Chapitre 126 : Des gens biens

Les elfes n'avaient pas encore retiré les décorations de Noël à Poudlard. Les fantômes ne chantaient plus, on ne les voyait plus déambuler en petits choeurs flottants qu'il était sage d'éviter si on ne voulait pas passer au travers, mais les armures grinçantes chantaient encore d'une voix discordante les traditionnels chants de Noël. Le gui, ça et là, commençait à se dessécher.

Dans deux jours, la quasi totalité des élèves, partis pour les fêtes, réintégreraient les murs de l'école.

En attendant, le temps paraissait un peu long à Ludivine. Elle n'avait pas revu Kécile qui était retournée au square Grimmaurd la veille du réveillon, et Albus avait réintégré son bureau et repris son siège au Magenmagot qui s'activait toujours beaucoup en début d'année, lui aussi plein de bonnes résolutions.

Dans la tour qui avait anciennement appartenu au professeur Trelawney, elle s'était installé un confortable appartement où elle passait le plus clair de son temps à lire au coin du feu, ou à jouer du piano qu'elle avait fait déménagé à grand renfort de Magie pour le faire passer à travers des ouvertures aussi étroites à 200 mètres au-dessus du sol.

Malgré ces saines occupations, il tardait un peu à Ludivine de reprendre les cours. La divination n'était certes pas l'option la plus prisée, mais elle jouissait néanmoins d'un effectif un peu plus important et surtout plus motivé que du temps du professeur Trelawney.

Néanmoins, cela ne dépassait pas la quinzaine d'heures par semaine, des conditions très appréciables en tant que mère de famille, mais qui ne fournissaient pas assez d'occupation à son statut de célibataire.

« Tu n'as qu'à y remédier, à ce statut ! » narguait une petite voix. Mais lorsque Ludivine flânait dans les couloirs ou profitaient des rayons du soleil rasant dans le parc, jamais elle ne croisait Severus. Il semblait être cloîtré dans ses cachots et ne daignait même pas se joindre au reste du corps professoral à l'heure des repas.

Après des jours de tergiversions, Ludivine finit par aller frapper à la porte des appartements de son collègue, décidée à prendre son courage (dont elle n'était pas encore certaine de l'existence) à deux mains et à parler à Severus.

Le battant s'ouvrit sur l'homme, toujours vêtu de sa sempiternelle robe noire qui haussa un sourcil interrogateur en constatant l'identité de l'intruse.

- Bonjour Severus. Je te dérange ?

- J'imagine qu'il serait impoli de répondre oui ?

- Je peux entrer ?

- Tu sembles décidée, alors vas-y, concéda Severus en lui libérant le passage. Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de ta visite ? Demanda-t-il lorsqu'ils furent installés au salon.

- Je venais savoir si tu étais toujours vivant, ou si tu avais bel et bien décidé de t'enterrer entre quatre murs.

- Tu devrais savoir pourtant, que je me passe très bien de la présence de mes congénères.

- Mais certains de tes congénères ne souhaitent pas se passer de ta présence.

- C'est Albus qui t'envoie ?

- Non, je viens de ma propre initiative, n'aies crainte.

- Salazar ! Je pensais qu'Albus était le seul à ne pas pouvoir se passer de moi... Bon sang ne saurait mentir.

- Tu sais pertinemment que j'apprécie ta compagnie.

- Le savoir est une chose, le comprendre en est une autre.

- Tes séjours au Clos-La-Rive ne t'ont donc rien appris ? N'apprécies-tu donc pas ma compagnie également ?

- Ce n'est pas que ce badinage ne soit pas distrayant, Ludivine, mais j'aimerais bien comprendre où tu veux en venir. Je n'ai pas pour habitude d'être ainsi perdu dans une conversation.

- Un homme aussi intelligent que toi aurait pourtant dû additionner les faits.

- Et bien, pour une fois, considère que je suis stupide, et éclaire moi.

