Un nouveau chapitre en cette période très difficile de confinement suite au Covid-19. J'espère que vous allez bien, vous et vos proches. Prenez grand soin de vous en cette époque compliquée. Je remercie mes lecteurs et lectrices, ainsi que ceux qui m'ont laissés des commentaires, vous êtes adorables :D Je vous souhaite une excellente lecture.


Chapitre 23 - Source de la Force

Link avait quitté le Laboratoire pour se rendre à la source du Courage le lendemain matin. Il n'avait pas énormément dormi mais Robbie avait refusé qu'il parte en pleine nuit. Aussi l'Hylien avait erré dans le Laboratoire avant de prendre du temps pour faire fonctionner le fourneau antique. Le reste de la nuit, il l'avait passé avec Robbie, pour parler de choses et d'autres.

D'après le chercheur Sheikah, il s'y était rendu avec la princesse. Comme chacune des Sources. Il n'avait que de trop vagues souvenirs de ces moments et espérait rapidement s'en rappeler. Lui faisant réaliser que cela faisait un moment qu'il n'avait pas été à un lieu montré par les images dans la tablette. Il avait été distrait en premier lieu et ensuite il… avait rencontré plein de gens. Il s'était fait un tas de nouveaux souvenirs, au travers de ses voyages, de ses rencontres, de ses déboires aussi (hey, la vie sauvage, ce n'était pas toujours facile et il lui était arrivé de se planter royalement !).

A dire vrai, ses anciens souvenirs étaient devenus progressivement une peur plus qu'un espoir ou une envie de se rappeler. C'était sans doute stupide. Mais il avait énormément peur. Que faire s'il n'était plus jamais le même qu'avant ? S'il n'était pas ce que les gens attendaient qu'il soit ? Il craignait tellement de ne pas réussir à se rappeler, à être ce qu'il avait été et que son « nouveau » lui soit une déception pour tous. Il feignait l'indifférence ou bien l'assurance selon la personne, mais il angoissait en silence. Il y avait cette pression permanente qu'il tentait de gérer, c'était… épuisant.

Il s'arrêta soudainement et se tourna, scrutant les plaines verdoyantes autour de lui. Il fronça les sourcils, perplexe : encore cette présence. Il renifla de nouveau le vent, essayant de trouver l'origine de cette dernière. Mais rien. Comme si elle n'était pas physiquement là. Juste une sorte d'ombre accompagnatrice. Il n'était pas spécialement contre, appréciant cette sensation de compagnie sans avoir spécialement d'interlocuteur.

Il aurait probablement pu mieux l'apprécier s'il ne repensait pas aux propos de Robbie : savoir les Yigas embusqués, prêts à lui trancher la gorge dans un moment de faiblesse ne le rassurait pas. Pourtant… cette présence, c'était un peu comme quand il avait quitté le plateau du Prélude. Toujours là. Silencieuse. Sans jamais se faire envahissante. Mais persistante.

Un sourire ourla les lèvres de Link alors qu'il repensa à ses insomnies de l'époque : il n'arrivait pas à fermer l'œil à cause de cette présence. Aujourd'hui il en riait mais dans les débuts, il n'était vraiment pas à l'aise avec. Elle avait subitement disparu. Quand d'ailleurs avait-elle cessé d'être là ? Il se demanda si le fait d'approcher la Source du Courage ne l'aidait à renouer avec les esprits et le divin. Peut-être que c'était un esprit protecteur ? Il n'en savait trop rien. Mais il était juste satisfait de la savoir ici. Toute proche. Il se remit en route, un peu réconforté par des trivialités et descendit la plaine.

Ce ne fût clairement pas de tout repos. En premier parce qu'il y avait des Bokoblins perchés sur des chevaux, qu'il lui fallut abattre car ces derniers le pourchassaient sur de longues distances (et malgré sa glisse sur bouclier pour les distancer). Ensuite, l'accès à la Source était gardé par ces gardiens volants. Rien d'infaisable mais c'était contraignant, forçant Link à s'infiltrer le plus discrètement possible afin de ne pas avoir à gérer ces machines infernales. Quand enfin il arriva devant la source, la statue de la déesse brillait d'un éclat vibrant et pur.

