Chapitre 129 : Etat d'urgence

- C'était de la folie pure ! Cria Kécile. Partir comme ça au devant du danger toute seule sans aucune aide, sans aucun moyen de renfort ! Compte tenu de tes compétences en duel...

- Je n'avais pas le temps.

- Excuse-moi, mais je connais Severus. Tu ne me feras pas croire qu'il n'aurait pas tenu cinq minutes de plus le temps que des renforts dignes de ce nom arrive. Ça vous aurait évité d'être à deux doigts de vous faire tuer.

- On s'en est sorti, Kécile, tu peux arrêter d'en faire un drame, intervint Severus en tendant une fiole à Ludivine qui était assise sur le sofa de son salon.

- Parce que tu vas me dire qu'à aucun moment tu n'as manqué de te faire tuer en tentant de la protéger, peut-être ? Je sais comment ça se passe sur un champ de bataille, Severus, ne me prends pas pour une débutante.

- Je n'ai pas été tué. Et sans Ludivine, je ne m'en serais probablement pas sorti, Kécile.

- Prendre le temps de trouver du renfort, ça ne t'aurait pas tué et ça aurait évité que tu ne mettes ta vie en danger pour la protéger quand elle a été blessée. Et puis tu as songé deux secondes à ce qu'Albus aurait éprouvé si tu t'étais fait tuer ? Ajouta-t-elle à l'adresse de sa mère.

- Il ne faut pas lui dire, inutile de l'inquiéter rétrospectivement, déclara Ludivine.

- Parce que tu crois qu'il ne va pas l'apprendre ?

- Je t'interdis de lui en parler, dit Severus. Vas-tu maintenant cesser de faire un drame de toute cette histoire ? On ne dirait pas que tu as grandi avec Potter, vraiment !

- Si tu pouvais éviter de mêler Harry à la moindre de nos disputes, ça serait bien. Je vous laisse donc, dit-elle la mine pincée en se dirigeant vers la porte. Après tout, la seule chose positive dans cette affaire, c'est que tu prends sa défense. Bonsoir.

Et la porte se referma, laissant un silence pesant entre Severus et Ludivine.

XXX

- Honnêtement, je suis presque contente de ne pas être à Poudlard avec Hermione en ce moment. Elle doit commencer à devenir folle, vous imaginez, pour les ASPICs ! S'exclama Ron en agitant le parchemin qu'il avait reçu de sa fiancée. Rien qu'avec sa lettre, elle arrive à me stresser...

- Moi, je dis surtout qu'on doit être un peu maso, quand je pense qu'on aurait pu se dispenser de passer ces examens, soupira Harry.

- Ne dis pas de bêtises, admonesta Kécile Tu sais très bien pourquoi il faut les passer. J'ai laissé la dernière correction de Severus sur ton bureau, tu l'as vue.

- Oui, merci.

- Il n'a pas fait de remarques particulières ?

- Juste que la potion était un peu épaisse et que ça venait sans doute d'un dosage de...

- Non, je veux dire, pas de commentaires désagréables ?

- Non, pourquoi ? Il n'y en a jamais eu, vu que tu n'indiques pas nos noms.

- J'ai étiqueté nos potions ces dernières semaines. Depuis ton cours avec lui, pour être exacte.

Harry ne répondit rien, et retourna à sa lecture.

Kécile l'observa quelques minutes avant de demander :

- C'est tout l'effet que ça te fait ? Tu n'as rien à dire ? Pas de protestation véhémente ?

- Pourquoi ? Tu t'attendais à ce que je m'énerve ? Je découvre que Severus peut être capable d'agir en adulte quand il le veut, même dans un sujet qui mélange Potion avec Potter. Il fait enfin preuve de maturité. C'est plutôt une bonne nouvelle, non ?

Et il baissa les yeux sur son livre. Kécile et Ron se regardèrent par dessus ses mèches en bataille et haussèrent les sourcils de concert.

