Chapitre 114 : Les derniers jours

Le long récit de Ludivine fut clos par un long silence. Albus et Severus méditaient, assimilant les informations qui leur avaient été livrées. Cela expliquait tellement de choses. Tellement de détails qui étaient restés sans réponse ! ..

Kécile quant à elle, fixait sa mère sans la moindre once de compassion.

Elle fut la première à rompre le silence pour demander d'un ton sec :

- Ce diadème, ça fait des mois qu'on lui court après. On peut savoir où vous l'avez trouvé ?!

- Dans les ruines du château des Serdaigles, le domaine d'Helena. C'était assez logique en un sens. On dit que c'est Seelwena elle-même qui l'a ramené d'Albanie où sa sœur l'avait caché. Il a été dissimulé dans la demeure de la deuxième sœur, celle qui n'avait pas failli d'une certaine manière. Une fois souillé par l'âme du Seigneur des Ténèbres, il a retrouvé le chemin d'Helena, celle qui avait failli.

- Et c'est vous qui avez eu cette brillante idée ? Insista Kécile peu amène.

- Non, répondit calmement Ludivine. C'est Gwendoline qui le savait. Elle connaissait l'emplacement de chaque horcruxe.

A ces mots, Ludivine sortit un parchemin d'une taille respectable, et le déroula sur la table.

- Ce sont les mémoires de Gwendoline.

Albus attrapa le rouleau et le déroula prestement.

- Tous les horcruxes y sont indiqués, ainsi que leurs cachettes, ajouta-t-elle.

- Et vous avez ce parchemin depuis quand ?

- Longtemps, reconnut Ludivine. Je l'ai trouvé chez Gwendoline après son assassinat.

- Et depuis tout ce temps, ça ne vous ai pas venu à l'idée de les récupérer, et de les détruire ?! S'exclama Kécile avec un mépris évident.

- Si ça avait été aussi simple. Toi plus que quiconque, Kécile, tu sais quelle aurait été la réaction de ton père s'il avait découvert leur disparition trop tôt. Et je ne savais toujours pas comment les détruire.

- C'est sûr que ce n'est pas en restant à Beauxbâtons que...

- Paix, Kécile ! Interrompit Albus avec un regard sévère.

La jeune fille pinça les lèvres la mine furieuse mais obéit.

- Par chance, nous savons comment les détruire, et nous en avons détruit déjà plusieurs, tempéra le vieil homme avec un regard apaisant à l'adresse de sa fille.

- Et Tom ne l'a pas senti ? S'inquiéta Ludivine. Gwendoline pensait qu'il le saurait immédiatement, qu'il fallait les détruire tous en même temps... argua-t-elle guère rassurée.

- Apparemment, Jedusor est allé trop loin, intervint Harry. Il faut croire qu'il a tellement mutilé son âme qu'elle a perdu toute sensibilité, y compris à sa propre destruction.

Albus raconta à Ludivine tout ce qu'il s'était passé depuis qu'elle avait quitté Poudlard en juin dernier.

Puis il étala une partie du parchemin sur la table et pointa la liste rédigée par Gwendoline.

- Nos suppositions étaient donc exactes, il ne reste plus que la coupe à trouver. Puis Nagini.

- La coupe se trouve au manoir du Seigneur des Ténèbres, dit Ludivine.

- Du temps de Grunt, peut-être, répondit Severus. Plus maintenant.

Quand on lui fit part de leurs déductions, Ludivine était atterrée.

- Comment voulez-vous que nous volions quelque chose à Gringotts discrètement !

- Ça ne sera pas discret, reconnut Severus.

Ils se regardèrent en silence, prenant conscience de tout ce que cela signifiait.

- Alors c'est la fin, soupira Ludivine.

- Oui, c'est la fin, répondit calmement Dumbledore. Mais nous serons prêts.

Il prit la main de sa fille et ajouta :

- Chacun séparément, nous sommes faibles face à Tom. Mais tous ensembles, je suis certain que nous vaincrons.

- Il faudra tuer le serpent avant mon père, fit remarquer Kécile. Dans la mesure où tu seras sans doute particulièrement occupé, Harry, je pense que je m'en chargerais, ajouta-t-elle avec un sourire mauvais. Avec le fourchelangue, je devrais pouvoir l'attirer. Reste à savoir comment je vais me débarrasser de ce monstre...

