Chapitre 6 - Vide
- Aaaw qu'est-ce qui ne tourne pas rond avec Héros sempaï… ?
Kah'ge était perché sur une branche d'arbre, regardant sa cible avec inquiétude. Depuis qu'il l'avait vu disparaître dans le ciel, perché sur le dos d'un Piaf tout blanc et dans l'impossibilité de le suivre, il avait énormément tourné en rond dans la région d'Hébra, se perdant dans les montagnes et essayant de s'occuper jusqu'à ce que des explosions le prenne de court. Il avait relevé la tête, surpris. Et il avait trouvé l'espèce d'oiseau mécanique qui hurlait dans un concert de mécanismes et de coups de feu totalement improbable. Il avait paniqué, angoissé, il avait tournoyé sans savoir quoi faire et sans savoir ce qu'il se passait là-haut !
Puis le Héros était tombé du ciel, comme il en avait le secret. Mais avec l'autre Piaf blessé à la jambe. Kah'ge les avait surveillés lourdement, se demandant s'ils étaient responsables de ce chaos dans le ciel. Les deux s'étaient éloignés d'une démarche maladroite et Kah'ge avait alors remarqué que le Héros aidait l'autre incapable de guerrier. Il les avait suivis, perplexe : était-ce seulement possible qu'ils aient combattu cet oiseau mécanique ? Enfin… ce n'était qu'un Piaf et un Hylien ! Et la bestiole là-haut, elle était immense en plus de peser des tonnes ! Enfin… vu la taille du machin, ils n'ont pas pu le détruire de l'extérieur mais comme il semblait soudainement silencieux, ils avaient probablement fait quelque chose.
La suite, cela avait été des remerciements, des discussions inutiles, un buffet. Kah'ge avait infiltré le village en tant que voyageur Hylien vu que les Piafs semblaient avoir encore des touristes. Et il avait pu observer en douce son Héros en train d'essayer de communiquer avec ses mains. Mais devant l'air perplexe des deux Piafs et devant leur refus de laisser le Héros s'exprimer sur leur plume comme il l'avait fait pour le Zora, Kah'ge chercha un moyen d'aider. Mais comme il ne brillait pas d'intelligence et qu'il n'était pas spécialement doué en discrétion, il trouva seulement le moyen d'hurler sur les deux vendeurs et de leur faire savoir que le Héros voulait juste acheter des vêtements chauds (aw, il était adorable avec son nez et ses joues rougies par le froid !).
Avant de juste fuir, mort de honte de s'être affiché publiquement de la sorte. Mais alors qu'il s'éloignait, prêt à dissiper son charme et reprendre son visage de sous-fifre du clan Yiga, il fût retenu soudainement par le Héros. Ce dernier avait un regard d'une infinie reconnaissance et même si aucun son ne sortit de sa bouche, il plaça le bout de ses doigts sur son menton pour ensuite pencher sa main en avant alors que ses lèvres articulèrent un « merci » muet.
Kah'ge ne se rappelait de plus rien après cette rencontre, trop heureux et honteux à la fois. Il ne devait pas être heureux d'avoir ces interactions avec le Héros ! Il était un assassin, un fier membre du clan Yiga ! Et sa mission était de le tuer ! Pourtant il rêvassa bien trop sur le reste des voyages du Héros, l'accompagnant dans l'ombre en roulant de bonheur dès qu'il en avait l'occasion (soit un peu trop souvent…). Jusqu'à ce qu'il s'arrête au relai du pont de Tabantha. Le Héros avait marché et il avait signé pour f aire appeler sa monture. Mais alors qu'il s'attendait à un voyage un peu plus sportif (suivre une jument lancée à vive allure, ce n'était pas chose aisée !), Kah'ge remarqua le Piaf musicien avant son Héros sempai.
En toute honnêteté, il ne l'appréciait pas du tout. Parce que son Héros le rencontrait trop souvent à son goût. Et peut-être parce que c'était le seul avec qui son Héros était… démonstratif ? Et affectueux ? Ce qui était tellement rageant : il voulait ces réactions rien que pour lui ! Il avait regardé le Héros l'étreindre et les deux discuter en n'en comprenant que la moitié avant de juste… voir son Héros poser ses lèvres sur le bec du Piaf !
