Les prénoms anglais vont un peu commencer ici. Comme je l'ai déjà expliqué, je n'ai pas tout le temps accès à ma console et le seul site qui référence tous les personnages par zone ne propose que les noms anglais et japonais... Si quelqu'un à un site miracle, je ne dirais pas non :3
Chapitre 4 - Sidon
- Vous êtes sûr de vous ? Vous avez bien croisé un Hylien… ?
- O-oui, mon prince. Il était en train de marcher tranquillement et je l'ai abordé depuis la rivière. Il s'est arrêté et je lui ai bien indiqué que vous attendiez à ce pont !
- C'était y a combien de temps… ?!
- … Plus d'une semaine, mon prince…
Sidon se retint d'afficher son exaspération. Le pauvre Zora en face de lui semblait déjà bien assez culpabiliser, il n'avait aucune raison d'insister sur ce point. Les autres Zoras eurent la même réponse : ils avaient tous vu l'Hylien, se dirigeant plus ou moins vers le pont où il siégeait. Sauf qu'à aucun moment le prince Sidon ne l'avait vu, croisé ou aperçu. L'étonnant profondément : comment quatre personnes différentes pouvaient croiser un même individu sans que lui-même ne puisse le voir ? C'était comme s'il le fuyait ! Etait-ce un signe, lui signifiant que son idée était stupide ? Est-ce qu'il devait réviser son jugement… ?
- Nous sommes profondément désolés, mon prince, s'excusèrent les Zoras confus.
- Non, ne vous excusez pas. C'est mon idée à l'origine. Je ne dois pas oublier que vous êtes des volontaires. Rentrez au domaine, je… vais attendre encore un peu.
Ses compagnons d'infortune le regardèrent avec beaucoup de peine et de désespoir. Et pas sans raison : leur domaine était en péril et le temps leur était péniblement compté. Ils ne pouvaient pas attendre indéfiniment… et cet énième échec était un coup dur pour leur moral. Sidon essaya de garder sa joie de vivre, de ne pas se laisser abattre. Ce n'était pas dans sa façon d'être que de se décourager de la sorte. Les volontaires protestèrent et proposèrent encore leur aide mais Sidon refusa : ils avaient besoin de repos et ils devaient aussi profiter de leurs proches. Ils étaient absents depuis plusieurs jours.
A contre cœur, les jeunes Zoras obéirent à leur prince et s'en allèrent en remontant la rivière jusqu'à leur domaine, laissant Sidon seul. La pluie diluvienne qui tombait était une menace permanente, un rappel cruel d'à quel point leur belle cité était en danger. Le prince releva la tête vers le ciel, se demandant s'il arriverait à trouver la bonne personne avant qu'il ne soit trop tard. Il n'avait malheureusement pas beaucoup de temps. Ce dernier se campa en hauteur, scrutant le pont qui menait au domaine Zora. Il y avait peu de voyageurs qui s'attardaient dans le coin. En premier parce qu'il y avait des campements de lezalfos et de bokoblins sur le chemin. Et ensuite, parce que cette tour sortie de nulle part semblait effrayer les voyageurs les plus téméraires…
Quand ils ne le fuyaient juste pas lui tout simplement… Il soupira faiblement et scruta les alentours : comment garder espoir quand tout semblait être contre lui ? Mais alors qu'il pensait éventuellement rentrer à son tour et revenir une prochaine fois, il remarqua quelque chose de curieux dans le ciel gris. Il plissa les yeux, essayant de déterminer s'il n'imaginait pas des choses.
Mais… non. Descendant dans une chute ralentie par un étrange outil, une personne glissait tranquillement vers le sol. Sidon écarquilla les yeux, beaucoup trop surpris de voir une PERSONNE descendre du ciel comme un messie ! Le voyant se détourner sa position, le Zora essaya de capter son attention avant de se faire la réflexion qu'il ne devait pas être très visible dans cette pénombre permanente !
Puis dans sa panique que cette personne lui échappe, il attrapa le sifflet qu'il avait autour du cou, inspira profondément et souffla dedans de toutes ses forces. Le bruit fût péniblement strident, même pour lui. Mais encore plus quand l'individu lâcha son objet de vol pour s'écraser dans la boue, plusieurs mètres plus bas. Sidon sursauta : par Hylia ! Il n'avait jamais souhaité un tel accident ! Il s'empressa de sauter de son perchoir et se précipita pour rejoindre le malheureux. Ce dernier était déjà en train de se redresser, chassant péniblement l'eau et la terre de sur son visage. Sidon s'agenouilla à ses côtés et tendit spontanément une de ses mains, profondément confus.
- Mes excuses, je ne voulais pas te faire tomber ! Oh, je suis… horriblement confus !
