Une partie de ce chapitre est une reprise d'un ancien texte écrit sur un autre site dans le cadre d'un challenge. D'où le passage à la première personne qui me semblait particulièrement approprié et que j'ai décidé de conserver.
Bonne lecture!
Chapitre 134 : L'abîme révélé
Le lundi matin suivant, Harry et Kécile furent accueillis en héros par la moitié des aurors, et avec une aversion non dissimulée par l'autre moitié. Et devinez dans quel camp se trouvait Lucy Stansett.
Savage donna une bourrade dans le dos à Kécile quand elle arriva à son bureau avant de lui dire que leur équipe venait d'être affectée à un nouveau dossier : l'un des hommes tués dans la bataille ne portait pas la marque. C'était un rafleur connu en revanche.
- Ce qui dégage une perspective plutôt inquiétante ! Imagine le boulot qui nous attend si tous les rafleurs de la Terreur sont devenus des néo-mangemorts...
- Ça c'est la version pessimiste, vision auror. Moi je vais te donner la vision mangemort : imagine dans quel désarroi ils se trouvent pour en arriver à s'acoquiner avec ce qu'ils considèrent comme des sorciers de dernière zone.
Savage lui jeta un regard surpris mais sembla prendre en considération ses propos.
- Ce qui voudrait dire qu'on est en train d'épuiser leurs dernières forces.
- Très clairement. Et lorsqu'on aura attrapé Travers et les derniers autres qui courent toujours, tu ne me feras pas croire que ces rafleurs auront l'envergure suffisante pour devenir une nouvelle génération de Mangemorts sans leader. S'ils avaient eu cette volonté et ce courage là, ils auraient pris la marque avant.
En discutant avec Harry, elle avait découvert que Fiertalon et lui avaient été assignés à la même mission.
- C'est bizarre, fit remarquer Ron. Hooper m'a dit que Robards évitait de mettre des gens trop proches sur les même missions.
- Apparemment, Fiertalon et Savage ont été convoqués ce matin chez le Commandant, expliqua Harry. Ils ont parlé de la pertinence de faire une exception. Fiertalon m'a rapporté que Robards et Savage, et Winchard qui a eu son mot à dire aussi, ont considéré qu'on faisait une équipe de choc tous les deux et qu'en cas d'escarmouche il valait mieux qu'on soit dans la même unité.
- Attends, je rêve ou Fiertalon t'a fait un compliment ! S'exclama Ron.
- Oh ça va... fit Harry en levant les yeux aux ciels. Achille n'est pas si insensible que ça !
L'interpellation avait aussi donné du travail aux autres équipes d'aurors. Outre Williamson et Leach qui avaient de nouveaux éléments sur Travers, Ryan et Chambers ainsi que Lucy et sa partenaire devaient enquêter sur l'entourage d'Alban Cohet qui était soupçonné d'être partisans de Voldemort. Tout laissait à supposer que son petit frère et son cousin avaient pris la marque sur le tard.
C'était la pause café et la plupart des aurors étaient réunis autour de la machine à discuter de leurs dossiers. Chambers vint voir Kécile pour lui soumettre les photos.
- Ces visages te disent quelque chose ?
Kécile lui jeta un regard irrité.
- Laisse-moi deviner, ce sont des mangemorts supposés ?
- Oui, pourquoi ?
- J'aimerais bien ne pas devenir le bureau de renseignements à l'usage des Mangemorts.
- C'est pourtant pour ça que tu es là, Gaunt ! Fit remarquer Hooper.
Kécile jeta un regard courroucé au partenaire de Ron puis attrapa les photos et les étudia attentivement. L'un était très jeune, à peine majeur sans doute fraîchement sorti de Poudlard. Mais la ressemblance avec Alban était frappante. Elle ne se rappelait pas l'avoir vu pourtant. L'autre photo montrait un homme au regard fuyant. La figure aurait pu être belle si elle n'avait pas été agitée d'un tic nerveux horripilant. L'expression raviva un souvenir de batailles à Kécile. Elle se souvenait d'avoir brièvement affronté cet homme lors des entraînements qui avaient précédé sa seconde année, et surtout, il avait fait parti de plusieurs attaques auxquelles elle avait participé. Notamment de cette mémorable bataille où Alastor Maugrey avait failli la faucher. La scène était encore vive dans son esprit.
