Chapitre 130 : Petites vacances

Harry avait passé les deux premiers jours de ses vacances chez Andromeda avec Teddy. Il voyait de plus en plus souvent le petit bonhomme qui pour sa plus grande joie lui était très attaché.

Puis ils avaient prévu de passer le week-end au Clos-La-Rive.

Lorsqu'ils arrivèrent, ils trouvèrent Ludivine étendue dans l'herbe avec un bouquin.

- Tu fais bronzette ?

Ludivine releva brusquement la tête pour voir Kécile et Harry qui se tenaient à quelques mètres de là.

- Quand êtes-vous arrivé ?

- A l'instant.

Elle se leva pour embrasser les deux jeunes.

- C'est Albus qui m'a convaincue de venir passer quelques jours ici.

- Il arrive ce soir.

- Oui, c'est qu'il ma dit. Du coup je me suis dit que ça ne te dérangerait pas qu'on vienne squatter un peu.

- Tu es ici chez toi. Et Harry aussi, bien sûr.

- Merci, Ludivine, répondit celui-ci un peu mal à l'aise.

- En revanche, je vais devoir vous demander de partager la même chambre. Mes deux apprentis arrivent pour lundi.

Kécile eut une moue narquoise.

- Parce que tu crois qu'on fait encore chambre à part ? C'est vrai que tu es peut-être tradi à ce sujet ? Je me suis jamais posée la question ? Quoi que, non, je suis bête, j'ai déjà la réponse, fit-elle en secouant la tête. En tout cas, Voldemort a cherché à m'inculquer beaucoup de valeur, mais pas celle de la virginité jusqu'au mariage...

- On s'en doute, Kécile, marmonna Harry gêné. Je doute que Voldemort ait même seulement jamais prononcé le mot mariage...

- ça ne me pose aucun problème, répondit Ludivine avec un sourire apaisant.

- Vous avez parlé d'apprentis ? demanda Harry pour changer de sujet

- Oui, Luna Lovegood a accepté ma proposition, et un étudiant de Beauxbâtons a également fait une demande d'apprentissage avec moi.

- Mince, ils vont loger ici ?

- Luna, oui. Christian rentrera chaque soir chez lui, il n'a pas la Manche à traverser. Pourquoi est-ce que cela semble te contrarier, Kécile ?

- J'avais presque arraché à Severus la promesse de venir.

- Il peut venir. Les Lovegood n'arrivent que dimanche soir.

- Très bien, nous aurons au moins Severus avec nous jusqu'à dimanche soir, c'est déjà ça. On monte s'installer ! Lança Kécile en attrapant Harry et en l'entraînant avec lui.

XXX

- C'est vrai que cette baraque est rudement agréable l'été ! S'exclama Kécile en ouvrant la porte de sa chambre inondée de soleil. Je te propose qu'on range nos affaires et qu'on aille piquer une tête dans la Loire. Il n' a pas plu depuis une semaine, le courant ne devrait pas être trop fort.

Elle fit apparaître sa malle et commença à déballer ses vêtements. Mais comme rien ne bougeait autour d'elle, elle redressa la tête, et rencontra le regard inhabituellement sévère de Harry.

- Qu'est-ce que tu as ?

- Ce serait plutôt à toi qu'il faut poser la question.

Kécile haussa des sourcils interrogateurs, ce demandant visiblement quelle mouche avait piqué Harry.

- Pardon ?

- C'était quoi, ça, avec ta mère ?

- Je suis désolée, Harry, mais je ne comprends absolument pas ce qui te met en colère... fit Kécile de plus en plus perdue.

- Tu as vu comment tu lui parles ?!

- Euh... ce qui est certain, c'est que j'ai l'impression d'être une ado en crise qui se fait passer un savon à l'instant...

- Je n'ai jamais vu quelqu'un réussir à être aussi insultant avec autant de nonchalance à l'exception de Rogue... pardon Severus !

Devant les yeux écarquillés de Kécile, Harry soupira :

- Tu ne t'en rends même pas compte, hein ?

- Non... et franchement, Harry, je n'ai pas envie qu'on se dispute pour notre premier jour de vacances ensemble à cause de Ludivine.

Elle attrapa sa serviette et tourna un regard interrogateur vers Harry.

- On y va ?