Il inspira profondément, s'arrêtant au bout du chemin pavé avant de regarder l'endroit. Bizarre, une forte impression de déjà vu le frappa à ce moment. Perplexe, il attrapa la tablette à sa taille et l'ouvrit pour consulter les images qu'elle conservait. Il trouva exactement celui qu'il cherchait et regarda autant la photo que l'endroit. Avant… de se souvenir. Il était venu ici. Avec… avec elle. Elle… priait ici-même, en quête de son pouvoir sacré. Il put presque revoir son spectre désespéré, qui semblait découragé de ne pas trouver ce pouvoir en elle. Link battit des cils, troublé. Elle… avait l'air de souffrir.

Il… comprenait sa frustration. Son père avait d'énormes attentes qu'il faisait peser sur elle. Et Link comprenait ses peurs et ses angoisses. Car il avait les mêmes aujourd'hui. Mais il ignorait si c'était comparable. Il soupira faiblement alors qu'il se défit de son sac, le posant sur le pavé avant de se changer une nouvelle fois, enfilant sa tenue de prodige. Puis il sortit l'épée de légende de son fourreau avant de plonger dans l'eau. D'un, elle était glacée, de deux, elle lui arrivait à la taille. Il ignora la morsure du froid sur ses vêtements et sa peau et avança maladroitement juste devant cette figure divine imposante.

Il ramena l'épée devant lui, ferma les yeux et posa son front contre la lame. Il expira longuement, chassant le trouble dans son cœur et essaya de garder son esprit le plus clair possible. Puis pria Hylia de l'aider. De lui accorder sa grâce pour l'aider à accomplir sa tâche. De le laisser mener à bien son devoir.

- Tâche ? Devoir ? susurra cette voix familière dans son cœur. Tu n'en veux pas. Tu n'en as jamais voulu !

- « Mensonge ! » répondit mentalement Link, essayant de chasser ce doute persistant.

- Le seul mensonge qui existe ici c'est celui que tu te répètes depuis des années pour te voiler la face ! répliqua la voix avec un soupçon de rancœur. Tu n'as jamais souhaité cette vie de devoir, de chevalerie et d'esclavagisme de royal ! Et comme tu n'as jamais su l'affirmer, tu t'es tué toi-même, t'enfermant dans le rôle du parfait petit soldat ! Alors que depuis que tu es réveillé, tu jouis de cette vie tant rêvée !

Il sentit ses mains trembler furieusement sous le poids de son épée, comme si le poids de son devoir se faisait plus lourd sur ses bras à mesure que son cœur se troublait sur ses propos incohérents. Le doute ne cessait de grandir dans sa poitrine et sa foi avec. Et à cause de cela, l'épée lui rappela fermement ce qu'il était, ce qu'il était venu faire. S'il faiblissait, il n'était plus digne d'elle. Alors il resserra sa prise fermement, s'empêchant d'être distrait et pria Hylia avec plus de ferveur. Il ne devait pas douter. Il ne devait pas hésiter. C'était son devoir. Son destin. Il devait l'embrasser de toutes ses forces. Pour ne pas reculer au moment fatidique.

- « Tu n'es qu'une illusion ! » pensa très fort l'Hylien.

- Non. Je n'en suis pas une, répondit la voix. Je suis ce que tu as toujours rêvé être. Ouvre les yeux. Et affronte-moi sans détourner le regard. Tu m'as fui toutes ces années. Il est temps que l'on se parle. A moins que le si parfait petit chevalier n'ait peur d'une petite voix dans sa tête !

