Chapitre 132 : L'arrestation 2

Ils étaient repartis à la Ruche. Seul Ryan était resté sur les lieux pour surveiller. Chambers s'était précipité pour faire son rapport au Commandant, tandis que Kécile et Savage préparaient de quoi s'habiller en moldu pour déambuler dans les alentours sans alerter le voisinage.

Chambers revint accompagnée de Leach et Williamson qui leur avaient été adjoint en renfort.

Leach jeta un regard froid à Kécile tandis que Williamson lui donnait une bourrade dans le dos :

- Alors comme ça, tu joues les détecteurs de Mangemorts ! C'est pas mal ça ! Je ne pensais pas qu'on pourrait utiliser tes talents comme ça ! S'exclama-t-il joyeusement.

- Avoir fréquenté les mangemorts jusqu'à en connaître leurs vieilles manies, tu trouves ça un talent ?

- Voilà les ordres, les interrompit le commandant qui arrivait armé d'un plan succinctement dessiné. Gaunt et Savage, vous vous plantez à l'angle de ces deux maisons pour surveiller la sortie de Guhler. Chambers, tu retournes avec Gandrim pour surveiller les alentours depuis l'usine. Leach et Williamson, vous allez de l'autre côté de la maison et vous assurez que notre homme ne s'évapore pas par une porte dérobée. Pas de magie à proximité. Vous transplanez à deux kilomètres et finissez le chemin à pied. Savage, Gaunt, dès que Guhler sort, vous l'immobilisez. Les autres vous vous tenez prêts à le rattraper s'il tente de s'enfuir. Chambers, tu me sécurises la zone d'un sort anti-transplange dès que notre homme est averti de votre présence. Allez.

Et l'attente commença à nouveau. Il était presque 20h quand ils furent en place, assuré par Ryan que Guhler n'avait pas quitté la maisonnette dans laquelle il était entré. Le détecteur de magie n'avait pas bronché, ce qui laissait supposer qu'il n'avait pas transplané.

Chambers leur avait expliqué que Robards n'avait pas voulu tenter une arrestation par effraction. Dès que le mangemort se saurait repérer, il n'hésiterait plus à utiliser la magie et à disparaître. Les ordres étaient donc de privilégier la prudence pour être certain de faire mouche. Quitte à attendre des heures. Peut-être même l'homme ne sortirait-il pas de la nuit...

Et l'attente continua.

Mais paya.

Ce ne fut que vers minuit que les six aurors rentrèrent à la Ruche, un sourire victorieux sur les lèvres, le mangemorts aux arrêts. Leur proie avait été prise totalement par surprise et n'avait rien vu venir.

Dans la pénombre, il n'avait même pas reconnu Kécile.

Leach s'était chargé de le ramener avec un plaisir manifeste et jetait à l'homme des regards haineux, bien loin devant les mines plus dégoûtées et méprisantes de Savage et Williamson.

Ryan et Kécile partirent se coucher avec bonheur, laissant aux aînés le soin de décider de la marche à suivre et des interrogatoires.

Mais le lendemain matin, Savage griffonnait avec férocité un parchemin quand Kécile le rejoignit, ce qui n'était pas dans l'habitude de l'auror toujours maître de lui-même.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle avec curiosité.

- Guhler nie.

- Pardon ?!

- Tu m'as bien entendu.

- Mais enfin, il est très facile de prouver que c'est lui ! Rien que sa signature magique.

- Bien sûr, il ne nie pas son identité ! Mais sa signature magique ne prouve pas qu'il a été mangemort durant cette guerre ! Pas plus que sa marque. Il jure ses grands dieux qu'il a abandonné Voldemort après la première chute et qu'il n'a jamais rien su des activités du Lord dans les années qui ont suivies.

- Cyril va finir par en faire de la pâté, coupa Alec qui vint les informer, des poches sous les yeux. Je crois qu'on va faire une pause. On a cuisiné l'homme toute la nuit. On est épuisé, ça ne sert à rien. Et franchement, j'ai peur que Cyril ne fasse une connerie à force de s'acharner comme ça.

- Je vais aller le relayer, dit Savage en se levant.

