Bien le bonjour/bonsoir à mes lecteurs et lectrices o/ Je voulais vous remercier d'être arrivé aussi loin dans ma fanfiction et d'avoir continué à lire ces chapitres et cette histoire qui met du temps à se mettre en place.

Je découvre au fur et à mesure des chapitres que des gens viennent lire ma fanfiction sans être fan des couples que j'ai choisi d'exploiter ou d'un personnage en particulier. Mais loin d'être désagréable, ces personnes échangent cordialement leurs avis et je les en remercie tout particulièrement parce que lire quelque chose que vous n'appréciez pas "outre mesure" m'impressionne beaucoup. Encore plus quand vous vous exprimez aussi poliement et que vous me donnez vos visions sans devenir désagréable (c'est assez rare pour le souligner !).

Je vous souhaite une excellente lecture. Merci à vous !


Chapitre 26 - Expérience

Ils se préparaient à quitter le relais des Géminés. Firone était techniquement au sud des monts Géminés. Le raccourci idéal serait d'emprunter le pont de l'Aîné puis du Puîné avant de descendre dans le bois de Cary pour essayer de gagner les hauteurs de Courdia voire du Mont Faroria. Mais il n'y avait aucun chemin praticable sans escalade. Mais si Asarim pouvait aller et venir sans trop de peine, c'était parce qu'il pouvait voler au-dessus des montagnes ou en tout cas, ne pas souffrir d'une escalade périlleuse. Techniquement, il pouvait porter Link mais il ne pouvait malheureusement pas prendre autant d'altitude avec un tel poids sur lui.

Aussi après avoir discuté avec les voyageurs du relais et consulté une carte, ils étudièrent les possibilités. Dans tous les cas, ils devaient absolument emprunter le chemin au travers des Monts Géminés (malgré la présence de monstres, dont Link n'avait pas peur). Ensuite ils avaient le choix : soit continuer à travers Primo pour gagner le pont de Prokis et descendre jusqu'au Viaduc d'Hylia. Sur la route, il trouverait le relais des Alpages, ce qui leur assurerait une escale avant de s'enfoncer dans la forêt de Firone et atteindre le bois de Romu plus loin. La route était particulièrement longue avec une traversée des ruines de l'étape d'Hyrule, envahies par des Moblins.

Sinon ils avaient la possibilité de couper par le lac d'Adeya et les ruines du village du même nom afin d'atteindre le plateau de Rordrane. Le voyage ne serait pas facile mais en dehors des monstres possiblement installés dans les ruines qu'ils n'approchaient pas de trop près, c'était plusieurs jours de voyage en moins. Mais plus fatiguant et moins évident. Asarim indiqua pouvoir porter le jeune homme sur le plateau de Rordrane : ce dernier étant assez « plat », il n'aurait pas à gérer de prise d'altitude trop importante et leur épargner un bien trop long détour. Link approuva à condition qu'il ne force pas et le ménestrel lui assura de faire attention.

C'est ainsi qu'ils s'engagèrent sur le chemin qui traversait les Monts Géminés. Pour ce voyage Link arborait une tenue Hylienne, commune et passe partout. De quoi lui éviter d'être reconnu trop vite et de le protéger un minimum de la météo. Firone était réputée pour ses pluies diluviennes et ses orages fréquents. La cape dont il s'était couvert lui assurait d'avoir au moins chaud dans le froid des nuits à venir, car Asarim n'était pas certain de pouvoir faire des feux de camps à chacune de leurs escales.

- J'aimerais que tu me dises pourquoi tu as appelé dame Impa, « Intendante Impa », demanda Asarim sur le chemin.

- « Tu arrives à te souvenir de ce genre de détails ? » signa ce dernier, avec un sourire amusé.

- Pour tout avouer, mon jeune ami, le mot « Intendante » est lourd de sens. Je n'en ai entendu parler que par mon maître à l'époque où il était encore au château. Il n'en a pas toujours pensé du bien. Comme je n'ai que sa version et que je n'étais pas né à cette époque, j'aurais aimé avoir ta version…

Devant le sujet avancé par Asarim, le jeune homme eut une moue sceptique. Il avait visiblement parlé sans réfléchir, sous l'énervement. Il avoua avoir eu un vague souvenir alors qu'il s'emportait contre la Sheikah, se rappelant une femme forte et particulièrement sévère. Une femme pour qui il était profondément partagé entre le respect et le dégoût sans savoir « pourquoi ». Il l'appréciait mais elle l'exaspérait en même temps. Devant cette déclaration, le Piaf suggéra que son autorité était sans doute ce qui l'exaspérait aujourd'hui mais avait forcé son respect avant.

