Je souhaitais remercier les personnes qui passaient sur cette fanfiction et qui prennent le temps de la lire. Merci à vous. Je sais que cette histoire n'est pas facile à lire et qu'elle est trop longue pour ce qu'elle est mais... tant pis. Merci quand même de m'accorder un peu de votre temps !
Chapitre 5 - Dévotion
- Je suis heureux de te retrouver, ami voyageur ! s'exclama Asarim de sa voix chantante en voyant le Héros arriver en courant.
Le Piaf cessa de jouer et dû lâcher son instrument alors que son jeune compagnon se jeta soudainement dans ses bras. Surpris de cette démonstration ouverte d'affection, Asarim resta un petit moment choqué. Avant de sourire tendrement et de rabattre une de ses ailes autour du jeune Hylien. Il ne comprenait pas ce qu'il faisait le nez contre son plastron : cela ne devait pas être très agréable. Et pourtant l'autre semblait juste heureux à être ainsi écrasé contre lui ! C'était incompréhensible mais Asarim ne pouvait pas spécialement le juger.
Il sursauta cependant quand il sentit ses doigts sur ses ailes, comme s'il cherchait la chaleur de son duvet. Cela ne manqua pas de le faire rire cependant et il le repoussa doucement. Le ménestrel était plus que soulagé de voir que son jeune compagnon de voyage avait l'air en meilleure forme par rapport à leur dernière visite. Pour son plus grand plaisir et soulagement : si le Héros daignait prendre soin de lui, c'était encourageant et cela le rassurait en même temps.
Il osa passer ses doigts dans la tignasse blonde du jeune homme, les ébouriffant généreusement. C'était étrange de se montrer aussi familier alors qu'ils ne se connaissaient pas plus que cela mais l'humeur joyeuse du jeune homme empêchait Asarim d'être froid ou distant (et de ce n'était pas dans sa nature non plus). En plus d'être contagieuse, il avait juste vraiment l'air heureux de le revoir. Qu'il était plaisant de voir le bonheur de quelqu'un aussi franchement affiché sur un visage. La plupart des voyageurs étaient souvent maussades, rarement aussi heureux que ne l'était le Héros devant lui.
- Bienvenue aux abords de mon village natal, le village Piaf, fit le Piaf avec enthousiasme.
Le Héros se mit à signer rapidement, sans que cela n'ennuie Asarim : il comprenait très facilement ce langage et il sentait que son jeune ami éprouvait un soulagement à signer avec aisance et sans restrictions. Avant qu'un pli soucieux ne se forme sur son front malgré son plumage.
- « Je suis venu aussi vite que j'ai pu depuis le domaine Zora ! Je viens pour affaire ! »
- Aussi loin ? s'exclama Asarim. Cela a dû être un bien périlleux voyage…Tu viens pour affaire ? Quelles affaires peuvent te mener ici ?
- « Ils ont besoin d'un archer. Je suis très mauvais à l'arc et leur bête divine est en train de menacer leur domaine d'inondation. J'ai promis d'aider mais en attendant que je m'améliore, je dois convaincre un archer de venir les aider… »
Asarim referma son bec plus fort que ce qu'il voulait, le faisant claquer dans un signe qui pouvait signifier une sorte désapprobation. Et c'est ce que Link comprit, le ménestrel le sut en voyant de la confusion sur son visage. Il secoua sa tête devant sa bêtise : pouvait-il cesser d'être maladroit en sa présence… ?
- Ta quête est noble, mon jeune ami. Et loin de moi l'idée de vouloir te décourager mais je pense que cela va être compliqué de solliciter un guerrier Piaf.
Il se tourna et leva son aile vers le ciel. Link suivit son mouvement et tous les deux regardèrent l'énorme créature mécanique volant au-dessus d'eux en mouvement circulaire. Le Héros pencha la tête sur le côté, perplexe et Asarim poussa un faible soupir. C'était la source de l'anxiété permanente de son peuple et aussi la désertification du village par les touristes.
- C'est Vah Medoh. La créature divine des Piafs. Comme toutes les créatures divines il y a cent ans, elles ont été corrompues par le Fléau et retournée contre nous. J'ai ouï dire qu'elle ne fait que tournoyer autour du village mais qu'elle ouvre le feu sur tout ceux qui essaient de quitter le village en volant… Les guerriers sont sur le qui-vive.
Link leva sa main, cherchant un signe qui puisse exprimer toute sa détresse et son désespoir. Mais ne trouvant rien, il serra simplement son poing de frustration. Asarim en le voyant dans cet état, posa délicatement ses plumes sur son poignet, l'empêchant de se miner de cette triste réalité. Etrangement, le jeune Prodige vint se lover dans ses bras, cherchant de la force pour poursuivre sa quête. Il avait l'air d'avoir tellement de souci à accomplir son devoir que le ménestrel ne se sentit ni l'envie ni le courage de lui imposer plus.
A la place il essaya de lui donner du réconfort, de la tendresse. Il en avait bien besoin, à n'en nul douter. Finalement, ils finirent tous les deux assis près du feu, attendant en silence. Le Héros n'avait pas exécuté un seul signe depuis un moment, s'enfermant définitivement dans son mutisme. Asarim ne chercha pas à faire la conversation, se doutant que le jeune homme avait besoin de calme. A la place il chercha un air doux à jouer, quelque chose qui ne le dérange pas mais qui puisse améliorer son humeur. Il fallut plusieurs minutes avant que l'Hylien ne s'apaise et qu'il ne daigne l'écouter attentivement.
