Disclaimer: Saint Seiya, son univers et ses personnages ne m'appartiennent pas


« Montre-le moi Angelo. »

Angelo sursauta, la voix de son plus proche ami le tirant de sa lecture. Il se tourna vers la porte de la véranda d'Aphrodite, toujours installé dans le fauteuil de velours blanc. Le jardinier se tenait là, un regard pratiquement aussi vide que sa voix et un morceau de tissu entre les mains. Angelo fronça les sourcils, inquiet de voir une telle expression sur le visage habituellement si souriant d'Aphrodite.

« Quoi ?

- Ton livre Angelo, montre-le moi. »

Sa voix ne laissait aucun appel et il s'approcha de deux pas en tendant sa main libre. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait le sorcier ainsi. Il était détaché, détaché du monde réel depuis déjà une journée, depuis qu'il était allé voir Shion. Le regard fixe, un souffle si faible que sa poitrine bougeait à peine mais surtout plus froid que quiconque aurait put l'être. Il n'aimait pas cet Aphrodite, cet être qui regardait sans même voir.

Bien sûr, Angelo savait pertinemment ce à quoi Aphrodite faisait référence : le Livre des Morts. Cette matinée était si agréable, l'air était étouffant dans la verrière mais les longues feuilles vert émeraude qui les entouraient parvenaient à apporter un peu de fraicheur. L'endroit, baigné de la lumière du soleil et ombragé par les nombreuses plantes du jardinier était l'endroit parfait pour se détendre, ce que cherchait justement l'italien. Seulement, lorsqu'Aphrodite était dans un tel état, chaque seconde passée en présence des plantes était une menace grandissante. Lentement, Angelo posa son livre avant de se lever tout en faisant bien attention de ne pas faire de mouvement brusque.

Face à son ami, il baissait la tête et croisa les mains, tentant de son mieux pour ne pas représenter une menace. Aphrodite semblait peut être toujours le même, il ne se rendait probablement pas compte de son cosmos flottant autour d'eux, cependant cette chose froide et distante se reflétait dans ses yeux bleus. Angelo était le seul à savoir, à connaître la puissance de son ami. Il était le seul qui l'ai vu dans un tel état et bien qu'il ignore généralement le pourquoi du comment, il savait cependant qu'ainsi, Aphrodite ne pensait plus logiquement. Il agissait sur des impulsions, des impressions.

Angelo sentit quelque chose caresser sa jambe : une feuille. Oh bien sûr, il devait aller trop lentement au goût d'Aphrodite. Il baissait alors un peu plus la tête avant de lever les mains, paumes vers le sorcier. Une feuille de ronce, relier par une branche ornée de rangées d'épines.

« Pourquoi Aphrodite ? »

L'homme ne répondit pas, bien évidemment. Une pulsion, tout ceci n'était qu'une pulsion de la part d'Aphrodite. Un désir si intense qu'il ne pouvait pas le réprimer. Angelo venait de poser une mauvaise question, il le sentit autour de sa cheville, les ronces le caressant doucement. Il avait besoin d'évaluer son ami, de savoir s'il était encore possible de le résonner ou si son désir avait déjà consumé toutes ses pensées. Les secondes s'égrainaient, les feuillages se rapprochaient, menaçant.

« Dans mon sac. »

Angelo fit un geste de la tête vers le fauteuil. À son pied se trouvait son vieux sac à dos qu'il emportait partout. C'était plus fort que lui, il avait besoin de savoir le livre des morts auprès de lui. Cependant Aphrodite ne bougea pas, les ronces se défirent légèrement mais le sorcier lui resta immobile. Angelo osa lever les yeux vers lui. Non, Aphrodite n'avait pas changé. Il restait le même avec sa chemise blanche, sa cravate rose et son pantalon noir. Le même, toujours ses éternelles boucles bleu ciel et ses grands yeux ornés de longs cils. C'était le même pourtant tellement différent.

Angelo finit par bouger avec la plus grande précaution. Il ne tourna pas le dos à son ami, il ne baissa pas ses mains non plus. À la place, il se déplaça sans grande hâte en pas chassé vers le fauteuil. La première et dernière fois qu'il le vit ainsi remonte à tant de temps. Ils ne devait même pas être adolescents à cet époque mais Aphrodite maitrisait déjà parfaitement son cosmos. Quel chaos… Il se rappelait toujours le dortoir emprisonné de ronce et de rosier, il se souvenait des branchages qui les empêchaient de passer mais surtout ce qui l'avait le plus marqué fut les pleurs et les cris d'Aphrodite. Les plantes avaient pris vie à sa complainte, elles s'étaient déchainées comme le garçon n'avait put le faire. Tout ce que son esprit en détresse désirait, les plantes le faisait et conservé dans un cocon de végétation, Aphrodite pleurait et hurlait. C'était magnifique, bien sûr que c'était magnifique mais pourtant si triste. Angelo ne s'en rendit compte que bien plus tard, lorsqu'il ferma ses yeux d'enfant. Ce qu'il avait perçu comme simplement incroyable et magique, une roserait épaisse décorait de centaine de rose panaché de blanc et de rouge, se trouvait être la manifestation physique de la barrière que c'était fait Aphrodite. Et tout avait commencé ainsi, par un regard vide et des ordres étranges.

Il crut, il y a quelques mois de ça, que l'homme avait refait une crise lorsqu'il reçut son appel en pleine nuit. Pourtant plutôt que le froid, ce fut la voix brisée d'Aphrodite qui lui parvint. C'était tout aussi inhabituel. Malgré ce que beaucoup pouvait penser, le sorcier était fort et indépendant, pas du genre à appeler pour se mettre à chialer. Aussi cruel que cela pouvait paraître, il préférait pourtant l'entendre pleurer que… ça. Il était humain lorsqu'il laissait ses émotions l'envahir, pas quand il était dans cet état là.

« Angelo… », souffla l'homme.

Loin, loin derrière les brumes de son esprit, loin de son obsession, Aphrodite remarqua l'inquiétude de l'homme. Seulement c'était comme un écho masqué par les cris de son esprit. Il devait en savoir plus, il devait apprendre tout ce qu'il pouvait sur ce qu'avait été Camus. Une journée complète à peine était passé pourtant des morceaux d'images, quelques syllabes et parfois des odeurs venaient le hanter. Des émotions, beaucoup d'émotions qui se succédaient et se chevauchaient sans qu'il n'ait la moindre idée de pourquoi.

Lorsqu'il avait vu son visage sur le papier un sentiment viscéral l'avait prit. Il avait l'impression d'avoir rouvert quelque chose qui devait rester cacher. Il eut l'impression d'avoir violé l'intimité de son ami et d'avoir brisé une promesse. C'était pour cette raison qu'il réagit avec tant de violence, sonné et honteux, incapable de se confronter plus longtemps à l'expression déchirante gravée dans son esprit. Il en avait besoin, besoin de savoir, besoin de voir de ses propres yeux. C'était devenu son obsession, déjà avant d'être allé trouver Shion.

Qui qu'ait été Camus, il était persuadé qu'ils avaient été liés car c'était son visage mais légèrement différent qu'il voyait. C'était un sourire effacé qu'il voyait dans ses souvenirs, un sourire que jamais Camus n'avait porté. C'était ses yeux fatigués mais c'était un jardin qu'aucun ne connaissait. Un lieu familier pourtant étranger d'Aphrodite. Des arbres et des fleurs, des glaïeuls et des saules pleureurs au pied d'un ruisseau. Un ruisseau qu'il entendait presque avec un courant d'air pourtant les odeurs du printemps l'herbe, le miel et le pollen. Plus le temps passait, plus il sentait en lui cette lourdeur. Plus les heures s'écoulaient, plus le sourire de Camus lui revenait. Il voulait l'oublier, il savait qu'il voulait tout oublier mais ne pouvait s'empêcher d'y penser. Peu importe le nombre de fois où il cru parvenir à se rappeler, tout se dérobait sous ses doigts. Même le sourire désolé.

Et voilà où il en était, près à menacer son meilleur ami et l'homme auquel il tenait le plus pour l'espoir d'une réponse. Au fond, ce n'était pas comme s'il s'en rendait compte. Aphrodite s'était enfermé dans la solitude il y a longtemps de ça et le seul qui parvenait à l'en sortir était Angelo. Ce n'est pas comme s'il avait désiré être seul, il ne parvenait juste pas à briser ce mur de verre qu'il avait lui-même érigé entre lui et les autres. Il les regardait à travers ce filtre, incapable de réellement se sentir à sa place mais prêt à faire semblant. Prêt à s'intégrer, prêt à imiter si ça lui permettait d'étouffer ne serait-ce qu'un peu ce sentiment d'être différent.

Il avait apprit à parfaitement imité les autres et s'était devenu naturel pour lui, cependant il y avait toujours quelque chose loin loin dans son inconscient qui le narguait. De vague pensée qu'il ne formulait même plus, des pensées qui ressurgissait avec force à cette instant et faisait ressortir avec elles sa vraie nature. (Sa vraie nature ?...)

Si il disait quelque chose, les hommes devaient l'écouter et lui obéir car c'était ainsi. Il était supérieur à eux. (L'était-il vraiment ?) Aphrodite secoua légèrement la tête. Il était plus puissant qu'eux (faible…). Il était plus grand, bien plus grand qu'aucun humain ne pourrait l'être (oui mais lui alors…). Il avait bien plus de sagesse (non), bien plus de jugement (non), bien plus de discernement (NON). Ses propres pensées l'empoisonnait, ses propres pensées cherchait à le nuire (car tu as tors…). Alors il les chassa, étouffant comme il l'avait toujours fait ses sentiments. À chaque fois qu'il le faisait, il sentait cette boule amère dans sa gorge, il sentait ce poids insupportable sur sa poitrine et même à des kilomètres de son état normal, il trouvait ça triste et pathétique. Il était pathétique. Un dieu si pathétique à menacer un simple humain. Pourquoi ? Aphrodite sourit à moitié en regardant Angelo sortir le livre des morts et le poser à terre. Pourquoi ? Parce qu'il n'était pas capable de supporter la solitude ?