Link approuva frénétiquement de la tête avant de sourire : Asarim était l'une des rares personnes (pour ne pas dire la seule) qui semblait accepter la fracture qui existait en lui, sans hésiter ou douter. Entre le chevalier parfait qu'il fût jadis et le jeune homme plein de ressources mais maladroit d'aujourd'hui. Le Piaf ne portait pas spécialement d'attente à son sujet, le laissant simplement être lui, même s'il se trompait ou était gauche parfois. C'était agréable d'apprendre à être « lui » sans être comparé à « l'autre ».

Le ménestrel n'était pas spécialement avide de savoir qui il fût avant, préférant découvrir celui qu'il était maintenant. Et Link appréciait réellement cet effort. Il pensait même que cela devait être ennuyant mais en aucun cas il n'eut cette impression, le Piaf se laissant surprendre par ses idées (que ce soit dans les campements de fortune qu'ils faisaient ou dans sa façon de chasser). Il n'était pas le plus à l'aise avec la technologie Sheikah et Link ne manquait de lui montrer l'utilité de la tablette. Même si cela provoquait parfois quelques accidents (comme cette bombe qui explosa un peu trop près de leur position, manquant de les éjecter tous les deux ?).

- « Comment était l'Intendante selon ton maître ? » demanda alors Link, bien plus tard, pendant une escale.

- Hmm… une femme terrifiante, froide et très sévère. Bien que mon maître soit le poète de la cour, de ce qu'il m'en disait, elle ne se gênait pas pour le reprendre sur sa conduite…

- « Vraiment ? Pourquoi ? »

- Ah. Il faut voir le personnage pour comprendre ! s'exclama Asarim. Il est difficile d'expliquer qui était mon maître sans le voir. C'était quelqu'un d'assez original !

Link médita la déclaration d'Asarim, son regard se perdant un moment dans le vide. Avant de redresser la tête.

- « Tu aimais beaucoup ton maître, n'est-ce pas ? »

- Oui. Enormément même. J'ai toujours été frustré de n'avoir aucun don pour l'archerie ou de talent pour le maniement de la lance. Mes talents au combat étaient tellement déplorables que je me sentais comme un Piaf raté. Puis j'ai découvert la musique et la poésie en rencontrant mon maître. Depuis j'ai trouvé ma vocation et je sais ce que je suis et ce que je ne suis pas. Je lui serai éternellement reconnaissant pour avoir donné un sens à ma vie.

Penser à son maître évoqua une grande douceur dans le cœur d'Asarim. Ce Sheikah était arrivé à un moment clé dans sa vie. Le moment où il en avait le plus besoin. Oh, bien sûr son absence était un poids terrible mais il savait que c'était… la vie. Les gens mourraient. Il regrettait juste qu'il soit décédé si loin de son village natal et en étant toujours froissé avec Dame Impa. Asarim aurait souhaité qu'il trouve un vrai repos même si sa plus grande souffrance restait le sacrifice de Link pour la princesse.

Il regarda son compagnon et remarqua que ce dernier boudait légèrement. Oh ? Serait-il jaloux ? Si c'était bien le cas, ce serait assez amusant et cocasse qu'il soit jaloux d'un mort et pas de sa femme ! Et un peu étrange aussi, pensa le Piaf pour lui-même. Il ne lui avait toujours pas dit la vérité. Sur le fait qu'il savait qui il était, comment il avait entendu parler de lui. Et le devoir qu'il avait hérité de son maître. Le sujet avait été que sommairement évoqué devant Impa mais Asarim ne s'était pas attardé dessus. Parce qu'il ne voulait pas encore lui dire. C'était un choix sans doute obscur mais il n'avait de compte à rendre à personne. De plus, il n'aurait qu'à s'expliquer auprès de Link si ce dernier se vexait de cette décision.