Asarim lui adressa un regard doux qui provoqua le sourire du Héros et ce dernier essaya de sortir un peu la tête de ses problèmes. Il signa rapidement une question.
- Oui, je suis né et j'ai grandi dans ce village, déclara le ménestrel en jouant une nouvelle mélodie. J'ai un peu le mal du « pays ». C'est que, j'ai laissé femme et enfants dans ce village et je n'ai pas encore le droit de rentrer.
- « Femme et enfants ?! » signa le Héros, choqué. « Tu es marié ? »
Cette fois, le Piaf ne put retenir un petit rire. Un son agréable malgré sa moquerie. L'Hylien roula des yeux, comme s'il n'accordait pas beaucoup d'importance à l'étrangeté de sa question et réclama sa réponse. Au grand dam d'Asarim : il avait toujours été évasif avec lui, que ce soit sur le fait qu'il savait qui il était comme sur sa propre vie et sa propre quête. Et le voilà, tout curieux qu'il était, en train de chercher à en savoir plus sur sa vie privée.
- Oui, je suis marié, répondit-il. Et père de cinq adorables petites filles. Si tu comptes te rendre au village, tu rencontreras probablement ma famille.
- « Pourquoi tu ne vas les voir ? Pourquoi rester dans l'étable qui est juste à côté ? »
- Ah… si je rentre, j'ai peur de ne pas pouvoir repartir. J'ai fait une promesse et je compte bien m'y tenir jusqu'à l'accomplissement de cette dernière.
- « Une… promesse ? » signa Link avec une certaine difficulté pour le mot « promesse ».
- Je suis désolé, j'ai bien peur de ne pas pouvoir en dire plus pour le moment. La proximité de mon village et l'absence de ma famille se fait sentir. Si je te dis tout maintenant, je sens que ma volonté risque fort de faillir…
Le Héros n'insista pas, se tassant sur sa bûche, comme si son refus l'avait brûlé comme une flamme vive. Et ce n'était pas le souhait d'Asarim qu'il se sente blesser ou rejeter. Il plissa les yeux et joua un air plus grave, qui collait à son humeur. L'envie de rentrer et de serrer dans ses bras ses filles, de voir sa chère et tendre épouse était un supplice qui faisait saigner son cœur. Mais il était avant tout un Piaf n'ayant qu'une parole. Il devra tôt ou tard confier ses chants au Héros et le guider vers les sanctuaires décrits en chanson par son maître. Ses notes eurent un quelque chose de sinistre quand la bête mécanique passa au-dessus d'eux et que le bruit fracassant de ses rouages hurlant au vent couvrit sans trop de peine sa vaine mélodie.
Asarim releva la tête, le cœur gros d'inquiétude. Savoir cette créature au-dessus de son foyer, sans aucun moyen de les protéger, ne l'aidait pas à se raisonner. Spontanément il se releva, mû par le besoin de revoir ses aimés mais le Héros le retint soudainement par le bras. Asarim écarquilla les yeux, de surprise. Choqué de se voir capable de rompre sa propre détermination, il passa une main tremblante dans son plumage gonflé. Ciel, à quoi pensait-il soudainement ? Il était déjà revenu ici plusieurs fois, juste pour se rassurer. Mais aucune de ces escapades ne l'avaient poussé à ce point à vouloir rentrer… pourquoi soudainement ?
- « J'arrêterais Vah Medoh », signa le Héros avec une expression douce mais ferme. « Si ta famille est en danger mais que ton devoir est ailleurs, je vais prendre tes craintes, Asarim. »
Le ménestrel garda son bec clos, pour s'empêcher de s'émouvoir soudainement. Ses yeux brillèrent de larme qu'il contint furieusement : lui qui ne voulait pas l'accabler, voilà qu'il prenait le poids de sauver son peuple et sa famille pour soulager ses propres peurs. Il posa son accordéon et prit les mains du Héros dans les siennes, les serrant fermement. Par Hylia, que les mots lui faisaient défaut pour lui exprimer toute sa gratitude. D'autant plus que le domaine Zora attendait son aide et plus encore, la princesse était aussi dans cette situation. N'était-ce pas trop demandé à un seul homme ?
Pourtant Link lui accorda un simple sourire, confiant. Il n'y avait aucun doute, aucune peur sur son visage. Il affrontait l'adversité. Tant bien même cela était des montagnes insurmontables. Doucement le Piaf se pencha sur sa tête et posa son bec sur son sommet. C'était la seule chose qu'il pouvait lui offrir, en plus de ses chants. Un charme lui demandant de revenir vivant. Le Héros leva sa main sur sa tête, ses doigts effleurant l'endroit « embrassé » par le Piaf, troublé de ce geste. Avant de simplement rougir, à la surprise d'Asarim : n'était-ce pas lui qui s'était jeté dans ses bras un peu avant… ?
- Jusqu'à notre prochaine rencontre, que tes pas soient guidés par la lumière, murmura Asarim.
- « Je reviendrais », promit le Héros. « Je te promets que ta famille ira bien. »
- Mille mercis, ami voyageur… Je…
Le Ménestrel hésita quelques secondes, ne sachant pas s'il devait confesser, ou pas, ce qu'il savait. Il préféra ne rien dire et toussa simplement pour masquer sa gêne.
