Bonjour à tous!
Ce chapitre est né dans la souffrance, car il a dû être intégralement réécrit après que mon ordinateur a planté pendant la fin de sa rédaction...
Néanmoins, j'espère qu'il vous plaira.
Chapitre 108 : Godric's Hollow
Cette nuit-là lorsque Severus prit son tour de garde, il laissa à nouveau ses réflexions s'égarer vers l'attirance de Kécile pour Potter. Salazar merci, elle semblait avoir le contrôle sur ses réactions car elle était discrète et Potter ne se doutait de rien. Il trouvait parfaitement déplacé de se consacrer à ce genre de sentiments dans l'état actuel de leur situation. Il n'y avait rien de plus dangereusement mortel. Dumbledore lui aurait certainement répondu qu'ils étaient jeunes. Lui ne voyait qu'une chose : ils étaient en guerre, et c'était folie pure de se laisser distraire en se contant fleurette. Et cela n'avait rien à voir avec le fait qu'il s'agisse de Potter... même si...
Severus ferma brièvement les yeux d'horreur, avant de pousser un soupir d'agacement et de chasser ces pensées de son esprit. Il avait vraiment plus important à songer.
Comme par exemple l'auteur de l'épitaphe. Cela le taraudait inlassablement depuis qu'ils s'étaient rendus à Paris. Comment se faisait-il que de Visnel ait eu connaissance des horcruxes ? Comment avait-elle pu connaître Grunt ? Comment avait-elle pu être à ce point dans le secret ?
Puis tout d'un coup, l'évidence lui sauta aux yeux.
Lui qui se targuait d'être intelligent, comment avait-il pu ne pas voir la vérité ? Comment de Visnel avait-elle pu se jouer de lui ainsi ? Plus il y songeait, plus il réalisait que tous les éléments se corroboraient et confirmaient son hypothèse... au détail près qu'il l'avait enterrée. Severus poussa un profond soupir. Il mettait enfin le doigt sur toutes ces petites choses qui l'avaient toujours dérangées avec l'affable voyante de Poudlard. Toutes ses interrogations s'expliquaient, mais dans le même temps cela soulevait autant de nouvelles questions.
L'esprit en ébullition devant les possibilités que cela supposait, Severus se demanda si Dumbledore était au courant. Il en doutait. Les choses se seraient passées bien différemment dans le cas contraire. Devait-il lui en parler ? Devait-il seulement révéler la vérité à Kécile ?
Il se renfrogna intérieurement. La jeune fille allait probablement être bouleversée. Elle était suffisamment fragilisée ces derniers temps. Il ne pouvait pas ajouter encore cette nouvelle. Elle avait besoin de stabilité. On était en guerre, il n'y avait pas de place pour les états d'âme. Non, plus il y pensait et plus Severus se disait que le plus prudent était encore de se taire. Soit leur quête les mèneraient à croiser la route de la voyante et alors ils s'expliqueraient. Soit elle restait hors de portée et alors ils avaient autant d'ignorer son implication. Il serait toujours temps de leur en parler une fois la guerre terminée... s'ils survivaient.
Dans les jours qui suivirent, l'éternelle question de savoir où ils allaient chercher l'horcruxe suivant se posa à nouveau et relança de vives discussions entre les quatre adolescents et leur professeur. Bien des lieux avaient été évoqués, entre autre le ministère ( trop vague, avait déclaré Severus) l'orphelinat où Tom Jedusor avait grandi ( trop de mauvais souvenirs, trop moldu, avait argué Kécile), le manoir Malfoy ( un horcruxe avait déjà été confié à Lucius, il n'aurait pas mis tous ses œufs dans le même panier, remarqua Harry.)
Ron évoqua l'idée du manoir de Voldemort. C'était en effet une possibilité, mais ils s'accordèrent tous pour décider que cela aurait été une opération suicide que de tenter d'y pénétrer, surtout en ne sachant ni quoi ni où chercher. Ils se mirent donc d'accord pour laisser cette hypothèse de côté au moins jusqu'au retour de Dumbledore. Si véritablement ils ne parvenaient pas à trouver un horcruxe, il serait alors temps de faire intervenir l'ordre pour tenter quelque chose. Mais ce serait alors la guerre ouverte, et un grand sacrifice humain et stratégique pour un résultat somme toute hypothétique. Harry lui-même concéda que c'était trop risqué et trop aléatoire pour le moment.
