Chapitre 133 : Daphné Greengrass

Le lendemain, en ce 25 décembre, Harry et Kécile retrouvèrent Albus et Ludivine, ainsi que Severus au Clos-La-Rive.

- J'ai invité Luna et Xenophilius à venir passer Noël avec nous, taquina Ludivine. Mais curieusement, lorsqu'il a su que tu serais là, Severus, il a décliné poliment l'invitation.

Severus ne chercha pas à cacher sa satisfaction.

Après le petit déjeuner tardif qu'ils s'étaient tous octroyés autour d'une table couverte de viennoiseries, chocolats, fromages, fruits et confitures en tous genres qui auraient suffi à les nourrir tous les matins pendants quinze jours, ils s'offrirent leurs présents.

Severus tomba des nues quand Harry lui tendit un cadeau.

- Joyeux Noël, professeur.

- En voilà une idée, Potter ! Vous savez bien que je n'ai pas de cadeau pour vous.

- Bien sûr, professeur, je n'en attendais pas. C'est pour vous remercier des cours particuliers que vous m'avez donnés, et de toutes vos corrections. Après tout, vous n'étiez pas obligé et je n'ai jamais pris la peine de vous remercier correctement.

- Dans ce cas, j'accepte, merci Potter, dit Severus avec l'air d'avoir reçu un coup de massue sur la tête.

Kécile jeta un regard reconnaissant à Harry tandis que le professeur déballait son présent.

Un sifflement lui échappa. Installées sur un petit présentoirs, une dizaine de fioles contenant un liquide translucide étaient étiquetées du nom d'un serpent rare.

- Nom d'un chaudron Potter ! C'est de la folie.

Harry haussa les épaules.

- C'est la seule chose que j'étais à peu près certain que vous n'auriez pas.

Un peu plus tard, après le déjeuner dont ils étaient sortis tous les cinq repus, Kécile vint se pelotonner dans les bras de Harry devant la cheminée et lui souffla :

- Merci pour Severus. Ça l'a vraiment touché, tu sais ?

Harry esquissa un sourire avant de l'embrasser. Il avait eu raison de faire ce présent à son ancien professeur : c'était aussi un cadeau pour Kécile.

Un peu plus tard dans l'après-midi, alors qu'ils commençaient à digérer leurs excès, Albus et Severus étaient plongés dans une discussion sur le venin de serpents et Harry proposa à Kécile de sortir pour essayer les patins à glace magiques que lui avaient offert Albus. Il n'avait aucune idée de la raison qui avait pu pousser le vieil homme à lui offrir une chose pareille, mais il trouvait l'idée finalement assez amusante et avait l'intention d'aller tester son équilibre sans doute précaire sur l'étang aux poissons qui avait gelé derrière le manoir.

Kécile eut une moue en regardant le temps gris et bouché dehors et les traces de neige qui subsistaient ici et là depuis 15 jours.

- Je n'ai pas tellement envie d'aller me geler les fesses...

- Allez, insista Harry en lui faisant les yeux doux, ça va être marrant.

- Mais il fait froid ! Gémit-elle.

- Et si je te promets de trouver un moyen de te réchauffer après ?

- Bon d'accord, céda Kécile avec un soupir amusé. Mais vas y devant tout seul, je te rejoins après, je dois parler à Ludivine.

- Tu ne cherches pas à te défiler ?

- Non, promis, j'arrive. Allez, va faire joujou avec ton nouveau jouet ! Dit-elle en poussant Harry dehors.

- Tu me rejoins pas dans une heure, hein ?!

- Ne t'inquiète pas, je te retrouve avant que tu en ais marre de te casser la binette ! Je ne voudrais pas manquer ça !

Et Harry lui tira la langue avant de partir en courant, les patins se balançant dans sa main.

Kécile retourna au salon. Depuis la veille, une préoccupation n'avait pas cessé de tourner dans son esprit, et elle avait décidé de s'en ouvrir à la personne qui lui semblait la plus appropriée en la circonstance.