- Nous nous rencontrerons prochainement. Je t'attendrai.
- « J'ai le meilleur charme au monde pour me protéger ! »
Cette fois le pauvre Piaf sentit son plumage se gonfler sous la honte : ah ! Ah non, ce n'était pas juste de retourner ce simple baiser porte-bonheur contre lui de la sorte ! Il n'avait pas… vraiment réfléchi à son geste, il avait juste agi spontanément, sans y penser à deux fois. Mais en voyant les joues rosies de joie du Héros et son sourire magnifique à ce moment, il soupira pour lui-même : qu'est-ce qu'il craignait finalement à être juste un peu familier avec lui… ? Il lui adressa un léger signe d'au revoir de la main, le regardant s'éloigner avec tristesse et soulagement mélangé.
- Bonté divine, Asarim ! Qu'est-ce que tu es en train de faire… ? soupira le ménestrel pour lui-même.
Il n'était idiot. Il savait que derrière leur apparente amicalité, il y avait de l'attachement. Le Héros s'attachait à lui, au point de pouvoir témoigner de l'affection et de la tendresse en public. Il avait évoqué sa femme et ses filles, pour le dissuader de s'accrocher à lui…
Mais il avait la sensation qu'il s'était surtout rappelé à lui-même ses propres engagements. Ce qui était bizarre, non ? Des deux, ce n'était pas lui qui flirtait ! En tout cas, il n'en avait pas l'impression consciente. Il passa sa main sur sa face, un peu désespéré par lui-même. Son âge et son expérience lui faisait bien réaliser que le Héros s'attachait. C'était encore gentil, de l'affection tendre. Mais si ces sentiments se développaient, il serait bien ennuyé ! Il se devait être plus ferme ! Enfin… comment faire ? Le Héros semblait avoir tant de souci, il ne pouvait pas l'éloigner juste pour se protéger… ?!
Il fût incapable de jouer quoi que ce soit les heures suivantes, sa confusion et sa gêne s'emmêlant dans son esprit et ses ruminations ne donnèrent rien de concret. Il sursauta quand il fût interpellé et pas sans raison : un soldat Piaf le regardait avec ennui et amusement, un curieux mélange sur un visage si sérieux. Asarim se redressa et alla à la rencontre du garde qui veillait sur le pont qui menait au village. Le soldat s'appuya négligemment sur sa lance et le dévisagea lourdement. Malgré cette expression spéciale qu'il avait, Asarim y devinait une forme de reproche.
- Bonjour Gesane, salua le ménestrel.
- Asarim, répondit ce dernier avec une voix traînante d'ennui. C'est que tu joues drôlement mal depuis un petit moment. Au lieu de jouer les oiseaux chanteurs, pourquoi ne pas rentrer t'occuper de ta femme et de tes filles ?
Asarim se retint de toutes ses forces de ne pas rouler des yeux. Il y avait naturellement droit chaque fois qu'il venait aux abords du village. Il jouait toujours au relai dans l'unique but que ses chansons soient portées jusqu'au village et que sa femme et ses filles sachent qu'il pensait toujours à elles. Et il détestait plus que tout que quiconque critique sa façon de vivre. Si Amali avait accepté, certes difficilement son choix, elle n'avait pas menacé de le renier juste parce qu'il accomplissait son devoir. L'honneur du Piaf et ménestrel qu'il était, était en jeu. Et elle n'avait aucune raison de jouer avec sa décision en faisant planer sur lui quelques dissuasions que ce soient. Ce n'était malheureusement pas le cas des autres.
- J'accompli mon devoir, Gesane. Je respecte la volonté de mon ancien maître.
- Ton ancien maître n'était pas un Piaf, rétorqua dédaigneusement le garde.
- Non, il est vrai que c'était un Sheikah mais ayant été un proche de la famille royale, il a un savoir unique qu'il a condensé en chanson. Outre ma quête de ces anciens chants, il m'a chargé d'un devoir par la promesse d'un défunt. Je ne suis pas Piaf qui bafoue la volonté des morts, Gesane.
Le garde tiqua, claquant sèchement son bec, sachant qu'il n'avait rien à répondre à ça. A la place il se redressa mais même comme ça il restait ridiculement plus petit que l'imposant ménestrel. C'était quelque chose qui exaspérait beaucoup les guerriers piafs : le ménestrel était aussi grand qu'imposant. Il était bien plus massif que la majorité d'entre eux (excepté leur chef).
Gesane secoua la tête avec dépit : avec des ailes aussi puissantes que les siennes et un bon entraînement, Asarim avait un bon potentiel pour devenir un excellent guerrier. Mais non, au grand dam des autres, il préférait conter fleurette à travers le monde sans aucune explication logique autre que « son devoir » ou « la volonté de son défunt maître ». Le garde soupira, ne cherchant même pas à argumenter. Et le ménestrel l'en remercia sans détour : il détestait avoir ce genre de discussion stérile.
- Je t'ai vu avec un Hylien, souligna le garde, curieux.
- Il est celui que je vais guider à travers ces chants oubliés. Il est en quête d'un archer parmi nos guerriers qui pourrait aider nos alliés esseulés.
Gesane secoua sa main d'un air agacé et Asarim haussa simplement les épaules : une chose que le garde n'aimait pas, c'était bien ses rimes sans qu'il ne sache réellement pourquoi…
- Traduction ? demanda le garde.