- Je ne plaisante pas lorsque je dis que j'apprécie ta compagnie.

- J'avais bien compris.

- Et ma question n'est pas rhétorique lorsque je te demande si tu apprécies la mienne.

- Tu es l'une des rares personnes avec qui je peux envisager de passer une après-midi sans mourir d'ennui, je pense que cela répond à ta question.

- Toujours à éviter d'exprimer tes sentiments, à ce que je vois... Maintenant, ce que je voudrais savoir, Severus, c'est si tu pourrais passer davantage qu'un simple repas avec moi, si tu accepterais autre chose que simplement quelques jours par-ci par-là au Clos-La-Rive ?

Ludivine vit le visage de Severus se figer.

- Cesse de tourner autour du pot et exprimes clairement le fond de ta pensée, murmura-t-il le regard dangereusement étincelant.

- Je t'aime, Severus, et j'aimerais pouvoir espérer qu'un jour tu puisses me retourner ce sentiment.

- Tais-toi, Ludivine ! Claqua Severus sèchement. Tu ne peux pas parler sérieusement.

- Ce n'est pas parce que tu n'es pas prêt à l'entendre, que je ne suis pas sérieuse.

- Ce n'est pas une question d'être prêt ou toute autre stupidité du même genre ! Gronda-t-il. Il n'y aura jamais rien entre nous, sois en certaine.

- Pourquoi, Severus ? demanda doucement Ludivine. Pourquoi les sentiments t'effrayent-ils à ce point ? De qui cherches-tu à te protéger ?

- Voilà que tu te mets à jouer les psychologues ! Se moqua Severus. Pourquoi faut-il que tu t'imagines immédiatement que j'ai peur de quoi que ce soit ? Ton orgueil t'empêche-t-il donc simplement de considérer l'éventualité que je n'éprouve rien pour toi ?

- Ce n'est pas mon orgueil, Severus. C'est mon instinct.

- Ton instinct te pousse à croire ce qui t'arrange. Et je n'ai aucun scrupule à te détromper. N'attends aucun sentiment de ma part.

- J'attendrais quand même.

- Ta prétention n'a donc aucune limite ! Vas-tu m'obliger à jouer le rôle du méchant pour me faire comprendre ?

- Dis toujours...

- Je n'ai jamais souhaité m'infliger la présence continuelle d'une conjointe. J'aime beaucoup trop la solitude pour cela. Et s'il te faut une raison supplémentaire, la voici :si je devais un jour être avec une femme, j'ai beau avoir été Mangemort, ce ne serait pas avec celle qui a couché avec Voldemort.

Severus n'eut aucun mal à voir que Ludivine était blessée par ses propos. Mais il pensait que cela la ferait battre en retraite, et il en fut pour ses frais.

- Tu ne penses pas ce que tu dis, déclara-t-elle fermement.

- Et j'ai particulièrement horreur de cette habitude que tu as de décider ce que les autres ont en tête.

- Non, tu as horreur de mon intuition parce qu'elle me permet de voir juste.

- Tu vois, tu recommences.

- Et tu continues à ériger ces barrières de rhétorique et de mauvaise foi pour te protéger. Je comprendrais et j'accepterais un tel jugement de n'importe qui d'autre que de toi. Mais en ce qui te concerne, je suis certaine que tu ne peux pas croire ce que tu avances pour me faire fuir. Je connais suffisamment ta culpabilité envers tes actes sous le masque des Mangemorts ! Et tu voudrais me faire croire qu'avoir couché avec Voldemort est plus grave qu'avoir commis des meurtres ? Tu ne le penses pas, Severus.

Ils s'affrontèrent un moment du regard avant que Ludivine ne se lève et ne préfère quitter les lieux. Severus n'avait pas fait un geste pour la raccompagner et resta de marbre sur son fauteuil parfaitement indifférent aux sentiments qui agitaient sa collègue.

