Chapitre 106 : La contre-attaque de l'AD

Ils enterrèrent Martine au Clos-La-Rive. Sans cérémonie, tout simplement, comme était cette femme. Il n'y eut même pas de musique. Rien pour honorer la mémoire de la moldue que leurs larmes. Kécile se promit que si elle revenait vivante de cette guerre, elle ferait célébrer un office digne de ce nom à la femme qui lui avait ouvert les yeux sur les inepties de son père, qui l'avait initié avec finesse et psychologie au monde moldu, et qui l'avait acceptée avec son cœur énorme sans la moindre répulsion malgré qui elle était. Aujourd'hui, elle le pensait farouchement et avec le souhait de choquer son géniteur : elle avait perdu quelqu'un de sa famille.

Puis il fallut reprendre la route de l'Angleterre.

Cette expédition qui avait semblé une si bonne idée à Kécile et qui aurait pu apporter tant d'espoir ne lui paraissait dorénavant plus qu'une sinistre erreur lourde de conséquences.

Henri avait pleuré. Puis il avait séché ses larmes et la froide détermination qu'elle lisait sur son visage l'inquiétait. Plus que tout, elle souhaitait l'épargner et ne pas ajouter au sentiment de culpabilité insoutenable qui la tenaillait. Dans son esprit, elle avait plus d'une raison de se sentir coupable.

Elle réalisait avec horreur qu'elle avait tué de sang-froid. Et qu'elle ne le regrettait pas. Pire, elle sacait qu'elle pourrait recommencer dans semblables circonstances. C'était la guerre, se disait-elle pour justifier sa haine meurtrière. Mais elle savait au fond d'elle-même qu'il ne s'agissait pas que de légitime défense. Qu'on lui amène un de ces mangemorts qui avaient mené cette embuscade encore vivant, et elle l'aurait tué à l'instant de sang-froid. Elle savait que ce n'était pas une attitude très honorable. Mais elle ne pouvait pas se mentir. Ce désir de vengeance, elle l'avait au fond du cœur.

Et puis elle s'en voulait d'une manière indicible de la mort de Martine. Elle ne parvenait pas à se raisonner. Bien sûr que le véritable responsable était le mangemort qu'elle avait abattu. Bien évidemment, s'il fallait un coupable suprême s'était encore et toujours Voldemort. Et si... Si elle avait prit la précaution de prévenir Henri du Tabou. Sa négligence lui semblait incompréhensible à présent, et impardonnable. S'ils avaient demandé à quelqu'un d'autre de traduire l'épitaphe... A Fleur, par exemple. Si Ablus, tout simplement n'avait pas joué au mort pendant 3 mois ! Se disait-elle parfois avec rage. Elle se sentait alors stérilement reporter sa rancoeur et sa colère sur son grand-père. S'il avait été là, jamais ils n'auraient eu besoin d'aller chez les Praslin pour avoir cette maudite traduction !

- Kécile ! Lança Severus pour la énième fois de leur voyage.

Elle ne parvenait pas à se concentrer sur leur trajet de retour. C'était une chance qu'elle n'ait pas atterri à Tataouine-les-Bains entre deux... Ou qu'elle ne se soit pas désartibulée en cours de route. Elle ne savait pas trop par quel miracle elle avait atteint Pré-au-lard. Elle avait traversé comme une somnambule le passage secret et passa l'ouverture à la suite de Severus et Henri.

- Vous voilà ! S'exclama Ron. On commençait à s'inquiéter.

- Qui est-ce ? Demanda Harry en désignant le français.

- Kécile... ça va ?... Tu as pu... tu sais pour Dumbledore ?

Kécile hocha la tête. Hermione la prit alors dans ses bras se méprenant sur la raison de son désarroi.

- Je suis désolée, dit-elle par-dessus son épaule. Ça aurait été tellement formidable... On espérait tous que tu avais raison, mais...

- Dumbledore est vivant, coupa Severus pour interrompre ce monologue mélo-dramatique.

La tête du trio valait son pesant de galions. Une grimace grotesque entre l'exclamation de joie et l'incompréhension.

- Pfiou, fit Ron en s'effondrant dans un fauteuil. Alors ça, c'est une sacrément bonne nouvelle ! C'est peut-être idiot mais je me sens déjà mieux.

- Moi aussi, avoua Harry. Mais il va falloir nous expliquer ce qu'il y a derrière cette résurrection miraculeuse. Et qu'est-ce qu'il se passe Kécile ?