Link inspira calmement. Et ouvrit lentement les yeux. Il n'y… avait rien en face de lui. Juste… l'épée de légende, la déesse derrière et l'eau tout autour. Il soupira : à quoi s'attendait-il ? Il allait refermer les yeux mais il remarqua une ombre dans le reflet de son épée. Il se retourna, sur ses gardes. Et ne voyant personne derrière lui, il tiqua : une… illusion ? C'était une évidence que tout cela n'était que le fruit de son imagination. Il releva son épée devant lui et la regarda avec attention : il ne devait pas faillir. Il ne fuyait pas devant le danger et celui-ci n'était que son esprit fatigué. Il se remit en position pour prier. Et remarqua que l'eau limpide était devenue noire tout autour de lui. Il sursauta, manqua de lâcher son épée sous la surprise et regarda l'onde s'obscurcir jusqu'aux pieds de la déesse même !

- Quand vas-tu accepter que tu n'aies rien voulu de tout cela ? Ton amnésie n'est pas que liée à ta presque mort. Tu as voulu effacer tout le reste. Recommencer. Et faire ce que bon te semblait.

L'onde ondula et Link put voir une image nette dessus. Il garda sa position de prière, regardant malgré lui le souvenir qui dansait sur la surface de l'eau. Il… se vit enfant. Vivant aux alentours du château. Son père était là, tenant fermement sa main alors qu'il tenait son épée d'entraînement contre lui de son bras valide. C'était un très vieux souvenir. Link ferma les yeux, sentant ses lèvres trembler furieusement : il avait voulu oublier cela.

De l'autre côté de ce tableau avec son père, il revoyait ces enfants en train de jouer sur la place. Ils courraient, criaient, riaient comme si toutes les activités qu'ils faisaient, étaient plaisantes et amusantes. L'enfant qu'il était s'était arrêté, curieux et attiré par le rire de ses jeunes camarades. Mais son père avait tiré plus fort sur son bras, indiquant qu'il devait se rendre à son cours d'épée. Il avait demandé si après sa leçon, il pourrait jouer avec les enfants sur la place. Et son père avait refusé.

Oh, oui. Il s'en souvenait maintenant. De sa jalousie profonde des autres enfants. De leur droit de jouer à tous ces jeux auxquels il n'avait pas droit. Parce qu'il devait s'entraîner. Il ne comprenait pas alors à ce moment qu'il était fils de chevalier et qu'en tant que tel, il n'avait pas les mêmes droits et plaisirs que les autres enfants. Pourtant son envie fût un jour plus forte que son devoir et il avait osé fausser compagnie à son père, prétextant d'être malade pour ensuite aller sur la place trouver les autres enfants.

Il n'avait pas oublié combien ils avaient été gentils avec lui, l'acceptant dans leur bande sans se soucier de questions d'entraînement à l'épée ou autre. C'était un geste d'insouciance à laquelle il avait aspiré. Être un petit garçon comme un autre. Mais ce souhait provoqua la fureur de son père. Et la punition qui avait suivi… Il… ne voulait pas s'en souvenir. Tout ça… il ne voulait pas s'en rappeler ! C'était horriblement douloureux ! L'humiliation et la souffrance que cette sanction avait soulevées en lui avait gravé à jamais son devoir dans sa peau…

- « Hylia, est-ce une épreuve pour tester ma foi ? » demanda-t-il silencieusement.

Elle ne répondit pas. Il entendait pourtant sa voix en temps normal. Mais cette fois elle resta muette. Aucun picotement de lumière, aucune douce chaleur. Juste l'eau froide, les souvenirs pénibles et une immense solitude. Link décida qu'elle le testait. Qu'elle éprouvait la force de sa volonté. Acceptant ce défi, il décida de l'affronter. Aussi pénible fusse l'épreuve !

- Elle ne t'aime pas. C'est une hypocrite bien cachée derrière ses représentations en ce bas monde… elle ne t'a jamais aidé.

- « Tais-toi ! »

- Je ne me tairai que quand tu auras accepté. Tu refuses toujours mon existence. Pourtant… regarde-toi.

De nouveaux souvenirs couvrirent les anciens. Link se vit lui-même. Il portait sa tenue de chevalier royal. Son père était là. Le roi faisait un discours. Il venait de réussir la dernière épreuve de chevalerie. Et lui était là, avec les autres. Se tenant droit, calme. Impassible. Vide. Son cœur se serra douloureusement et il détourna le regard, refusant de se souvenir, de se rappeler de cette époque. De revivre le vide permanent dans son être. A ce moment de sa vie, il avait perdu tellement de choses. Il ne réalisait que maintenant et c'était affreusement douloureux.

