J'ignore si quelqu'un a eu le courage de lire le premier chapitre et si cette histoire saura trouver ses lecteurs et lectrices. Cette fiction aura du retard en terme de parution par rapport à AO3 (que je prévilégie vu que je dois demander de l'aide pour publier ma fic ici u/u'). Mais je vous souhaite une bonne lecture.
Chapitre 2 - Asarim
Asarim jouait tranquillement de son accordéon, perdu dans ses pensées. Cela faisait à présent plusieurs semaines que les tours avaient jailli du sol, soulevant à la fois de la surprise, de l'incompréhension mais également de la peur. Les bêtes divines, jusqu'à présent loin de tout, s'étaient remises à fonctionner et représentaient une lourde menace pour tous les peuples qui vivaient proche de ces dernières.
Il avait quitté foyer, femme et enfants quand il avait réalisé que les tours annonçaient à la fois le retour du Héros tombé il y a cent ans mais également la menace imminente du Fléau jusque-là contenu. Il entreprit alors cette longue quête, porteur d'une promesse mais également du devoir de guider les pas du Héros. Oh, ce départ n'avait pas été simple. Quitter sa femme et ses filles n'avait pas été évident, surtout en ces temps de trouble. Mais il était nécessaire qu'il parte. Son voyage commençait maintenant et tant bien qu'il ignorât quand il allait rentrer, il ne pouvait pas abandonner.
Les gens étaient toujours surpris de le voir. Les Piafs n'étaient pas spécialement réputés pour chanter. Surtout les hommes. Les gens attendaient de lui qu'il soit un fier guerrier. Mais non. Il n'était qu'un poète, un ménestrel qui chantait et comptait les histoires du passé. Son seul avantage était de voler et de ne pas avoir à trop se heurter aux monstres sur son périlleux trajet. Et encore, il devait se méfier des archers qui pouvaient malheureusement le toucher.
Quand il s'arrêtait dans les relais, les voyageurs se reposant en ces lieux, étaient toujours charmés d'entendre ses airs et les plus vieux aimaient échanger avec lui, sur ces anciens récits, dont parfois l'âge et la mémoire, leur en avaient fait perdre des parties. Asarim était toujours ravi de ces échanges mais l'inquiétude ne cessait de grandir en lui : depuis des jours et des nuits, passé loin de tout avec comme seule arme ses chants et son espoir, il désespérait de ne jamais trouver le Héros un jour. C'était lui, qu'il cherchait ou attendait dans ces relais. Et s'il restait aussi longtemps, c'était pour écouter les rumeurs.
Malheureusement, personne ne semblait en parler et tous semblaient ignorer qu'il était de retour. Alors il prenait son mal en patience. Et chantait encore. Le temps était en train de se couvrir et Asarim regarda le ciel se changer de pluie. Il poussa un faible soupir, conscient qu'il allait devoir se mettre à l'abri. Mais alors qu'il allait s'arrêter de jouer pour rentrer, il bouscula un voyageur dans son mouvement. Ne l'ayant pas vu et grandement confus de cette rencontre maladroite, le Piaf s'excusa rapidement. Avant que le voyageur ne repousse sa capuche et qu'il ne découvre un jeune Hylien.
Ce dernier avait les yeux grands ouverts et le dévisageait avec toute la stupeur du monde. Comme s'il n'avait jamais vu quelqu'un comme Asarim avant ce jour et cela n'aurait rien d'étonnant : depuis cent ans, exceptés les Gorons et les Gerudos, rares étaient les peuples qui voyageaient encore. Attendri devant cette admiration silencieuse, Asarim ne put s'empêcher de sourire, un peu amusé de voir dans ses yeux la fascination et l'admiration de découvrir quelque chose de nouveau.
- C'est la première fois que vous voyez un Piaf ? demanda doucement Asarim de sa voix chantante.
L'Hylien approuva d'un signe de la tête. Asarim écarquilla légèrement les yeux devant cette réponse silencieuse : était-ce de la timidité qui retenait les mots de cet étranger ? Il savait que sa grande stature pouvait intimider plus d'une personne mais pas à ce point…
Pourtant rapidement, l'Hylien lui tourna autour, l'étudiant silencieusement, sans dire un mot. Ses yeux parlaient mille fois plus que n'importe quelle phrase qu'il aurait pu formuler. Et en ces temps difficiles, c'était impressionnant de voir quelqu'un avec une telle expressivité. Asarim se sentit d'humeur plus joyeuse suite à cette rencontre. La pluie commença à tomber drue et les deux compagnons rentrèrent dans l'abri du relais. L'Hylien resta à ses côtés et c'est parce qu'il était en train d'essayer de sécher sa cape que le ménestrel remarqua à sa taille quelque chose.