- On a activé le Tabou à Paris, chez ses amis les Praslin, répondit Severus à sa place. Martine Praslin a été assassinée par un mangemort.

Ron se redressa d'un bond et regarda l'inconnu grisonnant qui se tenait silencieusement près d'eux depuis leur arrivée.

- Vous êtes Henri ? Demanda-t-il d'une voix blanche. Nom d'un dragon, on est désolé, murmura-t-il. Votre femme était moldue, n'est-ce pas ? Kécile nous a souvent parlé de vous.

Harry prit spontanément Kécile dans ses bras pour la réconforter et celle-ci savoura pleinement l'étreinte. Elle avait tellement besoin de chaleur humaine. Ce n'était certainement pas Severus qui allait lui faire un câlin. Elle nicha son visage dans le cou du jeune homme laissant couler quelques larmes. Pour tout. Pour le gâchis magistral que lui semblait être sa vie en cet instant.

Elle n'avait pas de mère, son père n'était qu'un monstre psychopathe qui cherchait à la tuer. Elle avait cru perdre son grand-père deux fois de suite et se sentait abandonné par sa désertion. Elle avait fait tué sa grand-mère de substitution. Et elle avait du sang sur les mains. Elle avait tué une fois de plus, sauvagement et sans regret. Et pour couronner le tout, elle était tombée amoureuse de Harry. Elle l'avait vu venir pourtant. Mais elle n'avait rien pu faire pour empêcher ses sentiments de grandir. Elle était vraiment foutue...

Harry, inconscient du drame qui se jouait dans l'esprit de son amie lui murmurait qu'ils allaient s'en sortir, qu'elle pourrait venger Martine, que Dumbledore allait les rejoindre et les aider, qu'elle n'était pas seule.

Hermione de son côté avait présenté ses condoléances à Henri et lui avait demandé comment ils pouvaient lui être utile. Le français avait exprimé son désir de participer aux activités à l'ordre. Il avouait lui-même ne pas très bien savoir comment s'y prendre et reconnaissait que sa faible pratique de la magie et son absence totale de capacité en tant que combattant était un handicap.

Mais Hermione ne l'entendait pas de cette oreille. Le profil de l'homme lui paraissait laisser d'intéressantes perspectives. Il était parfaitement intégré au monde moldu, sur un autre territoire, en relation avec des sorciers de toute l'Europe, et surtout il était un nouveau résistant totalement en dehors des radars des mangemorts.

La salle sur demande s'était adaptée aux nouveaux besoins des sorciers qu'elle abritait. Un véritable dortoir était apparu qui logeait certains réfugiés, et des sanitaires avaient été également ajoutés.

Le trio leur apprit que l'AD s'était désigné des membres référents dans chaque maison pour favoriser les échanges en toute discrétion et justifier un club de sport indépendant dans chaque maison auprès de la direction. Neville et Ginny avaient été choisis chez Gryffondor, Luna et Michael chez Serdaigle, Susan et Ernie chez Poufsouffle et Drago et Astoria chez Serpentard.

- Nous sommes dimanche, demain, rappela Ron. Et si nous convoquions tout le monde pour un grand entraînement ! Proposa-t-il avec enthousiasme.

De toute évidence, le fait d'apprendre que Dumbledore était en vie lui avait donné un regain d'énergie.

- Je pense que nous pouvons nous accorder cela, Mr Weasley, dit Severus. Mais ensuite, il nous faudra reprendre notre quête.

Aucun ne semblait très enthousiaste à l'idée.

- Pour aller où ? Grogna Harry, transmettant l'état d'esprit général. Nous n'avons pas la plus petite idée. Ici au moins, nous sommes au cœur de l'action.

- Pas au cœur de celle de l'Elu, Potter. La résistance, ce n'est pas votre rôle principal, dois-je vous le rappeler ? Vous avez relancé l'AD, redonné un nouveau souffle à l'ordre. Très bien, Potter, j'admets que je n'en espérais pas tant et que je suis impressionné. Maintenant il ne faut pas perdre notre objectif de vue.

- Ne pourrions-nous pas attendre Albus ? Demanda Kécile.

- Combien de temps ?

- Il a dit bientôt...

- En pleine guerre, bientôt, ça peut être dans des semaines comme dans des mois.

- On en revient toujours au problème que nous n'avons pas la moindre piste, insista Harry. Hormis Godric's Hollow.

