Un interlude rapide qui n'a pas spécialement d'importance dans la suite de la fiction. C'est juste pour parler de personnages qui m'intéressent mais que je n'ai pas le loisir de développer en temps normal. D'ailleurs, petite question : ai-je des "pro-Sidon" dans mes lecteurs/trices ? x') Vu que je n'ai pas encore de raisons de plus le développer, j'espère que vous n'êtes pas trop déçu(e)s... et comme c'est une fiction longue, j'espère ne pas vous décourager _' ! N'hésitez pas à me dire vos personnages préférés :D Je mords pas x') !


Interlude - Rivalité

- Urgh, enfin fini…

Sidon massa son visage, épuisé de ces entretiens à rallonge. Ils étaient importants, il n'en doutait pas une seule seconde. Et il était plus que fier de participer au développement des relations avec le village Piaf ! Juste qu'il bousculait une institution déjà en place et que le conseil n'était pas toujours d'accord avec sa vision des choses. Il recevait régulièrement une délégation de Piafs, pour discuter d'accords entre leur domaine respectif, voir ce qu'ils pouvaient s'apporter mutuellement et comment grandir ensemble. C'était… fascinant !

Le prince des Zoras, n'était pas déçu. Il était même plus que jamais motivé à faire grandir son peuple et le hisser vers le meilleur ! Mais autant il recevait cette délégation de Piafs, autant il se devait d'être disponible pour son peuple. Aussi, il accordait toujours du temps pour discuter avec les siens. Avoir leurs avis, savoir ce qu'ils pensaient tous et toutes de ses idées. Jusqu'aux enfants (même si Sidon était conscient que cela échappait à leur jugement). Il ne voulait rien qui puisse leur porter préjudice.

Cependant c'était… très chronophage. Il y consacrait énormément de temps. Entre le conseil, les visites, les discussions, les doléances qu'il accordait aux autres… il n'avait plus vraiment de temps « pour lui ». A bien y réfléchir, cette définition lui échappait un peu : il était le fils du roi Dorephan. Il était normal qu'en tant que Prince, il soit dédié aux siens, son peuple et qu'il ne soit pas là à attendre sans rien faire. Il tourna quelques papiers, consultant ses notes avant qu'une main ne se pose sur la sienne. Il écarquilla les yeux avant que les papiers ne lui échappent et qu'il ne tombe sur Lafrat, la secrétaire attitrée de la famille royale Zora.

Elle était assez sévère et ferme pour ne pas céder à ses caprices et surtout, elle avait la tête assez bien faite pour ne pas se laisser avoir par son sourire séducteur (et totalement involontaire !).

- Le repos est aussi une marque de sagesse, mon prince. Vous avez assez donné pour aujourd'hui. Je vais m'occuper des rapports, essayez de dormir.

- Je peux finir…

- Non, votre altesse. Le Roi a été formel : repos. Vous avez quartier libre jusqu'à demain midi.

Sidon soupira : inutile d'essayer de raisonner Lafrat si elle avait reçu une consigne de la bouche même de son père. Il se releva et quitta la salle du trône, l'esprit toujours encombré par les derniers évènements. Sa tête était bourrée d'idées, de projets et de choses qu'il souhaitait discuter et mettre en place. Relancer l'économie locale serait une bonne chose. Le Fléau n'avait pas aidé le tourisme et bien du savoir-faire Zora s'était perdu du fait de l'absence d'exploitation et de conservation. Il voulait remettre toutes ces choses au goût du jour ! Et qui sait ! Initier de nouvelles carrières !

- Beau travail, mon prince !

Le prince tressaillit, trop absorbé dans ses pensées. Il trouva un garde, qui avait l'air bien heureux, tout souriant. Il lui retourna son sourire et le remercia avant de s'éloigner. Puis de tilter et de faire demi-tour. Le garde pencha la tête, étonné de voir le prince revenir, craignant qu'il ne décide d'ignorer les ordres de Lafrat et ne retourne travailler. Mais il glapit de surprise quand le prince écrasa ses mains sur ses épaules.

- Dis-moi…

- Tottika.

- Tottika. Le capitaine Bazz n'est pas là ?

- Le capitaine ? s'étonna le garde. Il doit faire sa ronde, je suppose. Vu l'heure, il doit sans doute faire sa ronde du côté du dortoir. Si vous… voulez le voir, à tout hasard.

- Merci.