- A… a votre taille ce ne serait pas…
Le jeune homme se retourna, une expression de surprise au visage. Ciel, il y avait de la candeur et de la naïveté dans ces yeux-là, couplé avec l'innocence d'un nouveau-né n'ayant jamais vu le monde. Sans explication, ce regard broya le cœur d'Asarim : nul doute était permis, devant lui en ces lieux, se tenait le Prodige. Mais il y avait quelque chose… d'étrange. Il était normalement un fier chevalier, le maître de la lame purificatrice. Alors pourquoi… ? Devant son air perplexe et perdu, le ménestrel se reprit.
- Ah, non, pardon. J'ai dû faire une erreur. Aimeriez-vous entendre mon chant ?
L'Hylien se tourna vers lui avec un sourire radieux et approuva une nouvelle fois de la tête. Asarim était honoré qu'il daigne lui accorder audience et mit tout son cœur à l'ouvrage, toussant pour s'éclaircir la gorge et gonflant son torse de fierté afin de pouvoir chanter. Le jeune homme l'écouta attentivement, captivé par son récit, fasciné par son histoire. Asarim termina son conte et l'Hylien applaudit. Avant qu'il ne lève ses mains, ses yeux souriant comme ses lèvres. Et qu'il ne signe. Des gestes simples. Qui nouèrent l'estomac du Piaf car aucun son ne sortit de sa bouche. Et pourtant ses mots le frappèrent en plein cœur.
- Merci du compliment, répondit le ménestrel en reproduisant des signes similaires.
- « Je ne suis pas sourd, j'entends correctement », signa le jeune homme amusé.
- Oh. Mes excuses ami voyageur. Je ne voulais pas être grossier, se reprit le Piaf confus de sa bêtise.
- « Vous êtes pardonné », répondit-il. « C'est rare de voir des gens comprendre ce langage facilement, on me demande souvent de signer moins vite. Certaines personnes ne le comprennent pas. »
- Mes voyages m'ont fait côtoyer bien des personnes différentes. J'ai donc appris plus d'un langage, expliqua Asarim.
Le ménestrel reçut un regard brillant de respect et d'admiration. C'était tellement adorable que l'âme paternel en lui battit de tendresse pour ce jeune Hylien. La vie était stupidement injuste. Il avait juste devant lui le Héros qui s'était sacrifié pour protéger la princesse Zelda. Son retour était un signe d'espoir pour tous. Pourtant, soudainement, le ménestrel ne se sentit la force ni le courage de lui imposer le fardeau de son maître. L'Hylien avait l'air si jeune, si candide avec une touche d'insouciance. Comme si malgré le poids qui pesait sur ses épaules, il essayait en même temps de juste… vivre.
Ah par Hylia ! Asarim savait qu'il devait guider ses pas, l'aider à retrouver sa force d'antan, l'emmener auprès des sanctuaires dans lesquels il allait devoir affronter des épreuves pour triompher et prouver à nouveau sa valeur… Mais en le voyant si… innocent, il ne se sentit juste pas le courage de lui imposer quoi que ce soit. Sa mission était de le guider. Et il le ferait. Mais pas à pas. Il ne voulait pas… briser cette candeur. C'était très certainement naïf de sa part de lui octroyer du temps pour se reconstruire. Certainement qu'il provoquerait davantage de souffrance en l'empêchant d'accomplir son destin. Mais… son cœur ne le supporterait pas de le blesser inutilement. Même au nom de leur libération à tous !
- Puis-je vous demander… oh, sans doute est-ce trop personnel…
- « Je vous écoute. »
- Pourquoi est-ce que vous ne parlez pas… ?
L'Hylien pinça ses lèvres comme s'il avait soudainement honte de son mutisme et Asarim regretta profondément sa question. Oh, comment pouvait-il être aussi rustre ?! Mécaniquement ses plumes appuyèrent sur son accordéon, laissant échapper quelques notes maladroites : c'était un réflexe chez lui de jouer spontanément quand il avait besoin de soit retrouver ses esprits soit se donner une contenance. Mais les notes firent sursauter le jeune homme en face de lui et Asarim cessa ses bêtises : comment pouvait-on être aussi maladroit ? se blâma-t-il silencieusement.