Angelo ignora l'expression bizarre de son ami et s'agenouilla tout en faisant bien attention de ne pas toucher la moindre feuille. Bien plus facile à dire qu'à faire lorsque le sol était recouvert d'un tapis de végétation… Il poussa de ses coudes des tiges rigides qui ne cessaient de croître et fit de son mieux pour ignorer leur rampement qui le faisait frissonner. Une plante devait rester inanimée, en tout cas de l'avis de l'italien. Les voire mouvoir mettait tous ses sens en alerte. Ça n'avait rien de naturel ni de rassurant, il avait réellement envie de se barrer de là. Cependant, il sentait toujours le regard d'Aphrodite sur lui et devinait toujours un sourire maniaque sur ses lèvres. L'homme inspira alors par le nez avant de finalement poser le livre des morts puis de tendre une main à Aphrodite.

Il sentit la douceur du tissu entre ses doigts et fit attention de ne pas l'échapper. Dans son geste, il releva la tête vers son ami.

« Aphrodite… », souffla-t-il avec peine.

Le sorcier semblait froid, bien sûr qu'il semblait froid mais ses épaules affaissés et son sourire crispé laissait transparaitre quelque chose de plus. Il paraissait avoir atteint ses limites et prêt à se briser à tout instant, comme si l'air glacial et lointain qu'il arborait n'était rien de plus qu'une façade. La dernière fois, au Sanctuaire, ça avait comme ça pour finir dans un chaos. Au moins, Angelo pouvait se rassurer en se disant qu'il serait là cette fois mais… Est-ce que ça suffirait ? Il aimait se dire que peu importe dans quel état Aphrodite était, il pourrait toujours le faire sourire cependant, qu'en était-il réellement ? Aphrodite avait ses yeux si brillant et si terne. Il paraissait si grand face à lui, il paraissait tellement plus que tout ce qu'il laissait paraître, comme si Aphrodite avait toujours été plus qu'Aphrodite. Pouvait-il vraiment l'aider ? Était-il suffisant ? Avait-il un jour était suffisant ?

Il resserra les doigts sur le morceau de coton. Il s'agissait probablement d'une écharpe et plus exactement l'écharpe rouge de Camus. Il savait que cette histoire avait avoir avec Camus, Aphrodite avait réagit si violemment la dernière fois…

Son regard tomba sur le tissu entre ses mains. Le monde changeait autour d'eux. Bien sûr le monde changeait tout le temps mais il ne pouvait pas nier ne jamais y avoir fait attention. Ils étaient encore jeunes, naïfs malgré tout ce qui avait put arriver lorsqu'ils étaient jeunes. Saisons après saisons, la terre tournait et avec elle le monde des Hommes. C'était comme ça, c'était une part de la vie mais plus le temps passait, plus il se trouvait à contempler ce monde et ses raisons. Il releva la tête vers Aphrodite sans vraiment le regarder. Était-il prêt à vraiment voir le monde ? Était-il prêt à accepter les changements sans rien dire ? Où était passée cette naïveté qu'il avait tant aimée ? Il soupira, acceptant au moins ce changement là.

Un fois l'écharpe posé sur le livre, celui-ci s'anima comme il l'avait vu faire au moins une centaine de fois. Il le laissa s'ouvrir, il laissa la lumière dorée éclairer son visage et regarda devant lui les pages défilées. Parfois s'était mieux d'abandonner. Il sentit Aphrodite se déplacer et venir s'asseoir devant lui mais il ne détacha pourtant pas les yeux de son livre. Peut être qu'Angelo aurait dû essayer de raisonner son ami : ce n'était pas bon pour Aphrodite qu'on le laisse faire ce qu'il voulait. Pourtant, il n'avait pas put dire non car que ce soit les plantes qui rampaient autours de lui ou le regard vide du sorcier, c'était sans issu. Il détestait ne pas avoir le choix mais peut être qu'au final, il ne cherchait pas à avoir le choix. Peut être que ce qu'il cherchait, c'était à rester ignorant car Camus avait toujours ressemblé à Aphrodite et si Camus était ce qu'il était alors Aphrodite… Aphrodite était plus et lui n'était finalement pas suffisant.

Lorsque les pages finirent par cesser de se tourner, il vit la main d'Aphrodite instinctivement s'approcher de la figure sur le papier. Il vit son ami tracer les traits sans même toucher la page avec ce qui s'approchait de l'affection. Il vit même son visage pourtant si froid s'animer d'un sourire fragile. Jusqu'à maintenant, il n'avait pas remarqué sa position mais le magicien était assit ses jambes pliées et sur le côté alors qu'il maintenait son poids sur un bras. Il était penché, emportant avec lui de nombreuses mèches bleu ciel, les autre suivait la courbe de ses épaules légèrement courbée. Son autre main continuait inlassablement à redessiner les traits encrés dans la page. Ses doigts commençaient à trembler légèrement.

Angelo retourna le livre vers Aphrodite, celui-ci le remercia dans un souffle alors qu'enfin les feuilles et les tiges autours d'eux commençait à ses calmer. Non, pas exactement se dit l'italien en voyant de petite vrille lentement s'enrouler autour de sa main à terre. Désormais, les plantes n'étaient plus intéressées par Angelo à son grand soulagement. Non, à la place elle se développait autour du jardinier qui lisait sans faire attention à elles. Qui sait à quoi il pensait.


« C'est à votre tour mais n'essayez même pas de tricher cette fois ! »

C'était lui, dans ce jardin, avec quelques pétales égarées dans ses longs cheveux turquoise. Il était assit sur l'herbe d'un vert tendre, penché au dessus de petites pièces blanchâtres sans prêter attention à ce qu'il se passait autour d'eux. Sa peau était un peu plus mâte et les bijoux autours de ses bras l'enserrait d'une façon qu'il aurait normalement détesté. Deux bracelets d'or autour de ses poignets s'entrechoquèrent dans un bruit métallique lorsqu'il replaça une mèche de cheveux derrière son oreille.

Il vit ses lèvres légèrement teintées de rouge s'ouvrir mais il n'entendit rien. Il l'appelait, mais c'était comme si son nom ne lui parvenait pas, comme si son ami parlait sous l'eau. Où était-il ? Que faisait-il ? Plus il tentait de se rappeler, plus il avait l'impression de s'éloigner de sa conscience. Pourquoi Camus était-il vêtu ainsi ? Pourquoi ses iris étaient-elles d'une teinte pêche douce et velouté ?

C'était Camus face à lui, c'était lui sans être lui, assit les jambes pliés et soutenant son poids d'un bras. Camus n'avait jamais porté de drapés turquoise et doré, il n'avait jamais porté de tiare ornée de malachite sur son front. Il n'avait jamais eut les yeux de cette couleur, ce rose de l'aurore. Pourtant tout semblait si normal, comme si ça avait toujours été lui, sous ce pommier à jouer aux osselets avec lui. Il avait l'air si paisible, si apaisé alors qu'un courant d'air anima ses cheveux et ses vêtements de soie. Ses cheveux qui étaient tressés et ornés de perles, dont quelques mèches s'échappaient pour s'égarer sur son visage. Si délicat, comme les fleurs de pommier autours d'eux. Il n'avait jamais vu une telle douceur dans son regard.

Aphrodite ignora pourquoi mais il eut envie de pleurer. Une envie irrépressible qui le prit, comme si l'image de son ami réveilla quelque chose d'enfoui en lui. Il serra les poings, ignorant l'expression confuse de son ami. Il avait envie de crier mais n'y parvenait pas, il ne parvenait pas à ouvrir la bouche. Que s'était-il passé ? Pourquoi n'arrivait-il pas à s'en rappeler ? Pourquoi ?

Il vit Camus baisser la tête, un sourire penaud sur ses lèvres, un sourire humble en quelque sorte. C'était fou à quel point des yeux si clairs pouvaient être si sombre par moment. Aphrodite sentit dans un courant d'air, le pollen des fleurs du verger et le sel de l'océan. Il y avait quelque chose d'enfantin dans l'expression de son ami, comme de la complicité et de la taquinerie. Quelque chose qu'ils partageaient peut être.

« Vous ai-je offensez ? »

Non, non il ne l'avait pas offensé. Il avait raison, il trichait toujours mais ça n'était pas la question. Il savait pertinemment ce qu'il avait fait même si Aphrodite l'ignorait lui-même. Il vit la lumière tamisée par les feuilles de l'arbre éclairer les iris pêche de son ami sans pourtant parvenir à les réchauffer. Camus avait toujours eu cet air froid autours de lui et même baigné dans cette innocence, il y avait toujours quelque chose de lointain. Même face à lui, dans ce verger, le jeune homme semblait prêt à disparaître. D'autant plus lorsqu'il releva la tête avec cette expression, la même expression que dans le livre des morts. Un fantôme, il avait l'air d'un fantôme venu hanter ses songes dans un rêve aussi doux que cruel.

« Si je pouvais changer les choses, je le ferais. »

Sa voix, à peine perceptible dans son souffle, était fragile. En perdant cette note ingénue dans sa voix, la conversation changea. Tout avait déjà changé, Aphrodite avait déjà l'impression qu'il était trop tard. Quoi que Camus ait put faire, il n'y avait plus de marche arrière. En était-il fier ? Non, probablement pas. Avait-il le choix ? C'était évident que non. Pourtant il ne voulait pas, quoi qu'il devait arriver, Aphrodite le refusait. Il voulait continuer à jouer avec lui, dans le verger et sous les rayons du soleil. Il pouvait trouver une solution, il trouverait une solution même si ça devait lui prendre l'éternité. Il fallait juste lui laisser le temps et tout irait bien. Tout serait réparé.

Il était magnifique, couvert de pétale à chaque courant d'air, comme s'il était baptisé par les fleurs du verger. Il était magnifique. Il était baigné dans cette lumière mordoré du soleil du printemps, si jeune et pourtant. Tout de lui rayonnait si ce n'était pour ses yeux qui malgré leur couleur, étaient couvert de brume. Il était magnifique, bien plus que les Hommes n'auraient put le voir, figé dans ce tableau pastoral. Et c'était son ami, son seul véritable ami. Si seulement il avait put le protéger. Si seulement il avait put…

Aphrodite saisit son poignet entre ses mains et le tira légèrement vers lui, arrachant un air perplexe au jeune homme.