Il aida le pauvre Hylien à se redresser et ce dernier courut chercher son étrange instrument avant de le plier et de le ranger soigneusement dans son dos. Puis se tourner et de l'étudier en silence. Sidon ne put s'empêcher de se réprimander mentalement : comment demander de l'aide à un Hylien après avoir manqué de le tuer bêtement ?! C'était juste… aaah vraiment, pourquoi tout devait être contre lui ces derniers temps ? Il avait une de ces malchances ! Pourtant le jeune homme leva ses mains et exécuta une série de signes. Le Zora pencha la tête, perplexe. Avant de réaliser :
- Oh, mon Hylien signé est un peu rouillé, s'excusa-t-il. Peux-tu répéter s'il te plaît ?
Le jeune homme signa à nouveau et Sidon dit à haute voix ce qu'il comprenait de lui. Devant l'expression grimaçante de l'Hylien, il sut qu'il… ne semblait pas comprendre correctement ses propos alors l'autre prit sa main dans la sienne et de l'autre traça des signes dans sa paume. Comprenant son initiative, Sidon se concentra pour essayer de comprendre sa phrase écrite sur sa main.
- « Je ne suis pas tombé à cause de vous », traça l'Hylien. « J'étais à bout de force, je serais tombé à un moment ou un autre. »
- C-certes…
- « Je vais bien. Inutile de vous inquiéter. »
Sidon dodelina de la tête, perplexe : il semblait être sincère dans ce qu'il disait. Il gratta sa joue, encore honteux de toute la situation dans laquelle il s'était retrouvé accidentellement.
- Tu es… tu es un Hylien, pas vrai ? demanda-t-il avant que l'inconnu ne s'en aille, désespéré malgré lui, perdant son assurance habituelle pour une panique qui ne lui ressemblait pas.
- « Oui », signa-t-il de sa main avant d'hésiter mais voyant que Sidon avait compris, il ravisa toute correction.
- C'est bien ce que je pensais ! Ah, mais je manque à tous mes devoirs… Je suis Sidon, prince des Zoras ! déclara-t-il avec une expression fière et un sourire franc. Comment t'appelles-tu ? Donne-moi ton nom !
L'étranger eut un mouvement de recul avant de pencher la tête sous la perplexité. Il exécuta des signes, épelant son nom. Malheureusement, Sidon peina à le comprendre : vraiment, sa très chère sœur lui avait enseigné ce langage jadis mais depuis sa perte, il n'avait clairement peu ou pas eu d'occasion de pratiquer ce dernier. Perdant alors ce précieux enseignement dans le temps ! Et il le regrettait profondément vu qu'il ne comprenait vraiment pas ce pauvre garçon. Si seulement il avait été plus assidu ! Il aurait dû demander à son père ou à Muzu de continuer de lui enseigner ! Ce dernier haussa les épaules et écrivit son nom dans sa main. Sidon dodelina de la tête.
- Link ? articula-t-il. Link ! Ça sonne bien ! s'exclama Sidon avec joie.
« J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ce nom quelque part… » pensa-t-il pour lui-même. Il chassa cette impression rapidement et ouvrit les bras, plein d'espoir et de volonté : l'Hylien n'avait pas fui soudainement sans prévenir ou sans raison, acceptant de l'écouter attentivement.
- Link, tu es un puissant guerrier Hylien, n'est-ce pas ?!
- « Puissant ? » écrivit le jeune homme.
- Cette allure… cette aura extraordinaire qui émane de tout ton corps… ! Tu ne peux pas me tromper, après tout je suis le prince des Zoras, je suis très perspicace ! Et je sais à qui j'ai affaire au premier coup d'œil ! J'ai longtemps cherché quelqu'un dont la simple aura serait un gage de force… quelqu'un comme toi Link !
Ce dernier haussa les épaules, comme s'il refusait de reconnaître sa valeur et cela dépita légèrement Sidon : les gens manquaient clairement de confiance en eux, encore plus en ces temps difficiles. Cela tendait à les rendre incertains, les empêchant de s'affirmer alors qu'ils avaient des moyens et des ressources en eux pour affronter tellement de choses. Le prince ne se laissa pas avoir par cette attitude dédaigneuse.
- Aide-nous, demanda soudainement Sidon. Le domaine Zora est menacé par les pluies diluviennes provoqué par Vah Ruta, la créature divine de l'eau. S'il te plaît…
- « Je peux voir ce que je peux faire. Mais je ne sais pas encore faire de miracle. Ne porte pas trop d'espoir en moi, prince Sidon. »
- C'est faux ! Ta seule présence est déjà un signe que nous n'avons pas été abandonnés ! Tu es notre espoir, Link ! s'exclama vivement le Zora.