Dans les semaines qui suivirent, Ludivine et Severus qui s'asseyaient souvent côte à côte dans la Grande Salle se tinrent soigneusement éloignés l'un de l'autre.

Ludivine, plus taciturne que d'ordinaire avait tout le temps malgré la reprise des cours de se plonger dans d'intenses réflexions qui la laissaient plus déprimée que jamais. Severus était un mur apparemment infranchissable. Pourtant, elle savait que Severus éprouvait quelque chose à son égard. Ce n'était peut-être pas de l'amour, pas au sens le plus conventionnellement compris, mais elle en était certaine. Elle le sentait. Cet instinct qui lui faisait assener des vérités parfois difficiles à avouer et à accepter avait toujours été un don auquel elle s'était toujours fiée sans jamais le regretter. Et dans le cas de Severus, cet instinct était parfois si fort qu'il en devenait dérangement, envahissant, comme si l'homme passait son temps à lui envoyer des signaux. Un comble quand on connaissait la nature secrète et renfermée de Severus. Et elle comprenait parfaitement l'exaspération qui pouvait en résulter.

Mais dans le même temps, elle avait espéré pouvoir briser un peu sa carapace en lui assenant ses quatre vérités. Elle avait espéré que Severus puisse comprendre qu'elle l'aimait comme il était, sans fard et sans faux semblant, sans tenter de faire comme si son passé n'existait pas. Malheureusement, Severus ne faisait que se crisper encore davantage et considérait ses affirmations comme de l'orgueil.

Ils étaient dans une impasse.

Le mettre face à ses sentiments n'avait pas été plus productif que de le laisser venir doucement à elle comme elle avait tenté depuis la fin de la guerre.

Ils allaient donc rester tous les deux avec leurs fantômes et leurs remords, et poursuivre leur vie chacun de leurs côtés, en ignorant le destin qui les avait pourtant rapproché plus d'une fois.

XXX

Kécile avait été surprise de l'ambiance qui avait régné au square Grimmaurd le soir du Nouvel An. Harry avait invité tous les lieutenants de l'AD (à l'exception de Draco) et plusieurs autres élèves de Gryffondor ainsi qu'Astoria et surprise, Blaise, qui s'était très bien intégré au groupe. Ron avait bien jeté un regard interrogateur à Harry en constatant la présence du Serpentard, mais n'avait fait aucun commentaire.

La soirée s'était passée en discussions animés, jeux débiles, danses déjantées et challenges imbéciles. Et Kécile se rendit compte alors à quel point elle avait changé : elle avait apprécié la soirée.

Lorsque mi-janvier, Harry aborda la question de son anniversaire qui approchait à grand pas, et de la manière dont elle souhaitait le célébrer, Kécile haussa les épaules et dit :

- Je suppose que ce sera au Clos-La-Rive avec Ludivine, Albus, et peut-être Severus si je parviens à le sortir de ses cachots.

- Et tu ne voudrais pas qu'on réunisse tes amis ici également ?

Kécile eut un sourire narquois.

- Dis-moi, Harry, tu ne chercherais pas un peu le moindre prétexte pour rassembler du monde entre ces quatre murs ?

Harry eut une mine penaude et avoua à mi-voix.

- Ce n'est pas faux. Je savoure juste d'avoir mon chez-moi pour être honnête. Et je me rattrape. Ça te dérange ? Demanda-t-il brusquement inquiet.

C'était vrai qu'il était fréquent que Ron ou Harry ramènent des copains croisés au Ministère ou sur le chemin de Traverse pour venir dîner à l'improviste, ou simplement prendre un verre, ou organiser une sortie de dernière minute dans le Londres moldu.

Kécile secoua la tête négativement.

- En fait, j'y prends même goût, reconnut-elle. Et ça me dit assez de réunir quelques personnes. A une condition : Drago fera partie des invités.

Harry grimaça et marmonna.