« Je t'en pris… »

Sa propre voix était brisée, cherchant désespérément à l'atteindre. Il n'y parvenait pas. Il n'y parvenait jamais. Il remarqué les traits dorées autours de ses paupières et la poudre bleu turquoise, de la même nuance que ses cheveux, qui surmontait les traits. Il remarqua les motifs si dur à discerner sur son front, partiellement caché sous sa tiare. Qui était-il exactement… Que lui était-il arrivé ? Il le savait mais il n'avait rien fait. Il n'avait jamais rien fait. Il avait fermé les yeux, comme tous les autres et il osait encore dire être son ami.

« Je t'en pris Ganymède… »

Il sentit le froid remplacer la chaleur de sa peau entre ses mains, il sentit sa main glisser loin de lui et il ne fit rien. Encore une fois. Il le laissa partir, il n'avait pas la force de le retenir. Il n'était pas un bon ami, il n'était pas un bon créateur. Alors à la place Aphrodite ferma les yeux. Il tenta de ne pas pleurer. Il serra si fort les paupières, il serra aussi fort qu'il aurait dû serrer le poignet de son ami. Peut être que s'il n'avait pas eu peur, peut être que tout n'aurait pas été trop tard. Peut être qu'au fond… c'était de sa faute.

« Il faut me laisser partir. »

Ça faisait mal, bien plus qu'il aurait voulut avouer. Il l'entendit se lever mais il ne fit rien. Il l'entendit se déplacer mais continua à fermer les yeux.

« Je suis désolé. »

Et juste comme ça, il était partit. Aphrodite resta immobile, il laissa le jour passé sur lui et la nuit l'envelopper. Il ne bougea pas, il n'ouvrit pas les yeux, il se contenta de réprimer ses sanglots même lorsqu'il sentit la chaleur d'une main sur lui. On s'agenouilla à côté de lui. On passa un bras autour de lui et une main dans ses cheveux et ce fut à cet instant qu'il ne parvint plus à retenir ses sanglots. Il embrassa de ses bras la personne à ses côtés, il se cramponna comme si ça survit en dépendait. Ces ongles s'enfoncèrent dans le tissu de ses vêtements et ses larmes furent absorbées par le lin. L'être sentait les algues et le sel de mer, une odeur qu'il apprendrait à aimer.


Milo regarda les feuilles au dessus de lui, une bouteille qui commençait à tiédir entre les mains. C'était encore une magnifique journée à Rodorio, il ne faisait aucun doute que la chaleur allait continuer de grimper d'ici l'après-midi.

« J'ai des frères et une sœur. »

Il se tourna vers Camus, allongé dans l'herbe du parc. C'était un petit parc, juste à côté de chez eux, avec de grands chênes qui fournissaient suffisamment d'ombre pour survivre quelque temps sous la chaleur de l'été grecque. Il avait les bras derrière la tête et une jambe replié, habillé d'un débardeur bleu. Combien de débardeur de cette couleur avait-il exactement ? Il ne portait pratiquement que ça en été… voir pendant les autres saisons.

« Je sais pas, ça m'étonne pas vraiment. Tes parents sont catholiques non ? Les rares familles catholiques que j'ai vu ont toujours plein d'enfants.

- Certes, j'aurais dû préciser : j'ai deux grands frères et une petite sœur. »

Milo arquât un sourcil avant de s'affaler un peu plus contre le banc sur lequel il était assit. Il sentit le bois irrégulier irriter sa peau mais ne fit rien sinon de s'appuyer un peu plus : aussi longtemps que ce n'était pas des fourmis. Il tenta de chercher le moindre moment où Camus aurait put lui dire qu'il avait des frères mais rien. Déjà qu'il n'aimait pas particulièrement envie de parler de ses parents.

« Tu m'en avais jamais parlé, fit Milo en ouvrant sa bouteille d'eau.

- Je ne me souvenais même pas que j'avais des frères pour être sincère. »

Ah. Milo prit une longue gorgée. Ceci expliquait cela…

« Et ça s'est passé comment ? »

Il vit son ami haussé vaguement les épaules.

« Bof : il y avait beaucoup de monde, des gens ont essayait de me réconforté, y'a eu une cérémonie à l'église et je me suis fait enlevé par un démon. Assez normal si tu me demandes. »

Milo hocha la tête tout en continuant de boire. Il écouta son ami lui énuméré ses quelques jours et faillit soudainement s'étouffer. Il avala difficilement avant de se mettre à tousser bruyamment en espérant chasser toute l'eau qui aurait put s'égarer dans ses poumons.

« Quoi ?, cria-t-il pratiquement de sa voix étranglé. Un démon ? »

Il vit Camus lui adresser un rictus malicieux avant qu'il ne s'assit, un bras sur sa jambe toujours repliée. Il avait des cernes plus marquées que d'habitude sous ses yeux indigo cependant il avait l'air serein. Après tout, son ami n'avait pas vraiment encore eut le temps de se reposer. Béni soit Saga et Kanon qui s'étaient proposés eux-mêmes de continuer à s'occuper de la boutique pendant quelques jours, le temps qu'il se remette.

« Oui, enfin je crois. Ne t'en fais pas, je suis sain et sauf. »

Milo sentit un mal de crâne arriver. Comment voulait-il qu'il ne s'en fasse pas ? Comment ? Et puis quand s'était lui, Camus le disputait copieusement. Milo commençait à se dire que Shaka avait raison, qu'il ne fallait pas laisser leur ami s'approcher de l'autre monde et il fallait vraiment qu'il soit énervé pour donner raison à l'autre moine de pacotille. Cependant que pouvait-il y faire exactement ? Camus était incroyablement têtu et fier par moment. Lui-même n'aimerait pas qu'on lui interdise des choses juste parce qu'on s'inquiète.

« Ok, ok. Je vais faire comme si j'avais rien entendu. »

Il inspira profondément, tentant de ne pas s'énerver. Camus, en voyant son ami jouer nerveusement avec sa bouteille, se releva et vint s'asseoir à côté de lui. Il entendit vaguement au loin un klaxon de voiture et le bruit de talon claquant sur le sol. La chaleur commençait déjà à l'étouffer, il ne devrait plus tarder à rentrer. Et puis de toute manière, Milo devait bientôt aller travailler. Peut être l'accompagnerait-il jusqu'à l'animalerie, histoire d'aller voire sa propre boutique rapidement.

« Je ne savais pas comment te le dire autrement, je suis désolé. Je sais que tu t'inquiètes. »

Il ne souriait plus, il se contentait comme Milo de regarder le feuillage émeraude au dessus de leur tête. Entre les branchages, il pouvait par endroit voir le ciel bleu immaculé du moindre nuage. Peut être pourrait-il aller à la plage avec les Isaac et Hyoga dimanche, ça leur ferait du bien à tous. Avec un peu de chance, il pourrait convaincre les autres de les accompagner.

Milo finit par soupirer, battu. Au moins, le verseau avait conscience du mal que ça lui faisait. C'était son meilleur ami, son frère, il était perdu sans lui ! Et il ne voulait pas revivre l'épisode de l'hôpital. Rien que d'entendre une ambulance le faisait encore frémir !

« C'est juste que… par moment j'ai l'impression qu'un jour j'ouvrirais ta porte et il n'y aura personne. C'est comme si tu n'aurais jamais existé et au fond de moi je sais que c'est vrai. »

Camus fronça les sourcils, non pas de colère mais bien parce qu'il était concerné. Il ne pouvait nier le mal qu'il avait fait à Milo par le passé, il n'en avait pas le droit. C'était trop simple de faire semblant que rien ne s'était passé alors que ça avait marqué tant de monde et c'était trop simple d'essayer de se débarrasser de dire que ça n'était pas de sa faute. Bien sûr que son ami était terrifier de le perdre, c'était exactement pour ça qu'il ne savait jamais vraiment comment lui dire quand quelque chose lui arrivait. Il ne voulait pas que son meilleur ami s'inquiète cependant il n'avait pas le droit de lui demander une chose pareille. Il n'avait pas le droit de s'asseoir sur les émotions des autres juste pour se sentir mieux. Il était responsable, plus que jamais.

« Je… , il baissa la tête en cherchant ses mots. Je ne veux pas disparaître Milo. »

Il était sincère, Milo le savait. Alors à son tour il baissa la tête et prit une autre gorgé du peu d'eau qui lui restait. Ce n'était pas ce qu'il voulait entendre, mais c'était suffisant. En tout cas pour le moment ça suffirait à garder ses peur dans l'ombre des ses pensées.

Un long moment passa durant lequel Camus fit retomber sa tête contre l'appuie en bois du banc pour regarder les feuilles. Milo lui observa les passants qui osaient venir se perdre dans le petit parc. Des gens, tous habillés de vêtements légers et qui parlaient tranquillement. Tous avaient les cheveux de couleurs basiques, bien loin de leur bleu à eux. Parfois, le devin les jalousait puis se reprenait : après tout, s'il haïssait tant que sa la teinte de ses cheveux, il pouvait toujours les teindre. Pourtant il n'avait jamais osé. Il avait peur de gommer une facette de lui en devenant brun ou blond.

« Et à quoi ils ressemblent tes frères et sœur ? »

Il vit du coin de l'œil Camus tapoter sur ses poches avant de se redresser pour attraper son portable. Le médium se pencha au dessus du petit appareil et passa son doigt rapidement sur l'écran. Il chercha parmi ses photos, entre les blés doré et la mer au crépuscule. Milo vit rapidement de nombreuse photo de chats défilés. Ah ! Il en était sûr ! Camus était typiquement le genre de personne à aimer les chats. Indépendant et boudeur, tout comme son meilleur ami !

« Tiens. »

Le verseau tendit son portable au voyant qui était déjà penché au dessus de son épaule depuis un moment. Milo vit alors sur l'écran cinq personnes devant une façade blanche et étonnement, ce ne fut pas Camus qui attira son regard en premier mais une femme aux cheveux noirs et à la peau diaphane.