XXX

Ludivine avait demandé à Luna de rester à la fin du cours. Après des semaines de tergiversions, elle avait décidé de faire une proposition à la jeune fille. Elle aurait ainsi un mois pour réfléchir avant de donner sa réponse lors de ses examens. Si elle acceptait, Ludivine donnerait alors sa démission de Poudlard.

Ses relations étaient certes moins glaciales avec Severus, mais ce n'était pas suffisant pour lui faire rechercher sa présence. La perspective de ne plus l'avoir régulièrement sous les yeux étaient même un soulagement en y réfléchissant bien. Sans parler du fait que ce serait sans doute bien plus intéressant...

- Vous voulez me proposer quelque chose, professeur. Dit Luna en s'avançant vers elle alors que les derniers élèves avaient quitté la salle.

- C'est exact, Luna. Je voudrais d'abord savoir si tu t'es déjà fixé sur ce que tu vas faire l'an prochain et les années à venir ?

- Oui, professeur, mais rien n'est immuable, n'est-ce pas ? J'ai l'intention de consacrer une année à aider mon père à monter une expédition pour prouver l'existence du Ronflak Cornu, et ensuite, j'ai pensé à faire une formation de zoologiste.

- Tu as un certain talent pour les bêtes ?

- Je ne sais pas, professeur... Mais en général les animaux m'aiment bien, et je les aime bien. Ils ne jugent pas, vous voyez, professeur.

- Oui, je vois très bien. Ils sont souvent bien plus reposants et ont des réactions bien plus saines que les humains.

- Mais vous voyez autre chose pour moi.

- Pourquoi autre chose ? Pourquoi pas quelque chose en plus ? Je pense que le don que tu as, ton extraordinaire sensibilité ne demandent qu'à être exploité. Les véritables voyants sont rares, Luna. Et tu es clairement l'une d'entre eux.

- Mais est-ce un métier, voyant ?

- Non, pas vraiment. C'est un talent aléatoire. Ceux qui en font leur métier abusent de la crédulité des gens qui leur demandent leur aide et utilisent leur expérience, leur grand sens de l'observation et leur sensibilité pour faire croire qu'ils voient tout ce qu'ils disent. Je ne dis pas qu'ils ne voient rien, comprends moi bien. Mais les véritables visions interviennent souvent sans qu'on le veuille et surtout ne sont pas aussi fréquentes, Merlin merci ! On deviendrait fou autrement !

- Mais si voyante ce n'est pas un métier, est-ce que c'est davantage une formation ?

- D'un genre un peu plus particulier. Moi-même, j'ai eu la chance d'être aidée par ma mère. C'est une relation de grande confiance qui se lit entre le professeur et l'élève. Cela demande une grande disponibilité d'esprit et de temps. On ne sait jamais quand une vision va survenir, et il faut être prêt à réagir immédiatement pour profiter au mieux de chaque expérience.

- En juin, je vais me déclarer auprès du ministère anglais et français comme prête à accueillir chez moi un apprenti en sortilège ou en divination. La liste des formateurs est ouverte à tous les étudiants qui peuvent alors adresser une candidature au professeur souhaité. Une fois que le professeur a choisi le ou les apprentis, ils adressent au ministère une demande de bourse et commencent leur formation en septembre. Je t'en parle maintenant afin que tu ais le temps de réfléchir à cette idée avant que je ne me déclare et n'envisage d'accueillir un autre apprenti. Je sais que cela modifierait pas mal tes projets, au moins pour un an. Aussi, prends ta décision en toute liberté sans craindre de me froisser.

Luna acquiesça.

- Je vais y réfléchir, professeur. Je vous remercie pour l'intérêt que vous me portez. C'est agréable. Au revoir, professeur.

XX

C'était la fin mai et la roseraie était au plus beau de sa floraison.

Ludivine avait décidé de passer le week-end au Clos. Elle n'était pas moins seule mais au moins, elle était vraiment chez elle et ne risquait pas de tomber sur Severus à chaque fois qu'elle tournait l'angle d'un couloir.

Elle s'était armée de gants en peau de dragon et d'un sécateur et coupait les roses fanées tandis que Tino arrosait délicatement les pieds à l'aide d'un arrosoir qu'elle avait ensorcelé pour qu'il ne se vide jamais.