Le garde eut un sourire ravi et Sidon le laissa à son travail, l'encourageant jusqu'à sa relève. Puis le prince trotta tranquillement jusqu'au dortoir. C'était sans doute une curiosité pour tous les autres peuples que de les voir dormir dans ces bassins mais c'était leur nature. Le dortoir n'avait pas toujours été sous la salle du trône mais depuis le Fléau, c'était devenu une presque obligation.

Elle était connue de tous, cette histoire de son père affrontant un gardien à main nue alors que nulle lance n'avait réussi à l'endommager. La peur et la panique d'une attaque au cœur même de leur domaine avait forcé le roi à laisser ses sujets sous sa protection directe. C'était pour cela que principalement les enfants et les vieillards dormaient ici. Si une attaque devait se faire, il y avait déjà tous les gardes sur le chemin. Et ensuite, son père, là-haut, qui pouvaient agir immédiatement. Comme un rempart.

Sidon était fier d'avoir un père aussi fort et aussi courageux. Il ne pouvait pas se reposer sur sa notoriété. Il devait gagner le respect des siens dans ses actes et même s'il n'avait rien accompli d'aussi héroïque que le roi pour le moment, il ne rougissait pas de ses efforts : il ne ferait rien qui puisse faire honte à son père et surtout à sa chère sœur. Les deux avaient placés la barre très haut en termes d'attente, Sidon ne comptait pas se laisser distancer aussi facilement. Il serait à leur hauteur. Ainsi l'âme de Mipha n'aurait aucun regret. Et son père ne serait pas inquiet pour quand il s'en irait à son tour.

Il s'arrêta quand il remarqua la nageoire sombre du capitaine de la garde. C'était sans doute obscur que le prince des Zoras observe en douce le capitaine de sa garde mais à dire vrai, il était sincèrement curieux de le voir dans ses tâches journalières. Il fallait avouer qu'il n'avait que peu d'interactions avec le capitaine de la garde. Bazz avait un sourire tendre au visage alors qu'il plongea son bras pour remonter un jeune Zora en train de somnoler sur le bord de l'eau. Avant de poser sa lance au sol et d'aider un vieillard à s'installer, l'homme le remerciant faiblement avant de s'endormir sans plus attendre.

Un brave homme. Dévoué, gentil et serviable. C'était tout ce qui ressortait de son « espionnage ». Bazz était calme, posé et attentionné. Il aidait sans regarder, sans compter. Il n'avait même pas l'air de vivre son travail comme une épreuve. Les vieux lui faisaient confiance. Les enfants se sentaient en sécurité quand il passait pour leur dire bonne nuit. Pourtant… pourtant le prince ne parvenait pas à oublier ce sentiment pénible qui l'étreignait chaque fois qu'il repensait à cette étreinte qu'il avait partagée avec Link.

Il ignorait tout de leur relation, juste qu'ils se connaissaient de longue date. Lui faisant réaliser que le capitaine de la garde était bien plus vieux que lui. Il ne devait donc pas le traiter autrement qu'en Zora adulte, ce serait très insultant de sa part s'il l'infantilisait accidentellement. Est-ce que Link était attiré par cet aspect mature ? Se reposait-il sur Bazz parce qu'il y avait en lui, ce quelque chose spécial qui transpirait le réconfort et la sérénité ? Sidon massa ses tempes : il se montait la tête tout seul. Ils étaient amis !

Le prince inspira et se donna du courage : il devait lui poser cette question. Celle qui lui brûlait les lèvres depuis trop longtemps ! En avoir le cœur net ! Et comprendre ce qui le dérangeait à ce point…

- Capitaine Bazz !

Le concerné sursauta, étonné d'être appelé par son statut avant son nom. Mais quand il trouva le prince derrière lui, le saluant chaleureusement, il écarquilla les yeux de stupeur. Son attitude reposée et bienveillante changea radicalement en quelque chose de plus… plus… méfiant, inquiet. Sidon n'était pas idiot, il sentait et voyait ce genre de changements infimes. Il perçut sans mal la tension dans ses épaules, comment ses muscles se raidirent sous une émotion qu'il n'identifia pas. Sidon s'étonna vraiment que Bazz semble soudainement aussi nerveux en sa présence. Il s'était toujours rendu le plus accessible possible, pour qu'il n'y ait pas de barrière d'étiquette entre lui et son peuple. Aussi, ce comportement et attitude du capitaine de sa garde l'étonna et le dérangea : pour une raison ou une autre, Bazz instaurait une distance, une barrière, quelque chose entre eux.

- Mon prince ? appela le capitaine.

- Ah, je voulais te voir et avoir ton avis sur un sujet !