Le jeune homme secoua doucement sa tête et plaça timidement sa main sur sa gorge, comme s'il cherchait au fond de cette dernière, une voix qui refusa de se faire entendre. Comprenant qu'il cherchait à parler, Asarim libéra une de ses mains de son instrument (plaquant ce dernier contre lui pour éviter qu'il ne tombe) et posa ses plumes sur la main du pauvre garçon. Ciel, avait-il réellement cherché à user de ce qu'il n'avait pas ? Et avait-il vraiment osé lui demander quelque chose d'aussi… ? Asarim garda son bec clos alors que ses yeux se chargèrent de regret : comment pouvait-il être aussi bête ?!
- Je ne voulais vraiment pas être désobligeant, s'excusa le Piaf. Je n'avais pas à vous poser cette question, c'était… très impoli de ma part.
- « Vous ne l'êtes pas », répondit l'Hylien en signes rapides. « J'ignore pourquoi mais je suis incapable de former des mots. J'ai essayé. En vain. »
- Je suis terriblement confus. Vraiment.
Le jeune homme glissa ses doigts sur ses ailes, son regard exprimant une grande douceur et une acceptation résignée : il ne parlait pas, il en ignorait la raison mais il l'acceptait sans problème. Cela ne dissipa nullement la peine d'Asarim sans pour autant empirer sa culpabilité. Il lui adressa son plus doux regard et récupéra son aile, reprenant correctement son instrument. Pour s'excuser de son manque de manière, il proposa un nouvel air. Mais le jeune Hylien déclina, provoquant son désarroi : il n'aurait pas cru le garçon si pressé de filer.
Et pourtant il disparut dans la pluie battante et le ménestrel regarda longuement l'entrée en se demandant comment il allait lui confier ce message si longuement gardé. Il remarqua que bien tardivement qu'il avait mécaniquement commencé à jouer une mélodie qu'il n'avait jamais utilisée, cet air si particulier qu'il avait hérité de feu de son maître. Il cessa immédiatement, troublé de s'entendre jouer ce qu'à un seul il devait délivrer. Il essaya de jouer ce même air, simple, celui du Héros appelant sa monture. Mais son esprit distrait l'empêchait de s'accorder à l'humeur de son chant. Il cessa rapidement d'essayer de jouer un seul air pour la journée.
Réalisant soudainement que d'un, il n'avait pas demandé son nom au Héros (bien qu'il connût déjà ce dernier) et de deux, il ne lui avait pas demandé sa destination, il se maudit de son étourderie. Le ménestrel décida de partir quand la pluie cesserait : ce n'est qu'en continuant de voyager qu'il finirait par rencontrer à nouveau le Héros.
ooo
Ses prédictions furent exactes. Il rencontra à nouveau le Héros, dans un nouveau relais. Il l'avait rencontré dans le relais des Marais. Et à présent il le trouvait en Akkala. Bien loin de leur première rencontre. Il fût ravi de discuter avec lui, heureux de le rencontrer à nouveau. Le jeune homme était tout aussi content de le retrouver, s'installant confortablement en face de lui pour l'écouter chanter. Il ne demanda rien de plus que de se laisser bercer par le son de sa mélodie et de ses chants. Et Asarim était plus qu'heureux de chanter pour lui.
Il nota cependant pour lui-même quelques changements chez le jeune Hylien. En premier, les bandes qu'il cachait maladroitement sous sa tenue, tirant sur le tissu pour empêcher quiconque de voir ses blessures. De même, il avait l'air au bord de l'épuisement, comme s'il n'avait pas connu le sommeil depuis une éternité. Cela ne faisait même pas un mois qu'ils ne s'étaient pas revus. Comment pouvait-il avoir l'air aussi éreinté… ? Et était-ce son imagination ou bien il avait l'air d'être… plus maigre sous ses vêtements ?
Son expression avait perdu en candeur, comme si l'enfant qu'il avait trouvé était en train de devenir un adulte et que progressivement, il perdait cette insouciance qui l'avait rendu terriblement pur. Asarim dû faire un effort monstrueux pour ne pas faire de fausse note, notant ces détails pour lui, dans un coin de sa tête.