XXX

La Loire paraissait très calme, mais Kécile savait qu'il ne fallait pas s'y fier. Elle entra prudemment dans l'eau. Le courant n'était pas trop fort. Cependant, ils gardèrent leurs baguettes attachées à leur poignet, car ils savaient que le plus dangereux restait les sables mouvants sur la berge. Ils barbotèrent un bon moment , se laissant parfois dériver et échouer sur les bancs de sable qui parsemaient le fleuve. Un peu plus en contrebas, ils s'arrêtèrent sur une île.

Kécile resta étendue sur le sable tandis qu'Harry se levait pour observer un monticule de pierres étranges amassées au milieu de la plate-forme.

- Tu sais ce que c'est ? Demanda-t-il en tendant un pierre spongieuse dans sa direction.

- La tombe de ma mère.

Harry se sentit douché.

- Ah...

Il décida de le prendre à la dérision plutôt que de laisser un malaise s'installer.

- C'est sûr que ça doit faire bizarre de dire ça quand ta mère est vivante. Mais j'aimerais avoir cette chance. On continue ?

- Je te propose qu'on aille jusqu'au pont et qu'ensuite on rentre à pied. A la nage à contre-courant, ce n'est même pas la peine !

XXX

- Bonsoir Harry.

- Bonsoir professeur Dumbledore.

- Alors, comment se sont passés tes ASPICs ?

- Plutôt correctement, je dois dire. Y compris les potions.

- Parfait, parfait. Vous entendez, cela Severus ?

- Oui, Albus, je ne suis pas sourd.

- Mais nous avons une annonce bien plus importante à vous faire ! S'exclama Kécile avec enthousiasme. Vous avez devant vous deux aurors fraîchement nommés ! Les résultats sont arrivés ce matin !

- Ce n'est pas comme si on était très inquiet, tempéra Harry.

- Toujours aussi modeste à ce que je vois, Potter.

- En même temps, si on attend des compliments de votre part...

- Que je sache, Potter...

- Ah non ! S'exclama Kécile en se plantant en face de Severus. Tu ne vas pas recommencer !

- Ah tiens, c'est « je » maintenant, plus « nous ».

- Désolée, je suis du côté de Harry. On est fiancés après tout ! Tu sais ce qu'il te reste à faire si tu veux avoir une alliée dans cette maison, ironisa-t-elle.

- Tu as vraiment l'art de mettre les pieds dans le plat, soupira Harry en secouant la tête.

- Et ce n'est pas ce que tu aimes chez moi ? Demanda-t-elle avant de l'embrasser.

Severus se racla la gorge et attrapa la bouteille de Riesling posée sur la table basse.

- Je vous ressers, Albus ?

Dans son dos il sentait la présence silencieuse de Ludivine tandis qu'il entendait les deux imbéciles pouffer de rire.

XXX

Le week-end s'écoula très calmement, jusqu'au dimanche midi.

Ils étaient tous à table lorsque Kécile demanda :

- Ludivine, à quelle heure arrivent les Lovegood ?

- Ils seront là ce soir pour le dîner.

- Les Lovegood ?

Severus reposa sa fourchette dans son assiette.

- Je t'ai bien dit que Luna allait être mon apprentie.

- ce que je ne savais, c'est que tu recevrais la visite de M. Lovegood.

- Et ?...

- De toute évidence, tu ne connais pas l'illuminé dont on parle.

- Oh, je t'en prie, Severus ! Je connais ta définition d'illuminé. Mais si tu n'es pas capable de faire preuve d'un minimum de civilité, mieux vaut peut-être que tu partes.

- Je vois, tu me mets à la porte ?

- C'est généralement toi qui te met à la porte tout seul, Severus. Tu fais comme bon te semble, dit Ludivine sans un regard pour lui.

- Et la potion que tu as commencé dans le labo ? Demanda Kécile.

- Tu n'as qu'à la terminer. Je suis sûre que c'est à la portée d'un étudiant qui vient de passer ses ASPICs. Même Potter pourrait s'en charger

- C'est ça, je vais me lever à 4h du matin pour touiller ton infâme mixture ! Et je te l'envoie par chouette demain soir, c'est ça ? Sois raisonnable, Severus. Tu peux bien rester et supporter M. Lovegood le temps d'un repas, non ? Tu as bien fait des repas avec des abrutis du genre de Macnair ou Avery sans en mourir...