- Mon… avis ? Je ne suis que le capitaine de la garde, en quoi mon avis peut…

- Tu es celui qui fait des rondes quotidiennes dans le domaine, s'assure que tout va bien et gère des hommes et des femmes pour la sécurité de tous ! Comment ton avis peut ne pas m'importer ?! Tu es un élément important à notre défense, capitaine Bazz ! N'en doute jamais !

Sidon était comme ça : entier, intense, plein d'énergie. Les Zoras étaient habitués à son attitude enjouée, admiratifs de sa détermination, de sa volonté et de son courage. De plus il voyait toujours le bien dans chaque personne et n'avait jamais tari d'éloges pour les efforts que les uns et les autres fournissaient ! C'était une des raisons pour lesquelles il était aussi populaire. Mais à voir le capitaine de la garde changer de son expression résignée et froide à une rougeur confuse devant son éloge, c'était quelque chose ! Il devait avoir l'habitude aussi. Pourquoi était-il aussi embarrassé soudainement ? Sidon lui pinça simplement les joues. Un geste banal et puéril qui acheva la confusion du capitaine.

- J-J'ai peur de ne pas saisir votre requête, mon prince, bredouilla Bazz en s'éloignant sensiblement. Je suis, certes, le capitaine de la garde mais n'oubliez pas que mon père est le Sergent Démon Seggin. Je ne fais que reprendre ce qu'il a accompli avant moi, je n'ai aucun mérite. Ne m'attribuez pas autant d'honneur quand je ne suis qu'un suiveur, votre altesse ! C'est insultant pour mes prédécesseurs…

Le prince ne sut quoi dire : il était humble. Il ne s'accordait pas de mérite à suivre les procédures mises en place par ses ancêtres et ne cherchait pas à s'octroyer une importance particulière. Il ne se rabaissait pas du tout. Il définissait sa place, tout simplement. C'est pour cela que Sidon ne sut pas comment réagir, trop habitué à ce que les gens se déprécient ou se rabaissent inutilement. Sauf qu'ici, le capitaine était très au fait de sa place, de son rôle. Il savait qui il était et ce qu'il était. Il refusait des lauriers qui ne lui appartenaient pas et quand bien même sa dévotion était là, il insistait sur sa notion du devoir qu'il avait en tant que garde.

- Ton aide me sera toujours utile, capitaine Bazz.

- V-vous m'en voyez ravi. Sauf votre respect, votre altesse, puis-je vous demander ce que vous me voulez ? Je sens… que vous avez une question. Et en toute honnêteté je pense savoir de quoi il s'agit…

- Je suis à ce point transparent ? demanda Sidon avec un sourire d'excuse.

- Transparent ? répéta Bazz avec hésitation. Je ne dirais pas ça. Mais si je devais avoir un seul commentaire : ne lui faites aucun mal, je vous prie.

Sidon sentit la menace froide dans le ton de Bazz et il le scruta en silence. Même s'il était prince, même si sa stature était plus imposante, même si Bazz savait quelle était sa place, il n'avait pas cherché une seule seconde à masquer son animosité. Ses pupilles étaient si fines qu'elles n'étaient plus qu'un trait dans l'or de ses yeux et sous sa mâchoire crispée, Sidon n'eut aucun mal à deviner ses crocs acérés.

C'était la première fois que quelqu'un le menaçait de cette façon. Il y avait un quelque chose d'horriblement barbare dans le procédé, primaire, instinctif, animal même. Une nature domptée chez eux depuis des générations. Mais le prince sentit quelque chose réagir à son attitude et il sentit son propre grognement dans sa gorge alors qu'il se pencha sur le capitaine de la garde. C'était extrêmement rare qu'un Zora ait à faire ressortir cette nature sauvage. Voire même : aucun ne le faisait, ils étaient civilisés.

Pourtant dans l'immédiat, Sidon sentait que Bazz n'allait pas juste s'écraser sous son titre ou son autorité. Il avait abandonné son attitude soumise, résignée, pour quelque chose de plus agressif. Un mâle. C'était la seule chose que Sidon parvenait à traduire dans son état second. Bazz desserra sa mâchoire et essaya de se détendre, son hostilité commençant à être palpable, notamment des plus vieux, moins dupes sur leur manège. Il tapota son aileron et Sidon soupira : s'ils voulaient continuer, ils ne devaient pas le faire ici. Ce serait… très inapproprié que le prince des Zora s'affiche publiquement dans une dispute avec le capitaine de la garde…

Ils s'éloignèrent des dortoirs, en silence, marchant côte à côte. Leur attitude était neutre, normale. Mais leur odeur ne pouvait pas tromper ceux qui s'en approchaient trop près : ils puaient l'hostilité et la colère. L'odeur rance de domination et d'hormone typique de deux mâles se confrontant. Ce que personne ne faisait en vérité, vu l'heure tardive.