Il relança en revanche son idée de se rendre à Godric's Hollow. Severus et Hermione étaient tous les deux d'avis que c'était une très mauvaise idée.
S'en suivit alors une discussion animée entre les deux hommes, pour une fois un échange constructif et sensé, loin de leurs anciennes disputes stériles.
- J'étais d'accord pour quitter Poudlard, argua Harry. Vous aviez dit qu'il fallait reprendre notre recherche. Soit. Sauf qu'on tourne en rond. Les jours passent sans la moindre utilité. Au moins à Poudlard, nous faisions quelque chose. Ce n'était pas notre mission, nous n'avions pas davantage de pistes, mais là-bas, on s'entraînait et on entraînait les autres et on pouvait avoir accès à de nouvelles informations. Puisqu'on est parti, ça ne sert à rien de rester là à se tourner les pouces. Godric's Hollow, ce n'est peut-être pas sans risque, ça ne mènera peut-être à rien, mais au moins, c'est une idée. On aura essayé.
- Et on tombera probablement droit dans les filets du Seigneur des Ténèbres, répondit sèchement Severus. Il connaît votre nature de gryffondor sentimental. Il sait que vous vous rendrez sur le lieu de sépulture de vos parents. Il vous attendra au tournant.
- Cela fait 16 ans que j'attends de m'y rendre. Nous sommes en guerre. Je suis peut-être un gryffondor sentimental, mais je peux bien attendre quelques mois de plus. S'il nous attend là-bas, c'est qu'il y a autre chose.
- C'est le lieu de sa première défaite, rétorqua Severus.
- C'est également le lieu où il a eu la preuve que sa recherche de l'immortalité était un succès. Si ça n'est pas quelque chose de hautement symbolique, je ne sais pas ce qu'il faut.
- Il vaut mieux attendre que Dumbledore soit revenu avant de partir dans une excursion aussi hasardeuse.
- Il n'en a quand même pas fait un repère de mangemort, n'exagérez pas ! On ne sait pas quand Dumbledore reviendra. On ne va pas rester à attendre que les semaines ou les mois passent sans rien faire. C'est vous qui l'avez dit !
- Par Merlin, marmonna Severus vaincu, je ne pensais pas un jour qu'un de mes élèves me retournerait mes propres arguments.
- Prenez ça comme un compliment, répondit Harry moqueur. Ça prouve que je suis capable d'apprendre quelque chose venant de vous !
Le lendemain matin, ils levèrent donc une nouvelle fois le camp. Sous couvert du glamour qu'ils commençaient tous à bien maîtriser, ils se résignèrent à transplaner pour Londres avant de prendre les transports en commun. Personne n'était très emballé par cette idée, mais c'était la solution qui paraissait la plus raisonnable. Tout d'abord, seul Severus s'était déjà rendu à Godric's Hollow, ce qui compliquait le transplanage d'escorte. De plus, ils jugèrent plus prudent d'arriver dans le village de la manière la plus discrète qui soit afin de déjouer une éventuelle surveillance ou une quelconque alarme.
La valse des trains et des bus commença donc.
Severus songeait que leur situation était très ironique quand on y pensait. Ils étaient peut-être sur le le chemin d'une des étapes de la quête la plus décisive du Xxeme siècle pour le monde sorcier. Et pourtant elle se faisait par l'un des aspects du monde moldu les plus pragmatiques et le plus désagréables qui soient.
Aucune des histoires de grande quête héroïque ne racontait les journées d'ennuis interminables, la nourriture insipide quotidienne, les nuits sous la pluie battante où les meilleurs sorts ne parvenaient pas à empêcher l'eau de s'infiltrer et de goutter sur le sol, le froid et l'humidité pénétrante qui s'insinuait partout... et encore moins ces périples interminables dans les transports en commun moldus. Pour le coup, Severus était certain que c'était une originalité de leur mission.
Le trajet qui aurait pu être si bref en transplanage leur prit toute la journée. Ils perdirent le compte du nombre de changements qu'ils eurent à faire, ni du nombre d'heures qu'ils passèrent entre les correspondances.
Le crépuscule tombait déjà lorsqu'ils descendirent, fourbus, du dernier car qui les déposa dans la ville la plus proche de Godric's Hollow. Un panneau annonçait leur destination finale à douze kilomètres. Sans se concerter et sans un mot, ils prirent tous le chemin d'un pas rapide, pressés d'arriver enfin à leur but.
Leur entraînement physique n'était Merlin merci pas uniquement destiné à leur faire passer le temps. Ce fut sans effort qu'ils franchirent les premières maisons du village à peine une heure et demi plus tard.
