Chapitre 123 : Premiers pas chez les aurors

Les paroles de Neville avaient été un électro-choc.

Il ne pouvait pas vivre sans…

Neville avait mis le doigt sur ce sentiment indéfinissable qu'il éprouvait. Une sorte de déni qu'il tentait de s'imposer en fait, d'oubli qui n'était tout simplement pas souhaitable.

Kécile l'avait probablement compris avant lui.

Harry secoua la tête. Il doutait que Kécile ait davantage été capable que lui de mettre des mots sur les sentiments qui l'animait, mais elle n'avait pas cherché à faire comme si la guerre n'avait pas eu lieu et comme si elle allait pouvoir reprendre une petite vie paisible qu'elle n'avait jamais eu.

C'était ce qu'il avait essayé de faire, s'il voulait être honnête avec lui-même, lorsqu'il avait passé les mois suivants la bataille chez les Weasley.

La tête lui tournait. Oui, il comprenait. Il comprenait maintenant pourquoi il n'avait pas pu continuer ce quotidien anodin et tranquille. Ça n'était pas sa vie. Ginny avait pu retrouver ses habitudes, son foyer, ses parents, sa famille. Tout ce qui faisait qu'elle était Ginny avec sa verve, sa bonne humeur et son caractère bien trempé. Tout ce que la guerre n'avait pas pu détruire malgré les blessures qui lui avaient été infligées et qui ne l'avaient pas épargnée.

Mais tout ça, aussi agréable que cela pouvait être, ce n'était pas Harry. Ce n'était pas le quotidien de Harry avant la guerre. Car le quotidien de Harry avant cette terrible année, c'était déjà le combat, c'était déjà Voldemort.

Harry sentit son moral chuter dangereusement à la pensée que même mort, le mage noir allait continuer à lui pourrir l'existence. Il refusait de passer sa vie à ressasser ce qu'il s'était passé. Il voulait laisser de côté tout cela ! Il voulait vaincre là aussi ! Il voulait vivre ! Libre !

Et pourtant, il avait l'impression d'une nouvelle fatalité qui allait le poursuivre de ses fantômes.

Il envisagea vaguement de retourner au Clos-La-Rive pour ne plus être tout seul, mais tout d'un coup, alors que jusqu'à présent il avait pu ignorer les sentiments de Kécile à son égard, il ne se trouvait plus la force de lui faire face. Tout était trop confus. D'un côté, il savait qu'il l'aimait. De l'autre, il ne voulait pas l'aimer. C'était trop compliqué, trop relié à son passé…

Heureusement pour la santé mentale de Harry, Hermione et Ron rentrèrent moins d'une semaine après cette conversation, bronzée pour l'une et couvert de tâches de rousseur pour l'autre.

Hermione l'embrassa dans une étreinte à lui rompre le cou. Elle arborait un magnifique sourire qui réchauffa le coeur du jeune homme.

Il n'avait pas réalisé à quel point la séparation prolongée avec ses amis lui avait été pénible.

Le couple s'extasia sur les changements de la maison, enthousiasmé, et Ron avoua son soulagement à l'idée de ne pas habiter dans une demeure lugubre et sombre où les fantômes des anciens membres de l'Ordre du Phénix ( et surtout les morts) seraient partout.

Après les premières effusions, Harry demanda des nouvelles des parents de Hermione.

- Ils vont bien, dit la jeune femme avec un sourire. Ils étaient un peu sonnés au début. Mon père m'a passé un sacré savon pour ne rien leur avoir dit. Mais il est celui qui a le mieux compris. Il est plus pragmatique. Ma mère a plus de mal à accepter. Je crois que ce qui l'horrifie le plus c'est que j'aurais pu mourir et qu'ils n'en auraient jamais rien su.

- Vous êtes rentrés rapidement après les avoir retrouvés.

- Oui, ils ne peuvent pas partir comme ça. Ils veulent régler leurs affaires. Ils ont eu le temps de recommencer une vie là-bas, ils ne veulent pas tout plaquer brusquement une seconde fois. Et je me suis engagée à essayer de leur rendre au maximum leur vie ici. Je pense surtout à leur cabinet. Il va falloir que je me mette en lien avec le ministère ou sinon je vais être dans l'illégalité la plus totale, avoua-t-elle avec un soupir.