- Ne détourne pas le regard, ordonna la voix. Regarde ce qu'elle a fait de toi.

Link baissa les yeux sur le reflet. Il haïssait cette tenue. Car il avait accompli son rôle d'enfant modèle. Mais… elle l'avait privé du reste. A la fin de la cérémonie pour féliciter les jeunes chevaliers ayant réussi leur entrée dans la cour royale, ses camarades de promotion avaient été entourés d'une famille aimante, fière mais surtout ils étaient accompagnés de leur future compagne. Link avait regardé froidement un garçon de sa promotion embrasser passionnément sa promise, lui jurant un mariage à venir après tous ses efforts. Un autre, avait consolé une mère en larme, si fière de voir son fils devenu un chevalier.

Lui… il n'avait eu que l'approbation de son père et un vague commentaire comme quoi il n'avait pas pu en être autrement. Le soir même, point de buffet ni de fête. Un repas modeste et rien de plus. Comme si sa réussite n'avait rien apporté de plus. Un jour comme un autre. Il se souvenait qu'il avait décliné l'offre de ses camarades de fêter ça ensemble à la taverne. Pensant que son père souhaiterait le fêter avec lui. Et face à sa déception, Link avait ravalé ses espoirs d'amusement et s'était couché sitôt son repas fini, essayant de tout son être d'ignorer le sentiment de frustration qui avait grandi en lui.

- « C'était mon devoir d'être irréprochable ! » pensa Link de tout son cœur. « Père était un homme influent et important, je ne devais pas le décevoir ! »

- Tu continues de t'enfoncer dans le déni ? Soit, comme tu le veux. Mais regarde. Constate. Tu as fait tout ce que l'on attendait de toi. Et qu'est-ce que cela t'a apporté ? Tu étais toujours seul. Personne pour partager tes repas le soir. Personne pour te tenir compagnie dans ton lit. Ton statut, ton nom, ta notoriété. Qu'est-ce que tout cela t'a donné ?

- « Une raison d'être ! »

- Mensonge, ronronna la voix. Quelqu'un t'a donné cette raison. Et ce n'était pas dans le devoir dans lequel tu t'es enfermé !

Ses doigts tremblèrent alors qu'il essaya de rester concentré sur sa prière qu'il avait malheureusement abandonnée. Il se reprit immédiatement mais l'eau changea aussitôt d'apparence. Reflétant cette fois un souvenir que Link avait profondément enfoui dans sa mémoire. Celui qu'il voyait actuellement, c'était Bazz. Bien plus jeune que celui qu'il avait retrouvé aujourd'hui. C'était une de ses visites au domaine avec la princesse. Il se vit dans sa tenue de chevalier. Et le Zora l'avait félicité chaleureusement pour son succès. Avant de lui-même indiqué qu'il avait beaucoup de pression pour être à la hauteur de son père.

Link battit des cils, un sourire contrit sur les lèvres : oh, il avait oublié tout cela. C'était vrai. Ils étaient proches sur ce point. Tous deux enfants de soldat, des pères puissants et importants. Et ils devaient être les fils parfaits, à la hauteur de la notoriété de ces derniers. C'était ce qui les avait rapprochés à l'époque. Et c'est pourquoi Link avait décidé d'enseigner l'épée à Bazz : pour avoir une discipline de plus que les autres Zoras, entraîné par un jeune prodige capable de rivaliser avec des adultes. Et surtout pour le savoir heureux.

- « Bazz… »

- Oui. Il a toujours été là pour toi. Il est celui qui t'a donné une raison d'être il y a fort longtemps.

Bazz avait aussi souffert de cette distinction, parfois même accablé de ne pas être le meilleur à cette époque. Ceci alors qu'un Hylien pourtant plus jeune que lui s'était grandement distingué autant auprès de la cour royale qu'auprès des Zoras. Link s'en était voulu de lui avoir infligé cette humiliation indirecte : il n'avait jamais souhaité que sa notoriété soit une cause directe ou indirecte d'une pression supplémentaire sur ses épaules ! Encore plus quand elle venait de leurs pères, qui les comparaient à chaque fois dans le but de se faire mousser.