La nuit était complètement tombée. A l'abri des regards, Harry, malgré son glamour, enfila sa cape à la demande d'Hermione.
Le petit groupe s'avança ainsi le long de la rue principale. Le village semblait tout ce qu'il y avait de plus commun. Rien ne laissait deviner qu'une communauté sorcière habitait ces lieux et encore moins qu'il s'agissait d'un des hauts lieux de l'histoire magique, ancienne ou moderne.
Autour de la place principale les boutiques étaient fermées. Un pub était illuminé et laissait échapper un joyeux brouhaha. A l'exception de Harry, les adolescents jetèrent un œil envieux en direction de l'établissement. Il aurait été si bon de goûter à la chaleur conviviale de ce lieu parfaitement normal. Ils auraient pu s'asseoir à l'une des vastes tables de bois brut, à boire une pinte et à simplement écouter le bruit des conversations anodines. Ils auraient pu partager cette ambiance réconfortante et laisser pour une heure ou deux le poids de la guerre et de leur mission derrière la porte vitrée du pub. Mais aucun d'entre eux n'envisagea ne serait-ce que d'en émettre l'idée à voix haute.
Harry de son côté avait le regard fixé sur la petite église située de l'autre côté de la place. A l'arrière, on distinguait vaguement dans la pénombre les murs du cimetière. Il allait se diriger dans cette direction lorsqu'il fut arrêté par une exclamation d'Hermione.
Il se retourna, et la surprise le cloua sur place. Au centre de la place trônait une obélisque sur laquelle était gravée les noms des victimes de la seconde guerre mondiale. Mais lorsqu'ils étaient passés devant, elle s'était transformée en une gigantesque statue. Les trois silhouettes étaient aisément identifiables. Harry contempla un long moment cet hommage rendu à ses parents et à son souvenir bébé.
Kécile, quant à elle, observa à la dérobée Severus. Le visage de l'homme austère était comme à l'habitude impassible. Mais derrière le masque, elle connaissait suffisamment Severus pour déceler l'amertume qu'il cachait alors qu'il regardait le monument.
Au delà du danger, elle imaginait bien pourquoi il avait été si réticent à venir à Godric's Hollow. C'était ici qu'il avait commis la pire erreur de sa vie, celle qu'il ne s'était jamais pardonnée, celle qui avait défini toute sa vie par la suite.
Elle songea que pour Harry, la mission de ce soir était douloureuse et pleine de regrets. Pour Severus, elle devait être aussi douloureuse mais pleine de remords. En ce lieu, le destin avait frappé de manière aussi cruelle et violente chez l'un que chez l'autre et avait façonné leur vie de manière irrémédiable. Avaient-ils conscience à quel point leurs chemins se retrouvaient ici ? Ils revenaient tous les deux, ensemble, dans ce village, sur les traces de leur passé, avec la même douleur, avec les mêmes personnes au fond du cœur. Allaient-ils saisir l'occasion qui leur était donné de se rapprocher ? Ou bien cette expérience douloureuse allait-elle les déchirer encore un peu plus ?
Ils finirent par prendre le chemin du cimetière.
Severus s'arrêta devant le petit portillon et inspecta attentivement les alentours. Il finit par leur annoncer qu'il allait monter la garde à l'entrée, et les enjoignit à la prudence.
A l'abri des murs, la pénombre était si profonde qu'ils parvenaient difficilement à distinguer les tombes. Harry retira sa cape pour être plus à l'aise et Hermione fouilla dans son sac avant de leur tendre des lampes torches, beaucoup plus discrètes et anonymes si on les apercevait que des lumos.
Ils se séparèrent pour inspecter les tombes une à une. Kécile trouvait cela un peu morbide de passer ainsi devant tous ces morts avec indifférence. Après tout, quelque part, ils devaient tous représenter quelque chose pour quelqu'un. Elle reconnaissait parfois des noms familiers. Et puis, le faisceau de sa lampe s'arrêta brusquement sur une tombe. C'était celle de Kendra et Adriana. Elle resta un instant songeuse. Elle savait qu'Albus et Adelforth avaient grandi ici. Mais aucun d'entre eux n'avait mentionné la présence du tombeau familial dans le village. Plus elle découvrait leur histoire, et plus elle réalisait que ni l'un ni l'autre des deux frères n'avait vraiment fait son deuil.
- Kécile, viens voir, s'il-te-plaît, appela Hermione.