Ils finirent leur repas et se remirent en route. Ils atteignirent sans trop de peine le lac d'Adeya. Link contempla un moment les ruines du village plus loin et demanda à Asarim s'il l'avait connu quand il était encore debout. Ce dernier secoua négativement la tête avant de pointer du doigt le château visible au loin. Il n'était pas né quand le Fléau s'était abattu sur Hyrule. Tout ce qu'il savait sur le royaume, il le tenait de son maître, des chants qu'il avait jadis chantés et contés à la cour royale et de ceux qu'il composa ensuite.

De ce qu'en savait Asarim, le Fléau avait surgi au château d'Hyrule sans que personne ne sache ni d'où, ni comment. Et toute la plaine avait été ravagée par les gardiens corrompus par les rémanences de la haine de Ganon. Son maître avait vu l'horreur d'une plaine à feu et à sang, des jours durant, sous les hurlements d'agonie de ses résidents. Link serra ses poings, pris d'un malaise affreux. En le voyant soudainement trembler d'une émotion trop forte, le ménestrel passa son aile sur son épaule : ce n'était pas de sa faute. Ce n'était de la faute de personne. Car personne n'avait pu prévoir la catastrophe qu'avait été la perte des quatre bêtes divines et de la possession des gardiens par le Fléau.

- « Nous avons tout perdu » signa l'Hylien, affecté de voir les conséquences de son échec passé.

- Peut-être oui, siffla Asarim. Mais tu m'as prouvé qu'aussi grandes furent nos pertes, l'espoir était ce pourquoi tu te battais. Hyrule est sans doute une ruine. Mais je crois en tes mots : la reconstruire est toujours possible. Seulement si nous y travaillons de concert.

Un fin sourire se dessina sur le visage de Link. Ce n'était pas très « héroïque » de reconstruire un pays dont il avait probablement provoqué la ruine, en tombant au combat, ne laissant aucun successeur pour assurer le temps qu'il revienne d'entre les morts. Il demanda au Piaf de lui raconter tout ce qu'il savait sur la chute d'Hyrule jusqu'à son état actuel.

Une requête bien curieuse pour Asarim mais il n'interrogea pas ses motivations : il savait qu'il avait bien des années à compenser et composer avec ce nouveau monde en venant de l'ancien mais si peu de souvenirs… cela devait être éprouvant. Il lui indiqua que ses connaissances étaient limitées à ce qu'on lui en avait dit sans certitude que son savoir était la vérité véritable.

Link accepta que sa version des faits ne soit pas parfaite, il avait juste besoin d'en apprendre le plus possible. Pas que d'Asarim. Il avait aussi eu un retour de Robbie, d'Impa et de Purah également, chacun essayant de combler les trous de sa mémoire absente. Sauf que l'Hylien avait l'impression qu'ils avaient « lissés » les détails pour ne pas le perturber. Il expliqua ce point de vue, aussi Asarim lui demanda de grimper sur son dos pour qu'il commence à traverser le plateau de Rordrane.

Avant de commencer à lui parler du village d'Adeya, de ce que fût cet endroit avant qu'il ne tombe en ruine après le massacre que fût la calamité. Mais également des autres hameaux, connus ou inconnus, qui étaient de ci et là à travers le pays. Le Héros l'écouta, essayant de se figurer un pays prospère et en paix, où vivait des milliers de gens. Aujourd'hui la vie s'était drastiquement étiolée à travers le royaume, ne se concentrant qu'autour de relais ou dans les villages et cités ayant survécu au chaos.

L'horizon post-calamité n'était pas engageant. La blessure d'Hyrule n'était pas évidente à colmater et sans doute qu'elle ne le sera jamais totalement : il y avait des pertes irremplaçables ! Revali, Mipha, Daruk et Urbosa. Cela laissera à jamais une trace dans l'Histoire du royaume, donnant peut-être naissance à de nouvelles légendes : le Héros tombé qui revint d'entre les morts pour venger ses amis ?

Asarim ne put s'empêcher de rire devant son imagination débordante, alors qu'il amorçait sa descente comme le soleil en ce fin de journée : voler de nuit, il savait faire mais il redoutait que son compagnon s'endorme et qu'il ne chute. Même s'il lui assurait le contraire, Asarim préféra marquer une pause jusqu'à l'aube. Ils se préparèrent donc à camper pour la nuit. Alors que Link s'étirait de ce voyage assez court mais éprouvant, le Piaf déclara soudainement que le passé était ce qu'il était, dans ses succès, ses échecs et ses erreurs. Ils se devaient d'apprendre de tout cela pour se relever.

