Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartiennent pas.
Aphrodite repoussa une branche d'un dos de sa main avant de se pencher légèrement en avant. Le feuillage d'été l'empêchait de voir plus long pourtant entre les branchages fournis de feuilles, il distingua quelque chose. Quelqu'un. Quelques mètres plus loin, dans une petite clairière. C'était à peine s'il distinguait ses jambes et ses bras que le soleil embrassait. En faite, il ne l'aurait pas remarqué s'il ne savait pas déjà qu'il s'agissait de l'un de ses endroits préféré. Aphrodite poussa un peu plus la branche avant de s'avancer.
Oui, c'était bien Camus agenouillé, ses si longs cheveux pour une fois détachés. Ils glissaient le long de sa peau, chevauchaient ses jambes avant de se noyer dans l'herbe. De loin, les longues mèches turquoise ressemblaient à des ruisseaux qui serpentaient sur le sol. L'homme avait presque l'air tranquille cependant Aphrodite savait que quelque n'allait pas. Il avait les épaules affaissées et le dos courbé alors qu'une de ses mains tremblantes semblait vouloir atteindre quelque chose. Même dos à lui, Aphrodite devinait son regard perdu. Faite que ce ne soit qu'un regard perdu. Faite que ça ne soit rien de plus et surtout pas ça.
« Hey... », fit Aphrodite faiblement.
Il ne savait pas… Il voulait lui montrer sa présence mais il ne savait pas comment faire. Alors sa voix avait été aussi faible qu'un souffle. L'homme l'entendit, il se tourna vers lui et le regarda avec ses grands yeux pêche. Un rêve ? Il s'agissait encore d'un rêve ? Pourtant la détresse dans les yeux de son ami semblait si réelle, la douleur qu'il ressentait lui-même pouvait la sentir tout au fond de lui. Et si c'était plus qu'un rêve ? S'il s'agissait d'un souvenir ? Aphrodite s'approcha avant de s'agenouiller. Pourquoi une telle souffrance ? Aphrodite prit la main de son ami au creux de la sienne, comme pour lui dire que tout irait bien. C'était étrange, il entendait à peine les oiseaux chanter autours d'eux, comme si les bruits de la forêt n'était qu'un écho lointain. Pourtant la clairière était entourée d'arbres… Il se pencha légèrement sur le côté et regarda ce qui troublait tant son aim-… son ami. Il aperçu alors quelque chose de soyeux, de blanc entre les longs brins d'herbes verts. Quelque chose d'immobile sous les rayons pourtant chaud du soleil.
« Ganymède... », souffla-t-il en se redressant.
Il ne pouvait pas exactement dire que sa voix était désolé. En réalité, il était fatigué de voir son ami perpétuellement souffrir. Il n'en pouvait plus de voir son visage se marquer de tristesse et c'était passablement égoïste de sa part. Quelque chose en lui dont il avait seulement partiellement conscience le lui répétait. Il attrapa l'autre main de son ami et les ramena vers lui.
« Je t'en pries… pas encore.. . »
Il ne parvint pas à arrêter ses mots. Non, il n'aurait pas dû dire une chose pareille. Non, non il n'aurait pas dû traiter sa douleur comme un fardeau. Pourquoi ne l'avait-il pas écouté ? Pourquoi ne l'avait-il pas aidé ? Pourquoi avait-il été si égoïste ? Incapable de faire la moindre chose, il regarda à travers les yeux de celui qu'il avait été le même scénario se répéter encore et encore. Déjà d'ailleurs, le visage pourtant si doux de l'homme s'assombrit dans une rage silencieuse. Il n'était qu'une question de secondes avant qu'il ne retire ses mains, comme à chaque fois.
Aphrodite sentait le froid émané de son ami, il sentait ses doigts serrer les siens sans affection ni amour, seulement un profond dégoût. Ce n'était pas trop tard, il pouvait encore s'excuser. Il pouvait l'aider à récupérer la créature et… Et quoi ? Lui faire des promesses vides juste pour lui faire plaisir ? Non, peut être pas ça mais pourtant… Il aurait dû faire quelque chose. Encore une fois. Il n'y parvenait pas, tout ceci avait déjà été gravé dans le temps. Il ne pouvait rien faire de plus que de sentir les mains de son ami glisser des siennes.
Aphrodite ferma les yeux. Ça y était… La fuite, comme à chaque fois. Ganymède se releva, ses yeux embrasés de rage. Une rage silencieuse mais mortelle. L'homme n'avait jamais vraiment fait de comédie, il ne s'était jamais donné en spectacle. Plutôt que d'éclaté dans une furie monstrueuse, il gardait tout pour lui. Son âme et son esprit accumulaient les affres des ses sentiments réprimé, il les laissaient être lentement rongé par le dégout. Non, jamais il ne se plaignait, jamais on ne l'aurait entendu énoncé ce qui le troublait. Après tout, Aphrodite le savait, le jeune homme était au fond rien de plus qu'un humain. Un humain parmi les dieux et rien que ça suffisait à ce qu'il perde toute crédibilité auprès des êtres qui l'entourait. Ils étaient d'une telle fierté, d'une telle condescendance.
Sans un regard de plus, Ganymède se retourna et se pencha doucement au dessus de la fourrure blanche. Jamais Aphrodite n'avait vu autant de délicatesse dans ses gestes alors qu'il entoura le petit animal sans vie de ses mains. Il vit l'homme tressaillir, probablement lorsqu'il toucha la peau de l'animal, avant que celui-ci ne se reprenne. Le corps inerte dans ses bras, Ganymède se releva. Il pouvait voir sur le visage de l'humain le trouble et la peine. Pendant un instant, Aphrodite sentit quelque chose au plus profond de lui, comme un pincement. Car ce petit être, ce chat dans les bras de Ganymède, ne respirait plus. Ne bougeait plus. Son corps se rigidifiait à chaque minute qui passait et le créateur se demanda si c'était le poids de la culpabilité qu'il sentait peser sur ses épaules. Il n'avait rien fait, ce n'était pas lui qui avait tué le félin pourtant il venait d'ignorer cet existence qui venait de prendre fin. Il releva la tête vers son ami qui drapa lentement l'animal de ses manches.
« La mort n'a aucune signification pour vous les dieux. »
Ganymède avait raison, pourtant ses mots lui firent quelque chose. Ce pincement qu'il ressentait s'intensifia. Aphrodite ne sut pas quoi répondre, en partie car le ton de l'homme ne laissait la place à aucune réponse. Il aurait voulut être en colère, rappelé à cet être sa place mais il était trop tard. S'était il y a bien longtemps qu'il s'était noyé dans les yeux de Ganymède, bien trop longtemps pour lui. Sa vie s'était muté peu à peu en une quête permanente d'approbation auprès de l'humain qui résidait parmi les créateurs. C'en était risible, il s'en rendait compte au plus profond de lui.
« Pardonne-moi... » murmura-t-il démunit.
Ganymède ne le regarda pas, ses yeux glacials concentré sur le chat qu'il tenait précieusement. Ô comme Aphrodite aurait voulut qu'on le serre ainsi. Cependant sans même le regarder plus d'instant, il savait que son ami lui en voulait. Si ses mots l'avait blessé, son silence lui faisait bien plus mal encore. Il vit le doute passer sur le visage de l'homme. Quel doute ? Considérait-il sa demande ? Peut être reconsidérait-il toute leur amitié ? Une amitié basé sur un jeu d'osselet. C'était pathétique. Pourtant c'était tout ce qu'il avait à cet instant, les sentiments d'un être aimé de son roi, quelques espérances dans ses pensées et peut être une folie cachée au coin de ses rêves. Aphrodite n'avait pas grand-chose, bientôt il serait même prêt à troquer sa fierté contre un seul murmure.
Finalement, Ganymède referma ses yeux d'aurore et secoua la tête avec tant d'amertume. Sans un regard, sans un mot de plus, il se retourna. Aphrodite le regarda sans rien faire, trop démunit ou peut être seulement stupide. Il le regarda, immobile, le quitter une fois de plus. Combien de fois devait-il faire la même erreur ? À quel point ce pincement devait-il le faire souffrir avant qu'il ne se décide enfin à saisir sa main ? Jamais, jamais il n'apprendrait. Non jamais. À la place il voyait son ami disparaître, blessé par son attitude car c'était tout ce qu'Aphrodite faisait : blesser Ganymède… blesser Camus…
Lorsqu'il se réveilla, il pouvait encore voir l'ombre du jeune homme disparaître entre les branches. Il pouvait encore sentir ce pincement dans sa poitrine lui rappeler chacune de ses erreurs et sur sa peau, la chaleur d'un soleil qui brillait il y a des milliers d'années. Entre ses draps, dans sa chambre à Rodorio, Aphrodite se sentait petit et face de celui qu'avait été Camus, il se sentait pitoyable. Il se retourna, posant une main sur son oreiller. Plus le temps passait, plus ses sentiments se mélangeait : Angelo dans le présent, toujours prêt à l'écouter, là au près de lui pourtant hors de porté et Camus dans le passé, sublime, tragique et inatteignable. Aphrodite cacha son visage dans ses mains. Qu'avait-il fait ?
