Chapitre 117 La Bataille 1

Kécile connaissait cette sensation de se battre pour sa vie. Elle connaissait cette atmosphère malsaine où la victoire se mêlait à la mort et où il n'y avait plus ni le bien ni le mal mais juste la survie.

Mais ça n'avait jamais été aussi gigantesque, aussi démesuré.

Ce n'était plus des dizaines mais des centaines de combattants, auxquels se mêlaient des harpies, des loup-garous, des géants, des araignées, des statues, des plantes, des centaures… même les sirènes depuis leur lac abattaient des ennemis de leurs flèches.

Il y avait longtemps que Kécile avait perdu de vue les autres membres de l'Ordre. Tant bien que mal, le quatuor tentait de rester uni et de faire front commun, restant le plus possible dos à dos pour se protéger les uns les autres. Mais le danger venait de tout côté à un rythme effréné.

Kécile pria pour que les membres de l'AD ne perdent pas pied avec la panique et parviennent à rester grouper. C'était leur seule chance de survie. Elle régla son compte à un rafleur tandis que Severus à côté d'elle tuait un loup garou qui s'en prenait à un élève à qui il administra d'urgence les premiers soins. Elle sentit quelque chose derrière elle et se retourna à temps pour éliminer une araignée qui accourait de toute la vitesse de ses immenses pattes velues vers elle, toutes mandibules dehors. Elle vit Hermione abattre une harpie en plein vol mais ne pas réagir à temps pour éviter la massue d'un géant qui passa par là et l'envoya rouler plusieurs mètres plus loin. Kécile se jeta au sol pour l'éviter mais sentit son bras meurtri par une pointe de bois et retint un cri de douleur.

- Hermione ! Entendit-elle Ron hurler.

Elle rampa jusqu'à son amie et lança le bouclier-ouragan à temps pour contrer le sort d'un mangemort qui pensait les achever.

Les deux garçons protégèrent leurs arrières tandis qu'Hermione tentait de reprendre au plus vite ses esprits et que Kécile les abritaient des attaques les plus directes.

- Ça va aller… murmura Hermione en se redressant.

- Ne te lève pas trop vite, conjura Kécile tout en agrippant sa baguette à deux mains pour maintenir le bouclier qui tournoyait de plus en plus vite.

Elle sentit Ron aider Hermione à se relever et lorsque la jeune fille se tint à nouveau assez fermement à ses côtés, elle envoya la sauce sur ses deux adversaires qui espéraient encore les avoir.

Ils furent balancés au sol par la puissance du souffle et reçurent dans la volée un stupéfix d'Hermione. Kécile se précipita pour briser leur baguette et rejoignit Harry qui de son côté se débattait avec deux autres mangemorts. Il parvenait à garder l'avantage car les deux acolytes ne cherchaient pas à le tuer.

- Tiens, bonjour Rodolphus…

Aussitôt le mangemort tourna son attention vers Kécile, ce qui permit à Harry d'en finir facilement avec le second.

- Kécile… j'aurais dû me douter qu'on te trouverait non loin de Potter. Le gros lot. Mais toi, on peut te ramener morte ou vive, dit-il avant d'enchaîner avec un avada que Kécile évita.

- Je suis ravie de l'apprendre, fit-elle avec un grand sourire alors qu'elle voyait dans le dos du mangemort Severus qui visait.

L'instant d'après, Rodolphus Lestrange tombait raide mort aux pieds de Kécile.

- Bellatrix est veuve… commenta-t-elle.

- Vous l'avez tué dans le dos, fit Harry avec une moue de révulsion.

- Potter, vous êtes irrécupérable, soupira Severus avant de s'éloigner un peu, car ils n'étaient entourés pour l'instant que d'alliés.

- Tu es sérieux, Harry ? Admonesta Kécile.

- Ce sont leurs méthodes. Nous valons mieux que ça.

- Excuse-moi, mais en plein milieu d'une bataille, regarder en face ton adversaire avant de le tuer ou pas, je ne vois pas ce que ça change. Il est mort quand même !

- C'est une question de principe, d'honneur ! S'exclama Harry avec virulence. On ne vaut pas mieux qu'eux sinon.

- On devient surtout des proies faciles. Tes principes ne te serviront à rien si tu es mort ! Choisis tes combats et aies des principes dans la vie normale. Pas sur un champ de bataille !

