Bonsoir à tous!

Un grand merci pour toutes vos reviews qui m'ont fait énormément plaisir.

Et je dois dire que j'ai adoré vos réactions. Surtout lorsque j'ai constaté qu'il y en avait encore certains qui n'avaient pas vu le coup venir...

Ici, l'intégralité de l'intrigue révélée. J'attends vos commentaires!

Bonne lecture!


Chapitre 113 : Le fin mot de l'histoire

C'était en avril 1979.

Je devais renouveler les barrières de sang qui protégeaient le Clos-La-Rive. J'ai été particulièrement stupide et inconsciente ce soir-là. Je savais pourtant l'importance d'être présente exactement au bon moment pour renouveler les sortilèges. Je me rappelle qu'il pleuvait à verse... J'allais le faire, m'étais-je dit. Mais il a fallu quelques minutes d'étourderie et... Tom n'a pas manqué sa chance lui. Lorsqu'il a pénétré à l'intérieur du Manoir, je me suis crue perdue, et j'ai fait tout mon possible pour m'enfuir dans les premiers temps.

C'était vain, bien sûr.

C'était la première fois que je me retrouvais face à ce sorcier. On m'en avait tellement parlé, j'avais tellement entendu le récit des atrocités qu'il avait commises, de ma famille qu'il avait assassinée... Je m'en faisais une image si vile, horrible, difforme...

Quand on m'a amenée à lui, j'ai été d'abord frappée par sa quasi normalité. Il transpirait la magie noire par tous les pores, mais j'ai été stupéfaite de découvrir qu'il avait aussi l'air... civilisé.

Il me parlait même courtoisement. Oh, bien sûr, cette courtoisie n'était qu'une façade pour m'amadouer ! Dès que mes réponses ne lui apportaient pas satisfaction, le ton changeait immédiatement. Il avait la baguette leste. J'ai fait ce soir-là connaissance avec le sortilège Doloris, comme tous ceux qui ont croisé son chemin. J'ai vite compris que le plus simple était de céder à ses demandes. Il redevenait alors poli et... presque aimable ! Il agissait comme un fou, un schizophrène. Mais en réalité, il n'était rien de tout cela. Il était juste un grand manipulateur.

Quoi qu'il en soit, j'ai assez rapidement réalisé que son intention n'était pas de me tuer, aussi improbable que cela pouvait me paraître. Il m'a alors parlé d'objets ayant appartenu aux fondateurs. Il voulait retrouver. Le diadème de Serdaigle en faisait partie.

C'était ce qui l'amenait au Clos.

Dans l'un de ces moments où il a cherché à m'amadouer pour obtenir plus rapidement ce qu'il voulait, il m'a fait miroiter que je pourrais devenir l'une des leurs, particulièrement respectée par mon ascendance de Rowena Serdaigle.

Je n'étais pas dupe de ces mirages, mais j'ai néanmoins réalisé une chose qui m'a gardé en vie bien plus longtemps que je ne l'aurais pronostiqué alors :

Du peu que je savais de Tom Jedusor, c'est ce que tu m'en avais dit, Papa, qu'il était l'héritier de Serpentard. Et il voyait en moi l'héritière de Serdaigle. Si les liens du Sang comptaient autant qu'il y paraissait pour lui, il allait rechigner à tuer la dernière descendante de ce qu'il considérait comme la deuxième plus grande fondatrice après Serpentard, m'a-t-il avoué plus tard.

A partir de ce moment-là, j'ai décidé de faire ce qu'il me demandait et d'attendre mon heure.

C'est ainsi que je me suis retrouvée prisonnière de luxe dans son quartier général.

J'ai eu droit à un lit, un semblant de sanitaires, et des repas à peu près corrects dans les cachots du Seigneur des Ténèbres. Traitement particulier de faveur, aucun des mangemorts n'était autorisé à m'approcher sans son autorisation, et encore moins à jouer avec moi. Pour cela, je lui en étais reconnaissante. Certains avaient l'air complètement fous, et j'entendais le sort qui était réservé aux autres prisonniers moins chanceux.