- Et après, il ne restera plus qu'à tuer... l'autre taré, conclut Harry. Une promenade de santé, en somme, hein ! Fit-il avec une grimace.

- Tu sais, vieux, avec un peu de chance tu n'auras pas besoin de le faire. Non, sérieux ! S'exclama Ron en voyant le regard noir de son ami. Tu imagines la tronche de Tu-Sais-Qui quand il va voir débarquer Dumbledore et sa fille vivants ?!

Il y eut quelques rires autour de la table.

- Je ne veux manquer ça pour rien au monde, gronda Kécile avec hargne.

XXX

Ce soir-là, alors que Kécile était assise à l'entrée de la tente, Ludivine vint s'installer auprès d'elle.

- Est-ce que je peux te parler ? Demanda-t-elle d'une voix très douce.

- Je n'ai pas envie de vous écouter, répondit sa fille glaciale. Si vous croyez que nous ramener un horcruxe suffira à vous absoudre !...

- Je n'ai jamais pensé cela. Mais maintenant que tu sais la vérité, j'espérais que tu comprendrais.

- Que je comprendrais ?! S'exclama Kécile avec un rire faux. Vous vous fichez de moi ! Je devrais vous plaindre parce que vous avez été prisonnière de mon père ? Vous avez été sacrément chanceuse si vous voulez mon avis. Vous croyez qu'apprendre que j'ai été conçue dans un plan machiavélique pour échapper à la mort plutôt que dans un viol allait me consoler peut-être ? Ou bien que j'allais sauter de joie en apprenant que vous aviez trop peur pour chercher à me récupérer et que vous avez préféré me laisser grandir auprès d'un monstre tyrannique ? Tout ce que je comprends c'est que vous avez été lâche et que votre peur était plus grande que votre soit-disant amour pour moi.

- J'ai agi dans notre intérêt à toutes les deux.

- Taisez-vous ! S'exclama Kécile qui commençait à hausser dangereusement la voix. Vous ne pouvez pas dire ça ! Vous avez beau être suffisamment folle pour tomber amoureuse de mon père, vous ne me ferez pas croire que vous pouvez pensez un seul instant qu'une enfance dans un repère des mangemorts, élevée à coups de doloris comme seule marque d'affection pouvait vous paraître la meilleure solution.

- Ton père n'aurait eu de cesse de nous retrouver si je t'avais retirée à lui, justifia Ludivine. Il m'aurait tué pour de bon, et tu aurais peut-être subi le même sort. Au moins tu étais en sécurité là-bas. Et il y avait Severus. Et je savais que tu retrouverais ton grand-père. J'avais vu qu'il ne t'arriverait rien de grave, je...

- ALORS VOUS AVEZ LAISSE DES PUTAINS DE VISIONS A DEUX NOISES DECIDER DE LA DESTINEE DE VOTRE FILLE ! ET VOUS VOULEZ ME FAIRE CROIRE QUE VOUS M'AIMEZ ! VOUS ETES JUSTE UNE LACHE QUI VOUS CACHEZ DERRIERE DES REVES POUR JUSTIFIER VOTRE MISERABLE ATTITUDE !

Le silence s'abattit dans la tente. Plus personne ne faisait le moindre geste, tandis que Kécile reprenait son souffle et le contrôle de ses émotions.

- Je n'ai rien d'autre à ajouter, finit-elle par dire d'une voix toujours tremblante de colère. Je vais me coucher.

Ludivine n'essaya pas de la retenir. Et une fois que la porte eut claqué derrière la jeune fille, les autres reprirent leurs activités en tentant de faire comme si de rien n'était.

Seul Albus remarqua les larmes que sa fille tentait de dissimuler en restant sur le pas de la tente.

Il la rejoignit et la prit par le bras pour la tirer dehors, à l'abri des oreilles indiscrètes.

Il fit quelques pas dans la neige avant de rejoindre le couvert des arbres. Il leva alors sa baguette et l'instant d'après, les feuilles des arbres au-dessus d'eux se mirent à luire doucement.

- - Ce n'est pas la peine d'insister avec Kécile, finit-il par dire. Tu ne réussiras qu'à la braquer.

Elle m'en veut tellement...

