Comme toujours, je remercie les personnes qui m'ont laissée des petits commentaires pour le chapitre précédent. Il semblerait que Kah'ge ait gagné un peu en popularité et je vous en remercie :3 cette histoire a débuté à cause de lui donc je suis contente qu'il plaise un peu XD Merci à ceux et celles qui me lisent aussi, sans laisser de commentaire. J'espère que la suite continuera de vous plaire. Sur ce bonne lecture 3


Chapitre 25 - Conflit

Asarim jouait calmement de son accordéon. Cela faisait à présent plusieurs semaines que Vah Medoh avait enfin été apaisée et qu'il était parti à la recherche de son jeune compagnon. Cependant, alors qu'il errait, en quête d'une piste, il trouva un beau jour, le rayon de Vah Ruta éclairant l'est d'Hyrule. La créature divine avait elle aussi été calmée et attendait pour accomplir son devoir. Cette vision avait rempli le cœur du ménestrel d'un espoir fou : Link était vivant. C'était la seule nouvelle qu'il était parvenu à intégrer à ce moment. Et c'était tout ce qui lui importait.

Certes, il ignorait pourquoi son jeune ami n'était pas revenu au village Piaf ou encore à son abri, en Tabantha. Mais il se doutait qu'il était poussé par quelque chose qu'il ignorait, un besoin sans doute de ne pas se laisser distraire de son devoir. C'était sans doute quelque chose dans cet ordre d'idées. Il ne pouvait pas en être certain vu qu'il ne l'avait pas recroisé. Oh, il s'était rendu au domaine Zora. Plus exactement au pied de Vah Ruta. Par curiosité. Il y avait simplement croisé un garde : visiblement, il cherchait le Prodige Hylien et possiblement la princesse Mipha.

Comprenant qu'à nouveau, Link avait disparu après avoir accompli son devoir, le ménestrel ne s'était pas attardé, préférant voyager : l'attente était pénible et insupportable. Il avait fait plusieurs détours, essayant de s'occuper avec les chants oubliés de son maître. Qui sait, avec de la chance, sa route croiserait à nouvelle celle du Héros si Hylia le voulait bien. Il n'avait pas encore fini ses obligations et il ne pouvait pas rentrer tant qu'il n'aurait pas fini. Il était revenu à sa vie d'errance, comme jadis. Ne s'arrêtant au relais au pied du village Piaf que pour jouer et rassurer sa femme.

Une fois, elle avait choisi de confier ses filles à Saki, l'épouse de Teba le temps de descendre voir son époux. Des retrouvailles temporaires, drapées de tristesse mais non sans tendresse. Elle savait qu'elle ne le résonnerait pas et il savait qu'elle était juste très inquiète. Amali ne se plaignait pas de ses voyages et de son absence. Elle attendait juste. Il éprouvait tellement d'amour et d'admiration pour cette femme capable d'une si grande tolérance ! Quand elle était repartie, ce fût avec la promesse de son retour hypothétique.

Il cessa son chant quand il remarqua le jour déclinant. Il avait passé sa journée sur la plaine d'Abare, au nord du village Cocorico, à compulser le chant de son maître. Perché devant le socle devant lui, enfoui dans la terre, il n'avait encore compris, le sens de ces vers. Dans ce chant, son maître faisait référence à une bête aux deux lances dont il en avait longuement cherché le sens. Et avant d'y parvenir, la journée venait de se finir. Ne se sentant pas le courage de voler jusqu'au relais des Géminés ou même d'aller au village Cocorico à proximité, Asarim se résigna à rester sur place.

En temps normal, Asarim évitait de camper dans la nature, surtout sur des plaines aussi dégagées. Ne souhaitant pas être surpris pendant la nuit, il abandonna le socle et son perchoir afin de remonter un peu sur la plaine et grimper sur l'unique arbre qui surplombait cette dernière. Il s'installa aussi confortablement qu'il put et scruta les alentours : au moins, il n'attirerait pas immédiatement les stals. C'était sa plus grande hantise, ces derniers sortant du sol et n'étant actifs que la nuit… il avait déjà eu quelques mésaventures avec eux. Cependant même dans l'abri relatif de cet arbre, il n'était pas hors de danger. Aussi, il veilla silencieusement en observant des bouts du ciel à travers les feuilles : heureusement qu'il ne pleuvait pas ce soir, il serait au sec !