Il y avait une maison en flamme qui éclairait le tableau d'une lueur infernale. Maugrey l'avait touchée à l'épaule et elle saignait abondamment. L'ex-auror allait l'attraper lorsqu'un Mangemort à la haute stature s'était interposé et avait obligé Fol'Oeil à reculer. Kécile avait su instinctivement que c'était Severus. Il gardait toujours un œil sur elle. Elle s'était affalée contre une maison pour tenter de se cacher dans l'ombre, incapable de se concentrer sur autre chose que la douleur et le sang qui inondait sa robe. Le Seigneur des Ténèbres allait la punir vertement s'il la découvrait cachée là, inactive et pire, une proie facile. Un mangemort s'était approché et avait enlevé son masque. Sous son visage couvert de sueur, un tic nerveux agitait furieusement le coin de son œil.
- Tu ne peux pas rester là, on est en train de perdre du terrain.
- Je suis blessée.
- Fais voir.
Il l'avait grossièrement soignée et avait fait disparaître le sang qui la souillait. Puis il s'était aspergé le visage d'eau, lui avait tendu la gourde d'eau qu'il avait rempli entre deux afin qu'elle se désaltère. Le liquide lui avait fait la sensation d'un nectar dans sa gorge desséchée par la peur et la chaleur suffocante de cette nuit d'août illuminée d'un brasier. Et puis le Mangemort avait remis son masque et elle l'avait suivi jusqu'à un endroit où les combats étaient encore en faveur de leur la mêlée, elle avait rapidement perdu sa trace. Elle n'avait pas revu l'homme par la suite.
Lui, il en fait partie, dit-elle à contre cœur tout en fixant la photo et le nom qui y était indiqué.
Roald Cohet, découvrit-elle. C'était bizarre de devoir parler contre des gens comme lui. Elle n'avait eu aucun scrupule avec Guhler. C'était une brute déguisée sous un semblant de civilité qui n'avait fait preuve avec elle que de mièvrerie parce qu'elle était la Princesse. Roald avait connu la même peur qu'elle, elle avait senti chez lui le même sentiment d'être dépassé par la situation, de ne pas très bien savoir ce qu'il faisait là.
Mais aujourd'hui, elle était là pour l'accuser. Car la grande différence entre lui et elle à cette époque, c'est qu'elle avait 12 ans et qu'il en avait plus de 20.
- A quel moment est-ce que tu l'as rencontré ? Insista Chambers.
- Pendant les attaques de l'été 1992.
- Ce salaud était là... gronda Leach alors que son visage se tordait de haine.
- Cyril, dit Williamson en posant une main sur son épaule. Arrête ça, tu te fais du mal pour rien. C'est quasiment impossible de savoir qui a tué ta femme et ta fille.
- Et qu'est-ce que ça changera de le savoir ? ajouta Chambers.
- Tous les mangemorts de l'époque sans exception ont participé à ces attaques, renchérit Kécile avec tristesse. Ça pourrait être n'importe qui.
Quelques heures plus tard, Ron passa la tête par-dessus la demi-cloison, regarda si la voie était libre, puis sembla se décider et vint se planter devant le bureau de Kécile.
- Je peux te dire deux mots sans que tu montes sur tes grands chevaux ?
- Ça c'est de l'entrée en matière, Ron. Allez vas-y, crache le morceau.
- Evite de parler de tes accointances avec les Mangemorts devant tout le monde.
- C'est une blague ! Rassure-moi ! Ton coéquipier s'est bien chargé de me rappeler que c'est pour ça que je suis là, non ?
- Oui, mais ça ne plaît pas à tout le monde. Ecoute, ce que je te dis, c'est Hooper qui m'en a parlé. Lui, il a un peu les fesses entre deux balais. D'un côté il sait qu'on est ami, toi Harry et moi et il veut nous faire confiance, mais de l'autre côté, les autres aurors qu'il fréquente sont pas vraiment tes plus grands fans, tu vois...