Le jeune homme se recula soudainement, clairement embarrassé et Sidon préféra ne pas insister. Pourtant il voulait lui prouver qu'il ne devait pas avoir peur, qu'il ne devait rien redouter. Il était fort et courageux, sinon pourquoi volait-il dans le ciel comme si de rien n'était et alors même qu'il n'était pas un Piaf ! C'était curieux, non ?! Il passa sa main dans sa nuque, essayant de comprendre cet étrange garçon.
Avant de lui indiquer qu'il pouvait le rejoindre au domaine Zora en suivant le chemin puisque la pluie empêchait l'escalade des falaises. Il précisa également la présence de monstres électriques qui pouvaient lui causer souci et se hâta de lui donner un remède pour l'immuniser contre ces derniers. Il expliqua qu'il allait l'accompagner, en passant par l'eau vu qu'il était un Zora et plongea dans un saut acrobatique dans la rivière derrière. L'espoir allait renaître, il allait ramener un Hylien et convaincre les anciens que c'était ce dont ils avaient tous besoin !
Il était en train de s'éloigner rapidement, se dirigeant vers la première cascade, ravi de rentrer avec une bonne nouvelle. Mais avant même de remonter quoi que ce soit, il fût pris d'un sentiment très curieux. La sensation même que quelqu'un hurlait son prénom. Il s'arrêta, surpris et se retourna. Il n'y… avait personne. Personne en dehors de Link. Et ce dernier avait un pied dans l'eau, le bras tendu dans sa direction. Il hésita quelques secondes.
Pris d'un doute, il retourna auprès du jeune homme, confus. Il… ne parlait pas. Et il n'était même pas certain qu'il le puisse. Alors d'où lui venait cette sensation angoissante que ce « cri » venait de lui ? C'était une sensation terrible et pénible, comme s'il avait… su, au fond de lui, qu'il avait cherché à l'appeler. Mais comment ? Il n'avait aucun don particulier. Il se pencha à sa hauteur, surpris. Et doucement, passa ses doigts sur ses lèvres, son menton et plaça délicatement ses doigts sur sa gorge, à la recherche d'un sort quelconque, inconnu et curieux.
Link ferma simplement les yeux, tremblant presque à ce contact et Sidon réalisa bien trop tard à quel point son geste était déplacé ! Il retira rapidement ses mains d'où elles étaient et il se recula vivement, gêné et honteux.
- J'ai cru… que tu m'appelais, expliqua Sidon, gêné. Ce… qui n'est pas possible, vu que tu ne… parles pas…
L'Hylien signa quelque chose, avant d'écraser sa main sur son visage, se rappelant que Sidon ne comprenait pas. Pourtant ce dernier reconnut ces derniers signes. C'était son prénom et son statut : « Prince Sidon ». Le souvenir de sa sœur l'aidant à mémoriser ces quelques gestes firent surface alors que l'Hylien prit sa main pour écrire. Sidon attendit sagement, le voyant chercher ses mots. Il avait l'air d'éprouver énormément de difficulté à rester concentré, ses yeux se perdant dans le vide assez régulièrement avant de se recentrer sur sa paume.
Sidon ne remarqua que tardivement sa fatigue, à ses cernes et son visage assez pâle pour l'Hylien qu'il était. Il allait l'interrompre, lui demander s'il allait bien mais le cri mécanique de Vah Ruta résonna sinistrement jusqu'à eux et le Zora se retourna, la peur au ventre : oh non ! Si la créature divine se mettait à nouveau à brâmer de ma sorte c'était sans doute qu'elle allait encore faire pleuvoir à torrent ! Il se tourna vers l'Hylien et lui attrapa fermement le bras.
- Ah… je suis… confus. Nous… manquons cruellement de temps. J'aurais aimé être au domaine pour te l'expliquer mais… Vah Ruta, la créature divine de l'eau fait pleuvoir en continu sur notre domaine. L'eau est vitale pour nous mais actuellement, elle menace de nous engloutir. Pire encore : si notre barrage cède, cela aura des conséquences pour tout le monde…
- « Entendu. Je me mets en route ! » écrivit en toute hâte Link.
- Je… vais t'y emmener ! On ira plus vite ainsi !
Sidon plongea dans l'eau, tenant l'Hylien dans ses bras. Une fois dans la Zora, il ajusta sa position afin que le jeune homme puisse avoir la tête hors de l'eau et respirer. Ce dernier s'accrocha fermement à son cou. Le Zora pu sentir sa panique et sa peur. Peut-être aurait-il dû le prévenir avant de se jeter à l'eau de la sorte ? Quand l'Hylien tapota son épaule pour le rassurer, Sidon se mit à nager rapidement. Remonter une cascade était éprouvant mais la remonter en entraînant quelqu'un à sa suite, c'était une épreuve. Encore plus quand ce n'était pas un autre Zora !
