Bonne année à tous!
Et pour bien la démarrer, voici le premier chapitre de la dernière partie.
Chapitre 120 : Une nouvelle page
Kécile poussa un soupir d'aise et caressa à pleine main l'herbe tendre dans laquelle elle était allongée. Répandue aurait été plus exact.
Elle se sentait juste… bien.
Apaisée.
Son existence n'avait jamais été ainsi dénuée de tout soucis, de tout stress. C'était incroyablement reposant.
Quatre mois avait passé depuis la bataille. Quatre mois de reconstruction pour tous, tant du point de vue matériel que psychologique. Il avait fallu faire son deuil. Accepter de laisser les morts en paix.
Kécile savait qu'elle avait été extraordinairement chanceuse. Mais elle avait été aux enterrements, aux cérémonies. Et ça n'avait pas été facile de se tenir là, entourée de tous ceux qu'elle aimait, parmi ces familles endeuillées.
Ils avaient rendu visite aux Weasley. Harry logeait chez eux depuis la fin de la guerre. La famille avait été très pendant la bataille ( Kécile se demandait encore comment Mrs Weasley avait pu réussi l'exploit de tuer cette folle furieuse quand même extrêmement dangereuse et puissante de Bellatrix) qu'après. Ils surmontaient la mort de Fred avec beaucoup de dignité et une soif de vivre méritante. Même George commençait tout doucement à reprendre le dessus, d'après la dernière lettre que Kécile avait reçu. Hermione lui écrivait régulièrement, s'inquiétant de la penser isoler.
Kécile ne partageait pas ce sentiment. Elle avait plus la sensation d'une paisible retraite.
Elle repensa à la nouvelle que lui avait annoncer son amie. Elle allait partir en Australie à la recherche de ses parents pour les ramener dans leur ancienne vie, et dans la sienne par la même occasion. Ron avait décidé de l'accompagner. Et ils allaient se fiancer à leur retour, qu'ils espéraient avant la rentrée de Septembre.
Hermione avait décidé de finir son cursus. Harry et Ron non. Ils avaient reçu une proposition du département des aurors pour commencer leur formation malgré leur absence de diplôme. Ce n'était pas comme s'ils n'avaient pas prouvé leur valeur et n'avaient pas eu comme professeurs 4 aurors des plus réputés du département…
Kécile ne savait pas. Elle n'avait en réalité aucune idée de ce qu'elle voulait faire. Absolument aucune. Elle n'avait jamais vu au-delà de la mort de Voldemort. Quelque part, elle ne s'attendait pas à avoir un jour l'opportunité de devoir faire ce choix.
Elle avait encore trois mois pour se décider et repoussait allègrement cette décision pour l'heure. Elle passait ses journées à lire dehors aux heures les plus douces de ce mois d'avril, profitant des toutes premières floraisons de la roseraie, à apprendre le français avec sa mère et à jouer du hautbois, seule ou avec Albus et Ludivine.
Albus semblait avoir rajeuni de vingt ans tant le bonheur de retrouver un véritable foyer le réjouissait. Cela avait mis du baume au coeur de Kécile et l'avait incité à faire davantage d'efforts pour accepter sa mère.
Elle tentait de laisser le passé où il était et de profiter de la seconde chance qui lui était accordée, même s'il y avait toujours cette barrière qu'elle ne parvenait pas à franchir…
Ludivine respectait sa réserve et se contentait de ce que sa fille voulait bien lui accorder.
Une brise un peu trop fraîche s'éleva brusquement et Kécile pencha un peu plus la tête pour voir au dessus d'elle de gros cumulus cotonneux virant sur le gris qui s'amoncelaient petit à petit. Le soleil n'allait pas tardé à être caché et bientôt allait s'abattre une nouvelle averse.
Elle rentra avant de se faire saucer et retrouva Ludivine et Albus en train de prendre le thé dans le petit salon.
Severus était là également.
Elle le salua joyeusement et celui-ci répondit avec sa retenue habituelle.
L'austère professeur de potions venait régulièrement passer quelques jours au Clos. Non sans s'être fait ardemment prié auparavant, mais Kécile le soupçonnait que ce soit uniquement pour la forme.
Les premières fois, elle ne niait pas qu'il avait visiblement été mal à l'aise. Enfin, aussi visiblement que Severus pouvait l'être, évidemment. Mais l'homme ne pouvait dans le même temps totalement masquer le plaisir qu'il avait à revoir Kécile et Dumbledore. Le vieux loup solitaire reconnaissait à mi-mot un attachement profond pour la gamine et pour son mentor.
