Chapitre 124 Romance controversée

- Kécile ?

L'interpellée leva la tête et Harry soupira en constatant la résignation triste qui était empreinte sur son visage.

Elle s'était assise par terre, à même le tapis face à la cheminée du salon et devait être prostrée là depuis un moment avant qu'il n'entre dans la pièce.

Il s'assit à côté d'elle et passa un bras sur ses épaules.

- Où est donc passée la Kécile battante et insolente que tout le monde connaissait ?

- Envolée avec Voldemort, probablement... murmura la jeune fille.

- Tu n'as pas répliqué un mot.

- Qu'est-ce que tu voulais que je dise ? Lui donner publiquement raison ?

- Ils ne voient tous que les faits ! Gronda Harry. Ils ont beau jeu de te reprocher tes actes ! Qu'est-ce qu'ils auraient fait eux, à ta place ?

- Le problème c'est qu'ils ne peuvent pas imaginer ce que c'est que d'avoir été à ma place.

- Non, tu as raison. Alors s'il te plaît, oublie leurs jugements à l'emporte pièce.

- Ce n'est pas un jugement à l'emporte pièce de rappeler qui je suis. C'est juste la réalité.

- Mais ceux qui te connaissent s'en fichent. Bon sang, Kécile, quand vas-tu cesser de te juger par rapport à Voldemort ! Fit-il excédé. Tu ne te résumes pas à ça, de la même manière que je ne me résume pas à être le Survivant. Ceux qui pensent cela sont des imbéciles et tu ne dois pas laisser leurs propos d'atteindre.

- C'est facile à dire pour toi, Harry. Quand on te rappelle que tu es le Survivant ou l'Elu, ce ne sont que des actes dont tu peux être fier de toi.

- Balivernes, ceux qui me donnent ce surnom ne rappellent qu'un mythe et tous les actes dont ils parlent sont enjolivés.

- Et après, c'est moi qui me rabaisse. Mais toi, Harry, quand verras-tu qui tu es sans cette modestie insupportable ? !

- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi... On croirait entendre Rogue.

- Mais ouvre les yeux ! S'exclama Kécile en se redressant,excédée à son tour. Tu me reproches de ne me voir qu'à travers mon géniteur. Mais toi, tu ne vois pas davantage qui tu es ! Combien de fois as-tu mis ta vie en danger pour les autres, pour des causes que tu jugeais justes ? La vie ne t'a jamais rien donné, elle t'a tout pris, mais toi tu as donné ta vie pour les autres. Tu t'es sacrifié, Harry. Tu es allé au devant de la mort de ton plein gré pour les autres. D'accord, tu es en vie, mais ce n'est qu'une juste récompense pour un tel acte. Quand on t'appelle le Survivant, c'est aussi tout cela qu'on te rappelle.

Harry avait pris une belle teinte écrevisse à cet éloge enflammé. Mais il avait bien perçu la note un peu désespérée qu'avait pris la voix de Kécile.

Il se leva à son tour et l'agrippa par les bras pour l'obliger à lui faire face.

- J'ai donné ma vie de la même manière que ma mère a donné la sienne pour moi. Je l'ai donné pour ceux que j'aime. Parce que tu te trompes, Kécile. La vie m'a beaucoup pris, mais elle m'a aussi donné des amis, des personnes à aimer. Et tu en fais partie, Kécile. Admettons ma bravoure, ma grandeur d'âme dont tu aimes à parler. Mais tu es aussi aveugle que moi. Tu ne vois pas davantage qui tu es. Toi qui étais destinée à être pervertie par Voldemort. Que fais-tu de ta propre noblesse de cœur qui t'a détournée de son chemin ? Non, ne m'interromps pas, s'il-te-plaît. Je sais ce que tu vas me rétorquer. Toi aussi tu as préféré la mort plutôt que de trahir ceux que tu aimes. Toi plus que quiconque aurait eu une excuse de céder à l'appel des Forces du Mal, mais tu t'es toujours battue pour vaincre cette attirance. Tu t'es sacrifiée pour moi... Tu parles de ma bravoure quand tu ne vois pas ton propre courage. Tu parles de ma grandeur d'âme quand tu ne vois pas ta propre noblesse.

Kécile semblait au bord des larmes. Mais il voulait qu'elle comprenne une bonne fois pour toute qu'elle était digne d'être aimée.