- Philip, ça sert à rien, protesta Williamson. Il faut réfléchir à une stratégie à tête reposée.

- Vous permettez que j'essaie quelque chose? Intervint Kécile.

Les deux aurors la regardèrent, et Kécile se demanda si elle ne poussait pas le bouchon un peu loin. En tant que jeune auror, elle n'était pas tellement autorisée à mener un interrogatoire, même si elle avait le droit d'y assister.

- Il vaut mieux demander au Commandant d'abord, suggéra prudemment Williamson.

Lorsqu'ils descendirent aux cellules, Kécile demanda aux deux aurors d'entrer en premier. A travers la vitre teintée, elle pouvait voir Leach. et Guhler qui s'affrontaient dans un tête à tête muet. Elle comprit ce que Williamson voulait dire. Leach avait l'air fou de rage, lui qui était pourtant d'ordinaire toujours discret et taciturne.

Puis lorsqu'elle fut certaine que l'attention des trois aurors étaient braquée sur l'inculpé, elle pénétra à l'intérieur de la salle d'interrogatoire.

Elle put voir avec jouissance les yeux de l'homme s'exhorbiter alors qu'il s'exclamait un « Kéc... ! » qu'il ne put retenir totalement.

- Tu as dis Fulbert ? Hum ? Demanda-t-elle d'un ton mijoré. Comment est-ce que je me nomme ?

- Je ne vous connais pas, désolé, se rembrunit l'homme, furieux d'avoir été à deux doigts de se faire prendre.

- Bien sûr. Il doit y avoir une deuxième fille de Voldemort à qui tu as enseigné la magie pendant deux ans... se moqua Kécile avec un dédain écrasant. Allons, sois gentil, Fulbert et obéis aux ordres de la Princesse, hein, ce n'est pas ce que Voldemort te demandait ? Rappelle à ces messieurs comment je me nomme.

- Tout le monde sait comment se nomme la fille de Voldemort, dit l'homme avec un regard noir. Il suffit de lire la Gazette pour ça.

- C'est bien, tu t'en tires bien. Mais je me demande ce qui se passerait si on allait fouiller un peu dans tes souvenirs... Un legilimens trouverait bien plus de traces de Voldemort que tu ne le prétends ces dix dernières années.

- C'est interdit !

- Oh... tu sais, une interdiction, c'est on ne peut plus relatif. Il est interdit de tuer des concitoyens, je ne crois pas que ça t'ait beaucoup gêné durant toutes ces années... Après tout, dans le secret d'un tribunal, qui saura ? Qui ira raconter qu'on a fait quelque chose de pas très clair ? Et surtout, qui ira te défendre, puisque cela nous apportera la preuve irréfutable que tu as continué tes activités de mangemorts bien au-delà de ce que tu prétends ?

- Salope... murmura l'homme.

- Mais j'en ai autant à ton service, mon cher Fulbert.

- Vous êtes tous une bande de faux-culs ! Cracha-t-il. Vous faîtes mine d'être tous blancs quand vous n'hésiteriez pas à utiliser des méthodes que la justice réprouve.

- C'est toujours drôle d'entendre un criminel parler de justice, je trouve, ricana Kécile. Et puis, tu oublies d'où je viens. Moi aussi j'ai appris à transgresser les règles pour ne respecter que les miennes. Il fut un tant où j'étais la Princesse, tu te souviens ? Cela laisse forcément des traces. Et je n'ai donc aucun mal à agir illégalement quand je le juge nécessaire. Je veux bien te légilimancer, moi... Et puis, comme méthode que la justice réprouve, il y a pire, tu le sais bien. Que dirais-tu que j'expérimente l'autre méthode, hum ?

- Tu n'oseras jamais ! Cracha Fulbert d'un air crâneur.

- Que tu crois ! Rien ne délie aussi bien les langues qu'un bon vieux doloris.

- La justice ne le permettra pas, alors ce ne sont que des paroles en l'air.

- Oh la justice, si tu veux mon avis, elle est surtout faite pour ceux qui la mérite. Et encore.

- Tu ne me fais pas peur, arrête tes menaces stupides, coupa Guhler visiblement agacé. Je sais parfaitement que tu ne pourras pas, même si tu en as envie.

