Un chapitre spécial Yiga. Je sais qu'il peut ne pas intéresser mais j'ai aussi envie de les développer pour la suite. Ils auront leur importance pour exposer ma vision de leur avenir, hihi
Chapitre 9 - Tension
- T'es pas en état de sortir.
- Je vais… PARFAITEMENT bien ! J'ai passé… cinq foutus jours… enfermé comme un pestiféré… laisse-moi AU MOINS voir la lumière du jour !
Sur ces mots, Kah'ge trouva le moyen lamentable de se rater une marche et de se rétamer au sol. Fuh'ma se précipita vers lui et passa son bras autour de son cou pour l'aider à se relever. Le voyant trembler furieusement sur ses jambes comme un faon venant de naître, il le hissa un peu plus sur son épaule et l'aida à se déplacer. Si Kah'ge grogna et remua pour le chasser, l'autre ne l'abandonna pas pour autant, le traînant gentiment jusqu'à l'entrée du repaire.
Heureux d'enfin voir la lumière du soleil au bout de cinq longs jours, le jeune Yiga s'écroula sur le sable et refusa de bouger du passage. Fuh'ma s'agenouilla à ses côtés, jouant avec ses cheveux pour l'emmerder. Ces cinq jours avaient été un enfer pour lui, Fuh'ma ne le savait que trop bien puisqu'il avait rappliqué en vitesse en comprenant que la lune de sang était toute proche.
- C'est pas possible… d'avoir une santé en carton… comme la mienne…
Des tous les sous-fifres, Kah'ge était un des rares à ne pas en supporter les effets. Sans que personne ne lui explique « pourquoi », lui faisant juste croire qu'il avait une santé fragile. Fuh'ma passa nerveusement sa main sur sa nuque. Avant de regarder rapidement autour de lui et s'assurer que personne ne les espionnait. A dire vrai, il avait la stricte interdiction d'expliquer à Kah'ge son « problème ». Il n'avait jamais su pourquoi et cela le désespérait de devoir obéir à ce genre d'ordre stupide.
Oh il avait bien tenté plusieurs fois de lui dire la vérité mais à chaque fois, Narh'su lui était tombé dessus par surprise, l'empêchant d'aborder ce sujet (ce dernier n'était pas là pour le dissuader, c'était lui qui refusait en sa présence). Et une fois, une seule, c'était leur officier qui l'avait surpris en train d'évoquer le sujet. Et il l'avait payé extrêmement cher. Il en garderait des cicatrices à vie, sans doute pour le dissuader à jamais d'essayer d'en parler à Kah'ge.
Sauf qu'il trouvait cela extrêmement injuste que la vérité lui soit cachée. Il avait le droit de savoir. Puis si le grand Kohga en personne acceptait Kah'ge, c'était qu'il voyait en lui du potentiel pour être un Yiga comme tous les autres !
- C'est… pas la vraie raison de ta douleur, soupira Fuh'ma. C'est parce que tu es encore trop « pur » pour assumer les lunes de sang.
- URGH ! Comment ça « pur » ? Je suis pas pur ! Comment je fais pour le prouver au seigneur ?! C'est un calvaire de souffrir d'une bête lune rouge !
- Y a pas vraiment de secret : tes mains doivent être couvertes de sang. Que ce soit moi ou Narh'su, on a déjà tué une personne innocente. Tu es le seul à n'avoir jamais pris une vie, de toute ton existence. Sans aucune trace de sang, comme le seigneur peut deviner que tu es bien un Yiga et pas un simple traître ?
Cette remarque irrita profondément Kah'ge et Fuh'ma ne le devina que trop bien. Il tapota son masque pour le calmer et lui indiquer que ce n'était pas ce qu'il pensait de lui.
- Si c'est que ça, dès que je serai sur pied j'irai tuer le Héros…
- Prends un bain avant, tu pues la mort !
Kah'ge essaya de se relever pour le frapper mais il était dans un tel état de faiblesse qu'il ne put rien faire de plus que de rester couché sur le sable, laissant Fuh'ma se moquer de lui. Cependant le jeune Yiga fronça les sourcils derrière son masque : il était « pur » ? Lui qui était dans le clan depuis toutes ces années ? C'était une première et elle ne lui faisait pas plaisir. Il demanda à son andouille de comparse de l'aider à se relever et il fût ramené à sa vraie chambre (pas l'espèce de cellule où il avait vécu dans le noir total pendant cinq jours).