- Oh, vous avez fini de vous engueuler, oui ?! Beugla Ron. Ce n'est vraiment pas le moment !

- Il a raison, dit sèchement Harry. De toute manière, je crois qu'on ne se comprendra jamais.

Et il se détourna pour aller chercher d'autres adversaires et surtout Nagini.

Kécile resta immobile, entendant toujours les paroles de Harry résonner derrière lui.

Elle eut un brusque sursaut. Elle ne pouvait pas le laisser partir comme ça. Il ne pouvait pas dire qu'ils ne se comprendraient jamais. Pas après toutes les semaines passées sous la tente à parcourir le pays dans tous les sens, à vivre les mêmes angoisses, les même attentes. Il était au contraire celui qui pouvait la comprendre le mieux. Ils avaient, plus que tous les autres le même ennemi. Ce n'était qu'une question de manière. Si pour Harry, c'était aussi important… et bien soit. Elle ne pouvait pas supporter d'entendre la déception dans sa voix.

- Harry ! Cria-t-elle. Attends !

Elle le rejoignit en courant. Il s'arrêta surpris et la regarda perplexe.

- Si les principes comptent autant pour toi, très bien. Faisons les choses à ta manière. Je ne veux pas que tu considères que je ne vaux pas mieux qu'eux.

- Tu ne seras jamais comme eux, dit Harry en lui serrant la main. Viens, dit-il en l'entraînant. Allons trouver ce foutu serpent.

- Voldemort n'est pas sur le champ de bataille, dit Kécile.

- Alors il faut le débusquer. On ne peut pas rester là à attendre.

- C'est du suicide.

- On va compter sur sa manie des discours et sur notre chance.

- Parle pour toi… grogna Kécile. Et puis, sa manie des discours, ça va bien finir par lui passer. Avec le nombre de fois où tu lui aies passé sous le nez comme ça…

- Où peut-il se cacher ? Il ne doit pas être bien loin, à diriger les opérations…

- Draco ! Il est là-bas. Il saura peut-être.

Le Serpentard avait pris un parti assez insolite. Les mangemorts ne l'attaquaient pas, pensant qu'il était dans leur camp, et l'autre camp, dans le doute, préférait le considérer comme un élève tant qu'il n'attaquait pas. Il bénéficiait ainsi d'une immunité miraculeuse pour aller et venir. Plutôt que de combattre et de risquer sa vie en se déclarant ouvertement pour un camp ou pour un autre, il vaquait d'un corps à un autre, brisant les baguettes des mangemorts et des rafleurs, administrant discrètement quelques soins aux blessés et récupérant les baguettes des morts.

Kécile se précipita vers lui à travers les sortilèges qui fusaient de partout tandis que Harry couvrait ses arrières. Elle l'appela à travers le vacarme de la bataille. L'échange fut bref et Kécile fit signe à Harry lorsqu'elle fonça à travers les combats, roulant derrière un rocher pour éviter un sort, ne s'arrêtant même pas pour lancer des maléfices à ceux qui la visaient. Harry parvint à la rejoindre lorsqu'elle se cacha derrière la cabane de Hagrid dont il ne restait plus que des planches brûlées pour laisser passer un géant qui ne les avaient pas vu. Elle s'arrêta pour souffler un peu dans cet abri relatif.

- Où cavales-tu comme ça ? Demanda Harry, le souffle laborieux.

- La cabane hurlante... murmura-t-elle d'une voix hachée. C'est là qu'il est.

- Ça va être compliqué de le surprendre…

- On pourrait l'attirer dehors… suggéra Kécile.

Harry haussa les épaules, pas très convaincu. Il s'appuya à son tour un instant contre les planches, posant sa tête et fermant les yeux. De la sueur mêlée de sang coulait le long de sa tempe. Il reprit cependant la parole :

- On peut essayer avec le fourchelangue, mais j'ai bien peur qu'il sorte sans Nagini. Il n'est pas idiot. Il doit bien se douter qu'on en a après son précieux monstre.

- On n'a pas d'autre solution

- Je sais, fit Harry en rouvrant les yeux. Allons-y.

Et ils foncèrent tous les deux jusqu'au sol cogneur.

Une fois dans le tunnel, ils se regardèrent avec angoisse.

