Chapitre 111 Le retour

- Vivement que cette guerre se termine, j'en ai ras le bol de courir sous la flotte... grogna Ron en haletant.

- Quand il s'agit de Quidditch, ça vous gène moins, Mr Weasley ! fit remarquer Severus qui courait quelques foulées devant lui.

Ils avaient repris leur errance et le professeur avait à nouveau insisté sur leur entraînement physique en vue de leur expédition à Gringotts.

Kécile n'était pas convaincue que l'endurance leur serve à grand chose pour fuir les dragons qui gardaient certains coffres, disait-on. Mais au moins, s'ils devaient être coursés par les gobelins dans les profondeurs de la banque ceux-ci se lasseraient avant eux. Bien sûr, courir ne leur servirait à rien s'ils ne trouvaient pas la sortie...

Severus faisait mijoter du polynectar qui devait être prêt juste après les vacances de noël. Drago leur avait confié des cheveux de Bellatrix, Rodolphe Lestrange et de son père Lucius. Ils espéraient ainsi pouvoir se faire passer pour les mangemorts et pénétrer sans problème dans le coffre des Lestrange.

Lorsqu'ils regagnèrent l'abri de leur tente, trempés presque autant de sueur que de pluie, grelottants de froid et rouges de leur effort, ils se précipitèrent pour prendre une douche chaude et enfiler des vêtements secs. Puis Severus leur tendit à chacun une rasade de pimentine tandis que Hermione faisait chauffer du thé et que Harry et Ron préparaient le petit déjeuner.

Kécile était plongée dans les notes d'Hermione et de Bill qui leur avait fourni le plan le plus détaillé qu'il avait pu de la banque.

- Vous savez, finit-elle par dire alors que le silence n'était perturbé que par le crépitement du bacon dans la poêle. Je pense que mon père doit se dire qu'il n'est pas complètement impossible qu'on attaque le manoir.

- Je pensais le contraire, mais finalement, il doit nous savoir assez fous pour cela, s'exclama Ron en brandissant une spatule. ( Harry lui avait appris la méthode moldue pour cuisiner car les sorts de cuisine n'étaient pas leur fort à tous les deux)

- Probablement, oui, reconnut Kécile. C'est pour ça que j'en viens à une autre conclusion. On peut espérer que s'il a caché la coupe à Gringotts, il a dû cacher également le diadème en dehors du manoir.

- Tu crois que les deux sont dans le coffre ? Demanda Hermione sans trop y croire.

- Ce n'est pas du genre de mon père de mettre tous les nifleurs dans le même chaudron.

- Il a confié un horcruxe à Malfoy, rappela Harry.

- Vous croyez qu'il sait ce qu'il est devenu ? Demanda Ron.

- Non ! S'exclama Kécile. Sinon Malfoy ne serait plus en vie ! Non, il doit toujours être convaincu qu'il est à l'abri dans la bibliothèque du manoir de Lucius.

- Il a confié un horcruxe à Malfoy, reprit Harry. Il en a confié un autre à Bellatrix.

- Tu crois que le diadème est entre les mains d'un autre mangemort ? Interrogea Hermione en comprenant sa logique.

- Ce n'est pas impossible, après tout, justifia Harry en haussant les épaules.

- Non, c'est vrai, reconnut Kécile. Je ne vois pas trop qui, c'est ça le problème... Severus ?

Celui-ci secoua la tête.

- Vous avez remarqué le nombre de mangemorts et de rafleurs qu'on a croisé ces derniers temps quand on est allé en ville ? Ils sont partout. On dirait qu'ils nous cherchent, souleva Ron alors qu'il servait les assiettes.

Tout le monde s'assit autour de la table en bois.

- Je crois que c'est vraiment ça, répondit Hermione sombrement. J'ai bien peur qu'on doive limiter nos déplacements au maximum si on ne veut pas trop croiser leur route.

- Adieu les bons petits plats... soupira Kécile.

- Je suis sérieuse !