Fuh'ma indiqua qu'il allait lui chercher à manger, lui laissant le temps nécessaire pour se changer et se laver. Kah'ge réalisa qu'il n'avait en effet pas pu se changer ni se laver en cinq jours et qu'il avait une odeur monstrueuse de sueur et autres trucs dont il préférait ignorer l'origine. Il ferma la porte et s'approcha d'un baril rempli d'eau, acheminé exprès pour ses besoins. Il retira péniblement ses ornements, son masque et ses vêtements poisseux qu'il s'empressa de jeter au loin.
Il plongea un linge et le frotta sur un pain de savon avant de se décrasser. Quel enfer ! L'avoir laissé pourrir dans sa sueur et ses excréments, à quoi pensait sérieusement ses chefs ? Il se nota à lui-même de demander à son officier quand il le retrouverait. Il entama le lavage de ses cheveux et pesta quand la vieille teinture de Fuh'ma décida de partir à ce moment. Il râla de plus belle parce qu'il n'avait absolument rien pour cacher ses racines blanches (enfin là, il ignorait dans quel état elles étaient vu comment la teinture avait une consistance poisseuse et dégueulasse sous ses doigts).
On toqua à sa porte et Kah'ge hurla de ne pas rentrer. Avec un peu trop de virulence sans doute mais il s'en fichait : hors de question que qui que ce soit le voit dans cet état déplorable.
- C'est… juste moi, fit la voix de son officier derrière la porte.
- Ouais bah rentre pas ! râla Kah'ge. Chef ou pas chef, j'ai pas envie d'être trouvé puant et à poil !
Était-ce son imagination ou bien venait-il entendre quelqu'un pouffer derrière sa porte ? Probablement Fuh'ma. Jamais son officier ne se permettrait de rire.
- Je t'ai apporté un masque tout neuf et des vêtements de rechange. Tu jetteras les autres.
- Ouais, merci.
Kah'ge rinça ses cheveux à grande eau et soupira en voyant le désastre capillaire qui persistait. Il avait été prévenu que la teinture était de très mauvaise qualité mais là, c'était pire que tout. C'était une calamité. Il pesta plus fermement alors qu'il remarqua pour lui-même que ses cheveux avaient drôlement poussé. Il se fit la réflexion de demander à Fuh'ma de les lui raccourcir un peu. L'effet serpillière, même si son visage n'était jamais à nu, ce n'était pas très agréable. Il entortilla une mèche entre ses doigts, regardant avec désespoir la jonction entre le blanc et le noir de sa précédente vraie teinture : c'était vraiment une connerie d'avoir ces cheveux à la con ! Pourquoi il était toujours si différent des autres ?!
- Kah'ge ?
Il sursauta et se recroquevilla. Il était toujours seul dans sa chambre mais il percuta que son officier attendait toujours dehors. Mais pourquoi il était encore là, lui ? Il avait qu'à s'en aller, il allait nulle part de toute façon ! Un vrai pot de colle !
- T'es encore là ? s'étonna-t-il.
- Je repars avec tes fringues ou je rentre, c'est comme tu veux !
- Khh… ! DEUX SECONDES !
Il s'empressa de finir avec ses cheveux, quel que soit l'état dans lequel ils allaient être, se coiffa sommairement et cacha le tout sous une serviette. Avant de sauter de à l'autre bout de la pièce pour enfiler un vêtement banal afin d'être un minimum présentable. Il ne prit pas la peine de remettre son masque, son officier connaissait déjà son visage. Aussi il ouvrit la porte, agacé. Il eut un sursaut en ne trouvant que son officier, sans Fuh'ma ou même Narh'su derrière pour le narguer ou autre. Pire encore, son officier avait effectivement ses nouveaux vêtements avec un masque tout neuf (qui le changerait de l'autre qu'il avait brisé sous la colère en lui pétant le nez au passage). Mais surtout des bananes lames avec un… ruban rouge autour. C'était… des excuses ça, non ? Kah'ge regarda les vêtements, les bananes puis le masque de son officier, les sourcils froncés.
- Okay, rentre et aboule. Qu'est-ce que c'est que ce cirque ?!