Héra n'était pas stupide. Elle était féroce certes, jalouse sans aucun doute et parfois même cruelle. Elle était une centaine de chose et stupide n'en faisait pas parti. C'est ce qu'elle aimait se dire en traversant lentement l'un des nombreux jardin de l'Olympe. Au dessus d'elle, leur soleil éternel brillait mais elle avait pourtant l'impression de marcher au cœur de la nuit. Tout était lumineux autours d'elle, les fleurs toujours écloses, les feuillages perpétuellement luxuriant et l'eau de la fontaine éternellement clair pourtant elle son monde à elle était si sombre. Peut être qu'au fond, se dit-elle avec un sourire désabusée, elle n'était rien qu'une idiote. Voilà une semaine déjà que son époux, Zeus, ne semblait plus tout à fait être lui ou peut être qu'au contraire, c'était elle qui n'avait jamais remarqué, jamais vu.
Héra soupira, ses bras ballants. Elle n'avait pas la force de maintenir une apparence forte, pas lorsque jour après jour elle comprenait un peu plus le monde autour d'elle. Elle s'assit au bord de la fontaine, s'autorisant à regarder son reflet dans les eaux limpides. Peut être avait-elle simplement peur ? Elle pouvait si facilement avoir sa réponse, il suffirait de quelques mots et la fontaine le lui montrerai. Héra hocha doucement la tête de droite à gauche, fermant ses yeux doré ce sourire amère toujours sur ses lèvres. Bien sûr qu'elle savait de quoi ou plutôt de qui il s'agissait. Elle avait prié pour que jamais il ne revienne. Prier qui ? Elle l'ignorait et au fond ça la faisait bien rire. Qui un dieu pouvait-il bien prier ? C'était vers elle qu'on se tournait pas l'inverse. Qui ? Leur père peut être ? Oui, peut être était bel et bien stupide au fond…
Quelque chose avait changé avec Zeus il y a quelques temps. Il avait changé, portant cette stupide broche et devenant de plus distant à mesure que le temps passait. Ça avait été si rapide, si rapide mais si discret qu'il était déjà trop tard lorsqu'elle avait finit par remarquer. Déjà, les yeux de son époux s'étaient assombri et qui sait quel dessein envisageait-il… La créatrice soupira, ramenant sur son front une main gantée de satin doré. Les longs gants de la reine était brodés de motifs au fil d'argent, des feuilles et des fleurs qui s'étalaient gracieusement sur le dos de sa main.
Elle avait tellement fait pour Zeus, bien plus que ce qu'il semblait croire. Elle avait toujours été à ses côtés, toujours à l'accompagner. Certes elle n'avait pas été tendre avec ses différentes conquêtes et ses diverses enfants. Peut être était-ce pour cet raison qu'il ne l'avait jamais vraiment aimé. La déesse pinça sa lèvre inférieur entre ses dents. C'était tellement dur à se l'avouer mais elle devait petit à petit commencer par avancer. Zeus ne l'avait jamais aimé, pas comme elle l'aimait lui. La déesse n'avait aucun mal à le dire : elle même avait désiré d'autres êtres que son époux, elle aussi lors de long moment seul, elle avait imaginé ce qui aurait put être dans les bras d'autres. Ça c'était arrêté là. Du fantasme, rien de plus. Elle aimait Zeus, jamais elle ne l'aurait trahit et pourtant lui l'avait fait encore et encore. Il fut un moment où Zeus passait plus de temps avec ses maitresses qu'en présence de son épouse et Héra en avait assez de se blâmer.
Si j'avais été plus douce… ou si je n'avais pas réagis ainsi… C'était tout ce qu'Héra s'était répété ses derniers temps car elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi Zeus ne la voyait pas. Elle était toujours à ses côtés pourtant… Et elle aurait dût être enragée pourtant elle avait comprit, deux milles ans trop tard, que ce n'était pas de sa faute. C'était lui, lui et les autres créateurs qui lui avaient fait croire. C'étaient eux qui avait alimenté sa haine avec leur ragots, leurs moqueries et les regards en coin. C'était de sa fidélité qu'on riait plutôt que des infidélités de son époux. C'était répugnant. Comment avait-elle fait pour soudainement comprendre, pour voir que tout ce qu'elle avait été fut forgé par d'autre ? Parce qu'elle avait vu, à travers cette même fontaine. Elle avait vu ses erreurs, elle avait vu la vérité : qu'elle se comportait exactement comme ces imbéciles qui avaient nourrit sa rage.
Elle avait vu Ganymède sourire avec sincérité.
D'abord, elle sentit toute sa rage et sa haine revenir en elle et tout emporté. Un tsunami, une tornade où toutes ses émotions négatives se déchainèrent. Rien, non rien, n'aurait put mettre fin à ce qu'elle ressentait malheureusement… Tout finit par partir, même ses sentiments auxquels elle s'accrochait depuis plus de centaines années. C'était la candeur de ce sourire qui éteignit l'incendie en elle, c'était ce rire qu'elle n'entendit pas alors que quelque chose la frappa avec bien plus de force : jamais elle ne l'avait vu… heureux ?
C'était de la joie et de l'amour et de la vie sur le visage de cet homme qu'elle devait haïr. C'était… C'était quelque chose qu'elle n'avait jamais vu auparavant sur son visage. Pourtant ce visage, Héra le connaissait parfaitement bien tant elle avait passé de temps à l'imaginer souffrir. Ce qui l'obligea à cesser de s'accrocher à sa haine fut la réalisation derrière ce sourire aussi simple était-il. Celle que Ganymède n'avait jamais été heureux parmi les dieux, pas une seule fois. La douleur, la peur ou même le désespoir, elle pouvait encore se l'imaginer sans grande difficultés. Oui, elle voyait encore ses yeux vides, ternes. Elle entendait encore sa voix monotone alors qu'il leur servait l'hydromel. Combien de fois ? Combien de fois Héra s'était demandé ce que Zeus trouvait à ce petit imbécile ? Elle le voyait maintenant, ce sourire et ces yeux pétillants, loin de ce qu'elle avait toujours connu.
Ganymède avait été une victime.
Comment ? Elle s'était relevé violemment à la réalisation. Comment n'avait-elle pas put remarquer ? Comment avait-elle put fermer les yeux ? Héra était beaucoup de chose, vaniteuse et bien trop fière mais elle avait toujours été incapable de supporter la douleur chez les autres. Pourtant elle avait laissé faire, elle avait fermé les yeux comme tout les autres dieux. Elle s'était fait victime et au fond, elle aussi avait été victime de Zeus. Elle aurait dû savoir, elle aurait dû faire quelque chose plutôt que de rendre sa vie bien plus dur. Elle avait été jalouse et Zeus l'avait si bien manipulé, lui faisant croire que tout était de sa faute à elle. Elle aurait dû comprendre mais en avait été incapable. C'était ce jour là qu'Héra comprit ses erreurs.
La déesse laissa son regard se poser sur les quelques roses qui flânaient au dessus de la fontaine. Ganymède n'avait pas tenté de séduire son époux. Il n'avait même pas désiré être immortel ! Elle aurait dû l'écouter, au moins un instant au lieu de le blâmer pour quelque chose qu'il n'avait pas fait… C'était étrange, se disait-elle en caressant une pétale soyeuse du bout du doigt. C'était étrange comment l'on pouvait changer si soudainement. Comment un regard, une pensée ou une remarque pouvait tout changer. Héra posa sa main sur sa robe nacré avant de relever le regard vers le ciel bleu au dessus d'elle. Elle sentit sur sa nuques quelques mèches de son chignon s'échapper. Elle avait l'impression que tout était différent autour d'elle. Elle avait l'impression que le monde avait changé, qu'elle avait changé. Pourtant tout était identique, des créateurs dans la salle du trône jusqu'à la rose qui se balançait doucement au dessus de l'eau clair. C'était étrange ce qu'on pouvait accepter par amour…
Héra n'avait pas cessé d'aimer Zeus, elle doutait pouvoir arrêter un jour. Cependant, elle voyait maintenant. Elle avait conscience de ses erreurs mais pas seulement. À force d'entendre les créateurs autour d'elle répandre de telles inepties à son sujet, elle avait finit par elle-même y croire. Elle avait conscience de la façon dont Zeus avait en partie forgé cette part de noirceur en elle, inconsciemment ou non. Peut être ne pourrait-elle pas le changer mais elle s'était promit de changer. Elle s'était promit de ne plus écouter personne d'autre qu'elle, d'être son propre juge. Elle venait enfin de sortir la tête de l'eau…
« Ma reine... »
Héra sursauta malgré elle avant de baisser la tête. À quelques pas d'elle se tenait Perséphone, toute petite dans l'ombre d'une colonne. La pauvre enfant… Héra ne put empêcher le sourire amère sur ses lèvres. Elle pouvait presque sentir sa gorge se serrer. Elle lui inspirait donc rien d'autre que de la crainte ? Après tout, il y a encore quelques temps elle avait lancé à la créatrice des Enfers un regard des plus dégoutés. La déesse tremblait presque, incertaine. Pouvait-elle s'approcher ? Avait-elle seulement le droit de sortir de l'ombre ? Héra secoua la tête avant de tendre les deux mains vers l'éternellement jeune créatrice. C'était une invitation dont elle le savait Perséphone se méfiait. Elle resta immobile, une main sur la colonne derrière laquelle elle se cachait en partie.