Severus ne rétorqua rien. C'était sa manière de s'avouer battu. Kécile n'enfonça pas davantage le couteau dans la plaie mais la langue lui démangeait de lui dire qu'il pouvait parfois avoir un comportement de véritable gamin.

Une jeune fille blonde et un homme tout aussi blond et aux cheveux presque aussi longs s'approchaient du perron où les attendaient Ludivine.

- Bonjour Luna, bonjour M. Lovegood.

- Madame, Xenophilius, je vous en prie. Je suis charmé de faire votre connaissance, dit l'homme en inclinant la tête. Luna m'a beaucoup parlé de vous.

Ludivine répondit par un sourire sincère au dénommé Xenophilius qui la regardait avec des grands yeux si clairs qu'ils en étaient presque transparents.

- Je vous en prie, entrez, dit-elle en libérant la porte. Bienvenu au Clos-La-Rive.

- Harry a raison... dit Luna en levant le regard dans le hall. C'est extraordinaire ici.

- Quelle magie... souffla son père. C'est vous qui avez crée cet enchantement, j'imagine ?

- Mes ancêtres, répondit Ludivine en secouant la tête.

- Tu te rends compte, ma Luna, que tu vas travailler ici avec Madame Dumbledore ?

- Deschavelles, rectifia la française avec un sourire aimable. Ludivine Deschavelles, mais Ludivine suffira.

- Vous portez deux noms extrêmement illustres. Mais je comprends que vous choisissiez celui de votre mère. Ma femme était une très grande admiratrice des travaux de votre famille, particulièrement de la dame Erlésie.

- Tout le monde était en admiration devant Erlésie. Cela a sans doute été la plus grande enchanteresse de notre famille.

- Saviez-vous que son père était un Lovegood ?

- Oui, en effet.

- Luna fait un retour au source en quelque sorte en devenant votre apprentie.

Ludivine se contenta de répondre par un sourire qui n'engageait à rien avant de les diriger vers le salon où étaient assis les autres.

- Je suppose que les présentations sont inutiles ?

- C'est inutile en effet, répondit Harry tout en serrant la main de Xenophilius, nous nous connaissons déjà.

L'homme eut quelque chose comme un sourire nerveux et Ludivine se douta qu'il y avait une histoire entre ces deux-là, mais elle ne laissa pas de malaise s'installer et invita tout le monde à passer à table. Xenophilius s'assit entre Ludivine et Severus qui arborait une mine impassible presque vide. A chaque fois que Kécile voyait sa tête, elle devait retenir un ricanement.

Xenophilius passa la première partie du repas à remercier Ludivine de prendre sa fille en apprentissage, à tel point que cela en devenait gênant..

- Papa, intervint gentiment Luna. Ludivine ne peut pas comprendre ta reconnaissance, tu la mets mal à l'aise.

- Vous ne regrettez donc pas, Mr Lovegood qu votre fille ne parte finalement pas à vos côtés à la recherche du Ronflak Cornu ? Demanda Kécile avec un sérieux remarquable.

- Tout apprentissage est utile pour une quête. La clairvoyance est un atout précieux lorsqu'on cherche une créature mythique.

- Le ronflak cornu ? Demanda Ludivine. Qu'est-ce que c'est ?

- Merlin nous préserve... murmura Severus peu discrètement tandis qu'Harry et Kécile étouffaient un rire dans leur serviette.

Mr. Lovegood, imperturbable se lançait alors dans une description détaillée de la bête.

- ...Et sa peau dans les nuances vert brun est semblable à une cuirasse de minuscules écailles...

- Je vois bien, monsieur, mais ce que vous me décrivez là ressemble furieusement à un éruptif, non ?

- En apparence seulement ! On ne le trouve pas sur le même continent, il est nettement plus petit, avec une corne plus fine. Et il est nocturne. Cela fait une grande différence, croyez-moi.

- Je comprends, oui.

- Et sa corne n'est pas explosive non plus.

- En effet... Racontez-moi un peu comment vous avez appris tout cela sur cette créature ? Demanda Ludivine curieuse.

- Vous m'excuserez, interrompit Severus au bout de dix minutes de monologue en se levant brusquement, je dois vous abandonner si je ne veux pas perdre les potions que j'ai en route.