- Je peux te parler ? Demanda-t-elle à sa mère à voix basse. Allons dans la bibliothèque.

- Pourquoi tous ces secrets ? Questionna Ludivine qui l'avait suivie avec curiosité.

Elle referma la porte et posa un regard interrogateur sur sa fille.

- Severus ne s'est pas fait prier pour venir, cette fois, j'ai l'impression ? Commença Kécile.

- Non, répondit Ludivine avec un sourire tendre.

- Imagine que ça marche et que vous soyez ensemble... est-ce que tu voudrais avoir des enfants avec lui ?

Ludivine éclata de rire.

- Comme tu vas vite en besogne ! Le jour où on en sera à se poser cette question, on aura bien avancé !

- Je sais bien, mais en théorie... insista Kécile

- Je ne suis pas du tout certaine que lui l'acceptera, mais j'aimerais beaucoup oui. Est-ce que ça te dérangerait ?

- Quoi ? Oh non !

- Alors pourquoi cette question ?

- Et bien, c'est que... tu vois, hier, j'ai réalisé que Harry un jour ou l'autre va finir par vouloir des enfants. Et je ne suis pas sûre d'en vouloir.

- Est-ce que tu sais pourquoi ?

- Ça... ne représente pas beaucoup d'intérêt pour moi. Je veux dire, hormis d'être mignon et de pleurer... je ne vois pas l'intérêt d'un bébé.

- Mais Kécile ! S'exclama Ludivine. Un enfant ne reste pas éternellement bébé. Et les choses sont différentes lorsqu'il s'agit de ton bébé. Le bonheur c'est aussi de le voir grandir, de l'éduquer et de l'aider à s'épanouir. C'est pour ça que j'aimerais avoir d'autres enfants. Parce que je n'ai pas eu cette chance avec toi. Pour moi tu es passée sans transition du stade de nourrisson à celui d'adulte. J'ai perdu la chance d'avoir une relation mère-fille avec toi et je veux vivre ça au moins une fois dans ma vie.

- Je n'ai probablement pas l'instinct maternel... grommela-t-elle. Quand je t'écoute ça ne réveille rien en moi...Et puis ce n'est pas comme si j'avais eu des modèles de parents non plus... Je vais le traumatiser le gamin !

- Il y a des tas de manière d'être Maman. Et d'être une Maman formidable. De toute manière, tu n'auras pas beaucoup de mal à faire mieux que tes deux parents, n'est-ce pas ? Ajouta Ludivine d'une voix plus douce.

- Et c'est censé me rassurer ? Demanda Kécile sans masquer sa perplexité.

- Ecoute, le mieux que tu ais à faire, c'est d'en parler à Harry. Il doit savoir ce que tu éprouves. C'est à lui de te rassurer et de te laisser le temps. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée d'enfouir cette crainte jusqu'à ce que la situation ne l'oblige à se montrer...

Les deux femmes restèrent un moment silencieuses jusqu'à ce que Kécile ne sorte de sa réflexion et dise avec un sourire narquois:

- Et donc, tu voudrais obtenir de Severus qu'il devienne Papa ?! Bon courage !

Kécile rejoignit comme promis Harry près de l'étang. Le pantalon trempé et la mine concentrée, le jeune homme s'échinait à se tenir debout sur la glace et Kécile le regarda faire, dubitative.

- Je me demande bien pourquoi Albus a eu l'idée de t'offrir des patins à glace, vraiment...

- Et bien, je trouve que c'est une excellente idée, moi ! Dit-il en la rejoignant sur la rive. J'imagine que c'est parce que je lui ai dit que je n'en avais jamais fait. On pourrait aller à la patinoire un jour tous les deux ?

Kécile le regarda dépitée.

- Beaucoup trop glissant à mon goût...

- Ron sera sans doute de ton avis, alors j'irai avec Hermione ! Bande de sang-purs, dit-il en plaisantant. Donc tu ne veux pas essayer ?