- Oh, devant mes collègues, certainement pas. Mais une nuit de permanence... Qu'est-ce qui m'empêcherait de céder à mes pulsions ? Vous ne vous gêniez pas, vous autres. Les cachots, ça doit te rappeler de bons souvenirs, j'imagine. Les Lestranges et toi, vous vous payiez de belles tranches de jeux. Est-ce que tu te souviens de cette fois où vous avez torturez les Illingtons ?

Guhler cacha difficilement une expression interdite.

- Vous vouliez les briser, les réduire à des obtenir des informations de ces grands occlumens. Des horreurs, il y en a eu dans ces cachots. Mais alors là, vous avez remporté la palme... Ces pauvres Illingtons étaient tellement obstinés... qu'est-ce que vous ne leur avez pas infligé... Les doloris, ce n'étaient pas assez récréatif , n'est-ce-pas ? Trop monotones, peut-être ? Rabastan et toi vous les avez violé et comme ça ne suffisait pas, vous avez violé leur fille. Elle avait quel âge ? Sept ans ? Huit ans ? Mais ça tu t'en foutais n'est-ce pas ? Et puis comme ça ne suffisait pas, vous vous êtes dit qu'une torture plus moldue pouvait être également plus imaginative, poursuivit-elle impitoyable comme si tout cela ne l'émouvait pas alors que Guhler perdait peu à peu des couleurs. Brûlure, gavage, tout y est passé... Mais à un moment, tu as quand même craqué...

- Comment peux-tu savoir ?... souffla le mangemort. Tu n'étais pas là.

- Bellatrix et Rodolphus ont commencé à les écarteler, tu te souviens ? Dit-elle en lui prenant un bras et en posant la baguette sur son épaule. Comme ça, lentement... et ça faisait des bruits atroces. On arrivait à entendre certains craquements par dessus les hurlements, tu te souviens ? Dit-elle en tirant peu à peu le bras de l'homme qui transpirait maintenant, le visage blafard. Bellatrix adorait... ils ont eu droit aux épaules, aux poignets, aux jambes.

- Je n'ai pas fait ça, s'étrangla Guhler, les yeux exorbités.

- Non, c'est vrai, toi à ce moment là, tu as vomi. Ça rajoutait tout ce qu'il fallait au spectacle. C'était trop pour toi et tu as fini par tomber dans les pommes.

- Je ne me suis pas évanoui ! S'exclama l'homme les yeux révulsés.

- Tu préférais les brûlures ou les noyages sans doute ?

- C'est cette folle de Bellatrix qui faisait ça !

- Tu veux dire que toi tu n'étais pas aussi taré ? Tu te cantonais au bon vieux doloris ? Tu te contentais de violer des gosses. Dis-moi... j'ai de la chance qu'il ne me soit rien arrivé...

Guhler ne put retenir un rire désespéré :

- Ton père nous aurait tué !

Savage posa la main sur l'épaule de Kécile.

- Ça va aller, Kécile. Il est cuit. On a enregistré suffisamment de phrases dont il ne pourra pas se défendre devant le tribunal.

Guhler lui jeta un regard haineux que Kécile soutint sans ciller.

- Je savais que ça te ferait craquer. C'est ton pire souvenir après tout. Dommage que tu ais eu m'enseigner à combattre les épouvantards qui pullulaient dans le manoir...

Guhler sembla se remémorer un événement connu d'eux seuls.

Chambers attrapa le mangemort pour le remettre en cellule, mais alors qu'elle le levait sans ménagement, il demanda un peu hébété :

- Mais comment as-tu fait pour voir tout ça ? Personne ne t'a vu.

- Parce que tu as raison. Je n'étais pas là. Mais Bellatrix s'est chargé de tout raconter en haut. J'aurais préféré ne pas être là non plus pour ce récit... dit-elle en laissant pour la première fois son écœurement transparaître.

Quand Chambers eut emporté Guhler, le silence tomba dans la salle d'interrogatoire, comme pour laisser retomber toute cette tension accumulée qui les avaient pris à la gorge.