- Je n'ai pas oublié, Kécile, dit-il plus doucement. Je n'ai pas oublié ce que tu as dit à Voldemort lorsque tu m'as cru mort.

Harry, souffla Kécile avec une lueur douloureuse au fond des yeux. S'il-te-plaît...

Elle écarquilla les yeux lorsqu'elle vit le visage de Harry s'approcher du sien, et l'instant d'après, elle sentit ses lèvres sur les siennes. Elle ferma les yeux, le cœur et l'esprit en déroute. C'était très doux, très tendre. Les bras qui l'avaient agrippée avaient desserré leur étreinte. Lorsqu'elle s'écarta, ils ne la retinrent pas. Harry la regardait avec ses grands yeux verts et la calme et tendre assurance qu'il montrait lui fit à nouveau monter les larmes aux yeux. Une main légère vint voyager sur sa joue, dans son cou tandis qu'il murmurait :

- S'il-te-plaît, Kécile, ne doute plus jamais que tu es digne de mon amour.

Elle ne put retenir ses larmes, la joie se mêlant aux souffrances passées, aux espoirs inavoués qui semblaient se réaliser.

Les heures qui suivirent furent irréelles. Les baisers échangés lui faisaient complètement perdre la tête. Elle n'avait jamais imaginé pouvoir ressentir quelque chose d'aussi fort. Les lèvres de Harry qui voyageaient sur son visage, son cou, ses épaules la faisaient frissonner, se liquéfier dans ses bras et elle aurait cédé à toutes ses volontés, pour la première fois de sa vie totalement et béatement abandonnée.

Mais les caresses de Harry restaient sages, tendres et rassurantes. Elle respirait l'odeur de sa peau, osait enfin les gestes qu'elle s'était interdite de rêver, sentait la chaleur de sa peau sous ses doigts, les battements de son cœur contre son oreille, les palpitations de son sang sous sa joue.

Quand enfin ils furent rassasiés de douceur, ils restèrent embrassés l'un contre l'autre sur le canapé, à contempler les flammes.

- Je ne doute pas de ton amour, Harry, finit par dire Kécile. Mais ne me demande pas de croire qu'il m'est dû.

XXX

Le lendemain matin, ils étaient tous les deux attablés à la table du petit déjeuner lorsque Ron descendit à son tour, il avisa ses deux amis avec un sourire goguenard.

- Je ne vous demande pas si ça va... Je ne vous ai pas dérangé hier soir ?

Harry et Kécile le dévisagèrent confus avant d'arborer une même mine embarrassée.

- Apparemment non... C'est bien ce qui m'a semblé, vous ne m'avez même pas remarqué... Vous aviez l'air très occupé !

- Ron, commença Harry gêné.

- Je plaisante, Harry ! Je suis très content pour vous deux. Mais bon, si vous pouviez éviter de faire des galipettes au beau milieu du salon, j'apprécierai ! Ajouta-t-il avec un sourire narquois.

- Ne t'inquiète pas, répondit ce dernier sur le même ton, tu devras te contenter de supporter les bruits d'une chambre à l'autre.

- Harry ! S'exclama Ron en lui jetant un torchon à la figure, alors que Kécile partait d'un éclat de rire non sans se sentir un peu embarrassée.

Mais dès qu'elle croisa le regard de Harry, la sensation disparue pour laisser place seulement à une incroyable félicité.

Dans les jours qui suivit, Kécile se sentit planer. Elle avait l'impression d'être très loin au dessus de son corps, explosée en mille sentiments contradictoires, mais son amour pour Harry auquel elle pouvait enfin s'abandonner lui laissait une incrédulité et un émerveillement qui ne s'atténuaient pas avec les jours.

Elle avait également l'impression d'avoir brisé une chaîne dont elle n'avait pas eu conscience jusqu'à présent. Elle se laissait enfin aller à regarder Harry, à le contempler. Elle ne se lassait pas d'observer l'éclat de ses yeux lorsqu'ils pétillaient de joie, sa mâchoire carrée qui lui donnait un air sérieux, lequel disparaissait dès que ses lèvres s'étiraient en un sourire qui avait gardé quelque chose d'enfantin et d'innocent.

Elle n'avait jamais réalisé à quel point elle s'était interdit ces regards jusqu'à présent, pour ne pas se faire du mal inutilement, et pour ne pas se faire surprendre.

Car souvent, Harry tournait les yeux et alors le sourire tendre qui fleurissait sur son visage l'aurait fait se damner.