Je crois que ma présence distrayait Tom. Vraiment.

J'étais une sorte de trophée. Et je crois que cela m'occupait aussi quand il venait me voir. C'est bizarre à dire... J'avais la peur au ventre, je savais que je devais surveiller chacune de mes paroles... mais au moins ce stress, cette adrénaline qu'il me procurait à chaque fois qu'il passait la porte de mon cachot, cela m'occupait. Je me sentais vivante... encore.

Un jour il m'a amené un vieux grimoire écrit en runes dont la traduction lui paraissait obscure. Il s'agissait d'horribles expériences menées il y avait presque 1000 ans par des mages noirs pour tenter de devenir immortel. Je lui ai traduit sans broncher le manuscrit. Il était ravi. Tellement qu'il a invité quelqu'un à partager la découverte. Je me souviens de cette scène avec tellement de précision... Peut-être parce que c'est à ce moment-là que tout s'est joué quand je regarde tous ces mois de captivité avec du recul.

Il ne s'agissait pas d'un mangemort. Il s'agissait d'une femme. D'une nécromancienne. Gwendoline Grunt. Cela doit te rappeler des souvenirs, Severus...

J'ai très vite compris que Gwendoline avait un statut complètement à part des autres serviteurs de Jedusor. Elle était presque sur un pied d'égalité avec Tom. A partir de ce moment où ils avaient pris conscience de mes connaissances, tous les deux descendirent très fréquemment me voir. J'avais presque l'impression que mon cachot se transformait en salon de discussion.

Régulièrement, on m'amenait des parchemins à décrypter, ce que je faisais avec d'autant plus de complaisance que cela rompait l'ennui dans lequel j'étais plongé le reste du temps. Peu à peu, ma peur vis-à-vis de Tom s'est atténuée. J'avais presque l'impression d'être une invitée d'honneur en sa présence.

Je savais bien que ce n'était qu'une illusion, mais, comparé à mes premiers jours, je me sentais dans une relative sécurité. Il n'avait pas l'intention de me tuer dans l'immédiat, et tant que je me rendais utile et que je ne le défiais pas, je pouvais m'en sortir vivante... enfin au moins à court terme, car je ne voyais vraiment pas comment tout cela allait se terminer. Je n'oubliais pas que je faisais partie de l'autre camp et que j'étais la fille de son pire ennemi. Je savais que je devais guetter la moindre occasion de m'échapper. Le Seigneur des Ténèbres était par-dessus tout un esprit lunatique et pouvait décider un jour d'en finir avec moi sans que je puisse le prévoir.

Je me familiarisais donc avec le personnage. Je dois dire que Tom était à l'époque... fascinant. Il avait une approche de la magie complètement différente de celle enseignée par mes ancêtres. Beaucoup plus brutale. Et je me suis bien gardée de lui parler de magie essentielle... C'était également hallucinant de voir à quel point il semblait profondément convaincu de sa suprématie et de son bon droit dans ses exactions. J'étais perplexe devant cette intelligence aiguë qui parvenait à se fourvoyer aussi magistralement. Je finissais par oser remettre en question certaines de ses théories. Et je constatais qu'il ne s'en offusquait pas. Je savais toujours à quel moment m'arrêter pour ne pas le mettre en colère, et je crois que ma prudence lui plaisait. En fait cela l'amusait. A partir de ce moment-là, il est venu me voir tous les jours. Du statut de trophée, j'étais passée à celui de récréation.

Qu'est-ce qui m'est passé par la tête à ce moment ? J'ai peut-être vaguement envisagé la possibilité de parvenir à avoir une quelconque influence sur lui. Je savais bien que je ne pouvais pas le changer, qu'il était trop perverti pour effectuer un retour en arrière aussi mince soit-il. Mais j'ai souhaité pouvoir le faire. Il était intelligent, charismatique... aussi impensable que cela puisse paraître, j'ai commencé à éprouver des sentiments pour lui.