- Vah Ruta, la bête divine des Zoras semble hors de contrôle et est en train de noyer le domaine. Nul doute qu'ils ont peu de temps avant que cette catastrophe n'arrive.
- Certes, c'est fâcheux mais Harth et Teba se sont mis en tête d'arrêter Vah Medoh. Tu comprendras que c'est pas l'envie qui nous manque d'aider d'anciens camarades mais sa requête risque d'être compliqué à accomplir.
- Oh ciel ! s'exclama Asarim absolument pas au courant de ces faits. Comment vont-ils ?!
- Hmm… Harth a été touché par un tir de la créature. La mort l'attendait si Teba ne l'avait pas rattrapé et ramené fissa au village. Si cela avait suffi à calmer l'ardeur de Teba, je dis pas mais cet imbécile s'est mis en tête d'y retourner prochainement. Alors même qu'il a une femme et un fils, il est prêt à mourir pour venger Harth et mettre fin au règne de la créature… je comprends sa frustration mais pas ses pulsions suicidaires…
- Où est-il… ?
- A ton avis ?
- La zone d'entraînement…
Sans hésiter une seule seconde, Asarim s'envola sans attendre et se dirigea immédiatement vers la zone d'entraînement. Il n'aurait jamais cru avoir cette peur panique au ventre. S'il s'inquiétait constamment pour sa famille, ce n'était pas pour autant qu'il ne pouvait pas avoir peur pour son peuple, ses amis ou ses voisins ! Et Teba était un fier guerrier Piaf, le meilleur qu'il connaissait depuis feu le Prodige Revali. Il n'avait aucun talent spécial mais il était brave et courageux, n'hésitant jamais à protéger leur village de toute menace !
Le ménestrel connaissait bien Teba et son caractère entre l'entêtement, l'impulsif et surtout sa fierté ! C'était malheureusement un défaut quand il refusait d'écouter la voix de la raison et qu'il s'enfermait dans ses idées. Asarim ne doutait pas une seule seconde que cet idiot avait refusé d'écouter leur Ancien et avait embringué avec sa fougue, son meilleur ami. Il tangua quand il entra dans les contrés froide de la chaîne montagneuse de l'Hebra et gonfla son plumage sous le changement radical des températures : ses voyages l'avaient guidé dans des contrés si chaude qu'il avait failli en oublier le froid de son chez lui !
Il tomba presque sur la plateforme de la zone de tire, juste en face du guerrier Piaf blanc comme la neige. Guerrier qui ne manqua pas de l'injurier pour son entrée plus que fracassante, ses doigts fermement crispés sur son arc (si Asarim n'était pas tombé aussi près, il était certain qu'il aurait décoché une flèche de mise en garde).
- Asarim ?! s'étonna Teba en le voyant. M-Mais je te pensais en voyage autour du monde !
- J'étais dans le coin. Le réveil de Vah Medoh me fait revenir bien plus souvent que ce que tu ne le penses, s'indigna le ménestrel avec sévérité. J'ai appris de Gesane ce qu'il s'est passé. Pour Harth aussi.
Le guerrier ferma son bec et détourna le regard. Sa colère était évidente autant que sa fierté. Clairement, le fait d'avoir risqué bêtement la vie de son ami d'enfance ne l'enchantait guère. Asarim soupira faiblement, comprenant que trop bien qu'il ne pourrait pas le raisonner. Il écrasa simplement la main sur son épaule et Teba releva vers lui un visage étonné : il s'était attendu à être raisonné par le sage et avisé ménestrel. Mais s'il décidait de ne pas le faire, c'était… étrange.
- Non, je ne cherchais pas à te convaincre, soupira Asarim. Tu es bien trop déterminé après ce qui est arrivé à Harth. Vous êtes ami d'enfance, tu es aussi furieux contre Vah Medoh que contre toi-même. Tu te sens responsable de sa blessure et tu veux laver cet affront de ton honneur de guerrier en arrêtant Vah Medoh toi-même.
Teba ne put s'empêcher de rire à son commentaire et croisa les bras sur sa poitrine, une lueur amusée dans son regard. Asarim sut ce qu'il pensait avant même qu'il ne le dise :
- Tu n'es pas un guerrier mais tu en comprends les valeurs mieux que ma propre femme. Je ne comprends toujours pas ce qui t'as détourné de l'archerie…
- Je ne suis pas là pour ça, soupira le ménestrel. D'ici quelques instants un Hylien va très certainement te rendre visite. Il voudra sans doute combattre Vah Medoh avec toi. Peux-tu accepter sa requête s'il te plaît… ?
- Un Hylien… ?
Le guerrier regarda le ménestrel le contourner pour rentrer dans la petite hutte. Il fronça les sourcils en le voyant avec une expression d'une extrême gravité. Et encore plus quand Asarim prit un des arcs conçus par Harth. Il l'observa bander l'arme et tester cette dernière. Avant de la prendre et de sortir de la hutte. Il déploya ses ailes sans explication et Teba écrasa sa main sur son épaule, l'empêchant d'aller où que ce soit.
- Asarim ! Tu n'es pas un guerrier, pourquoi as-tu besoin de cet arc ?! s'inquiéta Teba.