Elle était enfouie au beau milieu d'un massif lorsqu'elle sursauta en entendant la voix de son père qui l'appelait. Elle releva la tête, manquant de se faire griffer par une branche qui se balançait dangereusement proche de son visage et s'extirpa des rosiers précautionneusement, pour ne rien casser, sa robe protégée d'un sortilège pour éviter d'être agrippée par les épines.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-elle à son père lorsqu'elle l'eut rejoint dans l'allée sablonneuse.

- Je suis venu déjeuner avec toi ce midi.

- Pourquoi ?

- C'est dimanche. Ai-je besoin d'une raison particulière ?

- Et bien je ne te vois pas souvent t'absenter le week-end, mais je ne vais pas me plaindre, répondit Ludivine avec un sourire lumineux. Tu as prévenu Dina ?

- Oui. J'aurais bien invité Kécile.

- Je ne pense pas que Kécile fera tout le trajet juste pour un déjeuner. De toute manière, elle et Harry ont déjà peu de temps à se consacrer l'un à l'autre avec leur formation, leurs permanences et leurs ASPICs. Je pense qu'il vaut mieux la laisser tranquille.

Ludivine fit apparaître un sécateur et une paire de gants qu'elle tendit à son père en lui disant :

- Tiens, puisque tu es là, veux tu m'aider ?

Albus attrapa les ustensiles de bonne grâce et entreprit à son tour de couper les fleurs fanées. C'était un travail très long et qui ne supportait pas la magie. Ludivine y consacrait parfois des journées entières, car elle trouvait cela très reposant et idéal pour se vider l'esprit, sans parler de tous les souvenirs que cela représentait pour elle de sa famille disparue. Quand elle n'était pas là, Tino devait y passer plusieurs heures tous les jours, surtout lorsque le soleil avait brillé un peu plus qu'à l'accoutumé.

Ils travaillèrent un moment en silence, avant que Ludivine ne lance de but en blanc alors qu'ils se tournaient le dos, chacun d'un côté de l'allée.

- Je ne pense pas que je vais travailler à Poudlard l'an prochain.

Elle ne se retourna pas, mais le froissement des feuilles et des branches cessa derrière elle.

- J'ai l'intention de m'inscrire comme Maître d'apprentissage au Ministère. J'ai envie de profiter davantage du Clos et d'avoir des apprentis passionnés.

- Je comprends, dit Dumbledore qui avait repris sa tâche. Est-ce définitif ?

- Non, je ne suis pas en train de te dire que je ne veux plus entendre parler de Poudlard. Tu sais très bien que j'aimerais prendre la suite de Flitwick le jour où il partira à la retraite. Mais en attendant, je voudrais faire autre chose.

Ludivine se retourna et vit son père soupirer.

- Je me demande ce qu'il va advenir de la classe de divination, mais je te promets que je n'utiliserai pas cet argument pour te demander de rester.

Ils continuèrent à s'activer en silence jusqu'à ce que Dina vienne les prévenir que le déjeuner était servi.

- Tu ne crains pas de te sentir un peu seule ? Demanda Dumbledore alors qu'ils rentraient.

- Je ne serai pas seule, remarqua Ludivine. Il y aura mes apprentis.

- Tu sais très bien ce que je veux dire.

- Ecoute, Papa, j'ai vécu isolée pendant 17 ans, j'ai appris à vivre avec.

- Apprendre à vivre avec la solitude et la souhaiter sont deux choses bien différentes. Je n'aimerais pas te voir prendre le même chemin que Severus.

- Rassure-toi, je n'ai jamais eu l'âme d'une misanthrope.

Dans la salle à manger, le couvert était dressée pour eux deux et ils s'installèrent à table. Le grand air avait ouvert l'appétit de Ludivine qui attaqua son plat avec entrain. Albus, préoccupé, était beaucoup moins intéressé par le contenu de son assiette et s'arrêtait souvent pour observer sa fille entre deux coups de fourchette.

