Notes : Cette première nouvelle prend place juste après que Reno se soit fait fracasser la tronche par Cloud, dans l'église du secteur 5. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, car cette fanfic, en plus d'assouvir ma frustration sur ce couple, est un entrainement aux scènes +18. Alors je prends tous les conseils, même ceux qui vont faire mal à mon égo ! xD Bonne lecture !

Clopin-clopant, Reno se traînait hors de l'église du secteur 5. L'une de ses jambes refusait de se plier, ses lombaires et sa nuque étaient raides, il avait tant forcé sur ses épaules pour encaisser les coups du type à l'épée géante qu'elles étaient presque hors d'usage, respirer lui piquait la poitrine de spasmes douloureux et sa tête... c'était comme si quelqu'un l'avait remplacée par une toupie folle. S'il évitait la commotion cérébrale, il aurait de la chance.

Sa journée avait pourtant si bien commencé... Un message de Tseng pour lui annoncer une mission qu'il avait classée "à la cool" : récupérer la dernière représentante des anciens, une marchande de fleurs bien connue de leur service et tout à fait inoffensive. Une promenade de santé qui n'impliquait aucun bombardement, aucun passage à tabac, et dont la seule difficulté était de dénicher la fille – car si Aeris avait une qualité indéniable, c'était de posséder un instinct presque animal : chaque fois qu'était donné l'ordre de lui mettre la main dessus, elle s'évaporait.

En somme, une mission qui n'aurait dû lui faire prendre aucun autre risque que celui de rentrer bredouille. Il avait même fortement encouragé son partenaire, Rude, à se la couler douce.

Si j'avais besoin de toi pour mettre la main sur une civile, je serais bon à retourner ramasser les poubelles ou faire les courses pour les p'tits vieux du plateau. Va donc prendre un peu de bon temps, pour changer !

Ah, s'il avait sû ce qui lui tomberait sur le coin du pif !

Une branlée. Voilà ce que Reno s'était pris en pleine poire. Une bonne grosse branlée comme il n'en avait plus subi depuis que la Shinra lui avait mis une matraque électrique dans les mains.

Serrant les dents pour ne pas gémir comme un mioche et préserver le peu de fierté qui lui restait, il tracta sa carcasse jusqu'au parvis de l'église à moitié effondrée et, une fois à l'extérieur, s'affala sur le premier banc à portée de fesses. Son corps se plia bon gré mal gré et Reno sut qu'il ne pourrait plus bouger le moindre orteil avant un moment.

« Ça va aller, chef ? demanda l'un des deux troufions qu'il avait amenés avec lui.

— Qu'est-ce que t'en penses, tête de noeud ? T'as appris quoi en classe ? Que se faire cramer la gueule à coup de matéria, c'était bon pour la peau ?

— ...

— Tire-toi de là. Et toi aussi, précisa-t-il au deuxième troufion. Allez chercher Rude et dites-lui de ramener l'hélico. »

Les deux bleus se tortillèrent, bredouillèrent, pas vraiment certains de vouloir le laisser là. Mais, sans téléphones – ils avaient cramé sous les émanations de mako dégagées par le combat – ils n'avaient guère d'alternative.

« Vous comptez attendre que je claque pour vous bouger le cul ? »

Ils déguerpirent.

Après de longues minutes ponctuées de vertiges nauséux, Reno glissa le long du banc. Il tenta de se rattraper, ses doigts cherchant maladroitement le dossier, en vain. Sa tête cogna contre l'assise en bois, puis contre le sol couvert de cailloux et de vieux débris.

Mais c'était qui, ce soit-disant Soldat 1ère classe de mes deux...?

Sa vue se piqua de taches noires. Il perdit connaissance.

Le vacarme d'un hélicoptère ramena son esprit à la surface. Il papillonna des yeux juste à temps pour voir un vieil emballage de barre chocolatée lui arriver dans la figure – "Choco-Mako, la puissance du S.O.L.D.A.T est en toi !" – et se plaquer sur son nez. Il souffla dessus pour le dégager. Lorsqu'il retrouva la vue, une silhouette aux épaules larges et au costume impeccable lui cachait le soleil.