« Perséphone je vous en pries… », il y avait quelque chose de blessé dans la voix de la déesse.
Perséphone se redressa légèrement, toujours incertaine. Certes, c'était elle qui avait demandé à voir sa reine seulement cette soudaine douceur lui faisait peur. L'épouse de son père préparait-elle quelque chose ? Ses doigts se crispèrent sur la pierre tendre et tiède.
Héra la haïssait, comme elle haïssait chaque être ayant un lien avec Zeus et ses infidélité. Pour une raison étrange, la déesse la détestait plus que d'autres enfants illégitimes de leur roi… La simple vu d'un sourire 'sincère' sur les lèvres d'Héra la faisait frémir. Quelque chose n'allait pas. Pourtant… Pourtant elle ne pouvait pas nier que sa reine avait l'air véritablement sincère. C'était peut être d'ailleurs la première fois depuis des millénaires que Perséphone ne décelait pas dans son regard la moindre trace de haine. De la douleur, elle en avait toujours vu dans les yeux de la reine et elle en voyant encore mais sa rage et sa colère ? C'était comme si elles n'avaient jamais exister. Que s'était-il passé ? S'était-il passé quelque chose au moins ou quelqu'un avait-il revêtit l'apparence de la reine?
Héra abaissa ses mains en gardant son regard sur la déesse face à elle. Elle ressemblait à une enfant, avec ses épais cheveux et ses grands émeraudes. Une petite fille perdue, hésitante dont le regard seul montrait à quel point elle était déchirée. Était-ce sa faute ? Était-ce pour une autre raison ? Hadès ? Héra n'avait plus envie de se battre contre elle. Elle avait envie de rire, de pleurer et de crier mais pas d'effrayer la plus jeune créatrice. Elle était fatiguée voir à quel point les autres ne lui faisait pas confiance, frustrée de savoir à quel point Zeus l'avait changé.
« Il est revenu Perséphone... », murmura-t-elle en baissant la tête.
Ses mains maintenant sur ses genoux, elle renifla d'amusement et de tristesse. Que pouvait-elle lui dire ? Qu'elle avait soudainement changer en voyant le sourire de celui qu'elle avait considéré comme sa némésis ? Qu'elle ne voulait plus lui faire de mal ni à elle, ni à tout ceux qu'elle avait haït plutôt que Zeus ? Qui pourrait la croire ? C'était un changement brutal, un changement dont n'importe qui et surtout Perséphone se méfierait. Et même s'il elle parvenait à convaincre la jeune créatrice, arriverait-elle aussi à la convaincre qu'elle ne redeviendrait jamais celle qu'elle était ? Misère… Elle était pathétique.
Pourtant, la voir si vulnérable força Perséphone à avancer d'un pas. Bien sûr, elle était prête à fuir au premier signe d'énervement venant de sa reine mais… elle s'approcha. Ses mains devant elle, précautionneusement, faisant bien attention de ne pas avancer trop rapidement. Non, ça ne pouvait être Héra devant elle… C'était impossible. Zeus avait-il prit sa forme ? Tentait-il de manipuler sa fille ? Elle détestait à quel point c'était probable. Lorsqu'elle vit les mains gantelées de sa reine se refermer sur le tissus ocre de sa robe.
« Je sais pour Ganymède... »
Perséphone pencha légèrement la tête sur le côté, arrêtée net dans sa lancé. Les épaules de la reine s'affaissèrent, tout comme le faible sourire sur son visage. C'était toujours dur d'ouvrir les yeux lorsqu'on avait été maintenu si longtemps dans l'obscurité. Peu importe où son regard se posait, Héra n'avait l'impression de voir que des ombres. Elle cacha une partie de son visage derrière l'une de ses mains, essayant encore et encore de lutter pour ne pas craquer. Elle voulait garder l'illusion d'avoir le contrôle même si elle le savait désormais, jamais elle n'avait eut le contrôle. Une chimère, une broutille, rien de plus…
« Tu sais Perséphone, commença-t-elle en tentant de masquer les tremblements dans sa voix, tu passes des années auprès d'une personne. Tu l'écoutes… Tu l'aides... »
La déesse reposa sa main, inconsciemment surprise par le froid de la pierre pourtant éternellement embrassée par le soleil. Elle leva la tête, en partie pour ne pas voir la jeune créatrice, en partie pour ne pas laisser ses larmes s'échapper de ses yeux. Elle fixa le bleu du ciel, elle le fixa jusqu'à ce qu'il semblait s'assombrir.
« Tu l'attends, sa voix se brisa. Tu l'attends patiemment. Parfois plus longtemps que ce que n'importe qui accepterait. »
Perséphone s'approcha avec attention, sans faire le moindre bruit sur les pavés ocres. Elle sortie de l'ombre, à quelques pas à peine de sa reine. C'était la première fois qu'elle entendait dans la voix d'Héra une telle douceur. Il y avait de la douleur mais encore une fois, c'était peut être l'un des sentiments que renvoyait le plus la créatrice et ce depuis des millénaires. C'était la première fois que sa reine se dévoilait et bien qu'elle craignait toujours une embuscade, un piège ou quoi que ce soit d'autre, Perséphone ne pouvait s'empêcher de ressentir de la compassion.
Elle vit alors les yeux d'Héra se plisser comme on le ferait s'il l'on regardait le soleil. Elle vit la ligne de ses lèvres se briser en deux, douloureusement comme l'avait toujours était leur reine.
« Tu l'aimes... »
C'était… dur. C'était dur de voir la si grande et fière Héra défaite, les yeux plus vieux encore que l'éternité sur son visage pourtant toujours jeune. C'était dur de la voir, le visage vers le ciel, le dos droits et les jambes touchant à peine le ciel. Elle paraissait prête à rejoindre les étoiles, comme tant de créateurs qui avaient abandonnés. Perséphone se rendit compte de ce que représentait sa reine pour elle, qu'elle était plus qu'une affreuse mégère. Héra avait été un symbol, celui du courage face à l'adversité, de la persévérance. Celle d'un être qui jamais ne renonçait, peu importe ce qui arrivait, qui arrivait.
« Vous avez renoncé... »
Perséphone n'entendit même pas son propre murmure. Héra, elle, si. La créatrice baissa lentement la tête vers elle, ses yeux toujours plissés mais un léger sourire sur ses lèvres. Elle semblait si fatiguée, si abattue.
« Non Perséphone. Détrompes-toi. »
La reine se releva, sa longue jupe de satin et de soie la suivit dans son mouvement. Pourtant, malgré la lassitude sur son visage, malgré la douleur et la peine, la plus jeune déesse trouva quelque chose dans ses iris. Entre une cascade de sentiments parfois contraire, il y avait comme une lueur timide, une flamme oscillant entre le soulagement et la paix. Ses yeux tombèrent sur les pavés.
« J'ai compris. J'ai compris même erreurs, qu'aimer ne suffit pas. Que changer… changer pour quelqu'un ne suffisait pas. Que s'en prendre aux autres ne soulageait rien.
- Père vous aime ma reine. »
Héra rit sans amusement sinon celui de sa condition. Un être si puissant, réduit à rien par un simple regard. Affamé d'un mot, d'un sourire. Qu'était-elle devenue ? Qu'était-elle devenue se demanda-t-elle en étouffant un sanglot. Elle avança jusqu'au créateur qu'elle avait tant haït, cette déesse qui pour la première fois ne recula pas et ne détourna pas le regard face à elle. Alors Héra attrapa ses mains plus petite et plus froide que les autres, celle de cet être qui lui rappelait toujours un enfant perdu. Perséphone la laissa faire, sans jugement ou soupçon.
« Je doute que ton père ai aimé quoique se soit d'autre que lui-même.
- Vous savez que c'est faux.
- Non Perséphone… Je ne sais plus rien. »
Aphrodite bailla pour la troisième fois en une heure, masquant sa bouche du dos de sa main. Il ne manqua pas une seconde pour frotter ses paupières, tentant de chasser son sommeil. Ses mains de nouveau sur son plan de travail gris, il reprit le travail. Une rose et deux jonquilles, quelques feuillages et un beau ruban. Arrangé, enroulé et arrangé – encore. Quel papier utilisé ? Le bleu nuit ou le violet indigo. Indigo comme…
Le jardinier recula la main du papier brillant. Non. Non et non. Il laissa à la place ses yeux glisser sur l'intérieur de sa boutique. Tout était bien rangé, tout était classé que ce soient les fleurs ou les quelques vases qu'il exposait pour un quelconque artisan plein de désillusion. Combien en avait il vendu de ces 'oeuvres d'arts' ? Ah oui c'est vrai : zéro. Le magicien soupira, frustré. Ce n'était pas parce qu'il était énervé qu'il devait penser de telle chose. Aphrodite se reprit, attrapant le papier bleu nuit et une paire de ciseaux. Il laissa les lames glisser contre le papier, écoutant le bruit tranchant puis le clic des ciseaux. Il posa le bouquet, replia le papier comme il l'entendait et noua le ruban rouge autour, n'oubliant pas d'agrafer l'étiquette de sa boutique. Et c'était fait.