- La fin mai approche à grand pas, lança-t-il soudain. Tu as prévu quelque chose pour ton anniversaire ?

- Mon anniversaire ?!

- Eh bien, oui ! Pourquoi cela te surprend-il ? Voilà 17 ans que nous n'avons pas été réuni à cette occasion, j'aimerais beaucoup pouvoir rattraper un peu du temps perdu.

- Je ne sais pas... Si tu peux te libérer ce week-end, on pourrait aller déjeuner ou dîner quelque part. Ou aller à un concert... Je t'avoue que je n'y ai pas du tout réfléchi.

- Je pensais plutôt à réunir tout le monde ici.

Ludivine posa ses couverts dans son assiette et fixa son père.

- Ce n'est pas une bonne idée. Dans les circonstances actuelles, au mieux tout le monde sera très mal-à-l'aise, au pire cela finira en scène de famille.

- Je ne comprends pas... dit Albus avec une lueur inquiète dans le regard.

- Tu sais très bien que Severus et moi préférons ne pas nous retrouver dans la même pièce. Quant à Kécile, en ce moment, ce n'est guère mieux.

- Vous vous êtes disputées ?

- Pas vraiment. Elle m'a enguirlandé comme une gosse à dire vrai. Et puis elle... C'est inutile, se ravisa Ludivine. Je ne veux pas la pousser, c'est tout.

- Elle quoi ? insista Albus. J'espère que tu as compris que sous le coup de la colère, Kécile a souvent des propos qui dépassent sa pensée.

- C'est moins ce qu'elle a dit que ce que cela voulait dire... J'ai réalisé certaines choses, soupira Ludivine. Je n'ai aucune importance pour elle. Je la soupçonne de me laisser une petite place dans sa vie surtout vis-à-vis de toi ou des conventions. J'ai dû faire face à la réalité. Je n'ai donc plus l'intention de la forcer à passer du temps avec moi quand de toute évidence cela ne lui procure aucun plaisir. Peut-être au contraire qu'en prenant mes distances, elle se rappellera que je suis là pour elle.

- Je parlerai avec elle.

- Non, Papa. Cette fois-ci, je te l'interdis. Vraiment. Promets-moi que tu n'interviendras pas.

- Très bien, soupira Albus. Tu as ma parole. Donc pas d'anniversaire ?

- Pas d'anniversaire. Ne fais pas cette tête, je ne suis plus une gamine, cela n'a pas grande importance.

XXX

Kécile grattait frénétiquement son parchemin. A deux bureaux de là, Lucy faisait de même. Ni l'une ni l'autre ne parlait, ni l'une ni l'autre ne levait la tête du rapport qu'elles devaient mettre au propre. Elles savaient que ça allait arriver un jour ou l'autre. L'année ne pouvait pas se passer intégralement sans qu'elles n'aient à effectuer au moins une permanence ensemble. D'un accord tacite, elles avaient décidé de prouver à leurs supérieurs qu'elles étaient au-dessus de ça.

Robards était dans son bureau ce dimanche là. La recrudescence des attaques de mangemorts lui amenait sans doute un surcroît de travail.

L'attaque personnelle dont avait été victime Severus n'était pas un cas isolé. La maison de Dedalus avait été saccagée et Savage avait déménagé avec sa famille, les tenant au secret pour le protéger, après avoir vu des étrangers rôder autour de chez lui. Tous les anciens de l'Ordre étaient sur leur garde.

Robards avait également convoqué l'ensemble des aurors afin que chacun puisse rester joignable et réactif en cas d'attaque publique comme cela avait eu lieu sur le chemin de traverse quelques semaines auparavant.

- Gaunt !

Kécile sursauta lorsque la voix du Commandant résonna à travers la ruche quasi déserte.

Elle se dressa d'un bond et alla jusqu'à la porte du bureau dont la porte était restée ouverte. Elle passa la tête à travers l'embrasure et demanda :

- Je peux faire quelque chose, Commandant ?

- Fermez la porte et asseyez-vous.

Kécile obtempéra, se tenant un peu roide et circonspecte sur son siège.

- Lisez ceci.