- « Tu es toujours optimiste, Asarim ! »

- Pas tant que ça, tu sais. Cela m'arrive d'être découragé ou déprimé. De me sentir abattu ou d'avoir envie d'abandonner.

- « Qu'est-ce qui te fait continuer ? »

Le Piaf lui lança un regard malicieux mais ne répondit pas à sa question. Link hésita, se demandant s'il y avait un sens caché dans son silence. Avant de simplement nouer ses bras autour de sa taille et de coller son visage contre son plastron, boudeur, faisant rire le ménestrel.

- Je n'ai pas de réponse unique, mon jeune ami. Parfois c'est ma famille. Parfois c'est l'envie. Parfois c'est toi. Parfois c'est « comme ça ». Peut-être que mon moteur c'est « l'espoir », peut-être que c'est « l'amour » et d'autres, sans doute la « dévotion ». Je ne saurais te dire.

- « Je vois. Tu ne me retournes pas ma question ? »

- Ai-je réellement besoin de questionner tes motivations ? répondit le Piaf avec amusement. Te voir à l'œuvre et voir tout ce que tu as accompli est plus fort que n'importe laquelle de tes explications. Tu n'as pas besoin de te justifier. Pas auprès de moi en tout cas…

Link eut un sourire triste, comprenant qu'Asarim avait percé à jour ses angoisses silencieuses. Il en avait assez de devoir se battre avec tout et tout le monde, tout le temps. Ce n'était déjà pas évident de ne pas avoir de mémoire, c'était encore plus difficile d'être totalement seul dans ce monde qu'il ne reconnaissait pas ! Mais si en plus ceux qui le connurent avant ne cessaient de raccrocher à ce qu'il avait été et de l'écraser avec son « devoir », il saturait. Asarim avait cette chance de ne pas l'avoir « connu » avant bien qu'il eût des portraits dépeints par son maître. Cependant il n'en avait pas fait une représentation unique et absolue, préférant découvrir la personne comme elle était plus que ce qu'elle avait été.

- Dis-moi, puisque nous sommes compagnons de voyage pour quelques temps… est-ce que tu accepterais que je surveille l'évolution de ta corruption ?

Devant cette déclaration, Link se pétrifia d'horreur avant de se crisper sur ses vêtements. Asarim l'observa longuement, sans chercher à l'approcher ou le toucher, lui laissant le choix de refuser sa proposition. Et devant cette possibilité, l'Hylien parut peser le pour et le contre, sans se défaire de la peur panique que sa demande avait soulevée en lui.

- « Je suis hideux » signa-t-il soudainement. « Je ne veux pas que tu me voies comme ça… »

- Ma suggestion était sans doute… stupide, soupira Asarim en ne souhaitant pas argumenter avec lui. J'ai déjà vu à quoi ressemblait ta corruption mais peut-être que tu ne souhaites pas partager cette douloureuse expérience. Oublie ce que je viens de dire, je suis désolé.

Link ne répondit pas, se contentant de s'enrouler dans sa cape comme une protection contre le monde extérieur. Cela affecta profondément Asarim : il ne mesurait pas bien encore à quel point cette chose l'avait touché et combien il y était sensible…

Il plana entre eux un certain malaise. Le repas se passa dans un silence de plomb et même la musique d'Asarim ne suffit à changer l'humeur. Au final, le ménestrel décida de préparer les couchettes pour dormir. Alors qu'il préparait les couvertures pour le soir avec les couchettes de fortune qu'ils avaient achetées au relais, il ne remarqua pas la lourde hésitation chez son compagnon. Il lui proposa de se reposer et de veiller sur lui, pour le premier tour de garde, indiquant qu'il ne sentait pas si fatigué par le voyage.

Le silence de Link n'étant pas anormal, Asarim se retourna pour afin d'obtenir sa réponse signée. Mais se figea de stupeur quand il le trouva dans son dos, tremblant comme une feuille. Il était en train de retirer son haut, se battant péniblement avec le tissu. Il n'avait pas été aussi hésitant devant dame Impa et le Piaf s'étonna de le voir aussi troublé. Peut-être qu'il n'était pas pour s'exposer en pleine nature, ce qu'il comprendrait : un monstre pouvait être embusqué. En le voyant retirer les bandes qu'il utilisait pour masquer sa peau noircie par la corruption, Asarim le couvrit d'un regard d'une infinie douceur.