Mais Sidon était beaucoup trop inquiet pour s'en soucier ou revenir sur sa décision. Il se jeta puissamment en l'air, ses muscles se contractant lourdement quand le poids de l'Hylien se fit sentir, le retenant dans son élan. Même si Link ne pesait pas lourd en soi, dans cette position, il était malheureusement une entrave considérable. Heureusement, Sidon avait une volonté en acier et de la ressource, décidant alors de faire des bonds moins longs pour éviter d'être tracté en arrière et poussant deux fois plus sur ses jambes pour se hisser plus rapidement. Il répéta l'opération à chaque cascade se présentant à lui, l'Hylien fermement accroché à son cou.
Il nagea plus calmement quand ils arrivèrent aux abords du village Zora et Sidon jeta un petit coup d'œil par-dessus son épaule, plus par réflexe que dans l'espoir de voir si tout allait bien. Cette ascension lui avait coûté beaucoup d'énergie et il se laissa presque dériver vers le domaine : cela lui apprendre à surestimer ses propres forces ! Une drôle de leçon reçue dans son entêtement et sa peur panique.
- Cela a dû être éprouvant, déclara le prince des Zoras. Je m'excuse d'avoir été aussi brusque.
Link délia ses bras d'autour de son cou et comme il ne pouvait pas tenir sa main pour « écrire », il répondit en utilisant son épaule. Ce contact surpris un peu Sidon malgré lui, même s'il comprenait l'initiative. Il garda sa gêne pour lui et se concentra sur les mots de l'Hylien.
- « C'était une expérience. Mais je prie pour ne pas la renouveler immédiatement. »
- Haha, vraiment désolé ! Il faut que je te présente à mon père ! Et que je t'explique ce que j'attends de toi… et pourquoi j'ai tant besoin que ça de l'aide d'un Hylien.
Alors qu'il expliquait joyeusement et confiant ce qu'il allait se passer, il se sentit soudainement plus léger. Il fit une simple brasse avant de remarquer que ce changement de « poids » n'était pas normal. Il se retourna pour voir que l'Hylien avait glissé de son dos. Sauf qu'il ne remontait pas, coulant lentement. Paniqué, le prince des Zoras plongea pour le récupérer et le garda contre lui : ce dernier avait perdu conscience et il comprit la raison que trop tardivement.
Une forte odeur de sang planait et il nagea aussi vite qu'il put jusqu'à la berge la plus proche. Il tira Link derrière lui et en voyant sa tenue maculée, Sidon blêmit : il n'avait pas remarqué ses blessures ni les conséquences de l'eau sur ces dernières ! De nos jours, les gens utilisaient des remèdes ou des potions pour récupérer de telles plaies. Absolument personne ne prenait le risque de garder des plaies ouvertes de la sorte ! Ils n'étaient plus très loin du domaine et pour la première fois depuis des années, Sidon éprouva une peur comme jamais il n'avait éprouvé. Il hurla à l'aide, ne sachant pas comment transporter Link sans empirer son état.
Bien entendu ses sujets n'entendirent que trop bien l'appel désespéré de leur prince et les plus jeunes se ruèrent à ses côtés. En trouvant l'Hylien allongé sur la berge et son état, plusieurs se hâtèrent de rapporter ce qu'il fallait pour le soigner avant qu'il ne soit transporté de toute urgence au palais à la demande de Sidon et qu'un médecin royal ne soit dépêché rapidement pour l'ausculter. Le prince attendit patiemment qu'on lui indique l'état du jeune Hylien alors qu'un de ses gardes s'approcha de lui, l'air soucieux.
- Mon prince, déclara le garde. Est-il vrai que vous avez ramené avec vous Link, le Prodige Hylien… ?
- Le Prodige… ?
Sidon sentit quelque chose de froid glisser dans son estomac alors que le garde lui expliqua qu'il avait cru reconnaître le Prodige Hylien en la personne de Link. Que c'était même ce dernier qui lui avait enseigné les rudiments des arcanes à l'épée et qu'il s'étonnait de le savoir encore en vie. De mémoire, l'espérance de vie des Hyliens était bien plus courte que la leur. Sidon s'excusa poliment et s'éloigna en grande hâte : il avait probablement mis en péril la vie de son éventuel sauveur et en plus c'était quelqu'un de très important !
