Déjà un énorme merci à toutes les personnes qui ont été en mode "AAAAH" à la fin du chapitre précédent. Vos commentaires m'ont énormément amusée et je suis heureuse de vous voir autant investis dans cette longue histoire. Pour vous consoler, dites vous que j'ai quelqu'un qui "AAAAH" avant vous : ma précieuse bêta lectrice, Hagarendrawer, qui prend soin de corriger tous mes chapitres. Merci à toi, ma chère amie. Je ne vous monopolise pas plus : bonne lecture !


Chapitre 24 - Sauvetage

- MAIS QU'EST-CE QUE TU FOUS ?! rugit une voix familière et furieuse.

Link n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait qu'il reçut un coup violent derrière ses genoux, faisant fléchir ces derniers et tomber comme un idiot dans l'eau. Il ne put encore moins réfléchir à ce qu'il venait de se passer lorsqu'une main l'attrapa par le col et le remonta vers la surface avec une rare violence. Encore sous la surprise, il ne put appréhender correctement ce qu'il se passait et quelque chose s'écrasa sur sa face. Il y eut un craquement mais il sut que cela ne venait pas de lui.

Il gémit de douleur alors qu'il fût relâché et pataugea péniblement dans l'eau avant de se redresser et de faire face à son agresseur. Avant de cligner des yeux, perdu et perplexe. Un… Un Yiga se tenait devant lui. Sa respiration était saccadée comme s'il avait fait un effort monstrueux pour le rejoindre. Son langage corporel puait la détresse et la panique, comme s'il s'était précipité ici dans le seul but de l'interrompre. Ce qui était anormal. C'était un assassin. Existant dans le seul but de le tuer puisqu'il était une menace pour le retour de son maître. Ne voulant pas laisser l'avantage de la surprise et du doute, Link se rua vers son ennemi. Ce dernier, surpris de cette attaque, se recula pour récupérer ses serpes et détourner sa lame.

L'entrechoquement de l'épée sur les serpes réveilla un souvenir dans la mémoire de Link. Le souvenir d'un combat qu'il avait déjà mené contre l'un d'eux ! Le Yiga s'éloigna difficilement, l'eau à leur taille n'aidant pas ses déplacements. Pourtant il fit tout pour se tenir en position de combat. Le mode de combat des Yigas n'était clairement pas fait pour être proche de l'eau. Trop acrobatique et souple. L'eau l'entravait totalement et Link sut sans mal qu'il aurait le dessus pour l'attaque. L'autre ne pourrait que se défendre difficilement. Parfait !

Il planta son épée dans le sol afin de ne pas la perdre dans l'eau et attrapa une des mains du Yiga. Il joua avec son poignet jusqu'à ce qu'il lâche son arme sous la douleur provoquée par la torsion. Et récupéra son arme sans que l'autre ne puisse rien y faire. Le Yiga se débattit furieusement et Link usa de ses mouvements brusques pour diriger la lame courbée vers son visage et heurta le masque de plein fouet.

A sa surprise, le masque ne se brisa pas. Au contraire, la lame se planta dedans, indiquant à Link que c'était du bois. L'autre poussa un cri indigné et effrayé alors qu'il le repoussa d'un coup de pied au ventre et se recula précipitamment. Il attrapa son arme et tira dessus. Protestant faiblement du fait qu'elle était bien plantée dans son masque… Link le regarda faire, perplexe, se reculant jusqu'à son arme pour la récupérer et lui faire face.

Ah… Il avait l'air un peu ridicule à essayer de retirer l'arme directement de sur son visage. Il aurait plus vite fait d'enlever le masque pour ensuite déloger l'arme. Mais en le voyant insister, Link se demanda si ces masques ne servaient pas également à protéger leur identité en tant que Yiga. C'était des assassins. Mais à quoi cela leur servait de cacher leur visage puisqu'ils fuyaient les combats qu'ils perdaient ?