Reno eut un petit ricanement.

C'était Rude tout craché : on ne le voyait jamais en vêtements civils. Toujours en uniforme, toujours rasé de près, toujours une paire de lunettes de rechange dans la poche de sa veste, au cas où. S'ils n'avaient pas partagé leur appartement de fonction, Reno aurait parié que son collègue dormait dans cette même tenue. Mais non. Il connaissait les tenues d'intérieur de Rude, et elles n'avaient rien à voir avec son uniforme de Turk. Lorsqu'il était certain de pouvoir rester tranquillement chez lui, Rude enfilait un bas de survêt' confortable et un t-shirt plutôt bien ajusté. Tenue intéressante, du point de vue de Reno, pour ce qu'elle lui permettait de se rincer l'oeil sur des fesses bien rebondies et des pecs bien moulés.

Ouais, Rude a le genre de plastique qui te fait bander, et tu ferais mieux d'arrêter d'y penser si tu ne veux pas clamser avec une trique d'enfer et avoir l'air d'un con.

« Hey, partenaire », dit-il avec un petit sourire gredin.

Il eut du mal à reconnaître sa propre voix. D'ordinaire légère et gouailleuse, elle était à présent rauque et piteuse.

« Qu'est-ce que tu fais par terre, Reno ?

— J'avais comme une envie de regarder les nuages. »

Sous les lunettes noires de son collègues, Reno pouvait deviner un regard sévère, parfaitement accordé avec le coin de sa bouche pliée en remontrance silencieuse. Et pour cause : le ciel était parfaitement dégagé, d'un bleu sans tache. Évidemment qu'il s'était étalé là comme une merde !

« C'est Aeris qui t'a fait ça ?

— Bien sûr, avec ses petites mains de fleuriste...

— Devrait-on la recruter chez les Turks plutôt que l'envoyer au labo d'Hojo ?

— Ce que tu es drôle aujourd'hui... » grinça Reno.

Puis il leva un bras – aïe –, silencieuse demande d'aide à se relever. Celle-ci fut comprise, quoiqu'un peu de travers puisque, plutôt que de l'attrapper et le tirer, Rude s'accroupit. Sans poser le genou à terre. Rude ne posait jamais le genou à terre, pas plus qu'il ne s'asseyait sur un banc public crasseux ou n'appuyait ses coudes au comptoir d'un bar douteux : la seule activité malpropre à laquelle il se livrait de bonne grâce, c'était le combat. Pour tout le reste, l'impeccabilité de son allure primait sur le confort.

Rude s'agenouilla donc et, lorsqu'il passa ses bras sous les jambes et derrière le dos de son collègue pour le soulever du sol, celui-ci regretta d'avoir repris conscience. C'était affreusement humiliant. Il aurait préféré tourner de l'oeil et que Rude le charge sur une épaule comme un sac de riz, sans chichis. Voilà, ça, c'était un scénario acceptable pour deux gros durs. Au lieu de cela, il se retrouvait pressé contre le torse de son coéquipier dans une ridicule posture de jeune mariée se faisant porter au lit pour une nuit de noces sulfureuse. Le pire étant qu'il avait vraiment envie de la jouer collé-collé. Ce n'était pas exactement une occasion qui se présentait tous les jours.

Pour se sauver la face tout en tirant profit de la situation, Reno abattit la carte qu'il maîtrisait le mieux :

« Oh, mon héros !... » souffla-t-il en laissant sa tête reposer contre l'épaule de son collègue.

Jouer l'imbécile lui permettait de feindre d'être tout à fait à l'aise ; et de laisser trainer ses mains là où l'honnête camaraderie ne l'y autorisait pas. Sous le col d'une veste. Le long du dessin d'un pectoral. Contre une hanche.

C'est fou comme, lorsque ta bite cause, ton corps en oublie d'avoir mal, Reno Sinclair.