Et là, tout s'était enchaîné. Le Piaf avait repoussé le Héros et ce dernier avait fui, ne laissant pas le temps au musicien de s'expliquer et forçant Kah'ge à faire un choix : tuer ce Piaf tout de suite et maintenant ou poursuivre son héros et essayer de le consoler à sa manière… ?
Son choix avait été vite fait. Il avait suivi le Héros, mais il se jura de le faire payer au Piaf : d'où il refusait un baiser du Héros ?! Lui, il n'en aurait jamais un aussi doux et aussi tendre, alors… alors il était profondément jaloux ! S'il devait avoir quelque chose du Héros, ce sera toujours dans la force et la confrontation. Il l'avait suivi aussi vite qu'il avait pu, le regardant chevaucher pendant deux jours entiers ! Sans se reposer et cette fois, ce n'était pas de sa faute ! Au troisième jour, il laissa sa monture dans un autre relai au sud des plaines d'Hyrule, près du colisée en ruine. Pour s'éloigner à pied après avoir caressé sa jument avec tendresse.
Ce qui inquiétait le jeune Yiga c'était que le Héros était… dans une bien triste humeur. Il boudait tout ce qui traînait sur le chemin, ne s'arrêtant plus pour cueillir tout ce qui traînait, marchant d'un pas furieux à travers tout Hyrule. Ses combats contre les monstres étaient particulièrement violents, comme s'il avait de la colère à évacuer (et à dire vrai, Kah'ge n'avait pas souvenir de l'avoir vu beaucoup de fois en colère). Il se contentait de repas sur le pouce (alors qu'il était plutôt gourmand, appréciant les bons petits plats !). Un comportement… anormal que n'expliquait pas Kah'ge. Il notait frénétiquement tout ce qui lui voyait, essayant de comprendre ce qui n'allait pas.
Au bout d'un moment, il décida de se déguiser en voyageur et se plaça sur son chemin, dans l'espoir qu'une confrontation directe le fasse un minimum réagir. Il se posa sur le bord de la route, attendant qu'il passe. Comme il s'en doutait, le Héros l'ignora, trop plongé dans ses pensées. Ce qui l'exaspéra. Il le héla assez fort pour briser sa rumination et le Héros se retourna, surpris. Il l'approcha, perplexe, ne s'attendant pas à trouver un voyageur bien loin des routes. Il s'arrêta à quelques pas de lui. Kah'ge inspira un grand coup pour se donner du courage.
- Le temps idéal, n'est-ce pas ? s'exclama-t-il joyeusement.
Le Héros leva la tête, comme s'il prenait enfin connaissance de la météo. Le temps était nuageux, il ne pleuvait pas encore mais cela ne saurait tarder. Il baissa la tête et haussa les épaules, comme si cela l'indifférait. Kah'ge ne put masquer plus longtemps un sourire mauvais alors qu'il se mit en garde, surprenant le Héros dans son changement soudain d'attitude.
- C'est un temps parfait pour mourir !
Le Yiga arracha ses talismans, dévoilant sa véritable apparence avant de faire danser ses deux serpes dans ses mains, dans des mouvements aussi acrobatiques qu'imprévisible. Le Héros fût bien plus rapide que lors de leur première rencontre à dégainer son arme et décrocher son bouclier pour l'affronter. Faisant courir un frisson d'excitation dans tout le corps de Kah'ge : enfin ! Enfin il trouvait son Héros sempai ! L'homme froid, implacable, capable de tuer d'affronter une bête divine de sang-froid, sans sourciller ! Il n'avait rien éprouvé d'aussi fort depuis qu'il avait croisé sa route et rien ne pouvait lui offrir un meilleur divertissement que l'Hylien en face de lui !