L'autre arracha enfin l'arme, passa une main sur son masque et pesta en constatant l'entaille. Ce n'était pas suffisant pour entamer le bois et permettre à Link de voir quoi que ce soit de son visage mais l'autre était clairement ennuyé. Le Yiga se mit en position de combat, plus méfiant que jamais.

- Non mais ça va pas la tête ! s'indigna le Yiga. E-espèce de fou furieux, mon masque tout neuf ! T-tu aurais pu viser ailleurs, sale taré !

Link pencha la tête sur le côté : il avait l'air… particulièrement jeune, non ? Dans sa façon de parler et de réagir… Il réalisa à présent combien il ignorait tout sur les Yigas autres que c'était des Sheikah s'étant détournés de la royauté et avaient juré fidélité à Ganon. Il y avait des enfants dans leurs rangs ? Car celui-là n'avait vraiment pas l'air bien vieux, en tout cas dans son attitude et comportement. Link hésita soudainement : il n'était pas pour tuer des humains. Autant dans l'erreur qu'il était, ce Yiga lui paraissait stupidement trop jeune pour se battre et trop jeune pour mourir également. Il rangea son épée dans son fourreau et l'autre le regarda, surpris.

- Q… quoi ?! Tu ne vas pas te battre ?

L'Hylien répondit à la négative. Et l'autre eut l'air profondément confus. Link prit lentement sa tablette pour sortir le bout de craie et chercha dans sa tenue le bout d'ardoise. La surface étant humide, la craie eut plus tendance à faire des pâtés. Ce qui désespéra l'Hylien. Il écrivit malgré tout, jetant des coups d'œil régulièrement sur le Yiga qui n'avait pas bougé ni amorcé aucun mouvement pour l'attaquer : il était drôlement compréhensif pour un assassin. Link n'aurait jamais laissé son ennemi juré agir à sa guise s'il avait été dans son cas… Il tourna l'ardoise et l'autre pencha la tête, comprenant qu'il voulait communiquer. Avant de croiser les bras sur sa poitrine.

- « Est-ce que je te connais ? »

- Quoi ?! F-fais pas genre que tu ne nous connais pas ! s'énerva l'assassin. Tu sais qui nous sommes : le clan Yiga ! Et tu es notre ennemi !

Link eut une moue. Il lava l'ardoise et écrivit une nouvelle fois.

- « Je connais le clan Yiga. Je parle de toi. »

- M-Moi ? J-je ne suis qu'un sous-fifre ! Ne fais pas comme si tu te souvenais de tous ceux que tu croisais ! bredouilla l'assassin soudainement confus et anormalement mal à l'aise. Mais note-toi une chose, Héros sempaï : je suis celui qui te tueras. Alors n'essaie même de mettre fin à tes jours avant ce moment ! Compris ?!

« Pardon ? » pensa très fort Link. Est-ce qu'il… lui avait cru qu'il essayait de se suicider ? Et avait-il… à tout hasard… essayer de le sauver ? Non. C'était improbable. Impossible même. C'était un Yiga. Il voulait forcément sa mort ! Et même s'il s'était suicidé, s'il avait été le seul témoin, il aurait pu déguiser cela comme si c'était sa propre victoire, non ? Il le regarda sortir péniblement de l'eau et pester sur le fait d'être totalement trempé. Pour s'éloigner à pas lent vers l'unique sortie. Lui tournant le dos, comme s'il ignorait qu'ainsi exposé, il pouvait être poignardé.

Link essaya de le retenir mais ne pouvant parler, il fit la seule chose qu'il savait faire sans problème pour attirer l'attention : siffler. L'autre sursauta et se retourna, son mécontentement transparaissant clairement malgré son masque et l'absence d'expression faciale. Tout était dans sa posture, son attitude générale. C'était fou de voir combien il était expressif ! Link aurait cru les assassins un peu plus discrets… plus mesurés dans leur attitude, laissant peu d'ouvertures ou de possibilités d'être cernés ou compris.

