Chapitre 121 : La Cérémonie
La tête sur les genoux, Kécile laissait ses pensées divaguer, jetant parfois paresseusement des cailloux dans les flots de la Loire qui s'écoulaient paisiblement devant elle.
Parmi bien des idées qui lui traversaient la tête de manière désordonnée, il y avait surtout cette proposition de Kingsley. Elle n'arrivait pas à déterminer si elle en était contente ou pas. D'un côté, la question de son avenir était réglée pour au moins quelques années, et c'était incontestablement un soulagement.
De l'autre, auror….
Elle avait annoncé la nouvelle aussitôt rentrée au Clos.
Ludivine avait pâli. Sûrement avait-elle espéré que sa fille en avait fini avec les mangemorts, les combats et toute autre activité dangereuse. Severus l'avait surprise. Il s'était dispensé de commentaire narquois. Albus lui avait demandé si c'était ce qu'elle souhaitait.
Elle n'avait pas su lui répondre.
Elle ne pouvait pas dire que ce n'était pas un métier fait pour elle, ça aurait été mentir. Elle n'était pas mécontente de pouvoir participer à la traque des mangemorts qui s'étaient enfuis, ne serait-ce que par vengeance personnelle. Elle n'avait jamais caché qu'elle aimait l'adrénaline des combats et du danger que cela impliquait. Elle ne se sentait jamais aussi vivante et opérationnelle qu'à ces moments-là.
Mais de l'autre, elle n'était pas naïve. Le métier d'auror n'était pas fait que de cela. Avant de pouvoir arriver au combat, ce devait être des heures d'enquêtes, de planques, d'interrogatoires rébarbatifs et des montagnes de paperasses. Elle n'allait pas bouffer du mangemorts ou sauver la veuve et l'orphelin tous les jours. Et ça, elle savait que ça allait beaucoup moins lui plaire.
Et puis, le Ministère en lui-même lui posait problème. Bien sûr que les nouveaux dirigeants voulaient changer de cap, Kingsley en était la preuve. Mais il n'empêchait que c'était le Ministère qui avait en grande partie fait de sa vie publique un enfer... Ombrage... En toute honnêteté, elle n'aurait sans doute pas pu accepter si elle n'avait pas été sûre de ne plus croiser cet immonde crapaud venimeux. Il n'y avait aucun sentiment charitable dans sa satisfaction à la savoir à Azkaban. Et si elle avait toujours considéré la désertion des détraqueurs comme une bonne chose, elle aurait bien aimé qu'il y ait une petite exception, uniquement à son égard très spécial.
Enfin, le Ministère s'était enfin débarrassé de cette verrue, et elle n'avait plus aucune raison objective d'avoir une dent contre cette institution qui voulait redevenir honorable. Du moins, si elle voulait se donner un visage public honorable elle-aussi.
Mais tout le monde n'allait pas l'accueillir à bras ouverts, elle ne se faisait guère d'illusions.
Sans parler de la discipline. On ne rigolait pas chez les aurors avec ça. Elle n'avait à priori pas de problème avec l'autorité. Tant qu'on n'abusait pas et qu'on lui fichait la paix. Or, elle avait curieusement le pressentiment qu'on n'allait probablement pas la laisser faire tranquillement son boulot dans son coin. Elle allait être au mieux la bête de foire (heureusement Harry allait partager la vedette), au pire l'indésirable. Et elle savait sa patience très limitée dans ce genre de situation. Elle risquait de voler dans les plumes du premier qui viendrait l'asticoter d'un peu trop près, supérieur hiérarchique ou pas. Ce qui allait faire mauvais genre.
Elle jeta un caillou avec un peu plus de force que les précédents et écouta avec satisfaction le gros « flop » qui s'en suivit.
Elle se torturait les méninges inutilement. Dean aurait dit qu'elle se faisait des films… Ron qu'elle se faisait bouillir le chaudron pour rien.
Elle leva brusquement la tête en entendant un fort bruit d'ailes et vit Eolia qui s'approchait, avec sa mère perchée sur son dos. Elle ne comprenait pas comment Ludivine pouvait aimer se balader ainsi, et quand elle lui avait gentiment proposé de partir découvrir les environs à dos de pégase, Kécile avait fermement refusé.
L'animal se posa au sol non loin d'elle et Ludivine en descendit.
- Je te cherchais.
- Sur le dos d'Eolia ?! Tu comptais me trouver où ? Assise sur un nuage ? Je ne suis pas partie me cacher si loin que ça…
- On ne te voit pas beaucoup ces derniers jours… c'est parce que Harry n'est pas rentré avec toi ?
- Non, pourquoi ?
- Ne fais pas l'innocente. Tu vas me détester de me mêler de ça, mais je vais le faire quand même. Tu devrais lui parler.
- Lui parler de quoi ?… demanda Kécile soupçonneuse.
- Kécile… Tu sais très bien de quoi je parle.
- Dis toujours… répondit cette dernière qui acceptait difficilement l'idée que sa mère soit au courant.
- Tu ne t'en rends peut-être pas compte, mais tu donnes l'impression de t'enfoncer petit à petit à cause de cet amour. Je ne sais si tu veux nous faire croire que ce sont les conséquences de la fin de la guerre, ou si tu cherches à t'en convaincre mais ça ne nous trompe pas.
- Attends, s'exclama Kécile alarmée, par nous tu entends qui ?
- Albus.
-Génial, grogna la jeune fille. Donc tout le monde est au courant.
- Severus aussi ? Demanda Ludivine surprise.
- Oui, marmonna Kécile.
- Et bien raison de plus pour en parler au principal intéressé, tu ne crois pas ?
- Il le sait…
Kécile eut honte du ton plaintif qu'elle n'avait pu contrôler.
Ludivine ne cacha pas son incompréhension.
- Comment ça, il le sait ? Vous en avez déjà parlé ?
Un rire jaune lui répondit.
- Pas besoin. J'ai fait encore mieux, figure-toi. C'était durant la bataille, finit-elle par soupirer devant le regard insistant de sa mère. J'ai craché à la face de Voldemort qu'il venait de tuer celui que j'aimais. Si avec ça Harry n'a pas compris...
Elle sentit quelque chose la frôler dans le dos et tourna la tête pour voir Eolia qui frottait doucement ses naseaux contre elle.