Rude se racla la gorge. Reno battit en retraite, replia son bras vagabond contre son ventre et laissa échapper un rire de bon farceur, l'air de rien. Ah, la bonne blague, vraiment. Quel con. Dès qu'il serait capable de mettre un pied devant l'autre, il filerait au Honey's Bee se payer une danse privée avec le gars le plus costaud et le plus chauve du club. Peut-être que s'il payait un supplément, il pourrait même lui choisir son costume... lunettes noires et gants en cuir. Ouais, ce serait bien...

Il se sentit partir.

« Je vais tomber dans les pommes.

— Hum.

— Désolé, hein... J'ai pris un méchant coup à la tête. »

De quoi il s'excusait ? De s'être fait laminer ? De l'obliger à le ramasser à la petite cuiller ? De fantasmer, de bander comme un âne ? Ou bien... d'être le roi des lâches, un fanfaron incapable de se jeter à l'eau malgré un béguin qui s'endurcissait depuis des années ?

Reno vécu l'heure suivante par à-coups, par flashs. Le vrombissement de l'hélico, les cuisses de Rude, son odeur ; Le bruit de la porte de leur appart – il était temps de remettre de l'huile à cette poignée grinçante ; Le moelleux de son lit ; La voix de leur médecin de "famille" – celui qui rafistolait les Turks –, le froid d'un sthetoscope plaqué sur sa poitrine.

« Ça devrait aller, s'il arrête de perdre connaissance en boucle. Si les vertiges et les nausées persistent plus de 24h, amenez-le à l'hôpital.

— 'en ai vu d'autres », marmonna Reno, la bouche pâteuse.

Il retomba dans le noir avant d'entendre quoi que ce soit d'autre.

Lorsqu'il reprit conscience, yeux à peine ouverts, il se trouvait dans sa salle de bains. La lumière était baissée au maximum, le store de la fenêtre également. On l'avait allongé dans la baignoire, la nuque calée sur une serviette roulée. De la buée émanait de son bain. La première pensée qui lui vint fut qu'il était bien, au chaud, sans rien qui lui serrait le corps. On lui avait ôté ses vêtements ainsi que les lunettes d'aviation habituellement plantées sur son front. Ses cheveux étaient détachés et quelqu'un en lissait la longueur. Les doigts remontèrent vers son crâne, massèrent son cuir chevelu avec précaution. Pour décrasser sans faire mal, sans réveiller. Ce n'était pas n'importe quelles mains.

Oh, bon sang. Est-ce que je suis vraiment à poil dans une baignoire, avec Rude qui me savonne ? Jusqu'où est-ce qu'il a...?

Son coeur commença à battre plus fort et il lui fallut toute sa maîtrise pour s'empêcher de déglutir et de respirer de façon très suspecte. C'était le moment où il devait prendre le dessus sur son entrejambe – qu'il sentait déjà prêt à se réjouir comme devant le dernier numéro de "Daddy-magazine" – et simuler un réveil tout à fait tranquille. Cool. La situation n'avait rien de spécial. Rien d'excitant. Du tout.

... merde.

Rude lui massa les oreilles et il se rendit compte de deux choses. La première : Rude aurait pu vendre des massages à prix d'or au Wall Market – et lui, il aurait volontier payé pour ça. La seconde : il aimait qu'on lui tripote les oreilles.

Et voilà, il bandait, et il n'y avait pas de mousse sous laquelle cacher ça. Bah, après tout, c'était le genre de choses qui arrivaient à tout le monde au réveil, non ? Reno inspira – pas trop fort : il avait mal aux côtes – et ouvrit complètement les yeux. Il bascula un peu la tête en arrière pour attrapper Rude dans son champ de vision. Il avait très envie de le voir, là. De le sentir, aussi, de le sentir partout, dans sa bouche, ses mains, son c... mais ça... ça, c'était réservé aux délires de son esprit.

« Salut, partenaire. Dis donc, tu sais en faire des choses, avec tes mains », ricana-t-il pour couvrir le fait qu'il aimait vraiment beaucoup ça.