Naturellement ses pensées allèrent vers son jeune compagnon de voyage. Qu'Hylia lui soit témoin de combien il lui manquait ! Il voulait tellement le revoir ! Se rassurer en sachant qu'il allait bien. Il adorerait passer quelques instants avec lui et lui dire tout ce que ses actions avaient apporté de bon à travers Hyrule. Lui raconter que la flamme qu'il avait laissée derrière lui était en train de se propager. Il donnait du courage et de l'espoir à ceux qui s'étaient résignés à une vie de malheur.

C'était encore timide, discret. Tout le monde ne louait pas encore son nom. Mais cela ne serait qu'une question de temps. Car personne n'était aveugle, les gens avaient vu Vah Medoh et Vah Ruta en position pour le combat à venir. Les peuples liés à ces créatures n'ignoraient pas son implication et les changements que leur présence annonçait silencieusement. Les gens avaient peur d'espérer. Mais les plus vaillant se décidait à œuvrer pour ce futur. Leur futur. Celui pour lequel Link se battait. Et pas que : la princesse également avait œuvré pour cette idée de liberté !

Si seulement il pouvait lui dire… lui donner le courage de continuer son combat. Sans l'accabler de pression sous les espoirs de tout Hyrule. Juste… lui dire combien il était formidable d'avoir amorcé doucement le changement que plus personne n'attendait. Tout cela lui permettait d'attendre, de supporter la distance. Mû par une inspiration soudaine et d'un air qu'il eut envie de composer, il se mit à écrire et chanter.

Aux premières lueurs de l'aube, fourbi et peu reposé, le Piaf s'étira péniblement. Il ne devait pas trop s'attarder et profiter de l'heure matinale pour s'en aller. Sa chanson, il l'avait bien avancée et il espérait qu'elle soit prêtre jusqu'à leur prochaine rencontre. Il ne remarqua que tardivement l'ombre qui était dans la sienne, peinant au début à comprendre quelle partie de son corps était cette forme. Et quand il réalisa que ce n'était pas son corps, il sursauta et se retourna.

Fendant fièrement les cieux sous la toile tendue de sa paravoile, le jeune Hylien semblait bel et bien se rendre au village Cocorico. Il était évident qu'il l'avait vu. Mais il passa son chemin, filant sans s'arrêter. Peut-être… qu'il ne l'avait pas réellement pas vu et qu'il n'avait pas pu entendre le son de l'accordéon ?

- Jeune Prodige ! s'exclama Asarim.

Le voyant s'éloigner, il redoutait qu'il ne l'ait pas entendu mais il le vit manœuvrer péniblement avant d'entamer des cercles autour de sa position. Jusqu'à enfin se poser au sol. Le jeune homme rangea son instrument de vol et refusa de le regarder droit dans les yeux. Ciel, il avait une apparence épouvantable. Sa chevelure et son visage étaient cachés sous une capuche et il semblait juste flotter dans ses vêtements, comme s'il avait trop maigri soudainement. Le ménestrel amorça un mouvement mais son jeune compagnon se recula immédiatement. Ne comprenant pas son excessive méfiance ou sa fuite soudaine, Asarim resta à sa place.

- Je suis tellement heureux de te revoir, ami voyageur, déclara simplement le ménestrel. J'étais… si inquiet depuis que tu as disparu au cœur de Vah Medoh. Je ne t'ai pas revu depuis ce jour… je t'ai cherché… aussi loin que mes ailes pouvaient me guider… revenant régulièrement, afin de voir si tu étais revenu avant moi… Il ne s'est pas passé un jour sans que mes pensées t'accompagnent.

Il le vit passer nerveusement sa main sur sa nuque, par-dessus sa capuche et baisser soudainement la tête. Oh, il avait l'air de se sentir coupable. Ce n'était pas l'intention d'Asarim que Link se sente mal. Il replia son instrument et l'attacha soigneusement dans son dos avant de tendre son aile vers son ami. Ce dernier ne bougea pas. Le fixant de loin.

- Dis-moi… que s'est-il passé… là-haut ? Si… tu peux me répondre, bien sûr…

- « C'était difficile » répondit simplement l'Hylien.

- Je n'en doute point. Es-tu… blessé ?

L'autre répondit à la négative. Mais ne continua pas la discussion, indiquant que le sujet était clos. Asarim ramena sa main contre lui, comprenant qu'il ne la lui prendrait pas et qu'il ne désirait clairement pas s'attarder sur son propre sujet. Il observa Link tourner autour du socle, curieux. Avant qu'il ne jette un coup d'œil sous l'ombre de sa cape.