- Merci, Harry, je te laisse t'amuser...

Mais alors que le jeune homme se redressait péniblement, Kécile lui tendit la main et finit par se tenir à ses côtés sur la glace pour l'aider à se stabiliser. Elle se sentait stupide à devoir marcher les pieds plats pour ne pas glisser, mais Harry avait l'air d'apprécier.

- Ça va Kécile ? Finit-il par demander au bout d'un moment.

- Oui pourquoi ?

- Tu es bien silencieuse.

- Toi aussi !

- Eh ! S'exclama Harry. Ça demande de la concentration ces trucs ! Mais en fait j'étais en train de penser qu'avec les Dursley, je n'ai jamais appris à nager correctement, ni à faire du vélo.

- Moi non plus, avoua Kécile.

- Je m'en doute... Alors je me disais qu'on pourrait prendre des cours ensembles, qu'est-ce que tu en dis ?

Kécile acquiesça, plus pour lui faire plaisir que par réel intérêt pour ces activités.

- Je ne suis pas sûre que ce soit très utile, mais ça doit être agréable, concéda-t-elle. On pourra faire comme tous ces amoureux moldus et pédaler ensemble le long de la Tamise ou de la Loire ! Dit-elle en souriant.

Ce soir-là, lorsqu'elle se coucha, Kécile fixa le plafond de la chambre en proie à un profond dilemme. Elle avait repensé à ce que lui avait dit Ludivine toute la journée. Elle devait parler à Harry. Mais elle avait peur de le blesser ou de le décevoir. Que se passerait-il si décidément elle ne voulait pas avoir d'enfants et que lui y tenait absolument ? Est-ce qu'il la quitterait ? Une douleur fulgurante lui enserra les entrailles et lui coupa le souffle.

Harry vint se coucher à côté d'elle et commença à l'embrasser. Elle y répondit avec quelque chose de désespéré. Puis Harry commença des caresses lentes et appuyées et elle se laissa faire pensivement.

Le jeune homme finit par s'interrompre.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il à brûle pour point. Et ne me réponds pas rien, s'il-te-plaît. Je vois bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas aujourd'hui.

Elle ne répondit pas.

- Kécile ? Insista-t-il.

- Est-ce que tu veux des enfants, Harry ? Lâcha alors Kécile en dardant un regard perçant sur son amant.

Harry haussa les sourcils déconcertés.

- Oui bien sûr ! Je n'y pensais pas là maintenant, mais... Tu veux qu'on... enfin tu veux qu'on ait des enfants là, maintenant ? Interrogea-t-il visiblement pris au dépourvu et se méprenant complètement sur la question de Kécile. Est-ce que tu veux qu'on... tu veux arrêter la contraception ?

Kécile ferma les yeux, consternée. C'était pire qu'elle ne l'imaginait. Harry semblait prêt à devenir père dans les mois qui venaient si ça avait été ce qu'elle souhaitait.

- Kécile ? Demanda Harry qui ne comprenait plus du tout la réaction de celle-ci.

- Non Harry, dit-elle d'une voix étranglée. Je ne veux pas du tout qu'on arrête la contraception. En fait, je... laisse tomber, j'ai la réponse à ma question.

- Kécile ! S'exclama Harry qui sentait qu'elle se dérobait. Qu'est-ce que tu voulais me dire ?

Il s'assit dans le lit et lui dit :

- On va se marier, Kécile... Je ne sais pas, je ne suis pas un spécialiste, mais ta question ne me paraît pas bizarre. Donc j'y réponds : Oui j'aimerais avoir des enfants. Et si tu veux savoir quand et combien, ce qui apparemment est une question fréquente chez les femmes, je t'avouerai que je n'en ai pas la moindre idée.

Kécile le regarda en silence, ne pouvant se résoudre à laisser la phrase fatidique franchir ses lèvres.

Mais Harry comprit tout seul.