Ne me regardez pas comme ça, je sais que l'idée même paraît délirante...

C'était très confus, c'était un mélange de pitié, de peur, de reconnaissance aussi pour être toujours en vie et me témoigner un intérêt, d'émulation intellectuelle et d'attirance physique. J'ai fini par admettre que j'étais amoureuse de lui. Et cela me révulsait dans le même temps. C'était irrationnel et contre-nature.

Dans le même temps, j'ai fréquenté Gwendoline Grunt.

Au début, cette femme m'observait beaucoup. Et puis, cela faisait un peu plus d'un mois que j'étais captive quand elle est venue me voir, seule.

Gwendoline était très déroutante. Pour être honnête, je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi manipulateur. Pour avoir réussi à berner Tom... il ne fallait pas avoir froid aux yeux et être sacrément sûr de soi...

Cela faisait plusieurs semaines que j'étais prisonnière quand elle est venue me voir pour me parler loin des oreilles du Maître.

Je ne savais pas comment aborder le personnage au début. Elle restait à la fois distante, tout en étant très intrusive. Elle me posait des ultimatum tout en semblant vouloir m'aider. Elle semblait vouloir atteindre des buts honorables par des moyens parfaitement machiavéliques.

Elle avait remarqué mon attirance envers Jedusor. J'avais terriblement honte, mais elle a abordé la situation avec un détachement et un pragmatisme qui m'ont laissé pantoise. Elle m'a dévoilé les intentions de Tom :

Contrairement à ce que j'espérais encore naïvement, j'étais perdue.

J'ai appris par Gwendoline que Tom avait crée des horcruxes et que le diadème de Serdaigle allait être le cinquième d'entre eux. Et que ma mort allait servir à le créer. Jedusor pensait que tuer l'héritière de Serdaigle renforcerait le maléfice. Gwendoline m'a expliqué qu'il était conscient d'être allé plus loin que quiconque dans la recherche de l'immortalité, et que si tant était qu'il se fichait de mutiler son âme, il était en revanche conscient des risques et de l'instabilité grandissante de son âme à chaque horcruxe qu'il créait. Il était donc à l'affût de tout ce qui pouvait stabiliser le processus. Mon lien avec le diadème lui paraissait un bon début.

Est- ce que ça allait changer quelque chose concrètement ? Gwendoline ne le croyait pas. Mais j'ai été ahurie lorsqu'elle m'a dit qu'elle n'avait pas l'intention de l'en dissuader. D'abord parce qu'il allait bien falloir qu'il tue quelqu'un et qu'il m'avait sous la main si vous voyez ce que je veux dire. Et qu'il attachait beaucoup d'importance aux symboles. Et puis j'aurais fini par y passer un jour ou un autre à moins de parvenir à m'enfuir, ce qui je le reconnaissais moi-même un peu plus chaque jour, était complètement irréalisable.

Oui, Gwendoline était vraiment du genre pragmatique...

Avec cette charmante entrée en matière, vous imaginez ma confusion. Hormis m'annoncer que ma fin était proche, je ne voyais vraiment pas les intentions de la nécromancienne.

Alors, elle m'a fait part d'un plan.

C'était horrible. C'était démentiel.

Cela reposait sur tellement de suppositions !.. c'était jouer avec la mort, littéralement.

Gwendoline avait l'intention de dire à Tom que selon ses expériences et les conclusions qu'elle pouvait en tirer, tuer l'héritière de Serdaigle pouvait stabiliser et rendre plus puissant l'horcruxe, mais cela pouvait aussi avoir l'effet inverse d'allier la puissance de mon ancêtre à la mienne pour lutter contre l'acte contre-nature qu'il allait commettre.