Il avait en revanche été particulièrement distant avec Ludivine. Comme s'il se méfiait d'elle.
Kécile ne comprenait pas pourquoi. Sa mère n'était pourtant pas différente avec lui. Ou peut-être que si, elle était encore plus douce et réservée.
Elle avait fini par aborder directement le sujet avec l'intéressée.
- Nous avons un passif tous les deux, tu sais, répondit Ludivine. Depuis notre scolarité à Poudlard. Si tu as lu mon journal, tu dois savoir assez précisément de quoi il s'agit, n'est-ce pas ?
- Oui…
- Je n'ai pas été très habile avec Severus. Je ne le suis toujours pas à vrai dire.
- Mais vous aviez l'air d'avoir des relations tout à fait cordial avant la bataille. Enfin, si tant est que Severus soit capable de relation cordiale avec qui que ce soit, ajouta-t-elle en ricanant. Même après… Et là, on dirait presque qu'il t'évite…
Kécile vit les épaules de sa mère s'affaisser.
- Je sais. Ça a commencé à Poudlard, du jour au lendemain. J'ai dû dire quelque chose qu'il ne fallait pas. Le problème c'est que je ne vois pas quoi, avoua-t-elle penaude.
- Tu sais, je crois que tu es tout simplement trop gentille avec lui. Severus n'est pas quelqu'un de gentil. Et il a particulièrement horreur des gens qui étalent leurs bons sentiments. Il a horreur de ce qu'il appelle le syndrome de Poufsouffle. Peut-être que c'est là l'explication.
- Je refuse de le croire. Nous avons tous besoin de douceur. Aucun coeur est trop aigri pour ne plus y être sensible.
- Moi, je maintiens que ça doit l'énerver.
- Peut-être que c'est ce qu'il se dit. A mon avis, cela le dérange surtout. Je sais qu'il en a besoin cependant. Je connais Severus, Kécile, ajouta-t-elle devant la moue dubitative de sa fille. Par certains aspects, je le connais peut-être même mieux que lui même.
- Ouais, ben ça aussi, si tu veux mon avis, c'est le genre de choses qui doit l'horripiler.
Malgré tout, Severus passait régulièrement quelques jours au Clos et cela réjouissait toujours Kécile. Elle le lui avait dit, il faisait partie de la famille.
L'homme avait eu un rictus et avait levé les yeux au ciel. Elle n'avait pas osé lui dire qu'elle aurait aimé le considérer comme son père d'adoption. Par bien des égards, il avait assuré ce rôle à la place du Seigneur des Ténèbres. Mais Kécile savait qu'il était parfaitement inutile d'énoncer à voix haute son affection pour celui qui l'avait protégée à sa manière et qui l'aimait, elle en était convaincue… à sa manière aussi.
- Tu as reçu du courrier, Kécile, dit Ludivine après qu'elle se fut servi une tasse de thé et un scone.
Elle ouvrit la lettre tendue et son visage s'éclaira.
- C'est Harry ! Il organise une fête chez lui au square Grimmaurd pour le départ de Ron et Hermione. Il y aura Neville, Luna, Susan… En fait tous, les lieutenants de l'AD… ah non, tiens, c'est curieux, il n'a pas invité Draco, ricana-t-elle. Mais pourquoi au square ? Il est parti vivre là-bas ? Interrogea-t-elle.
- Mrs Weasley m'avait informé de son souhait de déménager.
- C'est bizarre, il a toujours détesté cette maison, fit Kécile en fronçant les sourcils.
- Mais c'est chez lui.
- Sans parler du fait que Molly est du genre étouffante, persifla Severus.
C'est ainsi que quelques jours plus tard, Kécile se retrouva à sonner à l'ancien quartier général de l'Ordre. Ils étaient une quinzaine, tous anciens de l'AD proches de Harry Ron et Hermione. Mais ce qui frappa Kécile lorsqu'elle s'assit dans le salon avec tout le monde, c'est que Ginny n'était pas assise à côté de Harry. Elle discutait avec vivacité, riait avec tout le monde, et amusait la galerie avec ses blagues et ses propos hauts en couleurs.