- Bien sûr, dit Albus alors que le professeur quittait déjà la pièce.

Xenopholius s'était interrompu et fixa longuement la porte qui s'était refermée derrière Severus, avant de reprendre son récit.

Ce fut une nouvelle fois Luna qui mit fin aux débordements de son père en l'incitant à changer de sujet et en demandant des informations sur le dénommé Christian qui devait arriver le lendemain.

Lorsque Xenophilius prit congé, il dit à Ludivine en aparté:

- Pardon d'avoir monopolisé la parole ainsi tout à l'heure. Je m'emballe toujours lorsqu'on parle de cette fascinante créature et Luna me dit que je deviens ennuyeux.

- Pas du tout, répondit Ludivine avec un sourire. Je trouve ça très intrigant et j'aimerais au contraire en savoir plus sur ce qui vous a amené à vous intéresser au ronflak cornu et sur vos expéditions futures.

- Vraiment ? Fit M Lovegood avec une mine à la fois surprise et réjouie.

- Oui ! Que diriez-vous de venir déjeuner dimanche prochain ? Vous pourrez ainsi m'en apprendre plus.

- Avec joie !

- Parfait ! Alors à la semaine prochaine !

Lorsqu'elle referma la porte derrière son visiteur, Severus la fixait depuis le palier de l'escalier. Elle monta les marches translucides jusqu'à se planter devant lui devant le grand tableau de Rowena Serdaigle.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu es sérieuse ?

- Quoi !? Il a été poli lui au moins !

- Pardon de ne pas avoir ta patience pour supporter des inepties pareilles. Mais que tu en redemandes, ça me dépasse...

- Ce n'est pas parce que cette bestiole n'a jamais été vue qu'elle n'existe pas.

- Oh, je t'en prie, Ludivine !

- Mr. Lovegood est un passionné et croit dur comme fer à ce qu'il fait. Ça devrait te rappeler quelqu'un, non ?

- Merci de ne pas me comparer avec cet hurluberlu...

- Désolée d'avoir vexé Sa Majesté, dit Ludivine en se détournant.

Et la porte du petit salon claqua derrière elle.

Trois paires d'yeux se braquèrent alors sur elle.

- Ça ressemblait furieusement à une dispute, non ? Fit Kécile goguenarde.

- On dirait que ça te fait plaisir, répondit Ludivine désabusée.

- Ça pourrait...

Le sourire en coin de Kécile échappa à Ludivine.

XXX

Le lundi suivant, ce fut avec une certaine excitation que Harry et Kécile franchirent les portes de la Ruche.

Ils serrèrent la main de plusieurs de leurs nouveaux collègues tandis qu'ils recevaient des félicitations de part et d'autre.

Robards les appela depuis la porte de son bureau.

- Je vais vous répartir avec vos nouveaux binômes. Potter avec Fiertalon.

L'homme au profil d'oiseau jeta un regard indifférent à l'Elu. Kécile se fit la réflexion que cela allait sans doute plaire à Harry. Il avait de plus été sur le champ de bataille, ce qui avait dû compter dans le choix de Robards.

- Gandrim avec Chambers.

Une femme menue et tonique fit signe à Ryan.

- Weasley avec Carmichael. Gaunt avec Savage. En conséquence Leach et Williamson vous travaillerez en équipe cette année.

Kécile savait que Williamson et Savage s'entendaient particulièrement bien, mais dans le même temps elle était secrètement soulagé du choix de son chef. Elle savait que Savage n'avait pas d'à priori à son sujet et avait même de la considération pour elle. Elle se demandait qui elle devait remercier de Robards, Winchard ou Kingsley pour ce choix...

- Désolée de vous avoir séparé de Williamson, marmonna-t-elle alors que Savage l'entraînait vers leurs bureaux.

- Alec s'en remettra. Il est plutôt du genre à s'entendre avec tout le monde.

- Vous voulez dire que ce n'est pas mon cas c'est ça ? Ironisa Kécile.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je pense plutôt à Leach, son nouveau coéquipier. Un an qu'il bossait avec Chambers alors que les deux ne peuvent pas se blairer. Dommage, Kimberley est une sacrée femme...

- Dois-je comprendre que vous auriez aimé être à sa place ?