- « Pourquoi avoir tenté de sauver ma vie ? »

- Pa… PARDON ? J-je ne t'ai absolument pas sauvé la vie ! T-tu délires totalement ! Va donc te noyer dans la Source de la Sagesse, cela te rendra moins débile !

Est-ce qu'il était conscient au moins qu'il était suspect ? Link avait l'impression qu'il ne réalisait même pas à quel point il affichait ouvertement ses intentions. Il ne comprenait pas encore pourquoi mais il avait la certitude qu'en l'état, ce Yiga ne lui ferait pas de mal.

- « Où est-elle ? » nota-t-il.

- De… quoi ?

- « La Source de la Sagesse vu que je dois m'y noyer… »

C'était de l'ironie. Link ne comptait pas réellement se noyer où que ce soit. En tout cas, si cela devait arriver, ce serait accidentel et vraiment pas de sa volonté pure. Sauf qu'en voyant l'autre se décomposer, il arqua un sourcil.

- M-Mais je me moquais de toi, là ! s'indigna le Yiga avec un soupçon de… frustration. Et va pas te noyer pour de vrai, t'as rien retenu de ce que j'ai dit ou quoi ?! Tu. Ne. Meurs. Pas. Avant. Que. Je. T'ai. Tué. C'est clair maintenant ?!

Link s'empêcha de sourire : il était amusant celui-là. S'il essayait de l'intimider c'était raté. Mais il trouvait ça un peu mignon de voir ce Yiga essayer de faire sa loi en étant absolument pas convaincant ! L'autre comprenant qu'il était moqué, se détourna rapidement et prit la fuite à pied non sans le menacer, tout en pestant sur son manque de manière ou bien quelque chose du genre. Link regarda le spectacle avec une évident surprise : curieux. Vraiment. Toutes les autres fois, les Yigas avaient fait leurs apparitions c'était toujours dans un cortège de fumée et de petits papiers rect…

Oh ! pensa Link. Les papiers… ils étaient sans doute mouillés vu qu'il avait sauté dans la Source pour empêcher son prétendu suicide. Le Prodige sursauta en regardant l'eau. Elle était de nouveau claire et tout ce qu'il y avait de plus normal. Mais… mais alors il… avait rêvé tout cela ? Était-ce une épreuve d'Hylia en personne ? Avait-elle réellement testé sa détermination à embrasser à nouveau son devoir ? Il n'aurait su dire en l'état, encore troublé par l'intervention curieuse de ce Yiga.

Cet assassin n'était… vraiment pas commun. Il n'était pas comme les autres. Et Link espérait bien le rencontrer à nouveau. Il y avait quelque chose de spécial dans son attitude et son comportement. Il se détachait clairement des autres assassins sans qu'il n'explique pourquoi. Puis il voulait vraiment voir son visage, savoir ce qui se cachait derrière ce masque. Savoir s'il était aussi jeune que ce qu'il craignait. Et s'il avait le pouvoir de le remettre sur le droit chemin : ce serait bien mieux ainsi que de le condamner à l'errance à jamais…

- Cesse de te soucier de la vie des autres quand leur seul désir c'est leur propre survie au détriment de la tienne, siffla la voix, toute proche.

- « Il mérite mieux » pensa sincèrement Link. « Si lui aussi n'a pas choisi sa vie, alors j'aimerais qu'il ne fasse pas les mêmes erreurs que moi…

La voix eut une lamentation désespérée et Link choisit de l'ignorer. Il s'approcha de la statue, sortit une nouvelle fois son épée. Et pria.

- Tu veux vraiment qu'on reparle de tout ça ?

- Toi qui as surmonté les épreuves et obtenu des emblèmes du triomphe… Je vais t'offrir plus de puissance.