- On est fous… murmura Kécile.

- Complètement, approuva Harry la voix étranglée.

- T'as un plan ?

- Foncer tête baissée comme je le fais toujours…

- Tu sais qu'on n'a aucune chance contre lui ?

- On est là pour tuer le serpent. C'est tout.

- Ouais, ben parti comme c'est, ça ne risque pas d'être toi qui va tuer le Lord vu que tu seras déjà mort.

- T'es vraiment très positive, Kécile.

- Réaliste, c'est tout… Ecoute. On tue Nagini. Et si on a le temps j'essaie de lui lancer l'avada. Tu te rappelles la mise en garde d'Albus, ça risque de ne pas marcher. Alors si c'est le cas, tu ne perds pas de temps et tu transplanes. Immédiatement.

Harry lui jeta un regard suspicieux.

- Et toi, qu'est-ce que tu as l'intention de faire ?

- Crois-moi, je ne vais pas chercher à m'attarder. Mais si jamais j'échoue, je ne donne pas cher de ma peau, avoua-t-elle la tête basse. Ce que je veux dire, c'est que tu ne cherches pas à me sauver.

- Il est hors de question que je te laisse mourir sans rien faire ! Fit Harry dans un chuchotement furieux.

- C'est exactement ce que tu vas faire, dit Kécile en s'arrêtant et en se retournant vers son ami. Je te rappelle que si mon avada ne le tue pas, c'est que la prophétie est exacte et que seul toi peut l'accomplir. Alors tu ne vas pas aller te faire tuer bêtement en essayant de sauver une seule personne, même un ami. Tu n'as plus le droit de penser comme ça, Harry. Tu dois penser à l'intérêt général. Ma vie ne vaut pas toutes celles que tu sauveras en défaisant une bonne fois pour toute mon paternel.

Harry la regarda furieusement, mais ne répondit rien. Car il savait qu'elle avait raison.

- Ceci dit, rassure-toi, ajouta-t-elle d'un ton plus léger, je n'ai aucune raison de traîner dans les parages une fois ma mission accomplie. Et puis, on va commencer par s'occuper de Nagini avant de se poser davantage de question, hein ? C'est déjà pas gagné cette partie là… soupira-t-elle avant de s'accrocher fermement à sa baguette et de reprendre le chemin du tunnel.

Lorsqu'ils arrivèrent dans la cabane hurlante, le plus silencieusement possible malgré le parquet grinçant, Kécile sentait son coeur battre la chamade. C'était du suicide, vraiment.

Harry lui fit un signe vers la porte qui menait à l'extérieur, sur la colline. Elle acquiesça. C'était une bonne idée de combattre à l'extérieur. Elle n'avait aucune envie de se retrouver coincée dans ces pièces exiguës avec Voldemort.

Dehors, la nuit était déjà presque tombée. L'air était glacial, mais Kécile se sentait transpirer. Elle devait puer la peur. Harry avait le visage fermé et elle voyait sa mâchoire se serrer convulsivement. Ils échangèrent une nouvelle fois un regard puis Harry commença à siffler. Il défiait Nagini. Mais ils savaient tous les deux que ce serait probablement un tout autre serpent qui allait surgir.

L'instant d'après, Voldemort transplanait devant leur nez, Nagini à ses côtés dans une bulle de protection.

Les deux adolescents ne purent se retenir de reculer.

- J'aurais dû me douter que tu viendrais me chercher jusque là, Harry. Tu viens finir le travail, n'est-ce pas ? Tu viens chercher mon dernier horcruxe.

- A vrai dire, si on pouvait aussi s'occuper du semblant de bout d'âme qu'il y a aussi dans ce semblant de corps, ça ne serait pas plus mal, répondit Kécile bravache.

- Toi en revanche, siffla le mage noire à sa fille qui le tenait en joue malgré sa main tremblante, je n'aurais jamais cru que tu oserais te tenir encore devant moi.

- Comme quoi, il faut croire que je suis vraiment une gryffondor.

Et elle jeta un sort à son père. Celui-ci détourna le maléfice d'un simple geste de la main. Ils engagèrent alors un vrai duel où Kécile tint courageusement tête, se donnant à fond pour se protéger des attaques de son père. Oh, elle savait bien qu'il jouait. Elle l'avait eu comme professeur. S'il voulait vraiment l'abattre, il ne lui faudrait qu'un seul sort.