- Arrête de voir des sous-entendus à chacune de mes phrases s'il-te-plaît, ça va vite être fatiguant. Je n'ai aucune vu sur Chambers, je suis déjà marié et très heureux en ménage, merci bien. On ne peut pas en dire autant de Cyril pourtant... Bon, ce n'est pas que les potins de la Ruche ne sont pas intéressants, mais tu auras tout le temps de te familiariser avec durant les prochains mois. Il y a beaucoup plus urgent ! Voilà ton bureau. Ça, ajouta-t-il en pointant une pile d'un mètre en équilibre sur un angle, ce sont les dossiers en cours sur lesquels tu vas avoir le plaisir de m'aider. Tu t'y connais en magie spontanée ? Demanda-t-il avant de se reprendre. Je devrais plutôt dire en répression de la magie spontanée ?

- Euh... J'ai été élevée chez Voldemort, fit Kécile avec un sourire moqueur. La répression de la magie c'était pas trop son truc au cas où tu ne l'aurais pas trop compris !...

Savage rigola doucement avant de lui tendre un dossier.

- Tu m'étonnes. Et est-ce que tu sais ce que c'est qu'un Obscurus ?

- Oui...

- Et bien, lis ce dossier car nous avons probablement affaire à cela dans un quartier populaire de Liverpool... Il y a déjà eu trois morts. Le problème c'est qu'on ne parvient pas à en trouver la source.

- Flippant...

Savage acquiesça.

- Tu as de la lecture pour ce soir. En attendant, on va s'occuper d'un autre dossier avec quelque chose de beaucoup moins mystérieux. Rookwood traîne dans le coin.

- Ah...

- Planque en perspective Kécile !

Le soir, de retour dans la tranquillité du square Grimmaurd, Harry et Kécile retrouvèrent Ron et Hermione qui était venue s'installer avec eux le temps que le couple trouve son propre logement (et ils allaient être bien difficiles à accorder...) et échangèrent leurs premières impressions.

Ron avait eu la chance d'avoir déjà pris part à une scène d'action sur le Chemin de Traverse où un trafiquant connu du service avait eu la mauvaise idée de chercher à se carapater à la vue des Aurors. Evidemment les dits-aurors avaient réagi au quart de tour.

- Tu aurais vu Carmichael, comme il a sprinté ! Punaise, quarantaine ou pas bien sonnée, ça conserve d'être auror ! Mais bon, j'ai réussi à viser le gars d'un maléfice de jambancoton bien comme il faut. Franchement, c'était un super beau coup et Carmichael m'a félicité. Pas sûr qu'il aurait réussi à le rattraper sans ça... Du coup c'est cool parce que Carmichael ça a pas l'air d'être un gars très commode mais il m'a à la bonne ! Et toi Harry ? Fiertalon il est comment ? Dans le genre pas commode il a l'air de se poser là aussi !

- Pas très bavard le bonhomme, mais bon pas antipathique non plus. C'est juste qu'il n'aime pas parler pour faire la conversation, tu vois le genre...

- C'est écrit sur son front... marmonna Kécile.

- Ecoute, il a l'air efficace, il s'est battu à nos côtés et il a l'air de s'en foutre comme de sa première chaussette d'être en binôme avec l'Elu, donc moi, ça me convient très bien !

- D'accord, mais travailler avec un glaçon toute la journée, grimaça Kécile.

- Il va peut-être se réchauffer en constatant que l'Elu n'a pas la grosse tête... rassura Hermione.

Harry haussa les épaules, apparemment indifférent à ce que pouvait bien penser Fiertalon de lui.

XXX

Cela faisait quelques semaines que les trois nouveaux aurors avaient pris leurs habitudes au bureau des aurors. La plupart du temps ils partaient tous ensembles, mais ils rentraient en revanche rarement en commun, et si on savait qu'ils partageaient le même toit, il n'y avait aucune rumeur concernant Harry et Kécile, à la grande satisfaction de celle-ci. Le week-end, le couple se faisait des sorties dans le Londres moldu et ils partirent en camping dans les highlands, se perdant au beau milieu de nul part et laissant avec délectation le reste du monde derrière eux, dans une ambiance bien différence de celle qu'il y avait dans sous cette même tente deux ans auparavant.