Cette fois, il baissa les bras et contempla ce souvenir avec nostalgie : comment avait-il pu oublier qu'il avait défié le sergent démon Seggin ? Il l'avait provoqué uniquement pour prouver que si le sergent en personne ne pouvait pas le battre, alors personne ne le pouvait. Et combien il était ridicule de comparer ses performances à celles de Bazz. C'était… une réaction puérile. La plus stupide qu'il est pu avoir de sa vie ! Car Seggin était fort. Très fort même.

Il ne l'avait pas battu. Le roi lui-même avait été obligé de mettre fin à leur duel avant qu'ils ne finissent par se blesser grièvement. Ce jour-là, Link avait refusé les soins de Mipha, se sentant humilié par ce match nul. Il put presque ressentir sa frustration, sa colère et la profonde humiliation de cette époque. Surtout le fait d'avoir été « modéré » par le roi Dorephan mais moqué aussi par le Sergent qui avait pris son geste comme une réaction d'enfant et non de chevalier accompli.

Ce jour-là, Link se souvint avoir brisé plus d'un pot dans le domaine, surtout dans ses quartiers tant il n'avait pas réussi à maîtriser sa colère. Bazz l'avait rejoint, essayant de le raisonner sur la stupidité de son geste. Il avait été honoré qu'il prenne parti ainsi mais inquiet également qu'il risque stupidement sa vie. Link se souvint combien cela l'avait vexé. Et le Zora, pour essayer de lui communiquer combien il tenait à lui et était réellement heureux de son geste… l'avait simplement embrassé.

Link se sentit rougir alors qu'il plaqua sa main sur le reflet pour le troubler et s'empêcher de revivre ce moment. C'était… son premier baiser. C'était maladroit, gauche. Et avant que Bazz ne lui donne, il n'avait pas réalisé combien il avait eu envie d'embrasser quelqu'un. D'avoir cet instant d'intimité, de connexion physique avec une personne. Encore plus quelqu'un qu'il appréciait. Aimer était sans doute un terme trop fort pour cette époque. Mais Link savait à présent qu'il n'était pas insensible à Bazz à cette époque.

L'onde se troubla et cette fois, il vit Asarim. Son cœur se serra douloureusement. Et cette fois, il abandonna sa prière. Les yeux noyés de larmes.

- Ton « devoir » ne t'a jamais permis de vivre ces choses simples de la vie comme être amoureux, sortir avec quelqu'un, partager le même lit même pour un soir. Tu crevais d'envie de vivre ces moments. Mais tous t'ont été interdits. Parce que tu devais être « parfait ». Au point d'en abandonner ta propre voix. Et tes propres désirs.

- « Qui es-tu ? » demanda Link en signant mécaniquement comme s'il s'adressait à une personne physique.

- Je suis toi. Ce toi que tu as enfermé et fait agoniser pendant toutes ces années. J'ai accumulé ta colère, ta frustration, ta rancœur envers ce que tu t'es persuadé être ton devoir et ton destin. En te heurtant à la détresse de Revali, je me suis réveillé au fond de toi. Libre de toutes les chaînes que tu t'es imposé. Si tu m'acceptes, tu seras plus fort que jamais. Je t'apporterai tout ce qu'il te manque au fond de toi. Tout ce que tu as voulu vivre et ressentir, je te les donnerai !

Link regarda son double dans l'eau. Ce dernier lui tendait la main, sa face souriant avec une immense satisfaction. Il sentait, au fond de lui, que ce dernier ne mentait pas : s'il acceptait tous ses besoins et désirs, ses envies de liberté et de tranquillité, il pourrait avoir tout ce dont il avait été privé. Mais… à quel prix ? Il se recula sensiblement quand l'eau devint soudainement rouge. Rouge du sang qu'il avait versé. Rouge de la folie dans laquelle il tombait chaque fois qu'il perdait le contrôle sur lui-même. Rouge comme la lune qui allait faire revenir tous ces monstres qu'il avait tués. Mais en plus forts. Il fronça les sourcils et s'éloigna davantage de son reflet qui perdit son sourire et le regarda avec incompréhension. Sans doute qu'il ne devait pas saisir pourquoi Link refusait cette « offre parfaite ».