- Je sais, Hermione. Moi, ça ne me surprend pas. Si mon père a une baguette qu'il croit invincible, il se dit peut-être qu'il est temps d'en finir. J'imagine qu'il veut plus que jamais mettre la main sur toi, Harry.

- La récompense pour lIindésirable numéro 1 a sérieusement augmenté, d'ailleurs, ajouta Severus. Plus que les nôtres.

- Génial, marmonna Harry, vous m'en voyez ravi.

- En même temps, il devrait faire une offre pour le lot ! Ricana Ron.

- Avec un peu de chance, mon père ne sait pas qu'on est tous ensemble. Il est dans le flou total sur nos activités.

- Drago en a suffisamment subi les conséquences, rappela Severus

- J'imagine. Il doit vraiment ce demander ce que nous trafi...

Kécile s'interrompit brusquement, alertée par un crépitement et un bref flamboiement juste devant l'entrée de la cabane. Cinq baguettes furent sorties à la vitesse de l'éclair et ils attendirent dans un silence total et une immobilité parfaite. Une plume rouge flotta un instant dans l'air avant de se poser au sol.

- Fumsec...

Un nouveau flamboiement beaucoup plus important surgit devant leurs yeux stupéfaits et l'instant d'après, Dumbledore se tenait devant eux, son phénix sur l'épaule.

- Professeur ! S'exclama Harry en se dressant d'un bond. Merlin, on est tellement soulagé de vous revoir !

- Je suis heureux également d'être de retour, Harry.

Il serra brièvement le jeune homme contre lui.

- Tu as l'air en pleine forme, Harry, ajouta-t-il en inspectant son élève. Hermione, Ronald, vous également. Même toi, Severus, compte tenu que tu dois vivre avec un Potter depuis des mois ! Plaisanta-t-il avec un pétillement dans les yeux.

- Je vous le revaudrais, ça Dumbledore, gronda le professeur.

- Je n'en doute pas, Severus.

Un silence de mort s'abattit dans la tente et tous les regards se braquèrent sur Kécile qui était la seule à être restée assise. Elle cachait difficilement le tremblement de ses mains alors que son grand-père la fixait.

- C'est ça, votre définition du « bientôt » ? finit-elle par dire d'un ton sec

- Disons que ton père a été plus lent que ce que j'imaginais. Je suis désolé, dit-il de sa voix la plus douce, celle qui d'habitude faisait fondre Kécile. Quand as-tu trouvé ma lettre ?

- Mi-septembre. J'avais vu Fumsec dans votre bureau à Poudlard, répondit Kécile d'une voix hachée. Je pensais vous trouver au Clos-La-Rive. Sur le chemin on est allé voir les Praslin. Martine est morte, lâcha-t-elle sans ménagement.

Albus vacilla, perdant brusquement des couleurs.

- Comment ça ?

- On parlait de la guerre. On a activé le Tabou. On était suivis... Elle a été assassinée pendant le combat.

Le vieil homme avait l'air désemparé.

- Vous auriez été là...

- Kécile... gronda Severus.

- Quoi, Kécile ? S'exclama celle-ci. Ce n'est pas vrai peut-être ?

- Tu ne peux pas le savoir. Notre décision d'aller voir tes amis n'avait rien à voir avec Dumbledore.

Kécile n'était clairement pas de cet avis, mais le trop plein d'émotions qui s'entrechoquaient en elle l'empêchait de s'exprimer clairement et calmement.

- Je suis désolé. L'attente a été longue pour moi aussi, dit doucement Albus en lui tendant la main.

La jeune fille le fixa l'air buté et revanchard un moment avant de finir par céder et de venir se réfugier dans ses bras. On l'entendit renifler une ou deux fois tandis que le vieil homme la pressait contre son cœur, visiblement soulagé.

Puis, Kécile reprit contenance et s'éloigna.

- Alors, en quoi mon père vous a-t-il tenu aussi longtemps à l'écart. ?