- Très bien. De toute manière, je vais t'inciter à inviter tellement de monde qu'il sera noyé dans la masse.

Il reçut en représailles un coup de coude dans les côtes, suivi d'un baiser.

XXX

- Stansett, Gaunt, je vous veux ensemble contre moi, lança Winchard alors que les élèves transpiraient en salle duel.

Les deux filles grognèrent de concert mais obtempérèrent, sachant pertinemment qu'il était inutile de discuter.

Il était clair que Lucy ne savait pas ce qu'elle détestait le plus : se retrouver contre Kécile pour se faire battre à plate couture, ou devoir faire équipe avec elle et accepter de lui faire confiance et de se reposer sur elle.

Elle semblait considérer les deux situations comme également humiliantes. Et Kécile se faisait un malin plaisir à se surpasser, rien que pour l'exaspérer. Harry lui avait déjà fait remarquer que ce n'était pas très charitable, mais Kécile avait répondu sans embarras que la charité n'avait jamais fait partie de ses qualités premières.

Il était néanmoins une discipline où Stansett brillait lorsque Kécile n'avait jamais été des plus doués, c'était la métamorphose.

- Votre travail aujourd'hui, déclara leur instructeur quelques heures après, consiste à métamorphoser votre visage en la personne la plus passe-partout possible, mais contrairement aux exercices précédents, sans miroir.

Kécile grimaça, peu enthousiaste à l'idée de tenter l'expérience.

A la fin de l'année, vous allez tous les sept être confrontés à un exercice qui mettra à l'épreuve votre capacité à vous métamorphoser en une personne qu'on ne remarque pas, le plus rapidement possible et dans la plus grande précision. Vous aurez une minute dans un lieu clos avant qu'une foule d'anonymes ne vous rejoigne. Quatre aurors patrouilleront alors parmi le groupe avec pour mission d'identifier les apprentis aurors dans le lot. Si au bout des 5 minutes réglementaires vous n'avez pas été soupçonnés, vous aurez réussi l'épreuve.

- C'est marrant ! Commenta Ron qui imaginait le tableau.

- Vous trouvez peut-être cela « marrant » maintenant, Weasley, mais croyez-moi lorsque je vous dis que l'exercice est beaucoup plus stressant qu'il n'y paraît, prévint Winchard.

- Et on ne peut pas conjurer un miroir ? Marmonna Kécile. C'est de la métamorphose aussi...

- Bien essayé, Gaunt... fit l'instructeur avec un rictus. AU TRAVAIL ! Rugit-il.

Kécile sursauta, et obtempéra avec une mine offusquée. Elle tira sa baguette et entreprit de raccourcir ses cheveux pour leur donner une couleur châtain terne, modifier ses sourcils en conséquent, rendre son menton moins fuyant, ses pommettes moins saillantes, son nez moins petit, puis elle s'attaqua au plus délicat, en cherchant à modifier la couleur de ses yeux, d'un bleu beaucoup trop remarquable pour passer inaperçu à un œil attentif, en une couleur indéfinissable entre le marron clair et le vert. C'était une opération qui devait être exécutée avec assurance, précision et finesse si on ne voulait pas risquer de se retrouver aveugle et de causer des dommages irréversibles à ses précieux globes oculaires.

Autour d'elle ses camarades étaient silencieusement concentrés à l'exception de Lucy et Ryan qui avaient déjà terminé.

Elle croisa leur regard avant de voir le visage de celui qu'elle savait être Ryan qui se déforma en une drôle de grimace, comme s'il se retenait péniblement d'éclater de rire. La nouvelle figure de Stansett n'eut pas autant de scrupule et explosa dans un élan d'hilarité.

- Quoi ?! Lança Kécile d'un ton agressif, alors que tous les autres se retournaient pour voir ce qui avait déclenché ce fou rire.

- Par les chaussettes de Merlin, Kécile !