- Merci de m'écouter, déclara calmement le ménestrel. C'est toujours un plaisir de chanter pour vous, ami voyageur.
- « C'est un plaisir de vous écouter, Asarim ».
Voyant l'Hylien signer son prénom avec les gestes les plus appropriés pour lui faire savoir, le Piaf sentit une boule de former dans sa poitrine. Il détourna légèrement le regard : qu'Hylia le croie sur parole s'il avouait qu'il voulait en prendre soin, le chérir comme l'enfant qu'il lui paraissait être et lui offrir une vie loin de toutes les responsabilités qui allaient l'accabler.
- Que diriez-vous de manger quelque chose et de prendre du repos ? proposa Asarim. Je ne suis pas un chef, mais je sais me débrouiller !
Le Héros plaqua soudainement ses mains sur son ventre à l'énonciation de la nourriture et le ménestrel le regarda avec beaucoup de surprise. Avant que son regard ne s'attendrisse et qu'il ne referme son accordéon pour s'occuper du repas sans demander l'avis à l'Hylien. Le repas fût assez simple, Asarim n'était pas un grand chef mais malgré la frugalité du repas, le jeune homme ne s'en formalisa pas. Pire : il se régala de ses brochettes de viande et champignon, les yeux brillant de gourmandise. Une fois fini, il parut juste heureux, ses yeux exprimant une profonde reconnaissance. Asarim haussa simplement les épaules et raviva les braises, jetant sur eux une faible lueur.
Il plana entre eux une douce torpeur. Le temps était clément cette fois, la température était agréable et la brise légère qui caressait peau et duvet invitait à la détente. Le ménestrel récupéra son accordéon et spontanément, dans l'humeur calme du relais, il y joua un air doux, apaisant et apaisé. La mélodie était assez légère pour bercer et au bout de quelques minutes, il remarqua le Héros en train de somnoler sous la chaleur du feu, le vent dans ses cheveux et surtout sa musique parvint à le détendre assez pour qu'il finisse par s'assoupir. En le trouvant dans cet état, le Piaf cessa progressivement sa mélodie pour ensuite éteindre le feu.
Avant de simplement le soulever dans ses bras et de le ramener contre lui. L'Hylien sursauta quand sa tête tomba sur son épaule. Sa panique fût telle qu'il attrapa sans aucune tendresse les mains d'Asarim et serra fermement ses grands doigts dans ses poings crispés. Le ménestrel cessa immédiatement de bouger en trouvant dans ces yeux bleus, une immense peur. Le genre de peur à laquelle les voyageurs étaient confrontés, quand ils étaient face à un danger permanent, une menace continuelle sur leur vie. Il fallut quelques secondes de plus au jeune homme pour comprendre que ce n'était que le ménestrel pour relâcher sa prise et se détendre.
Il gigota faiblement, marquant une sorte de gêne inconfortable, signant faiblement une excuse. Asarim le ramena doucement contre lui, essayant de le rassurer : cette crise de panique n'allait pas l'aider à trouver le repos. Aussi il paya un lit douillet et y déposa le jeune Héros. Ce dernier protesta, signant sa désapprobation de se voir offrir le gîte.
- Le manque de sommeil est dangereux, mon jeune ami, roucoula Asarim. Cependant vous voyagez seul et sans doute qu'il ne vous est pas évident de dormir sans vous faire agresser. Alors fermez les yeux et reposez-vous au moins une heure. Je veillerai sur vous.
L'Hylien n'eut même pas la force de répondre, boudant faiblement dans le lit. Asarim le borda doucement et le veilla comme promis. Il le regarda se détendre progressivement, ses yeux se fermant petit à petit, les rouvrant en grand quand un bruit le surprenait. Jusqu'à ce qu'il ne les ferme entièrement et qu'il ne commence à respirer plus lentement, profondément. Le Piaf ne loua pas de lit pour dormir, préférant surveiller que le garçon n'essaie pas de fuir s'il se réveillait en sursaut.