- Ne te sens pas obligé de le faire, murmura le ménestrel en s'approchant de lui et enveloppant son corps dans ses ailes.

Link s'y accrocha vivement, étonnant Asarim. Avant de voir de la confusion, du doute et tellement d'incertitude dans son regard. Et de comprendre : ce que Link lui confiait actuellement, ce n'était pas l'état de ses blessures. Il s'exposait juste à son regard. Il essayait de trouver en lui assez de force et de courage pour ne pas rougir de ses stigmates et de ce que ses combats avaient laissé sur sa personne. Il se mettait à nu. Juste… aussi bien physiquement qu'émotionnellement et psychologiquement. Il faisait tomber les barrières entre eux. Et Asarim accepta d'être témoin de sa confiance, comprenant combien il luttait contre lui-même avant tout.

- Tout va bien, susurra Asarim en le regardant retirer péniblement ses bottes. Tu n'es pas obligé de tout retirer. On a tout notre temps…

L'autre ne répondit pas, arrivant enfin à arracher son pied de sa botte, s'appuyant lourdement sur son aile pour garder son équilibre. Avant de s'attaquer à la deuxième et de l'envoyer rejoindre la première, faisant sourire le Piaf.

Link leva un regard incertain vers lui, hésitant à s'exposer davantage. Alors Asarim osa faire courir ses plumes sur sa peau, allant chercher ses blessures, ses cicatrices, jusqu'à la corruption sous sa peau. L'autre trembla à cette initiative, à ce contact, partagé entre l'envie de rester et celle de fuir. Il luttait péniblement contre la curieuse aversion qu'il éprouvait à avoir tout contact physique avec quelqu'un tout en éprouvant le besoin d'être rassuré et cajolé.

Quand les doigts d'Asarim touchèrent les cicatrices qu'il avait obtenues en arrachant les yeux que la corruption faisait croître en lui, une vague de dégoût le frappa. Il repoussa le Piaf soudainement, au bord de l'écœurement, s'éloignant pour récupérer son intimité, enroulant ses bras autour de son torse mutilé et nu. Asarim n'essaya pas de le forcer à renouveler tout contact, se contentant de couvrir ses épaules du drap pour le rassurer. Alors Link lui fit face, avec toute la souffrance du monde dans ses yeux.

- « J'ai peur Asarim. J'ai peur de… devenir un monstre ! J'ai fait des choses horribles, inhumaines même. J'ai massacré des monstres sans me souvenir de rien, effrayant une femme innocente en Akkala, j'ai affronté un Lynel jusqu'aux portes de la mort ! Et j'entends la voix de mon moi intérieur ! Elle… »

- D-du calme, tu signes trop vite, murmura Asarim en prenant ses mains pour en calmer les tremblements.

Link inspira difficilement, déjà agité par ses peurs et ses angoisses qu'il essaya d'intérioriser difficilement. Mais alors qu'il cherchait à s'apaiser, à se calmer, plusieurs sphères émergèrent sur son poignet droit et remontèrent sur son avant-bras, jusqu'à glisser sur son coude. Il retint une exclamation de terreur, écrasant une de ses mains sur l'un des yeux et l'arrachant sauvagement. Une gerbe de sang gicla de la blessure qu'il venait de s'infliger et Asarim paniqua en voyant sa souffrance.

En le voyant chercher quelque chose pour arracher les autres, le ménestrel attrapa soudainement ses mains, glissant ses plumes sur les appendices qui venaient de croître et l'empêcha de se mutiler. L'Hylien se débattit furieusement, essayant de se défaire de la prise d'Asarim pour les arracher mais ce dernier garda fermement ses doigts sur les yeux qui crevèrent sa peau, provoquant une lourde souffrance. Plusieurs apparurent et tous fixaient avec ce même regard vide le Piaf sans que ce dernier n'y prête attention, son regard posé sur l'Hylien.

- Tu as l'air de te faire bien plus de mal en les arrachant. C'est… un peu dérangeant qu'ils me fixent tous de la sorte mais… ils ne font rien de mal, là… n'est-ce pas ?