Rude avait enlevé ses lunettes, laissant voir ses jolis yeux marrons. Il avait l'air très... concerné. Inquiet ? Il avait ôté sa veste, roulé les manches de sa chemise jusqu'à ses coudes et balancé sa cravate par-dessus son épaule. Reno aurait vendu sa grand-mère pour voir sa tête lorsqu'il l'avait déshabillé. Est-ce qu'il avait regardé ? Détourné les yeux ? Tout lui allait, tant que ce n'était pas fait de profonde indifférence.

« Tu as trainé par terre, je te lave, c'est normal.

— Oh-oh ! Tout doux, soldat ! Je n'me suis pas plaint, je crois ?

— ...

— Continue, je t'en prie. Ça me va, de jouer les princesses. »

Pour appuyer ses dires, il posa ses bras sur le rebord de la baignoire, étendit ses jambes loin devant lui et les croisa. Puis il ferma les yeux, un sourire satisfait aux lèvres. Voilà, il était bien planqué sous une épaisse armure de mec à l'aise. Rude allait lui rincer les cheveux puis le laisser seul. Ensuite, il pourrait se palucher comme un ado qui découvre sa bite pour la première fois.

Rude lui rinça les cheveux, puis les réunit dans sa paume et les ramena sur sa poitrine. Les crins rouges se délièrent dans l'eau.

Fouah, pensa Reno lorsque les doigts de son collègue effleurèrent sa peau. Les scénarios +18 affluèrent dans sa tête à une vitesse ahurissante. Rude qui se penchait, posait ses mains sur sa poitrine, les glissait vers son ventre, ses doigts qui l'attrapaient à la dure, sa bouche qui forçait la sienne. Lui, qui laissait échapper un glapissement de donzelle surprise avant de lui donner sa langue et puis de se casser la nuque en arrière pour vautrer son visage contre le pantalon de son collègue déformé par... Fouah, calmos, putain, mec.

Évidemment, Rude ne laissa traîner ses mains nul part. Il se releva tout simplement, sans un mot. Sa mission était terminée, il allait partir. Quelque chose se tortilla dans le ventre de Reno, lui remonta dans la gorge et lui déborda de la bouche.

« C'est déjà fini ? T'as frotté partout mon pauvre corps maltraité ?

— Tu as un gant et du savon sur la desserte.

— Mais j'ai mal aux bras. »

Qu'est-ce que tu fous, Reno ?

« Tu ne préfères pas que je te laisse...? »

Oh. Il parlait de ça.

« Nan, t'en fais pas pour ça, fit Reno en agitant les doigts dans un mouvement voulu décontracté. C'est juste mécanique. Le réveil, tout ça. Dans dix secondes, le Leviathan sera redevenu un vieux ver de terre. »

Il ricana. Peut-être un peu trop ?

Pourvu que ça passe.

« Et puis, si la tête me tourne, et que je me noie ? Allez, partenaire, je fais la princesse, on a dit. »

Rude resta planté de trois quarts vers la porte, raide comme une poutre. Un silence inconfortable s'installa, jusqu'à ce qu'un léger bruit d'éclaboussures s'élève dans la pièce.

« Écoute, si ça te dérange tant que ça, le problème peut se régler en quelques coups de poignets. Après, tu frottes, d'accord ? » railla Reno en plongeant une main sous l'eau pour attrapper la source du malaise commun.

Il ferma les yeux.

C'était si pratique, de se faire passer pour un crétin, un type léger qui se fout de tout. Ça justifiait tout, même de se branler dans une baignoire à deux mètres de son collègue-partenaire-pote-colocataire.

Putain, il est à deux mètres. Je l'entends pas bouger. Ça le dégoûte, ou pas ? Ce type est tellement réservé, je l'ai jamais vu reluquer un gars ou une nana... Mais peut-être qu'il le fait, sous ses lunettes qui cachent tout ? Est-ce qu'il regarde, là ? Est-ce qu'il fronce le nez ?