Aphrodite soupira de nouveau : il n'y avait plus qu'à attendre sa cliente maintenant. Elle n'arriverait que dans une quinzaine de minutes, prendrait le bouquet avec hâte avant de repartir aussi rapidement qu'elle était venu. Un cadeau attraper à la dernière minute, un cadeau aux parfums d'amour. Et puis Aphrodite pourrait retourner à cet ennuie dans lequel il se trouvait déjà. Deux minute de répit loin de ses pensées, concentré sur la cliente face à lui, c'était tout ce qu'il avait. Le jardinier posa le bouquet sur le comptoir derrière lui avant de jeter un regard à son portable. Peut être pouvait-il appelé Angelo ?
Aphrodite attrapa alors l'appareil, tapa rapidement son code et s'apprêta à appeler son meilleur ami et son amour secret. Son doigt juste au dessus du nom sur l'écran tactile, il hésita. Peut être qu'Angelo était occupé. Oui, après tout, il ne connaissait pas l'emploi du temps de ami par cœur ! Et si Saga et Kanon l'avait emmené à l'aventure ? Peut être faisait-il face à un démon sanguinaire et dans ce cas, il ne devrait pas le déranger ! Quel ami de ce nom dérangerait son meilleur ami dans son combat contre le mal ? C'était pour ça qu'il ne parvenait pas à l'appeler ! Ses yeux tombèrent sur le papier Indigo et Aphrodite soupira pour la centième fois.
Résigné, il posa son portable. Non, la vérité c'est qu'il avait peur de voir Angelo. Il avait peur de le voir car il avait peur de se réveiller de ce rêve qu'était d'aimer l'italien. Enfin, par moment c'était un cauchemar de l'aimer. Quand par exemple il disparaissait après un 'au revoir' rapide pour ne pas donner de nouvel pendant des mois. C'était un cauchemar de l'aimer lorsque de bar en bar il allait et charmait chaque jeune femme assez clémente pour lui offrir un sourire. C'était un cauchemar mais il l'aimait tout de même Aphrodite ne pouvait pas se mentir. Comment ne pas aimer ce sourire de séducteur et ces yeux bleus comme la nuit ? Comment lorsque l'homme riait avec toute la joie du monde, lorsqu'il posait sa main sur l'épaule d'Aphrodite en lui murmurant que tout irait bien ? Angelo le faisait rire et le faisait pleurer, il lui faisait vivre plus d'émotions qu'il aurait cru pouvoir connaître. Aphrodite l'aimait.
Pourtant il se mentait. Il y a encore de ça quelques jours, il aurait donné le monde pour qu'Angelo prenne ses mains et lui murmure à quel point il l'aimait et maintenant… Aphrodite posa ses mains sur son plan de travail sans faire attention à la surface lisse sous ses doigts. Maintenant il se souvenait. Il avait oublié ce que ça faisait de le voir sourire, de le voir chanter et de le voir vivre.
Il n'avait pas les mêmes iris pastels, à la place elles étaient plus sombre et plus feutrés. Plus adulte. Il n'avait plus le même nom et plus aucun souvenirs, pas qu'Aphrodite en ait tant que ça. Cependant, Camus ne le regardait pas comme avant, lorsqu'ils étaient loin des Hommes. Il le voyait sans le regarder, ses yeux passaient sur Aphrodite sans s'y attarder. Sans se demander 'et si ?'.
Le magicien passa une main dans ses cheveux pour une fois détachés, fatigué. À quel moment tout avait changé ? Il avait l'impression d'avoir ouvert les yeux un matin et que tout autour de lui avait changé. Il avait changé, le monde autour d'eux avait changé et Ganymède. Ganymède avait changé. Ce n'était plus son meilleur ami, celui avec lequel il avait passé des années entières à jouer aux osselets. Ce n'était plus non plus cet humain tremblant entre les sers d'un aigle. Ce n'était plus cet être doux et tragique. Pourtant c'était bien lui, brisé mais toujours prêt à offrir une partie de son être. C'était lui tranquille mais passionné, attentif et pourtant si loin dans ses pensées. Inatteignable, peu importe à quelle distance il se trouvait.
Aphrodite releva la tête, ses yeux fixé sur les lumières au-dessus de lui. Il posa sa main sur son bras qu'il serra, sentant ses propres ongles à travers la manche de sa chemise bleue. Et Camus… Camus c'était tout ce qu'il voulait depuis qu'il se rappelait.
« Excusez moi, j'arrive en avance ! »
Le vendeur sursauta. Sa cliente venait d'entrer, visiblement essoufflé. Elle repoussa du dos de sa main une longue mèche d'un blond éclatant, ses bracelets s'entrechoquant entre eux alors qu'elle tentait de dégager sa vu. Aphrodite lui sourit doucement tout en prenant avec délicatesse le bouquet qu'il venait de terminer. Il espérait que la pauvre femme n'ai pas courut par une telle chaleur.
« Mme Aimée, je viens tout juste de terminer votre bouquet. »
Mme Aimée était une habituée, elle venait régulièrement ici et ce depuis l'ouverture de la boutique. Aphrodite connaissait parfaitement ses goûts à tel point que sa cliente avait entièrement confiance en lui. Alors lorsqu'il lui tendit le bouquet, il ne fut pas surprit de voir sur son visage fin autant de joie que de satisfaction.
«Elles sont sublimes, comme toujours. », murmura-t-elle entre ses lèvres corail.
Mme Aimée était sublime. Elle était grande et élancée, comme si elle était née de l'écume des vagues. Elle était douce, toujours attentive avec une passion démesurée pour la porcelaine. C'était elle d'ailleurs qui les avait aidé à reconnaître un sceau sur une assiette il y a quelques temps. La cliente avait d'ailleurs répondu à Aphrodite avec une rapidité déconcertante, comme si elle avait toujours attendu ce jour.
Il appréciait Mme Aimée, elle avait toujours tant de chose à lui apprendre. Ses yeux gris perles contemplaient les jonquilles d'un jaune éclatant.
« Elles me rappellent mon fils... », souffla-t-elle cette fois.
Aphrodite ouvrit la bouche pour dire quelque chose, quoi que ce soit. Mme Aimée lui en avait parlé dans le passé, vaguement. Son fils, un jeune homme resplendissant comme le soleil d'après elle. « Un fripon » lui avait-il dit un jour avant de se taire et de poser son regard sur une gerbe de fleur rose et blanche. Elle avait acheté le bouquet sans un mot de plus avant de disparaître derrière la porte en verre de sa boutique. Tout comme elle ce jour, Aphrodite ne trouva pas les mots.
« Combien vous dois-je ?
- Pour vous ce sera 10€. »
Sa cliente répondit à son clin d'œil par un sourire sincère. Elle chercha dans son sac ridiculement petit et sortit son porte feuille rapidement. Elle fit tomber dans ses fines mains quelques pièces qu'elle tria rapidement. Soudain, son visage se tordit.
« J'étais sûr d'avoir le compte…, la cliente ouvrit de nouveau son sac, sa monnaie toujours dans la pomme d'une de ses mains. Où est-ce que j'ai bien put mettre cette pièce ? »
Elle continua de marmonner en cherchant frénétiquement quand la clochette de la boutique retentit. Aphrodite sentit son estomac se retourner en voyant ce turquoise caractéristique. Mme Aimée elle-même releva la tête, curieuse, avant d'aussitôt reprendre sa recherche.
« Camus. »
Sa voix était trop froide, même le médium l'avait sentit. Pendant un instant, son ami fronça les sourcils avant de reprendre presque immédiatement son air blasé. Camus était la dernière personne qu'il voulait voir à l'instant.
« Désolé de te déranger Aphrodite. »
Non. Il ne voulait pas qu'il s'excuse. Il n'avait rien fait de mal, c'était lui qui n'était pas capable de se contrôler. C'était trop tard, le verseau croisait ses bras sur sa poitrine, réservé. Si ça n'avait été pour Mme Aimée, Aphrodite aurait soupiré : bien sûr que Camus allait être vexé. Qui ne le serait pas ? Il fallait qu'il se reprenne, qu'il cesse ses enfantillages. Ganymède était Ganymède, Camus était Camus.
« Ah ! », fit soudainement la cliente en sortant une pièce de deux euros.
Elle déposa rapidement la monnaie au creux de la main d'Aphrodite qui fit rapidement le compte. Mme Aimée serait la dernière personne qui chercherait à l'arnaquer mais l'erreur était humaine après tout. Satisfait, il pressa sur sa caisse enregistreuse, rangea l'argent et tendit le bouquet à sa cliente.
« Voulez-vous le ticket ?
- Non, comme toujours. », elle envoya un clin d'œil au jeune homme.