Il passa sa main sur son visage, le voyant dormir profondément, comme s'il avait réellement voyagé sans dormir depuis des jours et des jours. Il passa alors nerveusement ses plumes sur ses bras, grimaçant à ce contact : quand le Héros s'était crispé, il avait serré de toutes ses forces. Une force qui l'avait malheureusement marqué. Asarim avait enduré en silence, préférant qu'il se calme que d'ajouter de la culpabilité à sa fatigue. De toute façon ce n'était rien de contraignant mais cette démonstration l'inquiétait : par quoi était-il passé pour avoir cette réaction aussi vite ?
S'assurant de son sommeil profond, Asarim en profita pour lui retirer ses bottes et son équipement le plus contraignant avant de soulever le tissu de son haut. Cela pouvait paraître un peu étrange mais il avait remarqué les tâches de sang sur le bleu de sa tunique. Et pas sans raison : il avait des blessures à vif dessous. Et les soigner risquait de le réveiller. Le ménestrel poussa un faible soupire : il devra le forcer à s'en occuper à son réveil. Il croisa doucement ses bras sur le bord du lit, le regardant dormir paisiblement. Quand exactement Asarim trouva le moyen de s'endormir à son chevet ? Lui-même l'ignorait.
Dans tous les cas, il se réveilla le matin perclus de courbature à cause de sa très mauvaise position de sommeil et de surcroît, il était bec à nez avec le jeune prodige Hylien. Ce dernier était encore endormi, les traces de fatigue s'étant progressivement effacé de son visage. Il n'allait pas être très frais à avoir autant dormi après des nuits blanches mais Asarim était soulagé de voir qu'il avait réellement pu se reposer. Il se redressa, tout fourbu et tituba jusqu'à l'extérieur du relais. Sans attendre, il alla chercher de l'eau fraîche et claire pour se réveiller et se permit même un petit-déjeuner rapide.
Quand le Héros se réveilla, il avait une mine horrible, qui ne manqua pas de faire rire Asarim. Surtout en le voyant tout décoiffé et les vêtements tout froissés. Comme lui, l'Hylien se rinça le visage à la grande eau avant de grimacer en tenant sa poitrine. Asarim remarqua que trop bien sa grimace et se redressa pour réclamer de l'eau chaude, des herbes et de quoi faire un pansement. Et sans avoir l'approbation du prodige, il retira son haut. Exposant un torse mutilé et encore couvert de blessures récentes. Il remarqua très vite l'embarras de l'Hylien mais il l'empêcha de fuir, commençant à laver le plus doucement possible ses blessures. Le garçon paniqua, plaquant ses mains sur les siennes puis signant, catastrophé.
- « Vous n'avez pas à me soigner », indiquait ses mains.
- Mais il faut le faire, répondit doucement le Piaf.
Le Héros se mordit la lèvre en détournant le regard et le ménestrel glissa ses doigts sur son menton pour le forcer à lui faire face. Il fût pris d'un horrible doute en le voyant confus. Il termina de laver les plaies avant de placer ce qu'il fallait pour aider à leur cicatrisation puis de leur protection pour qu'elles ne se rouvrent pas. Le jeune homme endura silencieusement les soins qu'il lui administra, étudiant longuement ses gestes sans rien n'exprimer.
- Il faudra changer le pansement pour éviter les infections. La plupart ne sont que des éraflures, rien de catastrophique mais les plaies sur les flancs sont plus inquiétantes. Il faudra les surveiller.
- « Merci », signa le jeune homme.
- Certaines blessures n'ont pas l'air jeunes et ont l'air mal soigné, souligna avec prudence Asarim.
Hésitation. Le ménestrel attendit qu'il amorce ses gestes, afin de comprendre. Et quand il eut sa réponse, en mouvement rapide, honteux, il écarquilla les yeux.
- Vous ne saviez pas comment les soigner… ? répéta Asarim, incrédule.
Devant l'air hautement ennuyé du Héros, il repensa à sa première impression quand il l'avait bousculé la première fois. Cette impression d'innocence. Le fait qu'il ne brillait pas de grandeur ou d'héroïsme mais juste de douceur et de candeur, comme un enfant. Timidement, le jeune homme avoua qu'il n'avait malheureusement pas grand souvenir de sa vie passée, se réveillant sans mémoire et découvrant un monde qui lui était profondément inconnu. Il reconnut qu'il errait plus qu'il ne voyageait, essayant de stimuler ses souvenirs.