- C'est téméraire de me provoquer, gronda Sidon.

- Je ne vous provoque pas, je vous mets en garde. Vous ne savez rien de ses épreuves, de sa vie, de son passé. De ce qu'il a enduré. De ce qu'il a perdu. Je sais que face à vous, je n'ai aucune chance, mon prince. Que vous m'humiliiez, que vous m'écrasiez, que vous prôniez votre supériorité sur moi, je m'en fiche : vous êtes mon prince, je ne suis qu'un garde. Mais n'agissez pas comme un… idiot parce que vous n'avez aucune idée de comment vous gérer ! Reposez-vous donc un peu, au lieu de me harceler. De mémoire demain vous avez une réunion importante avec le conseil. Vous avez travaillé si dur pour vos idées novatrices, ne gâchez pas tout pour une querelle d'intérêt.

Sidon se crispa, frustré et contrarié. Bazz savait mieux que lui ce qui le dérangeait et cela l'énerva paradoxalement. Le capitaine de la garde l'avait botté en touche avec un certain tact et une certaine retenue, mais il puait la contrariété et l'hostilité. Même s'il y avait une pointe rance de regret. Bazz continua sa ronde, ses yeux ayant enfin retrouvé leur pupille normale, l'air plus épuisé qu'un peu avant. Le prince gratta sa joue, embarrassé : il n'avait jamais vraiment été… aussi bête qu'à cet instant. Une tentative d'intimidation de son capitaine par… par quoi au juste ? Jalousie ? Pourquoi serait-il jaloux de lui ? Il était humble, il restait gentil même s'il l'avait provoqué… il…

Il se battait pour la même « proie ». Sidon réalisa très difficilement et avec beaucoup de mal qu'il… enviait juste Bazz d'avoir un lien déjà existant avec Link. Il voulait avoir ce lien aussi, unique et exclusif. Il soupira faiblement : à la prochaine visite de l'Hylien, il y avait tellement de choses qu'il rêvait de lui demander. Il devait passer du temps avec lui. Et éclaircir ses propres sentiments. Il s'en alla, se retirant de son côté pour se reposer sans voir que Bazz l'observait. Ce dernier avait une main plaquée sur sa nuque, essayant fermement de combattre une nature qu'il avait cru bon d'oublier.

- Ah capitaine ! Votre ronde a été un peu plus longue aujourd'hui !

- Tottika : ta gueule.

La recrue sursauta, étonné de voir son capitaine énervé mais surtout de son langage. Il n'était pas le genre à lever la voix et pencha la tête sur le côté. Bazz ne fit aucun commentaire, juste passer rageusement sa main sur sa nageoire : il avait bien assez de lui-même à gérer pour se rajouter un prince sur les bras ! Sa relation avec Link était vouée à ne rester que de l'unique amitié, ses sentiments il ne les avouerait jamais et il entretiendrait à jamais une relation platonique avec. Il n'avait pas besoin de ça. Il n'avait pas besoin de l'encombrer avec ce genre de choses. Il était déjà tellement soulagé de le savoir encore en vie, à plus de cent ans, c'était miraculeux.

A sa prochaine visite, Bazz savait qu'il perdrait à nouveau quelque chose. Le prince avait promis de passer une journée entière avec et à présent qu'il l'avait éclairé sur ses sentiments, il ne devait pas s'attendre à ce que son ami Hylien ne le remarque. Pas à côté d'un prince comme le leur… Il devait déjà finir sa garde. Et quand viendrait sa relève, il irait chercher à boire. Et se changerait les idées. Avec Rivan ou Gaddison. Voir tout seul si aucun n'était disponible. Parce qu'il ne voulait pas réfléchir à tout ça !


J'ai choisi une relation de rivalité entre Sidon et Bazz, fortement influencée par un fanart où Bazz a l'air drôlement furieux contre Sidon. Je n'avais pas cette optique en tête quand j'ai commencé cette fanfic Cependant j'ai lu un fancomic (I want to Believe de Pittssmitts) où Sidon et Bazz sont amis (ce fancomic est très amusant, à lire si vous aimez le Sidlink, c'est adorable, toujours en anglais XD Pardon pour ceux qui ne le lisent pas... :v). Je suis toujours fascinée de voir comment les gens imaginent les relations entre les personnages, c'est une richesse dont je pense pas me lasser un jour, quelque soit le fandom. Merci de m'avoir lu !