- « Veux-tu bien chanter le chant de ton maître sur cette épreuve ? »

- … Pardon ?

- « Le chant. Il y a un socle ici et tu es là. Il y a une énigme, non ? »

- C… c'est exact…

Ce n'était pas ainsi qu'Asarim envisageait leurs retrouvailles. Malgré son étonnement et sa surprise, il prit son accordéon et se mit à jouer l'air de son maître ainsi que le chant qui accompagnait la musique :

- Sur le mont où la vie fleurit en abondance, une bête brandit fièrement ses deux lances. Sur son échine, Héros, si tu vas chevaucher, l'épreuve qui t'attend tu pourras approcher. Je suppose que « le mont où la vie fleurit en abondance » c'est ici. Mais… j'ignore ce qu'est cette bête…

Link ne fit aucun commentaire, se contentant de scruter les alentours, pensif. Asarim n'ajouta rien, mal à l'aise : il y avait cette distance entre eux qu'il ne comprenait pas. Pire que tout : elle était à la fois pénible et douloureuse. Un savant mélange déconcertant. Et désagréable aussi. Finalement, Link lui fit signe comme quoi il revenait avant de s'éloigner. Le Piaf éprouva un curieux sentiment d'abandon qu'il chassa rapidement. Il attendit silencieusement. Avant de se demander où était passé son compagnon. Il entendit soudainement un brâme furieux et il sursauta : la plaine était particulièrement calme, à part des animaux il n'avait souffert d'aucune attaque de monstres !

Il se redressa de toute sa hauteur quand il vit Link revenir soudainement sur le dos d'un cerf qui ne semblait guère vouloir se laisser faire ! Il paniqua intérieurement en le voyant essayer de maîtriser l'animal tout en le guidant vers lui. Etonné, Asarim s'écarta du socle et l'observa approcher. Jusqu'à escalader le socle. Ce dernier s'illumina soudainement. La terre tremblant, surprenant le pauvre Piaf alors qu'un sanctuaire jaillit des entrailles de la terre. Le Héros calma sa monture improvisée avant d'en descendre et de lui rendre sa liberté. Et sans attendre, il se dirigea vers le monument.

- Je t'attends ici, déclara Asarim.

Link s'arrêta et se retourna. Bien qu'encore dissimulé sous sa capuche, le Piaf devina une certaine surprise dans son attitude. Il le regarda hésiter longuement. Avant qu'il ne lui fasse de nouveau face et n'indique qu'il n'avait pas besoin de rester, qu'il le remerciait pour l'avoir guidé et qu'il pouvait s'en aller. Asarim baissa les yeux un court instant, blessé : depuis quand le chassait-il de la sorte ?

Il ne fit aucun commentaire et le laissa disparaître à l'intérieur sans le retenir. Mais il refusa de partir : quelque chose n'allait pas avec son ami. Quoi, il n'arrivait pas à le savoir. Il grimpa sur l'arbre près du sanctuaire et s'y posa en silence. Son attente fût particulièrement longue. Mais il était habitué. Il savait qu'à l'intérieur de ces structures, Link traversait mille épreuves dont il n'avait aucune idée de la difficulté. Il se prépara mentalement à peut-être le retrouver blessé. S'il ne le laissait pas approcher…

Il entendit du bruit et plissa les yeux en voyant son ami sortir. Par chance il ne semblait pas blessé bien que sa frêle silhouette l'inquiétât. Il inspira profondément avant de voir ce dernier tourner la tête dans tous les sens. Est-ce qu'il… le cherchait ? En voyant ses épaules s'affaisser, Asarim sut qu'il n'avait rien pensé de ses propos d'avant. Alors il s'envola et se posa à ses côtés, le prenant par surprise. Il était désolé de devoir jouer de ces petits stratagèmes mais s'il refusait de lui parler, soit, il acceptait ses silences. Mais qu'il mente, il n'était pas d'accord. Le Piaf croisa calmement ses bras et le scruta silencieusement. Il n'avait rien de plus à faire, il savait que la conscience du garçon allait agir à sa place.

Et cela fit effet assez rapidement, quand il se jeta sur lui, forçant le ménestrel à ouvrir ses bras pour le réceptionner contre lui et le serrer avec toute la tendresse du monde contre sa personne.