- Et il ne t'en a jamais reparlé ? Demanda doucement Ludivine.
- Non.
- Raison de plus pour t'ouvrir à lui.
- Au contraire, raison de plus pour continuer à fermer mon bec, répondit farouchement Kécile. Déjà bien contente qu'il ne m'évite pas !
- Justement, il ne t'évite pas, réplique Ludivine avec enjouement. C'est très bon signe ! Mais peut-être qu'il est trop timide pour aborder la question.
- Ou peut-être tout simplement qu'il ne m'aime pas ? Rétorqua Kécile d'un ton narquois.
- Tente ta chance, insista Ludivine.
- Je ne peux pas.
- Pourquoi ?
Kécile explosa.
- Parce que je suis la fille de Voldemort ! Hurla-t-elle. La fille du monstre qui a terrorisé l'Angleterre pendant 20 ans ! La fille de celui qui a tué ses parents !
- Oh, ma chérie… fit Ludivine visiblement peinée d'entendre ces propos. Tu n'es pas responsable des actes de Voldemort !...
Non, je le sais, répondit sèchement Kécile. Mais ça n'empêche qu'il y a un minimum de décence à avoir.
De décence ? Qu'est-ce que la décence a à voir là-dedans ?
Mais tout ! Harry Potter, épousant Kécile Gaunt. Tu imagines ça deux secondes, toi ? Moi, aussi ardemment que je le souhaite, je n'y arrive pas, tu vois... J'ai beau avoir changé, j'ai beau m'être battue à ses côtés, j'aurais beau faire parti des aurors pour me racheter une position, Harry ne pourra jamais complètement oublier qui je suis. Il a de l'amitié pour moi. De l'affection même, sans doute. Mais ça n'ira jamais plus loin et il a raison. Alors n'en parlons plus.
- Kécile…
- Non ! Gronda la jeune fille. La discussion est close.
Ludivine soupira mais n'ajouta rien. Elle s'étendit simplement à côté d'elle, la tête sur le flanc d'Eolia qui s'était couchée derrière elle et Kécile retourna à sa contemplation de l'eau, arrachant nerveusement des brins d'herbe du bout de ses doigts.
- Je pense que tu as tort. Mais je comprends ce que tu ressens, finit par dire sa mère après un long moment.
Kécile ne répondit pas, murée dans un silence buté, mais elle en doutait fortement.
- En ce moment, j'ai tendance à me faire le même genre de réflexion que toi, si je veux être sincère. A la différence que je refuse d'y céder. Tu parles de décence... J'en ai tout autant à mon actif à ce compte-là. Je suis celle qui s'est offerte à Voldemort. Les autres pensent que c'est un viol et je ne les détrompe pas. Mais vous, vous savez que ce n'est pas le cas. Severus le sait.
Pour le coup, Kécile ne put se retenir de tourner un peu trop brusquement la tête pour ses cervicales. Elle avait probablement mal interprété.
- Je n'ai pas de honte à avoir de qui je suis. Mais j'ai honte de ce que j'ai fait. Et là, je ne peux pas dire que je ne suis pas responsable. Exactement l'inverse de toi, en réalité. Et cela pourrait être une très bonne raison pour ne pas tenter ma chance auprès de Severus
- Severus… et toi ?! S'exclama Kécile abasourdie.
Pour l'instant c'est plutôt moi d'un côté et Severus très très loin.
La jeune fille fixait sa mère avec des yeux ronds. Elle ne parvenait pas à imaginer qu'on puisse être amoureux de Severus. Malgré toute l'affection qu'elle avait pour lui, il restait un homme austère, solitaire, sans aucune beauté et associable.
- Qu'est-ce que tu lui trouves ? Ne put-elle s'empêcher de demander.
- Il est intelligent, il a du charisme, de l'humour...
Kécile s'étouffa.
- De l'humour ?! Un humour très particulier alors !
- Je te l'accorde, mais de l'humour quand même. Il est courageux, loyal et… il a quelque chose de sombre et mystérieux qui m'attire.
- Ouais, en clair tu es attirée par les hommes torturés… conclut Kécile.
- Sans doute, avoua Ludivine avec un sourire piteux. Tout cela pour te dire que je comprends ce que tu ressens quand tu dis ne pas mériter Harry. J'ai l'impression d'être… souillée. Et de ne pas mériter l'amour de quelqu'un d'autre.
Et bien tu vois… On ne vaut pas mieux l'une que l'autre.
Mais l'une comme l'autre on trouvera la force de surmonter notre passé. J'en suis convaincue.
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- Expliquez-moi encore une fois, pourquoi il faut que je participe à cette mascarade, demanda Kécile en fixant d'un air désespéré l'immense hall du Ministère.
- Ce n'est pas une mascarade, Kécile. Toute guerre achevée a sa cérémonie de remise de médailles, et c'est un moment d'union très important.
- Ma présence ici, est une mascarade.
- Cesse de croire que tu es détestée partout où tu passes, dit Dumbledore.
- Parce que tu crois que beaucoup de gens vont approuver la médaille que je vais recevoir ? S'exclama-t-elle.
- Ce n'est pas la question. L'important, c'est que Kingsley pense que tu la mérites et que les autres le sachent.
- En attendant, grogna Kécile. La barbe !...
Elle observa la fontaine qui avait été reconstruite pour faire oublier ce qu'Hermione appelait le chef-d'oeuvre de fascisme. Autour d'elle commençait à s'amasser journalistes et invités, dans un large carré qui ceignait tout autour du hall de larges tables de buffets pour l'heure encore vides.
Les invités d'honneur, ceux qui allaient être décorés au cours de la cérémonie, avaient droit à des chaises de part et d'autre de l'estrade.
Les jumelles Patil étaient déjà arrivées et firent signe à Kécile. Il y avait également des gens du ministère, parmi lesquels Robards, le chef du bureau des aurors, et Amelia Bones qui vint les trouver aussitôt qu'elle les aperçut.
- C'est une bonne chose que vous ayez pu arriver en avance, dit-elle en leur serrant tour à tour la main. Nous allons pouvoir nous retirer derrière pour parler de l'organisation de la cérémonie. Harry, mon cher, avez-vous préparé un discours ?