Il se rappela avec une soudaine cruauté que l'autre signe que sa sœur avait daigné lui apprendre c'était… « Link ». Il n'avait jamais compris ce nom parce qu'elle en parlait d'une façon très curieuse comme quoi ce mot, ce simple mot, était le trait d'union entre tous, le lien indéfectible entre chacun. Un allié puissant capable de grandes prouesses. Hylia, qu'elle en parlait avec tendresse et douceur et ciel qu'il était stupide pour ne pas comprendre qu'elle en était tout simplement amoureuse. Oh, il était si jeune à cette époque. Il ne pouvait pas comprendre. Mais à présent… tout était différent.
Le prince des Zoras s'arrêta seulement quand il réalisa que ses pas l'avaient guidé vers la seule personne capable de l'aider : son père. Le roi était assis à sa place, l'observant calmement. Mais Sidon sut à son expression qu'il était déjà au courant de tout. Il soupira faiblement et s'approcha à pas lent. Et spontanément son père tendit son bras, l'invitant à venir à ses côtés. Ce que le prince fît naturellement. Il avait passé l'âge d'être un enfant bercé par son proche parent mais ayant tous les deux perdus à la fois la fille et la sœur, ils étaient les derniers de leur famille. Le roi n'avait jamais envisagé d'avoir d'autres enfants et Sidon doutait accepter une éventuelle « petite sœur ».
- Père, je…
- Je sais, coupa le roi avec tendresse. Je sais ce que tu as fait, je sais pourquoi tu l'as fait et je sais aussi ce qu'il s'est passé. Rien n'est de ta faute, Sidon : ces blessures, tu n'en es pas l'auteur et quand bien même tu aurais pu le ménager, tu en ignorais l'existence. Certes, le voyage a été péniblement rude pour lui. Mais s'il avait dû affronter ces lezalfos pour venir jusqu'au domaine, il est aussi probable que son état se complique quand même.
Sidon serra les poings : cela ne l'aida pas à chasser la culpabilité de sa poitrine. Parce qu'il était certain que Link avait essayé de le retenir pour une bonne raison mais… il ne l'avait pas écouté. Par peur et précipitation.
- J'aurais pu éviter cela, s'exaspéra le prince des Zoras. Mais… en entendant le cri de Vah Ruta… j'ai… paniqué. Cela fait des semaines que nous cherchons un Hylien pour aider le domaine et… le seul que je croise, je manque de le tuer !
- En tant que prince, tu te soucies du domaine et de ton peuple autant que moi. Quoi qu'il advienne au Prodige Hylien, ce ne sera pas de ta faute.
- Mais… !
Le roi Dorephan claque sa langue dans un signe d'agacement et Sidon s'abstint de continuer son plaidoyer. Il baissa simplement la tête, rongé par ce sentiment pénible. Mais son père se pencha sur lui et glissa ses doigts sous son menton pour lui faire relever la tête. C'était très rare de voir le prince Sidon être abattu de la sorte. Surtout qu'il s'accablait de choses dont il n'était absolument pas responsable !
- Tu sauras te rattraper. Devenir une épaule sur laquelle il saura trouver appui. Mon fils, tu te doutes bien que ce garçon a un destin exceptionnel. Que le poids de tout le royaume pèse sur ses épaules et pas uniquement notre domaine. L'avenir même est entre ses mains.
Sidon approuva en silence. Son père ne le blâmait pas pour sa maladresse et ne comptait pas lui faire de reproche quoi qu'il advienne. C'était… très tolérant de sa part, pensa le prince Zora alors qu'il resta à ses côtés, le temps de soulager le poids sinistre qui s'était logé dans sa poitrine. Son père n'eut pas beaucoup d'efforts à faire car la nature même de son fils, à la fois joviale et volontaire, prit rapidement le dessus pour chasser sa déprime. Sidon remercia son père avant de prendre congé.
Il essayait de tirer tout son peuple vers le haut, essayant de raisonner un conseil de Zora aigri par le temps et la rancœur. Il voulait garder la porte du domaine ouverte à quiconque voulait venir. Et il était toujours heureux de voir que parmi les plus jeunes, il avait une certaine notoriété. Rien que ces volontaires étaient la preuve même que ses idées ne déplaisaient pas. Alors qu'il quittait la salle du trône, un groupe se précipita vers lui, le prenant de court en y retrouvant les différentes personnes qui l'avaient accompagné ces dernières semaines. Il s'arrêta et leur fit face en voyant leur expression soucieuse et inquiète.
Tous venaient aux nouvelles de l'Hylien qu'il avait ramené, chacun essayant de savoir si c'était celui qu'ils avaient croisés et s'il allait bien. Sidon les calma, un sourire aux lèvres : qu'il était bon de savoir que le peuple continuait de croire en lui malgré sa maladresse. Il les rassura, leur indiquant que l'Hylien était entre les mains du médecin royal et qu'il serait rapidement sur pied. Le groupe eut l'air soulagé et plusieurs remercièrent Sidon pour sa foi inébranlable. Maintenant… il ne pouvait qu'attendre mais au lieu de laisser l'anxiété le ronger, il décida de « faire quelque chose ». Il devait continuer de trouver un plan d'action pour agir sur Vah Ruta !