C'était une liste interminable de noms.

- Qu'est-ce que c'est ?

- La liste des invités à la Cérémonie. Y-a t-il des noms qui vous sont familiers ?

- Euh... oui... pas mal, à vrai dire. Ce sont sans doute des parents d'élèves, regardez : Corner, Patil, Thomas... Où voulez-vous en venir ?

- Est-ce qu'un de ces noms vous est familier d'une autre manière, Gaunt ? Comme évoquant pour vous des souvenirs de votre époque au manoir de Voldemort ?

Kécile se renfrogna, mais reporta son attention sur la liste. Elle doutait pouvoir identifier qui que ce soit, elle ne connaissait pas si bien que cela les noms des mangemorts. Pas les moins importants, en tout cas. Mais son regard fut attiré par un nom qui lui brûla les yeux.

- Guhler ! Qu'est-ce qu'il fichait là ?!

Ils n'échangèrent aucun mot et le Commandant se contenta de la fixer.

- Ça explique pas mal de chose, murmura-t-il en brisant enfin le silence. Vous êtes sure de vous, Gaunt ?

- Absolument certaine. Je l'ai beaucoup fréquentée au manoir de Voldemort étant petite.

- Vous pourriez témoigner s'il le fallait ?

- J'aimerais autant...

Ils furent interrompu par une sonnerie retentissante, et Robards bondit de son fauteuil, et se rua à l'extérieur de son bureau, Kécile sur les talons.

Lucy se précipita vers le panneau d'urgence sur lequel les coordonnées de l'incident étaient affichées.

- Loutry Sainte-Chaspoule ! S'exclama-t-elle.

- Salazar ! Les Weasley !

- Activez la procédure de rappel, Stansett. J'espère qu'il y a une cheminette à proximité.

- Je connais, Commandant, je peux vous y transplaner.

- Non Gaunt, vous restez ici et vous faites venir du renfort.

Et Robards entra dans la cheminée d'urgence de la Ruche, laissant Kécile les bras ballants et furieuse.

- Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à attaquer le dimanche ?!

- Ils sont moins stupides que toi, ils savent que c'est à ce moment que nous sommes en sous-effectifs.

- En tout cas, je vois que le stress n'atteint pas ton sale caractère, persifla Kécile, alors que Savage entrait dans la Ruche en courant et se précipitait vers elles pour rejoindre la cheminée.

Dans les minutes qui suivirent, plusieurs aurors prirent le même chemin, et l'attente interminable commença.

Le panneau d'affichage s'anima à nouveau et écrivit :

« Prévenez le Ministre et les oubliators. Joignez les autres aurors. »

- Ils ne sont pas assez nombreux... souffla Lucy.

- Apparemment. Je vais prévenir Kingsley.

Et Kécile se rua à travers les couloirs du ministère.

Elle passa devant le secrétaire du Ministre qui voulut l'arrêter et cria

- Apprenti auror Gaunt, urgence !

Elle frappa brièvement à la porte, et l'ouvrit sans attendre de réponse.

Kingsley était assis à son bureau avec deux personnes qui se retournèrent pour l'observer tandis qu'il levait des yeux interrogateurs.

- Robards m'envoie. Une bataille à Loutry-Sainte-Chaspoule. Ils ont besoin d'oubliators et de renfort.

Le Ministre congédia ses interlocuteurs rapidement et ordonna à Kécile de joindre les anciens de l'Ordre avec sa cheminée.

Kécile ne se le fit pas dire deux fois et s'accroupit pour passer un appel à Poudlard. Elle eut la chance de trouver Albus et lui transmit rapidement la mission, avant de se retirer pour revenir la tête dans l'âtre en lançant l'adresse du square Grimmaurd.

- Harry ?! Ron ?! Dobby ?! Il y a quelqu'un? cria-t-elle.

- Inutile d'ameuter tout le quartier, s'exclama Ron. On est là !

- Il y a une attaque à Loutry, près de chez tes parents, Ron. Je n'ai aucune information, mais il est probable qu'ils aient été visés et la situation à l'air compliquée sur place.