Aussi vite qu'elle était arrivée, Mme Aimée disparut en soufflant un 'bonne journée Aphrodite' et passa la porte avant qu'il n'ai le temps de répondre. Sa boutique n'était pas petite, elle était même relativement grande pour un fleuriste mais Mme Aimée la traversait moins d'une minute. Elle glissait avec aisance dans cet espace sans perdre la moindre seconde ici. Sa cliente semblait apprécié sa présence pourtant une fois les fleurs dans les mains, elle disparaissait aussi tôt.
« Que puis-je pour toi ? », demanda-t-il à son ami en essayant de son mieux d'être agréable.
Camus se balança sur un pied, puis sur un autre. Il n'était pas particulièrement à l'aise. En faite, le médium avait réellement l'impression d'être une nuisance pour le sorcier. Une telle hostilité, surtout venant d'Aphrodite, le blessait. Cependant, hostilité ou non, Aphrodite avaient les meilleurs fleurs de tout Rodorio si ce n'était de toute la Grèce.
« J'aurais besoin d'aubépine. Crois le ou nom mais mon stock est ruiné et j'ai encore une dizaine de potion en retard. »
Aphrodite renifla, amusé : bien sûr que Camus avait du retard dans ses commandes. Il faisait des potions très efficace, il aurait d'ailleurs put se spécialiser si ça ne l'agaçait pas autant. En faite, il aurait probablement arrêté si ça ne tenait qu'à lui mais ses potions et ses missions de medium était ce qui rapportait le plus… même si au fond il n'avait pas besoin de tout ça.
« Suis moi mon chou. »
Le sorcier le conduisit dans son arrière boutique. Entre deux arbustes et une panacée de rubans de toutes les couleurs, Aphrodite se pencha sur un plan de travail en bois massif. Camus s'arrêta derrière lui alors que l'homme prit une branche sur la plante en pot à côté de lui. En entendant le bois craqué, Aphrodite murmura ses excuses à la plante avant de poser la branche sur le plan de travail.
« Ça ira jusqu'à vendredi ?
- Hm. »
Il sentait son ami penché juste derrière lui, trop fasciné pour formuler une véritable réponse. Aphrodite eut envie de rire, il sentit quelque chose en lui se rependre dans sa poitrine mais l'étouffa. Camus lui avait dit un jour à quel point il aimait le voir se servir de sa magie, il trouvait ça… resplendissant.
Aphrodite inspira, ses mains de part et d'autre du morceaux de plante toujours couverte de petites feuilles vertes. Il n'avait pas besoin de se concentrer, ni même de se préparer mais il fit semblant devant son ami. Il avait toujours fait semblant d'être fatigué après s'être servit de ses pouvoirs, comme il avait fait croire à tous qu'il lui arrivait de rater. Il ne voulait pas qu'ils sachent qu'il était différent d'eux.
Lentement, ses mains se mirent à briller d'un doré presque blanc, si éclatant qu'un humain détournerait le regard. Pourtant Camus continuait à fixer la lumière, son énergie sans même bouger. Comment n'avait-il pas put remarquer avant ? Comment n'avait-il pas été capable de voir que son ami était comme lui ? Aphrodite se concentra sur la branche, faisant naitre de petite fleur blanche devant les yeux ébahis du verseau.
La lumière cessa progressivement d'éclairer le visage du sorcier, ce dernier fermant les yeux en entendant le soupire derrière lui. C'était flatteur de savoir qu'on admirait sa magie mais c'était dangereux venant de Camus. Dangereux car plus il le regardait, plus Aphrodite avait de mal à faire la différence entre lui et Ganymède. Il garda les yeux fermés en tendant la branche au verseau, feignant une soudaine fatigue. Il posa son autre main sur le plan de travail et se pencha en avant, son autre bras toujours tendu derrière.
« Merci, il sentit la branche quitter sa main, et désolé. »
Aphrodite secoua la tête de droite à gauche. Encore cette culpabilité… Il resserra ses doigts sur le rebord en bois.
« Ne t'excuse pas.
- Hm. Je te dois combien ?, Aphrodite lui fit un signe vague de la main.
- Je vais l'ajouter à ta note, t'en fais pas pour ça. Maintenant retourne à tes potions. »
Il entendit le bruit des vêtements du verseau derrière lui, toujours incapable de faire face à son ami. Il continua de feindre la fatigue et c'était lâche mais il ne voulait… Il ne voulait pas quoi ? Il ne voulait pas voir plus longtemps le médium ? Il ne voulait pas lui en vouloir de ne pas se rappeler ? Il ne voulait pas avoir à vivre sans lui une seconde ? Il ne voulait pas se souvenir de plus ?
« Encore merci Aphrodite. »
Le sorcier entendit cette fois son ami se tourner, puis ses pas sur le linoléum.
« Camus ? »
Le médium s'arrêta.
« Sais-tu à quoi correspond l'aubépine dans le langage des fleurs ? »
La boutique était silencieuse, seulement perturbée par leur respiration et les bruits de la ville qui leur parvenait de manière diffuse.
« Oui. »
Aphrodite ouvrit les yeux.
Camus était accoudé à la barricade de son balcon, son menton au creux de sa main alors que son regard flottait dans le vide. Un courant d'air caressa son visage, emportant quelques mèches détachées de son chignon. Était-ce un sourire qu'Hadès distinguait sur ses lèvres ? Le créateur s'approcha, un verre dans chaque main. Il tendit alors le soda à son humain, faisant attention au bruit des glaçons qui s'entrechoquèrent. C'était probablement ce qui avait sortit Camus de ses contemplations. Oui, c'était bien un sourire, un adorable sourire qui en arracha un au créateur. L'homme attrapa la boisson, soufflant un 'merci' entre ses dents.
Hadès s'installa à côté du médium, un bras sur la barrière et regarda les bâtiments face à eux. C'était agréable, malgré la chaleur accablante. Le courant d'air était d'ailleurs bienvenu, tout comme le froid du soda entre ses doigts. Il devait avouer avoir été réticent la première fois que Camus avait tenté de lui faire goûter la boisson gazeuse. Les arômes de citron était ce qu'il avait le plus apprécié et bien qu'il reste réticent face à certain breuvage, il ne nier pas aimer un verre de soda de temps en temps. Il préférait cependant le thé. À côté de lui, il entendit Camus soupirer. Curieux, il lança un regard à son ami. Étrangement, l'humain ne semblait pas triste ou quoi que ce soit. Non, il paraissait détendu, toujours ce léger sourire sur ses lèvres. Ce qu'ignorait le dieu, c'est que ce tout petit et innocent sourire cachait bien des choses.
Camus avait prit une décision, une décision qui lui retournait l'estomac rien que d'y penser. Il ne pouvait pas s'empêcher de sourire et vraiment, ce n'était pas les immeubles en face d'eux qui le mettait dans un tel état. Non. Il savait pertinemment ce que pensait ses amis de lui, particulièrement après le fiasco qu'avait été Surt. En faite, Hadès lui aussi paraissait penser la même chose, pourtant il ne savait pas ce qui s'était passé… Sauf si le créateur avait passé beaucoup plus de temps à l'observer que ce qu'il avait put imaginer. Il se sentit bizarrement flatté mais légèrement gêné. L'homme regarda les bulles de son soda remonter le long des glaçons avant de hausser les épaules. Bah ! Peu importe… Il n'était plus à ça près. Le médium porta la boisson sucrée à ses lèvres.
Il ferma les yeux un instant, profitant du froid du soda. La nuit n'allait pas tarder à tomber mais d'ici là, il devait continuer à supporter la chaleur de l'été. Même une fois le soleil couché, la chaleur continuerait de s'accrocher dans l'air moite. Au fond, il aimait bien cette saison, rien que pour avoir l'opportunité de pouvoir d'aller à la plage mais il préférait de long le froid piquant d'un vigoureux hiver… Uh… Camus s'étouffa avec sa boisson et avant qu'il n'ai le temps de réagir, Hadès était déjà au dessus de lui à tapoter dans son dos.
Le médium porta le dos de sa main à ses lèvres avant de toussoter faiblement, faisant de son mieux pour retenir son rire. Il sentait l'inquiétude du créateur, que se soit dans son regard ou dans ses gestes. Il n'avait même pas besoin de relever le visage vers lui pour savoir que ses yeux devaient être soucieux. C'était… mignon. Ça y est, il ne put empêcher ce léger rire qu'il avait tenté d'étouffé. Hadès le regarda curieusement. Qu'y avait-il de si drôle.