- Je suis vraiment trop laxiste avec ton impertinence, soupira l'officier. Tu viens de passer cinq jours en confinement…
- PAR TA FAUTE ! s'énerva Kah'ge.
- NON ! Nor… Normalement il te faut à peine deux jours pour te rétablir. Là, ton isolation à durer cinq jours entiers et tu n'as absolument pas récupérer tes forces ! C'est à toi de me dire ce qui cloche ! Ce n'est jamais arrivé et je suis ton officier depuis combien d'années maintenant ?!
- … Douze ans, soupira le sous-fifre. J'ai rien à te dire. T'es… peut-être un ami ou je ne sais quoi de mon frère, ça veut pas pour autant dire que j'te dois quoi que ce soit. Merci pour les vêtements et… pour le masque… j'aurais pu réparer l'ancien… Je dois pas oublier quand tu me corriges.
Il lui arracha presque les vêtements des mains, prêt à refermer la porte avec son pied mais son officier bloqua la porte et rentra dans sa chambre, le dominant de toute sa hauteur. Bordel, pourquoi les officiers devaient tous être des armoires à glace ? Il était juste trop gros, trop imposant, trop intimidant ! Kah'ge savait qu'il avait juste la chance d'être le « chouchou » indirect de son officier, parce que ce dernier était une connaissance de son frère. Frère qu'il avait perdu de vue depuis une éternité et pour lequel il n'avait presque plus de considération.
Son officier s'agenouilla afin d'être à sa hauteur et plaça ses mains sur ses épaules. Kah'ge détourna la tête, détestant ce paternalisme qu'il avait envers lui. Il avait toujours été comme ça avec lui et cela l'agaçait. Parce qu'il savait que c'était de la pitié, un service qu'il rendait par dette ou pour une raison quelconque. Il n'avait aucune autre bonne raison d'agir de la sorte. Et cela lui faisait toujours mal de se dire qu'aucun de ses gestes n'étaient honnête, qu'il les faisait par obligation. Plus jeune, il avait cru naïvement à sa gentillesse. Avant qu'on ne lui expose la vérité… merci Fuh'ma au passage.
- Kah'ge, tu es extrêmement important pour moi. Quoi qu'on ait pu te dire sur mes intentions, je le fais parce que je le veux. Et pas par promesse pour ton frère ou je ne sais quoi !
- Je ne veux pas de ta pitié ! s'énerva le Yiga. Je ne veux ni de ta gentillesse, ni de ta bonté, ni de ta pitié ! Nous sommes des assassins, nous sommes des Yigas ! Y a pas de place pour l'amitié ou le sentimentalisme ! Ca ne m'aidera pas à m'endurcir, ça ne m'aidera pas à faire de moi un meilleur assassin !
- Si tu crois un seul mot de ce que tu viens de dire… pourquoi tu pleures, andouille ?
Kah'ge passa rageusement sa main sur ses joues brûlantes de honte et se sentit rougir encore plus en réalisant qu'en effet, il pleurait. Sans raison en plus ! Il… n'avait aucune raison de chialer comme un faible. Il se détourna rapidement, empêchant son officier de le voir plus bas que terre. Il était un échec dans toute sa splendeur et cela le frustrait affreusement.
- Me regarde pas ! râla-t-il. Va t'en ! Y a rien à voir !
- Tu ne veux pas me parler ?
- Mais te parler de quoi, à la fin ?!
- Kah'ge, baisse d'un ton ! ordonna son officier. Et dis-moi, sans détourner le regard, que tu n'es pas tombé amoureux.
- QUOI ?! s'étrangla le Yiga.
- L'amour est un tabou chez nous. Pas que nous n'avons pas le droit d'aimer. C'est malheureusement quelque chose que même le Fléau ne peut pas entraver. Mais aimer quelqu'un implique de lourdes sanctions. Maître Kohga a été ferme : si tu es amoureux, tu devras faire un choix.