Asarim lutta de toutes ses forces contre ses propres instincts, comprenant pourquoi au fond de lui il avait éprouvé ce besoin de le chérir. C'était un sentiment puissant, profond, qu'il ne contiendrait pas facilement. Alors pour éviter de se laisser aller trop vite à un paternalisme mal placé, il préféra lui apprendre ce qu'il savait tout en découvrant alors que ces blessures n'étaient pas toutes issues de combat. Oui, le jeune homme s'était déjà confronté à des bokoblins ou des squelettes. Il s'était bravement défendu et parfois avec des armes improvisées (le ménestrel se sentit mal en apprenant qu'il avait tué des opposants à l'aide de branches !).
Le reste du temps, c'était souvent lié à sa maladresse. Le Héros semblait avoir une passion pour sortir des chemins pour aller battre la campagne. Cela lui permettait de voir ce que nul ne pouvait voir, d'explorer des lieux oubliés. Il y avait un peu d'insouciance dans sa quête, une légèreté qui contrastait lourdement avec le poids du destin qui pesait sur ses épaules. Ses signes étaient remplis d'émotion qu'Asarim parvenait à saisir, comprenant ses peurs, ses angoisses mais aussi ses joies. Et autres curiosités qu'il n'expliquait pas…
- Des… bananes lames sont tombées du ciel ?
- « Oui ».
- Sauf votre respect, ami voyageur, les bananes lames ne… tombent pas du ciel, normalement.
- « Peut-être qu'Hylia a eu pitié de moi ? » signa-t-il sans certitude. « J'ai essayé de chasser du gibier mais cela a été particulièrement infructueux en plus de m'affamer. Je n'avais plus rien dans le ventre depuis plusieurs jours… ces bananes lames sont tombées au bon moment ! »
- C-certes…
Le ménestrel n'insista pas, préférant le laisser croire à un miracle divin même s'il se doutait qu'il y avait forcément une intervention autre qu'Hylia pour le nourrir de bananes lames. Le jeune prodige expliqua également pourquoi il ne dormait pas : il se sentait suivi, épié en permanence et même l'abri des relais ne l'aidait pas à trouver le repos. Il avait ainsi décidé de ne pas se laisser aller au sommeil et de poursuivre ses errances même à la nuit tombée. Malheureusement cela avait ses déconvenues : en premier, le fait qu'il ne puisse pas se reposer comme il le voulait et en deuxième, il s'exposait beaucoup plus rapidement au danger qui l'entourait comme des lezalfos ou des bokoblins…
Contrairement à leur précédente rencontre, les deux restèrent longuement en compagnie l'un de l'autre, se contant histoires et aventures. Asarim était fasciné et captivé (bien qu'un peu inquiet aussi, quand il traduisait ses déboires). Le jeune homme n'éprouvait plus autant de honte en s'exprimant devant ses surprises sur le monde, comme la fois où il était passé près d'un nid d'abeilles. Il n'avait beau ne pas avoir touché à ce dernier, les travailleuses n'avaient pas apprécié sa proximité et l'avaient agressé sans aucune forme de pitié. A sa grande surprise, d'ailleurs, le faisant se débattre avec et souffrir de leurs nombreuses piqûres.
Souvent ses récits étaient plus de la malchance ou de la maladresse. Mais dans sa façon de décrire le monde, dans ses gestes, dans la lueur dans son regard, Asarim sut qu'il redécouvrait tout ce qui l'entourait. Aussi bien dans sa pratique que dans ses paysages. La journée passa sans qu'ils n'y fassent réellement attention et ce n'est que quand d'autres voyageurs demandèrent s'ils utilisaient le feu pour le repas qu'ils réalisèrent que la journée avait filé sans qu'ils ne le remarquent. Asarim proposa de manger également, proposant au Héros de se joindre à lui. Ce dernier accepta, uniquement s'il ramenait de la viande.
- Ce n'est pas nécessaire, essaya de dissuader le Piaf.
- « Je me suis amélioré », signa l'Hylien avec un air fier. « Ce ne sera pas long ! »
Il récupéra ses armes et son arc avant de s'éloigner à vivre allure. La région était plutôt montagneuse, le gibier n'était pas rare. Cependant il y avait une concentration assez forte de bokoblins mais plus redoutable de moblins. Et ces derniers étaient certes dispersés dans le secteur, cependant un combat n'étant jamais statique, Asarim redoutait que le Héros n'ameute une bande entière et ne soit pas en mesure de les défaire. Il fit tout son possible pour garder son calme et ne pas céder à une quelconque panique. Il devait lui faire confiance et ne pas le traiter comme l'enfant qu'il tendait à voir en lui.