- Je lui ai tendu un piège. Mais le temps qu'il y arrive a été plus long que je ne l'avais envisagé. Ton père était à la recherche d'une baguette qui lui permettrait de passer par-dessus la gémellité de sa baguette avec la tienne, Harry. Lorsque j'ai appris cela, j'ai aussitôt fourni une cachette sûre à Ollivanders qui risquait sa vie si le Lord noir s'intéressait de trop près aux baguettes.

- Il a trouvé la baguette de sureau, on est au courant, coupa Kécile avec une certaine amertume.

- Comment ? Interrogea Dumbledore surpris.

- Je l'ai vu, intervint Harry. Je l'ai vu pendant des mois. Il lui a couru après chez Gregorovitch, auprès de Grindelwald... Et dans votre tombe finalement.

- Donc, il est satisfait ? Demanda le directeur en fixant attentivement Harry par-dessus ses lunettes en demi-lune.

- Oui.

- C'est parfait, déclara placidement le vieil homme.

- C'est parfait ?! Excusez-moi, s'exclama Harry sans masquer sa colère, mais je ne vois vraiment pas en quoi c'est une bonne nouvelle.

- C'est une bonne nouvelle car la baguette qu'il a entre les mains n'est pas celle qu'il croit. Voici la baguette de sureau, dit-il en la tirant de sa manche.

- Alors là, je n'ai rien compris, avoua Kécile. Est-ce que c'est bien votre baguette ? Je ne la reconnais pas...

- Ce n'est pas surprenant. La baguette qui est dorénavant entre les mains de ton père n'est pas la baguette de sureau. C'est la mienne, en cèdre, qui contient une plume de Fumsec. Une baguette qui n'est certainement pas destinée à te faire du mal, Harry.

- Mais il va bien s'en rendre compte, non ? Souleva Hermione sans cacher sa confusion.

- Il est tellement certain d'avoir atteint son but qu'il va continuer encore un temps à croire à son illusion. Et lorsqu'il cherchera à comprendre pourquoi cette baguette ne lui répond pas correctement, il va avoir du mal à trouver la réponse dans la mesure où il a assassiné Gregorovitch et qu'Ollivanders est introuvable. Maintenant qu'il pense être armé de la baguette la plus puissante qui soit et qu'il m'a bien vu mort dans ma tombe, je vais pouvoir revenir dans la bataille. Je préférerais garder l'effet de surprise le plus longtemps possible. Mais s'il découvre que je suis en vie, ça n'a plus guère d'importance.

- Moi, je dis que s'il pouvait tout d'un coup vous voir apparaître sur le champ de bataille, ça serait quand même excellent. Rien que pour voir sa tête ! Ricana Kécile. Il va être vert, le paternel...

Dumbledore eut un sourire indulgent.

- On vous sert un petit-déjeuner ? Demanda avec entrain Ron en s'armant à nouveau d'une poêle et d'une spatule.

- Volontiers, Ronald. Je vous remercie. Alors, maintenant que je vous ai expliqué la raison de mon absence, racontez-moi ce que vous avez fait pendant ce temps.

Harry lui fit un compte rendu détaillé de la destruction du médaillon, de la reprise de l'AD et de la nouvelle vigueur de l'Ordre en dépit de la disparition de son leader. Un grand sourire éclairait le visage du vieil homme à ces nouvelles. Puis Harry lui expliqua leur projet de pénétrer dans Gringotts.

Dumbledore écouta attentivement, et resta songeur.

- Ça ne vous convient pas ? Murmura Rogue, sans masquer l'accusation dans sa voix.

- L'idée est audacieuse, mais avec de la chance peut être réalisable. En revanche, je songe aux conséquences de cette entrée par effraction. Elle va faire grand bruit. Combien de temps faudra-t-il à ton père pour être au courant de cet acte ? Combien de temps pour qu'il sache quel coffre a été volé ? Et qu'il comprenne que nous sommes sur la trace des horcruxes. A ce moment là, la guerre prendra un tournant effroyable.

Il y eut un grand silence. Autour de la salle, personne n'avait pensé à cette conséquence.

- Il sera dans une rage noire... murmura Kécile.