Kécile n'avait pas fini de parler que les deux garçons sortaient déjà de la cuisine pour transplaner sur le perron de la maison.

Puis elle quitta le bureau de Kingsley, et repassa devant le secrétaire qui lui jeta un regard réprobateur en le remerciant avec un grand sourire.

Ce ne fut qu'une bonne heure plus tard que les premiers aurors rentrèrent à la Ruche, certains escortant des prisonniers qui furent enfermées dans les cellules en attente d'interrogatoire.

Lucy fut chargée de monter la garde tandis que Kécile se retrouvait de corvée de préparation des formulaires d'interrogatoire.

La contre-partie, c'est qu'elle allait devoir servir de greffier et donc assister aux interrogatoires. C'était beaucoup plus intéressant que son rapport insipide sur l'empoisonnement aux œufs de Doxy d'une vieille douairière aigrie et que tous les témoins détestaient.

Quelques heures plus tard, Kécile ressortait de la cellule d'interrogatoire, la tête comme une citrouille, le poignet endoloris, mais un sourire satisfait sur le visage. Elle venait de découvrir qu'interroger les suspects allaient sans doute être une activité très divertissante de son métier d'auror. Sans doute son côté sadique inavoué trouvait-il à s'assouvir devant les interpellés aux abois.

Elle traversa la Ruche pour rentrer chez elle, son temps de permanence étant terminé depuis presqu'une heure, lorsqu'elle fut arrêtée par Robards.

- Gaunt, j'ai à vous parler dans mon bureau.

- Encore ! Ne put-elle s'empêcher de s'exclamer.

Son supérieur ferma la porte mais ne s'assit pas. Il se contenta de la fixer jusqu'à que Kécile qui affichait une mine perplexe, craque et demande :

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Vous n'en avez aucune idée ?

- Euh... non... je devrais ?

- Si je vous dis que les apprentis aurors Potter, Weasley, Longbottom étaient sur le lieu des combats moins de 5 minutes après mon second message, est-ce que cela vous surprend ?

- Non, Commandant.

- Vous savez que c'est une faute professionnelle passible de suspension.

- Vous m'avez demandé des renforts, je vous ai envoyé des renforts...

- Vous savez pertinemment que les apprentis aurors n'ont pas l'autorisation d'intervenir dans les opérations sur le terrain.

- Certes. Mais Harry et Ron sont intervenus en tant que membres de l'Ordre du Phénix, et membres de la famille Weasley qui était visée. A partir du moment où le Ministre m'a demandé de faire intervenir l'Ordre, c'était inévitable qu'ils participent. Ils n'ont pas quitté leur poste, ils n'ont pas désobéi aux ordres. Ils sont intervenus comme n'importe quels autres civils auraient pu le faire.

- Ce n'est pas leur réaction que je réprouve. C'est la vôtre. Vous saviez qu'en les prévenants ils allaient accourir. C'était à vous que revenait la responsabilité d'obéir aux ordres et de ne pas les prévenir. Ne répliquez plus, Gaunt, vous savez très bien que vous avez joué avec les mots pour contrevenir au règlement. N'aggravez pas votre cas. Je me contenterai cette fois de vous assignez quatre semaines de suite de permanence le dimanche. J'espère que cela vous fera passer l'envie de passer outre les instructions. Mais vous n'avez pas intérêt à recommencer. Vous n'aimeriez pas avoir obtenu un avertissement avant même votre diplôme, n'est-ce-pas ?

- Non, Commandant, gronda Kécile.

- Bien, vous pouvez disposer alors.

Et Kécile quitta le bureau en se retenant de claquer la porte.

XXX

Ludivine s'arrêta sur le pas de la porte de la Grande Salle.

C'était vendredi soir et le dîner avait déjà commencé depuis un moment. La Salle était bondée... et la table des professeurs complète. A l'exception d'une chaise. A côté de Severus.

Elle soupira et se dirigea vers cette place.

Les deux professeurs ne s'étaient pas à nouveau adressés la parole depuis l'incident de Colwyn Bay. On ne pouvait pas dire que Severus était quelqu'un de difficile à éviter...