Mais plus la soirée avançait et plus Kécile se disait qu'il y avait quelque chose qui clochait. A aucun moment il n'y avait eu un quelconque rapprochement entre Harry et la jeune et pétillante rousse.
Le jeune homme lui semblait par contraste étonnamment calme. Il avait l'air heureux, ainsi entouré par tous ses amis, il riait souvent aussi, ce que Kécile constatait toujours avec un sentiment agréable de chaleur. Mais il était un peu en retrait, tout comme elle, et leurs regards se croisèrent plusieurs fois avec un petit sourire.
Vers deux heures du matin, les invités commencèrent à partir, à l'exception de Ron et Hermione qui devaient prendre l'avion pour l'Australie le lendemain à Heathrow et à qui Harry avait proposé de dormir à Londres. Il avait fait la même proposition à Kécile qui avait trois transplanages et un portoloin à prendre pour rejoindre le Clos-La-Rive et elle avait accepté.
Le couple monta aussitôt se coucher après les avoir embrassés pour leur dire au revoir, car les deux autres allaient encore très certainement dormir lorsqu'ils partiraient, et Kécile et Harry profitaient du calme retrouvé, avachis dans une douce léthargie au fond d'un fauteuil.
Elle sursauta lorsque la voix de Harry brisa le silence.
- Nous avons rompu avec Ginny.
Elle interdit à son corps de traduire l'emballement soudain de son rythme cardiaque.
- J'avais cru comprendre, répondit-elle de la voix la plus naturelle qu'elle put. Pourquoi ? Vous alliez si bien ensemble…
- Ginny est une fille formidable. Mais… je ne me sentais plus à ma place avec elle. J'ai changé. La guerre m'a changé, je crois.
- Comment le vit-elle ?
- Ça va… enfin je crois. Elle est courageuse…. On a beaucoup discuté. Elle voulait m'aider. Mais elle a fini par accepter qu'elle ne peut pas comprendre certains de mes fantômes. On a vraiment essayé tous les deux, de reprendre une vie normale. Mais je n'y arrive pas. Je sens que je la freine. Alors… c'est mieux pour nous deux. Elle l'a compris… enfin c'est ce qu'elle m'a dit, soupira-t-il.
- C'est pour ça que tu es venu ici ?
- Oui, entre autre. Je ne veux plus lui imposer ma présence Ce serait égoïste. Ça l'empêcherait de tourner la page.
- Moi, à ta place, j'aurais vendu cet endroit pour acheter un nouveau chez moi.
Harry haussa les épaules.
- Je sais, j'y ai pensé. Mais je ne peux pas. C'est la maison de Sirius.
- C'est sinistre.
- Oui, mais c'est tout ce qu'il me reste de lui, alors… C'est idiot.
- Non, je comprends que tu ne veuilles pas t'en séparer. Mais de là à y vivre en permanence…
- Il va bien falloir que je patiente quelques temps. Jusqu'à la fin de ma formation. Après, quand j'aurais un salaire, je louerai probablement un petit quelque chose… Je ne sais pas… Je n'ai pas encore trop réfléchi.
Kécile se pinça les lèvres, hésitant à lancer sa proposition. Il venait de rompre avec Ginny. Et il y avait toujours entre eux sa déclaration jetée à la face de Voldemort. L'un comme l'autre agissaient comme si elle n'avait pas eu lieu, mais Kécile sentait les mots au-dessus de leurs têtes, impossibles à oublier. Alors elle ne voulait pas avoir l'air de se jeter sur Harry dès qu'il était libre. Parce que de toute manière, même si c'était le cas, il n'était pas pour elle.
Mais en même temps, elle avait envie de profiter de sa présence et c'était l'opportunité rêvée. Après tout, se dit-elle, elle aurait fait la même proposition à Hermione ou Ron s'ils en avaient eu besoin, sans qu'on la soupçonne d'avoir des vues sur l'un ou l'autre.
Oui, mais il y avait ces mots qu'elle avait prononcé.
Et cela changeait tout.
Prenant son courage à deux mains, elle finit par se jeter à l'eau.
- Tu sais, si jamais tu en as envie, tu peux venir t'installer au Clos le temps que tu le souhaites. Le manoir est bien assez grand.
- C'est gentil.
- Ce n'est rien, vraiment, fit Kécile du ton le plus dégagé possible. Moi, à ta place, rien qu'à l'idée de m'installer ici j'en aurais le cafard… et pourtant, j'ai grandi dans le manoir de Voldemort ! Ajouta-t-elle avec une grimace.