Elle vit clairement Winchard se contenir à son tour, avant de dire le plus impassiblement du monde :

- Vous allez pouvoir recommencer, Gaunt.

Lorsqu'elle eut compris que c'était son visage qui déclenchait ces réactions, elle se précipita vers le miroir qui se dressait dans un coin de la salle, toujours sous le rire peu charitable de Lucy et les ricanements rentrés des autres apprentis aurors.

Elle ne put retenir une exclamation de pure horreur en constatant la catastrophe.

Ses cheveux, pour être bien ternes, ressemblaient néanmoins davantage à une serpillière qu'à une matière capillaire digne de ce nom. Ses joues flasques tombaient en bajoues qui rappelaient indubitablement celles de Rusard, et pour couronner le tout, son nez avait été grossi à outrance, imitant assez bien ce que devait être la célèbre « péninsule » de Cyrano de Bergerac.

Derrière cela, restait son teint habituel un peu blafard qui détonnait encore davantage en donnant l'impression qu'on l'avait poudrée pour lui donner l'air malade.

Kécile ne s'attarda pas à contempler plus longtemps ce tableau des horreurs et entreprit d'y mettre bon ordre. Après quelques finite incantatem bien appliqués, son visage reprit une apparence plus normale... à l'exception de son nez qui refusa de revenir à des proportions jugées plus communes. Harry entreprit de l'aider lorsqu'elle se tourna vers ses amis la mine déconfite, mais il n'eut pas davantage de succès. Lucy la regardait se débattre avec une mine jouissive non dissimulée et n'allait certainement pas bouger le petit doigt pour venir à son secours. Quant à Winchard, il avait pour habitude de laisser ses élèves se débrouiller avec leurs problèmes ou leurs blessures, considérant que lorsqu'ils seraient en mission, ils ne pourraient alors comptés que sur eux-même, et voyant de plus dans ce genre d'épisode une excellente stimulation pour s'améliorer.

Sous les mines goguenardes des autres, Kécile se retrouva donc à devoir poursuivre sa journée avec cet appendice grotesque.

Cet épisode mémorable fit les gorges chaudes des invités à la soirée de Kécile, qui se demanda si c'était son anniversaire ou sa fête...

Parfois, ce genre d'accident est déclenché par une infection de nargoles, intervint Luna qui avait bien été la seule à ne pas se moquer gentiment.

- Tu crois ? Demanda Kécile en masquant son ironie en guise de remerciement.

- Oui, expliqua-t-elle. Une fois qu'ils sont dans ton cerveau, ils apprécient parfois de favoriser des excroissances et lorsqu'on leur en fournit une nous-même, ils s'y installent, et il devient alors très difficile de les en déloger.

- Ah... fit Kécile. Et que me conseilles-tu alors ?

- Le mieux, c'est d'attendre, dit Luna en la regardant avec ses grands yeux. Ils finiront par partir d'eux-même. Les Nargoles ne restent jamais très longtemps chez la même personne... Sauf chez les personnes dérangées. Mais ce n'est pas ton cas.

- Tu as sans doute raison, dit Neville en caressant les cheveux de la petite Serdaigle blonde.

C'était la grande nouvelle de cette rentrée. Neville et Luna sortaient ensemble. Cette union n'avait pas surpris grand monde, bien que Kécile se demandait encore comment avait réagi Luna. Elle semblait passer à travers le monde sans remarquer rien ni personne, du moins pas selon les critères qu'on entend d'ordinaire. Cela restait un mystère à ses yeux de comprendre comment Neville avait pu se démarquer à ses yeux. Elle aurait eu tendance à dire sa gentillesse, mais Luna semblait également considérer Kécile comme gentille... alors ça ne voulait rien dire.

Un peu plus tard dans la soirée, Kécile retrouva Ron, Harry et Dean qui semblaient absorbés dans des messes basses entrecoupées de coups d'œils furibonds en direction de l'autre extrémité de la salle.