A ce stade, je ne voyais vraiment pas l'intérêt d'une telle démarche, mais il est vrai que son plan était tellement tordu...

Mais j'ai compris par la suite :

Gwendoline allait en revanche lui dire que se lier à moi avant de me tuer permettrait d'une part d'éloigner ce risque, et d'autre part de stabiliser son âme encore incarnée et de renforcer sa propre connexion avec l'horcruxe. Elle voulait donc lui suggérer de me posséder physiquement.

Au début je l'ai prise pour une folle doublée d'une perverse, et je ne voyais vraiment pas ce que j'avais à y gagner. Mais au fil de conversations, elle a fini par me convaincre.

Et j'ai donné mon accord.

Gwendoline a donc conseillé Jedusor et à partir de ce moment, il n'a cessé de se fourvoyer un peu plus en avant à chaque fois qu'il écoutait les conseils bien avisés de celle qui l'avait suivi pendant presque 30 ans.

Ce que Tom ignorait bien sûr, c'est qu'en agissant ainsi il y avait quelques chances que l'avada qu'il me lancerait alors ne me serait pas mortel.

Cela reposait sur une théorie scabreuse de Gwendoline: en ayant une relation sexuelle avec moi, Tom allait à son insu provoquer un lien. C'était une forme d'amour... enfin en principe. Et si ce lien se créait correctement, il devenait alors contre nature et donc à priori impossible de tuer quelqu'un qu'on aime. Par un moyen purement magique s'entend, bien sûr.

J'étais très sceptique. Bien évidemment tuer un être aimé d'un avada, cela n'est à priori pas possible car c'est aller contre les lois de la magie essentielle. Mais je voyais tellement de chose à redire dans ce plan !

D'abord on ne parlait pas du sorcier moyen trouvé au coin de la rue. On parlait du Seigneur des Ténèbres. Et Tom était tout à fait capable de violer la magie essentielle, il l'avait prouvé maintes fois par le passé.

A cela Gwendoline m'a répondu qu'il l'avait toujours violé consciemment. Hors là, il n'aurait pas conscience qu'il était en train de bafouer la magie essentielle et ne chercherait donc pas à lutter contre elle dans un rapport de force. De plus il serait déjà, consciemment cette fois, dans un rituel de la plus obscure et dangereuse magie noire en train de créer un horcruxe. Gwendoline était convaincue qu'il ne pourrait pas à la fois violenter la magie pour briser un peu plus son âme et pour tuer l'être aimé dans le même temps. L'un ou l'autre, et de préférence l'aspect inconscient, allait lui échapper.

J'ai compris la logique de son raisonnement. Mais tout cela ne reposait que sur des hypothèses.

Et ce n'était pas tout.

Il y avait un autre coup de poker monstrueux.

C'était la notion d'être aimé. Est-ce que aimer physiquement allait suffire ? Et même cela ! C'était tellement incertain. Tom était tellement éloigné d'un acte aussi primaire. Etait-il seulement capable d'éprouver du désir ? Etait-il encore suffisamment humain ? Restait-il encore en lui autre chose que des pulsions mortelles ? S'il ne voyait en moi qu'un objet pour son objectif, s'il n'éprouvait aucun plaisir durant l'acte, je ne voyais pas comment la magie essentielle allait alors me considérer comme aimée d'une quelconque façon.

Ce qui amenait au dernier problème, le seul sur lequel j'avais un quelconque pouvoir. Il ne fallait pas que ce soit un viol. Et cela, moi seule pouvait décider de le subir en tant que tel ou non. Il fallait que je le désire, il fallait que je sois consentante. Et pas seulement pour survivre. Si Tom l'ignorait, je savais moi en revanche qu'on ne pouvait pas berner la magie essentielle.

Il y avait tellement de « si »...