Kah'ge effectua deux saltos arrière quand le Héros enchaina ses estocs avec son épée et avant qu'il ne puisse se remettre de ses mouvements, il se rua vers lui dans une course très rapide et abattit ses deux serpes de toutes ses forces. Le Héros ne chercha pas à parer avec son épée, se tournant simplement pour que les deux larmes percutent son bouclier. L'impact résonna lourdement autour d'eux, arrachant une grimace aux deux : l'onde parcourut leurs bras respectifs et les deux sentirent cette dernière les repousser. Mais cela provoqua le sourire démentiel de Kah'ge derrière son masque alors qu'il usa de ses talismans pour se mettre hors de portée du Héros qui accusait le choc.
Reconnaissant sa technique, le Héros s'écarta en vitesse, roulant dans l'herbe pour éviter son attaque venant d'au-dessus de sa tête et Kah'ge ne put retenir son rire à ce moment : le voilà ! Le voilà enfin l'affrontement dont il avait besoin ! Voilà comment laver son honneur de Yiga ! Il disparut avant même que son opposant n'amorce le moindre mouvement avant de réapparaître près de lui, ses lames ne tardant pas à siffler près de sa tête blonde ! Il évita de justesse, l'une des serpes éraflant sa joue dans le mouvement avant que le sous-fifre ne soit vivement repoussé en arrière à cause d'un coup bien placé.
- Magnifique ! s'exclama Kah'ge en faisant danser ses lames autour de ses poignets. Tu as du répondant, j'aime ça !
Le Héros eut une expression d'agacement, quelque chose de sombre, qui eut le mérite de provoquer un frisson qui traversa tout le dos du Yiga : il était juste délicieusement sinistre avec une expression aussi noire au visage. Il lui en fallait plus ! Il lui fallait lui arracher plus de choses que personne n'avait jamais vu de lui ! Et ce combat était exactement ce qui allait nourrir ce besoin !
L'affrontement fût assez long pour que les deux soient essoufflés et en sueur. Kah'ge jouait avec les nerfs de son Héros sempai, faisant glisser ses armes sur lui sans le blesser, juste pour lui prouver qu'il avait le dessus sur lui, qu'il savait ses failles et ses ouvertures, qu'il pouvait passer où bon lui semblait pour le tailler, le blesser et l'ouvrir. Et à chaque fois, le Héros se braquait, se crispait lourdement et instaurait de la distance, pour l'empêcher de jouer avec lui. Il essayait de prendre le dessus, de contrer ses approches, d'imposer son rythme ! En vain. Le style très acrobatique de Kah'ge était à son désavantage et ses armes étaient malheureusement trop lourdes pour son style.
Oh, ce n'était pas à sa décharge : si le Yiga ne faisait pas attention, un seul de ses coups pouvaient le désarmer ou le jeter au loin comme un fétu de paille ! Le Héros était épuisé, entre son long voyage sans repos, ce combat qui s'éternisait et son moral, Kah'ge avait l'ascendant sur lui. Et l'autre ne le savait que trop bien, restant à présent beaucoup plus sur la défensive. Jusqu'à ce… moment où Kah'ge n'avait absolument pas prévu ce mouvement. En même temps qui jetait soudainement son bouclier au sol pour grimper dessus ?! Et glisser comme si c'était normal sur la pente où il était pour le faucher en pleine téléportation !
Ils roulèrent sur le talus jusqu'à ce que le Yiga soit écrasé au sol. Il se débattit furieusement, essayant de lui échapper mais le Héros planta son épée contre son cou, ses deux mains fermement ancrées sur la garde. La lame était très proche de son visage, il en sentait l'éclat froid contre sa peau malgré sa tenue. C'était pour le dissuader de gigoter. Mais le Héros ne s'arrêta pas à ça, ayant que trop bien intégré le fait qu'il était souple et agile. Alors il écrasa péniblement ses genoux sur ses bras, l'empêchant d'en faire l'usage, et usa de ses hanches pour garder les siennes au sol et éviter toute torsion et prévenir une évasion.
Ah… il était tout échevelé, couvert d'herbe et de terre, transpirant et essoufflé. Kah'ge ne put s'empêcher de le trouver… attirant, malgré lui. Il détourna les yeux, s'empêchant de le contempler trop longtemps.