Elle se tenait devant une tombe usée par la patine du temps, et lui montra un symbole gravé dans la pierre.
- Il y a ce signe sur plusieurs des lettres que Skeeter a joint en documents témoins dans son livre. Dans les correspondance entre Dumbledore et Grindelwald. Tu sais ce qu'il signifie ? Demanda-t-elle.
- Non. Mais je le connais bien. Il est gravé sur la bague de Serpentard.
Mais ni Hermione ni Kécile ne connaissaient le dénommé Ignotus Peverell et son lien avec cet étrange symbole. La seule chose qu'elles pouvaient dire, au vu de l'état de la sépulture, c'est que ça ne datait pas d'hier... C'était comme on dit, de l'histoire ancienne...
Lorsqu'elles relevèrent la tête, elles aperçurent un peu plus loin Harry qui se tenait immobile devant une tombe et Ron qui attendait un peu en retrait les bras ballants.
Elles se regardèrent la mine peinée, puis les rejoignirent en silence, entourant chacune Harry d'un côté pour tenter de lui apporter un peu de réconfort.
Le jeune homme ne cherchait pas à masquer les larmes qui coulaient sur ses joues. Comme ils réagissaient différemment... ne put-elle s'empêcher de constater. Lorsqu'elle avait visité la tombe de sa mère, elle n'avait rien ressenti d'autre qu'une vague tristesse. Son indifférence était presque coupable, se dit-elle en voyant le chagrin somme toute normal de Harry. Le visage durci, il fixait avec souffrance et amertume tout ce qu'il restait de ses parents.
Kécile se sentit une nouvelle fois envahie par un mélange de rage et de culpabilité devant ce spectacle. Constamment lui était rappelé qu'elle était la fille du responsable de tous ces morts. Et c'était toujours l'impuissance et la révolte qui grondait alors en elle. Elle entoura Harry de ses bras pour lui apporter son réconfort, et elle se fit une fois de plus la promesse silencieuse qu'elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour aider Harry à mener à bien sa vengeance.
Le temps tournait et il fallut sortir de l'espèce de torpeur qui les avait envahie pour rejoindre Severus qui les attendait toujours à l'entrée du cimetière. Harry enfila à nouveau sa cape et ils quittèrent la pénombre en surgissant à nouveau sur la place, avec l'impression de basculer dans un autre monde.
- Où allons-nous ? Demanda Kécile, dans une tentative pour secouer les sentiments dérangeants que leur visite aux morts lui laissait.
- Suivez-moi, dit simplement Severus.
Ils lui emboîtèrent le pas le long des rues jusqu'à presque attendre l'extérieur du village. Ils s'arrêtèrent devant une haie laissée à l'abandon qui s'élevait de manière chaotique devant un jardin semblable à une brousse. Derrière le rempart de verdure, la maison aurait pu ressembler aux autres voisines si tout le côté droit du dernière étage n'avait pas été en ruine. Les débris jonchaient les herbes folles qui avaient poussé en s'accrochant aux aspérités. Le lierre qui grimpait le long de la façade semblait avoir recouvert par endroit le bord des murs abattus.
- Je me demande pourquoi personne ne l'a jamais reconstruite, murmura Hermione.
- C'est devenu un lieu de mémoire, répondit Severus. D'un point de vue plus pragmatique, la décision de reconstruire ou non ne peut être prise que par l'héritier des Potter, ajouta-t-il d'un ton sec.
Harry posa la main sur le portail avec l'idée de pénétrer à l'intérieur du jardin, mais aussitôt, un écriteau surgit de l'enchevêtrement d'orties et de mauvaises herbes.
« En ce lieu, dans la nuit du 31 octobre 1981 Lily et James Potter perdirent la vie. Leur fils, Harry, demeure le seul sorcier qui ait jamais survécu au sortilège de la Mort. Cette maison, invisible aux Moldus, a été laissée dans son état de ruine comme un monument à la mémoire des Potter et pour rappeler la violence qui a déchiré cette famille. »
Tout autour avaient été gravés des messages d'encouragements et de soutien à Harry de visiteurs qui semblaient avoir fait comme un pèlerinage de cet endroit.
Il traversèrent non sans peine les herbes folles jusqu'à grimper sur le perron. Hermione ne pouvait s'empêcher de jeter des petits coups d'oeil vers la rue, anxieuse à l'idée que quelqu'un ne les remarque. Mais la rue était parfaitement déserte et le tapis neigeux ne laissait pas apercevoir la moindre ombre ou le moindre mouvement suspect aussi loin que pouvait porter leur regard.