Mais Gwendoline était sûre d'elle. Elle était sûre de parvenir à manipuler Tom. Le reste ne dépendait que de moi. J'ai fini par donner mon accord. Et une fois le plan mit en branle, il n'y avait plus moyen de faire demi-tour...

C'est dans ces circonstances, Kécile que tu as été conçue. Je t'ai vue. Quelques heures même après l'acte. J'ai donc réalisé que j'allais être enceinte. Alors que j'allais mourir d'un jour à l'autre. Je me suis donc tournée vers ma seule alliée. La seule à qui, pour une raison que j'ignorais encore, je sentais confusément que je pouvais faire confiance.

Gwendoline m'a assuré qu'elle trouverait une solution pour que Tom me laisse en vie jusqu'à la naissance de mon bébé. Et qu'elle pourrait aisément le convaincre de lui laisser la vie sauve. Je n'avais pas d'autre choix que de la croire.

Mais j'ai voulu savoir. Je ne comprenais pas pourquoi elle faisait tout ça. Pourquoi prenait-elle tous ces risques ?

Gwendoline m'a alors raconté son histoire. Celle d'une nécromancienne tombée amoureuse d'un moldu.

Elle m'a raconté le coup de foudre improbable qui a bouleversé sa vie, sa relation tenue secrète avec ce moldu, son incapacité à quitter Tom Jedusor, et quelques mois avant ma capture, l'assassinat de son amant par des mangemorts, inconscients d'avoir choisi la mauvaise victime, et enfin la naissance clandestine d'un bébé qui n'allait plus tarder.

Gwendoline avait donc décidé de tenter de mettre fin au règne du Seigneur des Ténèbres dont elle avait aidé l'ascension.

Nous nous étions en quelque sorte trouvées... Deux femmes sous l'emprise du Seigneur des Ténèbres. Deux femmes désespérées, acculées et prêtes à tout.

Je pense que nous n'avons jamais douté l'une de l'autre. Nous nous étions reconnues comme uniques alliées en cette situation. Nous n'avions pas d'autre choix que de nous faire confiance.

Je lui avais livré ma vie, et m'a livré son secret.

Elle m'a tout dévoilé des horcruxes. Elle m'a fait promettre de détruire le diadème si je survivais.

A l'époque, elle ne savait pas encore très bien comment elle allait s'y prendre pour venir à bout de Jedusor. La seule certitude qu'elle avait, c'était qu'elle devait continuer à faire croire à sa parfaite loyauté et ne pas montrer l'ombre d'une hésitation afin de toujours être dans les confidences du Maître.

Sans parler du fait que si d'aventure il apprenait sa trahison, il voudrait sa mort à tout prix. Gwendoline connaissait son secret, il en aurait fait une priorité entre toutes.

Elle m'a fait part de ses réflexions : si elle détruisait elle-même les horcruxes, Tom n'aurait qu'à en fabriquer de nouveaux. Plus fragiles, certes, Nagini en a été la preuve. Mais les obstacles à sa mort seraient toujours les mêmes. Il fallait que ce soit quelqu'un en dehors du champ de vision du Seigneur des Ténèbres qui agisse, quand celui-ci serait sûr que tout danger serait écarté.

Le problème, c'est qu'à l'époque, nous n'avions aucune piste pour détruire un horcruxe. Gwendoline en était arrivée à la conclusion qu'il fallait faire mourir l'horcruxe, de manière aussi irrémédiable que si c'était un être vivant. Théorie qu'elle n'avait jamais pu vérifier, ne pouvant en aucun cas prendre le risque que Tom découvre ses tentatives.

Je n'ai pas douté de son récit. J'aurais pu, mais j'avais reconnu une mère aux abois, un sentiment tout nouveau que je découvrais, démunie et à la merci de mon futur meurtrier.

Alors j'ai une fois de plus fait confiance à Gwendoline et je l'ai laissé convaincre Tom de me garder en vie jusqu'à ce que j'accouche.