Severus lui tendit d'un geste sec le parchemin traduit par Martine.

Le trio le lut attentivement.

- J'admets que c'est une trace bien mince. Mais je pense que nous devrions partir à la recherche de de Visnel.

Ron soupira.

- C'est moi, ou vous faites une fixette sur cette voyante ?

- En même temps, si cette épitaphe dit vrai, remarqua Hermione, c'est évident qu'elle sait quelque chose des horcruxes. Elle tendit le parchemin aux garçons après l'avoir parcouru.

- On n'a pas la moindre idée d'où sont les deux autres et elle en a peut-être trouvé un? suggéra-elle. Comme R.A.B.

- Et on s'y prend comment pour la retrouver ? Si elle est vivante ? Relança Ron.

Severus pinça les lèvres.

- Je l'ignore... reconnut-il.

De ce fait, il finit par céder aux souhaits des adolescents, et durant les jours qui suivirent, ils purent rester à Poudlard, et participèrent à l'AD.

Un vent de rébellion soufflait sur l'école et les 8 « lieutenants » comme ils avaient été nommés avaient beaucoup de peine à maintenir l'ordre et à canaliser les membres afin qu'ils restent discrets.

Heureusement, un grand rassemblement général et un discours énergique de Harry avait recadré tout le monde. Le discours de l'Elu était clair. Ils n'avaient pas de temps à perdre avec l'esbroufe et devaient faire profil bas devant Ombrage. La vengeance n'en serait que plus douce. Certains avaient bien souri, trouvant très comique d'entendre ces paroles de celui qui avait passé son temps à défier l'horrible crapaud rose. Mais on se rangea à son avis.

Harry avait rappelé les objectifs de l'AD : s'entraîner magiquement et physiquement, se couvrir les uns les autres pour éviter les punitions cruelles des Carrow, transmettre les informations glanées par le biais des parents à l'ordre, lutter contre la désertion des bancs de l'école.

Puis, Harry avait lancé une bombe au sein de ses camarades.

- Il nous faut renouer des liens avec les serpentards.

Pour être honnête, l'idée ne venait pas de lui. C'était Hermione et Kécile qui avaient lourdement insisté. Mais elles avaient fini par le convaincre.

Devant la protestation générale, Harry dut hausser la voix.

- S'il-vous-plaît, laissez moi m'expliquer ! Dumbledore prônait l'union entre les maisons. Je sais que j'ai été le premier à être récalcitrant à cette idée et que mes relations avec les serpentards sont loin d'être cordiales. Mais à l'époque, ces batailles ne dépassaient pas le stade du banc d'école. Il est grandement temps de changer si nous ne voulons pas avoir à nous battre contre nos propres camarades de classe sur le champ de bataille ! Certains veulent nous rejoindre.

- Comment peux-tu croire ça, Harry ?! S'exclama Dean. On devra se battre contre eux ! Ils soutiennent Tu-Sais-Qui.

- Pas tous ! J'ai des noms ! Drago et Astoria ont déjà ciblés certains élèves qui sont en retrait de leurs camarades et qui ne partagent pas les idées des mangemorts. Il y en a sûrement d'autres. Nous devons les accueillir et les encourager à nous rejoindre par une attitude généralement plus cordiale. Je sais que je vous demande beaucoup, concéda-t-il devant les mines revêches de ses camarades. Mais c'est un effort primordial. Au même titre que votre entraînement.

Les visages étaient fermés.

- S'il-vous plaît, insista Harry. Chacun d'entre vous peut participer à changer l'avenir de certains d'entre eux. Nous nous battons pour défendre des valeurs de tolérance, d'ouverture d'esprit, d'union. Qui sommes-nous si nous excluons nos camarades simplement pour une appartenance à une maison qu'ils n'ont pas choisi ? Comment pouvons-nous être crédibles dans notre combat ?

Les élèves finirent par acquiescer les uns après les autres, vaincus par les arguments de leur leader. Nul doute que beaucoup ne faisaient pas ça de gaîté de cœur. Mais ils allaient le faire. Parce qu'ils avaient confiance en leur leader.

- Beau discours, Potter, dit Malfoy avec un brin de moquerie.

Plusieurs heures s'étaient écoulés et ils étaient tous en train de s'affaler sur des fauteuils et des canapés après que les derniers élèves de l'AD aient quitté la salle d'entraînement.