« Là, commença Camus en pointant quelqu'un du bout du doigt, c'est Basile. C'est l'ainé. À côté c'est Mael, je crois qu'il a deux ans de plus que moi mais j'en suis pas franchement sûr. Là c'est Cléo, je l'ai pratiquement pas connu, elle devait avoir quatre ans quand je suis parti. Enfin ici, c'est ma mère. »

Milo observa avec attention la photo, ne faisant aucune remarque sur le teint blafard de sa mère ni le fait que cela expliquait parfaitement le teint si pale du médium. Étonnement, l'un de ses frères lui ressemblait beaucoup, malgré la couleur et le type de cheveux. La structure de leur visage, ainsi que leur silhouette était semblable. Cependant, ce n'était pas le cas de son autre frère qui en plus d'être bien plus grand avait aussi l'air d'être bâti comme une armoire à glace. Même son visage était bien plus carré et plus ferme.

« C'est fou, ton frère et ta sœur te ressembles beaucoup mais le plus grand…

- Basile. C'est le portait craché de notre père. »

Milo lui rendit son portable avant de se pencher un peu vers son ami. Jamais il n'aurait cru que Camus avait des frères et sœur. Maintenant, ça lui semblait évident mais il s'était toujours considéré comme la seule famille du français, que cela en déplaise à Aphrodite et Saga. Camus reprit son portable qu'il verrouilla avant de le ranger.

« Ça m'a fait un peu bizarre d'entendre autant de français d'un coup. Je suis tellement habitué au grec.

- Je peux parler en français si tu veux. » répondit Milo d'une voix nasillarde.

Camus ne put s'empêcher de rire. Milo parlait parfaitement français, il lui avait apprit peu de temps après être arrivé au Sanctuaire et malgré des années et des années d'entrainement, il restait toujours un léger accent qui ne cessait de muter. On ne pouvait plus véritablement parlé d'accent grec mais d'un mix entre tous les accents que Milo avait put entendre en français. C'était très amusant pour Camus, d'autant plus lorsque lui-même avait eut du mal à placer sa voix pendant tant d'année en grec.

« Non, ça va aller. Merci.

- Quoi ? Tu insinues que mon français n'est pas bon ?

- J'insinue rien, d'ailleurs je ne sais pas d'où tu sors cette voix…

- Mais ?

- Mais si tu retournes en France un jour je t'en pris ne fais pas ça ! »

Milo ne put empêcher un rictus. Oh si un jour il allait repartir en France, il savait exactement quoi faire maintenant.

Camus replaça une mèche derrière son oreille, se demandant s'il était nécessaire qu'il refasse sa queue de cheval. Il sentait son élastique lentement glisser. Peut être serait-il plus judicieux de se faire un chignon, surtout quand il faisait de plus en plus chaud. Ou alors il pourrait se les couper. Comme Milo, Camus ne cessait de se plaindre de ses cheveux pourtant au fond de lui il savait que jamais il ne parviendrait à les couper court. C'était assez stressant de ses couper les pointes, alors il ne voulait même pas imaginer ce que ça serait de les couper plus haut que le milieu de son dos.

« Tu fais quoi cet aprèm' ?

- Je ne sais pas encore, commença le verseau en se détachant les cheveux. Surement les courses et la lessive. Je dois aussi passer voir Aphrodite.

- Wow, passionnant.

- N'est-ce pas ? »

Milo regarda son ami passer ses doigts dans ses longs cheveux, comme pour les peigner. Puis il passa son élastique autour de son poignet et commença à essayer de relever toute cette masse turquoise.

« Besoin d'un coup de main ?

- Oui, s'il-te-plait. »

Habituellement, Camus aurait réussit à se débrouiller seul mais il sentait déjà quelques mèches se coller à sa nuque. Il détestait l'été rien que pour ça. Par chance, Milo ne perdit par une seconde pour soulever sa chevelure et ramener les quelques cheveux qui le dérangeaient tant. Camus en profita pour rapidement les attacher en un chignon un peu lâche. Pas de doute que ça ne durerait pas mais au moins, il avait le temps de passer à la boutique sans mourir de chaud.

« Merci. »

Milo lui fit un simple geste de la tête. Il fallait bien se donner un coup de main entre ami…

« Au faite Milo…

- Hm ?

- Tu ne trouve pas que… », Camus passa sa main sur sa nuque nouvellement dégagée.

Il hésitait, c'était évident. Le voyant pencha légèrement la tête sur le côté, intrigué.

« Tu ne trouve pas que je suis trop serein pour quelqu'un qui vient de perdre son père ? »

Camus regarda ses mains posées sur ses jambes. Il s'était promit de ne pas s'en faire du regard des autres et pourtant le voici à demander ça à son meilleur ami. Il releva la tête en sentant la main du scorpion sur son épaule.

« Si c'est ce que tu me demandes : non tu n'es pas hypocrite. Oui tu n'as pas l'air malheureux pour quelqu'un qui vient de perdre son père mais vous n'étiez pas proche. Pour toi, c'était pratiquement inconnu. Nous n'allons pas te juger Camus, en faite on s'attendait même pas à ce que tu pleurs de base. »

Milo releva la tête vers les feuillages. C'était fou à quel point il était hypnotisé par cet arbre ce jour là. Il ne retira pas sa main, il cherchait juste comment exprimer tout ce qu'il avait à dire.

« Tu sais, chacun fait son deuil à sa façon. Moi ça été dur quand j'ai perdu ma famille mais j'étais qu'un gosse et j'étais proche d'eux. Toi tu es un adulte qui n'avait aucun contact avec eux. Donc peu importe ce que les autres pensent, laisses-les penser ce qu'ils veulent. Tout ce qui compte c'est que tu te sentes bien.

- Je ne dois pas culpabiliser.

- Non, ça servira à rien. Tu as le droit, si ça peut t'aider mais en vrai, à part de bouffer la culpabilité sert à rien. Ce n'était pas de ta faute, tu pouvais pas savoir. »

Peut être était-il trop serein pour quelqu'un qui venait de perdre son père mais Milo avait raison. Il n'avait plus de lien avec ses parents depuis tellement longtemps, il avait tout oublié du reste de sa famille alors s'était normal pour lui de se sentir bien. Ce n'était pas hypocrite de sa part, le voyant avait raison.

« Merci. »


Aphrodite se réveilla en sursaut à l'écho de voix un peu plus loin. Il regarda le ciel au dessus de lui, plongé dans une pénombre grandissante alors que le ciel derrière les vitres se peignait d'un orangé tirant ses le violet. Il se releva en partie par la force de ses bras cramponné à sa causeuse et essaya de reprendre ses esprits. Il regarda autour de lui, ses yeux s'accrochèrent sur les nombres plantes qui l'entourait mais son cerveau avait toujours autant de mal à le resituer.

La véranda, il était dans sa véranda et le jour était en train de se lever. Non, non, il était allé ce matin dans la véranda. Le jour s'était déjà levé, il devait être le crépuscule maintenant. Il passa sa main sur son front, comme pour chercher à voir s'il avait de la fièvre. Non, sa température était normal cependant il était épuisé. Comme s'il ne lui restait pas la moindre énergie. Que lui était-il arrivé ? Une insolation peut être. Qu'était-il venu faire ce matin dans la véranda ?

Il tentait de se souvenir, son esprit toujours embrumé. Ses yeux tombèrent sur ses genoux et il vit un plaid assez fin pour ne pas qu'il attrape un coup de chaleur. Angelo, il était venu voir Angelo. Il attrapa le tissu doucement, s'assit au bord de la causeuse et commença à plier le plaid entre ses mains. Angelo était là ce matin, il lisait. Il aimait lire le matin dans la véranda, particulièrement en été lorsque les plantes offraient un peu de fraicheur. Aphrodite posa le plaid à côté de lui avant de passer ses mains sur son visage. Il s'en rappelait maintenant.

Il était venu demander, non forcer Angelo à lui montrer le Livre des Morts. Et puis il avait dû s'endormir suite à sa petite crise. Il allait devoir présenter ses excuses à l'italien, encore une fois. Ça faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas fait de crise comme ça devant quelqu'un. En faite, il n'en avait fait qu'une fasse à Angelo, c'était au Sanctuaire quand il était encore enfant. Après ça, Shion lui avait apprit à se maîtriser, à reconnaître les crises et les gérer. S'il ne pouvait pas les gérer alors il devait s'isoler et ce fut le cas pendant des années. Puis Il a craqué, toujours face à Angelo.

Le sorcier laissa ses poignets reposer sur ses genoux. Il n'avait pas fait que craquer, il avait menacé son meilleur ami de ronce et de branchage. Certes, ça pouvait paraître ridicule mais qui sait ce qui aurait put arriver si Angelo n'avait pas coopéré. Et tout ça pour quoi ? Pour voir le visage de Camus sur un morceau de papier ? Pour voir le désespoir sur son visage. Aphrodite ne voulait pas y penser, ça lui faisait bien trop mal. À l'avenir, il devrait vraiment se contrôler.

De nouveau, il entendit des voix qui le tirèrent de ses pensées. Elle venait de l'intérieur, probablement de la salle de vie. Il pouvait en discerné plusieurs, celle d'Angelo pour sûr, ainsi que Mü. Le fleuriste fronça les sourcils : étrange, il ne se souvenait pas devoir rencontrer Mü aujourd'hui. Non, normalement c'était Camus qui devait lui rendre visite…

Aphrodite se releva, encore fatigué mais suffisamment en forme pour voir les autres. Peut être que c'était Angelo qu'il venait voir et pas lui. Après tout l'italien vivait pratiquement chez lui, il semblait même réticent à l'idée de repartir en Italie pour le moment. Oui mais pourquoi diable déciderait-il de voir Angelo ? Pour le Livre des Morts ? Avait-il découvert pour Camus ? Avec appréhension, Aphrodite s'approcha des voix et poussa lentement la porte de sa salle de vie.

Par reflexe, il mit sa main devant ses yeux lorsque la lumière ocre l'aveugla. Il ne remarqua pas les voix qui s'étaient tuent alors qu'il s'habituait progressivement à la lumière. Il ne s'était pas encore remit de cette 'sieste', il était d'ailleurs incapable de savoir s'il avait rêvé de quoi que soit tant ses pensées étaient embrumées.

« Ah, tu es réveillé. »

C'était Angelo. Il entendit quelqu'un se lever de son siège et s'avancer vers lui. Une main se posa sur son épaule, lui apportant une chaleur qu'il sentit radier à travers le tissu de sa chemise. Enfin, il enleva la main devant ses yeux pour voir son ami le regarder avec un sourire légèrement moqueur. Sourire qui bien sûr ne parvint pas à cacher l'inquiétude dans ses yeux. C'était bien l'italien.