- Toi, tu ne veux pas d'enfants, c'est ça ? Dit-il à voix basse.

Kécile ne lui opposa aucun démenti. Le silence s'installa alors que Harry digérait la nouvelle.

- Tu penses qu'un jour tu en voudras, ou …

- Je ne sais pas Harry ! Le coupa Kécile. Je ne sais pas... Peut-être que ça changera, peut-être pas... j'ai juste l'impression que ça ne fait partie de mon univers, tu vois... je n'ai jamais été une gosse normale et je ne souhaite pas infliger ça à n'importe quel gamin. Mais je ne sais pas comment réagir avec les enfants, encore moins avec les bébés. Quand Teddy est là, je me sens juste de trop ! Avoua-t-elle avec des larmes dans les yeux. C'est comme si on ne venait pas de la même planète. Comme si lui il était né d'êtres humains, et moi apportée par une cigogne comme disent les moldus...

Harry lui murmura de ne pas se mettre dans des états pareils. Il comprenait. Lui aussi, ça lui faisait un peu peur. Mais il se disait qu'il ne pouvait que faire mieux que les Dursley.

- C'est sûr qu'on n'a aucun modèle. Mais on sait exactement ce qu'on ne veut pas que nos enfants vivent. Et pour le reste, on fera comme tous les parents, on pataugera !

- Mais je n'ai pas d'instinct maternel, Harry ! Quand je vois un bébé, je n'ai pas envie de le prendre dans les bras. Quand je vois un gosse, je n'ai pas envie de le protéger...

- Toutes les mamans ne ressemblent pas à Molly. Pense à Hermione : elle a un boulot très prenant, et elle a bien l'intention d'avoir une vie de famille. Et je suis certaine qu'elle gérera avec brio. Et tu ne seras pas toute seule. Je serai là aussi !

Mais dans les yeux de Kécile, Harry ne voyait que la crainte.

- Ecoute, de toute manière, je n'avais pas prévu de donner naissance à des petits Potters avant un ou deux ans au moins, alors détends toi et laisse cette question de côté. On en reparlera dans quelques années, d'accord ?

- C'est vrai, Harry ? Tu me laisserais quelques années ?

- Il n'y a aucune urgence que je sache ! On n'a même pas vingt ans ! On a encore vingt autres années devant nous pour fonder une famille. Et si d'ici là, tu n'as toujours pas envie de donner naissance à des petits monstres qui feront tourner leurs parents, leurs grands parents, et Severus Rogue en bourrique, on en reparlera.

Kécile se sentit brusquement soulagée en réalisant que Harry n'avait aucune envie de rompre avec elle, même une fois ses doutes émis. Elle l'attira à lui pour l'embrasser et le remercier de la plus délicieuse des manières.

Le lendemain matin, lorsqu'ils se levèrent, les autres avaient petit-déjeuner depuis longtemps, et Albus était retourné à Poudlard. Severus avait accepté de rester déjeuner avant de rentrer à l'école. Le couple décida de profiter à nouveau de la connexion avec le bureau du directeur pour regagner l'Angleterre.

Ludivine et Kécile firent un peu de musique ensemble et Severus alla s'asseoir dans le salon où elles jouaient pour lire un livre. Harry, un instant désœuvré, finit par l'imiter, mais il passa plus de temps à écouter les deux femmes qu'à lire les lignes serrées qui s'alignaient sous ses yeux. Il n'arrivait pas à déterminer si Severus écoutait la musique sans en avoir l'air ou s'il l'ignorait simplement.

Et puis on frappa à la porte. Quelques minutes plus tard, Dina ouvrait la porte du salon sur M. Lovegood.

- Xenophilius ! Quelle bonne surprise. Luna n'est pas avec vous ?

- Non, elle reviendra le deux janvier, m'a-t-elle dit. En réalité, j'espérais vous trouver seule, dit-il en coulant un regard vers Severus.