La porte était scellée magiquement. Il fallut quelques minutes à Severus pour défaire tous les sorts qui protégeaient l'entrée. Puis, baguette pointée en avant, il poussa le battant qui s'ouvrit sur un hall parfaitement désert. A l'affût du moindre mouvement dans la maison, ils pénétrèrent un à un à l'intérieur. Ron ferma la porte derrière eux et ils allumèrent d'un seul geste leur baguette tandis que Harry retirait une nouvelle fois sa cape.
Tout semblait étonnamment normal.
Il y avait même encore des bibelots sur une étagère, un livre qui traînait sur une console et le portrait d'un inconnu qui s'agitait dans son cadre sur le mur d'en face.
Harry fit mine de monter l'escalier, mais sans un mot, Severus le retint et passa devant lui. Harry leva les yeux au ciel mais le laissa faire. Prudemment, en tentant d'être le plus silencieux possible malgré le craquement des marches pour essayer de détecter tout bruit en provenance des étages, ils grimpèrent l'escalier. Mais la maison était bel et bien déserte.
- Dispersons-nous pour chercher la chose. Tâchez de détecter des traces de magie, et ne touchez à rien de ce qui peut-être ensorcelé. Et Potter, aussi frustrant que cela puisse être, ne vous perdez pas dans les souvenirs de famille que vous allez découvrir partout. Nous n'avons pas le temps. Moins nous nous attarderons ici, mieux cela vaudra. Vous aurez le temps de revenir après la guerre
Harry hocha la tête, conscient que la remarque de son professeur pouvait presque sonner comme de la compassion.
Severus se chargea du rez-de-chaussé, tandis que Kécile marmonnait qu'elle allait inspecter le jardin.
Les trois autres montèrent aux étages. La première pièce que Harry rencontra était apparemment un bureau. Tout était intact, bien que sans doute un peu trop rangé. Il se demanda si quelqu'un comme Dumbledore, Remus, ou même Hagrid était passé après la tragédie pour mettre de l'ordre dans les papiers de la famille.
Les armoires et les tiroirs étaient emplis de dossiers, de papiers administratifs, de parchemins et de courriers. Autant de témoignages de la vie et des activités de ses parents qui étaient abandonnés depuis des années.
Mais Harry résista à la tentation de commencer à lire quoi que ce soit, et entreprit de fouiller méticuleusement chaque recoin à la recherche d'un sort masquant une cachette. Cela demandait beaucoup d'attention et de concentration, mais lorsqu'il quitta la pièce, il était certain que rien d'intéressant ne s'y trouvait. Il savait instinctivement qu'il sentirait la présence d'un horcruxe dans la pièce, avant même d'avoir pénétré la pièce. Sa cicatrice lui servait au moins à cela.
Au même moment, Ron quittait la pièce d'à côté.
- La chambre d'ami, je crois, dit-il en laissant la porte ouverte pour que Harry puisse jeter un œil.
Sans doute avait-elle servi à héberger Sirius ou Rémus... peut-être même Pettigrow, songea Harry alors que son poing se convulsait autour de sa baguette.
Ils rejoignirent Hermione qui se trouvait au dernier étage. Elle finissait d'inspecter la chambre parentale. Harry pénétra à l'intérieur la gorge serrée. Elle était presque intacte, à l'exception de certains objets qui s'étaient fracassés au sol. Une boîte en porcelaine, un cadre photo... une étagère de livres avait également dégringolé du mur où elle était suspendue.
- Il n'y a rien ici, dit Hermione en réponse au regard interrogateur des deux garçons.
- Il ne restait plus qu'une pièce. Celle que Harry redoutait le plus de voir. Si l'horcruxe devait se trouver quelque part, s'était bien là.
La porte était scellée, mais un simple alohomora suffit à l'ouvrir.
La chambre, ou plutôt ce qu'il en restait, était un spectacle de désolation. Il n'y avait plus de plafond, ni de toiture, et la pièce se trouvait donc à ciel ouvert, et les murs étaient en grande partie détruits. Les meubles n'étaient pas trempés, pourris, rongés par l'humidité et les intempéries. Sans doute un sortilège avait-il été jeté pour protéger les lieux. Mais les murs s'étaient écroulés autant à l'intérieur qu'à l'extérieur, jonchant la moquette de pierres et de mortier, et le plâtre s'était effrité en une poudre blanche qui avait tout recouvert.