- Maman va organiser une grande fête le week-end prochain pour fêter notre retour, poursuivit Ron. Inutile de te dire que tu es invité. Avec le nombre de personnes qu'il y aura, on va être obligé de faire ça dans le champ d'à côté, comme pour le mariage de Bill. Elle veut même inviter Rogue, tu imagines?!

- Qu'elle l'invite, c'est une chose. Qu'il vienne, c'en est une autre…

La conversation roula un moment sur leurs amis, jusqu'à ce que Hermione demande de but en blanc.

- Qu'est-ce qui ne va pas, Harry ?

- Rien, fit celui-ci avec le plus de conviction possible.

- A d'autres, répliqua la jeune femme en levant les yeux au ciel. Je vois bien qu'il y a quelque chose qui te chiffonne depuis tout à l'heure, alors crache le morceau.

- Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée.

- Allez, vieux, tu sais que tu peux tout nous dire, s'exclama Ron. Au pire, on te dira que tu es fêlé, mais ça , c'est pas une nouveauté !

Ron évita en riant la gazette du sorcier qui manqua atterrir sur son nez, puis reprit son sérieux pour écouter Harry qui finit par se décider à vider son sac.

Il raconta tout. Les paroles de Kécile durant la bataille, les confidences qui étaient devenus presque vitales entre eux deux durant les mois de recherches des horcruxes, ses sentiments vis à vis de la jeune femme, les propos de Neville, ses peurs, cette impression de ne pas réussir à tourner la page… Ses amis ne l'interrompirent pas, bien que son récit fusse décousu. Ils comprenaient que plus que tout, Harry ne savait plus où il en était et qu'il n'avait jamais parlé de tout cela à qui que ce soit.

Lorsqu'il se tut, Harry se sentit vidé. Cela faisait du bien de parler mais plus que jamais cela le mettait face à la réalité.

- Tu te mets trop de pression, dit Hermione lorsqu'il eut terminé. A la manière dont tu nous racontes ça, on dirait que tu as une décision à prendre, là, maintenant, tout de suite ! Et puis, j'ai l'impression que tu t'en veux de ne pas aimer Kécile comme Ginny. Mais tu sais, je crois que c'est normal. C'est seulement la preuve qu'elle est différente et que tes sentiments viennent d'autre chose. Ça ne veut pas dire que tu l'aimes moins.

- Hermione a raison, vieux. Laisse toi le temps. Pour une fois que personne n'attend rien de toi !...

La compréhension et les paroles de ses amis mirent du baume au coeur de Harry, et pour la première fois depuis bien des jours, il s'autorisa à penser à autre chose et à profiter d'une certaine insouciance.

xxxxxx

Les derniers jours d'août arrivèrent et Ron et Kécile vinrent s'installer au 12 square Grimmaurd. Harry et Ron étaient surexcités à la perspective de la rentrée, Hermione était déjà plongée dans ses livres d'ASPICs à quelques jours de son départ pour Poudlard et Kécile tentait de faire taire la sourde appréhension qui essayait de gagner du terrain dans son esprit.

Le 1er septembre, ils dirent au revoir dans le hall à Hermione qui se rendrait à King's Cross un peu plus tard dans la matinée et marchèrent tous les trois pour le ministère. Pour la dernière fois sans doute, ils prirent l'entrée des visiteurs et rejoignirent Neville près de la fontaine qui s'était faite peau neuve avec le nouveau ministère.

Leur camarade était absorbé dans la lecture des panneaux de candidatures où s'affrontaient Kingsley avec un dénommé Felslee pour l'élection définitive du nouveau ministre à la mi-octobre.

- Il n'a aucune chance, dit Ron en regardant l'adversaire de Shaklebolt.

- Je n'en serai pas si sûr, rétorqua Neville. L'opinion est si versatile. Quelques attaques de mangemorts et on peut replonger dans la panique. Certains jugent Kingsley trop mou.

- Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre, marmonna Kécile.

- Eh bien, allons y ! s'exclama Harry avec entrain. Allons empêcher ces mangemorts de semer à nouveau la zizanie !

- Tu ne t'emballerais pas un peu, là ?… fit Ron avec un sourire moqueur.

Mais les trois autres savaient pertinemment que Harry voulait surtout quitter au plus vite le hall où les curieux commençaient déjà à s'agglutiner et à chuchoter de manière plus ou moins discrète que le Survivant était là. Ils savaient pertinemment que sa plus grosse hantise était que l'un d'entre eux s'enhardisse et lui demande un autographe.