- Qu'est-ce qu'il vous arrive ? Interrogea Kécile en venant s'asseoir contre Harry.

- Il se passe que Draco s'amuse avec ma sœur.

Kécile tourna immédiatement les yeux vers les têtes blonde et rousse aisément identifiables et les observa.

Draco était penché sur l'épaule de Ginny et semblait lui parler à voix basse, avec sa mine des grands jours, tandis que Ginny, un sourire amusé le laissait faire, ne se faisant visiblement aucune illusion sur la situation.

- Il plaisante.

- Je ne crois pas, non, gronda Harry.

- Dis-donc, toi, ce n'est plus ta petite amie, morigéna Kécile en lui assenant un coup sur la tête.

- En tout cas, ça a l'air de lui plaire à Ginny, marmonna Dean.

Kécile leva les yeux au ciel et soupira exagérément.

- Salazar ! Pourquoi faut-il qu'Hermione soit absente quand vous avez besoin d'explications pareilles ! Vu la tête de Ginny, je ne crois pas que vous ayez beaucoup à vous inquiéter... si tant est que cela vous concerne, bien évidemment.

Draco est bien capable de jeter son dévolu sur ma sœur.

- Erreur. C'est une Weasley. Alors c'est déjà bien beau qu'il accepte de lui parler de manière civilisée.

- Il a peut-être changé... suggéra Dean, que la pensée semblait davantage alarmer que réjouir.

- Il a déjà changé. Honnêtement, on a tous changé ! Je ne pensais pas avoir un jour envie d'organiser une soirée, je ne pensais pas que Draco pourrait se mêler à une assemblée de Gryffondors sans que cela ne tourne au pugilat, et je n'imaginais pas que je pouvais demander à Harry d'inviter Draco sans qu'il ne m'envoie gentiment balader.

Lorsque Ginny alla rejoindre Luna et Neville, Kécile s'approcha de Draco qui avait retrouvé Blaise. Les deux garçons riaient de concert.

- Tu t'amuses bien ? Demanda Kécile sans masquer son ironie.

- Beaucoup... Davantage que je ne l'imaginais ! Ils ont apprécié le spectacle ?

- J'ai dû les retenir de commettre un meurtre si cela peut te faire plaisir.

- Éminemment ! Pauvres Gryffondors aux pulsions indignes de leur grand cœur...

- Sérieusement Draco, tu ne sais pas ce que j'ai dû négocier pour que Harry te laisse entrer dans sa maison.

- Vraiment ? Fit-il avec un rictus grivois. Si, si j'imagine assez bien au contraire...

Kécile lui tira la langue de manière très mature.

Un peu plus tard, Lee vint alpaguer Blaise et les deux se retrouvèrent en tête à tête.

- Ça fait bizarre de les voir tous ici sans projet de bataille ou d'émeute en tête, tu ne trouves pas, dit Kécile en regardant l'assemblée de jeunes réunie dans le salon.

Draco haussa les épaules.

- On va surtout devoir refaire notre place parmi eux.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Au même moment Ginny l'interpella :

- Kécile ! Viens voir ça ! Ça va te plaire !

Elle était penchée sur un livre que tenait Astoria.

- Désolée les filles, tout à l'heure, dit-elle en se levant et en tirant Draco avec elle. On va faire un tour.

Et elle poussa le Serpentard hors de la pièce.

- Que dirais-tu d'aller prendre l'air ?

Draco la regarda puis la suivit sans mot dire Il accepta le manteau qu'elle lui tendait.

Une fois dans le froid encore mordant de ce mois de février, Kécile se mit à marcher au hasard des rues, les mains dans les poches, le nez enfoncé dans son écharpe.

Ils déambulèrent un moment sur le pavé humide jusqu'à ce qu'elle ne se décide à prendre la parole devant le mutisme de Draco.