Elle a fait valoir le seul côté positif qui pouvait intéresser Jedusor : un enfant issu du sang de Serpentard et de Serdaigle. Un enfant qui unirait les deux plus prestigieuses lignées à ses yeux. C'est pour cette raison qu'il t'a laissé la vie, Kécile.

J'ai eu beaucoup de visions durant ma grossesse. J'avais souvent du mal à démêler dans mes rêves ceux qui étaient le fruit de mes peurs et ceux qui étaient réellement un aperçu de ton avenir. Je te voyais au manoir. Je te voyais aussi à Poudlard. Et je voyais toujours un mangemort dans ton ombre. Toi Severus. J'ai fini par comprendre que d'une manière ou d'une autre, tu aurais un rôle important à jouer auprès de Kécile.

Gwendoline a été tenue éloignée de moi durant une grande partie de ma grossesse. J'ai donc cherché à renouer des liens avec toi. On ne peut pas dire que tu m'a beaucoup aidé, n'est-ce pas, Severus ? Mais je savais que tu n'avais pas l'âme assez noire pour être un mangemort comme cette folle de Bellatrix ou ce psychopathe de Rookwood. J'ai voulu te faire confiance et faire confiance à mes visions.

Durant les dernières semaines de ma grossesse, alors que le diadème de Serdaigle était prêt pour le rituel où je devais mourir, Gwendoline est revenue me voir.

Elle m'a confié une prophétie qui avait été rapportée à Tom. Elle y voyait une possibilité de le détruire. Elle voulait pousser Tom à passer à l'action quand il s'interrogeait encore sur la signification et les conséquences de cette prophétie. Elle voulait le pousser à faire une bêtise. Il était vrai qu'elle était la seule à avoir suffisamment d'influence pour être écoutée.

Je l'ai mise en garde contre une telle entreprise. Nous avons longuement discuté de ce que cette prophétie pouvait signifier, nous ne savions pas à l'époque de qui il s'agissait, Harry.

Pour être honnête, je ne crois pas que cela aurait changé grand chose. Bien sûr, si j'avais su qu'elle concernait Lily, ma seule amie de l'époque de Poudlard, j'aurais tenté d'influencer le cours des événements.

Mais je ne pense pas que cela aurait changé quoi que ce soit.

Gwendoline était effroyablement déterminée. Elle voyait cette prophétie comme la seule véritable chance d'en finir.

Elle semblait convaincue que Tom allait aller trop loin et pouvait en mourir. Il avait crée six hocruxes. Son âme était devenue si fragile... Elle voulait y croire.

Mais si ça ne marchait pas ? Lui ai-je dit.

Alors, c'était la fin pour elle. Elle était prête à prendre le risque.

Elle m'a dit qu'elle savait trop de choses pour espérer vivre en cas d'échec, mais aussi suffisamment pour aider à détruire Jedusor, au delà de sa propre mort.

Si son plan tournait mal, je lui ai dit de fuir, de quitter l'Angleterre, de sortir du champ d'action des mangemorts.

Mais elle était convaincue qu'aucun pays ne serait suffisamment éloigné pour empêcher le Seigneur des Ténèbres de la retrouver. Et temps qu'elle serait en vie, Jedusor considérerait ses horcruxes en péril. Elle en était arrivée à la conclusion que si elle échouait, elle n'allait pas mourir. Elle devait mourir.

J'ai tenté de la faire changer d'avis, de lui faire voir qu'il y avait d'autres solutions. Je lui ai rappelé sa fille, Cecile, qu'elle avait laissé à la garde de ses beaux parents moldus. Elle m'a rétorqué que la seule chance de survie pour son enfant était que personne, pas même elle, n'apprenne l'identité de sa mère. Gwendoline n'a rien voulu entendre. Pour elle, à partir du moment où Tom connaîtrait sa trahison, elle n'aurait plus aucun intérêt à rester en vie. Elle était décidée à jouer quitte ou double. Elle considérait qu'elle payerait le prix de ses actes, de ses activités.