- Combien de victimes cette rage va-t-elle faire ? Interrogea Dumbledore en les regardant par dessus ses lunettes en demi-lune.

- Vous voulez dire qu'une fois qu'on aura la coupe, il nous faut déclencher le combat final ? Demanda anxieusement Harry.

- Mais il nous manque encore le diadème ! S'exclama Hermione.

- Alors il faut commencer par s'occuper du diadème, conclut Dumbledore.

- C'est vrai qu'après tout, maintenant qu'on sait où est la coupe, elle ne va pas disparaître...

- Je te trouve bien optimiste, tout d'un coup, Kécile... grogna Severus. Nous ne pouvons pas être absolument certains de notre interprétation à partir de ce que Drago a vu.

Et se concentrer sur le diadème, d'accord, c'est bien beau!... mais on n'a toujours pas la moindre piste... s'exclama Ron.

Dumbledore hocha la tête.

- Lorsque j'ai dû disparaître, je me suis rendu au Clos-La-Rive, expliqua-t-il. J'ai eu le vague espoir, que le diadème aurait été remis dans sa première cachette après avoir été transformé en horcruxe. Bien sûr, ça n'a pas été le cas. J'ai également cherché du côté de Gwendoline Grunt. Sans succès non plus.

- Les grands esprits se rencontrent... Nous non plus... avoua Harry avec lassitude.

Severus ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis la referma, silencieux. Aux regards interrogateurs, il balaya la question d'un geste de la main.

- Une remarque désobligeante que je vous épargnerai.

- Je ne vous reconnais pas là, Severus ! Plaisanta Albus, qui avait bien dû remarquer l'adoucissement relatif de son austère et désagréable professeur.

Mais Kécile fixa un regard acéré sur l'homme. Elle l'avait souvent vu ces derniers mois se mordre la langue pour ne pas envenimer leurs relations. Et là, elle savait qu'il mentait.

- Donc, on pouvait toujours espérer vous voir revenir avec ce fichu diadème... conclut Ron déçu.

- J'en suis désolé.

Le découragement était palpable entre eux. Où pouvait-être ce diadème ? Ils avaient tout envisagé : le manoir de Voldemort, le Clos-La-Rive, Poudlard, le manoir Malfoy, la tombe de Grunt, l'orphelinat, Godric's Hollow. Certains endroits avaient été écartés pour des raisons qui leur paraissaient parfaitement fondées. Devaient-ils revoir leur jugement ?

La conversation roula longuement, toute la matinée. La seule chose sur laquelle ils finirent par tomber d'accord, c'est que quoi qu'il arrive, ils allaient tâcher de ne pas déclencher le grand combat avant la fin des vacances de Noël. Cela permettrait de protéger les enfants dans les murs de l'école, et de laisser aux familles une dernière fois des fêtes de famille unies. Car il y aurait des absents la semaine suivante. Immanquablement.

- Tu te rends compte de ce qu'on est en train de décider, murmura Harry un peu plus tard, alors que lui et Kécile s'étaient isolés dehors pour s'entraîner, emmitouflés dans d'épais manteaux.

Il jetait les sorts avec une rare violence, une espèce de rancœur mal retenue.

- On est là, à décider de quand les gens vont mourir, de quand on déclenche les combats, à disposer de la vie de ces personnes !

- Tu te trompes, Harry. Tu ne devrais pas voir ça comme ça. On doit prendre les devants si on ne veut pas que ce soit mon père qui décide, à un moment où nous ne serons pas bien préparés.

Harry cessa le combat, et Kécile le rejoignit alors qu'il s'asseyait sous un arbre, dans l'un des petits cercles où le sol n'avait pas été recouvert par la neige, protégé par la ramure de l'arbre.

- Je sais... soupira-t-il. C'est juste que... j'ai du mal à me résigner à demander aux gens de me suivre tout en sachant que je les envoie à la mort. Et en même temps, Tu-Sais-Qui ne nous laisse pas d'autres solutions. Je comprends mieux le poids de la responsabilité que doit ressentir Dumbledore. Je ne sais pas comment il fait pour dormir.