Harry laissa échapper un petit rire.
- Je vais y penser, répondit-il en se levant et en s'étirant. En fait, l'idée me plaît assez pour être honnête. Je vais probablement accepter, au moins jusqu'à ce que Ron et Hermione ne rentrent de leur voyage. Sinon, tu as raison… je risque de faire une dépression entre ces murs.
XXXX
- Potter ! Que faîtes-vous là ?
- Bonjour professeur. Je suis invité, tout comme vous je crois.
- C'est une mauvaise blague, n'est-ce pas, Kécile ?
- Je n'avais pas prévu de l'inviter pendant que tu étais ici, Severus, ça s'est juste fait comme ça. Tu ne vas pas en faire un drame.
- Non, mais je reviendrais tout simplement lorsque ton ami sera parti.
- Oh, ça suffit, Severus ! Cria Kécile excédée. Je croyais que tu avais dépassé cette attitude stupide
et puérile. Tu as vécu avec lui pendant des mois sous une tente, sans le transformer en ingrédient pour potion. Alors tu vas bien supporter sa présence dans une baraque de 200 mètres carrés pendant quelques jours, non ?
L'homme se renfrogna.
- J'espère que vous aurez la décence de ne pas rester dans mes jambes, Potter, dit-il avant de quitter la pièce.
Harry ricana à la porte qui venait de se fermer.
- Pas de danger, après un accueil pareil. Il a pas changé à ce que je vois.
- Il a un sacré toupet, oui ! Faut le dire si ça le gêne que je fasse comme chez moi !
- Vois les choses du bon côté, Kécile. Severus commence à se sentir chez lui ici. Ce n'est pas ce que tu souhaitais ? Demanda Albus avec un sourire goguenard.
Kécile ne trouva pas la plaisanterie drôle.
Le soir venu, les deux hommes se trouvèrent néanmoins assis à la même table pour le dîner et Severus fit preuve d'un peu plus de retenue malgré le sourire moqueur de Harry.
- Alors, Harry, entama Dumbledore. Combien de temps peut-on espérer profiter de ta présence au Clos ?
- Je l'ignore, professeur. Je suis venu sur un coup de tête, il est fort probable que je reparte sur un coup de tête. A moins que le professeur Rogue ne me mette à la porte avant, bien sûr. Ceci dit, reprit-il plus sérieusement, je ne veux pas abuser de votre hospitalité.
- Tu es le bienvenu aussi longtemps que tu le souhaites, Harry, répondit Ludivine. Si tu savais combien nous sommes heureux de voir réunis auprès de nous ceux qui nous sont le plus cher.
- Vous ne devriez pas dire cela devant le professeur Rogue. Je ne suis pas sûr qu'il soit ravi d'entendre que vous nous mettez dans le même chaudron.
- Potter…
- Ludivine a raison, Harry. Rien ne me fait plus plaisir que tu présences ici. Considère toi chez toi.
- Je sortirai bien un peu dans le monde moldu, lança Kécile. Je vous entends toujours parler des châteaux qu'il y a dans le coin sans en avoir jamais vu un seul. Ça te dit, Harry ?
Celui-ci acquiesça avec un sourire.
- C'est Hermione qui va être jalouse…
- Tu parles, fit Kécile avec un reniflement dédaigneux. Je suis sure qu'elle les a déjà tous visités.
- Et vous, professeur ? Demanda Harry en tournant son regard. Vous voulez venir avec nous ?
- Quand vous aurez fini de vous payer ma tête, Potter, vous me préviendrez.
Les semaines défilèrent paisiblement, entre visites, promenades sur la Loire, entraînements avec Severus, séances de musique et lectures, vautrés dans l'herbe de la roseraie.
La vie aurait pu être juste parfaite, pensa Kécile.
Pourtant, elle avait un petit goût d'amertume qu'elle s'efforçait d'ignorer. Quand elle y parvenait, elle était heureuse, vraiment.
Mais l'amertume revenait toujours, surtout lorsqu'elle était seule.
La présence de Harry la ravissait et lui serrait le coeur tout à la fois. Il y avait des moments où elle ne souhaitait rien de plus qu'être à ses côtés et elle se repaissait alors de sa simple présence, de sa voix, de ses légers sourires, et elle tentait de se convaincre que cela lui suffisait. Mais elle savait qu'il allait finir par partir.
