Allez, on y va(h) Ruta !
Chapitre 18 - Tristesse
Vah Ruta avait été l'une des bêtes divines à être restée consciente le plus longtemps après avoir été infectée par l'ombre du Fléau. Cela signifiait que son pilote n'avait pas été corrompu si facilement ou en tout cas avait empêché le Fléau de posséder la créature le plus longtemps possible. Mais cela, personne ne le savait. Le choc avait été si grand à ce moment que personne n'avait vraiment pensé à regarder vers les créatures, laquelle avait ployé ou non en premier. Mais Mipha avait lutté jusqu'aux portes de la mort, refusant d'abandonner son alliée au contrôle du Fléau.
Oh elle avait tellement souffert dans ce combat. Et si longtemps. Tellement longtemps qu'elle avait cru qu'elle passerait l'éternité à agoniser, sans mourir, juste souffrir. Elle avait été surprise alors qu'elle guidait Ruta vers le point en hauteur pour faire feu sur le Fléau. Malgré la sournoiserie de cette attaque, elle avait décidé d'arrêter de guider Ruta pour se débarrasser de ce parasite. Le combattant vaillamment. Sauf que comme ennemi, elle avait eu une entité qui était capable de se reconstituer à partir d'eau. L'engageant dans un combat sans fin !
Elle avait perdu un de ces nombreux combats, par épuisement. Elle avait combattu plusieurs jours d'affilés, ignorant la fatigue, la faim, la douleur des blessures qu'elle avait accumulées à force d'affrontement, la peur qui avait commencé à l'envahir en se voyant faiblir à chaque régénération de ce monstre. Quand elle avait été battue, à bout de force, sa volonté de protéger ses amis n'avait pas faibli une seule seconde. L'ombre avait essayé d'infecter son lien avec Ruta mais la princesse des Zora ne l'avait pas laissé faire. Si son corps était vaincu, sa volonté ne l'était pas encore.
L'ombre l'avait avalée alors, pour la réduire au silence, tenter d'étouffer l'espoir qu'elle portait en elle. Et Mipha avait alors prié. Puisqu'elle ne pouvait plus se battre pour vaincre le Fléau, elle devait au moins le retenir, même rien qu'un peu. Son corps avait été brûlé lourdement par la corruption et sa détermination avait maintes fois chancelé. Elle avait confiance en la princesse Zelda. Et en Link. Link allait les sauver. Même si elle ne pourrait peut-être jamais plus être avec lui… elle voulait l'aider, l'assister par n'importe quel moyen.
Avait alors débuté sa descente en enfer. Son amour pour le Prodige Hylien lui avait donné le courage de combattre et d'endurer. Mais l'ombre était pernicieuse, elle l'avait senti faiblir. Si la douleur physique avait eu très peu d'effet sur Mipha, elle avait attaqué son cœur avec une rare violence. Elle avait lacéré sa personne, sa foi, sa confiance en elle juste pour l'écraser, l'accabler et la dominer. Sans que cela ne fonctionne. Le temps passait et Mipha résistait. Péniblement. Mais vaillante.
Au premier regret qu'elle eut le malheur d'avoir, l'ombre s'engouffra dedans. Et distilla, lentement, très lentement son poison. Elle commença par affecter sa conscience, faisant danser dans son esprit éreinté les fantômes de ses peurs. Elle fit miroiter un bonheur auquel elle n'aurait jamais droit parce qu'elle était égoïste, ne pensant qu'à son unique personne. Mipha résista. Elle savait que ce n'était que ses incertitudes. Ses propres peurs. Elle ne devait rien écouter de tout cela. Tant qu'elle restait forte… l'ombre ne pourra jamais contrôler Ruta.
Mais Mipha n'était pas immortelle. Ses blessures eurent raison de son corps et elle ne tarda pas à dépérir de ces dernières. Elle avait senti sa propre vie la quitter. Elle s'était senti partir, glisser hors de son enveloppe. Elle s'était crue libérée. Mais non. L'ombre du Fléau avait empêcher son âme de connaître le repos. La gardant prisonnière dans Ruta. Cherchant encore à corrompre son lien avec la créature pour désamorcer son pouvoir destructeur.