- J'ignore tout ce qui t'es arrivé, ami voyageur… mais je refuse de te laisser seul une nouvelle fois. L'angoisse m'emportera si tu m'éloignes de toi…

Link trembla dans ses bras. Avant de s'écarter, toujours tête basse. Il leva ses mains tremblantes et Asarim remarqua qu'elles étaient entièrement bandées. Son front se plissa sous l'inquiétude mais il resta attentif.

- « Jure-moi de ne pas… t'énerver ou… éprouver du dégoût » signa l'Hylien.

- … Ma parole te suffira ? Tu as l'air de vouloir te convaincre toi-même…

Devant lui, l'Hylien trembla de plus belle. Asarim jura calmement, donnant sa seule et unique parole. Seulement à ce moment l'autre accepta enfin de retirer sa capuche. Et releva un visage défiguré par une blessure que le ménestrel n'aurait jamais cru trouver un jour sur lui. Il retint sa respiration mais ne détourna pas le regard, trouvant trop de désespoir dans le regard de son compagnon. Il leva timidement une de ses mains et caressa sa joue avec douceur. Link plaça sa main sur la sienne, la retenant comme si le contact fût douloureux.

- Que s'est-il passé ? demanda doucement Asarim. Tu as l'air en piteux état…

- « Longue histoire… »

- J'ai tout mon temps. Et si tu souhaites en parler plus tranquillement, le village Cocorico n'est pas loin. Nous pourrions y aller à pied. Et tu m'expliqueras ce que tu voudras bien me confier ?

Link eut une étincelle de reconnaissance dans son regard et accepta son offre. Asarim découvrit que c'était sa destination, qu'il devait s'y rendre afin de rencontrer à nouveau la doyenne, Dame Impa. Avant de lui expliquer son combat dans Vah Medoh, puis dans Vah Ruta, sa rencontre avec l'âme de ses amis, les Prodiges tombés au combat. Leur sacrifice qu'il avait refusé et les conséquences sur son corps. Il dévoila ses mains endommagées et expliqua sa lutte contre l'épée de la légende (qu'il refusait de porter actuellement pour ne pas être reconnu). L'aide qu'il était parti chercher auprès d'un Sheikah en Akkala, nommé Robbie, après avoir perdu la raison à cause de la corruption grandissant en lui. Son épreuve à la source du Courage et son échec à s'affronter lui-même.

Asarim l'écouta silencieusement, se contentant de garder sa main sur son épaule quand il le sentait flancher. Il colla son bec contre son front à plusieurs reprises, pour l'encourager, le soutenir. Lui faire savoir qu'il restait à ses côtés, qu'il ne se détournerait pas. L'Hylien accepta avec soulagement sa présence et lui rendit sa tendresse en osant timidement embrasser le bout de son bec. Un geste intime qui fit sourire le Piaf : malgré les horreurs qu'il avait traversées, il éprouvait toujours le besoin d'avoir de l'attention. Ils s'engagèrent sur le chemin qui menait vers le village, marchant côte à côte. Le Piaf sut que son ami aurait besoin de repos…

Sans qu'il n'explique pourquoi, leur arrivée était attendue car plusieurs villageois les escortèrent jusqu'à la maison de la doyenne dès qu'ils identifièrent Link. Naturellement, ils essayèrent d'éloigner Asarim : tout ceci n'était pas de son ressort et il n'avait probablement aucun droit à être dans les confidences des Sheikah. Mais Link refusa d'être séparé et usa même de la violence pour se faire entendre à ceux qui essayaient de le dissuader. Le ménestrel l'invita à se calmer et tenta de le raisonner. Avant qu'une jeune demoiselle n'arrive en panique et n'indique qu'il était également le bienvenu. Pourquoi ? Il l'ignorait.

Ils furent donc conduits jusqu'à la maison de Dame Impa. La vieille femme attendait sagement et quand Link entra, ce fût avec une moue extrêmement boudeuse. Comme s'il se doutait ce qui allait arriver. Asarim se tint en retrait, étranger à tout cela et un peu mal à l'aise de s'imposer de la sorte. Encore plus quand la vieille Sheikah le sonda longuement en silence. Elle avait l'air de tout savoir de lui sans qu'il n'ait dit un mot. C'était… dérangeant.

- J'ai reçu le rapport de Robbie, commença Impa après que les deux gardes eurent fermer la porte derrière eux et que la petite demoiselle s'installe à ses côtés. Il m'a indiqué que ton état était critique. Que tu ne devais plus apaiser aucune bête divine au risque de succomber à la corruption en toi.