Le jeune homme fronça les sourcils, perplexe : à dire vrai, il ne les avait jamais vraiment laissés « dehors » assez longtemps pour savoir ce qu'ils faisaient ou pas. Asarim releva doucement ses doigts et le força lentement à relever son bras pour qu'il puisse observer ces choses sous un meilleur angle. Cela révulsa Link de voir toutes ces choses qui ne quittaient pas le Piaf du regard, se contentant de glisser sous sa peau comme pour garder un contact visuel. Ce… n'était pas aussi douloureux que ce qu'il aurait cru. C'était même… l'inverse. Comme si ces choses étaient réellement des parties de lui. Un peu envahissantes mais pas gênantes…

- Puis-je… essayer quelque chose ? demanda le Piaf. Je n'ai aucune idée de si c'est douloureux pour toi ou pas…

Signer avec ces choses n'était pas vraiment… faisable. Surtout parce qu'un de ces yeux avaient trouver le moyen de se perdre dans sa fosse cubitale, l'empêchant de plier son bras comme il le voulait. Alors il se contenta d'approuver légèrement de la tête. Asarim approuva en retour avant de lever un de ses doigts plumeux. Et appuya légèrement sur un des globes. Link éprouva une envie de vomir, surpris que ce ne soit pas du tout douloureux qu'il appuie juste dessus mais aussi parce qu'il… sentit parfaitement le contact ! Il se débattit une nouvelle fois, fuyant l'étrange sensation et Asarim le relâcha.

- T'ai-je fait mal ?! s'inquiéta-t-il immédiatement.

Link répondit à la négative et regarda avec agacement les yeux. Ces derniers étaient toujours focalisés sur Asarim. Comme s'ils étaient… curieux de savoir ce qu'il était. C'était le premier à ne pas essayer de leur nuire et même… à essayer de les toucher. Link leva sa main pour approcher de l'un d'eux et immédiatement tous se tournèrent vers lui, le faisant gémir de surprise et d'horreur. Effrayé, il s'immobilisa. Tous regardaient sa main avec une fente en guise de pupille. Surpris, le Prodige baissa sa main et ils suivirent le mouvement. Sentant la menace s'éloigner plusieurs d'entre eux se résorbèrent comme par magie alors que certains retournèrent à leur étude d'Asarim.

- Je me demande… s'ils… ne sont pas plus actifs de nuit. Un peu comme les stals. Ils ont besoin de toi pour vivre et tu souffres quand tu les arraches, souligna le Piaf. Est-ce qu'il n'y aurait pas… une sorte de symbiose entre vous ?

- « Quelle horreur ! » signa Link choqué.

Cependant la réflexion d'Asarim faisait un peu de sens. Il n'avait pas réellement cherché à comprendre cette chose en lui, la combattant immédiatement et se blessant dans chaque tentative d'en effacer les traces. Soudainement les yeux restant se détournèrent d'Asarim et Link poussa un cri de douleur quand de nouveau ils décidèrent de faire surface de ci et là sur les parties corrompues de sa personne. Asarim sursauta, surpris et un peu choqué de cette transformation. Avant de suivre la direction que ces choses fixaient avec insistance.

Pas sans raison, quand une flèche siffla soudainement vers leur position ! Sans aucune hésitation, Link repoussa le Piaf avant de se jeter sur son épée qu'il avait posée près d'eux tout à l'heure. Ce n'était pas l'épée de la légende mais une banale épée qu'il avait récupérée sur un monstre. Et il se rua vers la position du tir, trouvant un Stalezalfos prêt à tirer à nouveau. Mais ce dernier l'ignora complètement, son attention dirigée vers le ménestrel. Etonnant Link. Cependant il abattit son épée pour déloger la tête de la créature et s'empressa de fracasser le crâne afin qu'il ne se relève pas.

Il retourna vers leur campement, troublé. Et trouva Asarim, encore sous le choc : il s'était attendu à devoir souffrir d'attaque nocturne mais pas à ce que cela arrive dès leur première nuit !

- T-tout va b-bien ? demanda le Piaf d'une voix tremblante.

- « Ca va, un Stalzalfos était embusqué ! » signa Link.

- Par Hylia, je… pardon, je… c'est toujours effrayant d'affronter ce genre de dangers, je ne suis toujours pas un homme d'action. J'ai très peu de courage, reconnut Asarim, confus de s'écrouler au sol, les jambes flageolantes. Tu n'as pas hésité une seconde, c'est… impressionnant !