L'ombre avait été cruelle. Sadique. Elle avait semé en elle le remord, la honte d'avoir osé aimer le Héros. Mais également le regret de ne pas avoir été plus courageuse, lui faisant croire que la vie de l'homme qu'elle aimait était bien mieux aux côtés de la princesse d'Hyrule. Elle se brisa progressivement, quand l'ombre lui rappela son père. Ô combien il avait été contre le fait qu'elle embrasse le destin de Prodige. Des disputes qu'ils avaient eues auparavant. Elle abandonnait son peuple en mourant. Elle laissait un père et un si jeune frère. Oh comme c'était affreux d'avoir autant de peine et de regrets. De se dire qu'elle avait tout gâché…
Pire encore, elle se sentait de plus en plus horrible. Elle fût convaincue d'être une horrible personne et une terrible princesse. Avec une âme laide, affreuse. Le genre que personne ne pourrait voir. Et cela l'acheva. Car elle n'était pas assez confiante sur ce qu'elle était. Quand enfin l'ombre absorba son âme, Mipha avait perdu l'espoir qu'on vienne la sauver. Cependant elle avait tellement honte d'elle-même, elle était si gênée d'être un échec, qu'elle avait trouvé la force de contrôler une ultime fois Ruta et de l'immerger dans le barrage, à l'est du domaine. Noyée au fond de ce dernier, sans sa volonté pour la bouger, elle savait qu'elle accordait au moins un faible répit pour les siens. Dans l'espoir qu'ils pardonnent l'horrible princesse qu'elle avait été.
Piégée dans le terminal central depuis toutes ces années, elle ne faisait que pleurer. Car elle n'était que regret et désespoir, sans compter l'accablement dans lequel elle vivait depuis tout ce temps. L'ombre glissait sur elle, abîmant ce qui restait de son âme. La vie l'avait quittée depuis un moment déjà mais elle éprouvait toujours la douleur de son corps dépéri et surtout ses émotions. Elle pouvait encore pleurer, elle pouvait encore crier. Cette chose ne s'était pas contentée de la tuer. Elle se chargeait de la détruire ! A petit feu ! En menaçant tout ce à quoi Mipha tenait. Et lui montrant l'étendue de son impuissance. Faisant agoniser ce qu'il restait d'elle.
Puis Vah Ruta s'était réveillée de sa torpeur. Indépendamment de sa volonté, vu qu'elle n'avait plus aucun moyen de la contrôler. Elle avait assisté, impuissante, à sa sortie des eaux du lac. Avant qu'elle ne commence à faire pleuvoir avec une lamentation qui faisait écho à ses propres cris de souffrance et de désespoir. Elle eut beau supplier Ruta de ne pas pleurer, d'arrêter de faire pleuvoir, la créature ne faisait que gémir. Sans s'arrêter. Sans l'écouter. Sans rien pouvoir empêcher de ce qu'elle provoquait. Mipha s'était brisée à ce moment. N'acceptant pas que le barrage puisse céder à cause d'elle ou de Ruta. Et d'être une menace pour son propre peuple !
Son âme était si proche de la rupture, qu'elle ne remarquait pas ce qu'il se passait dehors. Ni même la présence de son frère ou de ce Piaf qui essayait d'empêcher Ruta de faire déborder le barrage. Ni le temps qui passait autour d'elle. Ce n'est que quand quelqu'un pénétra dans la créature même que sa conscience eut un sursaut. Elle ne pouvait pas bouger. Mais elle était dans tout Ruta en même temps. Et elle remarqua la présence toute proche. Vivante. Fragile. Affaiblie. Mais vaillante. Qui… qui était-ce ? Elle ressentait tout mais ne voyait rien. Elle voulait savoir. Elle voulait… voir qui était venu. Qui se battait pour reprendre Ruta à Ganon !
Avec ses dernières ressources, elle guida son sauveur. C'était… un supplice. Chaque part de corruption qui était chassée, abattue ou détruite, c'était son âme qui en ressentait la douleur. Cette chose avait… poussé son contrôle jusqu'à lui communiquer sa souffrance. Mais Mipha devait l'endurer. Même si c'était une torture, un supplice infini. Si elle devait se briser, elle le ferait en donnant le contrôle à ceux qui combattraient après elle. Plus la corruption était combattue, plus elle était libérée de son entrave. Lui permettant d'acquérir de nouvelle sensation. Elle vit alors un halo de lumière. Affaibli. Entouré d'une couche de corruption, comme pour elle.