Et puis au cours du mois de septembre, Kécile décida d'aller dire bonjour à son grand-père. Elle passa la cheminée du bureau du directeur de Poudlard qui la serra dans ses bras avant de lui demander comment s'était passé cette première semaine.

- Bien ! Globalement Savage travaille sur des dossiers intéressants. J'ai de la chance qu'on m'ait mise avec lui.

- Alors, combien d'arrestation à ton actif ?

- Tu te paies ma tête, non ? Tu n'es quand même pas de ceux qui s'imaginent qu'on bouffe du malfrat tous les jours, rassure-moi ?

- Je te taquine...

- Et puis honnêtement, l'enquête une fois qu'on est dans le bain, c'est plutôt intéressant. Frustrant souvent, mais intéressant quand même. Non franchement la seule chose barbante c'est la paperasse. Même les planques sont moins ennuyeuses que ce que j'imaginais. Il faut dire que Savage sait les rendre intéressantes. Il ne le montre pas comme ça, mais c'est un sacré comique quand il veut.

Après une bonne heure de conversation, Kécile prit congé pour aller dire bonjour à Severus.

La porte s'ouvrit avec brusquerie sur son éternel haussement de sourcils lorsqu'on le dérangeait. Mais un infime sourire fleurit au coin de sa lèvre lorsqu'il reconnut Kécile qu'il invita à entrer.

- Voilà notre justicière.

- Très drôle... Tu vas dire ça à Harry la prochaine fois que tu le vois ?

Severus lui répondit par un de ces regards mauvais que Kécile avait depuis longtemps cessé de prendre au sérieux.

L'homme s'intéressa surtout à la relation de Kécile avec ses nouveaux collègues, sujet qui n'avait même pas été effleuré avec Albus. Comme quoi, c'était assez révélateur de voir que celui qui avait semblé traverser quarante ans d'existence sans se soucier de l'avis des autres pouvaient tout d'un coup s'intéresser à ce qu'on pensait de Kécile.

- J'ai oublié d'en parler à Albus, fit-elle tout d'un coup, mais après tout tu dois aussi t'y connaître, tu as une petite idée de la manière dont on pourrait reconnaître un obscurial ?

Severus la regarda avec des yeux ronds.

- Un oscurial, rien que ça ! Je ne suis pas certain que cela puisse encore exister de nos jours, Kécile... après tout, le Ministère est parfaitement équipé pour repérer les nés-moldus dès leur plus tendre enfance et intervenir avant que les choses ne dégénèrent si besoin.

- Je sais bien, mais en théorie ?

- Milieu hostile à la magie...

- Merci, ça j'aurais trouvé toute seule.

- Saute d'humeur j'imagine, peut-être même perte de mémoire ou absences pour ce qu'on en sait.

- Comme lors d'une possession ?

- Ça ne serait pas surprenant.

- Je crois qu'on va devoir se documenter un peu avec Savage sur les derniers obscurials découverts.

- Pour ce qu'on en sait... Je ne suis pas certain qu'une grande documentation soit disponible à ce sujet. Scamanders en parle dans son bestiaire. Vois s'il a écrit autre chose à ce sujet.

- Je n'y avais pas pensé. Merci pour la piste ! Et sinon, quoi de nouveau de ton côté ?

- La bêtise des élèves est la même depuis vingt ans, Kécile...

- L'amabilité de certains professeurs aussi... Tu as des nouvelles de Ludivine ?

Kécile vit une moue colérique passer sur le visage de Severus et cette fois, ce n'était pas de la comédie.

- Dans la mesure où Ludivine semble apprécier la compagnie de cet illuminé de Lovegood, j'ai jugé préférable de ne pas remettre les pieds au Clos ces derniers temps.

- Tu veux dire qu'il lui rend visite ?

- Il semblerait, pour ce que j'en sais. Je n'ai vraiment pas l'intention de m'imposer la présence de cet énergumène. Ludivine sait où me trouver si elle le souhaite.

- Vu comme tu l'as reçue la dernière fois qu'elle est venue ici...

- Elle t'a raconté ?

- Ça t'étonne ?! Tu lui as fait la tronche pendant des semaines, j'ai jugé nécessaire d'avoir une explication !

- Donc depuis ce mémorable déjeuner autour d'une conférence sur le Ronflak Cornu, tu n'as pas revu ta mère.

- Non.