- Oui, répondit celui-ci le plus sérieusement du monde tandis que Kécile retenait à grande peine un sourire narquois devant son calme feint.
Ludivine l'entraîna vers les chaises, Severus à leur suite, tandis qu'Albus et Harry s'en allaient derrière Bones.
Kécile s'assit sur une chaise tandis que sa mère allait discuter avec un bonhomme à l'aspect peu engageant qui se mit à la fixer. Agacée, Kécile se mit à guetter l'arrivée de personnes qu'elle connaissait. Il y eut Hestia Jones qui vint la saluer, puis des anciens de l'AD commencèrent à arriver parmi lesquels Denis Crivey qui s'était assis dans un coin. Il affichait une mine de circonstance et tentait de faire vaillamment face, mais Kécile pouvait aisément imaginer qu'il aurait préféré éviter cette cérémonie qui raviverait la réalité de sa perte.
Kécile échangea quelques mots avec lui, mais de toute évidence, il n'avait pas très envie de bavarder. Elle se fit la réflexion qu'il lui rappelait George, tant il semblait transformé par la mort de son frère.
Elle releva le regard sur la foule qui s'était densifiée. Pas de trace justement de cheveux roux. Les Weasley n'étaient pas encore arrivés.
En revanche, une chevelure blond platine parfaitement gominée attira son attention.
- Draco ! Appela-t-elle. Je ne savais pas que tu venais.
- Je ne l'ai appris qu'il y a quelques jours, si tu veux tout savoir ! J'ai reçu un courrier de Kinglsey s'excusant du retard comme quoi il y avait eu un oubli. Un oubli, mon œil, oui ! Mais je serais tout de même bien curieux de savoir qui l'a forcé à m'inviter.
- Je crois que tu devrais lui accorder un peu plus de crédit...
- Rassure-moi, Kécile. La naïveté des Gryffondors ne t'a pas fait perdre le sens commun au point de te laisser croire que le Ministère avait réellement oublié de m'inviter ! ?
- Non, en revanche, que Kingsley ait eu du mal à convaincre les officiels qu'il serait de bon ton de t'inviter, ça me paraît tout à fait plausible.
- Tu connais le programme ? Interrogea Draco qui semblait se ficher pas mal de savoir si l'ex-auror le considérait ou non.
- Discours... de Kinglsey, Dumbledore, Harry...
Draco s'étouffa de rire !
- Tu es sérieuse ?!...
- Je reconnais que ça ne l'enthousiasme pas. Mais je suis sûre qu'Hermione l'aura coaché. Et soyons honnête, il a fait de gros progrès en matière de discours l'an dernier.
- Gonfler le moral d'une troupe d'élèves fanatiques et téméraires n'a absolument rien à voir avec l'exercice d'aujourd'hui. Je suis sûr que parmi toutes les huiles du ministère rassemblées , il y en a un bon paquet qui considère Harry comme un arriviste, un danger ou un gamin à qui la célébrité est montée à la tête, au point de le déranger...
- Merci pour ce charmant tableau.
- A ton service.
Une sonnette retentit, avertissant les convives que la cérémonie allait commencer dans quelques minutes.
Elle rejoignit sa place après un dernier salut à Draco, au moment même où les Weasley se faufilaient à la hâte parmi la foule pour rejoindre les rangs réservés. Kécile leur fit signe et embrassa Ron et Hermione, puis M. et Mme Wealsey, avant que tout le monde ne puisse s'asseoir.
- Ça va ? Souffla-t-elle à Ron alors qu'il fixait la mine crispée l'estrade devant eux sur laquelle Kingsley venait d'apparaître.
- Je te dirai ça quand tout sera terminé.
A la suite du Ministre par intérim, derrière le rideau qui avait été installé pour masquer le fond, apparurent Dumbledore, Gawain Robards, Amelia Bones et Harry. Celui-ci regardait fixement le sol devant lui tandis qu'il rejoignait les fauteuils qui leur été réservés. Puis il posa son regard sur Kinglsey et sembla avoir décidé de ne plus regarder ailleurs alors qu'un silence absolu tombait sur l'assistance.
- Le Ministère est heureux et fier de pouvoir vous accueillir en ce jour pour célébrer dignement la fin d'une des périodes les plus sombres de notre histoire, commença Kingsley.
Le deux janvier 19989, le pays a été délivré d'une menace qui durait depuis plusieurs décennies. Voldemort est mort sans possibilité de revenir et cela est l'oeuvre de quelques personnes à qui le pays doit sa reconnaissance. Nombreux ont été les combattants sur le champ de bataille qui ont risqué leur vie pour s'opposer aux troupes de Voldemort et nous les remercions. Trop nombreux également ont été les victimes de cette ultime bataille et nous leur devons les honneurs. Mais avant de commencer tous ces remerciements faits avec la plus grande sincérité et la plus profonde gratitude, je voudrais d'abord que nous observions une minute de silence pour toutes les victimes qui ont été faites en dehors du champ de bataille, tous ces morts que la plupart d'entre nous oublierons vite et dont les livres d'Histoire ne rappellerons pas le nom. La liste des disparus diffusée par Potterveille n'est qu'un début. Rappelons-nous de tous les moldus qui ont péri dans une guerre dont ils ignoraient l'existence. Rappelons-nous des résistants qui sont morts dans leur lutte. Rappelons-nous surtout de tous ces sorciers qui ont trouvé la mort au sein même de ces murs, par des employés d'un Ministère corrompu. Nous connaissons tous, une ou plusieurs personnes qui ont subi ce sort. Souvenons-nous de ces amis, collègues, de ces époux ou épouses, de ces enfants parfois, qui ont perdu la vie parce qu'ils avaient du sang moldu dans les veines et souvenons-nous de ceux qui ont perdu la vie en tentant d'arrêter ces actes barbares.
Kinglsey se tut et baissa la tête et on aurait alors pu entendre une mouche voler dans le gigantesque hall.
Kécile scruta l'assemblée.
Est-ce que parmi les personnes rassemblées, il y avait des employés qui avaient obéi aux ordres du Ministère de Puis Thicknesse ? Probablement... Mais quelle sorte d'employés ? Ceux qui avaient obéi par peur des représailles ? Ceux qui avaient obéi pour pouvoir mieux couvrir leurs actes de résistance ? Ou ceux qui avaient obéi sans état d'âme ? Combien d'individus de la trempe de Dolorès Ombrage avaient tiré leur épingle du jeu ?