Mais celui-ci lui rendit un regard hautain, signifiant qu'il avait parfaitement compris le visiteur, mais qu'il ne bougerait pas.

- Mais à vrai dire, ça ne fait rien, ce que je vais vous dire n'est pas un secret.

- Vous piquez ma curiosité, Xenophilius, répondit Ludivine avec son habituelle affabilité.

- Et bien voilà, cela fait quelques mois que nous nous connaissons maintenant et je dois dire que depuis la mort de ma femme, jamais je n'ai ressenti autant de compréhension et d'ouverture d'esprit chez quelqu'un d'autre que vous.

Kécile sentit dès les premiers mots de l'homme une sonnette d'alarme hurler dans sa tête, et apparemment, Ludivine avait le même pressentiment. La mine de Severus s'assombrissait à une vitesse inquiétante.

- Xenophilius, je ne suis pas certaine que ce soit le moment...

- Si, c'est parfaitement le moment, au contraire, Ludivine, dit l'homme qui la dominait de sa haute silhouette. Je viens vous demander d'envisager que notre relation aille au-delà de l'amitié qui nous unit.

- Xenophilius, j'apprécie beaucoup votre compagnie, et je vous remercie pour votre sincérité et de me faire confiance pour vous ouvrir ainsi. Mais je ne pense pas que nous dépasserons jamais le stade de l'amitié. Je... mes sentiments vont vers quelqu'un d'autre, ajouta-t-elle en glissant en direction de Severus qui observait la scène, roide sur son fauteuil.

- Je vois... murmura l'homme en suivant le regard de Ludivine.

Son visage naturellement pâle s'était décomposé.

- J'espère, dit-il dans un souffle, que cette personne se rend compte de la chance qu'elle a...

- J'ose croire que rien n'est perdu encore, je vous remercie, répondit-elle très doucement.

Un silence embarrassé s'abattit dans le salon, avant que Xenophilius ne retrouve ses esprits et prenne maladroitement congé. Kécile ne se souvenait pas avoir vécu un moment aussi gênant de toute sa vie. Ludivine raccompagna le visiteur sur le perron, et lorsque la porte se referma derrière eux, Kécile jura avoir entendu Severus laisser échapper un soupir de soulagement.

Le lendemain, Harry et Kécile retournaient à la Ruche. Le département était un peu sur les dents ces derniers jours, car l'arrestation de Guhler n'avait pas permis l'identification des meneurs des attaques, et le Ministre craignait une attaque symbolique le jour anniversaire de la Bataille de Poudlard.

Les aurors enchaînaient les planques et les écoutes. Robards renouvelait ses appels à la prudence auprès des différents membres de l'Ordre du Phénix.

Entre Noël et le premier de l'An, Harry et Kécile rentrèrent tous les soirs d'humeur plutôt morose, d'autant plus lorsqu'ils voyaient Ron et Hermione qui faisaient leurs cartons, après des heures à guetter dans le froid le moindre geste suspect de sorciers supposément affiliés aux Mangemorts. Même l'humour de Savage et son sens de l'observation ne parvenaient plus à rendre ces heures interminables.

Le jour de l'an, Harry et Kécile le passèrent de garde avec Savage, Fiertalon, Neville et son coéquipier. Ron avait été désolé de les abandonner, mais avait été à une soirée organisée par Georges et Angelina. C'était un événement à marquer d'une croix rouge qu'il n'avait pas voulu manquer.

Le 5 janvier arriva, les aurors furent sur les dents, mais rien ne se produisit.

L'ambiance à la Ruche se détendit dans les jours suivants, d'autant que deux Mangemorts de la jeune génération avaient été interpellés à la suite des surveillances.

Harry et Kécile avaient tous les deux leur week-end de libre pour compenser leur astreinte le jour de l'An, et avaient décidé que leur bonne résolution de l'année serait d'apprendre à nager. Ils sortaient donc de leur première leçon de natation qui leur avait valu quelques fous rires et quelques tasses sous les beuglements du maître nageur qui avait comparé la nage de Harry à celle d'un têtard atrophié. Kécile quant à elle, avait tendance à couler comme une pierre dès qu'elle nageait sans la bouée. Têtard ou pas, Harry avait au moins un minimum d'instinct.