Sous la voix de la déesse et de sa lumière éclatante, son reflet et sa voix disparurent immédiatement mais paradoxalement Link éprouva un vide immense. Elle ne le soigna pas de son mal, ni ne fit de commentaire sur ce qu'il avait vu ou vécu. Se contentant de lui offrir une meilleure vitalité suite à ses épreuves réussies à travers les sanctuaires. Link se sentit plus en forme. Mais elle ne répondit à aucune de ses questions silencieuses, comme si elle n'avait aucune raison de le faire. Ce qui troubla profondément le Héros en lui : ne devait-elle pas guider ses pas ? Ne l'aidait-elle pas à accomplir sa mission ?

La lumière d'Hylia se retira et il se retrouva seul dans la source. Au point de départ. Sans réponse à ses questions. Sans savoir ce qu'il devait faire à présent. Il ferma doucement les yeux. Si elle ne réagissait pas à cette présence c'était parce que c'était sa part de ténèbres. Ses propres incertitudes, hésitations et doutes avaient donné naissance à ces dernières. Et cette ombre persistera dans son cœur aussi longtemps qu'il les aura en lui. Cette chose, cette part de lui, il l'avait repoussé, délaissé et ignoré des années durant. Pour ne pas affronter le lot de souffrance et de douleur qu'elle avait avec elle.

- Tu commences à comprendre que ce qui m'a donné vie…

- « C'est moi » répondit Link, les yeux clos. « La corruption a profité de ma propre faiblesse… »

- Elle abuse de ta crédulité à faire tout ce que l'on te demande sans se soucier de si oui ou non, c'est ce que tu veux faire. Ne me refuse pas le contrôle… quand je peux t'apporter la liberté…

Link refusa de l'écouter. Car si ce n'était pas lui qui faisait ce qui devait être fait, personne ne le ferait à sa place. Il se rappela alors des promesses qu'il avait faites. A cette époque et par le passé. Il devait toujours une journée au prince Sidon. Et il devait retourner voir Bazz, Rivan et Gadisson. Sans compter Asarim. Puis il n'avait pas le droit d'abandonner Daruk et Urbosa. Sans parler qu'il avait inquiété Mipha et Revali… Il avait juré de donner sa vie à la princesse et il avait clairement accompli cette partie-là de son devoir. Aujourd'hui elle luttait seule. Et elle avait besoin de son aide. Alors il ne pouvait pas mourir maintenant.

Il ouvrit les yeux et regarda son reflet. L'onde se troubla et son reflet se floua. L'eau ne changea pas pour autant de couleur mais l'Hylien sentit son poids au fond de son cœur. Comme une part de lui agonisant silencieusement.

- « Tant que tu seras une menace pour ceux que j'aime, je refuse de te laisser agir à ta guise » signa Link à son reflet. « Même si cela signifie une vie de solitude ! »

- Je ne veux plus être seul ! rugit la voix. Je veux vivre ! Je veux exister ! Je veux être ce que bon me semble, pour moi-même, pas pour ce qu'on attend de moi ! Et toi ! Toi, tu veux juste nous tuer !

Link plaqua sa main sur sa poitrine en sentant son cœur se serrer douloureusement à cet appel furieux. Pire encore, il sentit la corruption dans son corps bouillir en même temps que cette volonté vibrait dans son être. Il inspira profondément, essayant de ne pas se laisser dominer émotionnellement, de garder le contrôle sur lui-même. Ne pas être consumé par ses instincts. Garder sa raison à la surface. Mais ce fût plus difficile que d'accepter de revoir tout ce qu'il avait souhaité oublier. Car c'était toute une partie de son être qui hurlait de détresse.

Il rengaina péniblement son épée, la lame brûlant à nouveau sa chair. Puis il se hissa sur le chemin pavé, sortant difficilement de l'eau avant de s'écraser sur le sol. Comme il luttait contre l'appel désespéré de sa propre personne, l'activité de la corruption se fit ressentir et il poussa un gémissement de douleur en la sentant étendre son influence dans ses nerfs, sous sa peau, dans ses sensations. Il lui avait toujours tenu tête, il refusait de céder. Mais c'était tellement difficile de résister quand rien ne l'attendait en face. Quand tout ce dont il parvenait à se souvenir, c'était tout ce qu'il avait cherché à enfouir et oublier !