Severus, Alastor, Kingsley, Dirk et Hestia les avaient fait transpiré durant 4 heures harassantes, enchaînant les entraînements de sorts, les duels et les affrontements par groupe, les 5 adultes jouant le rôle de mangemorts.

Harry et Kécile s'étaient tirés assez brillamment de la séance, de même qu'Hermione et surtout Ron qui avait fait de spectaculaires progrès en subissant les entraînements quotidiens depuis 3 mois avec Severus. Plusieurs anciens de l'AD avaient également surpris Severus et les 4 autres adultes qui les encadraient.

Kingsley et Alastor, particulièrement, ne s'attendaient pas à trouver une telle capacité de résistance et une telle organisation dans le groupe. Mais il y avait clairement des leaders autours desquels s'orchestrait une stratégie, et une entraide évidente qui avait déjà payé face à l'invasion de mangemorts l'année précédente. Les adolescents avaient retenus la leçon et plus que jamais travaillaient en équipe. Plusieurs des lieutenants avaient été distingués.

Notamment Neville, que Severus n'avait pas reconnu et qui l'avait affronté froidement sans trembler et en le regardant dans les yeux. Depuis quand ce gamin faisait preuve d'un tel cran, c'était un mystère. Ginny, très vive et agile avait une puissance étonnante et n'hésitait pas utiliser des sorts vicieux. Michael, plus brutal et direct avait une endurance à toute épreuve. Quant à Luna, sous ses airs innocents et inattentifs, elle avait une grande capacité d'anticipation et d'écoute des autres et une précision redoutable. Elle visait peu, mais faisait toujours mouche.

De toute évidence, les deux périodes de 6 mois dont l'AD avait bénéficié durant la cinquième et la sixième année avait amené de jeunes sorciers encore non diplômés au-dessus du niveau d'un sorcier adulte moyen en matière de combat.

A la fin de la séance, les adultes s'étaient réunis avec les lieutenants et Drago ne pouvait s'empêcher de titiller un peu son ennemi de toujours.
Mais Harry ne répliqua pas. Il savait bien au fond, qu'entendre sa Némésis prononcer ce discours de paix et d'entente cordiale avec les serpentards devait avoir quelque chose de hautement comique pour Malfoy.

- Je pense que nous pourrions être encore plus efficaces si nous pouvions cibler nos objectifs, dit Susan. Est-ce que tu as des noms, Drago, des gens que nous pouvons facilement rallier ?

- Blaise Zabini, dit-il sans hésiter. Il est convaincu de la supériorité des Sangs-Purs mais est profondément contre les actions du Seigneur des Ténèbres. Il ne s'en cache pas. Et il a l'avantage d'être tellement sûr de lui qu'il n'hésitera pas à parler des nous à d'autres serptenards si nous parvenons à le convaincre de nous rejoindre. Il se fiche complètement de l'avis des autres enfants de mangemorts. Milicent Bulstrode. Ses parents ne sont pas mangemorts. Elle n'a aucune ambition d'en devenir une. Elle n'a aucune ambition tout court, de toute manière.

- Les plus jeunes sont plus facilement influençables, avança Astoria. Si des élèves des autres classes se mêlaient à eux en cours ou durant les récréations, je pense qu'on pourrait en obtenir quelque chose. Au moins pour les 1ère et 2ème années. En troisième et quatrième c'est déjà plus compliqué, mais dans l'ensemble, Vous-Savez-Qui les effraie plus qu'il ne les attire.

- Les plus grands doivent savoir ce qui les attends s'ils prennent la marque, dit Severus. Tu dois maintenir ton rôle de double espion, Drago, mais lorsque tu reviens des réunions du Seigneur des Ténèbres, si tu as subi sa … colère, disons nous, ne cherche pas à le masquer. Que les autres sachent. Qu'ils voient que le doloris n'est pas réservé qu'à leurs ennemis. Qu'ils entendent que l'Avada peut s'abattre sur eux à n'importe quel emportement du Maître. Ça les fera réfléchir.

Kécile regarda Drago, prise de pitié à l'idée que lui aussi subissait ça et qu'en plus on lui demandait de l'exposer. Mais le jeune homme avait un visage parfaitement hermétique et se contenta d'approuver d'un hochement de tête.

- J'espère, à terme, dit-il lentement, pouvoir convaincre certains de mes amis. Vincent et Gregory sont très influençables, ça ne devrait poser aucun problème. Pansy est totalement entichée de moi, je devrais arriver à jouer la corde sensible.