- Quand est-ce que tu y vas ?

- Je ne sais pas... j'imagine que si Albus va passer quelques jours là-bas, j'irai aussi. On ne peut pas dire qu'il soit très disponible ici à Poudlard. Pourquoi, tu veux venir avec moi ?

Severus secoua la tête.

- Tu ne te rends même pas compte de la peine que tu lui fais.

- A qui ?

- A ta mère. Quand tu vas la voir, c'est uniquement parce qu'Albus y est aussi.

- Tu plaisantes, j'espère ! Tu ne vas pas t'y mettre toi non plus ! Ecoute-toi donc parler, c'est franchement comique ! Parce que tu ne lui fais pas de peine peut-être ?... Je pense que tu n'as pas davantage envie que je joue la conseillère matrimoniale que j'ai envie que tu joues le psychologue familial, alors restons en là, tu veux ?

Severus ne répondit pas. Mais il ne pinça pas les lèvres...

Kécile était tellement habituée à cette réaction que cela la frappa autant que si Severus avait éclaté de rire. Comme si quelque part, il avait voulu que Kécile joue les conseillères matrimoniales. Absurde ! Mais cela lui avait néanmoins donné une idée...

XXX

Kécile toqua à la porte du manoir du Clos mais personne ne vint ouvrir. Elle tourna la poignée et entra dans le hall de cristal.

- Il y a quelqu'un ?

Comme il n'y avait pas de trace des elfes dans la cuisine, Kécile monta à l'étage immédiatement et fit irruption dans le petit salon.

- Ludivine ?

- Elle n'est pas là, répondit une voix inconnue de derrière un fauteuil.

La tête d'un garçon au regard suspicieux apparut par dessus le dossier.

- Vous êtes qui ? Demanda-t-il.

- Je pourrais vous retourner la question !... rétorqua Kécile d'un ton tout aussi aimable. Tu es Christian j'imagine ?

- Kécile c'est toi ? Fit une voix familière depuis le couloir.

Luna entra avec un sourire qui compensait la face de carême du français. Les deux filles s'embrassèrent et la Serdaigle annonça que Ludivine était sortie.

- J'étais en train de me concentrer sur ma boule de cristal quand je t'ai vue. C'est très étrange, tu sais, je n'arrive à voir qu'à très courte portée avec la boule...

- Ah...

- Ta mère me dit que c'est parce que je me concentre trop sur le passé.

- Ah...

- Je ne sais pas ce qu'elle a voulu dire.

- Ce n'est pas moi qui vais t'éclairer. Je n'ai jamais eu le moindre talent extralucide.

- Tu es trop pragmatique.

- Sans doute, répondit Kécile avec un sourire amusé. Alors dis-moi, ta vision courte distante me serait utile pour savoir vers quelle heure Ludivine va rentrer.

- Dans une heure.

- Waou, je dois dire que je suis très impressionnée. Ça marche drôlement bien dis-donc !

- Je ne l'ai pas vu. Ta mère me l'a dit.

- Ah...

Il y eut un petit rire derrière le fauteuil.

- Tu vas l'attendre ? Je peux t'utiliser pour m'entraîner alors, s'il-te-plaît ?

- Euh... d'accord. Qu'est-ce que tu veux faire ? Me lire les lignes de la main ?

- Bien sûr que non. Tout ça c'est juste une plaisanterie. Je peux te tirer les cartes si tu veux ?

- Ah... parce que ce n'est pas une plaisanterie ça ? Bon, alors va pour les cartes...

Luna lui fit manipuler des cartes qu'elle disposa d'une façon précise et complexe avant de commencer son examen.

Puis elle finit par livrer son verdict.

- Tu connais actuellement une période de sérénité et de bonheur, ta vie professionnelle et amoureuse sont épanouies. Cela devrait durer un bon moment. Mais à un moment où tu ne t'y attendras pas, ton passé te rattrapera. Il y a le symbole du père et du fils. J'imagine que le fantôme de Voldemort va ressurgir. Par ton fils. Il y a aussi une histoire avec ton pire souvenir. Qu'est-ce que c'est, ton pire souvenir ?

- Ça peut être pas mal de chose en vérité... grommela Kécile.

- Et bien les cartes semblent dire que ton fils connaîtra ton pire souvenir.