Ils décidèrent ensuite de déjeuner au Chaudron Baveur. Ce n'était pas souvent qu'ils sortaient en public à visage découvert dans le monde sorcier, mais Tom leur assura une relative tranquillité en jetant des regards menaçants à quiconque faisait mine de vouloir les déranger.

Un homme entra précipitamment dans le bar et s'affala essoufflé devant Tom.

- Il y a une attaque... dit-il paniqué. Les mangemorts...

Harry et Kécile bondirent de leurs chaises qui tombèrent à la renverse et se précipitèrent sur le Chemin de Traverse.

Des gens commençaient à courir en direction du Chadron Baveur, de Gringotts et les marchands faisaient rentrer les badauds dans leurs boutiques avant de baisser les rideaux de sécurité. Les deux jeunes aurors remontèrent à contre courant de ce mouvement de foule qui prenait de l'ampleur de secondes en secondes jusqu'à arriver à proximité de l'allée des embrumes. Des bruits de sorts provenaient de ce bas quartier.

Harry et Kécile dévalèrent les longues marches inégales, baguettes au point. C'était devenu instinctif, Harry marchait en tête à l'offensive, tandis que Kécile derrière lui les couvrait, l'oeil aux aguets. Un maléfice pouvait arriver de partout dans ce quartier où les aurors n'étaient certainement pas les bienvenus.

Elle fit bien, car alors qu'ils allaient tourner l'angle de la ruelle où d'où semblaient venir les bruits de la bataille, un sort fusa d'une échoppe par la fenêtre restée ouverte. Kécile n'eut que le temps de faire se baisser Harry avant de répliquer. Dans la pénombre, une silhouette ouvrait une porte qui devait donner sur l'arrière boutique. Mais un sort visa la silhouette qui s'abattit avec fracas sur le comptoir, renversant une série d'artefacts dans un cliquetis métallique.

Harry et Kécile surgirent brusquement sur les combattants et Harry commença aussitôt à ensorceler tout ce qui bougeait, aux prises avec deux Mangemorts dès les premières secondes. Kécile pour sa part prit quelques secondes pour étudier la scène : une dizaine de mangemorts avaient acculé trois sorciers qu'elle reconnut immédiatement, car il s'agissait des deux sœurs Greengrass et de Draco. Un coup d'oeil entre le Serpentard et Kécile, et aussitôt le soulagement se peignit sur le visage de celui-ci. Harry venait d'abattre l'un des mangemorts, et aussitôt Kécile se chargea de le dégager du passage et de le ligoter solidement en s'assurant qu'aucun de ses acolytes ne pourraient le libérer. Un mangemort l'avait vue faire et crut la prendre par surprise mais Kécile, rodée par les entraînements, roula vivement au sol et visa le mangemort pendant sa chute et il s'abattit inerte sur le pavé. Les mangemorts étaient huit contre cinq et pris en tenailles. L'un d'eux commença alors à jeter des sorts de Mort à tout va, et c'était une folie dans un endroit aussi exigu où les rayons pouvaient rebondirent sur les murs. Draco et Astoria évitaient comme ils pouvaient les fusées vertes et Harry se démenait pour tenter d'abattre le forcené alors que Kécile avait fort à faire pour l'empêcher de se faire toucher. Tout se passa très vite : Un doloris d'un autre Mangemorts réussit à frapper Draco qui hurla, Astoria visa le responsable d'un sort qui envoya l'homme valdinguer contre le mur en un craquement horrible, bousculant au passage le fou furieux dont le maléfice dévia et alla frapper un mangemort qui s'écroula, alors que Kécile, profitant de l'ouverture, visa l'homme d'un avada qui s'effondra mort à son tour. Trois mangemorts venaient d'être abattus en quelques secondes. L'instant d'après, l'attention générale fut détournée par l'arrivée de quatre aurors, Savage et Fiertalon en tête. Ils eurent à peine le temps de viser qu'un mangemort lança un dernier avada puis transplana, donnant le signal à tous les autres. Un hurlement de douleur retentit au même moment. Harry et Kécile se précipitèrent vers Astoria qui tenait le corps sans vie de sa sœur. Au moment même où les Mangemorts fuyaient, Daphnée avait été fauchée, alors qu'elle se croyait sauvée.