Le créateur se redressa, maintenant sûr que l'humain n'allait pas… pas quoi ? Il ne pouvait pas mourir après tout ! En faite, le rire de Camus et son attitude désinvolte été aussi rafraichissante que confusionnelle si bien qu'Hadès était heureux mais perdu. Il avait l'impression d'être un chien : content pour son maitre bien qu'il n'ai aucune idée de ce qui mettait le dit maitre dans un état pareil. Peut être que Camus rigolait de lui ? Pourquoi Camus rigolerait de lui ? Il devenait ridicule !…
Camus, voyant la confusion sur le visage du créateur, fit un geste vague de la main. Comme pour lui dire de tout oublier. Puis, il posa cette même main sur sa gorge avant d'inspirer, forçant son rire à être réduit à un rictus malicieux. Hadès ne s'en rendit sûrement pas compte, mais il fronça ses sourcils, bien plus confus qu'auparavant. Maintenant qu'il le remarquait, le créateur avait parfois tendance à être quelque peu… innocent? Ou peut être naïf ? En réalité, il n'y avait pas que lui à être aussi naïf lorsque ça touchait à Camus. Tout le monde autour se targuait de savoir exactement comme le français était véritablement, ce qui était tellement tellement faux. Le problème, c'est que le médium se moquait des autres. Le problème c'est que Hadès était exactement la seule personne dont l'innocence lui posait problème. Car lui-même était loin d'être cet être fragile que tous mettaient sur un piédestal. Il était pratiquement sûr de pouvoir tous leur botter les fesses s'il voulait. Le médium regarda le créateur dans les yeux. Bon, ok. Pas Hadès.
Camus secoua la tête de droite à gauche, reniflant avec amusement avant de s'engouffrer dans l'appartement. Le pauvre Hadès, toujours confus, le suivit sans même y réfléchir. L'humain était dos à lui, prêt à pose son verre sur la table. Le dieu pouvait presque voir les muscles de ses épaules glisser sous le tissus de son débardeur violet. Il fronça légèrement les sourcils, ignorant en autre cette question qui lui vint en tête : Comment Camus pouvait être aussi musclé pour quelqu'un qui ne fait pratiquement pas de sport ? Ce fut à son tour de secouer la tête de droite à gauche.
« Ça va ? »
L'humain balança son poids sur sa jambe droite avant de poser sa main sur sa hanche. Il reprit une gorgée de sa boisson, savourant cette fois le goût sucré et celui plus salé du de la boisson gazéifiée. Milo n'était pas le seul à avoir un problème avec le sucre. En faite, quand on regardait un peu le régime alimentaire de l'un et de l'autre, Milo pouvait totalement se venter de manger plus équilibré que son meilleur ami… Camus but cruellement lentement ces quelques gorgées, comme pour faire agoniser le créateur qui vivait avec lui. Comme pour ? Non, c'était vraiment pour le faire agoniser. Le taquiner une fois de temps en temps était amusant et le dieu le lui rendait bien. Et puis, c'était assez jouissif d'avoir le dessus pour une fois.
« Vous savez Hadès, commença-t-il en pivotant sur son talon pour ses retourner, mes amis ils sont... »
Hadès fit de son mieux pour ignorer le bas de survêtement que portait l'humain. Ce n'était pas la première fois qu'il le voyait porter un… comment ça s'appelait déjà ? Leggings ?… Ce n'était pas la première fois qu'il le voyait porter ça mais il devait avouer que c'était toujours mieux que l'affreux pantalon en lin qu'il avait porté la semaine dernière. Cependant, le vêtement noir avait tendance à s'accrocher à sa peau bien plus que son débardeur ce qui forçait le dieu à redoubler de concentration pour ne pas… dévier le regard. Pourtant, il aurait préféré être surpris avec un regard qui dévie que de faire face aux yeux malicieux de son humain. Ils ne lui présageaient rien de bon.
« Mes amis sont vraiment irrécupérables. » finit-il en rigolant légèrement.
Hadès haussa un sourcil. Devait-il se sentir rassurer ? Que Camus veuille seulement lui parler de ses amis ? Non, non. Ce sourire carnassier ne lui annoncer rien de bon. Pendant un instant, il se demandait si c'était bien son Camus face à lui. Si c'était une illusion, une copie, alors il avait du soucis à se faire. L'être qui aurait prit son apparence doit le connaître aussi bien voir mieux que lui-même. C'était impossible, il avait passé des années à observer le jeune homme !… D'ailleurs maintenant qu'il y pensait, il n'y avait vraiment aucune raison d'être fier de lui. Au moins, il ne l'avait jamais regardé sous sa douche… en tout cas pas quand il était encore mineur. Hadès posa sa main sur son front, mortifié. Oh non. Vraiment pas de quoi être fier… Avant qu'il n'ai le temps de continuer à mourir de honte, Camus reprit :
« Vous l'avez remarqué vous même, mes amis ont bien trop tendance à me voire comme… je ne sais pas vraiment, il posa menton dans sa main libre, une sorte de saint ?… »
Hadès vit le chignon de son humain glisser de son épaule lorsque le jeune homme leva la tête vers le plafond. Dans ses pensées, le médium avait perdu son sourire pour une expression contemplative mais avant même que le créateur s'en rende vraiment compte, un autre rictus fit son apparition sur les lèvres fines de l'humain. À quoi ?… À quoi jouait-il exactement ? Il paraissait bien s'amuser, le créateur en était très content pourtant l'attitude imprévu de Camus continuait de lui semblait étrange. Il était maintenant convaincu que l'être devant lui avait une idée. Bonne ou mauvaise, c'était la question. Il faisait assez confiance en Camus pour se douter que ce n'était pas catastrophique mais ne pouvait pas s'empêcher de supplier silencieusement que le jeune homme ne parte pas en croisade contre Zeus. Non. Non ça c'était sa mauvaise idée à lui. Il fallait qu'il cesse de se projeter sur Camus.
En même temps, le créateur ne pouvait pas nier que cette attitude ne sortait pas de nul part. Ces derniers jours, le médium était enjoué, il était même rentré la semaine dernière en entonnant une chanson populaire et en se tortillant ! Camus n'était pas très fort en danse, ce n'était pas grave : personne ne pouvait être parfait et Hadès lui-même avait deux pieds gauches lorsqu'il était question de bouger en rythme. Effectivement, le médium semblait bien plus heureux ces dernier temps cependant et encore une fois, même s'il était bien plus dynamique ces derniers jours, il ne s'enlevait pas de la tête que Camus avait un plan. Un plan qui devait l'impliquer. Jusqu'à quel point ? L'homme finit par baisser la tête et à le regarder de nouveau. Hadès ne put s'empêcher de resserrer sa poigne autour de son verre sans même s'en rendre compte.
« Vous l'aviez remarqué, n'est-ce pas ? »
Hadès ignorait si c'était la voix de son humain ou son haussement de sourcil couplé à ce sourire, mais le créateur sentit sa gorge se resserrer. Il faisait chaud. Oui, c'était l'été après tout mais il faisait vraiment chaud. Hadès se rappela du verre entre ses mains, verre dans lequel flottait des glaçons désormais à moitié fondus. Il inspira, bien qu'il n'en ai pas besoin, et avala d'une traite le reste de son soda.
« Oui, peut-être. », répondit-il incertain.
Il n'eut comme réaction qu'un reniflement amusé du verseau. Le jeune homme se balança un instant en avant, le temps de répartir son poids sur son autre jambe et de croiser les bras. Son sourire s'agrandit lentement alors que ses yeux brillèrent. Il releva légèrement la tête dans un geste un peu trop sûr de lui, puis sans que le dieu ne s'y attendent, il se mordit la lèvre inférieur. Non, pas avec.. pas avec sensualité. En tout cas le créateur ne l'interpréta pas comme ça. Pour lui, il ne s'agissait pas plus qu'un autre geste de… provocation ? Ou alors… Ou alors il était en train de… Non. Le créateur ne pouvait pas se résoudre à penser ça. Il n'avait pas de cœur pourtant il avait l'impression de frôler la crise cardiaque. Sa bouche était tellement sèche, ses yeux se baissèrent par réflexe sur son verre. Son verre vide. À quoi jouait Camus ?! Il releva le regard vers son humain alors qu'il tenta de poser son verre sans le faire tomber. Ce qui lui sembla d'ailleurs pratiquement impossible tant les yeux du médium sur lui le perturbait…
« Peut-être ? Hadès je vous en pris ! Ils ne font rien d'autre que me couver. »
Enfin Camus se déplaça, malheureusement il ne faisait que se rapprocher du créateur avant de pratiquement pousser la fin de son soda dans les mains du dieu. Hadès se racla la gorge, prenant quelques instants avant d'enfin saisir le verre qu'on lui offrait. Il ne s'arrêta même pas sûr le fait que Camus avait remarqué sa détresse, à la place il prit une longue gorgé de la boisson qui était toujours aussi glacé que lorsqu'il lui avait servit. C'était bien Camus ça… à refroidir tout ce qui trainait autour de lui. Enfin, c'était habituellement ce qu'il faisait. Pas… pas ça !
« Sincèrement Hadès, ai-je tant l'air d'une pauvre âme innocente ? D'un enfant perdu ? »
Le créateur sentit sa bouche s'assécher. Est-ce seulement possible au moins ? Camus n'avait rien d'innocent à cet instant, cette question était d'ailleurs pratiquement une moquerie. Il cherchait clairement à coincer Hadès dans un coin, figurativement parlant. Quoi que… vu le sourire qu'il avait, Hadès ferait mieux de ne pas s'approcher du moindre mur. Qui sait ce qui pourrait lui arriver. Camus pencha la tête sur le coté, emportant quelques mèches rebelles, alors qu'il souriait toujours avec autant de malice.
« Non, non pas du tout. » répondit Hadès sorti de sa transe.