Il devait… retourner voir Robbie. Le rassurer. Lui dire ce qu'il avait vu et vécu. Il… le guiderait. Sans aucun doute. Pour le moment, il devait juste… endurer cette douleur. Attendre que ça passe. Et qu'il puisse… de nouveau bouger sans que le moindre le mouvement soit une épouvantable souffrance. Si Robbie ne pouvait pas l'aider… alors… alors il… irait chercher Asarim. Parce qu'il crevait d'envie de le voir. Même s'il craignait pour sa vie, vu son état…

- T'es vraiment… infernal !

Une voix… ? Link ne pouvait pas bouger. Et son champ de vision était réduit au sol et ce qu'il avait tout juste au-dessus. Une main se posa sur ses yeux et il les ferma spontanément. L'instant d'après il fût tourné sur le dos et il retint un cri de douleur. Qui que fût la personne, elle réalisa sa souffrance et ses gestes se firent plus doux. Il sentit qu'on retirait ses vêtements, son haut surtout. Il ne chercha pas à protester ou autre, n'étant qu'une boule de nerfs super sensible et à vif.

- T… Tu as été corrompu ?! Ah… merde, je sais pas soigner ça, moi… b-bon, je suis pas médecin mais ça doit faire super mal ton truc… a-alors… tiens bon, okay ?

Cette voix… Link la connaissait. Jeune. Masculine. Il la connaissait mais il ne savait pas qui c'était et il ne parvenait pas à identifier la personne. Il voulut ouvrir les yeux mais une main lui cacha la immédiatement la vue. L'instant d'après il sentit quelque chose se planter dans son bras. Il lâcha un cri de surprise : quoi que fût la chose dans sa chair, cela avait touché une zone infectée et donc très douloureuse. Il n'eut pas le loisir de s'en indigner, de râler ou de faire quoi que ce soit, car sa conscience glissa très vite. Et il sombra même avant de se souvenir qui était cette personne…

ooo

- Mais qu'est-ce que tu fais, mon pauvre ? T'es complètement taré ! Tu vas tellement te faire tuer ! T'es tellement mort !

C'est ce que se répétait en boucle Kah'ge depuis plusieurs longues minutes alors qu'il essayait désespérément de soigner le Héros. Alors qu'il était affaibli et dans l'impossibilité de se battre, c'était le meilleur moment pour le tuer. Mais il en était incapable. Et il se détestait pour ça ! Fuh'ma ou Narh'su n'auraient éprouvé aucune hésitation et l'auraient tué sans attendre. Mais lui… lui il était stupide. Et faible. Et vraiment le roi des imbéciles ! Qu'est-ce qu'il foutait en Akkala déjà ? Alors qu'il devrait être à Firone ! Il s'arrêta dans ses tentatives de soin parce que ses mains tremblaient furieusement.

Il inspira profondément et passa ses mains sur son masque. Quand Narh'su lui avait demandé de se rendre à Firone, Kah'ge s'était appliqué. Et il s'était mis en route pour la région opposée au repaire Yiga, au cœur de cette forêt qu'il ne trouvait pas spécialement belle ou hospitalière (excepté que Fuh'ma avait dit vrai sur le fait qu'elle abritait des bananes lames à foison !). Mais à un moment, dans son voyage, sans aucune explication logique ou cohérente… il avait bifurqué. Même pas pour aller dans son « shraïne ». Non. Il avait traversé les Alpages, ignorant l'entrée de Firone. Et il était remonté sur le plateau d'Hyrule. Quelque part, tout au fond de lui, quelque chose l'avait attiré ici.