Redoutant d'être responsable de cette situation, elle se détourna, s'enfonçant dans sa détresse : ne pouvait-elle donc rien faire de mieux que de blesser tout le monde ? Elle avait le pouvoir de guérison mais elle ne faisait que du mal autour d'elle ! Mipha se tourna quand sa prison de ténèbres fût pourfendue par une lame de lumière. Elle regarda cette dernière avec horreur et surprise : c'était… la lame purificatrice !
- … Link… ?
Elle voulut tendre son bras mais l'ombre s'enroula autour d'elle, l'immobilisant et la gardant éloignée de l'ouverture dans sa geôle avant de se hâter de dissimuler le trou, provoquant le désespoir de Mipha. Link… Link était vivant ! Il était venu… il était venu récupérer Vah Ruta ! Mipha inspira profondément : si c'était la dernière chose qu'elle pouvait accomplir en ce bas monde, si c'était son ultime combat et laisser au moins Ruta pour aider Link dans son combat contre Ganon, elle se moquait de disparaître !
- Link ! Link, si tu m'entends… pourfend cette ombre, je t'en supplie ! C'est elle qui m'a… qui m'a…
Elle n'arriva pas à finir sa sentence, l'ombre la réduisant au silence en l'enveloppant dans ses remords et ses regrets, en affirmant sa prise sur son esprit et son âme. Mipha eut un hurlement de détresse : après tout ce temps passé seule à souffrir, elle refusait d'abandonner l'espoir d'être libérée ! C'était sans doute profondément égoïste, profondément… hypocrite. Mais elle n'en pouvait plus de cette solitude et de cette douleur permanente !
Une main creva à nouveau sa prison et Mipha vit de nouveau cette lumière. Elle se débattit furieusement pour essayer de l'atteindre. En vain. L'ombre l'empêchait totalement de l'atteindre. Mipha se résigna : elle n'était pas sauvable. Elle était… trop abîmée par ce combat qu'elle menait depuis si longtemps. Elle devait juste permettre à Link de tuer cette ombre. Même si pour cela il devait la tuer avec. Elle ne devait pas chercher à se libérer. Ni espérer être libre. Elle ramena ses mains devant elle, en une prière silencieuse.
- Je sais que tu peux y arriver, murmura Mipha. Je sais que lever une arme contre un camarade est difficile… mais tu peux le faire. Je crois en toi, Link. Libère Vah Ruta. La princesse… t'attend au château…
Link pinça ses lèvres de l'autre côté de la barrière. C'était… différent de Revali. Ce dernier avait succombé à ses propres démons. Mipha… les combattait. Mais elle s'enfermait dedans. Cette barrière, cette cage dans laquelle il la savait prisonnière, l'endroit où se trouvait son âme… c'était elle qui l'avait érigée. Il le sentait. Elle… elle culpabilisait pour quelque chose et ses regrets avaient créé ces murs. Le pire c'était qu'il n'atteignait même pas les souvenirs qui l'enchaînaient à l'ombre du Fléau. Il ne pouvait que la regarder souffrir sans rien pouvoir faire à part tuer cette chose et la condamner elle.
Il se recula précipitamment quand l'ombre se reforma à nouveau, se recomposant à l'aide de l'eau présente, à la stupeur du jeune homme : il venait de le combattre et voilà qu'il était en train de se régénérer. Comprenant rapidement l'essence du problème, Link récupéra son épée et se mit en garde. La lame se mit à luire vivement alors que l'ombre s'écrasa devant lui, menaçante et furieuse.
Il engagea à nouveau son duel contre elle, récoltant de nouvelle blessure mais parvenant de nouveau à l'immobiliser. Il se refusa le coup de grâce, sachant qu'il atteindrait l'âme de Mipha avec son épée. A la place il la planta dans le corps de la créature afin de grimper dessus. Même si manier l'épée de légende était une souffrance, elle s'avérait terriblement efficace contre ces ombres.