La nouvelle le catastropha Asarim : il lui avait bien dit qu'il avait souffert de ses rencontres mais pas que cela menaçait sa vie directement ! Link tiqua, clairement contrarié. Asarim ne l'avait jamais vu avec une attitude aussi impertinente ! Et clairement que Dame Impa non plus, car elle claqua sèchement sa main sur sa cuisse, le rappelant à l'ordre. L'autre sursauta et se tint droit comme un « i ». Avant de réaliser son geste. Et de regarder son corps avec surprise. Et Impa ne daigna pas expliquer son tour de force, frustrant le jeune Hylien.

- Link, fais-moi le plaisir de retirer tes vêtements. Que je constate de mes yeux l'étendue des dégâts. Ami Piaf… pardon : Asarim. Inutile d'essayer de te retirer. Link semble te tenir en estime.

Il y eut un léger silence. Avant que le Héros ne commence à se défaire de ses vêtements, retirant les différents bandages qui le couvraient. Asarim l'observa distraitement avant de regarder dame Impa. Cette dernière l'observait également et il poussa un faible soupir.

- Je vois que vous savez déjà qui je suis, déclara Asarim en baissant les yeux. Je suis heureux de voir que vous êtes bien portante, Dame Impa.

- « Tu la connais ? » signa Link surpris, s'arrêtant dans sa corvée.

Asarim ne fit aucun commentaire : c'était trop tôt pour parler de cette histoire. Mais… vu que le sujet venait d'être ouvert, il avait probablement… une chance d'aborder la chose sans attendre de résoudre toutes les énigmes de son maître. Ce n'était pas ce qu'il souhaitait mais vu que les choses étaient devenus péniblement compliquées…

- Mon maître était le poète de la cour royal, expliqua Asarim. C'était un Sheikah. Quand le Fléau s'est abattu, il a été contraint de retourner à son village, abandonnant la princesse qu'il aimait et son chevalier servant tombé au combat. Ceci est une autre histoire, je te la conterai plus tard…

Link approuva avant d'enfin retirer les premières couches qui couvraient sa peau. Devant l'horreur qu'étaient devenus sa peau et son corps, Paya poussa un cri de surprise et de terreur, forçant Link à se cacher, honteux de ce qu'il était devenu. Mais Asarim passa sa main sur son bras corrompu, sans peur ni crainte. L'invitant à ne pas se soustraire à un quelconque regard ou jugement. L'Hylien le regarda longuement, cherchant une trace de dégoût ou de peur mais ne trouvant que tendresse et douceur, il se détendit.

Le côté gauche de son visage était défiguré par une trace violacée de corruption, tirant sur le noir et le rouge au niveau de son cuir chevelu. Ses mains et avant-bras étaient noirs comme du charbon, comme nécrosés bien qu'il semblât en avoir encore l'usage. De ci et là, des pustules se formaient ou se résorbaient sous sa peau, comme si quelque chose « vivait » littéralement dans sa chair et Link tirait dessus dédaigneusement. Parfois les arrachant et se blessant sans que cela ne le fasse sourciller : il n'avait l'air que trop familier à cette souffrance. Ses jambes étaient dans un état similaire, plus zébrées à la façon des monstres dont l'influence du Fléau avait marqué le corps.

Avec cela s'ajoutait de nombreuses cicatrices. Des blessures faites par des armes ou des flèches. Des brûlures, certainement liées à des combats difficiles dont aucun n'avait idée de l'intensité. Link chercha à se cacher, n'appréciant pas cette longue étude silencieuse. Il éprouvait clairement du dégoût envers lui-même mais pas Asarim : tout son corps portait les marques de sa volonté à ramener la paix et accomplir son devoir. Comment pouvait-il le trouver horrible ? Il était… fantastique.

Asarim n'avait pas mesuré l'étendue des dégâts avant ce jour mais il n'éprouva que plus de tendresse pour lui. Il avait redouté de la pitié mais… non.

- Je vois. Je comprends l'inquiétude de Robbie. Ce n'est pas de la simple corruption comme nous la connaissons. Cette chose affecte les objets, les monstres. Ceux dont l'esprit est faible. Mais toi, tu as été infecté. Je ne peux malheureusement rien faire de plus. Qu'a donné ton escale à la Source du Courage ?

- « Prier Hylia n'a rien changé » signa le jeune homme, abattu. « Elle a refusé de répondre à mes questions. Et l'épée de légende me brûle chaque fois que je veux l'utiliser… »

- Tu as réussi à la sortir de son socle ?! s'exclama Impa, clairement surprise.