- Même… même si tu me… tues, haleta Kah'ge. Y en aura d'autre… pour me remplacer…
Le Héros fronça les sourcils, perplexe. Avant d'inspirer profondément pour essayer de calmer sa respiration chaotique. Il lâcha son épée (toujours plantée contre son cou) et leva ses mains. Kah'ge siffla sous son masque avant même qu'il ne signe quoi que ce soit. Le Héros arqua ses sourcils cette fois.
- Je comprends rien à ces signes !
Stupeur chez le Héros. Kah'ge fronça les sourcils derrière son masque : qu'avait-il dit de si curieux pour qu'il ait l'air si troublé ? Il le regarda poser sa main sur son torse, sursautant malgré lui à ce contact. Il le sentit tracer des lignes et il se concentra pour comprendre ses mots.
- Comment ça « comment je sais que t'es muet » ? s'énerva le Yiga. Tu n'as pas lâché un mot depuis le début du combat et tu commences à essayer de dire des trucs avec tes mains ! Faut pas être voyant pour comprendre ! Urgh, achève-moi, au lieu de dire n'importe quoi !
Nouvelle série de ligne sur son torse. Kah'ge lutta de toutes ses forces pour ne pas frissonner sous ce contact, pour ne pas chercher non plus à le prolonger. Ils étaient ennemis, il ne devait rien éprouver du tout, si ce n'est du dégoût. Il ne répondit pas à sa question. Alors les doigts de l'Hylien remontèrent sur ses clavicules jusqu'à passe la ligne de son cou et s'arrêter sur son masque. Le Yiga ferma les yeux : il allait mourir par humiliation ! Il ne devait pas se laisser tenter à tout rapprochement, son devoir était de le tuer ! Pas de… de… ! Kah'ge se mordit furieusement la langue, s'empêchant d'avoir la moindre pensée agréable et se débattit à nouveau, empêchant le Héros de lui arracher son masque ! De toute façon, il n'y arriverait pas, ce dernier était fermement fixé pour son style de combat (combien de fois il avait pu le perdre dans ses cabrioles parce qu'il n'était pas attaché correctement… !).
- Je connais tous tes points faibles, Link ! s'insurgea Kah'ge, furieux. Même si tu me tues, les autres sont déjà au courant de tes faiblesses ! Ils te tueront s…
Kah'ge ne termina pas sa phrase alors qu'il vit le Héros être dégagé de sur lui par une arme. Cette dernière brisa la protection de ses vêtements pour se planter dans sa chair et faire gicler une gerbe de sang dans le mouvement. Le Yiga n'eut pas le temps de réfléchir que déjà un bras puissant l'attrapait par l'épaule et le jeta plus loin. Le temps de se remettre de la surprise, il se retourna, paniqué et trouva son officier debout, arme à la main, menaçant la vie du Héros. Un sentiment paradoxal et puissant attrapa le pauvre Kah'ge à ce moment. L'envie d'accomplir sa tâche et l'envie de… l'épargner.
- Ne. Touche. Pas. Un. Seul. Cheveu. De. Mon. Sous-fifre. Héros, articula l'officier.
L'officier se tourna, frappa l'épée du Héros pour la jeter au loin. Tous la regardèrent tomber quelques mètres plus bas et le Héros se tourna vers lui, troublé. Il signa, maladroitement et l'imposant Yiga eut un reniflement.
- Tu as épargné sa vie une fois. C'est la seule chose que je te dois. Mais la prochaine fois, nous serons ennemis. Et je prendrai ta tête. Maintenant : pars.
Le Héros approuva d'un lent mouvement de tête et Kah'ge le regarda s'éloigner non sans leur adresser des regards rempli d'incompréhension. L'officier attrapa son sous-fifre et disparut dans un nuage massif de fumée et de talismans. Ils se retrouvèrent bien plus loin et Kah'ge fût repoussé sans aucune tendresse. Il croisa les bras sur sa poitrine en grognant. Il savait qu'il avait merdé à mort et que si son officier lui avait sauvé la peau, ce n'était pas gratuit. Il aurait dû mourir, il était la honte de Yiga à survivre au Héros à chaque fois !
- Tu es en colère… ? demanda-t-il en pure rhétorique.
- Non. Je suis… furieux, Kah'ge. Il me semble t'avoir ordonné d'arrêter de sortir de ton périmètre et de tuer le Héros si tu le croisais.