- Je vous remercie, dit finalement Kingsley. Depuis six mois que la paix est revenue, il n'est plus l'heure des jugements. La justice a rendu ses verdicts et il est temps de retrouver une ère d'unité et de confiance pour reconstruire notre société sans jamais oublier comme surviennent vite la discorde, la haine et la peur. Y céder ne pourra nous conduire qu'à l'avènement d'un nouveau Voldemort et d'une nouvelle guerre. C'est pourquoi, à chacun ici présent, je demande de faire de ce discours autre chose que de belles et vaines paroles, mais de les porter en soi comme une règle de vie à appliquer et à transmettre.
Il se tut à nouveau, dans un silence lourd.
Puis lorsqu'il considéra que ses paroles avaient suffisamment eu le temps de pénétrer les esprits, il se tourna vers les quatre autres personnes.
- Je cède maintenant la place à Amelia Bones, Directrice de notre bureau de la Justice Magique.
- Merci M. Shacklebolt...
Elle s'installa au pupitre, prit le temps de scruter l'assemblée avec un regard insistant.
- En 1975, finit-elle par dire, j'ai accédé au poste de Directrice du département de la Justice Magique. J'ai été nommée par Harold Michum qui avait été choisi pour tenter de contrer la première ascension au pouvoir de Voldemort. En 23 ans, j'ai connu quatre Ministres différents. Chacun a apporté sa pierre à notre monde et pourtant, aucun n'a été capable de mettre fin au règne de terreur de Voldemort. Car ils ont tous fait de la politique. Or je suis convaincue que ce n'est pas en faisant de la politique qu'on fait avancer une cause. Quel que sera notre futur Ministre, j'espère qu'il ou elle aura le courage de ne pas céder à la peur ou à la démagogie, d'affronter les opinions pour effectuer les changements dont nous avons besoin. Et les changements nécessaires ne corroborent pas toujours avec ce que nous souhaitons. L'impartialité devrait être au cœur de toutes les décisions politiques. C'est ce que j'ai tenté de transmettre durant toute la durée de mon mandat au personnel travaillant sous ma direction, quelles que pouvaient être les pressions politiques extérieures et le contexte de peur ou de haine. Et je dois le dire : nos gouvernements n'étaient pas parfaits, mais jamais on n'a empêché le département de la Justice de faire son travail en toute neutralité. Jamais, jusqu'à cet été de 1997. Pour la première fois en 20 ans de carrière, mon département reçoit des menaces et le Ministre passe par-dessus mes décisions. Il n'y a pas pire signe de gangrène. J'ai dû fuir, comme bon nombre d'entre vous, pour avoir osé m'opposer à ce gouvernement de pantomime. Et puis, après la bataille, il a fallu revenir pour juger ceux qui ont participé à ce sinistre spectacle. Et rester impartiale n'a jamais été aussi compliqué. Comment rester neutre quand vos amis, certains de vos proches, sont morts à cause des accusés que vous avez devant vous. Comment ne pas céder à la haine ? Et pourtant, c'est cette immense tâche qui a incombé à notre département. Immense, non par la taille, mais par la morale et les conséquences que nos décisions ont eu. Notre âme et conscience encore plus que la loi nous ont guidé pour nous aider à déterminer qui devait être puni et qui devait être gracié. Qui avait dirigé, qui avait suivi par le peur ou par la force. Nos décisions laissent toujours des esprits déçus ou en colère. Mais il faut tenter de voir que la Justice n'est pas une affaire de sentiments. Et que trop de sévérité n'aidera pas plus à reconstruire notre société que trop de laxisme. Que cette cérémonie soit un terme aux affrontements et le début d'une réconciliation.
Il y eut quelques applaudissements dans l'assemblée, parmi des regards plus perplexes échangés.
- Pour commencer, poursuivit Mrs Bones, parmi tous ceux qui ont aidé dans l'ombre au sein même du Ministère, je voudrais nommer Mr. Arnold Bondupois, du service des oubliators.
Des applaudissements plus nourris accompagnèrent l'homme fluet et chauve, qui s'avança vers Bones et vint prendre la médaille qu'elle lui tendit.
- Pour les nombreux actes de dissimulation de nés-moldus et de moldus, les nombreuses pertes de mémoires opportunes de Mangemorts et votre combat sur le champ de bataille, voici l'Ordre de Merlin, seconde classe.
Bondupois salua maladroitement et fila se rasseoir sur son siège, visiblement pris de court et soulagé.
- A Mr. Saul Funestar.
Kécile regarda l'homme austère à qui sa mère avait parlé, se lever et venir droit comme un i recevoir sa médaille.
- Pour la dissimulation farouche que vous avez accomplie des travaux du département des Langues-de-Plomb qui auraient pu avoir des conséquences dramatiques entre de mauvaises mains, et pour votre combat sur le champ de bataille, voici l'Ordre de Merlin, seconde classe. A Cubert Faussecreth, chef du service de liaison avec les Gobelins. Pour les nombreux membres du personnel de Gringotts qui ont été sauvés, et tous les Résistants qui ont pu accéder à leur coffre en toute discrétion, ainsi que pour votre combat sur le champ de bataille, voici l'Ordre de Merlin, seconde classe.
Il y eut encore trois autres membres du Ministère qui furent nommés, dont Tiberius Ogden du Ministre de la Justice, à titre posthume, avant qu'Amelia Bones n'appelle les représentants du service le plus attendu.
- A Mr. Achille Fiertalon, à Mr. Cyril Leach, aurors et à Mr. Gawain Robards chef du bureau des aurors, je remets l'Ordre de Merlin, seconde classe, pour les fugitifs anormalement chanceux, pour les filières de passage des nés-moldus à l'étranger couvertes, pour les Indésirables introuvables et pour leur bravoure sur le champ de bataille.
Les trois hommes vinrent serrer les mains de Bones et de Kingsley, après avoir reçu avec fierté leur décoration.
Puis ce fut au tour de Gawain Robards de prendre la parole.