- Ça fait partie de mon boulot de parler de ces choses là, qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
- Hooper m'a dit que Robards a complètement réagencé les affectations du département juste avant notre arrivée. Et d'après lui, ça n'est pas un hasard. Il s'est débrouillé pour que tout ce qui traite de près ou de loin aux Mangemorts soient confiés à des aurors qui t'étaient acquis à toi et à Harry. Plus ou moins... Disons des gens qui feraient confiance à ta nomination et te laisseraient une chance.
- Pas des gens du genre de Stansett, quoi...
- C'est sûr. Et apparemment, son attitude envers toi lui a coûté cher, car elle s'est retrouvée écartée des dossiers importants du moment.
- Comme pas mal d'autres anciens, intervint Savage qui avait écouté la conversation entre deux piles de dossiers sur leurs bureau. Et ça leur plaît pas du tout de voir une nouvelle recrue, beaucoup trop familière avec les Mangemorts pour être parfaitement honnête, les expulser des enquêtes centrales. Weasley et Hooper ont raison, Kécile, tu ferais mieux d'être plus prudente à l'avenir.
- Génial... soupira Kécile en se prenant la tête entre les mains.
- Mais ne t'inquiète pas, tempéra-t-il en lui serrant l'épaule. Les deux tiers du département sont derrière toi.
Lucy avait plusieurs fois réitéré ses invitations à dîner auprès de Harry, ce qui avait le don d'exaspérer Kécile. A chaque fois, le jeune homme se défilait prétextant autre chose à faire.
- Mais tu n'as pas encore compris qu'il ne veut pas sortir avec toi ! S'exclama un jour Kécile, au comble de l'exaspération.
- Tu es jalouse ? C'est vrai qu'il ne t'invite pas à dîner toi.
- J'habite avec Harry, Stansett... rappela Kécile en levant les yeux au ciel.
- J'avais oublié... Harry, tu sais, si tu veux, tu peux prendre une chambre dans ma colocation... Tu n'es pas obligé de vivre chez Gaunt.
- C'est moi qui habite chez lui, Stansett ! Beugla Kécile. Maintenant fous nous la paix !
- Gaunt ! Stansett ! Lança la voix de Robards à travers la Ruche. Vous réglez vos affaires en dehors du Ministère. Retournez à vos postes.
Stansett tourna les talons d'un air pincé tandis que Kécile disait à Harry en grinçant des dents :
- La prochaine fois, tu as intérêt à la jeter ou tu auras affaire à moi !
Mais quelques jours plus tard, Kécile eut une raison de laisser sa colère contre Lucy retomber un peu. Savage et elle rentrait d'une perquisition chez un ancien rafleur quand Harry et Ron vinrent la voir.
- Tu as manqué le spectacle !
- Quoi ?
- Lucy a reçu un colis ce midi...
- Et ?
- Tu ne devines pas ?.. Quand elle l'a ouvert...
- Gaunt ! Tonna la voix de Robards.
- Oups... fit Ron.
- Oui, Chef ?
- Dans mon bureau !
Savage lui lança un regard d'avertissement auquel elle répondit par un « Quoi ?! Je n'ai rien fait! » excédé.
- Que se passe-t-il Commandant ? Demanda-t-elle en passant la tête dans le bureau de Robards. Je viens d'arriver.
- Je sais bien, c'est pour ça que je vous ai demandé de venir.
Alors qu'elle fermait la porte du bureau, elle vit Lucy, assise face à Robards avec sa mine des mauvais jours. Quand elle tourna la tête vers Kécile, cette dernière ne put retenir une exclamation de stupeur mêlée à un éclat de rire.
Sur le front de la Serdaigle s'étalait en lettres d'un bleu pétrole : Groupy
- Vous avez une explication, Gaunt ?
- Absolument pas ! Je devrais ? Demanda-t-elle avec un grand sourire.
- Je trouve très étonnant que cet incident arrive quelques jours seulement après une dispute entre vous deux.
- Honnêtement, Commandant, cet incident pourrait arriver n'importe quand qu'il surviendrait quelques jours après une dispute. On ne passe pas une semaine sans se prendre le bec toutes les deux...