Il plia une jambe, leva une cheville et la laissa reposer sur le bord de la baignoire pour être plus confortablement installé. L'effort lui tortura les muscles, mais une fois en place, ça allait. Et puis... Il avait plutôt de jolies gambettes, il le savait, on le lui avait dit. Certes, il faisait partie des petits gabarits, de ceux qui ont la poitrine plate, les hanches étroites et les membres fuselés. Mais, hey, même chez les gays il y avait des amateurs de physiques de sauterelles !

Il regarde, ou pas ? Il faut que je sache. Si ça se trouve...

Il bascula la tête sur le côté et ouvrit les yeux.

Putain !

Rude était juste à côté de lui.

Et. Il. Regardait.

Reno eut l'impression que la moitié de son sang lui montait aux joues tandis que la seconde se pressait vers sa queue. Il eut beaucoup de mal à feindre le sourire du mec à l'aise.

« Hé... Tu voudrais pas arrêter de me regarder comme si je faisais mal le job ?

— Tu ne devrais pas faire ça.

— Oh là, on ne t'a jamais dit que c'était bon pour la santé ? Les endorphines, tout... ça... euh... Qu'est-ce que tu fais ? »

Rude venait de s'agenouiller au bord de la baignoire et de remonter un peu plus ses manches.

« Tu ne devrais pas faire ça toi-même.

— ...

— Tu vas t'abimer le bras. Le doc t'as donné un anti-douleur, mais tu as l'épaule luxée.

— Ah... Ah bo-oooon ? »

À un moment, il avait dû songer à former une phrase correcte, avec de vrais mots et un vrai sens. Et puis Rude avait plongé sa main sous l'eau et l'avait plaquée contre son érection. Résultat : Reno avait gargouillé et sa peau de rouquin avait prit une belle teinte rouge lorsque sa queue avait joyeusement tressauté pour accueillir la main de son collègue.

Son aura de mec cool ? Évaporée et collée au plafond parmi les gouttelettes de l'eau du bain.

« Pousse ta main. »

Oui, Daddy, faillit répondre Reno sur un ton un peu hystérique. Mais il réussit à attrapper sa lèvre inférieure et à fermer son clapet. Docile, il dégagea sa main vers son ventre. Lorsque les doigts de Rude se refermèrent sur son membre, il expira une demi-tonne d'air et – malgré lui – couina :

« Hé... arr... t'es pas... t'es sûr q... Mwrh...

— Tu te sens mal ?

— Nan... Mais... Huff. Tu devrais pas...

— Ça ne me dérange pas.

— D'accorrrd... Qu'on ne vienne plus me dire que c'est moi le mec b... bizarre.

— ...

— T'es sûr de vouloir être aussi... serviable ?

— Tu ne ferais pas la même chose ? »

La poigne de Rude se baladait sur sa longueur, le rythme souple, la pression ferme, et Reno perdait ses mots en même temps que l'usage de son cerveau. Est-ce qu'il s'était fracassé le crâne ? Est-ce que sa cervelle était en train de couler sur le plancher de l'église du secteur 5 ? Est-ce qu'il était en train d'avoir son ultime rêve érotique, pour faire passer la pilule du décès ? Est-ce qu... Rude passa son pouce sur le bout de sa queue, en appuyant juste assez pour lui arracher un sifflement. Reno crispa une main sur le bord de la cuve et papillonna des yeux, ses prunelles vertes cherchant un endroit où se fixer avant de s'arrêter sur la bouche de son collègue. Il sentit la sienne s'étirer dans un sourire béat. Si c'était un rêve, il était putain de beau, et tant pis si c'était le dernier.

« Il n'y a pas de limites à ce que je pourrais faire pour... pour... mes collègues.