- … Peut-être parce que je veux l'aider moi aussi ? déclara simplement le ménestrel avec une expression d'une profonde tristesse. Je vais l'aider en échange de son aide. Dans la mesure de mes moyens. Accepte l'aide cet Hylien, c'est tout ce que je te demande Teba.
Asarim repoussa sa main et s'envola à tire d'aile, provoquant l'appel alerté et désespéré de Teba sur la rampe. Il prit tranquillement son altitude, perdant en vitesse et encore plus encombré d'un arc qu'il n'avait jamais vraiment utilisé de sa vie. Il savait qu'en vitesse, Teba était plus rapide que lui. S'il décidait de le pourchasser, il le rattraperait sans aucun problème. Asarim n'était pas le plus rapide des Piaf, il en était conscient. Mais il était l'un des plus endurant, du fait de ses très nombreux voyages.
Le fait que le destin du monde repose sur les seules épaules du Héros l'exaspérait au plus haut point. Qu'il soit le seul à pouvoir combattre le Fléau, Asarim comprenait. Il était l'élu, celui qui avait été choisi par une très vieille prophétie pour combattre les ténèbres. Mais… devait-il réellement combattre tout seul ? N'était-ce pas un peu injuste de le laisser prendre tous les risques seuls, sans aucune aide ? Chaque peuple comptait d'excellent guerrier et si, certes, les temps étaient difficiles, ne pouvaient-ils juste pas… agir ? Rien qu'un peu… ?
Oh, il était conscient que son idée était stupide, qu'il risquait bêtement sa propre vie pour aider le Héros. C'était… son devoir mais… il n'était pas censé être sur le terrain. Il ne savait pas se battre, Asarim n'avait pas été comme tous les hommes Piafs. Il avait abandonné l'archerie très vite au profit de la musique. Qu'est-ce qu'il faisait ? C'était une erreur. Une terrible erreur. Et plus il traversait le royaume, plus il se disait qu'il faisait l'erreur de sa vie. Et pourtant…
Et pourtant, il était là. Aux abords du domaine Zora. Arc à la main, flèche électrique dans leur carquois, attendant d'être décochées. Il scruta les alentours : plusieurs Zoras surveillaient la zone. Sans doute pour prévenir les dégâts de l'eau. La pluie incessante rendait tout plus sombre, donc une très mauvaise visibilité. Pourtant sa prise se resserra sur l'arc et Asarim inspira profondément. Il ignorait totalement ce qu'il était en train de faire. Mais il savait, au fond de lui, qu'il devait le faire…
ooo
- Le flot de Vah Ruta s'est atténué, mon roi ! s'exclama le garde.
- Comment est-ce possible ? s'exclama Sidon, surpris. Personne n'a approché la bête divine depuis que nous avons établis que Link nous aiderait !
- D'après nos rapports, une ombre a été aperçu sans certitude rôdant autour du barrage. Les équipes en charge de la surveillance indique que plusieurs flèches ont été tirés afin d'enrailler les mécanismes.
Le cœur de Sidon rata un battement : est-ce que Link serait revenu sans les prévenir ? Non. Non, il pensa que non, ce n'était pas l'Hylien. Parce que ce dernier n'avait aucune raison de se cacher. Le prince des Zoras passa sa main sur sa tempe, perplexe : qui avait bien pu les aider et ne même pas se faire connaître ? Existait-il encore en Hyrule une âme assez noble pour aider sans rien demander en échange ? Si oui, c'était… troublant. Rapidement, Sidon se dirigea vers le barrage pour voir de ses propres yeux le résultat.
Il interrogea les différentes équipes de surveillance et aucune ne sut lui apporter de réponse concrète autre que des flèches avaient bien été tirés sur Vah Ruta. Sidon plongea dans l'eau et approcha avec prudence la bête divine. A sa surprise, il trouva, flottant à la surface, des flèches. Il en attrapa une, curieux et en étudia la pointe : c'était… une flèche de foudre. La pointe spécifique de ces flèches étaient reconnaissables. Mais celle-ci était déchargée, signe qu'elle avait bien touché sa cible d'une quelconque façon avant de rebondir et de tomber dans l'eau. Il en trouva une autre, plus loin, qui brillait faiblement.
Sidon leva son bras pour la saisir mais à sa surprise et bêtise, il se prit un très violent coup de jus. Il jura entre ses dents et s'éloigna vivement : celle-ci avait été tiré mais n'avait absolument pas fait mouche, ne perdant absolument rien de ses propriétés élémentals ! Un rapide tour et le Zora réalisa qu'il y avait autant de flèches déchargées que de flèches encore chargées. Soit le tireur n'était pas bon du tout et c'était un miracle qu'il ait pu toucher la créature. Soit… soit Sidon ne savait vraiment pas quoi penser de ce « sauveur » inconnu.
- Empêchez l'accès à l'eau du barrage, ordonna Sidon. J'ai eu la malchance de tomber sur une des flèches électrique encore chargée. Elles sont nombreuses tout autour de Vah Ruta.
- Vous êtes blessés ? s'exclama Bazz en s'agenouillant et prenant la main de Sidon.
- Négligeant, corrigea le prince avec un sourire franc. Je suis soulagé de me dire que c'est moi qui suis tombé dessus et pas l'un de vous.
- Prince Sidon… allez faire soigner cette blessure. Nous continuons de monter la garde.