- On arrive après la bataille, ragea Fiertalon.

Mais des corps inertes ou ligotés jonchaient le sol. Le Commandant se figea en voyant le tableau. Puis il s'approcha des corps sans vie. Le premier était Avery junior, celui qui avait visé Draco d'un doloris.

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ? Demanda Robards en constatant l'angle bizarre de la nuque du Mangemort.

- Impedimenta lancé avec un peu trop d'enthousiasme.

- C'est moi ! Cracha Astoria à travers ses pleurs, qui n'avait visiblement pas l'ombre d'un remord.

- Et celui-là ?

- Abattu par mégarde par son collègue qui envoyait ricocher des avadas dans tous les sens.

L'homme était un autre jeune mangemort que Kécile ne connaissait que de vue.

- Et lui ? Demanda Robards en se penchant sur le dernier cadavre, celui que Kécile avait abattu d'un sort mortel.

- Pareil, coupa Harry alors qu'elle ouvrait la bouche pour se justifier. Il a été atteint par un de ses propres sorts.

Kécile referma la bouche et se retint de couler un regard vers Harry. Un auror l'aurait forcément vue faire et c'était probablement mieux que personne ne sache.

- Je pense que c'est Rookwood, ajouta-t-elle simplement alors que le Commandant lui retirait son masque.

Le visage du célèbre Mangemort resté Langues-de-Plomb au Ministère fut dévoilé aux yeux de tous.

Les deux derniers mangemorts, ceux qui avaient été ligotés furent démasqués à leur tour.

- Tiens, tiens, s'exclama Robards. Mais ne serait-ce pas là notre Alban Cohet ?

Il fit signe aux aurors pour leur ordonner d'emmener les Mangemorts, morts et vivants au Ministère.

Puis il se pencha vers Astoria et Draco qui encadrait le corps sans vie de Daphné.

- Je suis désolée, Mademoiselle... Un auror va vous raccompagner chez vous avec votre sœur. Mais je vais devoir vous demander de venir faire votre déposition au bureau des aurors demain.

- Je comprends, murmura Astoria.

- M. Malfoy, j'aimerais que vous veniez avec nous et les aurors Potter et Gaunt, que nous puissions reconstituer les faits ensembles.

Draco acquiesça, le visage défait.

Moins d'une demi-heure plus tard, ils étaient tous les trois dans le bureau du Commandant.

- Cinq Mangemorts mis hors d'état de nuire un jour de congés, vous faites fort, jeunes gens...

- On était dans le coin, dit Harry en haussant les épaules. Le hasard...

- J'ai surtout eu beaucoup de chance, intervint Draco. Si vous n'étiez pas intervenus on y serait passé tous les trois !

- Peut-on savoir ce que vous faisiez dans le quartier des embrumes, M. Malfoy ?

- Daphné voulait aller voir un négociant en artefacts de magie noire pour se débarrasser de quelques objets que les Greengrass avaient conservé chez eux et qui faisaient mauvais genre dans le tableau. Astoria m'en a parlé et j'ai cherché à les en dissuader car Barjow et Beurk, le seul à peu près fréquentable dans ce domaine, a fermé boutique durant la guerre. On ne l'a pas revu depuis et des bruits courent qu'il a eu à faire à Voldemort. Daphné a voulu aller voir quelqu'un d'autre. Je n'étais pas tranquille à l'idée de les savoir là-bas, alors je les ai accompagnées. Sauf qu'au lieu de les protéger je les ai mises encore plus en danger, dit-il la mâchoire serrée. J'aurais dû me douter que j'étais suivi... Et ils ont saisi l'occasion que je leur ai offert sur un plateau d'argent...