- Merci Amelia, dit celui-ci en prenant sa place sur le pupitre. Je ne vais pas vous raconter à quel point le département des aurors à souffert durant la guerre. Parce que nous avons perdu des combattants, bien sûr, mais surtout parce que la confiance entre les membres de notre service a été érodé. Durant cette guerre, l'air au sein du Ministère était irrespirable de suspicion. Nous ne pouvions plus faire confiance à personne et nous ne pouvions plus compter que sur nous même. Le service des aurors n'a pas été épargné. Et entre ceux dont l'intégrité avait été mise en doute, ceux qui avaient dû fuir, nous avons été tristement peu nombreux à pouvoir venir nous battre à découvert durant la bataille de Poudlard. Alors aujourd'hui, je ne vais pas vous faire un long discours. Je vais juste vous dire qu'il nous sera malheureusement impossible de citer absolument tous les noms de ceux qui ont été sur le champ de bataille ce 2 janvier 1998. Mais qu'ils soient tous remerciés, car sans eux, les aurors n'auraient jamais pu mettre un terme aux activités des Mangemorts. Je veux parler de toutes ces personnes qui des quatre coins du pays, avertis par des élèves de Poudlard ou par Potterveille ont accourus pour venir défendre leurs valeurs et leurs familles, Ce sont des anonymes et nous ne connaissons pas leurs noms. Vous vous reconnaissez peut-être, vous qui êtes parmi l'assistance. Au nom du Ministère de la Magie, au nom des Aurors et au nom de la Communauté Magique, je veux vous dire merci.
Il laissa les applaudissements chaleureux s'estomper avant de poursuivre :
- Et puis bien sûr, il nous faut parler de deux organisations centrales que vous connaissez au moins de nom et qui vont particulièrement être salués ce soir, je parle évidemment de l'Ordre du Phénix et de l'Armée de Dumbledore. Ils ont mené la bataille, ils ont mené la destruction de Voldemort. Et je les salue d'autant plus qu'ils ont dû se battre souvent contre le Ministère même. Je ne parle pas seulement du Ministère de Mr. Thicknesse, mais déjà de celui de Mr. Fudge et de Mr. Scrimgeour. Alors à tous mes collègues aurors qui ont bravé les autorités de cette époque, en tant que chef du bureau des aurors, je dis bravo.
- C'est pourquoi je voudrais féliciter tout particulièrement quelques uns de mes anciens subalternes. Pour M. Philip Savage et M. Gregory Williamson, qui ont ouvertement rejoint la Résistance et formés les futurs combattants et pour leur actes sur le champ de bataille.
Les deux aurors, s'avancèrent en souriant et reçurent comme tous l'Ordre de Merlin seconde classe.
- Il faut parfois savoir désobéir et suivre sa conscience plutôt que les ordres en tant de guerre.
Ce sont là des paroles lourdes de conséquences, mais je pense que tous mes collègues expérimentés les comprendront. En revanche en ce qui concernent les petits jeunots qui viennent de démarrer et qui pensent tout savoir, je leur conseille plutôt de suivre les ordres ! Ajouta Robards d'un ton plus léger.
Il y eut quelques rires.
- Et je dois aussi citer bien sûr, Kingsley Shacklebolt qui a rejoint l'Ordre du Phénix en 1995 lorsque le Ministère et la plupart des aurors ne croyaient pas au retour de Voldemort. C'est un honneur, Kingsley, de vous remettre l'Ordre de Merlin, seconde classe pour vos nombreuses activités au sein de l'Ordre durant ces années.
Le chef des aurors épingla le ruban rouge sur la robe du Ministre par intérim, avant que celui-ci après lui avoir serré vigoureusement la main, ne reprenne la place au pupitre.
- Merci Gawain. Je voudrais rappeler la mémoire de trois aurors qui nous ont quittés. Tout d'abord M. Rufus Scrimgeour, ancien chef du bureau des aurors, dont vous avez pris la suite lorsqu'il est devenu Ministre et avec qui vous avez étroitement travaillé pour tenter de contrer Voldemort lorsque le Ministère a enfin accepté de voir la réalité en face. Malheureusement, il a perdu la vie pour avoir mis en danger les projets de Voldemort, aussi je voudrais remettre à titre posthume à mon prédécesseur l'Ordre de Merlin, seconde classe. Mme Scrimgeour ?
Une petite dame à l'aspect décharné s'avança lentement sur l'estrade et accepta la poignée de main de Kingsley, de Robards, de Dumbledore avant de retourner s'asseoir sans un regard pour l'assemblée.
- Et puis, poursuivit Kingsley, il y a ces deux aurors, membres de l'Ordre, des amis très chers à notre cœur, qui sont morts : Alastor Maugrey et Nymphadora Tonks, tous deux morts sur le champ de bataille. Ils ont été des membres importants de l'Ordre, on accomplit en secret des missions périlleuse, ont affronté les Mangemorts plus de fois qu'aucun autre auror. Et pourtant, il a fallu qu'ils tombent lors du dernier combat. Mme Tonks, dans cette guerre, vous avez perdu votre fille et votre mari né-moldu qui a été rattrapé par les rafleurs. Veuillez venir recevoir pour eux à titre posthume l'Ordre de Merlin, seconde classe.
Andromeda s'avança visiblement très émue et échangea un regard avec Harry.
La pauvre femme avait perdu durant cette guerre plus qu'un mari et une fille. De la famille Tonks ne restait plus que son petit-fils Teddy, et de la famille Black ne restait plus que son neveu Draco si on ne parlait pas de ceux qui avaient fui ou étaient en prison... un vrai carnage.
- Les membres de l'Ordre du Phénix doivent tous être remerciés, poursuvit Kinglsey, mais j'ai pensé que ce n'était pas de moi qu'ils devaient recevoir la médaille de mérite, mais plutôt de celui qui les a réuni autour du même combat. Albus Dumbledore, je dois dire que vous nous avez pausé une colle cher ami. Est-il possible de recevoir deux fois l'Ordre de Merlin première classe ? Vous l'aviez déjà mérité en mettant fin à l'ascension au pouvoir de Gellert Grindelwald en 1945. Nous avons décidé qu'à homme exceptionnel, situation exceptionnelle. Mon cher Albus, à vous qui avez mené le combat contre Voldemort depuis le début de son ascension, qui avait mené la Résistance, et qui avez pourtant encore une nouvelle fois refusé le poste de Ministre, même par intérim, je suis très honoré de remettre donc l'Ordre de Merlin, première classe.