Le prince approuva et descendit en gardant sa main fermée et coincée dans son dos pour empêcher qui que ce soit de voir sa blessure. Et ce jusqu'à ce qu'il trouve le médecin royal et qu'il n'expose son problème. Ce dernier roula simplement des yeux et s'occupa de soigner la blessure non sans le gronder gentiment sur son étourderie, veillant à lui rappeler que depuis feu sa sœur, il n'existait plus de personne possédant un don comme le sien. Et que de ce fait, s'il existait des alternatives pour se soigner, il se devait d'être prudent car rien n'égalait le pouvoir de Mipha.
Sidon s'en excusa et récupéra des fioles pour soigner les gardes éventuellement distraits. Mais alors qu'il s'occupait de la prévention et distribuait ce qu'il fallait pour les gardes en poste, il ne pouvait s'empêcher de réfléchir : si ce n'était pas Link, c'était alors le Piaf qu'il était parti chercher pour les aider ? Cela pouvait tenir la route. Mais Sidon était fortement dubitatif : l'archer ne semblait pas très bon, vu le nombre de flèche tiré. Et si c'était un Piaf, cela serait très curieux. Qui était donc ce mystérieux (ou mystérieuse) sauveur ?!
- Capitaine Bazz ! appela Sidon.
- Oui, mon prince ?
- Combien de temps il nous faut pour rejoindre le village Piaf ?
- Et bien… si nous passons par la rivière et que nous nageons dans les douves entourant le château, nous pouvons prétendre arriver au sud d'Hebra en quelques jours. Le reste du trajet se fera à pied ou à cheval si vous avez le courage de grimper dessus car il n'y aucun fleuve ou rivière qui nous relit directement à cette région. Enfin, je suppose. Aujourd'hui, nager ne serait-ce qu'aux abords du château est bien trop périlleux. Nous pouvons couper par Firione, au sud, mais il restera quand même une longue route avant d'atteindre la chaîne d'Hebra.
Sidon médita sa réponse : pour eux, il leur était impossible de rejoindre le village Piaf facilement. Il excluait l'idée même de se déplacer jusque chez les Gerudos et oublia les Gorons : ils étaient… isolés. Et ce n'était pas une chose facile que de devoir gérer leur nature. Ils avaient besoin d'eau, possédait beaucoup de faiblesse et ce n'était pas aisé pour eux de voyager à travers Hyrule sans problème. Il soupira faiblement, l'air maussade. Bazz pencha la tête sur le côté :
- Je vous déconseille même d'essayer, gronda le garde, inquiet.
- Je ne compte pas le faire ! s'indigna Sidon (qui avait quand même envisagé cette perspective). Les Piafs peuvent voyager bien plus rapidement que nous… nous rejoindre ne doit pas être compliqué. Et leurs plumes les gardent à l'abri de la pluie…
- Vous pensez que… c'est un Piaf qui est responsable de ce miracle ?!
- Je n'ai aucune certitude, avoua le prince toujours perplexe. Mais… personne ne peut se tenir au milieu du lac sans voler et aucun de nous ne peut tenir de flèche de foudre. Et vu leur nombre, c'était un piètre tireur. Voilà un mystère auquel je ne comprends rien !
Mystère qui ne cessa pas de s'épaissir, quand quelques heures plus tard, un garde revint avec un arc trouvé aux alentours du barrage. Un arc clairement Piaf mais… cassé. Comme s'il avait subi une utilisation intensive au point de céder. Sidon décida de mettre cette histoire au clair et de faire surveiller deux fois plus le barrage et les secteurs environnant : qui que fût l'individu, il y avait quelque chose que Sidon n'expliquait pas. Pourquoi les aider mais rester anonyme ?!
ooo
- Ce n'est… absolument pas… de ton âge, Asarim ! se lamenta le ménestrel alors qu'il se laissa choir sur le sol. Mais mon pauvre… vieux… qu'est-ce qu'il t'a pris… ?!
Le Piaf écrasa lourdement sa main sur sa face, dépité de sa propre bêtise. Par Hylia, il était mauvais à l'arc et il était encore plus dépité d'avoir réussi à le casser par il ne savait quel miracle. Sans compter que cela lui avait pris un temps monstrueux de trouver un équilibre entre le vol et la visée. Il avait gaspillé toutes les flèches qu'il avait pu se procurer et par la déesse, qu'il avait dépensé sans compter pour s'équiper. Il inspira un bon coup : à défaut d'avoir été très efficace, il avait au moins pu mener à bien sa « mission ». Il éprouva une forme d'accomplissement d'avoir pu aider le Héros et heureux d'avoir su lui apporter un peu de soulagement.
Certainement qu'il devait être actuellement avec Teba pour s'occuper de Vah Medoh. Il leur souhaita toute la chance et le courage de la terre pour pouvoir arrêter les canons meurtriers de la créature. Il n'avait pas été simple de gérer Vah Ruta. Même si la créature était assez « inoffensive » par rapport à Vah Medoh, elle savait chasser les intrus. Et jamais Asarim n'aurait un jour penser devoir virevolter comme il l'avait fait pour esquiver ces blocs de glace. Il n'était pas très bon acrobate et il le sentait que trop bien. Son corps souffrait de ses excès !