« Angelo s'est inquiété mais on pense que tu as seulement fais une insolation. »

Il regarda Mü, sentant les cernes peser sous yeux. L'atlante était donc bien là, il n'avait pas déliré. Il était sur une de ses chaises hautes, les bras croisés et les cheveux accrochés en un chignon. Il devait avoir très chaud pour arborer une telle coupe, lui qui n'était satisfait que lorsque ses longs cheveux étaient noués en une queue de cheval lâche. Et à ses côtés se tenait…

Aphrodite haleta légèrement, incapable de respirer correctement en voyant son visage. À côté de Mü se tenait Camus, debout, les bras croisés sur sa poitrine. Il se rappelait enfin avoir rêvé. Il se souvint de ce Camus aux yeux pêches et à l'air si mélancolique. Incapable de dire le moindre mot, il se laissa tirer par le bras jusqu'à une chaise. Angelo poussa légèrement sur ses épaules, le forçant à s'asseoir alors qu'il ne parvenait pas à décrocher son regard du médium. Celui-ci fronça d'ailleurs les sourcils, interpelé par une telle attitude : avait-il quelque chose sur le visage ?

Il ne fit cependant pas le seul à remarquer. Mü s'interrogea. Aphrodite regardait Camus comme si c'était la première fois qu'il voyait. Peut être était-ce la fièvre ? Une insolation pouvait après tout causer de sérieux ravage, auquel cas Angelo aurait mieux fait d'appeler un hôpital plutôt qu'eux… L'italien n'avait d'ailleurs rien remarqué pour le moment. Une fois son ami sur une chaise, il était directement allé lui chercher quelque chose à boire. Il se pouvait qu'il soit déshydraté auquel cas il aurait besoin d'eau. Lorsqu'il vit un citron dans le saladier à fruit du poisson. Il aurait aussi probablement besoin de vitamines et puis il avait entendu dire que le citron était désaltérant.

« Aphrodite… Ça va ? »

Il recula malgré lui à la voix concernée du verseau. Le médium fronça un peu plus les sourcils, inquiet. Avait-il fait quelque chose de mal ? Voyant cet air blessé passer dans les yeux de son ami, Aphrodite se pencha de nouveau vers lui et tendit son bras. Il ne parvint pas à se saisir de son poignet, non pas à cause de l'espace qui les séparait. C'était comme si quelque chose en lui l'en empêchait. Il avait blessé Camus, Camus allait partir et c'était trop tard. C'était trop tard, il ne pouvait plus l'atteindre. Sa main, toujours suspendu dans l'air commença alors à trembler. Il la fixa, il la fixa avec intensité mais elle était immobile. Elle était comme lui, incapable de faire le moindre geste. Alors il fit quelque chose qu'il n'avait pas l'habitude de faire : Aphrodite pleura.

Ses épaules se secouèrent. Il posa son autre main sur ses lèvres. Tout ce qu'il voyait était ce regard désolé, il ne parvenait pas à se l'enlever de la tête. Il ferma les yeux, incapable de les garder ouvert mais ça ne servait à rien. Il ne voulait pas. Il ne voulait pas le laisser partir. Il en était incapable. Il sentit ses dents se resserrer sur ses lèvres inférieures en tentant d'étouffer ses sanglots.

Et soudain, quelque chose se posa sur sa main. Quelque chose de froid et de légèrement rêches qui le rassura. Il ouvrit finalement les yeux pour voir les mains de Camus entourer les siennes. Il sentit son cosmos glacial l'entourer petit à petit, le ramener parmi eux alors qu'il luttait encore contre des sentiments qui l'effrayaient. Il était en train de faire ce qu'il avait toujours fait avec les esprits : il le rassurait, l'attirait vers lui et le faisait pendant un instant se sentir semblable à quelqu'un. Comment n'avait-il jamais réussit à voir ? Il aurait dû remarquer que Camus était comme lui. Ça expliquait tant de chose…

« Aphrodite… Tu n'es pas seul. »

Aphrodite rigola faiblement, essuyant ses larmes du revers de la main. S'il savait… S'il avait seulement conscience d'à quel point il avait raison… Milo n'était pas le seul à considérer Camus comme son frère, Aphrodite avait toujours gardé un œil sur lui et continuerai aussi longtemps que ça serait possible. C'était peut être ce lien, peut être était-ce parce qu'ils étaient tous deux des créateurs qu'il ne pouvait s'empêcher de le protéger.

« Je suis désolé, finit-il par souffler. J'ignore si c'est la fièvre mais je viens de faire un cauchemar absolument terrible.

- De quoi s'agissait-il ? Ne te sens bien sûr pas obligé de répondre. »

Aphrodite se tourna vers Mü, un sourire fatigué sur les lèvres alors qu'il renifla légèrement. C'était bien leur atlante ça : polit en toute circonstance. Il retira sa main de celles de Camus et la passa dans ses longs cheveux bleus ciel. De quoi avait-il rêvé exactement ? Son regard tomba sur le comptoir sans qu'il ne perde son sourire. Il le savait de quoi il avait rêvé. Aphrodite renifla, aussi amusé que désabusé.

« De la mort, répondit-il en regardant Camus. Et c'était si réel que… »

Ses lèvres recommencèrent à trembler alors qu'elles se pincèrent en un sourire forcé près à tout moment à se briser en une moue accablé. Il ne parvint alors plus à regarder son ami, il préféra détourner les yeux et essuyait les larmes qui déjà naissaient aux coins de ses paupières. Il renifla, il reprit son calme comme il put et tenta de ne pas craquer de nouveau. Un rêve, ça n'était qu'un mauvais rêve.

« C'était si réel que j'ai encore l'impression qu'il va encore disparaître. »

Mü releva légèrement la tête. Il parlait de Camus, ça semblait évident. Il ignorait cependant que le sorcier était aussi proche du médium ou aussi émotif, il n'était pas vraiment sûr. L'atlante pencha la tête sur le côté : quoi qu'encore une fois, une insolation pouvait vraiment mettre quelqu'un dans tous ses états surtout dans les cas de forte fièvre.

« J'ignore si c'est de quoi tu as rêvé mais…, Camus vit Aphrodite tourné son regard vers lui. L'accident s'est passé il y a des années. Je vais bien Aphrodite. »

Aphrodite lui adressa ce même sourire désabusé.

« Je sais Camus… »

Non, il ne le savait pas. Il n'avait aucune idée de si oui ou non Camus allait bien et il ne comprenait même plus pourquoi ça l'affectait autant. Repenser à ce rêve, c'était comme perdre de nouveau une partie de lui. C'était comme revivre quelque chose qu'il n'avait jamais vécu… En tout cas jamais en tant qu'Aphrodite. C'était cruel, ça revenait sans cesse le narguer comme s'il n'avait pas le droit d'être heureux. Pourtant Camus était vivant, devant lui. Il respirait, bien qu'il n'en ai pas besoin, il le regardait de ses yeux indigo et lui parlait. Il était vivant, il était là.

Quand un verre fut soudainement posé devant lui. Aphrodite redressa la tête vers Angelo qui avait toujours cette expression légèrement moqueuse. Après tout, c'était un peu l'expression par défaut de l'italien. Ce qu'il ressentait lorsqu'il observait Angelo était si différent de ce qu'il ressentait en regardant Camus. De la gratitude, de l'amour et de la tendresse, c'était tout ce qu'il ressentait pour Angelo. Il ressentait aussi de la tendresse pour Camus mais plus celle d'un frère que d'un amant, ainsi que de la peine et une farouche envie de le protéger. C'était l'un des siens.

« Qu'est-ce que tu attends pour boire ? D'être un poisson séché ?

- Ah-ah. Très drôle Angelo. »

Aphrodite leva les yeux au ciel alors qu'il attrapa la boisson que lui avait préparé l'italien. C'était trouble, il y avait même quelques agrumes qui flottaient. De l'eau et du jus de citron, Aphrodite pria pour qu'il n'ai pas oublié de mettre du sucre. Lui qui n'était pas franchement fan de tout ce qui était acide… Il appréhendait la première gorgée mais fut vite content de constater que son ami avait ajouté un peu de miel à sa boisson.

« Il serait aussi préférable que tu manges quelque chose si ton estomac n'est pas trop capricieux. »

Mü était toujours de bon conseil, c'était probablement pour ça qu'Angelo l'avait appelé. Quant à Camus, il devait passer ce jour là.

« Comment s'est passé ton séjour Camus ?

- Rien de spécial : je suis arrivé en fin d'après-midi, l'enterrement avait lieu le lendemain. Puis j'ai passé une journée avec ma famille et je suis revenu hier.

- Et il s'est fait enlevé par un démon. », rajouta Mü en croisant les bras sur sa poitrine.

Alors qu'Aphrodite sentait déjà les larmes revenir, Camus lança un regard assassin à son habituellement bon ami Mü qui soutint ses yeux assassins. Il savait exactement pourquoi l'atlante venait de faire et il avait raison de le faire. Le médium devait cesser d'avoir peur d'avouer certaine chose à ses proches car en tentant de les protéger, tout ce qu'il parvenait à faire été les blesser le plus souvent. Angelo tendit un mouchoir de papier au sorcier.

« Oui, commença-t-il en se retournant vers Aphrodite. Je me suis fais 'enlever' par un démon mais j'ai réussi à m'en sortir et bref. Je suis sain et sauf. »

Pour l'instant lui souffla une petite voix au fond de lui. Il ne pouvait pas affirmer que ça n'aurait plus lieu mais aussi longtemps qu'Hadès était là, il n'avait rien à craindre. Cependant… Hadès allait bien finir par se lasser.

« C'est Hadès qui m'a sauvé », continua le français pour se distraire lui-même.

Aphrodite inspira profondément et comme Milo se matin, fit de son mieux pour oublier ce qu'on venait de lui dire. Malgré tout, il avait vraiment envie de secouer le médium et de lui hurler dessus jusqu'à ce qu'il promette de ne plus jamais s'approcher de l'autre monde. Pendant un instant, l'image de Ganymède chevaucha celle de Camus.

Non. Non non non. Aphrodite secoua sa tête de droite à gauche. Quoi qu'essaie de lui dire son subconscient il ne voulait pas savoir. Non.