Et puis Leach les sortit de leur torpeur en abattant sur le mur un poing qui s'écrasa violemment en un bruit sourd. Il quitta la pièce en suivant avec un hurlement étrangement à mi-chemin entre la rage et la douleur.

Kécile fixa la porte qui avait claqué derrière lui quelques secondes avant de demander.

- Qu'est-ce qu'il a ?

- Cyril a perdu sa femme et sa fille. Ils ont été tué par des mangemorts, expliqua Savage.

- Pour ce qu'on en sait, ça pourrait tout aussi bien être Guhler le meurtrier...Pour ce qu'on en sait, elles pourraient très bien avoir subi un sort similaire aux Illingtons...

Ils remontèrent à la Ruche. Savage leur paya un café pour se remettre de leurs émotions.

Ils ne parlaient pas. Kécile parce qu'elle n'avait rien à dire, et les deux autres parce qu'ils réfléchissaient à ce qu'ils avaient entendu. Nul doute que des milliers de questions devaient tourner dans leurs esprits. Mais ils eurent la délicatesse de ne pas reparler de ce qu'ils avaient pu entendre, et Williamson lança la conservation sur Travers que Leach et lui avaient pour mission de localiser. Il semblait avoir quitté le pays après la fin de la guerre mais ils restaient à l'affût du moindre signe qui pourrait leur indiquer son retour.

Robards arriva tout d'un coup devant eux.

- Venez dans mon bureau, tous les trois, s'il-vous-plaît.

Il fit également signe à Chambers de les suivre.

- Je viens d'écouter ça, dit-il en désignant la boîte d'enregistrement. Pour n'importe qui d'autre qu'un mangemort, je ne suis pas certain que cela passerait pour des aveux, mais la justice a tellement envie de coffrer les mangemorts qu'elle s'en contentera, je pense.

- Surtout que Guhler semble persuadé qu'il s'est vendu... Il en devrait plus nier maintenant.

- Nous avons eu beaucoup de chance. La nuit blanche et l'interrogatoire continu auquel il a été soumis l'ont suffisamment fatigué pour qu'il tombe dans le piège d'une attaque émotive.

- C'était bien joué, dit Williamson avec un sourire à Kécile.

- Et très risqué, coupa Robards. Est-ce que vous réalisez ce que vous avez dit durant cet interrogatoire, Gaunt ? Et pire, la manière dont vous l'avez dit ?

- Quoi ? S'exclama Kécile avec agressivité. La communication bisounours, ça marche moyen sur un mangemort, vous savez ?

- Le menacer de torture ? Dire aussi clairement que vous vous fichez de la justice ? Et que dire de cette froideur quand vous évoquez toutes ces atrocités...

- Ecoutez, dit Kécile un peu agacée. Je ne sais pas ce que vous imaginiez, mais je suis désolée si je vous apprends que c'est ce genre de choses qu'on voit et qu'on apprend quand on grandit dans les jupes d'un mage noir. Je vous imaginais moins naïf...

- Il ne s'agit pas naïveté, Gaunt ! Tonna le Commandant. Il s'agit de vous protéger ! Avez-vous oublié ce qu'on vous a enseigné ? Un auror doit également veiller à ce qu'il dit durant un interrogatoire. Pour sa propre tranquillité.

- Il faut savoir ! Protesta Kécile qui commençait à sentir la moutarde lui monter au nez. Vous m'avez bien fait comprendre que j'étais là pour aider à capturer du mangemort parce que je suis un atout de par mon passé. Vous m'avez demandé de témoigner. En quoi ce que j'ai dit est-il différent ?

- C'est différent parce que ces choses, vous les avez dites de votre plein gré, spontanément. Je m'inquiète pour vous Gaunt. Vous n'avez pas l'air de réaliser ! Quand ce genre de choses viendra aux oreilles de vos collègues, du Ministère, des journalistes... et finalement du grand public...que pensez-vous qu'il se passera ?

Les deux aurors s'affrontèrent du regard, avant que Kécile ne baisse finalement les yeux.