Ludivine s'installa devant son assiette vide et se servit du premier plat à sa portée.

- Bonsoir, Severus, dit-elle le plus simplement possible.

Il lui répondit sur le même ton, puis le silence tomba à nouveau entre eux. En temps normal elle lui aurait demandé comment se passaient les examens des premières années, s'il était satisfait du niveau global de ses étudiants. Ils auraient débattu de l'ineptie que représentait l'examen de divination... Mais tout ça, ça aurait été possible si elle avait tenu sa langue.

Pourtant, elle ne regrettait pas d'avoir dit la vérité. Ne plus vivre dans l'ombre. Ne plus vivre en se demandant ce qui ce serait passé si elle avait osé.

Elle avait fait trop d'erreurs avec Kécile. Elle ne voulait pas reproduire les mêmes avec Severus. Même si le résultat n'était pas meilleur. Au moins, elle avait la conscience tranquille.

- Je ne serai pas là l'an prochain, finit-elle par déclarer sans tourner le regard vers son interlocuteur.

- Que vas-tu faire ?

- Maître d'apprentissage.

- C'est à cause de moi ?

- Si je te dis oui, ça ne te fera pas changer d'avis, alors quelle importance ?

Ils n'échangèrent rien de plus et Severus quitta la table rapidement après.

Ludivine n'avait pas tourné la tête un seul instant vers lui.

XXX

- J'ai l'impression que ça fait une éternité qu'on a quitté Poudlard, dit Harry alors qu'ils se tenaient devant les grilles du parc.

Le château qui se dressait devant eux ne portait plus aucun stigmate de la guerre.

Kécile avait presque l'impression que la bataille et tous les longs mois d'errance étaient un cauchemar qui n'avaient rien eu de réel. La vue de ces hautes tours de pierre rugueuses qui se dressaient fièrement vers le ciel ramenait des émotions puissantes : chaleur, gratitude, sécurité.

- Moi, j'ai plutôt l'impression que c'était hier, dit Ron. On dirait que c'est hier qu'on a quitté Poudlard pour l'été et le mariage de Bill.

Kécile comprenait ce que Harry ressentait. Quand elle repensait à la dernière fois qu'ils avaient foulé l'herbe de ce parc, il lui semblait que des années avaient passé. Tant de choses avaient changé depuis la fin de la guerre.

Elle prit la main de Harry dans la sienne et elle le sentit répondre à sa pression.

Il y avait aussi de la nostalgie. Leur enfance était vraiment terminée. Ils venaient tous passer leurs ASPICs et ensuite ils pourraient véritablement et pleinement commencer leur vie d'adultes.

En traversant le parc, Harry de son côté ressentait plus que de la nostalgie. C'était une vraie tristesse lorsqu'il repensait à tous ces rires, tous ces moments passés sur ces pelouses, tous ces matchs sur le terrain qui se dessinait au loin, toutes ces discussions et moments de réconfort auprès de Hagrid dont il apercevait le toit de la cabane abandonnée. Trop d'amis de ces souvenirs pourtant précieux avaient disparu. Il détourna les yeux et agrippa la main de Kécile tandis qu'ils poursuivaient leur chemin vers les grandes portes du château.

Minerva vint les accueillir dans le hall avec les autres jeunes qui les accompagnaient pour les conduire au salle d'examen.

Kécile eut un instant la tête qui lui tourna. Des années auparavant, elle avait assisté à la même scène. Avec des enfants de 11 ans. Quand elle mesurait le chemin qu'elle avait parcouru, cela la stupéfiait. Comment avait-elle pu changer autant ?

La petite Kécile qui se tenait à l'époque aurait pris pour le dernier des illuminés toute personne qui se serait aventurée à lui prédire qu'elle finirait par avoir une famille avec Albus Dumbledore, sa mère, et qu'elle serait un jour fiancé à Harry Potter et apprenti auror...

Oui... elle se serait sans doute contenté de lever un sourcil dédaigneux à la Severus... la seule constante de son existence.