« D'ailleurs j'ai des frères et une sœur. J'avais tout oublié d'eux.

- C'est vrai ?, s'étonna Angelo en levant les sourcils.

- Hm. D'après Milo je leur ressemble, sauf à mon plus vieux frère : lui est le portait craché de père. »

Aphrodite se laissa bercer par la conversation. Il eut l'impression de regarder la scène à travers une fenêtre : Angelo qui s'étonna, Mü qui posa de nombreuses questions et Camus. Camus. Pourquoi ? Il avait l'impression de l'avoir retrouvé mais cette image continuait de lui revenir encore et encore. Il avait toujours envie de pleurer, cependant pas de peine de cette fois. Oui, quand il vit son ami sourire il comprit qu'il l'avait retrouvé. Il avait retrouvé l'un des siens.


Camus claqua la porte derrière lui et passa une main dans ses cheveux, les yeux fermés. Étonnement, le chignon avait tenu toute la journée, qui aurait cru ? Il retira ses chaussures sans même se servir de ses mains avant de les ranger approximativement à côté de la porte en les poussant du bout du pied. Sans y faire attention, il entonna un air connu qu'il avait dans la tête depuis ce midi déjà. Il devait remercier Kanon pour ça… Il se permit même de balancer sa tête à l'air entrainant qu'il ne cessait de chantonner. Quand il entendit un rire grave qui le fit sursauter et rouvrir ses yeux.

« Hadès, fit-il en posant sa main sur sa poitrine, je ne vous avez pas entendu.

- C'est amusant, moi je t'ai entendu. »

La pièce était comme souvent partiellement dans le noir. Les lumières de la ville déposaient sur salon une lumière orange, toujours la même et il entendait les rues s'animer juste sous sa fenêtre. C'était samedi soir après tout, les terrasses étaient toujours aussi remplies que le jour précédent et la foule ne cessaient d'inonder les bars. Par moment, c'était les basses de musiques connues qu'il entendait lorsqu'elles n'étaient pas étouffées par le brouhaha ambiant. Camus était tellement prit par ses pensées qu'il en oublia la remarque du créateur. À la place il défit son chignon.

« Je suis désolé de rentrer aussi tard, Aphrodite n'allait pas très bien. Il a fait une insolation et a probablement dû délirer. »

Le jeune homme attrapa ses cheveux comme il le faisait bien trop souvent et le remonta autant qu'il put avant de les nouer de son fidèle élastique. C'était probablement une queue de cheval affreuse qu'il venait de faire mais tant que ça tenait quelques minutes ça serait bon.

« Ce n'est rien. Tu as tout à fait le droit de voir tes amis. Ce n'est pas moi qui t'interdirais une telle chose. »

Camus posa sa main sur sa hanche et adressa un sourire au créateur. Il portait un débardeur bleu, un vêtement des plus basiques mais Hadès ne put s'empêcher de se dire à quel point le vêtement flattait sa silhouette. Bien plus que ce pantalon de lin qui lui, cachait tout du verseau. Le créateur releva discrètement la tête. Il ne voulait pas savoir d'où venaient ces pensées et se résolut à se dire que les débardeurs lui allaient mais pas les pantalons lâches. Il ne s'agissait que d'une constatation et strictement de rien d'autre.

« Tu as mangé ?

- Non, c'était assez mouvementé. C'est à peine si j'ai eu le temps de boire quelque chose. D'ailleurs j'ai complètement oublié de demander aux autres s'ils voulaient venir à la plage demain… »

Camus se dirigea vers la cuisine et sortit un verre d'un de ses placards. Hadès lui, s'adossa contre le comptoir et regarda l'humain se servir de l'eau fraiche.

« Tu n'as pas oublié d'appeler le Sanctuaire ?

- Hm, non, il reprit une gorgée d'eau. C'est bon, je peux aller chercher les garçons demain.

- Tu peux toujours demandé à Milo de t'accompagner, à moins qu'il travaille le dimanche. »

Camus hocha la tête de droite à gauche, la bouche remplie d'eau. L'animalerie était fermée le dimanche matin, aucune chance pour le scorpion de travailler le lendemain. Par contre, il voudra probablement dormir une bonne partie de la journée.

« Je l'appellerais demain, répondit-il une fois son verre vide. Enfin vu ce qu'il m'a envoyé par message tout à l'heure, il est probable qu'il refuse : les chiens l'ont fait tourner en bourrique aujourd'hui. »

Sur ses mots, il rouvrit son robinet et remplissait son verre une seconde fois. Lors des périodes de fortes chaleur, il n'avait qu'une envie : plonger dans une piscine de glaçon et y rester tout l'été. Ils étaient seulement en Juin, il lui restait plus de deux mois de long supplice, en espérant que septembre soit plus clément… Il porta son verre à ses lèvres quand un bruit de tôle le fit violement sursauté. Il entendit des exclamations, ainsi que l'agitation alors qu'Hadès, lui, se précipita à la fenêtre.

« Quelqu'un s'est prit un panneau, constatât-il la tête par la fenêtre. Rien de grave. »

Il se tourna vers Camus qui posa son verre, apparemment agacé. Le jeune soupira en regardant son haut. Certes, il voulait se rafraîchir mais il aurait préféré que se soit autrement. Bon, au moins d'après ce que venait de dire Hadès, personne n'avait été blessé et il préféré un débardeur trempé qu'une voiture cabossée. En bref il n'avait pas à se plaindre.

« Bon… Je voulais prendre une douche de toute façon », Camus désigna son haut.

Il ne remarqua pas Hadès pincer l'arête de son nez alors qu'il ferma les yeux. Lui aussi était agacé, et pas pour les mêmes raisons. Il avait vu Camus de nombreuses fois torse nu. Il lui avait retiré même son haut une fois pour ne pas qu'il attrape froid mais ça ? Ça le mettait à bout ? Un simple débardeur un peu mouillé ? Et puis pourquoi ne parvenait-il pas accepter le fait qu'il trouvait Camus beau ? Il avait l'impression de se sentir comme son frère et ça le dégouttait plus que tout. Il ne voulait pas désirer Camus, il ne voulait pas lui faire vivre l'enfer que Zeus lui avait infligé mais il ne parvenait pas non plus à arrêter ses pensées. Il s'auto-flagellait alors que Camus avait déjà disparut dans sa chambre.

Le médium enleva rapidement son haut humide et le déposa sur un coin de son lit avant de se tourner vers son placard. Il sortit un vieux T-shirt qui avait l'avantage d'être léger et parfait pour les nuits d'étés. Il attrapa au passage son bas de pyjama. Maintenant qu'il y pensait, Hadès avait raison : il n'avait pas un pyjama complet, juste le bas. Pourquoi n'avait-il jamais prit de bas de survêtement ? Ça serait tellement plus simple. Camus haussa les épaules. Non, un bas de survêtement était pour le sport et un bas de pyjama pour dormir. Point à la ligne. Sans y réfléchir plus longtemps, Camus éteignit la lumière en sortant de sa chambre et alla à la salle de bain.

Hadès entendit la porte puis le loquet de la salle de bain. Bien, son humain était un peu nerveux c'est dernier temps, pas de doute qu'une bonne douche allait l'aider.

« C'est moi qui dit ça… », murmura-t-il.

Il avait passé la nuit avec son humain, comme s'était le cas depuis le début de la semaine. Bien qu'il devait avouer que dormir de temps en temps n'était pas désagréable, il devait aussi avouer de pas avoir réussi à trouver le sommeil ses derniers jours. Tout d'abord par inquiétude. Il avait peur pour Camus, il avait peur de savoir qu'il souffre ou bien de ce qui pouvait lui arriver. Cependant, vivre dans l'inquiétude n'était pas vivre, ça s'appliquait aussi créateurs. Il y avait aussi le fait qu'il n'avait jamais été aussi proche du verseau jusqu'à maintenant. La nuit souvent il se contentait de façonner le Néant, de relire ses passages préférés de romans ou même de zapper de chaine en chaine mais certainement pas de garder Camus contre lui pendant qu'il dormait.

Hadès ouvrit le frigo et chercha vaguement ce qu'il pouvait faire ce soir. Il vit un filet de bœuf, quelques yaourts et des légumes dans le bac du bas. Peut être pouvait-il faire une salade. Le créateur se retourna vers le comptoir : il y avait deux avocats dans le saladier à fruit. Oui, une salade était toujours une bonne idée avec Camus. Rapidement, il chercha derrière les yaourts et trouva un paquet de fromage ainsi qu'un peu de jambon sec. En faite, la seule règle de cuisine qu'il appliquait strictement était de ne pas donner de tomate crue au verseau. Aussi longtemps qu'elles étaient cuites, il n'y avait aucun problème mais crue, ce fruit lui déclenchait une affreuse réaction allergique. Même s'il était long du choc anaphylactique, voire Camus plier en deux pendant deux jours n'était pas ce qu'il voulait.

Le créateur sortit les ingrédients un à un, faisant bien attention de ne pas renverser la laitue et les concombres qui tentaient de rouler hors de ses bras. La sensation de froid sur sa peau l'aurait fait frissonné s'il avait été humain. Ou si son inconscient forçait son corps à agir comme celui d'un humain. Camus n'était pas un humain non plus, pourtant il saignait. Il frissonnait et son cœur battait. Les dieux n'avaient même pas de cœur, ils étaient énergies tangibles et rien d'autre. Pourtant l'inconscient du médium avait façonné sa matière à l'image qu'il fut jadis. Sauf ses yeux.

Hadès effeuilla la laitue avant de la passer sous l'eau tiède. Il observa sans un bruit les gouttes rouler sur le vert claire des feuilles gorgées d'eau. Il avait entendu dire que les yeux de Ganymède étaient de la même couleur que le ciel au levé du soleil. Camus avait des yeux qui lui rappelaient le crépuscule. Il ferma le robinet et posa la laitue sur un torchon propre et sec. Il l'épongea délicatement, faisant attention de ne pas l'écraser. Dès qu'il attendait le craquement des feuilles il appliquait moins de pression. Puis il se saisit d'une grande planche en bois à découper, celle qui était légèrement rêche au touché, et commença la découpe des légumes.