Camus haussa un sourcil toujours plus amusé. Le créateur se sentait tout petit face à ce sourire en coin, préférant une nouvelle fois regarder au fond de son verre que l'être devant lui. Ce qui ne devait d'ailleurs pas être au goût du médium qui avança à pas de loup. Hadès vit ses mains rentrer dans son champ de vision, attrapant le verre qu'il tenait toujours pour le poser sur la table. Non, il ne regarderait pas. Non.
« J'espère, car je suis bien loin du petit ange.
- Camus, finit par réussir à dire le créateur, est-ce que tu es en train d'essayer flirter avec moi ? »
Hadès ne voulait toujours pas regarder son humain mais comme beaucoup de chose quand ça touchait à Camus, il craqua. Particulièrement lorsque le médium posa une main sur son avant bras. Celui-ci souriait toujours, bien qu'un peu désabusé cette fois, un sourcil toujours levé.
« Essayer ? Milo avait raison, je suis vraiment nul à ça. »
Bien. Donc Hadès n'avait rien inventé. Et en plus de ne rien avoir inventé, son humain semblait de plus en plus déçu. Il pouvait d'ailleurs sentir sa main serrer de plus en plus son bras. Il l'avait prit au dépourvu et il devait avouer que oui, il avait fait la même erreur que tout les autres. Après tout, l'humain ne faisait rien pour montrer son intérêt. Vraiment ? Se demanda soudainement Hadès ? Camus n'avait vraiment rien fait ? Il ne l'avait pas laisser le toucher peut être ? Il ne l'avait pas laissé l'approcher ? Ne lui avait pas confier ses secrets ? Sourit tendrement ? Fait des efforts pour lui ? Ni même le laissé dormir contre lui tout les soirs depuis plus d'une semaine ? C'est vrai Hadès, les humains ont l'habitude de dormir avec leurs amis tout les soirs quand il y avait une autre chambre libre à côté.
Hadès jura intérieurement.
Avant qu'il n'ai le temps de faire quoi que ce soit, Hadès sentit son humain tirer légèrement sur son bras. Sans un mot, sans même y réfléchir, il suivit l'homme qui le poussa pratiquement sur le canapé puis s'assit juste à côté de lui. Camus posa sa main sur le torse du créateur, le forçant ainsi à rester assit. Est-ce qu'il l'avait déjà vu faire preuve d'autant d'assurance et il devait avouer que malgré la situation, il était heureux. Comment ça 'malgré la situation' se dit le dieu ? Il était loin d'être dans une position inconfortable. Très loin. Quoi que… c'était peut être un piège. Ou un rêve. Après tout, c'était bel et bien le cosmos de Camus qui l'entourait, si quelqu'un pouvait créer une telle impression c'était bien Hadès. Si quelqu'un arrivait à s'approcher d'une telle perfection, alors le créateur avait beaucoup de soucis à se faire. Et s'il s'agissait d'un rêve, pitié que personne ne le réveil.
« Je ne vais pas disparaître Hadès. Je ne vais pas m'évaporer juste parce que vous posez votre regard sur moi. »
Touché. Le créateur avait peur, il était terrifié à l'idée de le perdre. Camus l'avait tiré hors du Néant, lui avait retiré les sceaux et l'avait laissé rester auprès de lui sans aucun jugement ni question. Il lui avait offert un sourire, quelques mots rassurant et en échange, Hadès lui avait tout offert. Pas que le médium en ai vraiment eu conscience. Il avait été prêt à blesser Perséphone, son premier amour et celle qui fut sa meilleure amie.
« Comment ?…
- Comment je sais ? Vous parlez dans votre sommeil. »
Oh. C'était exactement pour ça qu'il se refusait à dormir la plupart du temps. Pourtant, ces derniers temps il ne se passait pas une nuit sans que son être ne se décide à mimer le verseau. Dormir était agréable après tout, aussi longtemps qu'il ne faisait pas de rêve étrange ou quoi que ce soit d'autre. Il fut tiré de ses pensées lorsqu'il sentit la main de son humain glisser jusqu'à son épaule.
« Je vous en pries, Hadès. Vous êtes la seule personne face à qui je peux vraiment me mettre à nu...
- Est-ce une façon de parler ? »
Le créateur ne s'attendit pas lui-même à ce qu'il venait de demander. Sa voix l'avait trahit, incapable de se retenir alors qu'il essayait de garder son calme. Il ne s'attendit pas non plus au rictus que Camus lui offrit en haussant les épaules.
« Je peux arranger ça si c'est ce que vous voulez. »
Il venait de perdre Hadès, il venait définitivement de le perdre. Camus avait officiellement réussit à mettre un créateur hors-service. Le médium s'avança doucement, amusé bien que légèrement inquiet. Il passa sa main libre devant les yeux céruléens fixés droit devant eux. Aucune réaction. Un dieu, l'un des créateurs les plus puissants, venait de buguer suite à un simple sous-entendu ? Camus soupira : et après c'était lui qu'on qualifié d'innocent… Sérieusement, le créateur l'avait observé pendant des années de ce qu'il avait comprit. Il l'avait en parti déshabillé dans le passé et l'avait vu pratiquement nu plus d'une fois…
« Hadès ? Ça va ? », demanda le medium avec un demi-sourire.
Aucune réaction. Voyant le dieu toujours figé, les épaules de Camus s'affaissèrent un peu. Il finirait bien par reprendre ses esprit un jour… non ? Camus soupira. Qui sait combien de temps ça pourrait prendre. Il enleva sa main avant de s'étirer, les bras au dessus de sa tête. Le médium soupira de nouveau. Peut être devrait-il s'écrier que c'était juste pour rire, peut être que ça suffirait pour que le créateur revienne à lui mais à quoi bon ? Il ne pouvait pas dire qu'il savait exactement ce que ressentait l'être face à lui cependant il n'était pas non plus aveugle. Comparé à ce que ses amis avaient l'air de croire, il avait très bien remarqué l'attitude qu'Hadès avait envers ceux qui les entouraient. Il tolérait Milo, les jumeaux ainsi qu'Aphrodite et Mü. Il n'avait pas d'avis particulier sur Angelo, Camus suspectait même qu'il n'ai pas la moindre idée de qui il s'agit. Par contre, comme son meilleur ami, le créateur portait une haine sans nom à Shaka. D'ailleurs Camus pouvait compter sur les doigts de la main le nombre de personne qui n'était pas agacé Shaka dans leur entourage. Enfin, tout ça pour dire : il était assez confiant en lui sur ce coup là. Donc non, il ne lui dirait pas que c'est une blague comme excuse. Il en avait marre des excuses.
Finalement, Hadès finit par tourner la tête vers lui, ses yeux bleus toujours grands ouverts.
« Camus... »
Il sentit la main du créateur sur son poignet, comme si l'être avait peur qu'il disparaissent et juste comme ça, se fut au tour de Camus de perdre pied. Il était peut être bien moins prêt qu'il imaginait à sauter le pas. Plutôt que de reprendre confiance en lui, le médium se noya malgré lui dans le bleu tendre des yeux du créateur comme si c'était la première fois qu'il les voyaient. Non, il n'avait même pas réagit la première fois qu'il les avaient vus de cette couleur… Les yeux dans les yeux, suspendu au moindre mot qu'aurait put dire Hadès, Camus aurait put rester ainsi pour toujours.
Oui, ça aurait été parfait. Tout aurait été parfait si ça n'avait pas été pour la personne probablement suicidaire qui décida de frapper à sa porte ce jour là. Aussi bien le médium que le créateur furent tirés de leur pensées. Camus ne pouvait même pas faire semblant de ne pas avoir entendu, quiconque se trouvait derrière sa porte avait décidé de la martyriser. À chaque frappes aussi frénétiques que désespérée, le verseau sentit la colère monté en lui. Il savait exactement de qui il s'agissait et il n'avait vraiment vraiment pas envie d'entendre ses conneries et surtout pas maintenant.
« Tu devrais répondre, murmura Hadès en posant son autre main sur son épaule.
- Il finira bien par se casser. Je lui laisse trois minutes. »
Dire que Camus était crispé était un euphémisme. Il était à deux doigts de craquer mais décida de prendre son mal en patience malgré tout. Il avait eut toute la journée pour entendre les idées les plus débiles, mais non ! C'était maintenant qu'on venait le chercher ! Le médium commençait vraiment à se demander si le monde pouvait tourner sans lui. Qu'on le lâche un peu à la fin !
La main d'Hadès glissa de son épaule à sa nuque. Camus tourna immédiatement la tête vers Hadès et de nouveau, il se perdit dans les yeux du dieu. Hadès le regardait avec chaleur et affection, ce demi sourire sur lèvres libéré de tout cynisme. Et c'était tout ce que Camus voulait. Peut être était-il perdu dans ses pensées, peut être que l'autre avait enfin décidé d'arrêter de tenter de détruire sa porte mais tout ce qu'il entendait était la voix de son aimé.
« Camus... »
Si douce, pratiquement un murmure que seuls eux partageaient. La main d'Hadès désormais sur sa joue, son pouce caressant doucement sa peau alors qu'il se perdait dans tout ce qu'il ressentait. C'était en train de se passer, se répéter une partie de lui. C'était vraiment en train de se passer. Oui, Camus pouvait pratiquement sentir le souffle du dieu contre ses lèvres. Il pouvait pratiquement le sentir contre lui.