Link essaya de ne pas rougir à son commentaire et rangea son épée. Il releva son bras, ayant, dans l'action complètement oublié ces foutus parasites. Ces derniers étaient… moins nombreux. Ils avaient soudainement doublé en nombre, juste avant l'attaque. Comme… pour… le prévenir. Mais le prévenir de quoi ? Le Stalezalfos ne l'avait pas regardé une seule seconde, comme s'il n'existait pas. Il releva les yeux et regarda Asarim qui essayait de se remettre du choc. Est-ce qu'ils… est-ce que ces choses l'avaient averti du danger pour sauver le ménestrel ? Link secoua la tête : non. Cette hypothèse était… trop perchée. Improbable et impossible. Il soupira faiblement et s'agenouilla devant son compagnon.

- « Tu veux que je m'occupe du tour de garde ? »

- Tu m'excuseras mais je ne me sens pas de dormir immédiatement. E-et toi ? Comment te sens-tu ? Je sais que tu as l'habitude du danger et que tu as affronté sans doute bien pire… mais… je… je risque vraiment d'être un poids dans ton voyage, soupira Asarim.

- « Non. J'ai besoin de toi. Tu me donnes le courage de continuer, Asarim. Veux-tu… que je dorme avec toi ? »

Le Piaf écarquilla les yeux de surprise. Avant de rire. C'était sans doute terriblement nerveux, car il n'avait pas l'air de réellement s'amuser. Mais Link accepta sa détresse et posa sa main droite sur son aile. Le ménestrel soupira et le dévisagea longuement.

- Très bien. J'accepte ta proposition, mon jeune ami.

- « Link. »

- Je connais ton prénom, bredouilla-t-il, perplexe.

- « Alors utilise-le au lieu de m'appeler par mon statut ou notre lien… »

A nouveau il parvint à peindre de la surprise sur le visage du Piaf. Et cela le fit sourire tendrement alors qu'il sentit son cœur battre plus fort à trouver une telle expression à deux reprises.

- Très bien, Link…

Asarim ne l'utilisait tellement jamais que Link se surprit à frissonner de plaisir juste à entendre ces syllabes rouler sur sa langue et glisser de son bec. Il se glissa contre lui et déposa ses lèvres sur le côté de son bec. Juste pour lui témoigner combien il était heureux de l'entendre l'appeler. Puis réalisant alors sa tenue, son état et sa proximité, il se mit à rougir et chercha à fuir mais le ménestrel l'attrapa avant et le garda contre lui.

- Demain nous atteindrons le bois de Romu, murmura Asarim.

L'autre tiqua, indiquant qu'il ne voulait pas parler du voyage. Mais juste profiter de sa présence. Comprenant qu'il glissait sur un terrain dangereux, Asarim sut qu'il devait s'écarter, s'éloigner de la tentation d'être plus intimes que ce qu'ils étaient. Sans doute que la peur de la récente attaque, de découvrir les curiosités du corps de l'Hylien et de réaliser que son existence était terriblement courte, il soupira faiblement et le serra fermement contre lui.

- Puisque tu es décidé à me provoquer, je vais t'apprendre à connaître ce corps que tu maltraites…

Link voulut lui demander de quoi il parlait mais il ravala ses questions quand le Piaf écrasa son bec contre ses lèvres et que ses doigts ne se perdirent sur sa peau. C'était la deuxième fois qu'il le touchait de la sorte. Mais cette fois-ci, il sentit que c'était… différent. Plus… dense. Plus… fort, vibrant même. La façon dont ses doigts jouaient avec sa peau, ses frissons et ses nerfs… cela eut le mérite de soulever quelque chose dans sa poitrine. Un sentiment curieux, brouillon, qu'il ne parvint pas à expliquer.

Il ne voulait pas qu'Asarim le touche, surtout avec ces yeux sur toute sa personne. Mais paradoxalement, quand ses doigts quittaient sa peau, il avait une sensation de vide. Il le laissa le toucher où bon lui semblait, essayant de comprendre son propre corps, ses propres sursauts, les contractions de ses muscles, ce sentiment qui ne cessait de grandir dans son ventre sans qu'il ne sache ce que c'était, ni parvenir à le satisfaire puisqu'il ignorait ce qu'il était.

Lentement, Asarim le fit s'allonger sur la couchette qu'il avait installée un peu avant et Link se laissa faire. Son cœur se mit à battre furieusement dans sa poitrine quand l'autre le domina de toute sa stature. C'était presque intimidant mais il tendit simplement les bras, l'invitant à être tout contre lui. Le Piaf ne se fit pas prier et s'allongea à ses côtés, ses ailes couvrant sa peau exposée.