Camus savait qu'il n'était pas humain pourtant il ne cherchait pas à en savoir plus. Il n'en ressentait pas le besoin. Son corps lui continuait à agir comme celui d'un être de chair et le maintenait dans cette illusion. C'était pour cette raison qu'Hadès ne voulait pas ressentir plus pour lui. Pas parce qu'il rejetait ce qu'il était vraiment mais les raisons qui le poussait à rejeter ce qu'il était. Le traumatisme qui vivait dans son esprit, celui qui avait survécu à une nouvelle incarnation. Qui continuait à vivre dans les recoins les plus obscure de ses pensées. À quoi Zeus avait-il pensé en rendant un humain immortel ? Les Hommes étaient fait pour mourir et pour revivre, ils n'étaient pas faits pour survivre des millénaires à voir les leurs tomber un à un. Hadès tenait à Camus bien plus que tout, c'était exactement pour ça qu'à la place de son horrible frère, il l'aurait laissé partir. Il l'aimait suffisamment pour accepter sa perte aussi longtemps que c'était pour son bien.

Hadès soupira en posant le couteau près du lavabo. Les concombres avaient été coupés en lamelles, tout comme la salade. Il ne restait plus qu'à préparer les avocats et à tout mettre dans un saladier. Lui qui hier était d'humeur si guillerette, le voilà à déprimer au fond d'une cuisine. C'était ce qui arrivait lorsqu'il pensait trop, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. La haine qu'il alimentait toujours n'aidait en rien à chasser ses idées noires, au contraire. Il commença à énumérer toutes les raisons qui pousseraient Camus à le détester. Déjà, il avait rit en voyant Troie être mené à sa perte. Le dieu sera les dents en y repensant. Comment avait-il put ? Ce n'était pas lui, ça n'était pas de sa faute mais comment avait-il put faire une chose aussi horrible ?

L'être se saisit des avocats avant de secouer la tête de droite à gauche. Non. Non. Il ne fallait pas qu'il pense à ça. Cependant sans Athéna… qui sait ce qui serait advenu du monde humain. Il posa les avocats sur la planche puis reprit le couteau. C'était elle qui était parvenu à le capturer avant qu'il ne commette l'irréparable. Il regarda la surface brune et semblable au cuire des fruits, son couteau juste au dessus d'eux mais incapable de les trancher. Il était désolé mais qu'est-ce qu'un pardon pouvait faire face à la souffrance qu'il avait infligé ? C'était comme crié dans une tempête de vent, il était le seul à entendre les échos de sa voix.

« Oh Jésus ! »

Il se tourna et aperçu le visage horrifié de Camus avant que ce dernier se jette sur lui. Que se passait-il ? Le médium attrapa sa main et tira d'un coup sec sur le couteau. Il s'était planté le couteau dans sa paume et n'avait rien sentit. Il n'avait rien sentit. Hadès laissa le jeune homme jeter l'ustensile loin d'eux sur le sol tiède de la cuisine. Il vit le médium scruter sa main avant de relever le visage vers lui et cette expression, celle de la panique, de la confusion et de la douleur réveilla quelque chose en lui.

« Pourquoi ?! »

Hadès ne parvint pas à laisser sortir le moindre mot. Il ne savait pas pourquoi, il ne s'en était même pas rendu compte. Sur sa main, il n'y avait pas de marque, rien. Les dieux ne saignaient pas et ne pouvait pas être blessé par des choses aussi mondaine qu'un couteau de cuisine. Pourtant, lorsque Camus passa ses doigts glacials sur sa paume, quelque chose lui fit mal. C'était si délicat, sa peau était légèrement chaude probablement à cause de la douche qu'il venait de prendre. Il sentait à travers son touché toute l'attention et l'affection qu'on lui portait. C'était tout ce qu'il avait toujours cherché, quelqu'un pour le toucher, pour l'atteindre.

« Hadès… »

Il entendit à peine la voix du verseau, son nom perdu dans un souffle accablé. Camus connaissait se regard vide, il connaissait ses yeux vitreux et ternes. Combien de fois avait-il vu ce regard dans son reflet ? Combien de fois avait-il sentit cette brume recouvrir ses pupilles ? Hadès était en train de faire une crise de dissociation. Jamais, jamais il n'aurait cru qu'un créateur puisse souffrir d'une telle chose. Au fond ils étaient doué de conscience, lorsqu'il y réfléchissait ça ne paraissait plus aussi étonnant. Alors il appliqua à Hadès ce qu'on lui avait apprit. Il prit sa main dans la sienne. Il ne fut pas étonné de la voir intacte, le contraire aurait été plus perturbant. Il prit sa main dans la sienne et le tira légèrement. Le dieu le suivit, sans un mot, jusqu'au salon où le verseau le fit s'asseoir sur une chaise.

« Hadès… quels jour de la semaine sommes-nous ?

- Le samedi. »

La réponse avait été à peine chuchoté mais au moins, le créateur avait juste. Camus se sentit rassuré avant de continuer avec la même douceur :

« Où sommes-nous ?

- à Rodorio

- Quelle heure est-il ? »

Il vit le créateur froncé des sourcils, perdu. Quelle heure était-il ? Il n'était plus vraiment sûr.

« 23h ? »

L'hésitation du dieu fit sourire doucement le médium. Il devait être aux alentours de 23h30 maintenant mais sans pendule autour d'eux, Hadès ne pouvait pas dire exactement quelle heure il était. Camus poursuivit, il continua de lui poser des questions sur ce qui les entouraient, sur ce que le créateur pouvait entendre ou sentir. Il ne lui lâcha pas la main, même pas pour désigner un objet à côté d'eux et peu à peu, le regard d'Hadès redevint vivant.

Le phénomène de dissociation pouvait arriver à n'importe qui. C'était bien moins rare que l'on pouvait imaginer, parfois l'esprit avait besoin de se détacher de la réalité pour survivre. C'était ce qui était arrivé à Camus il y a encore quelque mois, sur le balcon de son appartement. C'était Hadès qui l'avait trainé à l'intérieur, qui l'avait changé et qui avait veillé sur lui. C'était aussi ce que venait de vivre le créateur qui en se perdant dans ce qui le faisait le plus peur s'était détaché du monde autour de lui. En soit, la dissociation n'était pas forcément dangereuse mais Camus lui, n'avait jamais tenté de se planter un couteau dans la main.

« Pourquoi me l'avez-vous caché ? »

Hadès redressa seulement la tête un peu vers lui. Il n'était pas exactement sûr de savoir de quoi voulait parler le verseau. Face à son air blasé, Camus ajouta :

« Pourquoi m'avoir caché que vous souffriez ? »

Le créateur ouvrit la bouche. Touché. C'était donc pour ça que le verseau parvenait aussi bien à aider les esprits à partir en paix ? Parce qu'il savait lire en les gens comme dans un livre ouvert ? Quoi qu'il ne fallait pas être un génie pour se rendre compte que quelque chose n'allait pas chez quelqu'un qui se plantait un couteau dans la main. Sans s'en rendre compte en plus !

« Je crois que… Je crois que je ne me le suis caché à moi-même. »

C'était vrai. Hadès baissa les yeux. Certes, il se détestait mais il ne s'imaginait pas que c'était à ce point. Pourtant, qui ne se détesterait pas après avoir commit des actes aussi affreux. Non. Non ce n'était pas lui qui avait fait tout ça. C'était cette chose qui l'avait possédé.

« Quand j'ai été possédé, commença-t-il en tentant d'ignorer sa voix tremblante, j'ai fait des choses affreuses. Je ne voulais pas les faire mais… je les ais fait.

- Ce n'était pas vous.

- J'aurais dû l'arrêter ! »

Il cria pratiquement, sa voix devenant de plus en plus déchirante. Cependant, Camus resta stoïque, ses mains toujours autour de celle du dieu. Il le regarda avant de détourner le regard, avant de lever la tête pour ne pas pleurer. Un créateur ne pleure généralement pas, ce jour là était une exception pour Hadès qui sentait sa poitrine se serrer. Un créateur n'a pas de souffle ni de cœur pourtant son esprit mima la peine humaine. Parfois il souhaitait être humain.

« J'aurais dû lutter. J'aurais dû… J'aurais dû crier ! J'aurais dû me battre ! J'aurais dû !... J'aurais dû… faire quelque chose. », finissait-t-il pas murmurer.

Ses yeux le brûlaient, il luttaient toujours contre les larmes mais était-ce vraiment utile ? Il avait l'impression d'avoir gâché la soirée de Camus, lui qui avait déjà apparemment dû aider l'un de ses amis. Lui qui devait le protéger, le voilà maintenant près à pleurer dans son salon car il était incapable de passer à autre chose. Il ne se sentait pas méritant. Il ne méritait pas l'affection de Camus.

« Moi aussi j'aurai dû faire quelque chose Hadès. »

Il baissa la tête vers son humain qui lui parlait d'une voix calme. C'était fou à quel point ses yeux étaient emplis de sagesse, de douceur et de regret par moment.

« À la place j'ai blessé mes proches. J'ai créé ou renforcé des traumatismes chez eux. Moi aussi j'ai fait quelque chose d'affreux et je le regrette. Je regrette de rien avoir dit avant qu'il ne soit trop tard. »

Hadès le laissa parlé, écoutant chacun de ses mots sans chercher à en savoir plus. Sa voix si calme le berçait alors que la fraicheur de ses mains sur la sienne le réconfortait. Loin de ses regrets, lorsqu'il était serein le verseau devenait un quelqu'un de bien plus grand que lui. Un être doux et compréhensif, calme et aimant. Un sauveur, une fois de plus.

« Hadès, je ne vous demande pas d'aller immédiatement mieux. Ces choses prennent du temps. Je ne vous demande pas non plus de tout me dire. Tout ce que je vous demande, c'est de me parler. »

L'homme se pencha légèrement vers lui, entrainant sa queue de cheval à moitié défaite et encore humide. Il sourit doucement au créateur.