Kah'ge pinça ses lèvres fermement et détourna le regard. L'amour ? Il n'y connaissait rien ! Comment il pouvait répondre à cette question alors qu'il n'avait jamais vécu ni connu ces sentiments si puissants ? Il savait que Narh'su avait été amoureux jadis. Une fille, très jolie selon ses dires. Mais il avait refusé de trahir le clan et avait choisi de renoncer à elle pour rester avec maître Kohga. C'était la seule et unique fois où il avait accepté de parler de son passé. Depuis ce jour, il se faisait très menaçant si le sujet était amené sur sa vie privée. Fuh'ma ? Il était insouciant, très détaché. Il ne s'attachait pas facilement et il était difficile de lui faire dire qu'il était ami avec qui que ce soit (même lui, pourtant ils se connaissaient depuis des années !).
- Je… j'en sais rien ! Je sais pas c'est quoi l'amour, moi ! Ça fait quoi ? Comment on sait ? Et comment on s'en sépare ? Narh'su a renoncé à l'amour, alors je peux le faire non ?
Le sous-fifre rabattit ses bras autour de lui, dans une vaine tentative de se protéger de quelque chose dont il ignorait la forme et le danger. Cette affaire d'amour lui prenait sérieusement la tête parce qu'il n'y comprenait rien ! L'amour n'avait ni forme, ni odeur, ni couleur. C'était indéfinissable et on lui demandait à lui de dire si ce qu'il avait au fond de sa personne, c'était un truc aussi abstrait… ?
- Narh'su est bien plus âgé que toi. Sa volonté est très grande et il est admirable pour avoir fait ce choix difficile. Mais autant il a accepté que la femme qu'il aimait ne partage pas sa vie, autant il continue de la voir, la surveillant en silence elle et la famille qu'elle a fondé. Tout le monde le sait, mais comme il poursuit toutes ses obligations sans faillir, personne ne lui reproche. Ce qui n'est pas ton cas !
Il savait qu'il avait manqué à ses obligations dernièrement, parce qu'il était occupé à surveiller le Héros et l'accompagner dans ses déplacements. Mais… il voulait apprendre chaque détail le concernant et être le seul à le savoir. La sensation de partager quelque chose d'unique avec lui, ce petit truc qu'il ne parvenait pas à définir le rendait extrêmement heureux mais l'éloignait totalement de son devoir au sein du clan Yiga. Et il savait parfaitement qu'il était mis en garde contre ça.
- Le Héros est notre ennemi. Il doit mourir.
- Je le sais ! hurla le Yiga avec désespoir. Je le sais parfaitement !
- Alors pourquoi ai-je dû te sauver la mise ? Pourquoi ne l'as-tu pas tué quand tu en avais la possibilité ? J'ai vu ce combat, je t'ai étudié. Tes mouvements étaient d'une grande précision, tes feintes et tes estocs étaient parfaitement calculées. Alors pourquoi ?!
- JE SAIS PAS ! J'EN SAIS RIEN ! OKAY ?
Kah'ge plaqua ses mains sur sa bouche, surpris de s'entendre hurler de la sorte. Et sans doute que son chef devait être tout aussi surpris : il avait toujours été un brin insolent mais jamais il n'avait osé lever la voix d'une quelconque façon contre sa hiérarchie…
- J-juste… y avait quelque chose, à ce moment, un… un état second, bredouilla-t-il, confus et perplexe. J'étais exalté, un peu trop sans doute… je me sentais fort, puissant… je savais que je le dominais, je savais que… j'avais le dessus… quand il m'a renversé avec son mouvement étrange, j'ai… perdu… la tête, je crois… ça m'a tellement surpris et étonné… et… je sais pas… j'en sais vraiment rien du tout… arrête de me poser des questions dessus, je… j'ai juste agi… spontanément…
- Je vois. L'adrénaline des combats peut monter à la tête, veille à ce que ça ne se reproduise pas, répondit froidement son supérieur. Et je te suggère de corriger tes problèmes d'insubordination très vite. Le dernier qui a osé contester les ordres, tu sais ce qui lui est arrivé. Puisque c'est à cause de toi que j'ai dû lui arracher la langue.
Sah'to s'en alla d'un pas lourd, non sans voir Kah'ge s'écrouler au sol à cause du surplus d'émotions. L'officier secoua la tête, dépité et le laissa là, seul. Il claque la porte avec sans doute trop de force et pesta contre lui-même. Mais pas que : pourquoi de tous les êtres vivants sur cette foutue terre, ce crétin de Kah'ge était parti s'enticher du Héros ?! Le pire c'était qu'il ne s'en rendait pas compte ! Il n'avait toujours pas réalisé ses sentiments. Et il s'en défendait stupidement ! C'était juste rageant ! Enervant et rageant !