Elle avait jusqu'à présent trouvé l'idée totalement clichée, mais maintenant, elle comprenait ce que cela voulait dire d'être amoureuse et d'oublier le monde.

Elle ne savait pas ce que demain allait donner, elle ne savait pas ce que leur couple allait donner... La seule chose dont elle était sure c'est que s'ils avaient des enfants, ce seraient de jolis petits monstres aux cheveux noirs, avec leurs deux parents, elle ne voyait pas comment il pourrait en être autrement.

Malgré tout son bonheur, Kécile réservait ces moments d'abandon à l'intimité du square Grimmaurd. Le lundi matin, elle avait eu une conversation alors qu'ils se trouvaient avec Ron à la table du petit-déjeuner. Ce dernier avait continué à manger ses haricots et ses saucisses le plus naturellement qu'il était possible.

- Harry, attaqua-t-elle alors qu'il tartinait consciencieusement un toast. Ça doit rester secret.

- Quoi ? Demanda-t-il confus.

- Nous.

- Pourquoi ?

Et à en juger ses grands yeux verts perdus, il ne comprenait absolument pas.

- Je n'ai pas envie que les gens sachent.

- Je me fiche de ce que les gens pensent ! S'exclama Harry avec virulence. Et si ça ne leur plaît pas, ils n'auront qu'à regarder ailleurs, dit-il en plantant férocement le couteau dans la motte de beurre.

- Moi je ne m'en fiche pas, répondit calmement Kécile. Je n'ai pas envie d'attirer encore plus de remarques désobligeantes.

- Kécile...

- Non, Harry ! Coupa la jeune fille. Toi, on va te regarder de travers en se disant que tu fais une terrible mésalliance, mais moi, les gens ne se gêneront pas pour me dire tout le bien qu'ils pensent de la fille de Voldemort qui sort avec le Survivant.

- Kécile, dit Harry avec un regard ferme, tu sais que ce ne sont que des bêtises, n'est-ce pas ?

- Oui... Je le sais, souffla-t-elle. Mais ça n'est pas pour autant agréable à entendre.

Ron continuait à mastiquer en tentant de se faire oublier.

- Tu sais que les gens vont finir par savoir... finit par dire Harry.

- Ce jour-là arrivera bien assez tôt.

- Et que feras-tu alors ? Demanda Harry sans pouvoir masquer une pointe d'inquiétude.

Kécile lui sourit.

- Je ne ferai rien. On affrontera ça, ensemble, comme on l'a toujours fait.

Ils se penchèrent par-dessus la table pour s'embrasser avant d'être interrompus par un raclement de gorge venant de Ron.

- Harry, ta veste trempe dans la confiture...

XXX

C'est ainsi que seul Neville fut mis dans la confidence ainsi qu'Hermione dans une des réponses lapidaires de Ron aux romans qu'elle lui envoyait toutes les semaines.

Les semaines continuèrent à s'écouler incroyablement paisiblement.

Kécile se faisait souvent la remarque que sa vie était inhabituellement normale. Elle avait des études, une formation, des amis, aucune menace de mort, aucun danger au dessus de sa tête... et un petit ami.

Elle eut un sourire niais que personne d'autre ne vit. Le mot sonnait tellement faible. Elle ressentait tellement plus, Harry était tellement plus dans son cœur que juste son « petit-ami »... Elle n'avait jamais rêvé au prince charmant quand elle était petite. La notion lui était même totalement étrangère. Plus tard, elle n'avait pas eu le temps d'y penser. Harry avait juste été une évidence, au fil des années. Son grand amour, comme disaient les filles du dortoir. Le grand amour qui dans son esprit n'était jamais allé plus loin que le rêve à peine avoué.

Et le rêve était devenu réalité. Et Kécile réalisait à quel point la réalité pouvait parfois dépasser le rêve et être difficile à gérer. Parfois, elle avait juste l'impression d'étouffer sous les émotions, de ne plus être elle-même, de ne plus être dans son corps. Elle était dans une sorte d'extase permanente qui atteignait des sommets dès que Harry était là et la regardait. Alors, elle n'était plus consciente de rien d'autre que lui.

Totalement pathétique, se disait-elle lorsqu'elle parvenait à remettre un orteil sur terre. Terriblement dangereux, lui murmurait aussi parfois une peur sournoise qui lui faisait alors d'autant plus craindre la chute qu'elle aurait plané dans des sphères de bonheur insoupçonnées. Irrémédiablement foutu, abandonnait-elle en se laissant aller.