Il n'avait aucune explication logique que cette foutue sensation dans le fond de son ventre. Quelque chose qui l'avait poussé à encore désobéir. Il sentit que c'était grave, qu'il devait partir, suivre son instinct. Et pas sans raisons : quand il avait recroisé le Héros, il avait absolument refusé de l'aborder. De près ou de loin. La raison étant qu'il avait été témoin de sa barbarie. Et qu'il n'avait rien compris à ce qu'il avait vu à cet instant. Une scène d'horreur pure où l'homme débile et imprévisible pour lequel il vouait une certaine admiration et fascination avait disparu au profit d'un monstre…

A partir de ce moment, il l'avait suivi en douce. Mais il avait eu beaucoup de mal à rester dans son sillage sans qu'il ne le repère. C'était affolant de voir combien ses sens étaient développés et qu'il détectait toute présence étrangère dans un très grand rayon. Kah'ge l'avait perdu de vue plusieurs fois. Mais il n'avait eu qu'à suivre les cadavres pour le retrouver.

- S'il te plaît… Aide-le…

Kah'ge redressa la tête. Il regarda partout autour de lui : il… avait entendu une voix de femme à l'instant, non ? Sauf qu'ils étaient qu'eux deux… sans doute une illusion auditive de sa conscience… un truc du genre sans doute. Entre sa peur panique et sa fatigue, il ne devait pas être très frais…

Il fronça les sourcils derrière son masque et regarda le Héros étendu sur le sol. Il avait été obligé de l'endormir de force. C'était une chose qu'il avait apprise à force d'observation, en le regardant au loin : qu'importe sa violence, sa colère ou son état, quand il dormait, le Héros ne pouvait rien faire… Il soupira, se demandant s'il ne commençait pas à délirer. D'autant plus qu'il était mort de panique et d'inquiétude : si Sah'to réalisait son absence, il allait prendre tellement cher !

- Je veux bien aider, moi ! Mais je fais comment ?! Je… je suis pas médecin, ni soigneur !

- Le Laboratoire

Ah ! Mais oui, il y avait ces Sheikah là-bas ! Comprenant ce qu'il devait faire, Kah'ge se redressa. Le plus dur serait de hisser le corps du Héros jusque là-bas ! Il n'était pas bien fort et se traîner il ne savait combien de kilogrammes sur il ne savait pas combien de mètres… cela ne l'enthousiasmait pas. Il rhabilla l'Hylien avant de rassembler ses affaires et de le hisser péniblement sur son épaule pour le soulever du sol. Ce qu'il était lourd ! Au prix d'efforts pénibles, d'hésitations et de chutes que le Yiga put au moins sortir le Héros de la Source, l'installant à l'entrée alors qu'il surveillait le passage des gardiens volants. Ils étaient lents. A pied, ils seraient repérés sans aucun mal. Et autant dire qu'ils ne feraient pas de vieux os s'ils étaient visés…

- En haut, tu trouveras ce dont tu as besoin…

Kah'ge se retourna, toujours aussi étonné d'entendre aussi clairement cette voix. Est-ce qu'il était déjà en train de devenir fou ? C'était inquiétant. Mais quand son regard tomba sur l'Hylien, il sut qu'il n'avait pas d'autres solutions que d'écouter cette femme. Enfin il présuma que c'était une femme. Qui était-elle, il n'en savait rien. Il suivit donc son conseil et trouva la raison pour laquelle elle l'avait guidé ici.

Plusieurs chevaux se baladaient sur la plaine. Et parmi eux, il y en avait un à l'écart. « Celui-là ! » pensa Kah'ge. Sa crinière était marquée, comme si elle avait été empoignée et tenue fermement par quelqu'un le chevauchant à cru. Il se glissa jusqu'à ce cheval (les autres fuyant en l'apercevant). La monture se laissa docilement faire. Sauf que… Kah'ge ne savait vraiment pas monter à cheval. Encore moins sans selle. Il soupira alors qu'il eut un semblant d'idée pour se sortir de cette impasse.