Il se mit à tailler l'ombre, essayant de la séparer afin qu'elle ne puisse pas se régénérer rapidement. Une fois assuré qu'elle n'allait pas se recomposer immédiatement, il se tourna vers le cœur de la créature. La prison de Mipha. Il s'approcha doucement. Et passa la lame autour. Parfois elle brillait vivement. D'autres fois, non. La fusion entre Mipha et l'ombre était encore différente de celle de Revali. Et il n'avait aucune idée de comment les séparer en limitant les dégâts.
Le plus doucement possible et la plus grande prudence dont il était capable dans son état et dans ces circonstances, il planta la lame dans le cœur de la créature. Il ne voulait pas toucher Mipha à l'intérieur. Mais il devait empêcher cette chose de se régénérer. Au risque de s'enfermer lui-même dans un cycle sans fin. Vah Ruta trembla soudainement et poussa un cri ferrailleux qui surprit Link. Ce dernier donna un à-coup avec son épée et avec le cri de la machine, l'âme de Mipha hurla également ! Sentant sa panique, il n'hésita et plongea son bras le long de la lame, grimaçant à la douleur et la souffrance que la corruption réveilla en lui.
Mipha était profondément enfermée au fond de cette chose ! Il n'arrivait pas à l'atteindre ! Surtout que des pustules et des excroissances commençaient à se former sur sa peau, lui indiquant l'état critique de son propre corps. Il avait la nausée, une envie de vomir ses tripes ou il ne savait quoi, assez violente. Ses doigts commençaient à être envahi par ces choses. Alors il força une dernière fois. Jusqu'à toucher quelque chose. Spontanément une gerbe de lumière creva partiellement l'enveloppe du cœur, le surprenant.
- Elle est terminée, princesse ?
- Oui. J'aimerais lui offrir quand tout cela sera terminé. Et je prie pour qu'il l'accepte. Link… a tellement changé ces dernières années. Il a perdu son sourire et la pression d'être chevalier est si forte qu'il a fait vœu de silence, lorsqu'il a obtenu son titre. Je… souhaite lui offrir une vie meilleure. Une vie où il n'aura pas à protéger tout le monde. Je suis aussi certaine que si en plus, tu es à ses côtés, il sera heureux, Bazz.
Link relâcha le souvenir alors qu'il entendit le sanglot de Mipha. Il sentit ses propres larmes monter à ses yeux sans qu'il ne le contrôle. Voir Mipha tenir cette armure dans ses mains et être plus radieuse que jamais en compagnie de Bazz provoqua un drôle de sentiment dans le cœur de l'Hylien. Il… avait oublié. Il avait oublié combien Mipha l'avait aimé. Elle qui l'avait connu enfant, qui s'était occupée de ses blessures quand il jouait avec ses amis ou quand il sortait d'entraînement avec les adultes. Elle avait toujours été là, pour lui. Elle avait toujours souhaité l'aider. Alors pourquoi… pourquoi était-elle aussi malheureuse… ?
Il inspira profondément, comprenant qu'il allait être débordé émotionnellement. Il avait réussi à ébrécher la cage de la Zora. Encore un peu et il pourrait sortir son âme. Il sortit son bras et essaya de ne pas regarder l'état déplorable dans lequel il était. Ni même de prêter attention à ces yeux qui le dévisageaient en silence. Il attrapa l'épée de légende, se brûlant à son contact sacré mais il se hâta de se débarrasser de ces parasites. Il n'avait jamais poussé ce corps à un tel degré d'infection ! Il n'avait aucune idée de ce qu'il risquait s'il les laissait. Alors il se mutilait, les arrachant de sa personne et souffrant de ces ablations ! Il ne s'occupa des soins pour empêcher toute infection, il n'avait pas le temps pour ça.
Il y mit plus de ferveur et de volonté à extraire la matière du cœur de l'ombre. Il savait qu'il blessait Mipha. Mais il préférait la blesser que de la perdre à tout jamais ! Link éprouvait cette même peur, cette même angoisse sourde de voir son amie mourir sous ses yeux sans possibilité de faire quoi que ce soit pour la sauver. C'était comme pour l'âme de Revali. Les deux étaient tellement résignés à abandonner le peu d'existence qu'ils avaient pour… pour… juste… disparaître il ne savait où. Tomber dans l'oubli, sans personne pour porter leur volonté, leur histoire. Pour se rappeler de qui ils étaient !
