son cœur et la vie éternel. Il lui avait offert la jeunesse pour ne jamais que sa beauté ne se fane. Il l'avait enlevé à ce monde qui ne méritait pas sa beauté et voilà comment il le remerciait ? En se pavanant dans les bras d'un traitre. Hadès avait dû l'envouter, il n'y avait pas d'autre moyen. Non, c'était impossible que son précieux Ganymède aime un autre que lui, surtout pas Hadès.
« Il te l'a volé. Il t'a tout volé. »
Oui, tout était la faute d'Hadès. Son visage se déforma alors lentement sous le coup de la colère. Oui. C'est ça. Hadès, tout était de sa faute. Il n'en voudrait pas à Ganymède s'il revenait vers lui. Un écart pouvait arriver, particulièrement s'il était envouté. Ce n'est pas grave. Non, il n'aurait qu'à aller le voir. Le convaincre de son erreur. Après tout, lui aussi avait fait des erreurs.
« Il faut punir Hadès. »
Oui, c'est vrai. Il était coupable. Il le punirait, il l'empêcherait de ruiner son précieux Ganymède. Il l'empêcherait de ruiner sa pureté. Zeus s'avança de nouveau et vit le visage illuminé de son amour. Tout autours de lui, son cosmo s'enflamma d'un doré à un orangé menaçant qui se reflétait sur son visage. Ses yeux bleus s'enflammèrent, la colère et la haine coulant dans ses veines.
« Père ? », retenta Perséphone.
Les nuages d'orages avaient recouvert leur éternel ciel bleu et la le cosmos flambant de son père était désormais la seule source de lumière dans les jardins. Il était sinistre, ce sourire cruel qu'elle n'aurait jamais cru voir un jour sur son visage et ses ongles s'enfonçant dans la pierre blanche de la fontaine. Qu'avait-elle fait ? Qu'avait-elle fait ? Elle pressa ses mains contre son visage et ne put empêcher ses sanglots.
Zeus tendit lentement la main vers l'image de Camus, faisant bien attention à ne pas toucher la surface de l'eau. Il caressa la joue de l'homme, sans pour autant le toucher. Seul tombé dans ses pensées obscures, son cœur nourrit par cette pernicieuses petite voix continuait de lui chuchoter tout le mal d'Hadès.
« Mon aimé... Je te délivrerais... »
Sa voix était bien plus sinistre, piquée de dessin bien trop sombre pour que la jeune déesse en entende plus. Elle ferma les paupières avec force, essayant de retenir ses larmes plus longtemps lorsque les derniers mots de son père résonnèrent dans les jardins. Abject, tout était si abject. Elle retint une vague de nausée. Le sourire du créateur était devenu féroce, sadique.
« Et si tu ne te rends pas à moi, alors je te prendrais de force. »
Loin dans les pensées du dieu, la petite voix ricana.
Je n'ai pas posté de chapitre de cette fanfiction depuis un moment. Je suis désolée de l'attente, j'avais quelques petits tracas personnels qui m'ont énormément bloqué. En tout cas, le chapitre est là ! J'espère qu'il vous a plu et encore une fois, merci de suivre cette fanfiction !
FuryFury : Merci de ton commentaire et de ton encouragement ! Effectivement, Zeus va mettre le bazar. C'est Zeus après tout !
Milkagirl26 : Merci pour ton commentaire et de ton encouragement ! Milo qui beugue face à Saga est un peu l'un de mes points faibles. J'ai toujours aucune idée de pourquoi mais je les trouvent mignons ensembles. C'est vrai, on peut vraiment qualifié la relation d'Hadès et Camus comme fusionnelle. Quant à tes questions par rapport à d'autre personnage, je vais pas le cacher : c'est dur de tous les introduire. Cependant, Dohko ne va tarder à montrer le bout de son nez ! Par contre Ikki, va encore falloir attendre un peu.
Hemere : Merci pour ton commentaire ! J'ai pas posté un an après mais 6 mois c'est pas top non plus… Camus va surement finir avec 26 créatures dans son Sanctuaire et personne ne pourra l'arrêter ! Quant à Zeus et Hadès, ça va être tendu. Le chocs des dieux (à défaut de titans) !
Earwen de Sirfalas : Merci pour ton commentaire ! Je suis pour les coups de savates contre Zeus. Particulièrement si Hadès lui cour après avec une tong. Pour ce qui est de foutre le bazar et bien… c'est Zeus après tout ! Il faut bien qu'il fasse quelque chose !