- Il ne dort pas beaucoup, entre nous. Et tu ne les envois pas à la mort, Harry ! Bon sang, tu te démènes suffisamment pour entraîner les combattants de notre camp.

- Mais il y aura des victimes...

- Et tu n'en seras pas responsable, Harry. Après tout, nous aussi, on fait partie des victimes potentielles.

- On doit être un peu fous, Adelforth n'a pas tort. Mais on sera des victimes volontaires.

- Et tu crois que les autres non ? Tu ne peux pas imaginer un instant que les membres de notre camp ne sont pas conscients de ce qu'ils risqueront en venant sur le champ de bataille.

- Ce n'est pas pareil. On est là pour les motiver, pour les galvaniser, pour les faire dépasser leur peur. Pour les mener à l'abattoir, en quelque sorte.

- Harry... soupira Kécile.

Elle se lova contre lui, la tête sur son épaule.

- Tu es un chef, Harry. C'est un rôle difficile. Mais tu es un grand leader. Parce que tu ne veux pas de ce rôle. Que tu le remplis par devoir, non par aspiration au pouvoir. Et les gens te suivront pour ça. Parce qu'ils savent que tu défends la bonne cause. Et que s'ils meurent, ce sera pour la juste cause. Et si tu les galvanises, ce n'est pas en usant de rhétorique, de mensonges, ou d'illusions sur le futur. Tu les galvanises parce que tu leur apportes l'espoir et la libération. Alors n'aies pas honte de motiver tes troupes et de les envoyer au combat. Et s'il-te-plaît, Harry, s'il-te-plaît... Le responsable des morts, ce sera mon père. Personne d'autre. Quoi qu'il arrive.

Harry serra Kécile contre lui en la remerciant. Cela faisait du bien de pouvoir énoncer ses angoisses à voix haute. Il savait qu'il pouvait parler de tout avec ses autres amis. Mais il n'y avait que Kécile qui était capable de comprendre toute l'ampleur de ce qu'il ressentait... le poids de la culpabilité.

L'arrivée de Dumbledore avait un peu changé l'équilibre du petit groupe de fugitifs. Le fait d'avoir retrouvé le leader de la guerre encourageait les jeunes à reprendre un rôle un peu plus de leur âge, et à laisser les adultes décider. C'était reposant, au moins pour un temps. Ils voyaient souvent Dumbledore et Rogue, assis autour de la table à discuter plus ou moins vivement, tentant de déterminer la marche à suivre. Hermione et Ron passaient de plus en plus de temps ensemble tous les deux. Kécile n'avait rien remarqué, étant naturellement solitaire, et un brin égocentrique, mais Harry avait fini par lui ouvrir les yeux sur le rapprochement de plus en plus évident entre leurs deux amis. Kécile y avait vu une excellente occasion de se rapprocher de Harry, mais s'était bien gardée d'exprimer ses pensées à voix haute.

Elle se sentait tout d'un coup étrangement détendue. La guerre lui paraissait loin encore, et les conditions de vie spartiates lui étaient totalement indifférentes. Elle était avec ceux qu'elle aimait, et elle voulait profiter des derniers jours de tranquillité avant que la tourmente de la guerre ne les reprenne... et peut-être ne les sépare à jamais.

Si durant les premières heures, elle avait bien fait comprendre à son grand-père son mécontentement, sa mauvaise humeur n'avait pas duré longtemps et avait cédé la place à la joie de le revoir, et à la volonté de profiter de lui le plus possible. Et ils avaient également partagé leur peine commune face à la disparition de Martine. Ils avaient longuement parlé de la moldue. Kécile était presque choquée d'être autant affectée par la disparition de la vieille femme. Elle aurait voulu avoir davantage de temps avec elle, pouvoir en faire quelqu'un de sa famille. Dumbledore de son côté pensait à Henri, son ami depuis près de soixante ans. Il pensait à sa douleur et à sa probable culpabilité. Il savait ce que c'était que de voir sa femme assassinée sans avoir pu la protéger...