Et jusqu'à ce que l'Hylien se réveille, il ne pouvait qu'agir. Et essayer d'empêcher la fureur de la créature divine de les engloutir le temps que Link soit en état d'agir.
ooo
- Link !
L'Hylien papillonna des yeux et tourna lentement la tête. Sidon eut un sourire soulagé en le voyant se réveiller après plusieurs jours de sommeil consécutifs. D'après le médecin, cela était dû un manque évident de sommeil et il s'étonnait presque qu'il ne se soit pas écroulé avant. Ce qui avait expliqué cette chute qu'il avait fait, pensa Sidon pour lui-même. Quand il avait indiqué être « à bout ». Il s'assit à ses côtés et prit doucement sa main dans la sienne. Le jeune homme battit des cils, clairement confus. Mais ne chercha ni à bouger ni à parler.
- Tu es en sécurité ici, déclara Sidon. Tu as perdu connaissance peu de temps avant d'arriver, je n'avais pas remarqué tes blessures et ton état de fatigue.
Link dodelina de la tête et eut une faible approbation avant de passer ses mains sur son visage, comme essayant de chasser sa fatigue pour se donner le courage de se lever. Et quand il amorça le mouvement pour sortir du lit, Sidon l'en empêcha, l'enroulant dans la couverture qu'il avait fait venir exprès pour lui. Le jeune homme écarquilla les yeux de surprise et gigota faiblement. Sidon ne céda absolument pas à son regard suppliant, le gardant alité. A la place il se tourna et ramena un plateau. Devinant de la nourriture à l'intérieur, le ventre de l'Hylien se mit à grogner particulièrement fort et le propriétaire se mit à rougir de confusion. Le prince des Zoras se mit à rire devant cette démonstration de faim.
- Tu as dormi plusieurs jours, il est normal que tu aies faim. Avant d'aller où que ce soit, reprends des forces. Notre médecin t'a soigné mais tu as l'air d'avoir subi plusieurs guérisons à base de potion et remède. Je me trompe ?
Signe négatif de la tête. Sidon soupira faiblement et l'aida à se rehausser dans le lit avant de poser le plateau sur ses genoux et de le laisser se régaler d'un délicieux ragoût fumant et particulièrement parfumé. Le Zora le regarda prendre la cuillère à disposition, touiller sa mixture avant de la porter à sa bouche. Avant de découvrir une expression de pur plaisir comme s'il redécouvrait quelque chose. Sidon le vit alors déposer son couvert pour prendre le récipient à mains nues (ignorant la chaleur de ce dernier) et d'engloutir sans aucun raffinement le contenu. Il reposa le plat non sans avoir un léger rot du fait d'avoir tout avalé sans aucune distinction et de rougir de honte d'avoir manqué à ce point de manières. Sidon ne put s'empêcher de sourire :
- Quel appétit ! déclara-t-il. Il faut bien manger pour avoir un corps fort ! En veux-tu encore ?
Signe affirmatif de la tête et Sidon fit appeler un garde pour apporter un nouveau plat. Laissant ainsi le loisir à Sidon d'expliquer à Link ce qu'il s'était passé pendant sa petite sieste improvisée. Ce dernier l'écouta attentivement, une expression coupable au visage que le prince chassa d'un geste de la main, arguant que ce repos était nécessaire et qu'il ne devait pas dépasser ses limites au risque de se faire du mal. Link accepta difficilement cet argument mais ne chercha pas à le contredire. Le nouveau plat arriva et cette fois l'Hylien prit le temps de le déguster.
- Plusieurs personnes de mon peuple veulent te rencontrer, déclara Sidon. Des gens qui te connaissent. Il semblerait que tu connaissais également ma sœur, Mipha. Mais je ne me souviens pas de toi, je suis désolé…
Link signa. Hésita. Et Sidon tendit sa main, amusé à chaque fois de voir son air consterné quand il réalise qu'il ne comprend pas correctement ses mots.
- « Je suis désolé, je n'ai pas beaucoup de souvenir. Qui est Mipha ? »
- Tu es amnésique ?! s'étonna Sidon.
- « Il semblerait. J'ai déjà rencontré des gens me reconnaissant mais ma mémoire ne revient pas ou difficilement… Dame Impa essaie de guider mes pas, me faisant visiter des lieux que j'aurais jadis traversés. Mais tous ne m'aident pas. »
- Je vois. Je t'aiderai dans la mesure du possible. Bazz et Rivan, deux soldats Zora, semblent bien te connaître. Bazz n'a pas arrêté de prendre de tes nouvelles. Même sans souvenirs, je pense qu'il serait heureux de te voir.