Il fût ébloui par un éclat de lumière et il plongea pour l'attraper alors qu'il ne soit hors de portée.
- Je… je crois que j'ai fait quelque chose d'horrible. Alors que je… que j'ai un don pour soigner les gens… je viens de blesser quelqu'un… et… je ne sais pas comment guérir cette blessure… Je ne voulais pas ! Je suis désolée… je suis tellement désolée… je ne voulais… pas… faire du mal… je suis… tellement… idiote !
Link ouvrit les yeux, ses larmes plus abondantes encore. La tristesse de Mipha était infinie. Elle se sentait responsable d'un mal qu'elle avait provoqué. Il ne savait pas lequel mais en entendant ses sanglots empirer, il sut qu'il était sur la bonne voie. Elle se cachait. Elle avait honte de quelque chose, quelque chose qu'elle préférait enterrer avec elle. Comme Revali. Par Hylia, il avait enduré plus d'une fois la douleur mais celle qui lacérait son cœur était insupportable. Il ne tarda pas à comprendre pourquoi Mipha était coincée dans cette partie du corps de l'ombre. Et pourquoi elle y restait prisonnière : elle se punissait. En silence. Pour quelque chose qu'elle ne se pardonnait pas.
Il poussa la lame plus loin. Avant de s'arrêter soudainement, sentant du mou, moins de résistance. Il inspira, se donnant du courage alors qu'il se releva difficilement avant de soulever son épée, déchirant les dernières barrières qui le séparait de Mipha. Cette dernière poussa un ultime cri de détresse, en écho à celui de Vah Ruta. L'ombre agonisa avant d'enfin succomber et de disparaître progressivement, purger de la créature divine. Il se laissa tomber au sol et surtout, il lâcha son épée qui était devenu un poids mort sur ses bras fatigués. Devant lui, encore en boule sur le sol, l'âme de Mipha attendait.
Elle se releva, comprenant qu'elle était enfin libre. Et regarda l'intérieur de la créature qu'elle avait presque oublié. Avant de poser ses yeux sur Link. En voyant l'état de ce dernier, elle poussa un glapissement de surprise et de terreur avant de se précipiter à ses côtés. Spontanément, elle tendit ses mains, cherchant son pouvoir en elle pour le soigner. Mais rien ne se produisit. Elle leva ses bras, regarda ses mains. Son regard se teinta d'une indicible douleur. Link respira fortement, essayant de ne pas se montrer sous un trop mauvais jour. Et lui adressa un sourire maladroit, pour la rassurer.
- « Bonjour, Mipha. Je suis désolé, j'ai tardé à venir te sauver. Tu as dû te sentir bien seule. »
- B-bonjour L… Link. Que… s'est-il passé ? demanda-t-elle d'une toute petite voix. Comment as-tu pu être contaminé par le Fléau… ? C'est la matérialisation de sa rancœur, de sa colère… elle peut corrompre la volonté des plus faibles mais… tu es… courageux et brave. Comment… ? Et… je ne peux pas te soigner ! Je… mon don appartient aux vivants, pas aux âmes… je ne… peux rien faire.
Elle avait l'air encore plus malheureuse. Mais l'Hylien ne perdit ni courage ni foi. Il leva sa main vers elle et elle essaya de lui prendre. Elle ne put le toucher. Alors elle plaça ses mains comme si c'était le cas et posa timidement son visage sur sa paume ouverte.
- Tu n'aurais pas dû… me sauver… Ruta aurait fait feu, même sans mon aide…
Le Héros grimaça : il était à bout. Son corps était éreinté, son esprit aussi. Il avait besoin de repos. Mais les deux autres bêtes divines l'attendaient et leur pilote aussi. Cependant il sentit ses paupières se fermer progressivement, éprouvant de plus en plus de peine à juste les garder ouverts. Il dodelina de la tête et voyant son état de fatigue, Mipha s'agenouilla à ses côtés.