XXX

- Merlin, j'espérais que cela allait se calmer, haleta Ron entre deux foulées.

Hermione tomba dans la neige, et il l'aida à se relever. Un peu plus loin, Kécile se prit les pieds dans une racine d'arbre cachée sous la poudreuse.

- Maintenant que Dumbledore est là, tu veux dire ? demanda Harry qui était aussi rouge que son écharpe de gryffondor.

- Moi, je vote pour qu'on attende qu'il n'y ait plus de neige pour le combat final, souffla péniblement Kécile. Severus, ralentis ! Cria-t-elle à bout de souffle.

Severus semblait être encore plus blanc par le froid et l'effort. Un peu comme Kécile d'ailleurs, qui avait en revanche un nez d'une magnifique couleur tomate.

- On continue encore, de toute manière, il faut bien rentrer. Alors autant le faire en courant.

- Mais ça fait si longtemps, gémit Hermione qui pourtant était bien silencieuse d'habitude.

- On n'a jamais couru aussi longtemps, grogna Kécile. Ça fait combien de temps ? Une heure et demi ?

- Une heure, seulement...

- Seulement, t'en as de bonnes !

- On dirait que ça fait plus que ça, dit Harry avec de la suspicion dans la voix.

- C'est à cause la neige. C'est plus difficile. Allez, du nerf, vous n'allez pas en mourir, bande de véracrasse !

- Du nerf... marmonna Ron tout en se remettant à courir derrière Rogue, il en a de bonnes ! Evidemment, quand on a des guibolles pareilles, c'est facile...

- Les guibolles en question vont venir vous remuer l'arrière-train si vous n'arrêtez pas de râler, Weasley !

Dumbledore les attendait devant la tente. Ils les vit arriver, rouges et échevelés, trempés par leurs chutes dans la neige, hahannant péniblement pour reprendre leur souffle. Les passages aux douches étaient maintenant bien rodés, de même que la prise de pimentine pour être sûr de ne pas attraper froid. Puis ils prirent tous ensemble leur petit-déjeuner. Cela avait quelque chose de très comique et hautement improbable de voir Rogue et Dumbledore s'activer autour du réchaud de camping pour faire frire du bacon... Ron et Hermione avaient du mal à lâcher le spectacle des yeux tandis qu'ils mettaient la table.

C'était étonnant de voir comme ils parvenaient à garder une certaine normalité et une certaine routine malgré leur condition de fugitifs. Ils pouvaient presque se croire de simples nomades. Mais les conversations à table tournaient toujours autour de la guerre, inlassablement.

- J'ai envisagé un plan. Complètement fou... déclara Dumbledore.

- Merlin nous préserve... grommela Severus.

- Si nous ne parvenons pas à trouver la dernière cachette du dernier horcruxe, il faut que son possesseur nous y conduise.

Tous les autres le regardèrent d'un air vide.

- Dans le genre folie, voilà qui commence bien, approuva Rogue.

- Nous pouvons laisser entendre que nous sommes sur la piste des horcruxes. Il est à supposer qu'aussitôt Vous-Savez-Qui vérifiera les cachettes.

- Et se rendra compte de ce que nous avons fait, conclut Kécile.

- Sauf si Drago lui souffle que nous avons trouvé le diadème de Serdaigle. Auquel cas, il commencera par vérifier celui-ci et en voyant qu'il est toujours en sûreté, se rassurera.

- Oui, alors ça, à mon avis, il ne faut pas trop y croire... marmonna Kécile. Qu'il commence par vérifier celui-là, soit, mais qu'il s'arrête là, je n'y crois pas un seul instant.

- Et on peut être certains qu'il le changera de place, dit Harry perplexe

- Il est suffisamment arrogant pour considérer que sa cachette est trop bonne, intervint Hermione.

- Ben ça a l'air d'être le cas, rappela Ron.

- Admettons qu'il morde à l'hameçon jeté par Drago. Comment comptez vous le suivre ? Interrogea Severus.

- On ne le suivra pas. On l'espionnera. Par l'esprit de Harry.