- « Je veux bien le rencontrer. »
Sidon eut un sourire franc et leva pour faire appeler Bazz, le capitaine des soldats. Ce n'était pas une mince affaire de le faire quitter son poste, pourtant il ne tarda pas à venir, surpris de la sollicitation en personne du prince Sidon. En trouvant ce dernier au chevet de Link, le capitaine s'approcha à vive allure et s'agenouillant devant le lit, son visage peint d'une profonde inquiétude et tristesse. Sidon regarda Link observer Bazz avec surprise, comme si le voir semblait évoquer de vieux souvenirs enfouis dans sa mémoire. Il leva doucement ses mains et signa quelque chose (que le prince ne comprit malheureusement pas). Et devant l'expression ravie du capitaine, il se douta que c'était important.
- Vous n'avez pas oublié, murmura Bazz.
Link signa plusieurs choses et Bazz approuva avec soulagement avant que Sidon ne lève sa main devant son visage, perplexe.
- Capitaine Bazz, vous comprenez le langage des signes ? demanda Sidon.
- Oui, mon prince, déclara ce dernier avec fierté. Maître Link ici présent est celui qui m'a enseigné l'art de l'épée quand j'étais qu'un enfant. Jadis, il parlait mais je crois que son devoir de chevalier l'a contraint au silence… quand je l'ai revu, il était déjà devenu un adulte et avait ces signes comme seul langage. J'ai choisi de l'apprendre et je ne regrette pas.
- Oh… je vois.
Sans raison particulière, Sidon éprouva… une légère contrariété. Peut-être parce qu'il n'avait pas appris comme il se devait ce langage ? Alors même que sa sœur avait essayé de lui enseigner ? Il ne saurait dire mais cela avait le mérite de provoquer cette petite irritation agaçante quelque part dans sa poitrine. Encore plus quand il voyait l'Hylien signer activement et que Bazz lui répondait joyeusement, sans cette foutue barrière de la langue. Le capitaine des soldats se tourna soudainement vers lui, faisant tressaillir de surprise le prince.
- Mon prince, dans combien de temps maître Link sera en mesure de sortir de sa chambre ?
- Dans peu de temps, il a surtout besoin de repos, répondit mécaniquement Sidon. Pourquoi ?
- Et bien, je ne suis pas le seul à vouloir le voir, je pense que Rivan sera très heureux de le retrouver aussi. Ils ont appris à nager ensemble, ils ont une certaine complicité. Et je ne doute pas que Gaddison sera heureuse de le revoir aussi.
Link signa et le capitaine approuva d'un signe de la tête. Sidon sentit à nouveau ce sentiment pénible l'étreindre. Pourquoi éprouvait-il ce… sentiment là ?
- Je vais retourner à mon poste, déclara Bazz. Maître Link, quand vous aurez un peu de temps, je serais ravi de parler de ces cent dernières années. Vous avez sans doute beaucoup de chose à raconter. Et euh… hmm…
Le capitaine jeta un regard nerveux à Sidon, comme s'il se retenait de dire quelque chose. Il hésita un moment, comme si ses mots pouvaient être offensants mais se ravisa de dire quoi que ce soit. Il se leva et quitta la pièce, Link le saluant d'un signe de la main jusqu'à ce que le Zora quitte la pièce. Sidon regarda la scène, sans comprendre ce qu'il éprouvait lui-même à ce moment. Il se leva à son tour mais l'Hylien lui attrapa la main et écrivit rapidement sur sa paume. Trop rapidement pour que le prince comprenne et il ne lui laissa pas l'occasion de recommencer, se dégagea doucement sa prise alors qu'il débarrassa le plateau.
- Repose-toi encore un peu. Le médecin va venir s'assurer que tu vas bien. Après tu pourras rencontrer mon père, le Roi Dorephan. Et nous t'expliquerons ce que nous attendons de toi.
Link approuva d'un signe de la tête et Sidon sortit de la pièce. Il déposa le plateau en cuisine et la première chose qu'il demanda à son père quand il alla le retrouver, fût de lui apprendre à nouveau le langage des signes. Une décision qui étonna le roi mais qui ne fit aucun commentaire. Car il ne savait que trop bien que le Prodige Hylien ne s'exprimât que par ce biais.
Le temps passa, le roi enseignant le langage des signes à son fils jusqu'à ce que le Prodige ne soit introduit dans la salle du trône. En voyant l'Hylien inchangé malgré tout ce temps passé, le roi éprouva à la fois de la surprise mais aussi de la peine : il avait eu la chance d'en réchapper. Contrairement à sa fille. Mais il ne blâma pas : elle avait choisi de combattre le Fléau, de protéger autant son peuple que tout le royaume. Une noblesse et dévotion qu'il entacherait en s'en prenant au Prodige Hylien.