- On ne veut vraiment pas savoir comme tu vas t'y prendre, Malfoy... fit Ron avec une grimace.

- Donc si j'ai bien compris, intervint Neville qui avait été bien silencieux jusqu'à présent, tous les noms que vous avez cité doivent être les cibles privilégiées de notre amabilité.

- C'est l'idée générale, approuva Astoria.

- Essayez quand même d'être plus discrets qu'un hippogriffe dans un magasin de porcelaine, souleva Drago. Ne les prenez pas pour des imbéciles, ils vont vite comprendre ce que vous cherchez si vous vous mettez tout d'un coup à être tout sourire avec eux.

- Ne t'inquiète pas, répondit Michael dans une grimace, je ne crois pas qu'on puisse y arriver de toute manière...

Le lendemain soir eut lieu un cours spécial nouveaux adhérents. Pour la plupart des élèves des premières années. Pour les quelques exceptions, ils furent confiés, pas très rassurés, aux bons soins de Severus et de Kécile.

Les autres suivirent l'enseignement plus patient et plus doux de Harry, secondé par Ron, Hermione et les 8 lieutenants. Les groupes de deux ou trois avaient donc chacun un professeur attentif, tandis que Harry passait d'un groupe à l'autre pour des conseils plus poussés. C'était une volonté générale des membres de l'AD de ne pas négliger l'instruction de plus jeunes, et il avait été décidé que ce serait la tâche des membres les plus anciens tant qu'ils n'avaient pas le niveau pour rejoindre les entraînements donnés par les membres de l'ordre.

Severus observait du coin de l'oeil Potter. Ça le faisait grincer des dents, mais il devait bien reconnaître en son for intérieur que le jeune homme avait tout d'un excellent pédagogue. Il voyait l'attitude des gamins changer sous ses commentaires. Ils prenaient confiance en eux, osaient, prenaient de risques et se dépassaient pour tenter d'impressionner leur leader. Il comprenait mieux maintenant la transformation radicale de Londubat au sein de son groupe.

Auprès de tous ces jeunes, anciens ou nouveaux membres de l'AD, Potter était bel et bien l'Elu.

Au sein de Poudlard, l'ambiance avait changé, et les professeurs le sentaient bien. Certains savaient exactement pourquoi. Et masquaient comme ils le pouvaient les agissements parfois étranges de certains élèves. Ils leurs rappelaient souvent de ne pas sourire. Ombrage et les Carrows n'étaient pas assez stupides pour croire que c'était leur discipline qui donnait cette mine réjouie aux élèves.

Les directeurs des maisons avaient demandé à leur directrice l'autorisation d'organiser des cours de soutiens ouverts à tous les élèves basés sur le système d'entraide. Flitwick avait réussi à mener la conversation de telle sorte que Ombrage semblait convaincue que l'idée venait d'elle. Lorsqu'elle demanda où ces réunions pouvaient avoir lieu, Minerva proposa innocemment une grande salle de cours peu utilisée du septième étage ce que la directrice approuva sans voir le piège.

Une fois sortis du bureau de la directrice, les quatre professeurs échangèrent sans un mot un sourire de connivence. Ils avaient réussi leur objectif. Bien sûr que ces cours pouvaient s'avérer utiles. Mais ils permettraient surtout de couvrir les allers et venus des membres de l'AD vers le septième étage.

Outre le changement d'ambiance nettement ressenti, y compris par Ombrage et les Carrows, il y eut une nouveauté qui déconcerta plus d'un habitant de Poudlard.

Depuis quelques temps, on pouvait apercevoir tous les matins des groupes, plus ou moins importants qui courraient autour du château en petites foulées. En tête de chaque groupe, on voyait la plupart du temps l'un des lieutenants qui motivait les troupes et poussait les retardataires. Au début, les élèves ne se mélangeaient pas entre maisons. Puis tous, y compris ceux qui ne faisaient pas partis de l'AD trouvèrent stupides que deux groupes s'entraînent à la même heure et restent cloisonnés. On s'organisa pour proposer davantage de séances ouvertes à toutes les classes. Drago, Neville, Michael et Ernie commencèrent même à s'entraîner entre eux, voulant conserver leur place de leaders. Cela exigeait donc des sacrifices. Entre les cours, l'AD, les réunions très fréquentes pour maintenir la cohésion dans leur travail et leur organisation, les séances de sport individuelles et collectives et entre deux, leurs devoirs, ils n'avaient plus une minute à eux, et s'endormaient tous les soirs d'un sommeil de plomb. Mais aucun d'entre eux n'envisageait d'arrêter ou ne serait-ce que de lever le pied. Les enjeux leur apparaissaient trop importants, leur responsabilité trop grande. Pour la première fois, ils se sentaient vraiment utiles, et vivants.