- Donc vous n'avez aucune idée d'où vient ce colis ?
- Aucune.
- Vous ne verrez donc aucun inconvénient à ce que je vérifie la présence de votre signature magique dans ce colis.
Kécile haussa les épaules.
- Si j'avais voulu jouer un tour à un de mes collègues, vous pensez bien que je n'aurais pas fait l'erreur élémentaire d'exécuter le maléfice moi-même.
- C'est exact. D'autant que la personne à l'origine de cette blague douteuse semble bien connaître nos procédures. Le colis est passé sans encombre à travers toutes nos mesures de sécurité et Stansett m'assure n'avoir rien détecté d'anormal malgré ses précautions avant d'ouvrir un colis d'origine inconnue.
- Je ne vais pas vous dire que je suis désolée, ce serait vous mentir, car je trouve ce Groupy des plus approprié. Je ne sais pas quoi vous dire d'autre.
- Stansett, vous avez votre journée pour tâcher de faire partir cette inscription grotesque. Quant à vous, Gaunt, j'espère pour vous que cet incident ne se reproduira plus.
- Ce n'est pas très juste, Commandant, répondit fermement Kécile. Je ne suis pas responsable des animosités que Stansett récolte à cause de sa mesquinerie.
- Tenez le vous pour dit Gaunt. Sortez d'ici maintenant. J'ai des choses plus importantes que deux bleues qui ne se supportent pas.
Depuis une semaine, Harry, moi et nos coéquipiers somment sur les talons d'un groupuscule de ralfeurs qui veulent reprendre le flambeau des Mangemorts. Ils se retrouvent dans une maison tout ce qu'il y a de plus banale du Chemin de Traverse et on a observé d'étranges mouvements. On s'acharne à les suivre pour être certain de tous les identifier, les suivants ensuite un à un jusqu'à leur domicile, leur lieu de travail, récoltant ainsi le maximum d'informations pour être certains de ne pas les manquer lorsque l'ordre viendrait de donner l'assaut.
- Harry, dépêche-toi ! Lance Fiertalon. On doit être dans 30 min devant Gringotts.
- J'arrive, répond celui-ci d'un ton las.
Harry tourne son regard vers moi et me fait une grimace explicite. Après qu'il ait passé une bonne partie de la soirée d'hier à rouspéter contre les planques interminables, aucun mot n'est nécessaire.
Cependant, pas de petit bisou pour lui donner des forces. Jamais en public. On pourrait presque n'être que deux amis. Je lui souhaite simplement bon courage et m'en vais rejoindre Savage.
- Bonjour Kécile, me dit-il d'un air affairé, alors que je l'observe ranger vivement divers dossiers. On va travailler avec Leach et Willamson aujourd'hui. Ils ont besoin de renforts. Et tu pourras nous être utiles.
- Je déteste quand il dit ça. Généralement, ça fait allusion à mes connaissances sur les mangemorts.
- Ils ont repéré trois suspects. L'un d'entre eux pourrait être Travers.
- Bingo ! Qu'est-ce que je disais ?
Savage me conduit jusqu'au bureau de nos deux nouveaux partenaires qui doivent nous montrer les éléments qu'on a avant que nous ne passions à l'action.
- On a repéré la planque de Travers, explique Cyril en déroulant un plan. En fonction de la situation qu'on va trouver là-bas, Robards veut qu'on envisage une intervention. S'il est seul, on y va. S'il est avec d'autres personnes, on collecte les informations avant de venir au rapport.
- Voilà le topo, poursuit Williamson. Nous allons pénétrer …
Je ne l'écoute plus. Mon cœur vient de s'arrêter. Je dégringole dans un gouffre d'horreur. Elle est là. C'est elle, j'en suis sure ! Je ne pensais pas … au Merlin ! La retrouver sur mon chemin !
Je n'arrive pas à détacher mon regard de la photo sur le bureau. Une petite fille blonde espiègle. Oui, c'est elle sans aucun doute. Mais au lieu de ce visage souriant, un autre m'aveugle, déchiré par la peur et le désespoir.