- J'ai essayé ! se justifia le sous-fifre. Il… m'a juste pris par surprise…
Il n'eut pas le temps d'esquiver le poing qui s'écrasa lourdement sur son masque au point de le faire craquer sinistrement (et sans doute son nez derrière). Kah'ge fût projeté au sol par la force du coup et ne fût plus qu'un amas de sang et de douleur, gémissant faiblement sous la surprise et le choc.
- NE TE FOUS PAS DE MOI ! rugit l'officier. TU CROIS QUE JE N'AI PAS COMMENCE A TE SUIVRE A PARTIR DU MOMENT OU TU AS COMMENCE A SORTIR DU PERIMETRE SOUS MA JURIDICTION ? TU CROIS QUE JE N'AI PAS COMMENCE A PROTEGER TON CUL POUR T'EVITER D'ÊTRE BANNI OU TUE POUR TA CONNERIE ?! ALORS ECOUTE-MOI BIEN PETIT CON : TU VAS RENTRER AVEC MOI AU REPAIRE ET TU N'EN BOUGERAS PLUS JUSQU'A NOUVEL ORDRE ! ET SURTOUT ! SURTOUT TU TE TIENS A CARREAU !
Kah'ge approuva d'un signe de la tête, se retenant de crier, de parler ou de pleurer. Il savait combien il était chanceux de s'en sortir avec juste un nez pété. Son officier l'attrapa par la taille et le porta sous son bras, comme s'il fût qu'un fagot de bois, avant de prendre la route pour rentrer au repaire. Ils n'étaient pas loin du désert Gerudo et encore moins de leur planque, mais cela l'étonna que son officier décide de marcher. Il ne posa pas la question, se demandant juste si Narh'su et Fuh'ma seraient là aussi : s'il était tout seul au repaire, il allait dépérir.
Le voyage se fit dans un silence de mort, sans qu'aucun des deux ne parle. Au bout de plusieurs heures de marche, l'officier le posa au sol avant de sortir une gourde de son sac et de boire. Puis il s'agenouilla devant lui, passa ses mains sur les sangles qui retenaient son masque et le releva pour voir que le bas de son visage. En voyant le sang commençant à coaguler sur son nez et ses lèvres, il soupira et le fit boire avant de sortir une potion. Il regarda l'état de son nez, voyant qu'il le lui avait clairement cassé.
Il essaya de lui remettre approximativement droit (non sans arracher à Kah'ge un hurlement de douleur) et passa une potion de soin supérieure. Cela ne serait pas miraculeux mais le sous-fifre sut que cela allait aider. Il le remercia à mi-voix et retourna dans son mutisme.
- C'est Narh'su qui m'a parlé de tes escapades, soupira l'officier alors qu'ils faisaient une pause. Il s'inquiétait de ne plus te voir revenir régulièrement, tes absences sont passées de quelques jours à plusieurs semaines. J'ai… bien reçu tous tes rapports mais ce n'est pas le problème. J'espère que tu comprends que… tu as dépassé les bornes et que j'ai besoin de te corriger. Si je ne le fais pas, un autre prendra ma place et ne sera pas aussi indulgent. Compris ?
Kah'ge approuva d'un signe de la tête mais ne dit rien. Il venait de subir un très violent ascenseur émotionnel, il avait du mal à bien s'en remettre. Il y avait quelques instants encore, il était plein d'adrénaline, de confiance, combattant le Héros, le grand ennemi des Yigas mais surtout de leur Seigneur. Et là, il s'était fait casser le nez par son officier et était consigné dans ses quartiers jusqu'à nouvel ordre parce qu'il avait déconné en suivant le Héros partout. Il… se sentait horriblement vide. L'idée même de ne pas se réveiller le lendemain et de ne pas trouver cet idiot d'Hylien perché dans un arbre en train d'attraper la seule pomme restant sur la plus haute branche… c'était un supplice. Une horreur même.