Link approuva avant de prendre la tablette et de sortir son épée. Il la tenait par le fourreau et non la garde. Comme s'il redoutait de se blesser avec. Le visage de la doyenne se ferma soudainement alors qu'elle observa l'épée.

- Entends-tu toujours sa voix ?

- « Oui » répondit le Héros. « Elle n'est pas heureuse de ce qui m'est arrivé. Il m'a fallu trois jours pour réussir à la récupérer. Je peux l'utiliser mais pas en continu… à cause de mon état, son pouvoir s'épuise plus rapidement ! »

- Es-tu prêt à sacrifier les âmes de Daruk et Urbosa la grande ?

- « Jamais ! »

- En quoi sauver leurs âmes est-il nécessaire ? demanda froidement Impa.

Tous virent Link lever son poing vers sa bouche et mordre dedans, comme pour exprimer une colère au-delà de ce qu'il était capable d'exprimer avec juste des signes. Un geste curieux et anormal, qui choqua Impa. Et encore plus Asarim car cette fois il ne remarqua que trop bien combien la colère transforma les traits juvéniles de Link en quelque chose de terrible : de la frustration, de la haine, des regrets et un savant mélange d'autres émotions très fortes. Il sut alors ce que c'était : de l'incompréhension. Il avait déjà discuté de cela. Pas avec Impa. Mais avec d'autre. Pire encore : les prodiges eux-mêmes certainement. Il le regarda alors inspirer soudainement, pour se donner du courage :

- Ils ont été enfermés dans leur créature divine pendant cent ans. Les ombres qui ont provoqué leur chute… ces choses ont torturé Revali jusque dans la mort ! Et Mipha était brisée aussi après des années d'agonie ! Si je brise leurs âmes pour détruire ces choses, certes ce sera une victoire… mais j'abandonnerais leur don au Fléau ! Et je refuse ! Je refuse d'oublier encore une fois ! Je refuse d'échouer une deuxième fois… !

Sa voix, horrible, faible et éraillée, se brisa soudainement et Link toussa. Choquant tout le monde : lui qui avait toujours gardé le silence, le voir s'emporter de la sorte était une chose curieuse et anormale ! Immédiatement, la demoiselle se rua vers une cruche remplie d'eau qu'elle s'empressa de verser dans un verre avant de l'apporter à Link qui l'accepta volontiers. Il la remercia du regard et elle essaya de soutenir l'émotion qui brillait dans ses yeux. Avant de se détourner doucement et de retourner auprès de sa grand-mère.

- Tu n'étais pas obligé de crier, s'exaspéra Impa. Je comprends ton point de vue mais cela n'est pas raisonnable pour autant. S'ils sont prêts à accepter leur destin, pourquoi tiens-tu tant que cela à t'encombrer de leur fardeau ?

Link voulut utiliser sa voix mais toussa violemment. Comprenant qu'il avait trop forcé en peu de temps, il leva sa main, indiquant qu'il avait besoin de temps avant de pouvoir signer. Asarim l'observa silencieusement : quelque chose poussait l'Hylien à risquer jusqu'à sa vie pour sauver une seule âme. Et qu'importait le « quoi » ou « pourquoi », cela provoquait une forte tension entre lui et la doyenne des Sheikah.

Il avait l'impression de voir son maître, prisonnier de ses regrets, incapable de se libérer de ce poids. Ce dernier l'avait entraîné vers sa mort. Il posa ses plumes sur son plastron : en tant que disciple, il avait hérité de sa volonté. Rien ne le forçait le faire. Si ce n'était soulager son âme de ses tourments et de lui assurer le repos qu'il lui revenait.

- « Je ne suis pas lui ! Je ne suis pas celui que vous avez tous connu, docile et obéissant ! » signa-t-il avec une once de menace dans ses gestes.

- Je n'ai jamais pensé cela de toi ! s'indigna Impa.

- « Peut-être aujourd'hui. Mais cela n'a pas toujours été le cas, Intendante Impa ! »

Devant cette réponse, l'expression de la vieille femme se fit glaciale. Asarim, remarquant ce changement, s'interposa entre les deux. Ce n'était pas sa dispute ni son combat. Mais il refusait que Link soit victime d'un mauvais jugement parce qu'il était maladroit. Ce dernier ne comprit pas son intervention et plaça sa main sur son dos, l'invitant doucement à se pousser, prêt à en découdre avec la doyenne. Mais le Piaf refusa de l'écouter. Il avait malheureusement des choses à dire aussi.