- « Je refuse ! » signa furieusement l'Hylien. « Si tu es responsable de toute cette violence, si tu es celui qui m'a fait perdre la tête, alors je refuse ton marché ! »

- Imbécile, je ne fais que ronger les liens qui t'oppressent ! rugit son reflet. Je t'offre tout ce que tu veux ! Tout ce que tu souhaites ! Et même si tu le voulais vraiment, je resterais toujours ton meilleur allié ! Je suis une partie de toi, je suis en toi !

Devant cette déclaration, Link réalisa avec horreur que ce double n'avait pas tort ! Il était né de ses plus sombres envies. Muselée, enfermée dans le fond de son cœur pour se détacher de tout ce qui pouvait l'éloigner de son devoir. Oubliant tout ce qui lui avait procuré plaisir ou amusement. Il n'allait pas disparaître « comme ça ». Puisque ce n'était autre… que lui. Une part de lui. Sa rage contre ce monde qui l'avait réduit à n'être qu'un pion.

Link regarda sa main trembler sur l'épée de légende. La lame purificatrice. Elle avait le pouvoir de chasser le mal. Alors… il n'avait qu'une option. Si c'était là l'épreuve même de la déesse, il n'avait aucune raison d'hésiter. Oui, il crevait d'envie de vivre ces choses. D'avoir des amis, de pouvoir jouer en toute insouciance et profiter des plaisirs simples de la vie comme embrasser ou avoir quelqu'un à ses côtés quand il se réveillait le matin.

Mais… à quoi bon jouir de tout cela alors que le monde était au bord de la destruction ? S'il n'y avait aucun avenir, alors tout cela n'était que des désirs égoïstes ! Ses propres envies et désirs sales et égoïstes, pensa-t-il alors qu'il leva l'épée au-dessus de lui. Mais cette fois, il dirigea la lame vers lui. Si Hylia était vraiment de son côté, la lame ne le tuerait pas. Elle scellerait juste le mal en lui. Celui qu'il avait pris des Prodiges. Nourri et alimenté par sa propre jalousie. Par ce qu'il y avait de plus mauvais dans le fond de son cœur.

- MAIS QU'EST-CE QUE TU FOUS ?! rugit une voix familière et furieuse.


Un chapitre qui me permet d'introduire cette voix, cette part de Link au fond de lui. Cette "discussion" me permet un peu d'aborder la fracture qui existe selon moi entre le Link d'il y a cent ans et celui d'après, cent ans plus tard. J'ai perçu ce Link d'avant comme étant un surhomme, balèze et héroïque absolu. Capable de dévier des tirs de gardien à l'aide d'un couvercle, qui peut tuer une nuée d'ennemi dont des Lynel (dans une cinématique), protéger la princesse de tout et n'importe quoi. Je sais que l'aventure que l'on mène nous guide, nous joueur, vers une maîtrise de Link et de retrouver cet éclat perdu. Sauf que... j'en ai pas spécialement voulu, moi, de ce super chevalier ultra balèze. J'ai soudainement pas "voulu" être ce Héros que tout le monde me décrivait. Et j'ai choisi de faire ce "Link" enfermé, muselé, incapable de dire ou de s'exprimer.

Concernant Bazz, je considère personnellement et arbitrairement qu'il est aussi "âgé" que Mipha, de ce fait, je ne considère pas qu'il était "petit" quand il a connu Link enfant (qui avait 4 ans à cette époque XD). La croissance des Zoras est plus lente que celle des Hyliens (j'ai pas le ratio là, mais Mipha évoque ce fait dans son journal). De ce fait, Link a vieilli pour devenir un adolescent et être au "même" âge que Bazz et Mipha.