Kécile n'avait jamais vu Draco aussi abattu. Elle lui serra l'épaule en guise de soutien tandis que Harry relatait au Commandant leur intervention. Il s'en tint à sa première version sur la mort de Rookwood. Robards n'eut aucun mal à croire sa version, ou du moins ne montra aucun doute, lorsqu'il lui expliqua que peu après leur arrivée Rookwood avait disjoncté et commencé à jeter des avadas à tout va, ce qui d'abord était extrêmement épuisant et de plus particulièrement dangereux dans un endroit comme cette ruelle.

- On a eu beaucoup de chance et on doit dire merci aux entraînements que vous nous avez fait suivre.

- Vous avez su en tirer le meilleur profil, Potter, c'est à vous qu'en revient le mérite. Vous avez eu Rookwood, et même mort, c'est une très belle prise.

- Je pense que Travers était là, intervint Kécile.

Les trois hommes tournèrent leur regard sur elle.

- Je pense que c'est lui qui a tué Daphné Greengrass. Je suis à peu près certaine d'avoir reconnu cette voix.

Robards hocha la tête.

- Ce qui veut dire qu'il est revenu sur le sol britannique. Cette information sera communiquée à Leach et Williamson.

Lorsque les deux aurors eurent enregistré leur rapport et que Draco eut fait sa déposition, ils quittèrent la Ruche.

- Est-ce que ça va aller, Draco ? Demanda Kécile avec sollicitude.

- Je vais retrouver Astoria. La moindre des choses, c'est que je sois là pour elle si elle le souhaite.

- Sois prudent, Draco. Travers est encore tout à fait capable de mener d'autres attaques et qui sait si d'autres jeunes dont nous ignorons l'existence ne sont pas en train de prendre la relève.

Draco accepta l'étreinte de Kécile puis tendit la main à Harry en le remerciant. Celui-ci accepta la poignée de main avec surprise et regarda le jeune Serpentard s'en aller, encore sous le choc.

- Comme quoi tout arrive...

Lorsqu'ils eurent regagné la sécurité et le calme du Square Grimmaurd, Harry se planta devant Kécile et lui dit:

- J'espère que tu ne vas pas me refaire ce coup-là à chaque combat...

- Je suis désolée...

- J'espère bien...

- C'est parti tout seul...

- Et tu crois que ça va me rassurer ?

Kécile soupira.

- Ecoute, il fallait l'arrêter de manière définitive, c'est... une sorte de réflexe, tu vois. Alors je sais qu'il va falloir que j'apprenne à contrôler ça, mais... tu ne vas pas me dire que j'ai eu tort !

- Rookwood était un salaud et c'est bon débarras, mais la question n'est pas de savoir s'il l'a mérité ou non ! C'est que ça peut te coûter ton poste et pire t'envoyer en prison ! Tu as un peu trop tendance à oublier que ces sorts sont interdits nom d'une chouette ! Ce n'est pas parce que les Mangemorts les utilisent que tu dois en faire de même. Je ne pourrais pas toujours te couvrir...

- Je sais Harry. Je suis vraiment désolée. Je …. je ne peux pas te promettre que je ne recommencerai jamais mais... je vais essayer.

Harry la prit alors dans les bras et murmura :

- Je m'inquiète pour toi, Kécile. Ce salopard, je me fous complètement de savoir comment il est mort. Mais j'ai peur pour toi...

Kécile répondit à son étreinte et ils restèrent un long moment embrassés à se rassurer et se sentir vivants, réalisant qu'ils auraient pu y passer tous les deux et qu'ils en avaient rééchappés... une fois de plus.

Jusqu'à quand leur chance durerait-elle ?