Je me sens couler dans le gouffre. Je suffoque. Merlin, dîtes -moi que ce n'est pas elle...
Cela me poursuivra jusqu'au bout...
- Tue la.
- Je ne peux pas !
- Tu le pourras. Endoloris.
Il y avait cette douleur du corps épouvantable. Jamais le Seigneur des Ténèbres ne lui avait jeté le sort avec autant de force. Mais il y avait aussi les convulsions désespérées de l'âme qui veut échapper à cet acte déchirant.
- Tue la.
Elle avait regardé le corps sanglotant à ses pieds. La petite fille avait tourné une dernière fois son regard suppliant vers cette enfant qui tenait sa baguette dirigée vers elle d'une main tremblante. Et le sort vert était parti. Emportant à jamais une âme innocente, et brisant à jamais une âme souillée.
C'est elle. Après huit ans, la voilà, devant moi. Ce visage qui porte un nom. Cette enfant qui était la fille de quelqu'un. La fille de...
Je suis violemment secouée alors que Savage me corne dans les oreilles.
- Bon sang, Kécile, qu'est-ce qui t'arrive ?
Je reviens au présent. Je prends alors conscience que mes joues sont couvertes de larmes. Ma respiration est hiératique. Je n'arrive pas à parler, ma gorge est beaucoup trop serrée. Ma voix s'est perdue quelque part au fond de mes tripes.
Williamson, Savage et quelques autres aurors interpellés par l'exclamation de mon coéquipier me regardent.
Mais pas Leach. Son regard est passé de mon visage à la photo.
La photo sur son bureau.
Il regarde couler mes larmes.
Il voit sans doute l'horreur dans mes yeux.
Son visage se déforme alors de chagrin et de haine.
- C'est toi... Gronde-t-il alors que les regards sont fixés sur nous.
Seuls mon silence et mes larmes lui répondent.
- C'est toi ! Hurle-t-il.
L'air d'un fou, il sort sa baguette et je vois le sort de Mort naître sur ses lèvres. Mais Savage l'a déjà désarmé.
- Espèce de monstre ! Tu vas payer !
Williamson le retient tant bien que mal alors qu'il tente de se jeter sur moi.
Je l'aurais laissé faire. Après tout, je l'aurais mérité, n'est-ce pas ?
- Laisse-moi ! Hurle-t-il en se débattant comme un beau diable. C'est elle ! Elle a tué ma petite Elise ! Elle a tué mon enfant ! Elle doit payer !
Elise... Elise Leach. Ce visage a un nom maintenant. Et le visage devient encore plus réel.
- Lâche-moi ! Rugit-il.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ?
La voix du Commandant raisonne au moment où Leach parvient à se dégager de Williamson et se jette sur moi. Je ne bouge pas.
Il m'envoie rouler au sol d'un coup de poing assommant. Je le laisse faire. Je le comprends.
- Cyril ! Calme-toi ! Crie Savage.
Il me cogne la tête contre le sol. Je commence à voir des étoiles à travers l'eau qui brouille mes yeux.
- Pardon...
- Pardon ! C'est tout ce que tu trouves à dire! Hurle-t-il, fou de rage. Tu devrais être à Azkaban, vermine ! Et ce serait une punition encore trop douce, sale mangemorte !
- Cyril !
- Impedimenta.
Le poids de l'auror disparaît. Mais celui de la culpabilité pèse encore plus sur moi.
- Retenez votre collègue, dit la voix sèche et furieuse de Harry.
Harry... J'éclate alors en sanglots. Elise, Elise, Elise... Je suis tellement désolée... Pardon... Je ne voulais pas... Je... Pardon...
- Ne te mêle pas de ça Potter, tu ne sais même pas de quoi il retourne, crache Leach.
- Navrez de vous contredire, je crois savoir encore mieux que vous de quoi il retourne, claque-t-il sèchement.
Je suis trop secouée pour entendre la dispute entre les deux hommes. Harry m'a relevée et je sanglote maintenant dans son giron. Je ne voulais pas... Pardon...
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Gronde le Commandant d'un ton menaçant. Gaunt, répondez-moi. Est-ce vous qui avez tué la fille de Leach ?