Mais il avait aidé le Héros. Le domaine Zora avait un léger sursis avant que Vah Ruta ne se relève et ne reprenne ses pluies diluviennes. Cela pouvait ne durer qu'un jour, c'était déjà ça d'offert à Link. Et s'il parvenait à calmer Vah Medoh au passage ou à faire en sorte qu'il ne soit pas une menace permanente… ce serait un soulagement. Cependant Asarim était un peu attristé : il ne devait en aucun cas croiser son ami voyageur pour le moment ! La blessure infligée par Vah Ruta était assez laide et il ne pourrait pas la cacher de sa vue. Surtout parce que la créature avait touché son aile.
Après sa déconvenue avec la créature divine des Zoras, Asarim avait volé tant bien que mal (malgré son aile blessée), jusqu'en Akkala. Bon, ce choix n'était peut-être pas le plus intelligent parce que c'était la région juste au nord des Zoras. Mais vu son état, il n'était pas en mesure d'aller plus loin. D'une main tremblante, il ouvrit son élixir et l'appliqua sur sa plaie, serrant fermement son bec alors que la potion faisait son effet primaire. Il savait qu'il devait retourner voir Teba. Le rassurer. Il avait fui si vite, sans lui laisser le temps de s'expliquer.
Péniblement, le ménestrel se remit sur ses pattes et doucement, il testa son aile : la potion avait soigné la blessure mais n'avait pas retiré la douleur. Voler serait compliqué. Pas impossible. Mais pénible. Pourtant Asarim ravala sa souffrance et fit le péniblement long trajet de la région d'Akkala jusqu'aux chaînes d'Hebra. En prenant le soin de s'arrêter aussi souvent que nécessaire, de préférence dans un relai où il prenait le temps de dormir et de manger correctement. Est-ce qu'Hylia était cruelle ? Il pensa qu'elle était un peu trop joueuse à son goût quand un matin, en sortant de son lit, il trouva le Héros.
Ce dernier était en train de s'occuper de sa monture, ne l'ayant pas encore remarqué. Le ménestrel hésita presque à retourner sous sa couette mais se ravisa rapidement. Ce ne serait malheureusement pas très gentil de sa part de le fuir de la sorte, surtout qu'il n'avait rien fait de mal qui mérite une telle attitude de sa part. Alors il se leva et s'étira, prenant le temps de lisser ses plumes pour avoir l'air plus présentable. Satisfait de son apparence, il quitta le lit.
Il s'approcha calmement. Lentement l'Hylien se tourna et en le voyant, son expression se mua en une tendresse infinie. Il caressa le museau de son cheval avant de le laisser trotter plus loin puis se rua vers le Piaf dès qu'il fût certain de ne pas effrayer sa monture.
- Que d'affection ! plaisanta Asarim.
- « J'ai tenu parole : j'ai aidé pour Vah Medoh ! Je ne peux pas encore l'atteindre mais ses canons ont été désactivé ! » signa frénétiquement le jeune homme. « Ta famille n'est plus en danger pour le moment ! »
- C'est… fantastique, soupira le ménestrel soulagé. Tu as ma plus profonde gratitude mon jeune ami.
Le Héros perdit son sourire en remarquant la fatigue sur le visage d'Asarim. Il pencha la tête, soucieux. Avant de juste poser ses mains sur ses ailes, inquiet.
- Je vais bien. Je suis vraiment soulagé pour mon village et je ne saurais jamais trop te remercier de l'avoir protégé pour moi.
- « C'est mon devoir. »
- J'aimerais que ne soit pas le cas, murmura Asarim pour lui-même.
L'Hylien fronça légèrement les sourcils, comme s'il n'avait pas bien compris sa phrase et Asarim chassa son commentaire en haussant les épaules. A la place, il proposa un chant ainsi que la promesse de conter son exploit pour Vah Medoh. Le Héros rougit, confus : il était d'accord pour écouter ses chansons mais l'idée qu'il compose l'une d'elle rien que pour lui et pour vanter ses efforts, cela semblait l'embarrassé.
A l'étonnement d'Asarim. Il releva doucement, avec cette même tendresse autant dans sa voix que dans ses yeux, que les faits héroïques se devaient être chanté, que c'était son travail en tant que ménestrel. Sauf que le jeune homme refusa totalement qu'il écrive quoi que ce soit en rapport avec cette expérience, ne semblant pas si fier que ça de ses faits d'armes ! Alors qu'il devrait être honoré ! Mais voyant qu'il ne cherchait ni gloire, ni notoriété, il fût pris d'un élan de tendresse : c'était une âme tellement pure et si noble qu'il voulait en louer la grandeur pendant des années !
- « Pas de chanson sur moi ! » signa l'Hylien catastrophé. « J'ai aidé ton peuple pour toi… pour pas que tu romps ta promesse. Pour que tu accomplisses ce que tu as à accomplir. »
Asarim cessa de le taquiner alors qu'il gonfla sous l'étrange déclaration de son jeune ami : c'était… c'était étonnamment intime comme motif. Et… terriblement gentil. Il se redressa, conscient que sa gêne était évidente vu qu'il avait doublé de volume avec ses plumes ébouriffées sous l'embarras. Le Héros s'en étonna, passa ses doigts dans son plumage tout hérissé et ce contact l'électrisa. L'un comme l'autre.