- Réalises-tu vraiment l'enfance qu'elle a eu ? As-tu imaginé comment tout cela aurait pu se terminer ?demanda Albus d'une voix sévère. Et si tu avais eu tort ? Si tes visions n'avaient réellement été que le fruit de ton désir ? Elle pourrait être une mangemort à l'heure actuelle. Elle pourrait être en train de se battre dans l'autre camp, une machine à tuer sans cœur et sans âme. Nous avons beaucoup de chance que Kécile soit ce qu'elle est.

- Je croyais faire ce qu'il y avait de mieux... souffla Ludivine en s'affaissant au sol contre arbre.

- Je ne dis pas que tu as pris la mauvaise décision, je ne te juge pas, Ludivine, reprit Albus plus doucement.

- Mais je n'ai pas pris la bonne décision non plus...

- Y avait-il seulement une bonne décision ? Soupira le vieil homme. C'est trop tard pour le dire. Tu as pris celle qui te correspondait. Celle qui te permettait de ne pas aller dans l'affrontement et de faire confiance en l'avenir. Tu as pris la décision d'une voyante. Je le comprends parce que je te connais. Je sais quelle confiance, quel crédit tu accordes à tous ces messages que tu reçois. Mais tu ne peux pas attendre de Kécile qu'elle ait la même indulgence.

Les larmes coulaient sur les joues de Ludivine, mais elle ne chercha pas à se défendre. Elle savait qu'elle méritait ces reproches.

Son père finit par s'asseoir auprès d'elle et l'attirer contre lui.

- Je n'ai jamais été la courageuse de l'histoire, marmonna-t-elle en se lovant dans son étreinte.

- Je le sais. Tu as toujours été prudente et raisonnable. Ça ne veut pas dire que tu n'es pas quelqu'un de bien pour autant. Mais tu ne sais pas tout ce qu'a traversé Kécile. Tu ne peux pas lui dire que tu savais que rien de grave ne lui arriverait. Tes visions ne t'ont pas tout montré. Elle a énormément souffert. Elle porte des blessures qui ne guériront sans doute jamais.

- De quoi parles-tu ? Demanda avec angoisse Ludivine, en relevant ses grands yeux bleus pleins d'eau vers son père.

- Je ne veux pas être celui qui te les apprendra. C'est à ta fille de t'en parler.

- Si elle accepte de se livrer à moi un jour...

- Patiente. Elle a la rancune tenace. Ne cherche pas à te réconcilier avec elle, ça ne fera que vous blesser l'une et l'autre. Mais je la connais. Elle a besoin d'amour. Laisse la venir à toi d'elle-même. Tôt ou tard, cela finira par venir.

XXX

Le matin de Noël finit par arriver. L'ambiance était toujours tendue dans la tente. Tout le monde surveillait Kécile dans l'attente d'une nouvelle explosion. Albus et Ludivine de leur côté ne se quittaient plus.

Kécile les voyaient souvent se faire des messes basses. Elle surprenait même parfois son grand-père qui consolait visiblement la nouvelle arrivée.

Elle trouvait ça pitoyable. Si quelqu'un devait pleurer, c'était elle. Au final, c'était elle la sacrifiée de l'histoire. Ludivine avait choisi de la laisser aux mains de Voldemort.

La rage et la rancoeur l'étouffait à chaque fois qu'elle y pensait.

Oh, elle n'était pas naïve ! Elle se doutait bien que cela aurait eu des conséquences importantes si elle avait été récupérée par sa mère. Elle se doutait bien que ça aurait été difficile, dangereux… mais pas impossible.

Et il lui semblait que c'était le genre de chose qu'une mère faisait pour sa fille. Risquer sa vie. Risquer même la vie des autres. Sauver son enfant quitte à détruire un plan. Dans l'esprit de Kécile, c'était ce que faisait une mère. Pas ce froid calcul dicté par la raison pour parvenir hypothétiquement un jour à détruire des horcruxes qu'elle n'avait même pas cherché en plus… à l'exception du diadème.

Les choses s'étaient passées ainsi, pourtant.

Très bien. Elle en avait fait son deuil.

Mais elle refusait que sa « mère » viennent lui réclamer une affection qu'elle ne méritait pas. Et qu'elle aille ensuite pleurer dans le giron d'Albus….pitoyable, vraiment.

Elle avait passé peu de temps avec son grand-père ces derniers jours. Si elle n'avait aucune envie de cotoyer Ludivine, elle pouvait au moins comprendre que le père et la fille profitent de se retrouver. Eux avaient construit une vie et une vraie relation avant sa disparition.