- Repose-toi. Bien que je ne puisse rien faire pour t'aider, laisse-moi veiller sur ton sommeil.
Il n'avait pas la force de lui répondre. Sa main retomba le long de son corps et Mipha le regarda sombrer d'épuisement. Elle n'était pas heureuse qu'il ait risqué sa vie pour la sauver. Elle n'était pas heureuse de le voir dans cet état par sa faute. Avant de se rappeler qu'elle avait remarqué qu'il était déjà infecté. Combattait-il dans cet état depuis longtemps ? Et comment avait-il pu être infecté comme il l'était ? Elle détourna le regard quand un œil s'ouvrit sur le dos de la main de Link : son état était critique. Si ces choses commençaient à apparaître, il ne serait plus qu'une question de temps avant qu'il ne succombe. Comme elle.
Elle joignit ses mains entre elles et pria Hylia pour qu'elle veille sur Link et le garde loin de la tentation de la corruption. Il était fort et vaillant. Mais cette fois, son combat, il le menait seul. Comme la princesse Zelda. En entendant du bruit dehors, Mipha se releva et s'approcha des grandes ouvertures de Ruta. Elle tressaillit en voyant son frère nager autour de la créature, cherchant à y accéder. Il était accompagné de deux Zoras, sans doute des gardes soucieux de sa sécurité. Comme… il avait grandi, pensa-t-elle avec fierté. Il avait… il protégeait le domaine comme elle lui avait demandé.
Cependant, c'était dangereux qu'ils essaient de monter à bord de Ruta. Alors elle se tourna vers son amie et la créature poussa un cri, plus doux, pour prévenir les nageurs. Avant de s'immerger intégralement. Elle guida Vah Ruta en dehors du lac du barrage pour ensuite la faire s'installer aux abords du domaine. Elle prépara le canon de son amie et un faisceau pointa directement vers le château. Au moins, quand Link sera là-bas, elle allait pouvoir l'aider. Une dernière fois. C'était son devoir, sa tâche. Une fois cela fait, son âme trouverait le repos. Elle pencha la tête : il y avait un autre rayon qui pointait sur le château. Donc une autre créature avait été libéré ?
Elle éprouva du soulagement. Avant de se décomposer : le rayon… faisait face au sien. Et l'endroit diamétralement opposé au domaine Zora, c'était celui de…
- Revali, murmura-t-elle.
Une horrible douleur lui traversa la poitrine : elle n'avait jamais pu s'excuser auprès du Prodige Piaf pour s'être très mal comportée envers lui. Quand il était venu, la veille de leur départ pour les montagnes de Lanelle… elle s'était attendue à tout. Sauf à ce qu'il se confesse. Le si inaccessible, suffisant et arrogant Revali avait abandonné sa fierté le temps d'une phrase. Absolument pas préparée à recevoir une telle déclaration et encore moins à lui apporter une réponse, elle s'était bêtement braquée. Mais elle l'avait blessé. Dans son orgueil. Et dans ses sentiments.
Il fallait un courage monstrueux pour se déclarer à quelqu'un. Elle en savait quelque chose vu qu'elle n'avait jamais trouver cette force en elle pour avouer ses sentiments à Link. Son âme vacilla soudainement et elle tituba sur le bord de Ruta, surprise. Avant de réaliser qu'elle n'était pas stable en ce monde. Elle n'était qu'une âme. Elle était morte. Et ses regrets avaient eu raison d'elle pendant des années et des années. Elle devait se montrer prudente : elle avait beau avoir été libéré du joug de l'ombre du Fléau, elle n'était pas à l'abri d'être possédée à nouveau.
Elle regarda une dernière fois le château avant de retourner aux côtés de Link et de le veiller en silence. Elle espérait qu'après son combat contre Ganon… elle aurait assez de force pour s'excuser auprès de Revali. Elle ne savait pas réparer les cœurs brisés. Elle ignorait quoi faire pour réparer sa bêtise. Mais elle… voulait corriger son erreur. Elle avait été particulièrement rude avec lui. A présent sans vie, elle était charmée, honorée même d'avoir pu faire naître de telles sentiments dans le cœur du Piaf. Même si à jamais, elle ne pourrait y répondre, elle n'avait pas à être aussi odieuse envers lui.