C'était arrivé la dernière fois qu'il était sorti sur le Chemin de Traverse, et cela avait failli tourner à l'émeute quand il avait poliment mais fermement refusé. Comme cela n'avait pas suffi, il avait dû sortir sa baguette et menacer les importuns avant d'être laissé en paix. Le lendemain, la Gazette avait titré sur la grosse tête de l'Elu.

A 8h tapantes, les quatre Gryffondors étaient devant le bureau des aurors. Après un dernier regard, ils poussèrent la porte et entrèrent dans la Ruche.

Il y avait déjà de l'animation et certains aurors passèrent près d'eux sans un regard. D'autres au contraire les suivirent des yeux et les dévisagèrent sans vergogne.

Tout d'un coup, une voix s'éleva au-dessus du ronronnement général des voix.

- Eh ! Les Bleus sont là !

Kécile grimaça. Les Bleus ! Si c'était dorénavant leur petit nom, elle allait adorer…

Savage passa la tête par-dessus l'une des cloisons et leur fit signe. Il les rejoignit et les salua tous d'une vigoureuse poignée de main.

- Bienvenus les jeunes ! On vous attendait avec impatience. Je vais vous mener au chef.

Ils traversèrent la Ruche derrière Savage, tentant d'ignorer les regards insistants. Ils entendirent néanmoins Williamson lancer un « Salut les mômes ! » moqueur.

Savage s'arrêta devant une porte et frappa trois coups secs.

- Entrez !

Il passa la tête par l'entrebâillement.

- Les nouveaux sont là, Chef.

- Merci, Savage. Faites les entrer.

L'auror leur laissa le passage et referma la porte derrière eux.

Dans l'austère bureau se tenait quatre autres personnes. Derrière un large bureau dont on ne voyait plus la surface tant il croulait sous les dossiers, était assis Gawain Robards, le chef des aurors. Debout de l'autre côté, une fille et un garçon un peu plus âgés qu'eux et…

- Zabini ?! S'exclama Ron.

- Salut Weasley.

Il salua les autres d'un signe de tête.

- Bien, je vois que les présentations seront inutiles. Puisque tout le monde est là, commençons.

Lucy Stansett, Ryan Gandrim, élèves en dernière année de formation. Harry Potter, Neville Londubat, Ronald Weasley et Kécile Gaunt, nos nouvelles recrues. D'habitude on ne mélange pas les années. Mais comme vous êtes supposés vous retrouver sur le terrain tous les sept l'an prochain, on a décidé qu'il était bon de vous mélanger au maximum. J'ai bien dit, supposé, insista-t-il en tournant son regard vers les cinq nouveaux. Parce que je doute que vous parviendrez tous à remplir les exigences qu'on attend de vous. D'abord parce qu'il arrive rarement qu'une promotion aussi nombreuse ne perde pas des combattants en cours de route. Encore plus en ce qui vous concerne, dans la mesure où vous n'avez qu'un an avant d'être jeté dans le bain. Shaklebolt m'a assuré que vous en étiez capable tous les cinq. Vous avez donc votre chance. Mais à la fin de l'année, ce sera moi, et moi seul, qui déciderai si vous êtes aptes ou non à rejoindre nos rangs pour poursuivre votre apprentissage directement auprès des aurors, si vous avez besoin d'intégrer un cursus plus classique de deux ans supplémentaires, ou si vous pouvez tout simplement plier bagage et trouver un autre métier.

Je ne vais pas vous expliquer en quoi consistent les cours, votre professeur le fera. Je vous informe en revanche que votre présence sera requise à la Ruche tous les samedi et un dimanche par mois en roulement pour venir assurer des permanences ici et observer comment travaillent vos futurs collègues. Des questions ?

Personne ne pipa mot.

- Bien, alors prenez ces badges qui vous permettront d'entrer ici sans être accompagnés, et suivez-moi.

Il les mena tout au fond de la Ruche à une double porte qui ouvrait sur un couloir obscur.

Il leur fit descendre plusieurs volées d'escalier avant de s'arrêter devant une nouvelle porte.

Derrière se trouvait ce qui ressemblait à une salle d'entraînement. Cela rappelait furieusement la salle sur Demande, mais en plus sophistiqué.

Un homme qui devait avoir la cinquantaine bien passée les salua et serra la main du Commandant.

- Voici vos nouveaux élèves, Winchard. Jeunes gens, vous êtes devant votre instructeur. Je vous laisse entre ses mains. Nous nous revoyons samedi pour votre permanence.