— Hum. »

Reno laissa sa tête basculer sur le côté, sa joue contre son épaule gauche, du côté de Rude. Il aurait bien voulu se montrer détaché, comme s'il n'y avait là qu'un service mécanique, comme si Rude ne faisait rien de plus intime que de lui lacer ses chaussures. Mission impossible. C'était trop bon, et ses hanches ondulaient toutes seules, et la main de Rude bougeait bien, et qu'est-ce qu'il avait un bel avant-bras, et qu'est-ce que c'était excitant de le voir rougir et, putain, est-ce qu'il venait de se mouiller les lèvres, là ?

« J'aime bien... ta poigne, murmura Reno. Si ça se trouve, j'arriverai plus jamais à me branler tout seul. »

Rude serra plus fort – frisson –, puis déroula ses doigts, les fit glisser sur son aine – gros frisson – et engloba ses bourses, caressa la chair lisse en dessous – gros frisson de la tête aux pieds. Reno poussa un gémissement, ses doigts se faufilèrent entre deux boutons de la chemise de Rude, à la recherche de sa peau. Il voulait tellement le toucher ! Quel gamin gâté il faisait. Rude lui donnait sa main et lui, non content, voulait tout le reste. Il fallait qu'il se calme...

« Hé, tu voudrais pas... »

Qu'est-ce que tu t'apprête à dire, Reno ?

Son collègue tourna la tête vers lui ; Reno en oublia de respirer. Soit il perdait la boule, soit il y avait du désir dans le regard que Rude posait sur lui. Ses joues étaient flambées d'envie, sa bouche rouge avide.

Et puis merde.

Le rouquin attrapa son collègue par le noeud de sa cravate et le tira fort vers lui, ce qui lui fit un mal de chien et lui arracha une grimace. Et puis sa bouche se pressa contre celle de Rude et cela éteignit tous ses circuits de douleur. Il n'y avait plus qu'une extase, à lui flamber la peau lorsque lui fut accordé un baiser plus que volontaire, à le faire pleurer lorsque les mains de Rude s'enfouirent dans ses cheveux. Son entrejambe fut délaissée mais ce n'était pas grave. Ce baiser, c'était tellement plus ! Les mains de Rude qui l'arrachaient au dossier de la baignoire, le pressaient contre lui, c'était tellement plus ! Sa langue qui lui remplissait la bouche, ses doigts qui se déplaçaient vers sa mâchoire avec autorité, ses dents qui mordillaient ses lèvres...

Reno jeta ses bras autour du cou de Rude, son corps pivotant dans la baignoire pour se mettre dans l'axe de son collègue. Sa queue se retrouva pressée contre la paroi de la cuve. Un gémissement plaintif se poussa hors des lèvres du rouquin, s'échoua sur celles de Rude, brillantes de salive. Il allait jouir, là, juste avec un début de branlette et un baiser.

Ou plutôt, peut-être aurait-il joui, si tout ne s'était pas arrêté d'un coup. Une seconde, il se fondait dans le baiser le plus désiré de son existence, la suivante, il n'y avait plus rien. Plus de baiser, plus de contact. Rude se redressait.

« Qu'est-ce que tu fous...? grogna Reno.

— Ce n'est pas pratique.

— Hein ? »

Avant qu'il n'ait pu lui demander ce qu'il lui chantait, Rude le souleva hors de l'eau. Comme une foutue princesse, encore, mais ce n'était pas vers ce constat que divaguait l'esprit du rouquin. Non. Il était bien plus intéressé par ce qu'avait pu sous-entendre Rude. Il se laissa faire et, un coup de serviette éponge et un déplacement plus tard, il se fit déposer sur son lit, le dos bien calé contre une pile d'oreillers.

« C'est le moment où tu me souhaite bonne nuit en me faisant un bisou sur le pif ? railla-t-il pour planter sa pétoche que ce scénario soit celui qui se produise.

— C'est ce que tu voudrais ?

— Te fous pas de moi.