- La même chose que d'habitude, j'imagine, dit-elle en haussant les épaules. Honnêtement, si le fait d'être auror et de donner de ma personne ne suffit pas aux yeux du grand public, je ne peux plus rien pour eux. Quant à mes collègues, ils ne sont pas stupides, ils savent bien qu'un interrogatoire c'est aussi un peu un jeu d'acteur et qu'il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce qu'on y dit...

- C'est votre tour d'être naïve, Gaunt, répondit Robards.

Il se tourna vers les trois autres.

- Inutile de vous dire que tout ce que vous avez pu entendre doit rester confidentiel. Quant à moi, je vais tâcher d'obtenir un jugement à huit-clos afin de limiter les dégâts. Vous pouvez rentrer chez vous, dit-il aux trois aurors. Prenez votre journée après votre nuit blanche. Gaunt, restez, j'ai encore deux mots à vous dire.

Il attendit que la porte ne se referme sur ses collègues. Puis se rassit à son bureau et fixa intensément sa subalterne.

- Est-ce que ça va, Gaunt ? Demanda-t-il avec comme un regard concerné.

- Je vous demande pardon ?

- Ce que vous avez remué ce soir n'est certainement pas anodin. Je vous demande si vous ne subissez pas de contre coups.

Kécile regarda le Commandant avec des yeux ronds. C'était bien la première fois qu'elle entendait l'homme intraitable s'enquérir des états d'âme de quelqu'un. Quoi qu'il ne devait pas avoir pour habitude de faire cela devant tous les aurors.

- Vous savez que si besoin, vous pouvez demander à consulter un psychomage. Notre spécialiste est là pour entendre ce genre de...

- Je n'ai besoin d'aucune consultation, je vous remercie, le coupa Kécile. Je vais bien, vraiment. Je ne dis pas que c'était une partie de plaisir, mais ce que j'ai raconté... je n'ai rien vu... enfin pas cette fois-là... et puis... vous savez, c'était un peu le quotidien là-bas, alors... dit-elle en haussant les épaules.

- Est-ce que vous en avez parlé à quelqu'un ?

Kécile secoua la tête.

- Pas dans le détail comme ça... à quoi bon ? ! On s'imaginerait que je suis traumatisée. Mais ce n'est même pas le cas. C'était... normal à l'époque... Vous ne pouvez pas comprendre. Et vous venez de me le dire vous même : c'est mieux que les gens ignorent ce que ça signifie vraiment d'être la fille de Voldemort si je veux avoir une chance d'être considérée normalement. Ils n'ont pas besoin de savoir ce qu'a été mon enfance. Quoi que certains abrutis puissent croire, ce n'est pas elle qui fait ce que je suis aujourd'hui.

Robards resta silencieux un moment tout en fixant Kécile d'un regard d'acier auquel elle ne se déroba pas.

- Très bien, finit-il par dire en se relevant. Dans ce cas, vous pouvez retourner à votre poste. Vous n'avez pas fait une nuit blanche vous... ajouta-t-il en ouvrant la porte.

Dans les jours qui suivirent, certains aurors émirent l'hypothèse que les attaques imprévisibles qui mettaient régulièrement le département en branle allaient cesser.

Mais Kécile avait vu juste, lorsqu'elle avait rappelé que Guhler n'était pas le dernier mangemort qui courrait toujours.

Il n'y eut pas d'autres attaques de masse comme celle du chemin de Traverse en avril dernier, mais les choses ne se calmèrent pas pour autant.

On retrouva Funestar, le langue de plomb, mort quinze jours plus tard, et tout laissait à supposer que c'était l'oeuvre de Rookwood. Les anciens de l'Ordre étaient sur leur garde. Severus ne quittait plus l'enceinte de Poudlard sans maintes précautions, peu désireux de renouveler l'échauffourée qui avait amené Ludivine à voler (littéralement) à son secours.

Lucy cachait difficilement la jalousie que lui occasionnait le succès de Kécile.

- En même temps, la pauvre, dit-elle à Harry de telle sorte que la concernée entende. Ça faisait presque cinq mois qu'elle n'avait pas arrêté qui que ce soit. Tout juste un pauvre gamin qui faisait des attaques de magie spontanée...