Et il quitta les lieux, les laissant sous l'oeil scrutateur de leur nouveau professeur..

On fit rapidement les présentations, puis il leur expliqua en quoi allait consister leur travail.

- Nous allons travailler votre défense, vos réflexes, vos capacités de ripostes, votre endurance magique et physique. Et croyez-moi, vous allez en baver.

Ron et Kécile échangèrent un petit sourire de connivence. Rien de bien différent de ce qu'ils avaient fait ces derniers mois, en somme.

- J'ai manqué quelque chose, Gaunt ? Je peux savoir ce qui vous fait sourire comme ça ? C'est la perspective de transpirer ou bien vous pensez valoir mieux que ça ?

Kécile tenta de faire disparaître le sourire narquois qui avait fleuri sur ses lèvres.

- Non, monsieur. Je pense juste que nous avons déjà des bonnes bases et que ça ne devrait pas être si dur que ça.

- Vous m'avez l'air bien sure de vous. Mais on verra ce que vous en penserez à la fin de la journée. Je ne suis pas du genre à pouponner mes élèves.

- On a été dressé par Severus Rogue alors…

- Severus Rogue n'était pas auror.

- Non, il était mangemort, répondit placidement Kécile. C'est pire…

- Tu m'as l'air d'avoir la langue bien pendue, jeune fille. On verra si tu l'ouvriras toujours autant ce soir.

Kécile se retint de lever les yeux au ciel. Mais elle songea qu'il valait mieux qu'elle fasse profil bas. Apparemment le dénommé Winchard, sans lui montrer une hostilité franche, avait bien l'intention de la remettre à sa place à la moindre occasion.

- Vous apprendrez également des techniques avancées de métamorphoses et de sortilèges pour vous dissimuler et exécuter des filatures sans vous faire repérer. Enfin, nous étudierons certaines potions couramment utilisées dans nos services que vous devez être capables d'effectuer les yeux fermés.

Vous étudierez avec les troisièmes années. Je ne vais pas revenir sur votre statut particulier. Mais ne vous attendez à aucune complaisance de ma part.

Il claqua des doigts et à leur grande stupéfaction, la salle se retrouva transformée en une vaste étendue de pelouse qui ressemblait dangereusement à un stade moldu.

- 10 minutes d'échauffement et ensuite vous me faites une heure de course. Et je me fiche de savoir si vous finissez en rampant, mais je ne veux pas en voir un seul s'arrêter, ou il tâtera de ma baguette.

Kécile ne put retenir un soupir mais obtempéra comme les autres. L'instructeur lui jeta un regard narquois qu'elle tenta d'ignorer. S'il pensait l'effrayer avec une heure d'endurance, il se fourrait la baguette dans l'œil jusqu'au coude.

De fait, la séance se termina sans que Winchard n'ait à intervenir ou à les rappeler à l'ordre. Kécile avait bien un méchant point de côté qu'elle tentait vaillamment d'ignorer à la fin, car cela faisait un moment qu'elle n'avait pas pratiqué d'endurance, mais elle ne s'écroula pas au sol lorsque la délivrance arriva. Les élèves se contentèrent de se rassembler autour de leur instructeur, le souffle court. Celui-ci semblait agréablement surpris mais ne fit aucun commentaire.

- Bien, maintenant, je vais tester votre endurance magique.

Kécile vit l'autre fille, Lucy, grimacer.

Des caisses en bois apparurent devant eux.

- Vous allez me faire léviter ça autant de temps que vous le pouvez. Vous pouvez avoir l'air perplexe, Londubat. Vous allez vite comprendre.

Kécile saisit aussitôt où leur instructeur voulait en venir. Mais elle le trouvait aussi un peu vachard. Honnêtement, est-ce que lui n'exécutait ce genre d'exercices qu'avec son endurance ? C'était inutilement épuisant.

Elle envisagea vaguement de jouer le jeu, avant de se dire qu'après tout cela ne pouvait pas faire de mal de montrer à ce Winchard qu'elle n'était ni une débutante, ni une imbécile. Elle voulait bien s'entraîner, et s'améliorer, oui, elle était là pour ça. Mais s'épuiser stérilement, très peu pour elle.

Elle ferma donc un instant les yeux, tentant d'ignorer son coeur qui battait encore un peu trop vite et remonta calmement son flux de magie jusqu'à se sentir étroitement connectée avec sa source d'énergie.