- Mon jeune ami, ce que tu me dis me comble d'euphorie mais… je ne suis pas digne d'autant de dévotion, je ne suis qu'un…
Le Héros posa sa main sur son bec, pour l'empêcher de continuer. Avant de l'attraper par son écharpe et de le tirer à son niveau. Asarim se laissa faire, un peu surpris. Mais quand il sentit les lèvres de l'Hylien s'écraser doucement sur le côté de son bec, il écarquilla les yeux. Avant de plaquer ses ailes sur ses épaules et de l'écarter immédiatement. Le jeune homme parut totalement confus, ce qui n'aida absolument pas le Piaf :
- P-Pourquoi ?! demanda Asarim, perdu.
- « Pourquoi ? » répéta en signe l'Hylien.
- Ce… ce n'est pas anodin d'embrasser quelqu'un, bredouilla le Piaf. Encore plus quand tu me sais marier et père de famille…
- « Alors pourquoi es-tu aller chez les Zoras pour arrêter Vah Ruta ? » demanda le Héros, perplexe. « Pourquoi cette dévotion pour ma cause ? »
Asarim ferma les yeux : foutu Teba ! Pourquoi n'avait-il pas pu garder le silence et juste accepter son aide sans le mettre en cause ? Il n'avait pas pu s'en empêcher, hein ? En même temps, il ne lui avait rien expliqué. Sans doute qu'il avait cherché des explications auprès du Héros… ce qui était certainement logique. Il poussa un cri indigné et frustré.
- « Teba était inquiet pour toi. Il a dit que tu n'avais aucun talent pour l'archerie et que de te voir plaider ma cause aussi désespéramment était signe que j'étais important. Et je l'ai cru. Sinon pourquoi avoir risqué ta vie ? Au détriment de ta famille… de ta femme et de tes filles… »
Cette fois il ne répondit pas. Parce qu'il… n'avait pas réalisé à quel point sa décision de l'aider était… stupidement périlleuse. Qu'il avait blâmé Teba d'avoir risqué sa vie alors qu'il était marié et père, tout ça pour faire exactement la même chose quelques heures après. A présent, il comprenait pourquoi le guerrier Piaf n'abandonnait pas si facilement, pourquoi il était si têtu : c'était par dévotion pour les gens qu'il aimait. Teba aimait sa femme et son fils. Et il ne concevait de les laisser vivre dans la peur. Même s'il engageait sa vie dans un combat absolument déséquilibré… il le faisait pour ceux qu'il aimait. Il se battait pour leur offrir un avenir sans peur.
Et lui ? Lui qui ne savait que chanter… qui n'avait aucun talent pour l'archerie ou le combat. Qui en plus d'être lent, n'était pas agile… pourquoi avait-il engagé ce combat ? Parce qu'il était… triste que le Héros affronte toutes les difficultés du monde seul… ? Sans doute, oui. Mais était-ce une raison suffisante ? Ce garçon était tout ce qu'il n'était pas : un combattant, un expert en arme et surtout et avant tout, un Prodige ! Il avait le talent dans le sang, rien que le pauvre petit ménestrel qu'il était puisse égaler… Et pourtant. Il avait été blessé dans le seul but de calmer temporairement Vah Ruta. Juste pour lui accorder un peu de répit. Il avait offert au jeune homme… un fragment d'espoir. L'espoir qu'il n'était pas seul dans son combat.
- Je suis confus, murmura Asarim. Il s'avère que je t'ai induit en erreur. Je n'ai pas de sentiment romantique pour toi, mon jeune ami. Ce que j'éprouve c'est de la tendresse, pas de l'amour.
L'expression du jeune homme se teinta d'une douleur extrême, comme si Asarim avait pris un couteau pour le lacérer avec. C'était une horrible expression, qu'il voulait chasser de son visage : il ne méritait pas de souffrir de la sorte ! Il amorça un mouvement, cherchant à un moyen de retirer toute cette peine de son visage mais l'autre ne se laissa pas faire. Il se recula, l'empêchant de le toucher ou de l'approcher, ses yeux bleus brillant de larmes évidentes. Ah ciel, qu'avait-il encore fait ?!
- Attends ! s'exclama Asarim alors que le Héros sautait sur le dos de sa monture. Je t'en prie, écoute-moi !
Sans attendre il battit de ses ailes et mit à le suivre en volant. La monture n'était pas particulièrement la plus rapide mais sa maîtrise de l'animal et sa capacité à l'emmener à toute vitesse sur des chemins étroits ou escarpés fascinèrent Asarim.
- Je t'attendrai ! s'exclama le Piaf. J'ai… beaucoup de chose à te dire, des choses que je refusais d'avouer trop vite ! Où que tu sois, je t'attendrais… Link !
Le jeune homme était bien trop loin pour entendre quoi que ce soit et Asarim abandonna l'idée de le pourchasser, sachant qu'il était grandement responsable de sa douleur. Le suivre n'était pas une bonne idée et sa propre détresse l'étonna énormément. Comment ? Comment en était-il arrivé à ce stade alors qu'il y a quelques jours encore, il se contentait de chanter joyeusement… ?! Son sang ne fit qu'un tour alors qu'il prit une violente impulsion et se rendit immédiatement au village Piaf. Il allait devoir s'expliquer avec Teba ! Il n'avait peut-être pas d'amour romantique pour l'Hylien mais il tenait assez à lui pour refuser qu'un malheur lui arrive ! Qu'est-ce que cet idiot de guerrier sans cervelle avait osé dire au Prodige Hylien ?! Pourquoi s'était-il retrouvé dans une situation aussi embarrassante !