Sidon expliqua avec son père ce qu'ils attendaient de lui, de ce qu'ils avaient besoin, lui expliquant calmement qu'en tant que Zora, ils avaient une très mauvaise affinité avec l'électricité et que c'était malheureusement ce qui pouvait atténuer le flot de Vah Ruta. Une découverte hasardeuse mais problématique : d'un, il n'avait aucune résistance mais de plus, les remèdes ne fonctionnaient absolument pas sur eux. Ce qui était un problème en soi. Link entendit leur requête et se porta volontaire pour les aider.
Décision hautement contestée et pas sans raison. Les anciens détestaient Link et le portaient responsables de la disparition de leur princesse. Et comme il était blâmé de cette perte, le Prodige Hylien ne chercha pas à se défendre. A aucun moment. Laissant le vieux Muzu s'énerver contre lui.
- Pardonne-le, déclara le roi. Il était le précepteur de ma fille, il la voyait comme son propre enfant.
- Je vais le raisonner ! déclara Sidon, absolument pas découragé par les évènements.
- « Non ! » signa Link avec une expression catastrophée.
- Non ? répéta le roi, surpris. Pourquoi ?
Link se tourna vers lui et signa, son expression était peinée, triste même. Et le roi caressa son menton, pensif. Quoi qu'ait dit l'Hylien, cela avait l'air d'avoir provoqué une lourde méditation sur le plan établi par Sidon. Ce dernier lui lança un regard désespéré, cherchant une explication à son attitude et le roi répondit calmement :
- Link vient d'expliquer sur son archerie n'est pas optimale, qu'il ne serait pas d'une grande aide dans l'immédiat. Il nous demande un peu de temps pour s'améliorer et propose de demander de l'aide aux Piafs pour calmer temporairement Vah Ruta.
- Les Piafs ? répéta Sidon, perplexe. Il est vrai que leurs guerriers sont d'excellents archers… et qu'ils ne craignent pas l'électricité comme nous…
Link signa à nouveau et le roi approuva gravement.
- Il insiste sur le caractère temporaire de la situation. Il a bien compris l'urgence de notre requête et espère nous aider rapidement. Mais il ne veut pas confondre urgence et précipitation, expliqua le roi.
- C'est tout à son honneur, déclara Sidon, fier de cette décision. La nouvelle m'attriste un peu mais je comprends ta décision, Link. Si… tu reviens ici, je serai sur le barrage. J'ai le devoir de surveiller ce dernier et de m'assurer qu'il ne provoque aucun dégât sur notre domaine mais également sur tout Hyrule.
Link s'inclina, dans un signe de profond respect et de remerciement que Sidon n'eut aucun mal à comprendre cette fois. Il regarda l'Hylien s'éloigner calmement et descendre les escaliers, laissant le prince et le roi dans une grande réflexion. Surtout Sidon en vérité : il avait pratiquement enlevé un Hylien qui se révélait être un ancien Prodige dont sa sœur était amoureuse jadis. Mais avant de lui laisser le temps de comprendre, il l'avait accablé avec les problèmes de son peuple et il l'avait écrasé avec des obligations sans savoir s'il était en mesure de les assumer. Il pencha la tête sur le côté, pensif.
Avant de courir après Link. Il s'arrêta bêtement dans les escaliers, quand il le trouva entouré de soldat. Ces derniers étaient extrêmement familiers avec lui, le traitant comme un ami proche. Et sans doute était-ce le cas puisque l'Hylien signait régulièrement et les autres réagissaient sans mal à ses gestes. Sidon hésita. Il y avait quelque chose qu'il souhaitait lui dire mais les mots moururent soudainement en voyant le petit groupe aussi joyeux malgré la menace imminente de Vah Ruta. Comprenant que son devoir n'était pas ici, le prince eut un sourire contrit alors qu'il se détourna et qu'il se dirigea vers le barrage.
L'heure n'était pas encore venue où il pourrait dire cette vérité qui lui lacérait le cœur.
Je considère que tout le monde ne comprends pas le langage des signes. Et qu'il en existe au moins deux ou trois différents (Hylien, Sheikah et Gerudo). C'est quelque chose qui reviendra de temps en temps. Je n'ai pas de "couple préféré" dans BotW, j'ai lu de tout. Je considère que si c'est bien écrit, la relation bien exploitée, je suis pas "pro couple machin et machin truc". Du coup si vous êtes pro Sidon/Link, vous allez douiller XD Parce que... je vais pas exploiter cette relation rapidement, hahaha 8D **fuit**