C'était une expérience curieuse, qu'il peinait à supporter. Ce n'était pas une épreuve de force, puisque qu'Asarim ne le soumettait pas à sa volonté, lui laissant la liberté de fuir ou de s'en aller s'il le désirait. Ce n'était pas un combat de l'esprit non plus, car le Piaf ne disait rien de particulier, juste de la tendresse qu'il manifestait en geste. De l'endurance ? Ah. Peut-être, car Link éprouva bien des peines à assumer ce trop-plein de sensations. Il se sentait débordé, envahi, conquis parfois par toutes ces impressions, toutes les réactions de son corps qu'il ne contrôlait pas. Et ce sentiment qui ne cessait de se faire écrasant, s'imposant à lui petit à petit sans qu'il ne le contrôle ou maîtrise.

Il plaqua ses mains sur sa bouche quand un gémissement lui échappa, incontrôlé, incontrôlable. Il osa timidement regarder Asarim dans les yeux et en ne le voyant qu'exprimer de la tendresse, il sut que son cri n'avait rien d'étrange bien qu'il en eût honte. Cependant tout ce qu'il recevait, il voulut le rendre. Il voulait toucher le corps d'Asarim, découvrir ce que plastron et ces vêtements cachaient, sentir ses muscles se contracter sous ses doigts. Mais l'autre ne le laissa pas faire, l'empêchant de l'atteindre, le repoussant doucement. Link était frustré de ce refus mais l'autre ne le laissa pas bouder bien longtemps, reprenant son exploration.

Link n'aurait jamais cru qu'être touché pouvait lui donner aussi chaud. Il se sentit transpirer péniblement alors qu'il se sentait de plus en plus confus sous les doigts d'Asarim. Ce dernier n'éprouvait aucun dégoût ou gêne à toucher jusqu'à ces yeux encore présents. Link essaya de les cacher mais l'autre l'en empêcha, acceptant ces choses comme étant une partie de lui. Et comme il ressentait tout quand il jouait avec, cela perturba encore plus le pauvre Hylien ! Son esprit s'embruma et ses pensées furent de moins en moins cohérentes ou logiques. Il embrassa le ménestrel chaque fois qu'il le pouvait et ce dernier se prêta volontiers à ses exigences. Il était conscient de ce qu'il lui faisait, de ce qu'il provoquait en lui. Il aurait aimé lui donner bien plus mais ce n'était pas le moment. Pas « ici ». Pas « comme ça ».

Alors lentement, Asarim cessa ses caresses. Sans brusquerie, afin que Link n'éprouve un vide trop soudain ou violent. Couché sur le flanc, sur une des couchettes, face au feu, il essayait de reprendre sa respiration. Le ménestrel le couvrit avec une des couvertures et resta tout proche de lui. Link remua faiblement et essaya de lui faire face. Asarim souriait tendrement et le couvrait d'un regard doux, aimant. Tendre.

- Tes yeux parlent pour toi, Link. Tu me poses trop de questions même sans mots. Je t'expliquerai chacun de mes gestes, chacun de mes mouvements, leur sens et leur importance. Mais pas ce soir. Je compte faire de ton séjour à Firone, un voyage initiatique à tout ce que tu ne connais pas. Mais en attendant, dors. Je veille sur toi.

Link souhaitait lui dire qu'il voulait veiller avec lui. Mais Asarim l'empêcha de protester en l'embrassant légèrement, toujours ce même échange doux mais si intense. Il avait énormément de question mais pour la première fois depuis une éternité, il se sentait serein et en sécurité…


D'avance certains chapitres seront tronqués pour tout ce qui sera à caractère sexuel. La politique d'ici n'est pas pour ce genre de contenu et je compte m'y tenir (même si certains/taines s'en moquent, moi pas :P). La majorité de mes chapitres seront sur Ao3 parce que dessus il y a un système de tag et autres fonctions que j'ai pas ici (puis les chartes sont pas les mêmes non plus :3). Autre chose : c'est une longue fiction, je prends tout mon temps pour développer les relations et les personnages donc... si vous ne voyez pas encore Sidon apparaître c'est normal. C'est ma façon d'écrire donc si cela vous frustre, je m'en excuse, mais c'est comme ça :P