« Peu importe les regrets que nous portons, le passé ne changera pas. Cependant, c'est à nous d'apprendre de nos erreurs et d'en tirer des leçons pour créer un futur différent. On ne peut pas forcément réparer ce qui est passé mais on peut toujours agir pour que jamais ça ne se reproduise. »

Il prit l'autre main du dieu doucement et les souleva entre eux. Camus avait raison, il ne pouvait pas changer ce qu'il avait fait dans le passé, d'autant plus lorsque c'était il y a plusieurs millénaires. Cependant, il avait envie de protéger Camus et de protéger ce futur. Malgré sa douleur, les promesses qu'il s'était fait le jour précédent étaient toujours présentes dans son esprit. Au fond, ce n'était peut être qu'un moment de faiblesse, un moment de doute qui avait prit racine suite à sa visite à Olympe pourtant il se sentait mieux. Que Camus connaisse l'une de ses faiblesses le soulageait, comme s'il n'était plus seul à devoir traverser ça.

« Hadès, vous m'avez atteint quand personne n'y était parvenu. Depuis votre arrivé, j'ai l'impression d'avoir réapprît à vivre. Alors je vous en prie…, il serra les mains du dieu entre les siennes, laissez-moi vous aider. »


Camus ne parvenait pas à dormir. Il était allongé dans son lit, sa fenêtre entre ouverte laissait passer un courant d'air bienvenu. Les bruits maintenant plus diffus de la ville avaient été dépouillés des voix et des éclats de rire des terrasses. Désormais, seuls demeuraient les sons des voitures passant de temps en temps et l'orage qui roulait, lointain dans les nuages. L'air était devenu humide, déjà l'odeur de la pluie hantait les rues endormies. L'orage passerait, il nettoierait la ville de la poussière de l'été mais dès que le jour serait levé, il aura disparut. Il aurait laissé place à un ciel azur.

Camus se blottit. Il aimait les pluies d'été, elles avaient quelque chose de rassurant. Elles arrivaient la nuit lorsque tous sauf lui dormait et recouvrait l'espace de quelques instants la ville d'un voile d'eau. Oui, elles disparaissaient toujours une fois l'aurore arrivé mais c'était ça qui le rassurait : personne ne les voyaient passer. Comme si elles s'affairaient une fois toutes les paupières closes pour désaltérer les plantes assoiffées et leur rendre leur éclat émeraude. Les pluies d'été veillaient comme des mères et une fois leurs enfants endormis, elles les embrassaient avant de disparaître.

Il sentit la respiration d'Hadès caresser sa nuque. Le créateur n'avait pas cette irritable chaleur propre aux êtres vivants, celle qui laissait en sueur au moindre contact pendant l'été. À la place, il avait une chaleur que le médium n'aurait put expliquer. Elle radiait, tranquillement, contre le dos du verseau et le couvrait, le protégeait. Hadès dormait cette nuit là, c'était rare. Camus se recula encore un peu, son dos désormais totalement collé contre celui de l'entité.

Celui-ci avait passé l'un de ses bras sur la taille du médium et son autre était replié pour servir de coussin à son humain. Il le protégeait, même dans son sommeil. Il le protégeait avec sa silhouette imposante qui le recouvrait pratiquement entièrement. C'était confortable pour Camus, c'était quelque chose qu'il n'aurait jamais cru aimer. C'était pour cette raison qu'il n'arrivait pas à dormir cette nuit là. La chaleur diffuse, la sensation de son être contre lui et son odeur qui l'entourait, couplée à celle de la pluie auraient dû l'endormir. À la place il gardait les yeux ouverts, contemplant un monde de sensation qu'il n'avait jamais vraiment connu jusqu'à maintenant. Il glissa sa main dans celle du dieu. Hadès referma ses doigts contre les siens, toujours endormi et Camus ne put s'empêcher de sourire. Il était heureux, il était sincèrement heureux.

Le monde autours d'eux tournait, l'orage se rapprochait mais il avait l'impression qu'ils étaient seuls au monde. Bientôt, il entendit les premières gouttes de pluie tomber, dégringolant le long des immeubles.

Ce fut une journée mouvementée, émotionnellement en tout cas malgré tout il se sentait bien. Certes, voire Aphrodite pleurer et Hadès perdu n'étaient pas ce qui avait de plus agréable mais il avait enfin l'impression qui ses proches lui montrait leurs faiblesses. Il savait bien qu'on tentait de le protéger, il les comprenaient pourtant ne jamais venir vers lui quand il pouvait les aider… tenter de paraître fort pour lui comme on le ferait avec un enfant, ça ne l'aidait pas. Il se sentait égoïste parfois, entrainant les autres dans ses problèmes mais étant écarté dès que les autres se sentaient mal. Ils avaient peurs, oui mais de quoi exactement ?

Avec précaution, il retira sa main de celle du créateur et se tourna lentement vers lui en faisant particulièrement attention de ne pas le réveiller. Il vit alors son visage embrassé par la faible lumière des lampadaires qui traversait sa fenêtre. Il respirait, son souffle léger s'échappait lentement de ses lèvres entrouvertes. Il n'avait pas besoin de respirer mais dans un sommeil profond, son inconscient mimait le corps humain. Peut être avait-il accidentellement lié la notion de sommeil et de respiration, probablement en le regardant dormir. Camus trouvait ça amusant.

Il tendit la main vers lui avec hésitation, se reprenant une fois avant d'oser chasser quelques mèches corbeau de son visage. Le créateur tressaillît forçant Camus à s'immobiliser de peur de l'avoir réveillé. Fausse alerte, le dieu se contenta de resserrer son emprise sur lui, forçant pratiquement l'humain à coller la tête sur son torse. Son front juste sous le menton du créateur, Camus posa ses deux mains à plat contre le T-shirt qu'Hadès avait décidé de porter. La tenue dans laquelle il l'avait trouvé restait la préférée d'Hadès cependant le dieu était de plus en plus ouvert à porter des vêtements humains, particulièrement lorsqu'il faisait chaud. Enfin porter, c'était un bien grand mot. Il les matérialisait plus qu'autre chose.

Maintenant prisonnier des bras du créateur, Camus ne paniqua pas comme il se le serait imaginé. Il laissa l'odeur d'Hadès le recouvrir, comme la ville laissa la pluie. Lorsqu'il remarqua quelque chose : ses ongles devant ses yeux s'assombrissaient doucement. Intrigué, il parvint à sortir une main de l'emprise du dieu et de se tourner légèrement vers la lumière. Il admira ses ongles, pratiquement noir dans la lumière orangée. Rouge, ils étaient devenus rouges comme cette fois où Hadès l'avait emmené dans son domaine, celui qu'il avait créé pour lui. C'était après le manoir soit disant hanté, lorsque le dieu lui avait cuisiné quelque chose pour la première fois.

« Une salade de fruit… », murmura Camus dans un sourire tendre.

C'était étrange mais il avait l'impression que cela voulait dire quelque chose. Peut être était-ce un espoir un peu fou d'y voir un signe. Un signe qui lui indiquerait quelque chose de plus fou encore comme de ne plus avoir peur et de… Il renifla d'amusement en reposant sa main et en se blottissant un peu plus contre Hadès. Non, c'était n'importe quoi… Il prendrait tout ce qu'Hadès lui offrirait, il fera preuve de gratitude et non pas de avidité. Pourtant il devait avouer qu'à cet instant… il était prêt à oublier être un humain. À cet instant, il aurait voulut être un dieu pour pouvoir rester à ses côtés pour l'éternité.

Tout était tranquille ici, au fond de son lit. Rien ne pouvait l'atteindre, il s'en persuada. Ni ce Zeus ni même l'orage qui traversait le ciel. Oui, à cet instant il pouvait tout oublier. Il pouvait oublier les craintes de Milo et les pleurs d'Aphrodite. Il pouvait oublier ses propres peurs et les doutes du créateur à ses côtés. Ça ne durerait pas, le temps d'une pluie d'été seulement mais pour l'instant c'était suffisant.


Juste attend pour la nouvelle année!

Voilà, je sais que l'histoire n'ai pas particulièrement joyeuse c'est dernier temps. J'ai longtemps (plus d'un an) hésité à donner une explication et je pense qu'il est temps :

Tout d'abord, cette fanfiction aurait dû être bien plus obscure (beaucoup beaucoup plus). De plus, même si le scénario (si j'ose dire) de l'histoire est écrite depuis des années, certains des thèmes abordés sont influencé par ce que j'ai moi-même pus vivre. 2018 a été une année très difficile, ironiquement certains évènements de cette histoire se sont en quelque sorte passée pour moi ce qui m'a fait prendre conscience de certaine chose mais aussi de la façon dont certains personnages doivent ressentir les différents évènements.

Cette fanfiction, s'il on en oubli l'intrigue, n'est d'après moi pas une histoire triste ou heureuse mais plutôt une façon de montrer la guérison sous plusieurs angles. C'est pour ça qu'elle est particulièrement importante pour moi.

Une petite dédicace aussi à mon logiciel de traitement de texte qui ne me change pas seulement certains mots mais aussi la grammaire. Moi qui ne suis déjà pas forte en français…

Dans tous les cas, j'espère que vous avez aimé et à bientôt pour un nouveau chapitre !

FuryFury : Merci de ton commentaire. J'avoue qu'avec mon rythme d'écriture, ça ne doit pas être simple à suivre ! Même s'il n'apparaît pas dans ce chapitre, Zeus va effectivement mettre son grain de sel parce que c'est Zeus quoi ! Quant à Hadès et Camus… pour une fois que c'est pas Camus qui déprime !

Olivier : Merci pour ce commentaire ! Je suis heureuse que l'histoire plaise !

Earwen de Sirfalas : Merci ! Moi aussi je trouve qu'Hadès et Camus sont adorables, c'est pour ça que Camus a le droit à son petit moment d'admiration. Et aussi parce que Shura devrait pas tarder à débarquer avec ces grands sabots. Prions pour ce pauvre Hadès qui n'a rien demandé !

Hemere : Merci beaucoup pour ton commentaire ! J'avoue que moi aussi j'ai eu de la peine pour Cosse: il est si petit et innocent ! Pour Aphrodite, la réponse peut être aussi évidente que compliquée cependant je ne peut rien dire de plus pour le moment… Seulement qu'il y a un indice dans ce chapitre. Pour ce qui est de l'ambiguïté entre Camus et Hadès, est-ce qu'on peut encore parler d'ambiguïté à ce point ? Ce n'est pas de ma faute ! Ce sont mes chouchous après tout. (Et puis ne t'en fais pas, c'est pas comme si moi je postais avec un rythme d'escargot…)