- Merci Kingsley, pour ce commentaire élogieux. Cette résistance cependant, vous le savez, je ne l'ai pas menée seul. Je ne vais pas renchérir sur tout ce qui a déjà été dit, et je ne vais pas vous citer tous les mérites des membres de l'Ordre du Phénix, car nous y serions encore demain. Je veux simplement les remercier publiquement de m'avoir fait confiance aveuglément, de n'avoir jamais douté de moi, même dans les heures les plus sombres où l'Ordre a failli disparaître.
Dans cette longue liste de personnes dont je ne peux manquer de saluer le courage, il y d'abord la mémoire de ceux qui sont morts durant nos combats. Laissez-moi honorer le souvenir de Dedalus Diggle et d'Emeline Vance qui ont fait partie de l'Ordre dès la première ascension de Voldemort, tous deux morts sur le champ de Bataille. Dirk Cresswell, contraint d'abandonner son poste au Ministère pour avoir été né-moldu et qui a préféré rejoindre la Résistance plutôt que de fuir à l'étranger, lui aussi mort sur le champ de bataille.
Des amis ou membres de la famille reçurent l'Ordre de Merlin à titre posthume.
- Laissez-moi ensuite vous présenter des héros ordinaires, ceux de tous les jours, qui ont oeuvré au quotidien dans l'Ordre. Ils ont eu la chance de sortir vivants des années de combats qu'ils ont mené. Ils sont malheureusement trop peu nombreux : Hestia Jones, Olivier Dubois, Lee Jordan, Abelforth Dumbledore.
Chacun reçut sa médaille, sauf Abelforth qui n'avait pas daigné se présenter à la cérémonie. Kécile se demandait pourquoi Albus avait pris la peine de le citer.
- La Résistance s'est opéré au-delà de nos frontières et nombreux sont les sorciers et moldus que nous devons remercier pour avoir organisé l'aide et la fuite à l'étranger. Mais je veux remercier de tout cœur deux femmes dont les actes ont vraiment comptés, Mme Olympe Maxime, directrice de la célèbre école de Beauxbâtons et Madame Fleur Delacour, mariée Weasley.
Il y eut quelques exclamations lorsque Mme Maxime déplia gracieusement son immense silhouette pour venir faire la bise à Albus et recevoir son Ordre de Merlin.
- Il est enfin, toute une famille que je dois citer donc chaque membre, unique en son genre, a apporté plus qu'on ne peut l'imaginer à l'effort de guerre. C'est une grande fierté de remettre l'Ordre de Merlin, seconde à classe à chaque membre de la famille Weasley : Arthur Weasley, appela Dumbledore, pour ces années de confiance, ces nombreuses missions où vous avez manqué perdre la vie, et ce dernier combat où vous avez voulu protéger toutes les familles de Poudlard. Molly Weasley, pour des années de dévouements, de soutien à chacun d'entre nous, de protection de nos enfants et votre combat acharné sur le champ de bataille où vous avez mis fin à l'existence de la plus dangereuse ds nos adversaires, Bellatrix Lestrange. Bill Weasley, pour toutes ces missions opérées dans l'ombre et toutes ces familles qui ont évité de tout perdre dans la fuite et votre dernier combat sur le champ de bataille. Charlie Weasley, pour cet extraordinaire réseau de fugitifs vers les pays de l'est qui a sauvé plus d'une centaine de personnes et votre dernier combat. Percy Weasley, pour toutes ces informations dissimulées et détournées aux responsables du gouvernement de Voldemort, et votre dernier combat sur le champ de bataille. Et enfin George Weasely. Pour avoir refusé de céder à la peur et à la morosité, pour toutes ces inventions qui au-delà d'un peu de gaîté nous ont été d'une aide précieuse, pour cette confiance infaillible en un monde meilleur, je vous remets, à vous et à votre frère Fred à titre posthume, l'Ordre de Merlin, seconde classe.
George serra la main de Dumbledore et de Kingsley le visage crispé et retourna s'asseoir, parmi les membres de sa famille. Ginny passa le bras autour des épaules de son frère tandis qu'il s'essuyait furtivement les yeux.
Puis Dumbledore laissa place à un long silence avant de poursuivre.
- Sous le gouvernement de Pius Thicknesse, son nom n'aurait pas même été prononcé. Mais dans les gouvernement de ses prédécesseurs, il aurait été murmuré et honoré dans l'ombre. J'espère que c'est une ère désormais révolue. Je suis très fier de remettre à Remus Lupin, membre de l'Ordre du Phénix, ancien professeur à Poudlard et loup-garou, à titre posthume l'Ordre de Merlin, seconde classe
Un murmure parcourut l'assemblée lorsqu'Andromeda se leva une nouvelle fois pour recevoir l'Ordre de son beau-fils. Kécile tourna la tête en entendant un reniflement. A côté d'elle, Ron tenait la main d'Hermione qui pleurait.
- Enfin la dernière personne dont je citerai la mémoire et à qui je remets l'Ordre de Merlin, seconde classe est Rubeus Hagrid. Notre regretté garde-chasse est mort au combat en tentant de protéger les élèves de Poudlard, après avoir participé à la Résistance des professeurs durant cette demi-année où Dolorès Ombrage a dirigée notre école.
Tous les professeurs ont combattu les actes des mangemorts présents dans les murs de cette institution qui aurait dû être sacrée, mais je veux remettre une distinction particulière aux directeurs de maison qui ont couvert l'organisation secrète des élèves, évité des punitions barbares infligés par les mangemorts et organisés la fuite de certains élèves pour lesquels le Ministère commençait à s'intéresser de trop près au « statut du sang ». Je remets donc l'Ordre de Merlin, seconde classe à Minerva MacGonagall, à Filius Flitwick, à Pomona Chourave et à Horace Slughorn.
Les applaudissements dans l'assistance furent nourris. Nul doute que se tenaient là d'anciens élèves ou des parents reconnaissants.