Quand Albus venait voir Kécile, il ne lui parlait pas de sa mère. Mais son silence était encore plus parlant qu'un sermon. Alors, elle se réfugiait dans le hautbois qui était devenu au fils des ans son meilleur ami dès que ça n'allait pas.

C'était le matin de Noël.

La veille, Hermione s'était désolée de ce Noël sans cadeau ni fête. Les autres lui avaient fait remarquer que ce n'était vraiment pas le moment de penser à s'amuser. Dans une semaine exactement, ils allaient tenter de cambrioler Gringotts. Et alors, à moins d'un miracle de discrétion, Voldemort comprendrait.

Kécile se demandait comment il allait réagir. Ferait-il un massacre de moldus en plein Londres pour obliger l'Ordre à sortir de l'ombre ? Qui allaient être les victimes de sa fureur ? Qui allait être sacrifié à sa colère ?

Incapable de retrouver à nouveau le sommeil, Kécile se leva. Hermione dormait encore, mais à en juger par le lit déserté, Ludivine était déjà levée. Elle la trouva dans la pièce principale qui avait complètement changé d'allure.

Les tentures grisâtres de la tente étaient d'un blanc étincelant et semblaient givrées, tandis que le long des montants serpentaient des guirlandes de gui. La table avait été recouverte d'une nappe rouge aux étoiles dorées et des bougies flottaient un peu partout. Cela donnait à la pièce un air de fête totalement anachronique.

- C'est joli, concéda Kécile à Ludivine lorsque celle-ci se retourna pour lui dire bonjour.

- Je me suis dis que cela égayerait un peu l'ambiance générale, même si nous ne fêtons pas Noël.

- A mon avis, il faudra beaucoup plus pour cela pour nous égayer. Tant qu'on n'en aura pas terminé avec le Seigneur des Ténèbres… Vous n'avez rien contre le fait qu'on en finisse avec lui, hein ? Demanda soudain Kécile sans parvenir à retenir un ton narquois.

- Pourquoi voudrais-tu que je m'y oppose ? Demanda doucement Ludivine.

- Je ne sais pas… Vous êtes amoureuse de lui, non ?

- Je ne le suis plus, répondit l'enchanteresse avec un sourire triste. J'ai été fascinée par lui, mais je suis toujours restée lucide quant au fait qu'il faudrait un jour ou l'autre le tuer. Il n'y a pas d'autre moyen de l'arrêter. J'aurais souhaité qu'il y ait une autre solution, c'est vrai, soupira-t-elle. Dans un conte où tout finit bien, quelqu'un, une femme, aurait pu le faire changer. Mais il y a belle lurette que c'est trop tard… Il aurait fallu le rattraper à l'adolescence. Et il n'y avait personne à ce moment-là….

Ludivine tritura une guirlande l'air songeuse, avant de reprendre :

- Gwendoline aurait peut-être pu si elle avait su… et si elle avait été moins fascinée par la nécromancie. A partir du moment où il a commencé à diviser son âme, il a perdu toute capacité à s'attacher et à aimer.

Les deux femmes se turent dans un silence maladroit, avant que Ludivine ne demande très doucement, avec beaucoup de tact:

- Et toi ? Comment le vis-tu ? C'est ton père, après tout.

- Moi aussi j'aurais préféré que cela se passe autrement, avoua Kécile à voix basse. Mais je n'ai même pas de conte à raconter. Depuis que j'ai appris qu'Albus est mon grand-père, j'ai su qu'il devait mourir. J'aurais préféré ne pas avoir à prendre part directement à ce combat pour être honnête. J'aurais préféré ne pas avoir à me dresser contre lui. Mais si je ne le fais pas, c'est lui qui me poursuivra. Et puis ceux que j'aime sont trop engagés dans ce combat. Je ne peux pas rester derrière.

Il y eut un long silence pendant lequel Ludivine s'activa à faire du thé pour les réchauffer.

Kécile réalisa que c'était la première fois qu'elles parlaient vraiment, sans chercher à se justifier. Pour une fois, elles se comprenaient, car en affrontant Voldemort, elles étaient un peu dans la même situation.

- Au début, j'ai cherché à être neutre, dit Kécile pour rompre le silence. Mais il m'a fait trop de mal. J'ai failli tuer Harry à cause de lui, j'ai cru perdre Albus tellement de fois !… Encore récemment, il a manqué tuer Harry et Severus. Je le respectais, avant. Maintenant je le déteste assez pour m'opposer à lui. Je sais que j'aurais peur. Je sais que ce sera difficile, mais il m' a donné suffisamment de raisons de vouloir l'abattre pour protéger ceux auxquels je tiens.