Puis elle jeta le sortilège de Lévitation et se focalisa sur la caisse qui s'élevait à un mètre du sol.

Il ne fallut que quelques minutes pour qu'elle perçoive des halètements à ses côtés. Mais elle ne chercha pas à savoir qui commençait à être en difficulté. La respiration profonde, le regard fixe, elle s'efforça de rester concentrée uniquement sur sa magie qu'elle sentait couler en elle comme une rivière tranquille et sa volonté de garder la caisse en lévitation. Ce n'était pas un exercice d'endurance, mais de concentration, et plus le temps passait, plus elle se sentait détachée de tout ce qui l'entourait, ignorante de ses camarades.

Autour d'elle, ils finissaient par abandonner petit à petit. Neville fut le premier à craquer. Rapidement suivi par Blaise. Quelques minutes plus tard, ce fut Ron qui s'effondra, rouge et ruisselant de sueur. Quelques minutes plus tard, Lucy craqua, rapidement imité par Harry qui abandonna quand il eut peur de tomber dans les pommes s'il continuait. Ryan, la mine concentrée semblait tenir, indifférent au regard des autres.

Au bout d'une demi-heure, Winchard, ordonna aux deux derniers d'arrêter. Ryan, cessa immédiatement son sortilège, visiblement soulagé mais Kécile n'avait tout simplement pas entendu la directive. Harry dut lui toucher le bras pour la ramener avec eux.

- C'est bon, Kécile, tu peux arrêter.

Elle obtempéra et secoua vivement la tête dans une tentative pour reprendre plus vite pied dans la réalité.

- Gandrim, c'est bien tu as compris. Il ne te manque plus que l'entraînement, maintenant. Stansett, c'est mieux, mais il y a encore beaucoup de progrès à faire. Potter, c'est un bon début. Weasley aussi c'est pas mal pour une première fois. Londubat et Zabini, ne vous découragez pas, c'est un exercice qui demande beaucoup de pratique et d'expérience. Comme vous l'aurez compris, on s'épuise vite à maintenir un sort longtemps. Il faut donc faire travailler le mental et se reposer sur sa magie. Puisque Gaunt semble maîtriser la chose, vous vous entraînerez avec elle. Je vous évaluerai à nouveau dans un mois. Suivez-moi maintenant. Nous allons à notre laboratoire de potion. Cela vous laissera le temps de récupérer un peu avant que nous ne passions à la métamorphose.

Le restant de la matinée se passa sans encombre, Harry et Neville réussirent même correctement leur potion. Kécile eut une nouvelle fois la confirmation que la métamorphose n'était pas son fort quand on lui demanda de se transformer le visage, sans miroir qui plus est. Ron et Blaise se payèrent allègrement sa tête jusqu'à l'heure du déjeuner qu'ils prirent à la cantine avec d'autres employés du ministères. Ryan et Lucy déjeunaient avec d'autres aurors. Ils se sentirent un peu mis à l'écart mais se rassurèrent en se disant que c'était sans doute normal pour leur premier jour.

L'après-midi, ils retrouvèrent la salle d'entraînement et Winchard qui leur annonça qu'il allait les évaluer personnellement en duel avant de voir comment ils se débrouillaient dans un face à face avec plusieurs adversaires.

Il commença par Zabini. Il constata avec plaisir que le gamin n'avait pas froid aux yeux, et qu'il avait déjà une puissance tout à fait respectable, mais il manquait d'expérience et de diversité dans ses sorts.

Londubat était stressé, cela se voyait. Mais il avait de très bons réflexes et ne se laissait pas démonter par la situation pour autant. Le jeune homme montrait une volonté farouche et si certains de ses sorts manquaient de puissance, il avait en revanche à son actif une palette tout à fait respectable.

Weasley était un stratège. Il avait clairement observé la manière de faire de son instructeur, à titiller simplement ses élèves au début, puis à faire pleuvoir une pluie de sorts sur eux qui les mettaient à terre assez rapidement. Il dût s'y prendre autrement, car au lieu de se contenter de se défendre, le gamin riposta courageusement, poussant même le vice à répondre à un sort défensif, par un autre sort défensif. Une technique trop peu utilisée mais efficace pour déstabiliser son adversaire si Winchard n'en avait pas vu d'autres. Il fut cependant surpris du temps que Weasley lui résista et dut donner de sa personne pour le désarmer.

Il appela ensuite Gaunt. La fille l'agaçait avec son petit air supérieur, mais il ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine curiosité à l'égard du rejeton de Voldemort.