- Je suis heureux de voir qu'il vous a sauvée, princesse.
Mipha sursauta. Avant de placer sa main sur l'aileron de sa tête. La voix de Revali avait résonné tout proche mais elle sentait qu'il n'était pas là avec elle. Sans doute un lien spirituel très fort propre aux Prodiges ? Elle sentit ses yeux piquer. Et elle s'étonna que même dans son état, elle pouvait encore éprouver autant de choses… et avoir des larmes.
- Revali, je…
- Gardez vos excuses, princesse. Mon âme est au bord de la rupture, je doute que je pourrais encaisser l'une de vos déclarations. J'ai envoyé votre preux chevalier vous sauver, je constate qu'il a tardé à arriver au domaine. Son état a dû empirer.
- Tu es au courant ?
- … Difficile de ne pas l'être quand je suis responsable. J'étais… fou de colère et de jalousie. J'ai eu la sensation qu'il me volait tout, petit à petit. Et quand vous m'avez reproché d'être trop arrogant et que je devais apprendre à tenir ma place… j'ai trouvé cela profondément injuste vu que je pensais cela de lui. Quand il est venu reprendre Vah Medoh à Ganon… il a refusé de me tuer. Il a risqué sa vie pour sauver une âme aussi pitoyable que la mienne. Je l'ai contaminé avec mes regrets, avec ma colère et ma haine. Et il ne me l'a même pas reproché. Il s'est contente d'accepter sa situation. Alors je l'ai envoyé vers vous. Dans l'espoir que ma bêtise puisse être… soignée.
La Zora baissa la tête en regardant ses mains puis Link. Elle ne pouvait rien faire. C'était horriblement frustrant de ne pas pouvoir le soigner alors qu'il en avait plus besoin que jamais.
- Je ne peux plus utiliser mon pouvoir, Revali. Je suis morte. Et une âme n'a aucun pouvoir.
- Mais vous avez la possibilité de lui donner ce dernier. Ainsi vous serez toujours avec celui que votre cœur a choisi. Et chaque fois qu'il sera dans le besoin, vous l'aiderez. N'est-ce pas là, la plus belle façon d'accomplir votre désir le plus cher ?
- Pourquoi ? s'indigna la Zora, contrariée de ne pas l'avoir en face pour lui exprimer sa façon de penser. Ne te sens pas obligé à être gentil avec moi si c'est pour te faire du mal, Revali. Il y a cent ans… j'ai fait quelque chose d'horrible. Et je suis morte avant d'avoir pu demander pardon alors…
- Link a besoin de nous, coupa Revali. Aidez-le, princesse. Dans la mesure de vos moyens. Pour l'avenir de ce royaume dans lequel nous avons eu la chance de naître et grandir. Pour nos peuples et leur futur.
- Revali ! J-je suis désol…
Vah Ruta, ma deuxième bête divine (oui ma première c'est Vah Medoh XD). Mipha qui m'encourage pendant que je me baladais de partout, je trouvais ça adorable. La façon dont elle s'exprime quand l'ombre apparaît, sans oser dire les choses, avec horreur et retenue... T^T J'adore Mipha, elle est tellement choupi ! Toute douce, toute gentille, je refuse de lui retirer ses qualités de guerrière sous prétexte qu'elle est timide/réservée et qu'elle parle avec une voix toute douce. J'aime l'imaginer botter des culs, encore plus si on la mésestime parce que c'est une femme et parce qu'elle a "l'air faible" è3é' !
Revali et Mipha, une grande histoire d'un conflit intérieur dont j'ai jamais su me débarrasser. Parfois, je les imagine très bien ensemble et d'autres fois, pas du tout. Je ne les vois pas avoir une relation conflictuelle parce que Mipha est trop douce pour ça (douce ne veut pas dire qu'elle n'est pas assez intelligente pour se préserver de l'attitude exécrable de Revali...). Disons "compliquée". Entre jalousie, frustration, envie d'avoir quelqu'un de spécial et l'envie d'être spécial aux yeux de quelqu'un... ça fait un mauvais mélange je pense. Mais j'aime bien...
Merci beaucoup d'être passé par là.