Elles commencèrent à boire en silence lorsqu'Albus ouvrit la porte de l'autre chambre et vint s'asseoir auprès d'elles.

- Il y a encore du thé ? Demanda-t-il nonchalamment.

Ludivine lui tendit la théière alors qu'il faisait venir à lui une tasse.

- De quoi parliez-vous ?

- Du psychopathe qui me sert de père, marmonna Kécile.

- Ah… décidément, on n'aura jamais autant parlé de lui que depuis que son nom est frappé de Tabou…

- Très drôle… marmonna Kécile. J'avoue que je ne sais pas comment vous faîtes pour en rire à quelques jours de la confrontation.

- Parce que tu crois qu'il y aura confrontation ? Demanda Ludivine.

- Vous vous attendez à quoi, honnêtement ? Vous l'avez dit vous-même, c'est la fin. Qu'est-ce que vous croyez que va être sa réaction quand il va découvrir que nous avons pillé les cachettes de ses hocruxes unes à unes ?

- Je n'en sais rien, à dire vrai.

- Comment ? Vous n'avez pas une de vos miraculeuses visions ? Il ne va certainement pas rester à se lamenter. Quoi qu'il fasse cela va nous coûter cher.

Ludivine secoua la tête.

- Je pressens que c'est bientôt la fin. Mais dans quelles circonstances je l'ignore.

- A nous de faire en sorte qu'il fasse ce que nous attendons de lui, intervint la voix grave de Severus.

Les trois autres se retournèrent vers lui.

- Vous avez déjà une idée bien arrêtée sur la question, apparemment, Severus, souleva donc vous asseoir.

- Lorsqu'il va apprendre la disparition de ses horcruxes, dit Severus en attrapant à son tour la théière, il va rentrer dans une fureur noire. Profitons en pour lui tendre un piège qu'il ne verra pas dans la colère et l'urgence de la vengeance. Amenons-le là où nous voulons qu'il soit. Là où nous voulons que la confrontation ait lieu.

- Il faut qu'elle ait lieu à Poudlard, déclara Dumbledore.

- A Poudlard, avec tous les élèves ?! Tu n'y penses pas ! S'exclama Ludivine outrée.

- C'est le seul endroit qui nous laissera le temps de nous préparer. Les protections de l'école sont suffisamment puissantes pour nous permettre de faire fuir les élèves et faire venir les combattants.

- Admettons, dit Kécile le front plissé, en espérant que ce piège ne se referme pas sur nous… Comment comptez-vous le faire aller là-bas ?

- C'est facile, dit Severus. Il suffit de lui faire savoir que Potter est est à Poudlard. Il voudra en finir par-dessus tout avec l'Elu, ça ne fait aucun doute.

- Sauf que nous ne serons pas à Poudlard mais à Londres, rappela Kécile un peu dubitative quant au fait qu'il ait pu oublier ce détail.

- Non, avoua Albus. Nous avons une autre idée.

- Nous ? Qui ça, nous ? Interrogea-t-elle brusquement soupçonneuse.

- Severus, Ludivine et moi avons projeté quelque chose.

- Je vois… les adultes décident, dit aigrement la jeune fille. Vous aviez prévu de nous en parler quand ?

- Ne le prends pas ainsi, Kécile, tenta de rasséréner Dumbledore. Nous voulions vous en parler dès que l'opportunité s'en serait présentée. Il semble que le moment soit opportun. Si tu veux bien, nous attendrons juste que tes amis arrivent pour vous en parler.

- Nous sommes là, intervint Harry en ouvrant la porte. Nous ne voulions pas interrompre… tenta-t-il de justifier… ça avait l'air… privé…

Il agitait les mains avec embarras, et Kécile ne put se retenir de penser qu'il était absolument craquant. Elle s'admonesta et détacha son regard de Harry pour tourner sa concentration vers la suite de la conversation.

- Je vois que vos bonnes vieilles habitudes n'ont pas changé, Potter, dit Severus narquois. Vous écoutez toujours aux portes.

- Difficile de faire autrement quand la dite porte n'est qu'un bout de tissu…

- En tout cas, ça n'étouffe certainement pas le bruit de vos disputes, marmonna Hermione en surgissant de sa chambre. Qu'est-ce que qu'il se passe ? Ajouta-t-elle en avisant tout le monde réuni.