Les professeurs qui avaient connaissances des activités souterraines de l'AD étaient restés pantois devant la capacité d'organisation et de mobilisation de leurs étudiants. Ils leur apparaissaient sous un autre jour, plus matures, loin des jeunes insouciants qu'on attendait à leur âge. Le professeur MacGonagall se surprenait à être un peu moins sévère envers les élèves les plus impliqués dans l'AD lorsqu'un devoir avait clairement été terminé à la va vite, sachant que c'était par manque de temps et non par paresse.

Enfin le dernier changement notable que les professeurs remarquèrent survint quelques semaines plus tard. S'ils avaient été moins à surveiller leurs propos et les trois cerbères qui les dirigeaient, ils auraient sans doute noté plus tôt que les échauffourées entre élèves s'étaient faites rares ces derniers temps. Mais un jour, cela les frappa comme une évidence : les Serpentards se mélangeaient à d'autres classes. Ou plutôt, des élèves des autres maisons s'incrustaient parmi certains groupes. Le jour où le professeur MacGonagall vit dans le même cours Londubat et Malfoy, Patil et Bulstrode et Brown et Parkinson s'asseoir en tandem, la mâchoire lui en tomba. Clairement, les deux filles de Serpentards n'étaient pas ravies et auraient aimé avoir leur mot à dire. Mais un regard foudroyant de Malfoy les fit taire et elles subirent la présence des deux gryffondors en silence. Puis le cours suivant. Et encore le suivant. Tant et si bien que la glace commença à se briser. Et que Parkinson et Brown se trouvèrent un intérêt commun pour les ragots, les commérages et tout ce qui avait trait de près ou de loin à la mode.

Le professeur Ombrage, il fallait s'y attendre, avait noté tous ses changements. Elle sentait qu'il y avait nifleurs sous trésor, mais elle ne parvenait pas à saisir ce qu'il se passait réellement. Elle avait bien espionné les professeurs, mais ils n'avaient aucun rapport particuliers avec les élèves. Quant à ces derniers, elles ne pouvait pas dire qu'ils lui posaient des soucis. Ils se rebellaient toujours autant lorsqu'il était question de magie noire et particulièrement de l'utiliser sur des élèves, ces petites natures. Mais dans l'ensemble, ils se tenaient à carreaux. Elle aurait aimé pouvoir dire que c'était sa méthode pédagogique qui portaient ses fruits. Sauf qu'elle sentait qu'il y avait davantage que cela. Mais que pouvait-elle leur reprocher ? Leur club de sport ? Rien ne paraissait plus inoffensif quand ils ne pratiquaient même pas leur magie. Au moins ils se défoulaient dehors et présentaient une certaine discipline. Les groupes de soutien ?

Elle avait surgi un nombre incalculable de fois au beau milieu de ses leçons sans pouvoir rien constater de répréhensible. Il y avait toujours un ou deux professeurs, jamais les mêmes, qui travaillaient avec des élèves au lieu de faire des messes basses entre eux, et les étudiants semblaient concentrés sur leur travail, discutant à voix basses de théorie de métamorphose ou se faisant réciter leurs cours de botanique.

Elle ne fit pas part de ses soupçons aux Carrows. Elle ne voulait surtout pas que ce qu'elle appelait de manière édulcorée « les autorités supérieures » puissent croire qu'elle ne contrôlait pas la situation. De toute manière, le calme et le sérieux qui régnait dans l'école prouvaient le contraire, finit-elle par se convaincre. Si elle ne trouvait rien, c'était qu'il n'y avait rien. Elle avait déjà su mater des élèves deux ans auparavant et déjouer leurs plans. Maintenant que les leaders les plus dangereux n'étaient plus là, elle ne voyait vraiment pas pourquoi elle se faisait du soucis.

Et c'est ainsi que Dolorès Ombrage laissa en toute ignorance le plus grand groupe de résistance de toute l'Angleterre s'abriter au sein même de l'école qu'elle dirigeait.