- Qu'est-ce que tu veux, Stansett, dit Kécile en s'approchant franchement. C'est le revers de la médaille quand on est attribué aux dossiers les plus difficiles et les plus dangereux...Plus le gibier est lourd plus il est rare... Je me doute que toi, avec tes vendeurs à la sauvette, tu n'as pas autant d'efforts à fournir. Il te suffit de te balader sur le Chemin de Traverse pour ramener ton quota. Ça ne doit pas être trop éreintant, n'est-ce pas ?

- Moi ce qui m'étonne c'est qu'en connaissant si bien ces chers mangemorts tu n'aies pas été fichue d'en retrouver davantage. Tu couvres tes copains ou quoi ?

- Toi en tout cas tu te couvres de ridicule, ça c'est sûr ! S'exclama Kécile narquoise.

- Apparemment, Guhler t'a enseigné à ce que Kimberley m'a dit.

- Elle pouvait pas la fermer, celle-là, marmonna Kécile, alors que la moitié du bureau des aurors écoutaient la conversation.

- Dis-moi, poursuivit Lucy, est-ce que c'est lui qui t'a appris les impardonnables que la rumeur dit que tu maîtrises si bien ?

- Non, ça c'est Bellatrix, dit Kécile avec un grand sourire provocant.

- Kécile, gronda Harry avec un regard d'avertissement.

- Et tu vas nous faire croire qu'il ne te reste rien de la tare de ces cinglés ?

- Peut-être, peut-être... méfie-toi ! Qui sait quand elle pourrait ressurgir ? Ricana-t-elle avant de se détourner.

- Tu cherches vraiment les ennuis... souffla Harry dans son dos.

- Et toi, tu vas finir par les trouver si tu ne mets pas le holà aux avances de cette greluche ! Claque sèchement Kécile.

- Ses avances ? Lucy ?...

Et le pauvre garçon avait vraiment l'air de tomber de la lune.

- Harry, soupira Kécile, je ne sais pas si je dois me sentir rassurée ou désespérée...

Noël pointa le bout de son nez blanc quelques semaines après la mémorable première arrestation et le tout aussi mémorable interrogatoire de Kécile.

Le réveillon se passa tout comme l'année précédente chez les Weasley. Molly étouffa Harry et Kécile en les embrassant après des mois d'absences. Harry se jura intérieurement qu'il passerait la voir plus souvent au Terrier, rien que pour éviter à nouveau de telles embrassades.

Ils retrouvèrent Ron et Hermione qui était arrivés deux jours avant au Terrier et étaient blottis l'un contre l'autre sous un vieux plaid sur le canapé, Bill et Fleur qui faisait faire son rot à leur nouvelle-née Victoire, Charlie qui se tenait devant le feu ronflant sans sembler mourir de chaud (il fallait croire que ça lui rappelait ses chers dragons), Percy et Audrey qui avaient annoncé récemment leurs fiançailles et leur mariage en février dans la foulée, et Ginny qui parlait devant le sapin en tenant la main à …. Viktor Krum.

Harry fixa un moment le joueur bulgare avant de s'avancer avec un grand sourire et de le saluer d'une poignée de main, tandis que Viktor lui rendait un regard prudent.

Puis Harry et Kécile embrassèrent Ginny.

- Tu aurais dû nous prévenir que Viktor serait là ! S'exclama Harry.

- Tu aurais pu t'en douter puisqu'on est ensemble.

- On ne savait pas si c'en était au point de le présenter à tes parents, le défendit Kécile. On est super contents pour vous deux.

- Ron arrive à se tenir alors ? Demanda Harry à voix basse.

- Il a été surprenant de sobriété, chuchota Ginny.

- Au fait, on n'a pas tellement eu l'occasion de se croiser à l'époque du Tournoi des Trois Sorciers, dit Kécile qui se présenta au bulgare.

- Je sais qui tu es.

- Et je sais qui tu es, répondit-elle avec un sourire aimable. Mais faisons les choses comme des gens normaux plutôt que comme une star de quidditch et une fille d'un mage noir trop célèbre, ça te va ?

- Ça me va, acquiesça Viktor avec un sourire timide.