« Camus je sais que t'es là ! J'ai un double de tes clés !
- Oh putain ! », hurla le médium en se retournant vers la porte.
Hadès resta planter là, ses sourcils haussés sous ses cheveux corbeau. S'était la première fois qu'il entendait une telle rage dans la voix de Camus. Il voulut dire quelque chose aussi, adoucir le tout mais le médium avait déjà ouvert sa porte, laissant le créateur sur le canapé.
« Je vais te tuer!, continua-t-il de hurler en attrapant Shura par le col. Je vais te tuer et je vais te ressusciter et je vais te re tuer! »
Camus claqua la porte derrière eux, tout en trainant l'autre homme jusqu'à la cage d'escalier. Le verseau pouvait faire preuve d'une force rare lorsqu'il était hors de lui, ce qui était manifestement le cas. Shura s'accrocha à son bras en tentant de ne pas être étouffé. Qu'avait-il fait ? Camus ne savait-il qu'il était en mission divine ? Non, il ne voulait même pas lui poser la question, pas vu la façon dont le médium criait en français.
« Camus arrête ! Tu es possédé ou quoi ?!
- Ça aurait mieux valut pour toi !
- C'est bon j'appelle Shaka et Mü
- S'ils se ramènent je ne ferais pas que tu tuer Shura ! »
Bon, au moins il avait abandonné le français, c'était déjà ça ! Cependant, ça ne l'empêcha pas de pratiquement balancé Shura dans les escaliers. Celui-ci ne protesta pas lorsqu'il dû se rattraper de peu à la rampe, ayant trop peur que Camus ai seulement loupé une tentative de meurtre et essaie de la retenter s'il se l'ouvrait. L'espagnol osa tout de même relever les yeux vers son ami, toujours solidement cramponné à la rampe et heureusement pour lui. Le médium le regardait avec une lueur plus que dangereuse, comme s'il attendait le moindre indice pour balancer Shura en bas des escaliers.
« Ok ! Ok ! Je m'en vais !
- Oui c'est préférable. »
Le murmure était tout aussi sinistre, glissant entre les dents serrées du verseau. Oui, à deux doigts d'y passer pour de bon. Non, Shura ne renonçait pas ! Il s'agissait seulement d'une retraite tactique : après tout il comptait être encore en vie pour rencontrer le diable. Camus quant à lui, immobile, regarda d'un œil meurtrier l'homme rapidement descendre les escaliers. Peut être n'aurait-il pas dû le laisser repartir vivant, peut être que ce n'était pas une si grosse perte que ça… Le médium secoua la tête de droite à gauche, chassant ses mauvaises pensées de sa tête.
« Zeus qui complote, comme c'est étonnant. »
Héra soupira, caressant du bout des doigts les feuilles pendant d'une branche devant. Elle sentait le regard nerveux de Perséphone sur ses épaules.
« C'est pour cette raison que tu m'a emmené ici ? Les Enfers n'ont pas vraiment changé depuis plus deux milles ans d'ailleurs.
- C'est exacte ma reine. Et je vous le confirme, ces lieux ont toujours attendus leur souverain, je ne suis rien de plus qu'une remplaçante. »
Elle jouait avec ses mains, incapable de regarder plus de cinq minutes sa reine. Pourtant Héra s'était tournée vers elle, ses sourcils froncé mais le regard doux, presque comme celui d'une mère. Il n'y avait plus sur son visage la moindre trace de doute ou de fatigue, seulement une détermination nouvelle brûlait avec plus de vigueur que tout ce qui avait put passer sur le visage de la déesse. Héra avait retrouvé sa grandeur, elle avait renait, convaincue de qui elle était vraiment.
« Non Perséphone, tu es tout autant ici chez toi qu'Hadès l'est. »
Perséphone baissa la tête. Depuis quand s'était-elle même condamnée ? Depuis quand était-elle enfermée dans cette cage ? Bien sûr elle n'était pas réellement prisonnière, enfin pas quand Hadès était à ses côtés. Six mois, la moitié d'une année, pour vivre ce que les autres créateurs vivaient. Mais que vivaient les autres créateurs exactement ? Ces fêtes éternelles, eux-même dans leur tour d'ivoire car trop effrayé par la mort. Non, au fond elle savait qu'elle appartenait aux Enfers. Héra avait raison, elle était ici chez elle et ni ce que Pandore, ni ce que ces juges en disaient pourrait changer ça. Après de long millénaire, Perséphone n'avait toujours pas apprit à s'affirmer.
« Hadès d'ailleurs…, la voix de sa reine devint bien plus précautionneuse. L'as-tu vu ?… Depuis ce qui s'est passé ?... »
La jeune déesse secoua la tête de droite à gauche, avançant parmi le verger des Enfers. Quelques pétales tombèrent des branches des arbres fruitiers, quelques pétales qu'elle attrapa délicatement. Le printemps sur terre lui manquait tellement… Les fleurs pastels qui dansaient dans la brise, parfois tuent par la grêle ou le gel. Les brumes qui continuaient de hanter les plaines alors que la nature se réveillait timidement . Ô comme les bourgeons tendre et vert lui manquait, lorsque la vie se peignait sur les paysages encore stérile de l'hiver. Elle aimait tant danser sous les giboulées et pendant les noces de la renarde.
« Non. Je l'ai vu avant.
- Avant ?, Héra haussa un sourcil.
- Oui. Père m'a… il a voulut que je... »
Perséphone baissa de nouveau la tête, arrêtée sous un abricotier en fleur. Elle croisa ses mains, incapable de se pardonner ce qui aurait put être.
« J'ai faillit enlever Camus.
- Camus ?
- Ganymède. »
Héra posa un main sur son épaule, faisant sursauter la déesse des saisons. Elle ne savait pas à ce moment, elle ignorait encore ce que son père lui avait vraiment demander. Et elle, aveuglée par son amour et son admiration, elle avait pratiquement fait une grave erreur. Pouvait-on lui en vouloir ? Pouvait-on en vouloir à une enfant d'aimer son père ? La main sur son épaule, elle la réconfortait étrangement car elle-même était en train de sortir de cette bulle. Elle savait que Zeus n'était pas un ange, elle savait qu'il avait déjà fait délibérément du mal aux êtres autours de lui. Ganymède lui avait dit, il était venu la trouver il y a des millénaires de ça lorsque ni Éros, ni Pan n'étaient parvenus à l'écouter. Elle l'avait entendu, elle l'avait vu se briser à ses pieds et pourtant s'était à peine si elle l'avait crut.
« Quel est le lien avec Hadès ?
- Il était le seul Héra, la reine ne releva pas l'usage de son nom. Le seul à pouvoir le sauver. Et c'est ce qu'il fit. »
La reine la regarda, sans un mot. Hadès, sauvé Ganymède ? Depuis combien de temps était-il sortit du Néant exactement ?
« Donc Hadès connaît Ganymède ?
- Camus. Il le connaît, il vit avec lui. Il le protéger. Il l'observe. Il l'écoute et reste à ses côtés lorsqu'il s'endort.
- Il l'aime.
- Oui. »
Héra releva la tête vers les fleurs blanches au dessus de Perséphone. Hadès aime ? Voilà qui était rare. Après tout, il s'agissait de Ganymède. Camus. Quelque soit son nom désormais.
« À quel point l'aime-t-il ?
- Au point de se dévoiler aux yeux des autres créateurs, de menacer sa propre liberté, de vous blesser et de menacer Père. »
Un rictus étira les lèvres de la reine qui avança une main vers l'une des fleurs. Encore un bouton, sous la voute d'un ciel qui n'existait pas. La vie parmi la mort.
« C'était donc ça.
- Oui ma reine.
- Sait-il au moins ?
- Savoir quoi ma reine ?
- Que Ganymède est celui qui le précipita dans le Néant. »
On remercie Hadès et Camus qui pour une fois on apporté le moment drôle de ce chapitre alors qu'Aphrodite est en plein crash. Ce chapitre à aussi été co-écrit par mon chat donc s'il y a une suite de lettres aléatoires ce n'est rien de plus que ses débuts en écriture !
Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère comme toujours que ça vous a plut !
Mikagirl : Merci ! Pour ce qui est de leur identité, je ne peux pour l'instant rien dévoiler ! =)
FuryFury : Merci pour ton commentaire ! On arrive effectivement sur « l'Arc d'Aphrodite » et c'est pas franchement joyeux joyeux pour lui. Quant à Hadès, j'aime imaginer qu'il ait finit par passer ses nuits sur les chaines de cuisine pendant que Camus dormait ou enfermé dans le Néant !
Hemere : Merci à toi ! Ça me touche de savoir que tu restes fidèle à cette histoire. Ne t'en fais pas pour moi, pour l'instant 2020 est une bonne année. Quant à Camus et Hadès, oui là on peut dire que ça se précise ! Bonne année 2020 à toi aussi !
De passage : Merci ! Je suis heureuse que ça te plaise !