- Dame Impa… vous savez que Link a récupéré Vah Medoh et Vah Ruta de l'influence du Fléau, n'est-ce pas ? demanda le ménestrel.

- J'ai entendu ses exploits, oui, répondit la Sheikah.

- Savez-vous également que mon peuple s'est récemment rendu au domaine Zora afin d'établir une alliance ?

- … Je l'ignorais.

- Savez-vous que cette décision a été partiellement influencée par la volonté et le courage de notre ami Hylien ? Il a encouragé les guerriers de mon village à croire au futur que nous allons bâtir. Le Fléau n'est certes pas encore évincé mais il nous a tous encouragé à penser à demain. A l'avenir de nos enfants. Et des enfants de nos enfants. Il a juré qu'il n'échouerait plus et je le crois. Il a choisi de ne pas revenir vers nous après sa victoire contre Vah Medoh et il a également décidé de ne pas célébrer sa victoire contre Vah Ruta. J'ai personnellement mal vécu cette décision, je suis celui qui l'a mené jusqu'à Medoh. Je l'ai cru mort. J'ai désespéré. Et quand Ruta a occupé l'est de Necluda… j'ai su qu'il continuait d'œuvrer pour le plus grand nombre. Toujours. Seul. Quel mal y a-t-il s'il sacrifie une partie de son être à sauver les défunts, tant qu'il accomplit ce devoir avec lequel vous l'accablez ? De quoi souhaitez-vous vous faire pardonner ?

- Il suffit ! tonna sèchement la Sheika. Surveille tes paroles, ménestrel Asarim.

- Ce sera tout pour moi, déclara ce dernier.

Sans demander son avis à Link, il rassembla ses affaires avant de le porter et de sortir de la maison. Link essaya de la raisonner mais le Piaf refusa d'entendre raison. Hey, lui aussi avait le droit d'être têtu et de n'en faire qu'à sa tête. Il força alors son ami Hylien à enfiler le strict nécessaire en vêtement avant de le faire grimper sur son dos et de s'envoler sans rien écouter des appels de la petite demoiselle. Le relais des Géminés n'était pas bien loin, il pourrait se reposer là-bas. Il vola en silence, sans parler. Dans son dos, Link ne pouvait pas signer. Et ne chercha pas à communiquer. Et cela sur tout le trajet jusqu'au relais.

Quand Asarim amorça sa descente, Link sauta à mi-hauteur pour déployer ensuite sa paravoile. Le Piaf se posa au sol et fit face à un Hylien remonté et particulièrement vexé.

- « Qu'est-ce qu'il t'a pris ? » signa le Héros, contrarié.

- J'ai agi comme il me semblait logique de le faire, mon jeune ami, répondit simplement le ménestrel. Ne l'as-tu pas dit toi-même : tu n'es pas « lui » ? ajouta-t-il, un brin moqueur.

- « Ne détourne pas mes propos » répondit l'autre, en essayant de ne pas rougir de honte. « Te mettre les Sheikah à dos n'est pas une chose à faire ! »

- Mon maître était un Sheikah, rappela-t-il. Je sais quel enfer il a traversé à cause de sa discorde avec dame Impa. Je connais ses regrets. Et je porte en moi le poids de ses remords. Je sais ce que c'est d'avoir le fardeau d'un « mort » avec soi. Et même si je m'inquiète de ce que cette chose fait à ton corps, je ne te demanderais jamais de sacrifier ceux que tu aimes ou as aimé pour ma liberté et ma paix.

Link écrasa son front sur son torse, toute colère envolée. Asarim ne bougea pas, attendant de savoir jusqu'à quel point il lui pardonnait son intervention. Il le vit relever son visage, une légère rougeur marquant sa joue intacte.

- « Tu comptes continuer à faire n'importe quoi ? » demanda l'Hylien.

- Comptes-tu continuer d'apaiser les créatures divines ?

- « Oui ! »

- Alors, oui, moi aussi je vais continuer à agir curieusement. Comme en t'accompagnant comme avant.

En voyant son inquiétude, Asarim se pencha simplement et déposa son bec sur ses lèvres. Link sursauta mais ferma les yeux avant de nouer ses bras autour de son cou et de hisser sur la pointe de ses pieds pour lui retourner son baiser. C'était toujours chaste et innocent mais il y avait une implication émotionnelle si forte que l'un comme l'autre n'aurait su exprimer de façon plus forte leur attachement mutuel.