- Tu sais, je suis contente qu'on s'en soit sorti comme ça tout les deux. Qu'on se soit retrouvé dans le même camp après tout. Honnêtement, on ne devait pas donner très cher de notre peau, tu ne crois pas ?

- Sans doute.

- J'ai parfois du mal à croire que la petite fille qui n'avait pas d'autre idée en tête que de devenir une Mangemort digne de ce nom c'était moi...

- Les autres n'ont aucun mal à se dire que c'est la même personne, je te l'assure. Mais je pense que ça devrait être un peu plus facile pour toi de te détacher de l'image de ton père que moi.

- Pourquoi ça ?

- Parce qu'il est mort et qu'on t'a vu le combattre directement.

- Ce n'est pas l'avis de tout le monde...

- Tout de même. Tu n'as pas défendu ton père dans un procès dont le verdict reste on ne peut plus douteux.

- Ce que tu as fait pour ton père était bien, Draco.

- Je n'en suis pas si sûr... Tu aurais fait la même chose pour le tien ?

Kécile eut un ricanement.

- Non, mais les situations sont difficilement comparables tu ne crois pas ? On ne peut pas dire que Voldemort m'ait éduqué ou m'ait aimé d'une quelconque manière. Lucius n'a jamais essayé de te tuer ni souhaité te voir mort, n'est-ce pas ? Lucius est peut-être imbu de lui-même, arrogant, et tout ce qui a pu le conduire dans ces folies, mais est-ce qu'il est foncièrement mauvais ? Honnêtement, je n'en sais rien. Mais ce qui est certain c'est que la question avec Voldemort ne se pose pas.

- Mais maintenant je me retrouve avec un père sous ma tutelle qui m'en veut et me pousse à bout et une image de fils à papa qui me poursuit partout.

- Ça ne te ressemble pas de t'apitoyer ainsi sur ton sort, Draco.

- Je ne m'apitoie pas ! S'exclama-t-il avec virulence.

- Un peu quand même... Mais je ne t'en veux pas, vas, Merlin sait que je l'ai fait moi aussi ! Dit Kécile avec un petit sourire. Mets les points sur les i avec ton père. Rappelle lui que s'il est dans cette situation c'est parce que tu es plus mature qu'il ne l'a jamais été de toute sa vie.

- Je vais éviter de lui sortir ce genre de choses si je veux sauver le peu de relation qu'il nous reste, merci, grimaça Draco. Maman se charge déjà suffisamment de lui dire ce qu'elle pense de la situation.

- Ta mère ne se laisse plus marcher sur les pieds, et à mon avis tu devrais l'imiter. Et sinon dis-moi, tu aimerais travailler dans quoi ?

- Je me verrais bien aux relations internationales, genre... Ministre... dit-il avec un sourire narquois. Evidemment ces messieurs du Ministère ne l'entendent pas de cette oreille ! De toute manière pour l'instant j'ai postulé dans plusieurs départements et je n'ai pas même eu une seule réponse. Les Malfoy sont personna non grata maintenant.

- Je vais parler à Kingsley et à Percy, je suis certaine qu'ils pourront faire quelque chose.

- Certainement pas ! Je ne veux pas devoir mon poste uniquement au Ministre, j'aurais l'air de faire comme mon père. Et je ne veux pas devoir quoi que ce soit à un Weasley, merci bien.

- Malfoy, tu vas rentrer ta petite langue pointue de serpent dans ta grande bouche et tu vas accepter de faire ami-ami avec Percy Weasley s'il le faut ! Réalises-tu à quel point cela te démarquerait de ton père et t'aiderait dans ta carrière ?

Draco se renfrogna et prit une mine boudeuse.

- Allez ! Ce n'est pas si terrible que ça, avoue-le !

Le serpentard lui tira la langue et Kécile éclata de rire.

- Dur dur, hein ? Mais tu sais, si les autres ne veulent pas le reconnaître, tous les deux on est bien obligé de se l'avouer tôt ou tard : on est des gens biens...