A trop avoir étudié la mort, elle risquait de se faire rattraper par la faucheuse plus tôt qu'elle ne l'avait imaginé.

La dernière fois que nous nous sommes vues, tu étais là, Severus. Les dés étaient lancés pour toutes les deux, et nous allions chacune vers la Mort, sans savoir si nous parviendrions à la déjouer.

La suite, tu la connais comme moi. Kécile est née, je te l'ai confiée. Malfoy est venue la chercher pour l'emmener chez lui, et Tom... Tom est descendu... Et je suis morte.

Enfin ça, c'est ce que tout le monde a cru. A commencer par moi pour être honnête. Le corps que tu as enterré, Severus, si ce n'était pas un cadavre, ça y ressemblait quand même beaucoup...

Je ne sais pas combien de temps se sont passés avant mon réveil. Plusieurs jours au moins, peut-être davantage, je n'ai jamais pu savoir, j'avais bien trop perdu le fil du temps en captivité.

Mon retour à la conscience a été assez pénible et angoissant. Je me suis réveillée dans une boîte, sans air, claquemurée entre quatre planches, sans savoir comment j'étais arrivée là.

Je n'avais plus aucun souvenir de ce qu'il s'était passé. La dernière chose dont j'étais capable de me rappeler était de t'avoir dit au revoir au Clos, Papa. Après, c'était le trou noir.

Je me sentais très faible, j'avais de plus en plus de mal à respirer, mais je n'avais pas conscience que c'était tout simplement l'air qui me manquait. J'ai dû perdre connaissance plusieurs fois, j'étais dans un état tellement second... Et puis, tout d'un coup, tout m'est revenu, j'ai tout revu.

J'ai brusquement compris que j'étais enterrée. Vivante. J'ai paniqué. Tout a explosé autour de moi. L'instant d'après je me retrouvais à l'air libre, couverte de terre et d'échardes, mais en vie et en liberté.

Mais trop faible pour bouger.

Quand je me suis réveillée une nouvelle fois, j'étais au Clos, dans le lit de ma chambre avec Dina à mes côtés. Elle m'a raconté que c'est Eolia qui m'a ramenée. J'étais restée 5 jours dans un état critique. Et il m'a fallu beaucoup de temps pour me remettre. J'avais probablement subi trop de chocs en trop peu de temps : l'accouchement, l'Avada Kedavra, la magie spontanée qui m'avait sorti de ma tombe, ma situation en elle-même qui était surréaliste... Je me suis retrouvée totalement drainée. C'était comme si toute la magie en moi avait été épuisée. Je n'étais plus totalement moi-même.

Tino et Dina m'ont dit que j'avais souvent des absences. Parfois, ils avaient même peur que je devienne folle j'étais plongée dans des visions qui me faisaient délirer. Il m'arrivait de croire que j'étais toujours là-bas, dans les cachots du Seigneur des Ténèbres. Il m'a fallu plus d'un an pour me remettre complètement. Un an pendant lequel tu n'es pas venu au Clos-La-Rive, et j'avais interdit aux elfes de te prévenir.

J'avais terriblement honte. Je n'étais pas prête à t'affronter, je … préférais que tu me crois morte avec honneur, plutôt que tu me saches vivante et souillée.

Quand j'ai eu suffisamment de distance avec les événements, et Merlin sait combien cela a pris du temps, j'ai appris le séisme qui secouait le monde sorcier : Le Seigneur des Ténèbres était tombé. On le disait mort depuis plusieurs mois.

J'en ai conclu que Gwendoline avait mis son projet à exécution. Je n'avais aucune idée de ce qu'il était advenu d'elle. Et à dire vrai, je n'ai pas cherché à le savoir. J'étais terrorisée à l'idée de voir revenir Jedusor, une nouvelle fois. Je savais que c'était assez irrationnel, mais quelque part j'avais l'impression qu'il allait apprendre que j'étais en vie. Mais personne ne le savait. Pas même Gwendoline qui ne pouvait connaître le résultat de sa supercherie.