Mais Harry en profita pour s'attaquer à Nagini.

Ne parvenant pas à briser la bulle alors que Nagini se rapprochait toujours de plus en plus dangereusement de lui, il jeta en désespoir de cause le feudeymon, la seule chose qui pouvait venir à bout de cette fichue protection et de l'horcruxe qu'il avait sous la main.

- Comment oses-tu ! Hurla Voldemort en se désintéressant totalement de Kécile.

Il stoppa les flammes sans difficultés, mais celles-ci avaient eu le temps de détruire les sorts qui protégeaient le serpent.

Kécile ne lui laissa pas le temps de les remettre en place ou d'attaquer Harry. Elle fit pleuvoir une pluie de sortilèges sur le mage noir, et Harry en fit de même. Mais ils savaient que les instants étaient comptés. Voldemort perdait le peu de patience qu'il avait et ne trouvait plus du tout la situation amusante. Dans un rugissement de fureur, il les envoya rouler au loin, le souffle coupé. Harry se remit prestement debout mais Kécile regarda simplement son père s'avancer vers elle, plus terrifiant que jamais.

- Tu as fait des progrès. Mais tu ne pourras pas me battre. Je suis ton père.

- Non, répondit Kécile d'une voix étonnamment ferme. Tu n'es rien de plus que mon géniteur et je n'en suis pas fière. Tu n'es plus mon père depuis longtemps. Même plus mon Maître. Je te respectais, avant. Mais tu as fait tout ce qu'il fallait pour que je te déteste. Tu as tué ma mère, tu as tué mon grand-père. Tu veux me tuer.

- Et je vais le faire. Mais avant cela, tu vas me détester encore plus.

Et il jeta le sort de la Mort vers Harry qui tentait de s'approcher du serpent sans se faire mordre, qui roula juste à temps pour éviter le rayon vert.

Voldemort rit et recommença alors que Harry évitait maladroitement une nouvelle fois l'Impardonnable, mais son rire s'étrangla alors que Kécile poussait une exclamation de stupeur.

Surgi de nul part, Neville, brandissant une épée, venait de se jeter sur le serpent et lui tranchait la tête sans autre forme de procès. Dans un bain de sang, le reptile s'effondra alors qu'un nuage noir s'envolait dans une violente bourrasque.

Kécile, ahurie, vit Voldemort et Harry s'effondrer en hurlant au sol. Neville regardait les deux corps sans comprendre.

- Va-t-en, Neville ! Dit Kécile qui tentait de reprendre ses esprits. Transplane ou tu vas mourir. Je m'occupe de Harry, dit-elle en rejoignant le garçon.

Neville obtempéra et disparut alors que Voldemort se redressait déjà, son visage déformé par une rage sans nom.

- Avada Kedavra ! Hurla Kécile en pointant sa baguette vers le mage noir.

Comme au ralenti, elle vit le rayon vert quitter sa baguette pour aller frapper le corps décharné en face d'elle, alors qu'elle s'agrippait de toutes ses forces au bras de Harry qu'elle sentait contre elle tenter de se redresser.

La haine déformait la bouche de son ennemi tandis que le sortilège de Mort le touchait mais il ne s'effondra pas. Une fraction de seconde, Kécile crut voir sa surprise, mais il lui jetait déjà le même sort et elle n'attendit pas la fin de l'incantation pour transplaner, emportant avec elle Harry.

Ils s'effondrèrent au sol tous les deux devant la maison d'Adelforth en un tas informe. Kécile était incapable de se relever tant elle tremblait. Elle sentait Harry frissonner violemment et elle voulut le prendre dans ses bras, indifférente au fait qu'ils étaient à découvert et sur le sol gelé, mais la porte du bar s'ouvrit et elle vit Adelforth et Albus qui se précipitèrent pour les relever et les ramener à l'abri.

- Vous n'avez rien ? Demanda Ludivine avec angoisse.

- Non, ça va, dit Kécile d'une voix tremblotante.

- Où est Severus ? Interrogea Dumbledore.

- On ne sait pas , répondit Harry. Il n'était pas avec nous. La cabane hurlante… Voldemort….tenta-t-il d'expliquer. On a eu le serpent. Enfin Neville a eu le serpent…

- Neville… répéta Kécile encore incrédule. Neville a tué Nagini !...