Il dû amadouer le pauvre canasson avec une pomme (enfin plusieurs quand il trouva le moyen de perdre l'une d'elle dans l'estomac de la bestiole !) et le forcer à le suivre jusqu'à l'entrée de la Source. Enfin dans la mesure de ce que le cheval acceptait, ce dernier n'était pas totalement idiot mais ce n'était pas une flèche non plus. Et de toutes les disputes qu'il aurait pu avoir dans sa vie, se battre avec un canasson n'était pas celle qu'il escomptait avoir un jour.

Par chance, les gardiens ne s'en prenaient pas aux animaux. Uniquement les humains. Kah'ge poussa sa chance comme il put. Le tout fût de hisser le Héros dessus et avec une monture pas spécialement compréhensive sur ses choix curieux pour poser un corps sur son dos, l'exercice l'épuisa plus que de raison. Et encore, même une fois le Héros sur le cheval : il faisait quoi ensuite ?! Il ne savait pas monter et les mouvements du canasson risquait d'éjecter l'Hylien…

- Qu'est-ce que tu ne me fais pas faire ! râla Kah'ge alors qu'il essaya de trouver un moyen de garder le Héros sur le cheval. Je te jure que tu me paieras tout ça un jour !

Quand enfin il trouva un moyen de garder l'Hylien sur cheval un peu irrité, il se décida enfin à sortir de son trou et d'essayer de guider la monture. Sauf que la patience de cette dernière avait été fortement éprouvé et Kah'ge n'étant pas le plus doué avec les animaux, le cheval s'emballa soudainement… avant de détaler à toute allure, ignorant la menace des gardiens. Non sans frapper le pauvre Yiga dans sa fuite, le blessant avec ses puissants sabots.

A cet instant Kah'ge voua une haine infinie à tous les chevaux de ce monde et crut mourir en le voyant s'enfuir avec le corps du Héros. Il n'aurait jamais cru pouvoir un jour se sentir aussi con qu'à cet instant. Mais il se précipita à la suite de la monture, essayant de ne pas être pris par les rayons des gardiens. Ce fût la pire expérience de sa vie et il n'était pas bien vieux. Quand il put enfin retrouver le cheval ET le Héros attaché dessus (bon sang, n'importe qui le voyant ainsi le prendrait pour un fou et qui que soit le témoin de cette scène aurait bien raison !). Encore plus que pile à ce moment il se mit à pleuvoir des cordes !

Maladroitement, titubant entre les arbres et les buissons, Kah'ge guida le cheval jusqu'au Laboratoire. Il expérimenta son épreuve ultime : le gardien posé sur le chemin qui menait vers ledit laboratoire. S'il n'avait pas déjà les cheveux blancs de nature, certainement que toutes ces épreuves, ces peurs bleues et paniques auraient fait le travail ! Quand le premier rayon frappa, il eut juste le réflexe de faire partir la monture en quatrième vitesse et de sauter à l'opposé pour sa vie : ces trucs pouvaient tuer sans aucun mal le plus solide des hommes ! Et Kah'ge était loin d'être un roc alors…

Il se réceptionna dans la boue, son bras n'appréciant pas ces efforts inutiles. Le cheval était en train de remonter le chemin et serait bientôt devant le phare. Il suffisait juste d'attirer l'attention de ce pot en terre ! C'était le plan dans la tête de Kah'ge. Juste qu'il… ne se passa clairement pas comme prévu : il pensait servir de leurre et éviter le cheval (enfin surtout son paquet humain) d'être pris pour cible… mais ce stupide tas de ferraille l'ignora royalement. Et tira une deuxième fois.

Le cheval fût frappé, ses sabots dérapant dans la boue qui se formait sur le sentier et chuta lourdement. Le cœur de Kah'ge se figea d'horreur à ce moment et il se précipita de toutes ses forces pour s'assurer que le Héros allait bien. Par chance le cheval était tombé sur un versant de la pente que le gardien ne pouvait pas couvrir de son radar. Epargnant un nouveau tir. Kah'ge se glissa près de la pauvre monture, qui avait trouvé la mort en accomplissant sa tâche. Il lui adressa une prière silencieuse et se hâta de voir comment allait le Héros.