Je n'avais qu'une idée en tête, c'était de me mettre à l'abri. Et curieusement, ce besoin était d'autant plus fort qu'on disait le Seigneur des Ténèbres disparu. C'était comme si un monstre était tapi dans l'ombre et pouvait surgir à n'importe quel instant. D'une certaine manière, l'ennemi invisible est beaucoup plus terrifiant que l'ennemi annoncé.

J'ai donc pris la décision de quitter le Clos-La-Rive.

J'ai érigé des barrières pour protéger le domaine. Et j'ai quitté l'Angleterre. Je me suis longtemps fondue dans la société moldue. Les années ont passé.

Mais il y avait toujours cette vision qui revenait : je te voyais, Kécile, à Poudlard. Tu étais encore loin d'être en âge d'y rentrer, mais plus les mois passaient, plus cette vision me harcelait, comme si mon subconscient essayait de me faire passer un message.

Le plus évident était que je pourrais t'y retrouver. Mais je dois l'avouer, je ne voulais pas être reconnue. A cause de la honte, de la culpabilité, de la peur surtout... et puis un élément stratégique non négligeable qui avait au moins l'avantage de me donner une excuse : Tom Jedusor, après avoir découvert la trahison de Gwendoline, avait dû comprendre notre complicité et devait se douter que j'avais été au courant des horcruxes. Mais il me croyait morte et par là même il croyait donc son secret à l'abri. Le meilleur moyen d'être sûre qu'il n'apprendrait jamais la vérité, c'était encore que personne d'autre ne le sache. Pas même ma fille. Pas même mon père.

Mais même une fois cette décision prise, les visions à ton sujet continuaient de me harceler. J'ai fini par décider de me rendre à Poudlard dès que je le pourrai. J'ai réintégré la société sorcière sous le nom de Lucile de Visnel d'Haves. Il n'y avait aucun poste libre à Poudlard dans mes cordes. Je me suis donc fait embaucher à Beauxbâtons.

Cela a été assez douloureux au début, cela me rappelait tellement de souvenirs... de Maman, surtout, de mes amis qui me croyaient tous morts.

Mais ce n'était rien à côté de l'épreuve qui m'attendait lorsque j'ai pu postuler à Poudlard au poste de professeur de divination, il y a deux ans.

J'ai cru un nombre incalculable de fois que mon nouveau directeur allait me reconnaître. Pour ne rien arranger, tu as été assez vite soupçonneux à mon égard, Severus. Ce qui me sauvait, c'est que d'après les bruits qui courraient tu étais assez soupçonneux à l'égard de tout le monde ! Et puis j'assistais de loin à tes difficultés, Kécile. Sans pouvoir intervenir.

Je finissais par souhaiter que tu comprennes, Papa. J'ai été plusieurs fois à deux doigts de tout te dire, mais à chaque fois les conséquences d'une telle révélation me paraissaient trop hasardeuses. Et plus je gardais longtemps le silence, plus je me disais que ça n'avait pas de sens de céder maintenant.

Mais je sentais que le dénouement approchait.

Le soir où il y a eu ce combat dans l'école avec les mangemorts et où tu es tombé de la tour d'astronomie, j'ai un temps cru que tu étais mort, comme tout le monde. J'étais dévasté. Je m'en voulais terriblement.

Mais les signes m'ont rapidement fait comprendre que tu étais vivant. Et qu'il était temps de rassembler ses armes. C'est pourquoi je suis allée chercher ce diadème. Et que je vous ai rejoins. Malgré vos barrières. Grâce au chant des amours perdus. Un sortilège de mes ancêtres qui permet de retrouver les êtres aimés.

« Rendre visibles les êtres invisibles et accessible l'inaccessible par l'amour. »