- Toutes ces personnes que je viens de citer, reprit Dumbledore lorsque l'assemblée fut redevenue silencieuse, on permit de sauver des vies, on permit d'affaiblir les rangs adverses, de faire fuir des innocencts. Nous avons tous participé à la lutte. Mais il est quelques personnes sans qui le combat ne serait pas encore fini, car Voldemort serait encore là. Et il est un jeune homme dont l'existence même a été sacrifiée, qui a combattu toute sa vie et qui, lors de la Grande Bataille, a eu l'abnégation de se livrer à Voldemort pour sauver nos vies à tous.
Harry. Les gens ne connaissent de ta bravoure que ce qu'en a dit la Gazette des Sorciers, c'est-à-dire, tu me l'accorderas, beaucoup de bêtises. Mais les quelques personnes qui comme moi connaissent l'entière vérité savent à quel point nous avons eu de la chance que tu ais été celui qui devait vaincre Voldemort. Nous ne pourrons jamais te rendre dix-huit ans de ta vie sacrifiée pour nos existences et notre liberté, et je sais que ton souhait le plus cher est d'avoir dorénavant une vie ordinaire et anonyme. Mais juste pour cette fois, laisse moi exprimer la gratitude de tous ceux qui te connaissent et qui ont été avec de toi de plus ou moins loin pendant toutes ces années. Harry Potter, c'est un grand privilège, au nom de toute la Communauté Magique, de te remettre l'Ordre de Merlin, première classe.
Il y eut un tonnerre d'applaudissements. Les murs en tremblaient presque.
- Harry reçut maladroitement la médaille et rendit son étreinte au vieux directeur ému. Puis, Kécile le vit carrer les épaules en inspirant profondément avant de monter sur le pupitre pour faire face à la foule qui le dévorait des yeux tout en rugissant son enthousiasme.
Harry attendit longtemps avant que l'assistance ne se calme et prit alors la parole d'une vois très contrôlée.
- Merci pour cette ovation, j'espère juste que ce sera la première et la dernière, si ça ne vous ennuie pas, dit-il avec un sourire gêné. Et merci, professeur Dumbledore pour ces paroles que je sais sincère. Je ne vais pas répéter ce que vous savez déjà, combien sans vous, il n'y avait aucune chance que je parvienne à vaincre Voldemort et encore moins à en sortir vivant. Et vous l'avez déjà dit, mais vraiment, cette victoire n'est pas mon œuvre, ni même la vôtre, elle est celle de tous ceux qui nous ont aidé. Et dans tous ces honneurs rendus aujourd'hui, j'ai demandé à ce que des élèves de Poudlard soient remerciés et décorés. Je sais que ça ne s'est jamais fait pour des sorciers non diplômés, mais tous ont agi avec autant si ce n'est plus de courage que des sorciers adultes, alors une fois de plus je vais braver les règles et vous parler de tous ces camarades et faire le jour sur les activités de cette organisation que vous avez déjà entendu mentionner sous le nom d'Armée de Dumbledore.
L'AD comme on l'appelle entre nous, avait pour nom originel Association de Défense. Mais c'est lors du premier règne de Dolorès Ombrage à Poudlard qu'une des élèves a eu l'idée de la nommer Armée de Dumbledore. Un joli pied de nez à notre chère Inquisitrice et au ministre de l'époque qui craignait par-dessus tout que notre directeur ne constitue une armée qui pourrait nuire au Ministère. Pour tout avouer, le professeur Dumbledore n'avait strictement rien à voir à l'affaire. Ce que nous voulions, c'était juste apprendre à nous défendre, avec des sorts élémentaires et de vrais duels. Mais l'AD durant sa dernière année d'existence a été bien plus que cela. Je pense que nous pouvons dire qu'elle a été une branche de l'Ordre du Phénix en accueillant les membres de l'Ordre qui ne savaient pas où se cacher, lesquels en échange nous entraînaient. C'était un véritable camp de réfugiés au sein même de l'école, au nez et à la barbe de Dolorès Ombrage et des Mangemorts. C'était un véritable camp d'entraînement où les Résistants officiels étaient rejoints quotidiennement par des élèves qui avaient pu garder leur place sur les bancs de l'école, couverts par nos professeurs. Ça a été un formidable effort général pour dépasser ses limites, vaincre ses peurs, ses différences d'âge, de maison et d'origine et travailler avec un unique but en tête : survivre et protéger les coéquipiers dans une bataille que chacun savait approcher.
Je veux dire un grand bravo à vous tous, membres de l'AD et souligner que votre mouvement a permis de mettre en déroute une dizaine de mangemorts avant le début de la bataille, et saluer la différence que vous avez fait sur le champ de bataille, tous adolescents que vous puissiez être. Les plus jeunes n'ont pas été autorisés à participer, Merlin merci, mais je sais qu'ils auraient surpris plus d'un sorcier adulte, alors un grand bravo à eux tous pour commencer, qui du haut de vos 15, 14, 13, parfois 12 ou 11 ans, souteniez l'effort de guerre par votre conviction et votre rage de vivre.
Il y eut à nouveau de chaleureux applaudissements que Harry laissa se fâner avant de reprendre :
- Et puis il y a nos camarades qui ont combattu mais qui n'ont pas eu la chance de s'en tirer vivants. Ils sont six. Colin Crivey, Gryffondor, né-moldu, âgé de 16 ans. Jonathan Harper, Serpentard, sang-mêlé, âgé de 16 ans. Lavande Brown, Gryffondor, Sang-Pur, âgée de 17 ans. Hannah Abbot, Poufsouffle, Sang-Mêlé, âgée de 17 ans. Seamus Finnigan, Gryffondor, Sang-mêlé, âgé de 17 ans. Anthony Goldstein, sang-mêlé, âgé de18 ans.
Les parents des jeunes cités vinrent recevoir l'Ordre pour leurs enfants décédés au combat, piètre consolation de l'abomination que représentait leur mort, à l'exception de Denis Crivey qui vint pour son frère et serra Harry contre lui très fort avant de retourner s'asseoir sans même prendre la peine de saluer Dumbledore et Kingsley pour tenter de cacher ses larmes.
- Ces camarades-là n'étaient pas moins bons que les autres, reprit Harry à voix basse. Ils ont simplement eu moins de chance. Alors à ceux qui sont là aujourd'hui, je pense que le monde sorcier vous dois les honneurs. Dans cette guerre affreuse où des enfants ont été amenés à combattre, je vous tire mon chapeau. Vous avez accompli un exploit dont vous pouvez être fier. C'est pourquoi, j'ai demandé à ce que soit remit à chacun d'entre vous, nos lieutenants et coordinateurs pour commencer, l'Ordre de Merlin, seconde classe.