Au détour d'un couloir, il manqua de percuter Fuh'ma. Ce dernier se réceptionna sans trop de peine, les bras chargés de nourriture. Surpris de voir son officier, il allait abandonner sa tâche mais Sah'to le renvoya rapidement : il n'avait pas envie de le gérer pour le moment. Fuh'ma était celui qui faisait le plus l'andouille quand ce n'était pas Kah'ge mais c'était le plus observateur des trois. Il ne disait jamais rien mais il en savait long. Et Sah'to détestait profondément ça : avoir la sensation qu'un de vos sous-fifres vous sonde et connaisse tous vos secrets, c'était très désagréable comme sensation…
Autant Fuh'ma, il avait pu le négocier et éviter de le bousculer, autant l'autre personne, il ne l'avait sérieusement pas vue. Probablement parce qu'il était trop énervé pour faire attention. Aussi quand il renversa sans aucune forme de douceur le pauvre Narh'su et qu'il manqua de tomber à sa suite parce que ce couillon avait des foutues longues jambes, il sut qu'il devait se calmer rapidement avant de finir par tomber sur quelqu'un d'un peu moins clément que les deux sous-fifres.
- Tout va bien, chef ? demanda Narh'su sans le moindre égard sur sa propre situation.
- Relève-toi donc ! ordonna Sah'to.
- Wow, vous êtes énervé.
Sah'to se retint de s'énerver davantage. Narh'su n'avait rien fait et des trois c'était celui qui était le plus calme et le plus agréable à discuter en temps normal. Il inspira profondément. Heureusement que c'était sur lui qu'il était tombé finalement. Il tendit son bras et l'aida à se relever de sur le sol. Le sous-fifre accepta son aide et se remit rapidement sur ses pieds avant de le regarder curieusement. Des trois, Narh'su était le plus âgé mais c'est tout ce que Sah'to savait à son sujet. Ça et son histoire d'amour compliquée. Il admirait sincèrement sa détermination et sa dévotion. Bien trop peu de Yigas auraient eu son courage et sa volonté.
- Excuse-moi, je ne t'avais absolument pas vu ni entendu.
- Ce n'est pas trop dans mon style de me déplacer en faisant du bruit, souligna Narh'su avec dédain. Enfin, peut-être que j'aurais dû en faire, finalement…
Malgré lui l'officier pouffa. Ce garçon était tellement détaché et pas prise de tête que ce simple échange avait suffi à l'apaiser un minimum. Il bouillait encore intérieurement mais le voir aussi calme malgré son énervement, c'était… un soulagement. Narh'su gratta son masque, un peu perdu de l'entendre rire malgré son évidente colère et Sah'to haussa les épaules.
- Rien de grave.
- Hm. Quand ça concerne Kah'ge, c'est toujours comme ça, déclara Narh'su avec ce même ton dédaigneux. Il n'écoute jamais rien et n'en fait qu'à sa tête. Je me doute qu'il vous a encore poussé à bout alors bon… j'me dis que finalement, si vous avez besoin de passer vos nerfs, j'étais peut-être juste pas là au bon moment…
- Q… Pardon ? Je ne compte pas te frapper parce que Kah'ge m'a énervé ! Et si je dois taper sur quelqu'un, autant que ce soit quelqu'un de fort !
- Je me débrouille, j'ai pas votre niveau mais je sais tenir tête à quelques monstres quand même…
Il y eut un silence. Un long silence. Pendant lequel Narh'su ne bougea pas, attendant qu'il amorce le premier mouvement. Sah'to plaqua simplement sa main sur son masque, réalisant soudainement que l'autre attendait vraiment qu'il le frappe. Il leva son autre main, dépité : comment pouvait-il en venir à des conclusions pareilles et ne même pas broncher ?! Pourquoi son escouade devait-elle être aussi bizarre en fait ? Entre Kah'ge et son caractère la con, Fuh'ma dont l'attitude sournoise et pernicieuse le foutait mal à l'aise et Narh'su dont il ne comprenait rien…
- … Je crois que je ne te comprends pas, Narh'su, soupira Sah'to.