Il y avait d'autres moments au contraire, où son inaccessibilité lui rendait sa vue insupportable et elle n'avait qu'un seul désir, c'était de le mettre à la porte, tout en sachant qu'elle allait le regretter cruellement l'instant suivant.
Harry acceptait sans broncher ces sautes d'humeur. Lui-même était sujet à des moments d'abattements et de morosité parfois irrationnels. Il s'en ouvrait parfois à son amie, se doutant qu'elle devait éprouver les mêmes peurs, les mêmes regrets, qu'elle devait encore faire les mêmes cauchemars.
Mais Kécile se confiait très peu. Elle lui avait uniquement partagé son angoisse pour l'avenir.
Plus les semaines passaient et plus ce sujet revenait fréquemment.
Elle ne savait pas ce qu'elle voulait faire de sa vie.
- Je ne pensais pas survivre à Voldemort. Et pourtant, me voilà, bien vivante. J'ai la chance d'être en vie quand d'autres qui le méritaient cent fois plus sont morts, et je ne sais même pas quoi faire de cette foutue existence qui m'est accordée. Si ce n'est pas pitoyable…
Tu ne devrais pas penser ça de toi, Kécile.
Je suis juste réaliste.
- Non, répondit fermement Harry. Quand vas-tu réaliser ta valeur ? Quand vas-tu accepter que tu as gagné ta place au soleil ? Tellement plus que beaucoup d'autres ! Comment veux-tu trouver ta voix en étant bloquée par des pensées pareilles ?
- Mais rien ne m'intéresse particulièrement ! Sorti de la magie noire et du hautbois, je ne me passionne pour rien !
- Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ? Dit Harry en levant les yeux au ciel.
- J'ai vaguement envisagé de devenir Langue-de-Plomb...
- C'est une excellente idée, ça !
Kécile secoua la tête.
- Pas de l'avis d'Albus. Apparemment, il se passe vraiment des choses que le commun des mortels ne doit pas savoir, là-bas. Et ils sont extrêmement exigeants quant à l'intégrité morale et le casier judiciaire des prétendants aux postes. Alors autant te dire qu'entre le fait que je suis la fille de Voldemort, que j'ai été dans les rangs des mangemorts et que j'ai déjà tué… c'est mort.
Harry ne répondit rien et elle soupira bruyamment.
- Des fois, je me dis que je vais aller travailler chez les moldus. Là au moins, j'aurais la paix de ce côté là.
- A ça, pour avoir la paix, tu vas l'avoir, dit Harry en lui donnant une bourrade affectueuse. A en mourir même !
Vers la fin mai, le ministre par intérim Kingsley Shacklebolt en personne convoqua Kécile à la vague inquiétude de cette dernière.
Harry se proposa pour l'accompagner et ils se rendirent tous les deux à Londres, émettant toutes les hypothèses possibles et imaginables quant à la raison de cette convocation.
Dans le bureau de Shacklebolt se tenait également une autre personne. Le ministère fit les présentations.
- Kécile Gaunt, Harry Potter, Gawain Robards, chef du département des aurors.
- Enchanté, monsieur. Cela fait plaisir de vous revoir Kingsley.
- Moi aussi, Harry.
- Alors voilà notre futur recrue ? Shacklebolt m'a beaucoup parlé de vos talents, Mr Potter.
- J'espère ne pas décevoir vos espérances, Monsieur.
- Je ne pensais pas parvenir à te faire quitter ta retraite, Harry. Tu as admirablement disparu de la circulation ces dernières semaines.
- Je prends du repos en France, loin des journalistes, de Rita Skeeter ou toute autre personne qui pourrait s'intéresser d'un peu trop près à ma vie privée.
- Je comprends. Asseyez-vous, c'est plutôt une bonne chose que tu sois là aussi, Harry. Et toi, Kécile, comment cela va-t-il ?
La jeune fille haussa les épaules.
- Bien, merci.
- Dumbledore m'a dit que tu n'avais pas encore arrêté ton choix sur ce que tu allais faire l'an prochain.
- En effet.
- A l'heure actuelle, tu n'as donc pas encore décidé si tu vas retourner à Poudlard en septembre ?
- Non, répondit Kécile qui ne voyait pas à quoi rimait ces questions.
- J'ai une proposition à te faire. J'aimerais que tu intègres les rangs des aurors, tout comme Harry et Ron.
Il y eut un moment de silence avant que Kécile n'éclate de rire.