- Alors tu passes Noël en Angleterre ou vous repartez en Bulgarie ?

- On fête le nouvel an avec ses amis à Sofia. Et l'an prochain ce sera l'inverse.

- Vous ne serez pas là pour Noël prochain ?! Tu as prévenu Molly ?... demanda Harry.

- Non, elle l'apprendra bien assez tôt !

La soirée se déroula dans la joie et la bonne humeur, comme on pouvait s'y attendre. Et ce qui rendit sans doute tout le monde un peu plus heureux, c'est que Georges n'était plus un fantôme qui errait l'âme en peine dans la maison. On ne pouvait le comparer au pétillant et fringuant jumeaux qu'il avait été autrefois. Cette personne avait disparu avec Fred. Mais il avait repris goût à la vie, retrouvé le sens de l'humour et parlait enfin d'avenir. Il avait trouvé une associée formidable pour son magasin : Angelina Johnson, l'activité battait à nouveau son plein, et ils avaient tous les deux repris un projet du temps des deux jumeaux : ouvrir un second magasin à Pré-au-lard afin de se rapprocher de leur plus fidèle clientèle.

Les mariages furent aussi au cœur des discussions, et cela ravissait Molly au plus haut point. Elle était en total adoration devant Victoire, et elle ne cachait absolument pas son empressement de voir bientôt débarquer chez elle une ribambelle de petits enfants. Ceux de Harry et Kécile inclus.

Teddy et Andromeda se joignirent bons derniers aux festivités et le petit garçon de deux ans et demi, trotta avec bonheur de l'un à l'autre avant de venir s'installer sur les genoux de Harry sur lesquels il finit par s'endormir.

Kécile, en voyant le tableau, réalisa que Harry était tout à fait prêt à devenir papa. Une bouffée d'angoisse l'envahit. Elle n'y avait jamais vraiment réfléchi, mais là, comme ça, elle pouvait dire qu'elle ne se sentait pas prête à devenir maman. Harry n'en avait jamais parlé, mais nul doute que Teddy devait lui donner des idées. Aborderait-il le sujet après leurs fiançailles ? Elle avait encore quelques mois devant elle. Peut-être même un an puisque leur mariage était prévu pour janvier de l'année suivante. Mais est-ce qu'elle serait davantage prête à avoir des enfants d'ici-là ?...

Molly était justement en train de parler du mariage de Percy et Audrey , catastrophée du peu de temps qu'ils avaient pour tout organiser.

Une dispute faillit éclater lorsque Molly apprit qu'elle n'aurait pas voix au chapitre puisqu'ils avaient fait appel à une wedding planer.

- C'est un concept moldu, expliquait Audrey avec entrain, parfaitement inconsciente de la colère contenue de sa futur belle-mère. Une de mes amies de Serdaigle très douée en enchantement a importé le concept et l'a adapté au monde sorcier. Vous verrez ça sera extraordinaire.

- Mais est-ce que l'extraordinaire est ce que vous souhaitez ? Demanda doucement M. Weasley. C'est très personnel un mariage.

- Bien sûr ! Et Lisbeth est très attentive à nos attentes et à nos goûts. Mais un mariage, c'est aussi un jour à marquer d'un grand coup. Si on ne fait rien d'exceptionnel ce jour-là, alors quand ?

- Et vous Ron, Hermione ? Attaqua Molly. Vous n'allez pas faire appel à une wedding... je ne sais pas quoi, n'est-ce pas ?

- Non. On aimerait faire quelque chose ici, comme Bill et Fleur si vous êtes d'accord. Très simple, précisa Ron.

- Par contre il va y avoir du monde... dit timidement Hermione.

- Tous vos amis et invités sont les plus que bienvenus chez nous, ma chérie, la rassura Molly tout d'un coup rassérénée. Mais le mois de juin va arriver vite, alors on devrait passer quelques week-end à organiser tout cela très vite.

- Quelques week-end ?! Mais Maman, j'ai déjà du mal à voir Hermione à mon goût durant ces dits week-ends, alors si en plus tu me l'enlèves.