Il ne réalisa que bien plus tard, alors qu'ils avaient repris la route (il n'était plus porté comme un fagot de bois mais il n'était pas certain d'apprécier d'être traîné par la main par son officier), qu'il pleurait. Il était vraiment un échec comme Yiga. D'un, il n'arrivait pas à tuer le Héros quand bien même il le confrontait, de deux, il en ressortait toujours vivant. Et à présent, il ne pouvait ni l'approcher, ni le voir…
Son souffle se fit de plus en plus court, comme après un effort intense alors que son cœur battait stupidement fort. Sa tête lui tournait affreusement, sa vue se trouvant à chaque pas. Il éprouvait toujours plus de mal à avancer, sentant ses membres devenir lourds.
- C-chef… je me sens pas… b-bien…
- Continue de marcher, nous sommes presque arrivés.
Le sous-fifre fît un effort monstrueux pour ne pas tourner de l'œil avant d'arriver au repaire. Il n'avait pas grand souvenir de la fin du trajet, juste qu'il avait fini dans les bras de son officier, que ce dernier lui parlait mais impossible de savoir ce qu'il avait dit. Il se sentit transporté jusqu'à ce que la fraîcheur, l'odeur et le bruit du repaire ne se fasse sentir et entendre, l'aidant à se détendre. Il fût conduit dans une pièce étroite, qui n'était pas sa chambre. Il essaya de se concentrer sur son officier près de lui mais il ne comprenait rien à ce qui était dit. Est-ce qu'il lui parlait déjà ?
Tout était que confusion, brouhaha et mélange de couleur. Il posa sa tête sur ce qui lui semblait être un oreiller et se laissa aller à une sorte de torpeur. Il tenait une main dans la sienne, mais il ne savait pas qui c'était. Mais elle était là, l'aidant à endurer les pics de douleur quand ils se faisaient insupportables et qui était une ancre dans le flot de sa souffrance. Il eut la sensation que cela faisait une éternité qu'il était là, en train de dépérir dans cette pièce inconnue. A présent c'était comme si chaque parcelle de sa peau était percée de toute part par des aiguilles. Son cœur tambourinait stupidement fort dans ses oreilles et il poussa un cri d'agonie.
Il entendit un bruit sourd alors il tourna la tête pour voir une vision qui le réconforta, terriblement dans son état de souffrance.
- Maître… Kohga, murmura Kah'ge.
- Shh. Ne parle pas, économise tes forces mon garçon. Ce n'est que le début de la nuit, tu n'es pas encore prêt pour y être exposé. Cela risque d'être douloureux pour toi.
Kah'ge ne comprenait pas vraiment avant de siffler entre ses dents, son corps lui rappelant à quel point il lui faisait mal. Il crispa sa main sur celle qu'il tenait depuis un moment et il réalisa bien après coup que c'était celle du chef du clan Yiga. Honteux, il voulut la lâcher, essayant d'avoir l'air un minimum fort devant son maître mais ce dernier la récupéra doucement et posa son autre main sur son front.
- Il est lucide ? demanda la voix que Kah'ge reconnu comme étant celle de son officier.
- A peine. C'est sa première fois ?
- Sa première fois depuis sa majorité.
- Je vois. Ne l'exposez a rien pendant la nuit durant, il n'y a rien que nous puissions faire jusqu'à ce qu'il soit capable d'accepter sa grandeur.
Le chef du clan des Yiga lâcha doucement sa main et l'invita au repos. Le jeune sous-fifre le regarda rejoindre son officier et ce dernier tira une lourde pierre. L'enfermant dans le noir. Kah'ge sentit une puissante panique l'attraper et il poussa un cri étranglé, appelant désespérément son maître et son chef. Sans qu'aucun des deux ne bouge cette foutue pierre. Le laissant là, agonisant et souffrant, sans aucune explication.
Il eut beau hurler, crier, appeler à l'aide, personne ne vint l'aider. Et tout son être le plongea dans une détresse infinie alors qu'il éprouvait à la fois paradoxalement une excitation semblable à ce qu'il avait éprouvé contre le Héros et une peur infinie de mourir en même temps…
C'est une libre interprétation d'une Lune de Sang sur mon Yiga. Elle affecte normalement les monstres. Sauf que les Yigas n'en sont pas, ce sont des Sheikah. Alors je me suis permise des libertés à ce sujet :3c