— Alors tais-toi. »

Oui, Daddy, se retint de répondre Reno pour la seconde fois de la journée. À la place, il s'enfonça dans ses oreillers et ferma les yeux pour oublier qu'il avait l'air minable, là, allongé comme un malade sur son lit d'hôpital à attendre les soins de l'infirmière. Il n'était pas exactement au maximum de son sex-appeal. Il commençait à regretter la baignoire lorsqu'il sentit un poids enfoncer son matelas. Pas comme si Rude s'était assit à côté de lui pour finir le travail vite fait, non. C'était réparti tout autour de lui. S'il ouvrait les yeux, il verrait Rude le surplomber de toute sa masse. Est-ce qu'il était prêt pour ça ? Il oublia la question lorsqu'il sentit un souffle effleurer sa bouche, la pointe d'un nez caresser l'arête du sien. Une paume sur sa joue, un pouce en promenade sur ses lèvres. Il entrouvrit la bouche ; il avait envie de le sucer, ce doigt, mais n'osa pas.

Me voilà timide, maintenant ? C'est tellement naze, d'être amoureux.

Rude lui caressa la bouche, en embrassa le coin, puis sa mâchoire. Reno tourna la tête sur un côté ; un baiser se posa sur sa gorge dégagée. C'était bon, chaud, étrangement doux.

Pourquoi il fait tout ça ? Pourquoi il ne l'a pas fait plus tôt, si il...?

Une vague d'envie lui souleva les hanches. Rude les replaqua contre le matelas en y pressant son bassin.

Bordel, il est super dur ! s'exclama intérieurement Reno, sous le choc.

Rude se pressa un peu plus, ventre contre ventre, poitrine contre poitrine, visage niché à la base du cou de Reno où serpentait une mèche rouge. Un grognement étouffé vibra contre la gorge du rouquin, qui y répondit d'un jappement plaintif. Tout ça sentait fort la baise brutale en devenir, ce qui était tout à fait dans ses goûts, mais là, vraiment, dans son état, ce n'était pas envisageable. Le simple fait de plier une jambe lui faisait serrer les dents, alors... se faire retourner à quatre pattes et encaisser des coups de bassin ? Pas possible.

Il tâtonna d'une main jusqu'à trouver une épaule, une nuque, un crâne rasé de près. Rude était brûlant, coulé tout contre lui. S'il avait pu, il lui aurait arraché ses fringues. Reno inspira, une grande bouffée chargée de l'odeur de son partenaire, lova sa joue contre la sienne, amena sa bouche près de son oreille. Puis, d'une toute petite voix :

« Écoute, je... ça me déplairait pas de... enfin de te rendre service mais là je...

— De quoi est-ce que tu parles, Reno ?

— De toi qui... bande.

— Ne t'occupes pas de ça. C'est rien. »

Reno lui jeta un regard incrédule – comment ça, c'est rien ? T'es excité à cause de moi, c'est le plus beau jour de ma vie, dis pas que c'est rien, putain ! – et se laissa aller à un rire nerveux qui prit fin lorsqu'il vit son collègue ouvrir la bouche, lui mordre le haut d'un pectoral et recommencer sur l'un de ses tétons. Retour la tête dans les oreillers. Ressentir et voir, c'était un peu trop fort, un peu trop sexy. Il laissa ses doigts sur le crâne de Rude, appuyant juste un peu pour lui montrer que, ouais, il pouvait y mettre les dents, il pouvait mordre et même tirer un peu, que ça lui plaisait. Il essaya de retenir ses gémissements, échoua lorsque Rude, tout en tirant sur la pointe d'un sein, glissa une main entre leurs ventre pour attraper son sexe. Ce fut le début de la fin, rythmé de halètements, de bruits de succion, de va-et-vients de plus en plus mouillés. Reno s'entendit demander un baiser, quémander lorsque Rude répondit en lui embrassant une épaule, supplier lorsqu'il embrassa son menton. Il s'entendit gémir lorsque Rude lui fourra enfin sa langue dans la bouche, et gémir encore lorsqu'il se libéra sur son ventre. C'était tellement bon, ça lui avait tiré les larmes et noyé le cerveau.

Sur son petit nuage, il s'endormit presque aussitôt, bercé par la respiration de Rude qui s'était allongé sur le flanc à côté de lui.