Heureusement pour sa santé mentale, sa formation d'auror l'obligeait à rester un minimum sur terre, et lorsqu'ils se retrouvaient au square Grimmaurd, d'autres obligations comme réviser leurs ASPICs l'obligeait à détourner son attention de Harry, bien que leurs séances de révisions et lectures des livres scolaires se faisaient la plupart du temps lovés l'un contre l'autre dans le canapé défoncé du salon du premier étage.

- Kécile, murmura Harry dans son cou, alors qu'affalée contre lui, elle lisait son livre de potions tandis qu'elle caressait machinalement la cuisse contre elle.

- Hum ? Fit-elle sans relever la tête.

- Est-ce que tu pourrais arrêter s'il-te-plaît ?

- Quoi ? Demanda-t-elle confuse.

Il lui prit la main qui se baladait un peu trop et la reposa sur sa propre jambe.

- Ma concentration pour les potions est déjà très limitée, alors là... Je n'ai pas retenu une ligne de cette infâme mixture pour faire repousser les os. Ceci dit, ajouta-t-il en déposant une myriade de baiser dans son cou, je n'aurais absolument rien pour qu'on ferme nos livres et qu'on passe à des activités beaucoup plus passionnantes...

Kécile frissonna mais le repoussa au fond du canapé et lui remit son livre entre ses mains baladeuses.

- Non, pas maintenant, et pas ici, dit-elle le plus fermement qu'elle put.

Kécile s'émerveillait toujours de voir à quel point les caresses de Harry pouvaient la transporter, à quel point elle était devenue dépendante de son contact. Elle n'avait jamais été tactile. Elle avait même plutôt une sainte horreur qu'on la touche et ne supportait pas les gens qui ne respectaient pas son espace vital, se sentant immédiatement agressée. Mais avec Harry, il n'y avait plus rien de cette réserve.

Le désir s'était fait de plus en plus pressant entre eux ces derniers temps, et même si Harry ne la poussait pas, leurs gestes franchiraient bientôt la dernière ligne, elle le sentait. Alors elle préférait que cela ne se passe pas au beau milieu du salon dans lequel Ron pouvait pénétrer à n'importe quel moment...

- Tu savais que le polynectar était au programme des aurors ? Demanda Ron.

Harry secoua la tête.

- Je me demande ce que Winchard dirait si on lui disait qu'on en a déjà fait en seconde année.

- On n'en a pas fait, Ron... C'est Hermione.

- Oui, n'empêche qu'elle était en deuxième année. Et que c'est du niveau supérieur aux ASPICS

- Et qu'Hermione a réussi ça. Sérieux, tu as vu la complexité de cette potion ! On va déjà se marrer à apprendre la recette.

- Au moins on sait ce qu'on va faire durant les prochains cours de potion, soupira Ron. D'ailleurs, tes révisions pour les ASPICs, ça se passe comment ?

- La théorie, franchement, ça va. Mais ces derniers temps, on butte un peu avec Kécile sur la fabrication. On peut pas dire que ce soit franchement raté, mais c'est pas ça. S'il faut obtenir un E, c'est pas gagné... Enfin ce qui me rassure, c'est que Kécile galère autant que moi sur les deux dernières.

- Je vois pas en quoi c'est rassurant, vieux. Tu devrais peut-être en parler à Hermione ?

Harry soupira.

- On verra. Peut-être à Noël.

Mais Harry n'en eut pas le temps.

Quinze jours plus tard, il proposa à Kécile d'une voix morne en rentrant du ministère qu'ils aillent s'enfermer dans le laboratoire.

- Quel enthousiasme, Harry ! Moqua Kécile.

- Je propose qu'on bosse, tu ne peux pas m'en demander beaucoup plus.

- C'est vrai, dit Kécile, Hermione serait fière de toi.

- Tu as fini de te payer ma tête ? Bougonna Harry.

- Si je peux me payer autre chose... murmura Kécile d'une voix exagérément suave.

Harry éclata de rire, avant d'être bâillonné par les lèvres de Kécile.

Puis, un raclement sonore retentit derrière eux.

- Vous ne pouvez pas attendre d'être enfermé dans le laboratoire pour faire ça... demanda Ron avec une grimace.

- Tu imagines bien que si on faisait ce genre de choses dans le laboratoire, j'aurais tout d'un coup un intérêt particulier pour l'étude des potions, plaisanta Harry.