Cependant, alors qu'il réajustait son accordéon pour s'occuper les mains et se détendre en jouant un air léger, il éprouva soudainement une affreuse sensation. Spontanément, il plaqua sa main dans sa nuque et se retourna, surpris de ne trouver que la tente du relais. Pourtant il eut l'horrible sensation que quelqu'un le regardait de façon très insistante. Il dodelina de la tête, son bec entrouvert par la surprise avant de faire claquer sa langue et de prendre une expression moins tendre, plus soucieuse. Le Héros avait indiqué une pénible impression d'être observé en permanence… est-ce que le fait qu'il ait passé du temps avec lui en faisait une cible ?
Asarim jeta un coup d'œil rapide aux alentours : pas de Héros pour le moment. Il inspira profondément, changeant soudainement sa mélodie calme pour des notes plus agressives et menaçantes, instaurant une ambiance plus sinistre autour de lui. Juste de quoi faire s'interroger les voyageurs à portée.
- Qui que vous soyez, murmura Asarim. Je ne me laisserai pas intimider aussi facilement.
Il reprit son air habituel, un léger flottement sur son visage, ses yeux plissés sous la menace qu'il venait de proférer. Qui que ce fût ou quoi que fût la source de cette observation, elle se dissipa très vite. Il soupira faiblement. Avant de déraper totalement sur ses notes alors qu'il vit arriver en courant le Héros… tenant dans ses mains du poisson. Clairement fraichement pêché mais pourquoi ses vêtements étaient-ils trempés ? Asarim sursauta en réalisant brutalement quelque chose.
- Vous vous êtes baignés ?! Avec vos blessures ?! se scandalisa le Piaf avec inquiétude.
- « Baigner : non. Pêcher : oui. »
- Oh par Hylia, murmura le ménestrel, déconfit.
- « Il faut bien aller le chercher le poisson », souligna le Héros avec un sourire.
- Pas un mot de plus !
Sans attendre, Asarim défit son écharpe et la jeta sur la tête blonde en face de lui avant de se précipiter au trot dans le relai. Par chance, le vendeur ambulant ne s'était pas trop éloigné et il lui demanda à tout hasard s'il avait un remède avec lui, quelque chose de rapide et efficace. L'autre le dévisagea, sceptique et argua qu'il gardait ces remèdes dans le cas où il trouverait un voyageur avec un scarabée enduro. Le Piaf lui proposa de lui acheter, pas de lui céder gratuitement et qu'il en avait besoin rapidement. L'autre finit tant bien que mal par lui céder et récupérer ladite somme, laissant Asarim retourner aux côtés d'un Héros confus. Il ouvrit la bouteille et regarda le Héros.
- Buvez ça, ordonna-t-il doucement. Je doute que vos blessures se remettent si vous ne vous ménagez pas.
Le Héros accepta assez facilement le remède et le but sans protester, laissant un sentiment indéfinissable dans la poitrine d'Asarim. La potion fût efficace car ses blessures les plus superficielles disparurent alors que les plus profonde se refermèrent assez pour n'être que des éraflures. Devant ce miracle, le jeune homme regarda ses bras, son torse et lança au Piaf un regard débordant d'admiration.
- Ces remèdes sont un peu compliqués à fabriquer, plus dans leur composition que dans leur fabrication. Si vous ignorez comment prendre soin de vos blessures, ces potions seront vos alliées. Cela ne vous rend pas invincible cependant, donc restez prudent…
A sa grande surprise, le jeune homme se jeta dans ses bras, pour l'étreindre affectueusement. Cette démonstration soudaine le prit au dépourvu mais il ne le repoussa pas. Au contraire, il ramena ses bras autour du corps du Héros et le garda contre lui sans rien dire. Ils restèrent ainsi quelques secondes avant qu'Asarim ne le repousse doucement et ne commence à s'occuper du poisson, préparant un repas toujours très simple.
Il regarda le Héros avaler goulument son repas et en voyant son air repu et satisfait, il lui rappela gentiment que dans les relais, il pouvait trouver des recettes. Soit pour de la cuisine pure, indiquant ingrédient et quantité. Soit pour des remèdes, il y en avait en tout genre, ce qui était pratique et utile. En apprenant cela, le Héros sortit sa tablette sheikah et prit en photo l'affiche du relais, se notant ainsi une recette. Avant de se tourner vers le ménestrel et de lui montrer la photo avec un immense sourire.