- Ah, et bien voilà la dernière, fit Severus avec un rictus. Finissons-en, voulez-vous ?

- Prenez place, Hermione, dit Dumbledore plus aimablement. Nous souhaitons vous faire part d'un plan pour les jours à venir.

Lorsque Hermione s'assit, l'ambiance devint tout d'un coup plus grave. Kécile se demanda même si toutes ces petites piques que Severus et Harry continuaient à s'envoyer sans réelle animosité, presque par habitude, n'étaient pas un moyen de garder une certaine normalité, et de ne pas laisser le stress les envahir.

- Je crois qu'une même préoccupation est dans tous les esprits autour de cette table, commença Albus. Plus que de trouver le dernier horcruxe que nous pouvons atteindre loin de Tom, c'est de savoir comment celui-ci va réagir en découvrant ce que nous avons fait. Car il l'apprendra forcément à ce moment-là.

- Excusez-moi, professeur, mais ne pouvez-vous trouver un moyen de garder notre effraction à Gringotts secrète ? Demanda Hermione.

- Non. Le lieu est trop bien protégé. Parvenir à y voler quelque chose et à en ressortir sera déjà bien difficile.

- De plus, ajouta Ludivine, une fois que la coupe sera en notre possession, nous aurons besoin qu'il sache. Nous n'avons plus aucune raison de retarder la confrontation dès lors qu'il ne reste plus que Nagini à abattre. Même si je suis la première à reconnaître que ça ne m'enchante pas...

- Donc quoi qu'il arrive, ce sera bel et bien la fin, conclut Harryle visage fermé.

- Oui, mon garçon. Et c'est pourquoi nous avons besoin d'attirer Tom là où nous voulons qu'il soit. L'endroit le plus avantageux pour cette confrontation serait Poudlard. En temps normal, il est probable que Tom aurait évité de s'y rendre. Mais dans la fureur qu'il éprouvera, nous pensons pouvoir l'y attirer facilement, grâce à toi, Harry.

- Donc vous voulez que je reste à Poudlard, comprit le jeune homme. Que je serve d'appât.

- Presque. Nous avons pensé que vous pouvez rester tous les quatre à Poudlard.

- Vous cherchez quoi, au juste, attaqua Kécile un peu agressive. A nous protéger ?

- Ce serait vain, répondit doucement Dumbledore. Et pourtant, Merlin est témoin combien nous aimerions pouvoir vous préserver de cette guerre, ajouta-t-il dans un murmure. Non, nous n'avons simplement pas besoin d'être 7 pour cambrioler Gringotts. J'ai même tendance à croire que moins nous serons nombreux, mieux cela sera. En revanche, dès que Tom comprendra, il faudra être prêt.

- Donc vous voulez qu'on prépare Poudlard à un assaut pendant que vous récupérez le dernier horcruxe, conclut Ron. Et quand on est prêt, on fait savoir à Vous-Savez-Qui que Harry est à Poudlard où nous l'attendrons, prêts à mener une bataille.

- C'est cela. Et il ne s'agira pas d'une mince affaire dans la mesure où il faudra neutraliser Dolorès Ombrage et les Carrows.

- Un jeu d'enfant, vous voulez dire ! S'exclama Ron avec un sourire carnassier.

- Honnêtement, je suis sure que ça aurait déjà été fait si les professeurs n'avaient pas eu peur de se mettre à dos le Seigneur des Ténèbres, approuva Kécile.

- Kécile, ne veux tu pas cesser de l'appeler ainsi ? Demanda Ludivine.

- Quoi ? Vous voulez que je l'appelle comment ? Cracha-t-elle avec animosité. Papa ?

Harry eut un ricanement nerveux.

- Je crois que tu n'aimes pas trop rappeler que ce taré te sert de père.

- Non, répondit sèchement Kécile.

- Tu pourrais l'appeler, Tom, comme Albus et moi, suggéra Ludivine.

- J'aimerais vous y voir, à l'appeler juste « Tom » après l'avoir eu comme Maître pendant les trois quart de votre vie…

- J'ai une idée… coupa Ron.

Tout le monde se tourna vers lui, car généralement, Ron laissait le soin des idées à Hermione.

- Et si on utilisait le Tabou contre Vous-Savez-Qui ?