- Mais tu n'as qu'à venir aussi, Ron, fit Hermione un brin moqueuse. Après tout, ce mariage te concerne directement, non ? Mais en revanche Molly, il faudra attendre le mois de février. Ron et moi avons trouvé un appartement. On déménage dans quinze jours, annonça-t-elle.

- Quoi ?! S'exclama Harry, manquant de réveiller Teddy au passage. Pourquoi vous ne me l'avez pas dit plus tôt ?

- On voulait l'annoncer ici, et puis on a eu la confirmation la semaine dernière seulement.

- Mais c'est super ! S'exclama Kécile alors que Harry semblait beaucoup moins réjoui par la nouvelle. Où allez-vous habiter ?

- Camden Town.

- Mais c'est hors de prix ?!

- On a eu de la chance... reconnut Hermione.

- Et donc, lança Ron joyeusement, vous êtes tous conviés à notre pendaison de crémaillère le premier samedi de février !

On trinqua à la nouvelle.

- Et vos fiançailles ? Demanda Molly à Harry et Kécile.

- On va faire une réunion plutôt informel au square. Vous y serez conviés avec Ludivine, Albus, Severus et les anciens lieutenants de l'AD.

- Et la date du mariage est fixée ?

- On a décidé de faire ça le week-end qui suivra la commémoration de la Bataille de Poudlard l'année suivante.

- En janvier ? Quel idée ! S'exclama Fleur.

- On fera ça au Clos-La-Rive, le climat y est plus doux, on aura une enchanteresse sous la main. Et pour nous cette date a une valeur symbolique plus importance que la météo.

- Je vous comprends, mes chéris, approuva Molly. C'est un très bon choix. J'imagine que ce sera Ludivine qui préparera tout ?

- Probablement qu'elle se chargera de beaucoup de choses. Mais je suis certaine qu'elle apprécierait vos conseils et votre expérience en la matière, dit Kécile. Ce n'est pas comme si elle avait assisté à beaucoup de mariages...

Kécile était certaine que l'offre de participer à l'organisation du mariage de Harry toucherait beaucoup Molly. Et elle imaginait bien les deux femmes s'entendre.

Un peu plus tard dans la soirée, alors que les filles étaient entre elles tandis que Molly écoutait religieusement Celestina Moldubec à la radio et que les hommes étaient partis prendre l'air, un petit jeu s'instaura alors que chacune racontait la manie ou le défaut qui l'agaçait le plus chez son fiancé ou petit-ami.

- Moi, dit Hermione sans hésiter, c'est sa manie de toujours manger comme s'il n'avait rien avalé depuis une semaine...

- Ce qui m'agace, c'est que Viktor a tendance à s'énerver pour des broutilles qui n'en valent pas la peine.

- Percy est incapable d'écrire trois mots sans retailler sa plume au préalable. Même pour une liste de course ! C'est juste... des fois, tu as envie de la lui faire bouffer, sa plume !

Les autres éclatèrent de rire et se tournèrent vers Fleur.

- Bill a un défaut : c'est impossible de se disputer avec lui. Il est trop parfait, et il ne s'énerve jamais. Du coup... je fais les disputes toutes seules. Et en français.

Nouvel éclat de rire.

- Et toi, Kécile ?

- Moi, ce qui m'agace en ce moment, c'est l'aveuglement de Harry face à une de nos collègues qui le drague ouvertement sans que cet idiot ne fasse rien pour lui faire comprendre que ça suffit. Il ne remarque rien ce grand dadais...

- Lucy continue encore son manège ? S'étonna Hermione.

- Oui, et le manque de réactivité de Harry n'a pas l'air de la décourager. Et comme je ne peux rien dire sans déclencher un cyclone dans le département et dans la presse en suivant, je me retrouve à grincer des dents en silence et Harry dit que je suis jalouse.

- Et bien, moi j'ai une solution toute trouvée à ton problème ! S'exclama Ginny avec un regard digne des jumeaux.

- Ah bon ? Fit Kécile dubitative.

- Un petit colis de Weasley farces et attrapes...

- Je ne vois pas en quoi ça va résoudre le problème, dit Fleur.

- Non, c'est vrai mais qu'est-ce que ça ferait du bien ! S'exclama Kécile avec un grand sourire.