- Mon fils ?! Et c'est toi qui me disais que tu n'avais pas de vision longue durée !

- L'avantage des prédictions aussi lointaines, c'est qu'on a largement le temps de les oublier avant qu'elles n'aient la moindre chance de se produire, déclara Christian qui avait observé le manège en silence.

- J'en conclus que tu n'étudies pas la Divination, toi, fit Kécile avec un rictus moqueur.

- Non, je travaille les Enchantements.

- Et alors, Ludivine est une bonne prof ?

- Formidable ! Elle est incroyable. C'est comme si tout devenait une évidence ! Des fois, elle me donne l'impression de parler à la Magie, c'est assez dingue ! Expliqua Christian visiblement très impressionné.

- En divination, j'ai parfois l'impression qu'elle voit ce que j'ai vu.

- Ça c'est de la légilimancie, fit remarquer Kécile

- Non, dit Luna, tu ne comprends pas. C'est une lucidité particulière. C'est comme de l'instinct en cent fois plus puissant. Elle m'a dit que j'ai les capacités pour développer les mêmes qualités. Je ne sais pas... elle dit que ce n'est pas toujours facile à vivre. Je ne suis pas sûre de vouloir passer pour encore plus illuminée que maintenant.

Quand Ludivine rentra, elle trouva Kécile entrain de tapoter les touches du piano, cherchant à reproduire une mélodie qu'elle jouait au hautbois, avec beaucoup de fausses notes au passage.

- Tu as vu Luna et Christian ? demanda Ludivine.

- Oui, ils sont montés dans leur chambre. Je crois que je les ai fait fuir, dit-elle en désignant le clavier d'ivoire.

- Tu veux te mettre au piano ?

- Le hautbois suffit à mon bonheur, merci. Et puis, je crois que Ron me jetterait par la fenêtre avec mon instrument si je torturais encore un peu plus ses oreilles. Je crois qu'il a toujours du mal à supporter le hautbois. Il dit toujours que je canarde.

- Ça te dirait qu'on fasse un peu de musique toutes les deux un de ces jours ? Demanda doucement Ludivine. Ça ne nous est encore jamais arrivé, juste nous deux.

- Ecoute pourquoi pas, mais pas aujourd'hui. Harry va bientôt rentrer de sa permanence et on a une sortie de prévue. Je suis venue te parler.

- Ça paraît sérieux...

- C'est à toi de me le dire. Il s'agit de Severus.

Ludivine fixa Kécile, interdite.

- En voilà un revirement... Tu es vraiment difficile à suivre, Kécile. Tu ne serais pas du genre lunatique ?

- Tu n'avais pas remarqué ? Dis merci à papa Voldy. Bon sérieusement, tu veux toujours être avec Severus ?

- Cela fait un moment que j'ai cessé de lui courir après.

- Et c'est sans doute la meilleure décision que tu ais prise. Et dis-moi, tu ne serais pas entrain de courtiser Lovegood ?

- Courtiser Xenophilius ?! En voilà une idée !

- Et bien si j'étais toi, c'est ce que je ferais. Severus est jaloux.

- Tu dis n'importe quoi.

- J'ai fréquenté Severus pendant des années. Je peux t'assurer qu'il est jaloux. Alors si en plus il pense qu'il y a quelque chose entre toi et ce plouc de Lovegood...

- Kécile !

- Quoi ? Excuse-moi mais ce gars n'est pas une lumière.

- Si Luna t'entend !

- J'apprécie Luna, ça n'a rien à voir. Je suis bien placée pour savoir qu'on ne choisit pas son paternel. Maintenant, arrête de changer de sujet et dis moi si tu veux tenter de faire céder Severus.

- Kécile... si Severus est jaloux, cela implique forcément qu'il m'aime. Et il s'en défend.

- Tu ne vas pas me dire que tu crois à ses regards noirs et ses paroles venimeuses ? Severus est très doué pour éloigner les personnes qui l'aiment. Moi je suis venue t'apporter la solution pour le faire sortir de ses retranchements. Je suis certaine qu'il ne supportera pas de te voir avec Lovegood.

- Et j'aurais tout gagné quand je ne le verrai plus du tout.

- Laisse moi faire, dit Kécile avec assurance. Je te promets que sa foutu carapace va craquer. Foi de Serpentard !