- Est-ce que vous pouvez nous expliquer ? Demanda patiemment Dumbledore qui avait du mal à reconstituer les événements avec leurs bribes décousues.

Harry leur fit le récit de ce qu'ils avaient fait.

Ludivine, à voir sa tête, les prenaient pour deux malades totalement inconscients. Ceux qu'ils avaient été, honnêtement.

- Je ne sais pas ce que Neville fichait là, avoua Kécile lorsque Harry eut terminé. Mais pour le coup, il nous a vraiment sauvé la mise. Sans lui, on n'avait pas Nagini au mieux, au pire on était mort…

- Maintenant, il ne reste plus qu'à tuer Voldemort, dit Harry d'un ton farouche, déterminé à en finir une bonne fois pour toute.

- Ouais, ben c'est pas gagné… murmura Kécile. Je lui ai jeté l'avada, ajouta-t-elle en réponse au regard interrogateur des deux adultes. C'est comme si je lui avais jeté un sort bénin. Ça n'a rien fait. Bon sang, pourquoi ça n'a rien fait ? Hurla-t-elle soudain hors d'elle.

- Parce qu'il ne peut pas mourir. Pas encore, répondit Dumbledore la mine sinistre.

- Quoi?! S'exclamèrent en chœur Kécile et Harry.

Le vieil homme se passa une main lasse sur le visage et s'assit lourdement sur un fauteuil.

- Merlin, j'espérais tellement qu'on se trompait, murmura-t-il, les traits déchirés.

Et Kécile frémit en entendant la douleur dans sa voix, tandis qu'elle regardait sans comprendre sa mère venir se mettre à ses côtés et lui serrer l'épaule dans un geste de soutien.

- Harry, tu as bien dit que tu avais senti toi-même la destruction de l'horcruxe qui était en Nagini ?

- Oui.

- Et tu as senti la destruction de la coupe.

- Oui.

- Et le diadème ?

- Moins violemment. Mais je l'ai senti.

- Alors il n'y a plus de doute, dit très doucement Ludivine en plongeant son regard dans celui du jeune homme.

Kécile ne comprenait pas, mais apparemment, Harry lui, venait de comprendre. Et elle le voyait perdre le peu de couleurs qu'il avait repris.

Il y eut un long silence pendant lequel le jeune homme tentait d'encaisser le choc et d'appréhender tout ce que que cela signifiait.

Le regard de Kécile passait de l'un à l'autre, incertain.

- Vous le saviez depuis longtemps? Demanda Harry d'une voix tellement amorphe qu'elle prit peur.

- Je m'en doutais, répondit le vieil homme dans un murmure. Pardonne-moi de te l'avoir caché jusqu'au dernier moment. Je voulais croire que je me trompais. Et je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas te demander de combattre en sachant cela.

Kécile, atterrée, vit des larmes couler sur les joues parcheminées. Harry, lui, semblait complètement anesthésié.

- Non, vous avez eu raison, dit-il simplement.

Il fixa le parquet vieillot un moment, les yeux de Dumbledore et Ludivine posé sur lui, avant d'affronter leur regard et de dire sans aucune émotion dans la voix.

- Alors je dois le laisser me tuer ?

- NON ! Hurla Kécile

Dumbledore acquiesça.

- Et que se passera-t-il alors ?

- Alors nous pourrons le tuer pour de bon.

- NON, tu ne vas pas faire ça !

Kécile se précipita sur Harry et agrippa de toutes ses forces.

- Harry, tu ne vas pas le laisser t'assassiner.

Elle sentit les bras de sa mère qui cherchait à la détacher de sa prise, tandis que Harry s'éloignait sans répondre. Elle fut retenue par Ludivine dans sa tentative de le retenir.

- Il le doit, Kécile, murmura-t-elle. Il le doit. Il est lui-même un horcruxe.

Le hurlement de désespoir de Kécile fit s'arrêter Harry qui prenait déjà la porte pour aller vers son dernier sacrifice.

Il se retourna brièvement pour croiser son regard, puis partit. Simplement. Sans dire un mot. Sans un adieu qui aurait été trop pénible à prononcer. Il partait juste, sans trompette ni fanfare, se livrer pour mourir.