- Elle est excellente, celle-là !
- Je suis parfaitement sérieux.
- Moi, auror ?! Mais c'est risible !
- Excuse-moi de ne pas voir en quoi cela est drôle.
- Enfin, Kingsley. JE ne peux pas être auror. D'abord, il faut un casier vierge, et vous savez pertinemment que le mien ne l'est pas.
- Tu étais mineure, ou en état de légitime défense. La justice ne te considère pas comme responsable.
- Vous plaisantez, j'espère ? Fit-elle aigrement. Et mon séjour à Azkaban, c'était quoi ? Un séjour en villégiature aux frais du ministère, peut-être ?
- C'était du temps de Fudge, j'ai toujours pensé que c'était une abomination et il a été prouvé que tu étais innocente.
- Innocente de quoi ? D'avoir attaqué les élèves de Poudlard ou d'être la fille de Voldemort ?
- Ecoute, Kécile, je comprends que tu puisses en vouloir aux institutions mais…
- Je n'en veux pas aux institutions ! Ce sont elles qui m'en ont voulu ! Ça et Ombrage….
- C'était du temps de Fudge, Kécile ! Répéta Kingsley en haussant le ton. Je comprends que pour toi ça ne change rien, poursuivit-il d'une voix qui se voulait apaisée. Mais je ne peux pas effacer les erreurs de mes prédécesseurs. Tout ce que je peux faire, c'est ne pas agir comme eux. Nous avons besoin de toutes les bonnes volontés pour reconstruire notre monde. Et nous avons besoin de toi.
Kécile haussa un sourcil sceptique, dans une parfaite imitation de Severus Rogue.
- En quoi les aurors ont-il besoin de moi ?
- Nos rangs ont été décimés par la guerre et la corruption. Ta loyauté, n'en déplaise à certains, est insoupçonnable et tu es une duelliste hors pair qui n'a pas froid aux yeux.
- ça va, vous avez fini de me lancer des fleurs ?
- Je pense ce que je dis. Dois-je te rafraîchir la mémoire ? Combien de fois m'as-tu battu, moi ou mes camarades en duel singulier, du haut de tes 17 ans ? Sans parler des fois où on a dû se mettre à deux ou trois pour t'avoir.
- Ça n'est pas arrivé très souvent.
- A chaque fois que tu étais en rogne…
- Merci du commentaire, Harry, répondit aigrement Kécile.
- C'est pour cela que je te propose, tout comme à Harry, un an de formation…
- Un an?! Ce n'est pas 3 ?
- C'est une formation accélérée. Nous avons besoin d'urgence de nouvelles recrues. Vous apprendrez sur le terrain par la suite auprès de vos collègues. C'est pour ça qu'on a besoin de gens qui savent déjà se battre. Qui savent exactement ce que c'est que de combattre un mage noir. Qui savent exactement à quoi s'attendre face à un mangemort. Et là, personne n'est mieux qualifié que toi, Kécile.
Elle ne releva pas.
- Un an de formation, je disais donc, et cinq ans d'engagement par contrat. Ensuite si tu veux faire autre chose, tu pourras partir. Ou renouveler ton contrat si tu t'aperçois que c'est un métier qui est fait pour toi.
Kécile laissa échapper un profond soupir.
- Et vos aurors, dit-elle en s'adressant à Robards, jusqu'à présent silencieux. Ils en pensent quoi d'avoir pour collègue la fille de Voldemort ?
- Ils ne le savent pas et auront intérêt à fermer leur bec lorsqu'ils l'apprendront. De toute manière, vous aurez avec vous vos amis, Mr Potter, Mr Weasley et Mr Londubat, qui sont déjà considérés comme des héros de guerre, et il est fort probable qu'on vous mette dans le même panier.
- ça m'étonnerait beaucoup.
- Et je pense que ce serait amplement mérité, ajouta Robards en ignorant sa remarque.
Kécile ne put s'empêcher d'être touchée par la déclaration.
- Merci, monsieur.
- Alors, Gaunt ? Demanda Kingsley. Qu'est-ce que tu décides ?
Elle leva les yeux vers Harry qui la fixait et dit aussitôt :
- Accepte. C'est exactement ce dont tu as besoin.
Kécile se frotta les mains sur le visage dans une veine tentative d'éclaircir la confusion de son esprit, puis soupira une énième fois.
- Va pour les aurors, alors...