Je hoche la tête misérablement et un murmure indigné parcourt la salle.
Je suis perdue... Adieux rêves d'intégrité. Comment ais-je pu y croire en traînant ce fantôme derrière moi ?
- Quand cela ? Claque la voix intraitable de Robards.
- Je suis tombée tout au fond. Au fond d'un abîme ouvert sur deux yeux suppliants.
- Raconte leur, Kécile, murmure Harry à mon oreille.
- Je ne veux pas. Je le revis suffisamment dans mes cauchemars.
- Ils ont besoin de savoir. Leach a besoin de savoir.
Je tourne mon regard vers le père à qui j'ai enlevé sa fille. Je lui dois la vérité. Sa rage semble s'être apaisée, mais la haine et le chagrin se disputent encore sur ses traits quand il me fixe.
Savage m'a apporté un verre d'eau pour tenter de calmer mes sanglots convulsifs. Mais ça ne sert à rien. Ce n'est pas mon corps qui pleure le plus.
J'ancre mon regard dans celui du père de ma victime. Nos deux désespoirs se combattent. Je dois lui dire.
- C'était lors d'un raid. Pendant ce fameux été 1992. Le premier auquel j'ai assisté. Voldemort voulait que je prouve mon allégeance. Vous étiez parti au combat de l'autre côté du village.
Il ne dit rien, mais je vois qu'il se souvient. Parti secourir les moldus quand sa propre famille était en danger... Lui aussi devait connaître le poids de la culpabilité.
- Nous étions quelques mangemorts avec Voldemort. Votre femme n'avait aucune chance. Et elle l'a provoqué. Elle a été courageuse. Elle l'a traité de racaille. Elle a craché à ses pieds. Mais ça lui a coûté sa vie.
C'est au tour de Leach de pleurer.
- Ils s'en sont ensuite pris à …. Elise.
Je ne peux pas lui dire toute la vérité. Je ne peux pas lui dire comment les mangemorts ont joué avec elle. Il a entendu l'interrogatoire de Guhler. Il doit avoir une idée de ce que font les Mangemorts dans ce cas là... J'ai envie de vomir. Je dois garder cela pour moi.
- Voldemort m'a ordonné de l'achever.
- Et tu l'as fait, espèce de monstre, répond-il dans un accent de rancoeur qui se brise.
- Taisez-vous ! Ordonne Harry. Vous ne pouvez pas le lui reprocher. Votre fille était perdue. Kécile a été torturée pour avoir tenté de résister. Elle avait 12 ans, bon sang ! Qu'est-ce que vous vouliez qu'elle fasse ?!
Un nouveau murmure parcourt les aurors.
- Harry, il ne peut pas entendre. J'ai tué sa fille.
Leach me fixe encore.
- Tu aurais dû résister.
- Il m'aurait tué. Je n'étais pas assez courageuse.
Je l'avoue. La tête courbée par la honte. Je connais bien ce sentiment.
- Arrête ça, Kécile, dit Harry avec autorité. On en a déjà parlé. Qu'est-ce que vous attendiez, Leach ? Votre fille serait morte de toute façon. Elle aurait peut-être encore plus souffert. Est-ce que ça vous aurait avancé que Kécile meurt elle aussi ?
- Qu'est-ce que je dois faire alors, répond Leach d'une voix douloureuse. La remercier peut-être ?!
- Ne me faîtes pas dire ce que je n'ai pas dit. Mais ça ne sert à rien de l'accabler.
- Laisse, Harry. Il a raison.
- Non, Kécile. Ce n'est pas ta faute, assène Harry avec sévérité.
Puis il pousse un soupir découragé.
Non, ce n'est pas ma faute. J'ai fini par le comprendre avec les années. Mais cela n'efface en rien ce visage qui me hante.
Cela n'efface en rien l'horreur qu'il y avait dans son regard, le cri qui est mort sur ses lèvres.
Ce soir-là, tu es morte, Elise. Ce soir-là mon innocence est morte, emportée avec ton âme. Ce soir-là, j'ai connu l'abîme dans tes yeux.