Puis vint l'heure du départ. Le Héros avait ses obligations et semblaient chercher des lieux précis, en quête de sa mémoire perdue. Il espérait vraiment que la déesse veille sur lui, il en avait réellement besoin à son humble et unique avis. Mais s'il pouvait lui octroyer, même rien qu'un peu, de l'insouciance, il sut malheureusement qu'il le ferait. Car en tant que survivant du Fléau, sa route était déjà tracée. Son devoir était là, dormant au fond de lui. Il n'avait clairement pas demandé un tel destin et tant de responsabilité, surtout sans se rappeler de quoi que ce soit.
Viendra alors le temps où il devra lui confier les chants de son défunt maître et de lui faire porter un peu plus de poids sur ses épaules. Mais pour le moment il se garda de l'accabler. Il devait préserver cette pureté dans son âme, celle qui le rendait si radieux et si fort à la fois. Qui sait, à leur prochaine rencontre, l'enfant sera devenu peut-être un preux chevalier ? Il se sentira bien moins coupable de lui imposer son devoir en ces conditions que de lui imposer dès à présent… et paradoxalement l'idée même que le chevalier dormant en lui se réveille l'inquiétait.
Et si… d'une façon ou d'une autre, le Héros qu'il découvrait disparaissait au profit d'un autre visage, d'un inconnu qu'il ne reconnaîtrait pas… ?
- Jusqu'à notre prochaine rencontre, que vos pas soient toujours guidés par la lumière, déclara Asarim en repoussant l'idée loin de lui.
Le Héros pencha la tête sur le côté, perplexe.
- « Mes pas soient toujours guidés par la lumière ? » mima-t-il, clairement confus.
- C'est une bénédiction de la déesse Hylia. Une sorte de charme pour que votre voyage se passe bien et que nous puissions nous retrouver prochainement.
Asarim remarqua le changement d'expression du Héros. Son sourire disparut, remplacé par une expression d'une peine infinie. Comme s'il avait réalisé quelque chose d'horriblement douloureux. Surpris de lui trouver un tel visage, le ménestrel plaça sa main sur son épaule, soucieux. Le Héros secoua doucement la tête et lui retourna sa bénédiction avant de s'en aller hâtivement, laissant qu'une confusion grandissante dans la poitrine du Piaf : ses mots, il ne les avait pas souhaités aussi… lourds. Il voulait que son bien. Mais en disant cela, il lui avait indirectement exposé sa propre situation.
Il n'était qu'un barde, chantant des contes anciens. Il n'avait absolument rien des braves guerriers Piaf de son village, comme Teba par exemple, ne sachant tout simplement pas se battre. Il écrasa lourdement ses plumes sur son visage, conscient qu'il avait accidentellement évoqué sa propre fragilité. A présent il allait devoir redoubler de prudence pour n'être ni embusqué, ni blessé. Si leurs chemins se recroisaient, il ne devait surtout pas avoir une seule blessure. Pour éviter que le jeune Hylien ne s'inquiète inutilement.
- Hylia, je t'en supplie, veille sur lui, murmura-t-il pour lui-même. Il aura bien besoin de toi si tu veux qu'il ramène la paix sur notre royaume…
J'adore Asarim :3c Il m'a énormément captivée quand je regardais mon amie jouer. Et je la suppliais de le retrouver dans tout Hyrule parce que j'étais intriguée, curieuse. Je voulais savoir qui il était. La raison pour laquelle Asarim a gardé son nom français et pas anglais, c'est juste parce que je l'ai connu comme Asarim et pas Kass ;3c ! De ce fait, quand j'en parle, je l'appelle affectieusement "Sasarim" ou "n'Asarim".
Le fait que Link ne sache pas soigner ses blessures est un choix purement personnel. C'est juste parce que... techniquement, soigner une blessure d'épée ou de flèche avec des pommes ce n'est pas vraiment crédible. Pour moi, c'est une mécanique de jeu mais pas de RP/écriture. De plus, j'ai tardé à comprendre le fonctionnement de la cuisine dans le jeu alors mon pauvre Link a un peu morflé avant que je ne sache faire des remèdes :v