Le choc avait fait sortir ce dernier de sa torpeur mais il était encore profondément confus. Il était vivant mais certainement pas en bon état : la chute avait été spectaculaire et elle avait probablement fait des dégâts. Déjà une chance que le cheval ne se soit pas renversé sur lui ! Il trancha les liens qui avaient gardé le Héros attaché et le tira de sous ce merdier rapidement. Une lumière traversa le rideau de la pluie, faisant sursauter le Yiga : tout ce grabuge avait alerté les habitants du phare.

Sa seule chance était que la pluie affectait la visibilité, forçant donc les résidents du phare à sortir au lieu d'espionner derrière les fenêtres ! C'était donc ses derniers instants avant d'être grillé. Aussi il usa de ses dernières forces (forçant sur son bras blessé par ce brave cheval) pour trainer péniblement le Héros jusqu'au Laboratoire. Les Sheikah s'agitaient derrière, prêts à sortir d'un instant à l'autre ! Le sous-fifre fouilla dans sa tenue : il n'avait aucun talisman pour prendre la fuite. Super génial. Il soupira faiblement et passa sa main sur le visage du Héros. Leurs retrouvailles étaient brèves. Mais il était heureux de l'avoir revu.

- Idiot, murmura Kah'ge en voyant l'autre vaciller dangereusement à la surface de sa conscience.

La porte s'ouvrit brutalement, pétrifiant d'horreur le Yiga quand il fût pris dans la lumière venant de l'intérieur. Mais également le Sheikah qui ne s'attendait pas à le trouver là. Ni même à trouver le Héros dans ses bras. Kah'ge se recula avec toute la prudence du monde, laissant l'Hylien devant le Laboratoire alors que le Sheikah parlait à quelqu'un à l'intérieur. Quand il fût à une bonne distance, Kah'ge le vit se précipiter sur le Héros. Et il sut que son rôle était terminé. Il massa son bras, regardant le couple rentrer péniblement le garçon à l'intérieur. Il se détourna et s'éloigna, le cœur lourd d'un sentiment indescriptible.

- Tu as le choix ! cria une voix dans son dos, le faisant sursauter. Tu as toujours le choix de revenir parmi les tiens ! Si un jour tu penses être dans l'erreur, cette porte te sera toujours ouverte !

Kah'ge roula des yeux et s'enfonça dans la forêt, empêchant le Sheikah de le suivre si l'envie lui en prenait. Le choix ? Quelle blague. La seule chose qui l'attendait s'il trahissait le clan, c'était la mort. Et il ne se sentait toujours pas prêt à l'affronter. Sa seule consolation c'était que le Héros était vivant. Dans un sale état mais avec ces lâches de Sheikah, il ne s'inquiétait pas pour sa vie. Cela voulait aussi dire qu'ils pourraient se croiser à nouveau.

- Merci de l'avoir sauvé, murmura la voix de femme.

- De rien, m'dame, soupira Kah'ge. Si vous êtes ma bonne fée, vous pourriez faire en sorte qu'il vienne me voir ? A Firone ?

Aucune réponse. Le Yiga haussa les épaules : tant pis. Il aura essayé de provoquer sa prochaine rencontre. Si même les fées ne voulaient pas l'aider alors qu'il avait si gentiment et généreusement fait ce qu'elles avaient demandés… ce monde était bien injuste ! Il devait juste… retourner d'où il venait (ou plutôt là où il devrait être). A pied puisque ses talismans étaient tous foutus !


Un chapitre où je me suis énormément amusée :D J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce chapitre, à developper ce Yiga (l'avez vous reconnu rapidement ? XD Est-ce que vous vous attendiez à lui ?) qui a son importance en un sens dans ma vision personnelle des Yigas. Puis il est couillon aussi, je le trouve attachant (comme tous ces Yigas qui me surveillent dans tout Hyrule pour m'agresser hasardeusement X'D Merci les gars). Merci de votre attention o/ On se voit au prochain chapitre X3