Comme tous les aurors, il avait eu vent de son passé auprès des mangemorts et de son combat au côté de Harry Potter durant la guerre.

Il commença doucement comme avec les autres, mais la gamine se contentait de se défendre mollement. Il augmenta d'intensité, mais de toute évidence, il n'allait pas percer sa défense aussi aisément. Il comprit alors que la gamine cherchait à le fatiguer, misant peut-être sur le fait qu'il avait déjà trois duels à son actif. Il eut un sourire mauvais et abaissa simplement sa baguette. Gaunt dut comprendre qu'elle avait été percée à jour car elle riposta aussitôt. C'était déjà impressionnant, mais il voyait bien qu'elle n'était pas à fond. Il chercha à la repousser dans ses retranchements, mais comprit rapidement qu'il n'y arriverait pas sans risques. Il préférait ne pas se faire battre dès le premier jour par une élève, surtout celle-là. Au bout de vingt minutes, il cessa donc le combat.

- C'est bon, j'en ai assez vu. Potter, à votre tour.

Le Survivant était un fonceur. Sa défense n'était pas aussi infranchissable que Gaunt, mais ses attaques beaucoup plus virulentes. Il était surtout extrêmement rapide et utilisait des informulés, ce qu'aucun des autres n'avait fait jusqu'à présent. Il bougeait tel un vif et ripostait sans ménagement avec une puissance clairement au-dessus de la moyenne.

Ils jouèrent ainsi pendant vingt minutes, sans parvenir à se désarmer l'un l'autre et là aussi, Winchard préféra mettre fin au combat, malgré l'air un peu essoufflé du gamin qui aurait pu lui laisser espérer une victoire. Mais avec un accès de mansuétude, il se dit que le môme avait largement mérité cette petite victoire. Après tout, il avait un meilleur niveau que ses troisièmes années.

- Bien. Potter, Gaunt, félicitations. Vous avez déjà le niveau requis pour intégrer nos rangs. Ce qui ne veut pas dire que vous resterez sans rien faire, croyez moi. Les autres, c'est très bien aussi. Je ne me fais pas de soucis pour vous d'ici à la fin de l'année. Grandim, Stansett, contre Gaunt. Londubat, avec moi contre Potter. Weasley et Zabini, l'un contre l'autre.

Kécile fit front devant ses deux nouveaux adversaires. Elle ne savait pas encore quoi penser d'eux, car elle ne les avaient pas vu se battre. La seule chose qui était certain, c'est que Stansett avait une dent contre elle. Le regard féroce qu'elle lui jetait ne laissait planer aucun doute. Kécile haussa les épaules. Elle savait que certains allaient la détester par principe parce qu'elle était la fille de Voldemort. Ça n'était pas une surprise. Et le pire, c'est qu'elle était même prête à l'accepter. Elle se prépara donc à riposter et laissa Lucy déverser toute son animosité.

Au cours des heures qui suivirent, ils tournèrent entre coéquipiers et instructeur, parfois seuls contre plusieurs, parfois en équipe.

Winchard avait vu de quoi il étaient capables en solo, mais bien souvent, une victoire au combat était une histoire de travail d'équipe.

A la fin de la journée, il n'avait plus de doutes quant aux capacités des nouvelles recrues qui étaient au-delà de ses espérances. Potter, Gaunt, Weasley et Londubat avaient clairement l'habitude de travailler ensemble. Avec de l'entraînement, ils allaient former un quatuor redoutable. Même Zabini n'eut pas de mal à se fondre dans le tandem des anciens élèves.

Shaklebolt avait vu juste.

Winchard avait été réticent à l'idée d'accueillir des élèves qui n'avaient même pas leurs ASPICs. La formation accélérée était également une idée du Ministre et il avait freiné des quatre sabots à cette perspective. Mais maintenant, il comprenait.

C'était un secret de polichinelle que le Ministre avait fait partie de l'Ordre du Phénix durant la guerre. Il n'y avait aucun doute qu'il avait connu les gamins à ce moment-là et son choix sur les nouvelles recrues n'avait pas été un hasard. C'était déjà des combattants que l'instructeur avait devant lui.

Bien sûr qu'ils avaient encore des choses à apprendre. Ils n'imaginaient peut-être même pas à quel point. Mais ils possédaient déjà le vital pour survivre parmi les aurors.

Oui, ces gamins étaient entraînés à survivre.