Ils finirent néanmoins par descendre les escaliers et Harry alluma les lumières d'un coup de baguette.

Il extirpa son chaudron de sous la paillasse mais fut interrompu par Kécile qui sortit plusieurs fioles et un parchemin.

- Tiens, voilà un échantillon de tes dernières potions avec les commentaires pour les améliorer. Ce sont les miennes, ajouta-t-elle en prenant un autre lot de fioles et un autre parchemin.

- A qui as-tu demandé ça ? Interrogea Harry surpris.

Mais dès qu'il eut déroulé le corrigé, il eut sa réponse.

- Tu n'as pas fait ça ?! Explosa-t-il aussitôt de colère.

- Quoi... soupira Kécile. On bloque depuis presqu'un mois. Au moins, là, on a de quoi s'améliorer.

- Parle pour toi ! Gronda Harry en balançant d'un geste rageur le parchemin sur le plan de travail. En ce qui me concerne, je vais surtout y lire des commentaires désobligeants sur ma nullité, sur ma bêtise, ou sur combien le fait d'avoir vaincu Voldemort n'a pas arrangé mon cas.

- Harry...

- Tu n'aurais jamais dû faire ça sans m'en parler !

- Harry...

- Ce n'est pas grâce à Rogue que j'ai pu poursuivre en ASPICs, ce n'est pas grâce à lui que je vais les obtenir !

- HARRY !

Il y eut un moment de silence où leurs deux regards s'affrontèrent.

Puis Kécile dit plus calmement.

- Il ne savait pas à qui étaient les potions.

Harry ne répondit pas de suite, trop interloqué.

- Comment ça ?

- Il n'avait que deux lots numérotés. Il ne pouvait pas savoir lesquelles étaient à toi et lesquelles étaient les miennes.

Harry reprit le parchemin abandonné et le lut en diagonale pour constater qu'en effet, aucun commentaire désobligeant ne le gribouillait de son habituelle encre rouge.

- Merci, finit-il par dire un peu à contre cœur.

- De rien.

- Mais tu as quand même cru cette précaution nécessaire.

- Avec vous deux, on ne sait jamais. Je ne voulais pas risquer de mettre tes chances en l'air pour des histoires d'ego mal placées. Et apparemment, vu ta réaction, j'ai eu raison. C'est quand même dingue ! Vous êtes parvenus à vivre sous le même toit pendant des mois bon sang !

- Ce n'est pas pareil.

- Je ne vois vraiment pas en quoi c'est différent.

- C'était plus facile. Tout ce temps-là, c'était avec un opposant à Voldemort, un membre de l'Ordre et dans le secret de Dumbledore qu'on était. Là, dit-il en désignant le parchemin, c'est juste l'ancien bâtard de professeur de potions.

Kécile soupira, mais Harry la vit se mettre au travail la mine résignée. Cependant, elle ne prononçait pas un mot, alors que d'ordinaire, ils échangeaient beaucoup dans une ambiance décontractée très éloignée de celle des cachots de Poudlard.

Harry finit par reposer une fiole bruyamment sur le plan de travail et demanda abruptement :

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Kécile ne répondit pas immédiatement.

- C'est juste que, après tout ce que vous avez traversé ensemble, j'espérais qu'il y aurait une certaine … non pas amitié, mais au moins un certain respect mutuel entre vous deux.

- Oh, mais moi, je veux bien le respecter ! Mais pour ça, il faudrait déjà qu'il arrête de prendre une mine dégoûtée à chaque fois qu'il croise mon chemin.

Kécile eut une moue dépitée.

- Ecoute, on a déjà appris à se supporter et à se comporter de manière à peu près civilisée l'un envers l'autre. C'est déjà énorme. Mais on l'a fait parce qu'on n'avait pas le choix. Tu ne peux pas me demander d'être … ami avec Rogue !

- Severus, Harry.

- Ça aussi... Sérieusement, comment veux-tu que je l'appelle Severus quand il crache toujours son « Potter » comme si ça lui écorchait la bouche ?

Kécile se tut, mais Harry voyait bien que cela la peinait.

Il soupira, vaincu, et déclara :

- Ok, ok! Je vais faire un effort, d'accord ? Je vais l'appeler Severus quand on en parle, ça te va ? Mais ne me demande pas de le faire devant lui, je n'ai pas échappé à la Mort face à Voldemort pour me faire assassiner par Ro... ton cher Severus !