- Moi non plus je ne me comprends pas parfois, répondit l'autre en haussant les épaules. Mais vous avez l'air d'un peu meilleure humeur. Je suppose que vous ne comptez vraiment pas me frapper…
- Non, je ne c…
Sah'to esquiva de justesse la serpe de Narh'su et le repoussa en le frappant dans le ventre. Le sous-fifre se recula en titubant avant de se mettre en garde.
- Raté, siffla Narh'su.
- Pardon ?!
- Si je vous tue, je suis techniquement celui qui prendra votre relève, non ?
- A-attends qu…
- En garde, chef !
Ce qu'il se passa à ce moment, Sah'to eut beau y repenser après coup, il aurait été incapable de le dire. Est-ce que Narh'su avait essayé de le consoler ? Ou avait-il réellement essayé de tester ses forces et de justifier sa place d'officier ? Dans tous les cas, leur duel se fit dans un chaos sans nom, entre lames s'entrechoquant et talismans volant en tous sens. Ils traversèrent moults couloirs et bien des passages, parfois peuplés d'autres sous-fifres, parfois totalement déserts. Sah'to oublia très vite la défensive qu'il avait adopté au début de leur affrontement, trop surpris de cette altercation pour endosser son style de combat, bien plus agressif.
La majorité des officiers se battaient à distance avec leur sabre, contrôlant des lames de vent avec une dextérité qui leur était propre. Et bien qu'il ait développé les mêmes techniques, Sah'to n'avait rien perdu ou oublié de son passé de sous-fifre, donnant du fil à retordre pour un Narh'su bien impertinent. Il s'entraînait assez souvent avec eux pour connaître leur style respectif et savait comment les contrer même si cette fois, Narh'su abandonnait progressivement ses habitudes pour des attaques très agressives et bien moins prévisibles.
Si Sah'to aurait dû s'en inquiéter, il en fût tout autre : en tant qu'officier il était satisfait de voir de tels progrès. Ce gamin n'avait pas tort en disant que s'il mourrait, il pourrait prendre sa place : il en avait le potentiel et sans hésiter, l'officier sût qu'il pourrait le recommander et le faire évoluer si c'était son souhait. Mais pour cela il allait devoir le faire ployer et ce n'était pas encore prêt d'arriver !
Comme il avait cessé d'encaisser et qu'il contre-attaquait avec force, il mettait la défense de Narh'su à mal. Ce dernier peinait à supporter ses attaques frontales et devait les esquiver, s'exposant malheureusement à des ouvertures involontaires et donner l'avantage à son officier. Le duel ne prit fin que quand Sah'to pourfendit le masque de son sous-fifre, gardant sa lame contre son cou pour l'empêcher de se détourner. Seule une moitié était tombée et l'officier découvrit alors la moitié du visage de cet homme.
C'était clairement un homme, pas un gamin comme Kah'ge ou Fuh'ma. Un regard dur, rempli de détermination. Mais également marqué par le temps et l'expérience. Sah'to allait le remettre à sa place, cherchant à retirer son masque pour l'humilier définitivement et lui rappeler qui était le chef. Mais Narh'su se téléporta hors de sa portée quand Fuh'ma arriva précipitamment jusqu'à eux. Clairement, il ne comptait pas se laisser rabaisser devant son collègue et Sah'to ne chercha pas à le corriger : c'était leur duel, leur combat. Et ça ne regardait qu'eux.
- KAH'GE A FUGUE !
Une question m'a été posé concernant mes Yigas : est-ce qu'ils sont dans le clan depuis leur naissance ou bien l'ont-il intégrés ? A cette question, je répondrais : suivez la suite de la fanfic, j'y répondrai. Notamment parce que je n'ai pas encore donné leurs âges XD !
Concernant les Yigas, on ne sait que peu de choses sur eux à part qu'ils se sont détournés de la famille royale et ont juré fidélité à Ganon. Leur fonctionnement, leur organisation, leurs règles aussi, tout ça, ça n'existe pas dans le jeu. De plus, ils sont souvent décrits comme étant particulièrement forts et même les Gerudos ont du mal contre eux (y en a même une qui est faite captive). Je les fais pitres sur les bords mais ils ne sont pas aussi ridicules que ça, je suppose. Je suis fascinée par les officiers qui sont des armoires à glace aussi. Link est tellement petit à côté d'eux !