Une commode était indemne, tandis qu'un coffre à jouet avait été éventré par la chute des gravats. Au centre de la pièce un berceau était renversé, et à côté gisait un délicat mobile en licorne, brisée. Parmi tous les dégâts occasionnés par le sort, c'était ce simple lit qui renvoyait l'image la plus violente de cette nuit fatale.
- Est-ce que tu veux qu'on te laisse seul ? demanda doucement Hermione.
- Ça va aller, répondit Harry. Aidez-moi, nous pourrons partir plus vite.
Harry se pencha pour ramasser le lit lorsque sa cicatrice lui fit la sensation de s'ouvrir en deux, le faisant s'effondrer au sol avec un halètement d'agonie.
Il était devant la maison en ruine et un sentiment d'excitation l'envahissait. Exactement comme 16 ans auparavant. Il savait que le gamin reviendrait un jour ou l'autre. La boucle allait enfin être bouclée.
- Il est là, dit Harry d'une voix paniquée.
- Qui est... commença Ron.
- Fuyez ! coupa Harry. Maintenant ! Dit-il en se relevant malgré la douleur qui l'aveuglait.
- Pas sans toi, dit Hermione fermement
- Je ne peux pas... Severus et Kécile.
Au même moment, deux étages plus bas, ils entendirent la porte exploser.
- On va t'aider, insista Hermione malgré le trémolo de sa voix.
- Obéis pour une fois ! Hurla Harry. S'il-te-plaît, ajouta-t-il plus bas. L'histoire ne doit pas se reproduire.
Il vit un éclair de compréhension passer dans le regard de Hermione, puis elle attrapa sans un mot Ron et tous deux disparurent.
Harry expira bruyamment, tentant d'ignorer la douleur qui lui sciait le crâne et en deux sans plus réfléchir se précipita au rez-de-chaussé. Voldemort avait déjà trouvé Severus. Il se détourna cependant de son attraction en entendant Harry dévaler l'escalier.
- Exactement comme ton père ! Lança-t-il d'une voix presque joyeuse.
- Qu'est-ce que vous foutez encore là, Potter ! Beugla Rogue qui semblait déjà blessé à en juger par le sang qui imbibait sa robe.
- Voyons, Severus, dit Voldemort en évitant d'un geste négligeant de la baguette le sort qu'il lui envoyait. Tu ne vas pas reprocher à notre jeune ami de se joindre aux festivités !
- Où est Kécile ? Demanda Harry, préférant ignorer le mage noir et le tremblement nettement audible de sa voix.
- Elle a transplané et j'espérais que vous auriez le bon sens d'en faire autant ! Cracha Rogue. C'est trop vous demander, apparemment, Potter.
- Puisqu'il semble que nous soyons au complet, commençons, voulez-vous ? Dit Voldemort d'une voix horriblement badine.
Et les sorts commencèrent à fuser. De toute évidence, il voulait d'abord se débarrasser de Rogue, pour pouvoir ensuite consacrer toute son attention sur Harry et profiter pleinement du moment qu'il attendait depuis tant d'années.
Le jeune homme tentait d'aider son professeur comme il pouvait. Certes, Voldemort se retrouvait prit entre eux deux, mais l'avantage que cela leur donnait était tout relatif. Harry avait plutôt l'impression d'être une mouche agaçante qu'une véritable gêne pour le mage noir. Néanmoins son entraînement payait, car il paraît sans difficulté les attaques, tantôt par des sorts, tantôt en bougeant, alors que le Lord était campé tel un roc au milieu du salon.
Severus semblait assez mal en point, mais résistait plutôt bien aux assauts, cherchant lui aussi à bouger au maximum. Cependant, il était évident qu'ils allaient vite se fatiguer à ce petit jeu. Voldemort jetait de plus en plus souvent l'Avada, agacé de jouer au chat et à la souris.
Harry en évitant un sortilège roula derrière un canapé. De l'autre côté, il pouvait apercevoir Rogue. Il n'y avait pas à tergiverser, ce serait probablement leur seule opportunité de fuite.
Il bondit de derrière le canapé en hurlant « Endoloris ! » en direction de Voldemort et se jeta sur Rogue. La seconde de surprise que lui donna son sortilège lui permit d'agripper le bras du professeur et il pivota sur lui-même alors qu'un rayon vert fonçait sur eux, effectuant ainsi son premier transplanage d'escorte.
L'instant d'après, Godric's Hollow s'évanouissait autour d'eux.