Asarim lui demanda de rassurer les gens qui l'attendaient, comme le village Piaf ou le domaine Zora. Link était sceptique, son corps meurtri était la preuve même qu'il avait partiellement échoué à être le Héros tant attendu mais Asarim démentit sa vision : c'était la preuve même qu'il accomplissait son devoir et qu'il était le seul à pouvoir le réaliser. Qu'il ne devait pas se comparer avec l'ayant et qu'il construise lui-même son nouveau « lui ». Une vision qu'il ne semblait jamais avoir envisagée, aux larmes qu'il versa silencieusement.

Ils se rendirent au relais, où Link prépara un repas pour eux deux, avant de discuter de choses plus légères, essayant de chasser toute la tension qu'il avait accumulée. Alors qu'ils mangeaient, ils furent abordés par un marchand ambulant. Les deux reconnurent Terry et ce dernier se tourna vers Link. Avant de lui tendre une boîte. En l'ouvrant, Link découvrit de la poudre blanche et sut ce que c'était avant même que Terry ne s'explique.

Asarim le regarda présenter des excuses au marchand confus et ce dernier lui pardonna. Parce qu'il n'avait pas de raison d'être en colère contre lui. Devant ce tour de force du destin, Asarim eut un sourire malicieux, lui prouvant que ses difficultés n'étaient pas dans ce qu'il pensait être. Link accepta pour cette fois de reconnaître ses torts. Et étrangement, il se sentit curieusement bien. Parvenant même à dormir paisiblement dans les bras du Piaf toute la nuit durant. Au petit matin, le ménestrel demanda ce qu'il comptait faire : Vah Rudania et Vah Naboris restaient des menaces. Il comprendrait que Link aille s'en occuper. Mais il voulait aussi qu'il rassure ses amis et ceux qui pensaient à lui.

- « J'irai voir les Zoras et les Piafs » assura Link. « Mais nous devions avant tout cela nous rendre à Firone ! C'était originellement notre destination, avant toute cette histoire… »

- Les chants de mon maître peuvent attendre ! s'exclama Asarim, surpris qu'il se souvienne de cela.

- « Mais j'ai besoin de devenir plus fort. Tu sais que ces chants me guident vers des épreuves pour me renforcer. Plus j'en reviens victorieux, moins je succomberai à la corruption et plus je pourrai faire face aux ombres de Ganon sans prendre le risque de céder… »

- … Très bien. Nous irons à Firone. Après nous irons voir les Zoras PUIS mon village. Amali s'inquiète énormément pour toi, tu sais… Mettons-nous en route. Je pense que tu vas avoir fort à faire pour les jours à venir.

Étonnamment, Link irradia d'une joie infinie à l'idée de voyager avec lui. Asarim le regarda courir dans tous les sens pour préparer leur départ et eut un sourire tendre en le voyant s'emmêler les pinceaux : leur avenir était plus incertain que jamais. Mais il n'allait laisser personne décider de comment ils allaient le construire. Que ce soit lui, Link ou les peuples d'Hyrule. Il passa une main sur sa poitrine : il aurait tant souhaité que son maître rencontre ce Link. Qu'il ne voit pas le chevalier inaccessible mais un jeune homme comme un autre…


Ah ! la voix de Link est un sujet que je trouve passionnant. Pour mon histoire, Link est muet volontairement, par "vœu de silence". Il n'a aucun souci au niveau de son corps et est en mesure de parler. Mais des années sans faire l'usage de sa voix, disons que son corps éprouve des difficultés quand il le sollicite pour parler. C'est un choix purement personnel.

Dans le jeu, rien n'indique que le poète royal, mentor d'Asarim est Sheikah d'origine, ait eu des interactions avec Impa ou autre. Mais je trouve cela dommage de ne pas exploiter ce personnage dont on ne sait rien. A part les sentiments que ce "sans visage ni nom" avait possiblement développé pour la princesse et sa jalousie envers Link, on a très peu d'informations. Dans le chant qu'Asarim nous dévoile à la fin de ses quêtes, ce serait le sacrifice de Link qui l'aurait fait relativiser sur sa jalousie et l'aurait poussé à chercher les chants oubliés pour le guider à son retour. Donc le poète royal était au courant pour le sanctuaire de la résurrection et savait qu'il reviendrait ? Parce qu'il est Sheikah ou parce qu'il a mit son nez là où il ne fallait pas ? : Je vous laisse y réfléchir :D