Neville, Ginny, Susan et Ernie, Michael et Luna, et Astoria et Draco vinrent les uns après les autres recevoir leur médaille, donner l'accolade à Harry et serrer les poignées de mains de Dumbledore et de Shacklebolt. Il y eut une vague de murmures lorsque Draco fut nommé et l'attention n'était pas des plus sympathiques à l'égard du jeune Malfoy, mais celui-ci semblait décontracté et tentait visiblement de contrôler la moue supérieure qu'il affichait habituellement en pareille circonstance.
Puis Harry appela un à un ses camarades qui avaient combattu à ses côtés et qui avaient survécus :
les sœurs Patil, Dean, Cho,, Justin Finch-Flintchley, Katie Bell, Demelza Robins et Blaise Zabini.
- Lorsqu'on m'a demandé de faire un discours et de participer à la remise de décoration, j'ai souhaité qu'on me laisse le privilège de remercier les quelques dernières personnes qui vont être appelées à présent. Vous avez parlé, professeur, de ces personnes qui ont permis qu'aujourd'hui Voldemort soit bel et bien mort. Vous avez eu raison de rappeler, que bien que j'ai été désigné comme l'Elu, je n'ai pas été le seul dans cette mission, loin de là. Notre mémoire est souvent trop courte et je crains fort que les livres d'Histoire oublieront leurs noms, et pourtant, leur rôle a été aussi centrale que le mien ou celui du professeur Dumbledore. Aussi je veux exprimer ma gratitude à ces quatre personnes, dit Harry en posant le regard sur les rangs des invités d'honneurs. Oui, quatre, professeur Rogue. Et je vais même commencer par vous, même si vous allez me maudire pour cela.
Severus, raide comme un piquet, le regard ombrageux s'avança lentement sur l'estrade alors que Harry le fixait franchement.
- Severus Rogue, c'est un fait bien connu que nos relations n'ont jamais été des plus amicales. Et c'est pourquoi je veux qu'on salue d'autant plus ce que vous avez accompli que vous l'avez fait uniquement par sens du devoir. Je souhaite qu'après toutes ces années au service de l'Ordre, toutes ces fois où vous avez souffert pour garder votre couverture, tous ses risques que vous avez pris pour me protéger et me permettre d'accomplir ma destinée et enfin ces derniers mois de soutien impartiale et infaillible dans notre quête commune, plus personne n'ose remettre en cause votre loyauté et votre intégrité. Je veux que la communauté Magique se rappelle que vous faites partie des héros de cette guerre, et c'est pourquoi je vous remets l'Ordre de Merlin, première classe.
Severus prit la médaille, et serra la main de Harry. Chacun pouvait remarquer un visage aux traits impassible, mais Kécile y décelait là sa manière de dissimuler son émotion. Elle savait ce que représentait pour lui cet Ordre de Merlin. C'était la recherche de reconnaissance qui avait mené Severus dans les filets de Voldemort, et c'était en le tuant qu'il l'obtenait enfin.
- Lorsque je suis rentré à Poudlard, et dans les années qui ont suivi, alors qu'en toute ignorance, je me préparais déjà à affronter Voldemort, que le professeur Dumbledore cherchait le moyen de mettre fin à son règne, il y avait un allié de taille que nous n'avions pas prévu. Kécile Gaunt. S'il y a quelqu'un qui n'était pas destiné à être dans notre camp et à mes côtés, c'est bien toi. On m'admire pour avoir suivi un chemin, difficile certes, mais qui m'était déjà tracé. Je n'ai jamais eu de questions à me poser, les choses se sont justes enchaînées pour me conduire jusqu'à ce dernier face à face avec Voldemort. Si tu avais suivi le chemin qui t'était tracé, en revanche, nous nous serions sans doute affronté ce 2 janvier. Mais tu as quitté la voie la plus facile : à 12 ans, tu as fait ce que nombres de sorciers adultes n'ont pas eu le courage de faire : tu as tourné le dos à ton père. Tu as tourné le dos à Lord Voldemort, et tu as signé alors ton arrêt de mort. Et c'est pour ce courage, pour tous ces conseils sur Voldemort, pour toutes ces années d'amitié et de soutien que tu m'as accordé, jusqu'à m'accompagner dans ce dernier combat, jusqu'à mourir pour moi, et afin que la Communauté Magique sache que Kécile Gaunt, fille de Voldemort, est une héroine, que je te remets avec toute ma gratitude l'Ordre de Merlin, première classe.
Kécile se ficha des applaudissements polis et circonspects de l'assemblée. Elle serra Harry dans ses bras avec reconnaissance, après qu'il eut épinglé le ruban vert sur sa robe avant de serrer la poignée de main vigoureuse de Kingsley et être embrassée par un Dumbledore visiblement très fier d'elle.
Lorsque Kécile se fut rassise, elle réalisa que Harry n'avait pas encore repris la parole. Les sourcils froncés, il regardait le plancher de l'estrade devant lui, l'air concentré sur ce qu'il allait devoir dire par la suite. Enfin, on le vit relever la tête et il vint chercher les yeux de ses amis.
- Ron Weasely. Hermione Granger. Depuis le début, vous avez été avec moi. Pas plus que moi, vous ne saviez dans quoi vous étiez entrain de mettre les pieds. Et lorsque nous avons compris, vous n'avez jamais voulu m'abandonner. Je ne vous en aurais pas voulu de faire demi-tour. Je vous l'ai même parfois demandé. Mais vous avez toujours été loyaux jusqu'au bout. Vous avez été de toutes mes escapades, de tous mes plans douteux, de toutes mes tentatives désespérées, même lorsque vous n'étiez pas d'accord avec moi, même lorsque nous ne savions plus où nous allions. Vous avez partagé tous mes dangers mais toutes mes victoires aussi. C'est pourquoi je te remets à toi Ron, et à toi Hermione, l'Ordre de Merlin, première classe. Car si la légende se souviendra d'un Elu, dans la réalité, nous étions trois.
